mercredi 20 janvier 2010

Après son âme, Obama perd le Massachussets

Le Blogo argumente depuis l'élection qu'Obama aurait dû prendre de front la "power structure" car il n'a aucune chance d'être réélu en se contentant de servir de paravent à la faillite de celle-ci. Il aurait dû au contraire s'en dissocier et lui faire porter le chapeau (mérité) de la crise au lieu de s'y associer et de faire tout pour la préserver. Las. En bon mandarin, il a choisi de ne rien bousculer et de croiser les doigts pour que "ça passe". Ca ne passera pas. Il ne fera qu'un mandat et restera dans l'histoire comme un politicien "potiche": sexy, certes, mais effroyablement lâche, manquant d'expérience et sans aucune vision.

Il faut dire que le timing de la crise ne l'a pas aidé (ce qui met de l'eau au moulin de ceux qui pensent que la date de la faillite de Lehman était calculée pour graver dans le marbre les grandes lignes de la politique anti-crise avant l'arrivée du nouveau président). Perdu pour perdu, Obama aurait dû faire "what's right" en résolvant la crise politique qui frappe les Etats-Unis. Il aurait probablement perdu les élections et déchaîné la furie des "special interests" mais il aurait laissé une marque historique en éveillant les citoyens à la capture totale de la démocratie américaine par des intérêts qui ont très peu en commun avec ceux des citoyens. En entraînant la population dans un mouvement populiste contre des élites faillies, il aurait peut-être eu une chance, faible, d'obtenir un second mandat. Au lieu de cela, il s'est laissé balotter de lobby en lobby en ne tenant tête à absolument personne.

Avec sa ligne "Bush sans le stetson", il a démobilisé les démocrates. Et aujourd'hui, il perd le Massachussets. Cette perte du siège de sénateur de Ted Kennedy est un "defining moment" de la politique américaine: en désavouant Obama, les électeurs du Massachussets viennent de sonner le glas de l'innocence américaine et l'entrée dans une ère de turbulences. Tous les citoyens savent désormais que le système tel qu'il existe aujourd'hui ne leur proposera jamais de véritable alternative, de véritable choix politique. Le "change we can believe in" ne viendra jamais de ce pseudo-bipartisme à bout de souffle qui n'offre qu'un simulacre de démocratie. Tant que la crise politique sous-jacente à la crise économique ne sera pas réglée, les réponses apportées à cette dernière ne seront que des cautères sur une jambe de bois. En attendant, chaque jour qui passe, les Etats-Unis font la démonstration au monde que la corruption radicale qui les afflige les rend incapables (et franchement, indignes) d'assurer le leadership mondial qu'ils considèrent comme un droit acquis.

Note: Il est fait beaucoup de cas du fait que les démocrates perdent leur majorité de 60 sénateurs qui leur permettait supposément de faire échec à un "fillibuster" républicain (obstruction pure et simple rendue romantique par le film "Mr Smith au Sénat"). Cet évènement fait grand bruit et on enterre déjà la réforme du système de santé à cause de cela.

Si le système politique américain n'était pas irrémédiablement biaisé, cela ne devrait avoir aucun impact: Bush n'a-t-il pas toujours fait ce qu'il voulait sans jamais avoir une telle majorité? (comme le note Jon Stewart). Pourquoi dit-on que les démocrates perdent leur capacité de réforme? Why? Oh why?

Note sur la note: En pratique, la perte de capacité de réforme est réelle et elle s'explique. Les républicains sont désormais effectivement capables de faire de l'obstruction. Ce qui est difficile à comprendre, c'est pourquoi avec les mêmes règles, les républicains sous Bush ont pu déployer leurs mesures sans redouter des fillibusters démocrates (ce qui aurait conduit à l'impasse et logiquement à une modification de cette règle). C'est en fait la dissymétrie du système politique qui est mise en lumière ici. Les républicains peuvent agir librement car ils ont face à eux une pseudo opposition croupionne (spineless) et divisée qui ne montre jamais les dents. A l'inverse, les démocrates ne peuvent passer aucune législation car ils ont face à eux des républicains intransigeants et soudés. Pourquoi cette différence? A cause de l'argent qui inonde les deux partis et qui détermine les résultats de toutes les confrontations politiques. Et voilà pourquoi, en pratique, la démocratie américaine n'en est plus une.

Note sur la "note sur la note": La barrière des 60 sénateurs laissent penser que l'issue du débat dépend du résultat des élections. S'il y avait 65 démocrates, ces derniers auraient un boulevard et appliqueraient une politique démocrate. Right? Pas du tout. Les special interests monteraient un groupe de 7 ou 8 démocrates qui se déclareraient indépendants et qui feraient basculer le contenu des lois dans un sens favorable. C'est ce rôle qu'avait Joe Lieberman en faisant céder à lui tout seul (mais en fait avec l'appui de la maison blanche) l'ensemble des démocrates sur la "public option" et d'autres points de la loi sur le système de santé. Le système est complètement capturé. Si on baisse la limite du fillibuster à 51, les special interests auront tôt fait de débaucher 11 ou 12 démocrates pour que le rapport de force soit toujours le même. C'est pour ça qu'in fine, ces limites procédurales sont hautement symboliques. Pour savoir comment la politique américaine fonctionne, il ne faut pas s'intéresser aux procédures parlementaires et aux résultats des élections. Il faut regarder quels intérêts, implacablement, immanquablement, gagnent à la fin.

lundi 18 janvier 2010

Post-It

Greenwald dénonce l'hypocrisie des dirigeants américains, prompts à dénoncer le monitoring d'internet par la Chine alors que le track record de ces mêmes dirigeants sur le sujet est effroyable. Le livre de Greenwald ne s'appelle-t-il pas "The Great American Hypocrites"?

ABC is reporting that soldiers in Iraq and Afghanistan have been using rifle scopes that bear abbreviated references to Bible verses, including lines like "For God, who commanded the light to shine out of darkness, hath shined in our hearts, to give the light of the knowledge of the glory of God in the face of Jesus Christ."
Des extraits de la bible sont inscrits en minuscule sur des viseurs de fusils militaires américains. Tout va bien. (via TPM)

La croissance Q4 attendue entre 4% et 6% aux US. Il y a des explications techniques (stabilisation des stocks) mais ça commence à ressembler aux chiffres chinois. Wild guess: il n'y a pas du y avoir beaucoup de période dans l'histoire avec une croissance supérieure à 4% et des pertes d'emplois... (Note: c'est en fait arrivé en 81, croissance de 5,6% via Calculated Risk)

Steven Colbert. Marrant mais surtout au début pour la déclaration de Jamie Dimon, ce banquier sans remord qui dirige JP Morgan. "Ma fille m'a demandé ce que c'était que cette histoire de crise financière et je lui ai répondu, en essayant d'être drôle, oh ça arrive tous les 5 à 7 ans!"
The Colbert ReportMon - Thurs 11:30pm / 10:30c
The Word - Honor Bound
www.colbertnation.com
Colbert Report Full EpisodesPolitical HumorEconomy


Time Magazine, après avoir décerné à Bernanke le titre d'homme de l'année s'indigne des attaques contre Geithner. Et le Blogo reste sur sa ligne: le traitement des autorités monétaires US dans les médias ressemble à celui de Kim-Jong Il enCorée du Nord (Geithner est au Treasury mais vient de la FED de NY). Cette fois-ci, Geithner est comparé à Lassie (chien fidèle) à qui on reprocherait "d'avoir mis de la terre sur la moquette après qu'il ait sauvé un enfant". Sans rire. Quand la stupidité le dispute à l'obséquiosité... (via Naked Capitalism qui démonte la thèse).

Tout le monde parie sur le pays qui va faire défaut en premier et entraîner tous les autres dans l'ère de la crise monétaire. La mythique "phase 2" de la crise financière que le blogo vous promet depuis sa création. La Grèce? Le Japon? L'Angleterre? La Chine qui explose en vol? Les Etats-Unis? Un pays d'Europe continental? La roue tourne toujours. Elle s'est arrêtée un temps sur Dubaï mais c'était une fausse alerte. Mc Kinsey se demande si ce n'est pas le Royaume-Uni qui n'est pas sur le point de tourner à l'islandaise.

"State ending"

Le "narrative" occidental sur le chaos qui a existé en Irak après l'invasion américaine est en gros le suivant: la guerre civile entre factions fanatiques a entraîné la destruction du pays malgré la bonne volonté d'une puissance occupante bienveillante. Subtext: "si les arabes étaient un peu moins fanatiques, tout cela ne serait pas arrivé" => eau au moulin du "clash des civilisations indépassable" => justification des guerres américaines.

Beaucoup d'éléments sont cependant suspects. Et si le chaos irakien n'était pas une catatastrophe mais le plan? On a beaucoup glosé sur l'impréparation américaine avant l'invasion mais il est également possible que le chaos qui s'en est suivi ait été planifié par les forces occupantes. Si on prend l'Allemagne et le Japon par exemple, on voit bien que les américains savaient que maintenir en place l'administration était une condition du succès du processus de reconstruction. Pourquoi cette simple leçon a-t-elle été ignorée dans le cas de l'Irak? Pourquoi les cadres du régime Baath et l'armée dans son ensemble ont ils été passés par pertes et profits? Le pays n'a pas été seulement décapité comme il était normal, tout s'est passé comme si on avait voulu méticuleusement en casser tous les os un par un. Il aurait fallu détruire l'Irak comme puissance. Check.

Bon alors ceci n'est évidemment pas une démonstration et ne vaudrait pas plus qu'une "divagation blogoesque" si des gens semblent-ils compétents ne venaient de produire un livre qui soutient à peu près cette thèse d'après cette critique du Irish Times (extraits):

THIS BOOK argues convincingly that the post- war cultural cleansing of Iraq is intentional rather than random and haphazard, the result of chaos and anarchy.
...
The 13 authors of this work say the US set out to destroy Iraq’s national identity, reduce and marginalise the educated class and wipe the Iraqi slate clean in order to build from ground zero a weak state which would be dependent on the US. This experiment in “state ending” has left a black hole at the heart of the eastern Arab world.

(Le gras vient du blogo, je trouve l'expression "state ending" saisissante. C'est le cousin du plus "feel-good" et consensuel "state building" ou "nation building" des américains au grand coeur)

Note: je n'ai pas fait de "background-check" sur la maison d'édition ni sur les auteurs. Je m'en remets au Irish Times qui est selon Wikipédia le "paper of records" en Irlande.

vendredi 15 janvier 2010

jeudi 14 janvier 2010

Les menteurs qui créent le consensus

David Reilly, de Bloomberg, trouve qu'on a trop cherché de noises à Goldman Sachs lors de la journée inaugurale de la commission d'enquête sur la crise financière. Il essaye sournoisement de diffuser des mensonges par la bande en faisant mine de ne pas y toucher. What a weasel! (Quelle fouine!)

Similarly, the commission needed to spend less time grappling with Blankfein over whether Goldman would have survived without government assistance. That’s an unanswerable question that does little more than let Dimon chuckle over how easy a ride he gets compared with Blankfein.
(Il dit qu'on ne pourra jamais répondre à la question de savoir si GS aurait survécu sans assistance de l'Etat.)

Quel mensonge absolument éhonté. Il est complètement certain que tous les établissements financiers de Wall Street auraient mis la clé sous la porte si la FED/US Gov n'étaient pas intervenus. C'est évident. Rien qu'AIG en donne une bonne idée mais la vraie solution au problème se trouve dans les interventions de la FED sur le marché des obligations pourries (mortgage bien sûr avec $1,3 trillion mais aussi treasuries qui ne sont à près tout que des junk bonds). Le TARP, encore une fois, n'est que l'arbre qui cache la forêt en matière d'assistance aux établissements financiers américains et il faut bien le dire, mondiaux (maintenir pour un temps l'ordre impérial US était à ce prix). Quand la FED porte sur ses épaules le marché des MBS, elle sauve tous les établissements financiers de la planète (et quelques hedge funds au passage). Sans parler évidemment de toutes les garanties qui ont été apportées à un moment où à un autre et qui ont pu atteindre selon le décompte de Neil Barofsky ("contrôleur" du TARP) $23 trillions (la moitié environ selon les décomptes de The Big Picture).

Ce genre d'inanité est absolument inqualifiable. On peut répondre à cette question sans aucune incertitude. Summers et Geithner, l'ont d'ailleurs fait ponctuellement pour faire croire à un semblant d'indépendance. David Reilly. Weasel.

Jon Stewart sur les bonus

The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Clusterf#@k to the Poor House - Wall Street Bonuses
www.thedailyshow.com
Daily Show
Full Episodes
Political HumorHealth Care Crisis

Etrange équilibre, en effet

Qui n'est que le calme avant la tempête according to your favorite blog: El Blogo!

Glenn Greenwald:

Indeed, given the extraordinary disparity between the government-enabled Wall Street bonanzas and the government-caused financial suffering for most everyone else, it really is somewhat mystifying that there's not only so little populist rage, but no outright disruptive protests.

La télé explique-t-elle a elle seule cet abrutissement? Sommes-nous rentrés dans l'ère de l'apathie radicale? Des citoyens sous Prozac ou devant les MSM incapables ne serait-ce que d'envisager une mobilisation? Stay tuned.

lundi 11 janvier 2010

Notre monde cartoonesque

Ce sont encore les cartoons qui rendent le mieux compte de notre monde devenu cartoonesque.(via TBP)

Bill Moyers sur la crise

Une heure d'émission (en deux parties) de Moyers sur PBS qui n'apprendra pas grand chose de nouveau au lecteur assidu du blogo mais qui témoigne de ce qui se fait de plus radical dans le mainstream media (MSM) US au sujet de la crise. A noter que si c'est bien "MSM", ça n'est pas "corporate media" (networks + Cable News). De toute façon, Moyers arrête son émission (il part a priori en retraite). C'est de très loin l'émission que j'ai le plus "linkée" sur le blogo.

David Corn et Kevin Drum, de Mother Jones, sont interviewés au sujet de la crise financière.


vendredi 8 janvier 2010

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir)

Roulements de tambour...

Cet après-midi, premier Non-Farm Payroll positif? Cela pourrait annoncer le début de la fin pour la phase "accomodative" de la FED. Le problème est que ce n'est pas une phase accomodative classique dont il va falloir sortir. Les taux d'intérêts ne sont presqu'un side show cette fois-ci. Le problème est plutôt l'énorme échaffaudage que la FED a construit dans l'urgence et qui empêche pour l'instant à l'édifice économique de s'écrouler. Cet échaffaudage a modifié de manière radicale la manière de fonctionner de l'économie. A tel point que beaucoup (dont le blogo) pensent que le soulagement temporaire qu'il a apporté sera peu de chose au regard de la désorganisation qu'il engendrera dans les années à venir (économique, politique et aléas moraux "to put it mildly").

A noter que Ben Bernanke s'est encore ridiculisé avec un mensonge honteux: les faibles taux d'intérêts n'auraient pas eu de rôle dans la bulle de l'immobilier. Il incrimine essentiellement les régulateurs (dont il faisait également partie mais à la responsabilité plus nébuleuse que le lien simple FED-taux d'intérêts). Barry Ritholtz règle son compte à cette ineptie. Toujours le même dilemme avec Ben: mauvaise foi ou imbécilité? Le Blogo penche comme précédemment pour la mauvaise foi.

Addendum: Le roulement de tambour fait pschitt avec un chiffre en dessous des prévisions. le chiffre de novembre a cependant été révisé à la hausse, de -11000 à +4000. On tient donc la première statistique positive depuis le plongeon.

Les politiciens se vendent pour pas cher

Commentaire de Bill Gross de Pimco qui débarque sur la BCL:

Our government doesn't work anymore, or perhaps more accurately, when it does, it works for special interests and not the American people... What amazes me most of all is that politicians can be bought so cheaply.

C'est une observation que je pense avoir déjà faite sur le blogo mais je n'en suis pas certain: quand on s'intéresse aux sommes en jeu dans le système de corruption des politiciens américains, on constate qu'elles ne sont pas si élevées que ça.

C'est normal: il n'y a pas de concurrence! Qui va payer des sommes importantes pour que la législation sur les télécoms soient favorables aux telcos? Les telcos. Who else? Une fois que le système est bien en main par chaque "special interest", il suffit de veiller à ce que personne ne surenchérisse. Mais qui viendrait surenchérir? Corporate America, c'est ce système qui fait que chaque special interest contrôle la partie du système politique qui s'intéresse à lui (regulatory capture). Vu qu'ils sont les seuls en compétition pour s'arroger ce contrôle (puisque les citoyens sont maintenus dans l'ignorance/la résignation), ils n'ont pas à débourser beaucoup pour se l'assurer.

Si les politiciens américains étaient malins, ils se feraient payer un pourcentage de l'avantage économique que leur collaboration procure, pas seulement de quoi se faire réélire. Là, ce serait véritablement le jackpot mais ils n'ont pas les épaules pour cela. S'ils devenaient trop avides, leurs "corporate masters" auraient tôt fait de les remettre à leurs places.

Note: le système électoral se caractérise en général par la prime très forte qu'il donne aux "incumbents" (sortants) à chaque élection. Une fois les élections gagnées, un élu qui ne se fait pas remarquer (contrairement à Alan Grayson par exemple) a de grandes chances d'être réélu. Cela aussi permet de diminuer les coûts: corporate america n'a qu'à monter des challenges contre ceux qui sortent du rang et ne doit pas financer des combats de coqs plus ou moins factices à n'en plus finir. Non le poulet élu une première fois peut ensuite tout doucement s'engraisser au fil des mandats. Grayson au contraire va avoir droit dès novembre à un challenge "ultra-fundé". Standard.

Geithner forever

C'est un peu comme les 28 coups de fils entre Paulson et Blankfein (seulement par ligne fixe, on est pas au courant pour les portables) la semaine où Lehman a fait faillite: on sait bien que des choses comme ça se sont passées mais ça fait toujours drôle de l'apprendre "pour de vrai".

On a appris hier qu'il existait un email où Geithner demandait à AIG de ne pas dire que des banques avaient été indemnisées à 100% pour leurs paris grotesques* sur des CDS de subprime à l'occasion du sauvetage de l'assureur. Alors président de la FED de New York et en instance de devenir Secretary of Treasury, Geithner commande donc à AIG de faire le silence sur un certain nombre d'informations qu'on peut considérer que la société devait aux marchés et peut-être surtout aux contribuables...

Ne jamais perdre de vue que nous avons assisté à un sauvetage des banques par les banques. Elles ont utilisé leurs hommes liges Geithner et Summers (et il faut bien rajouter Obama), pour traduire leur influence politique en avantage économique. C'était le moment "bas les masques" de la politique américaine où le pays a compris que la politique des Etats-Unis se faisaient littéralement "à la corbeille" (à Wall Street) (de Gaulle avait soutenu l'inverse au sujet de la France dans les années 60). Le soucis de ménager le contribuable a quasiment été inexistant depuis septembre 2008. Il faut bien reconnaître que, pour l'instant, ce n'est pas lui directement qu'on a fait travailler (avec des hausses d'impôts par exemple) pour boucher le trou. Non, c'est à coup d'écritures dans la comptabilité publique, indolores pour l'instant, que le problème a été réglé. Mais la douloureuse va finir par arriver. C'est certain. Surtout quand on met en regard les difficultés économiques majeures qui frappent la popuplation et les agappes bancaire qui n'en finissent pas, voire qui redoublent d'intensité.

Zero Hedge évoque l'affaire et résume: "Moral hazard reigning supreme, regulatory capture, incompetence, misdirection, and outright fraud, auditor complicity, broken equity markets, and an administration whose only answer to every problem is to stuff it ever deeper under the carpet and throw ever increasing amounts of money... This is what this once great nation has become."

* Ces paris n'étaient pas grotesques dans leur direction. Ils l'étaient en revanche par rapport à la qualité de la contrepartie qui devaient payer en cas de succès. Un peu comme si vous pariiez avec quelqu'un qu'il allait se retrouver sur la paille. Qui va vous payez?

jeudi 7 janvier 2010

Drôle de photo!

Assez incroyable s'il n'y a pas de trucage... (via Naked Capitalism)

mercredi 6 janvier 2010

Post-It

Paul Volcker interviewé par Charlie Rose.
"The American political process is about as broken as the financial system."

Matt Taibbi s'attaque à Fannie et Freddie et au consensus bipartisan qui les a soutenus.

Pending home sales decrease sharply

Personal Bankruptcy Filings Increase Sharply in 2009

Et pour finir Kevin Drum qui décrit comment Wall Street a acheté Washington. Sous-titre: "A year after the biggest bailout in US history, Wall Street lobbyists don't just have influence in Washington. They own it lock, stock, and barrel."
NO SHIT!

mardi 5 janvier 2010

Zero Hedge "Best of"

Voici le "Best of" de Zero Hedge, par Zero Hedge.
Avec le post présenté comme le meilleur selon Tyler Durden himself:
"How The Federal Reserve Bailed Out The World"

Et une sélection des posts de la période des fêtes.
Avec le choix du blogo: Brace For Impact: In 2010, Demand For US Fixed Income Has To Increase Elevenfold... Or Else

Le Wapo déclare que la crise financière est finie

A la fin de cet article qui explique pourquoi la dernière décennie est la pire que l'économie américaine ait connue depuis 70 ans, le Washington Post déclare la crise financière terminée. Olé!

The financial crisis is, for all practical purposes, over, and forecasters are now generally expecting the job market to turn around early in 2010 and begin creating jobs. The task ahead for the next generation of economists is to figure out how, in a decade that began with such economic promise, things went so wrong.

Sans surprise...

D'après Emma Coleman Jordan de Georgetown University, 92% du management des 17 récipiendaires des largesses du TARP sont restés en place. (via TBP)

Jordan notes that the folks who run the major banks today — the senior executives, directors, managers, etc. — are essentially the same exact folks who ran them (into the ground) 5 and 10 years ago:

“The prospects for a robust prudently guided financial sector have been substantially clouded by the fact that the both the corporate governance structure and the executive leadership of the financial sector remain largely unchanged—92% of the management and directors of the top 17 recipients of TARP funds are still in office.”

You read that correctly — 92% of the TARP recipients’ senior management remains essentially unchanged post-crisis . . .

lundi 4 janvier 2010

Roue libre (crazy free-wheeling du Blogo!)

Bonne année 2010 aux lecteurs du Blogo qui n'ont pas été découragés par le faible volume de post pendant les fêtes. Il y aura moins de posts en général en 2010, cette interruption est donc l'occasion d'ajuster à la baisse votre rythme de fréquentation du site.

Ce début d'année est l'occasion de faire le point sur le Blogo et le sujet dont il traite. Vous remarquerez que j'ai supprimé "Chronique d'une crise annoncée". Depuis qu'elle le temps qu'elle était annoncée, le fait qu'elle l'ait été présentait moins d'intérêt. Il est désormais établi que la crise avait des racines profondes qui n'ont été ignorées que grâce à la complicité active des régulateurs et de la presse qui ne s'est pas contenté d'éviter le sujet mais qui a au contraire fait l'article sans interruption de la housing Frenzy jusqu'en 2007.

Le Blogo est donc né en octobre 2008 suite à l'effondrement du système bancaire américain et mondial. En réponse à cela, le Blogo défendait la solution "suédoise" qui consistait à nationaliser les banques faillies puis à les revendre par compartiments à des banques plus petites ou régionales. Ca n'était pas une solution hors du commun même si elle apparaît comme telle aujourd'hui. C'est généralement ce qui se passe dans une économie de marché quand un acteur économique fait faillite. Non, l'extraordinaire est la solution qui a été retenue (qui apparaît aujourd'hui comme normale): la préservation de la structure de pouvoir faillie au prix de la fusion effective de l'Etat américain, de la banque centrale et du secteur financier aboutissant à la création d'un Frankenstein économique qui n'a pas de précédent dans l'histoire.

Depuis, le Frankenstein semble avoir emporté la partie. La solution suédoise aurait consisté à reconnaître que le mode de développement des Etats-Unis se heurtait au mur d'une réalité économique indépassable. Dans ce contexte, c'est tout le chateau de carte du Ponzi Scheme américain qui s'effondrait. Qui aurait continué à prêter de l'argent à ce pays failli? (on se demande déjà qui continue à prêter dans l'autre scénario...) La solution Frankenstein visait à préserver la structure actuelle au prix de toutes les contorsions possibles. L'important est de maintenir les apparences.

Cela est censé du point de vue américain. La prospérité américaine ces dernières années relevait en grande partie du statut de ce pays dans l'ordre international (monnaie de réserve mondiale, première destination des investissements etc...). Il n'y a pas d'autre état du monde aussi favorable aux américains que celui dans lequel ils ont vécu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dans ces conditions, ils ont fait ce qu'il fallait pour préserver dans la tête des habitants de la planète l'image d'un pays qui tient debout. Et ils n'ont pas lésiné. Les autorités américaines n'ont pas simplement sauvé Wall Street, elles ont sauvé le système financier international (voir les places de Socgen, Deutsche Bank et BNP dans le bailout d'AIG). Celui-ci représentait un noeud inextricable d'obligations fantaisistes d'établissements financiers les uns envers les autres qui n'aurait pas résisté au moindre ralentissement économique (sans parler de l'effondrement de la plus grande bulle de l'immobilier de l'histoire)? Qu'à cela ne tienne, les règles comptables ont été assouplies et l'implication de l'Etat dans le système financier n'a pas cessé d'augmenter. Passé le coup du TARP et des renflouements spectaculaires dans l'urgence, il y a maintenant une infrastructure mise en place pour permettre à l'Etat de financer les errements des établissements financiers en intraveineuse. La levée des limites d'aides à Fannie Mae et Freddie Mac et la prise de participation majoritaire dans GMAC sont les derniers évènements qui vont dans ce sens. L'idée qui a flotté avant d'être pour l'instant repoussé de donner à l'exécutif le moyen de faire des "bailouts" sans l'autorisation du Congrès correspond à cette tendance.

Quand on voit la relative quiétude qui a conquis le commentariat, on en arrive à se demander si la solution retenue n'était pas la bonne et cela doit être observé de plusieurs points de vue.

D'abord du point de vue américain, il est probable que cela était la meilleure solution. La croissance américaine est illusoire mais ne l'est-elle pas depuis au moins dix ans (référence d'Obama à la "paper growth")? Oui, les Etats-Unis jouissent d'une position économique ultraprivilégiée dont ils abusent de manière éhontée. Mais pourquoi compter sur eux pour y mettre bon ordre? Au contraire, ils en abuseront de plus en plus jusqu'à ce que cela ne devienne intolérable pour le reste de la planète qui pour l'instant a bon dos. Nous sommes d'ailleurs très probablement dans la phase ultime de ce phénomène en raison de l'irréalité économique dans laquelle nous a fait basculer la crise. J'y reviendrai. Il n'en reste pas moins que je ne comprends pas bien les gens comme Peter Schiff qui réclame une immédiate mise au carré de l'économie américaine. Sur le principe je suis d'accord: il serait plus rationnel et plus juste que les américains aient des finances publiques saines, des citoyens moins endettés qui ne vivent pas "au-dessus de leurs moyens" etc... Sur le papier. Mais la domination américaine et la prospérité (désormais relative) qu'elle permet n'est pas rationnelle. C'est un Ponzi Scheme (pour preuve, demander aux chinois s'ils peuvent utiliser leur $2 trillions de dettes US pour un plan de relance chez eux: ils ne le peuvent pas car cela les obligeraient à vendre et mettrait à bas le Ponzi Scheme US, cet argent est donc perdu) et comme tout les Ponzi Scheme, il doit suivre leur cours jusqu'à la chute finale. Peter Schiff est un peu comme un employé de Madoff qui déciderait en 2007 à la manière de Jean-Yves Lafesse que "ça peut plus durer" et qu'il faut que tout le monde se rende à la police. Les Ponzi Scheme ne peuvent pas s'effondrer comme cela. Quand trop de gens ont intérêt à l'illusion, l'illusion perdure. C'est pour cela que des "whistle blower" ont tiré la manche de la SEC depuis 10 ans au sujet de Madoff sans aucun succès. Cet employé de Madoff aurait perdu une année de prospérité (ce qui pour certains voulaient dire vacances à l'autre bout du monde, jets privés, honneur et respectabilité à mettre en balance avec la prison et l'opprobre - c'est un "no-brainer"). Schiff ne fait que se positionner pour le futur mais je crois vraiment que la politique "raisonnable" qu'il propose n'est pas dans l'intérêt de ses concitoyens.

Vient alors l'intérêt du reste du monde. Celui-ci a besoin d'ordre mais son essentiel pourvoyeur d'ordre, les Etats-Unis, gouvernés par des élites "néronesques", ne sont plus en mesure de l'assurer. Politique étrangère inflammatoire et irrationnelle, ordre financier grotesque (AAA anyone?), organisation économique mondiale prédatrice (ressources, conditions de travail). Et surtout un pouvoir absolu américain qui est en train de finir de corrompre absolument (toujours plus de guerres, n'importe quoi monétaire...). Il semble temps pour les vassaux de changer de seigneur.

Et l'Europe spécifiquement? Il y a là un dilemme: si pour une grande partie du monde, l'ordre américain est osbolète, l'Europe n'a-t-elle pas intérêt à ce qu'il perdure le plus longtemps possible en raison des bénéfices qu'elle en tire? L'Europe n'a pas certes pas d'ambitions impériales mais elle vit paisiblement et confortablement dans la Pax Americana. Quel prix du pétrole pour l'Europe en l'absence de "troops on the ground" US dans la péninsule arabique? Il est plus cher en Europe qu'aux Etats-Unis mais "better the devil you know". L'Europe, qui a une démographie désastreuse, serait-elle capable de se défendre ou de préserver son influence sans le parapluie américain?

Le Blogo pense qu'en fait les jeux sont faits: le gouvernement américain n'est plus capable d'opérer avec la rationnalité suffisante pour assurer le bien-être de sa population et il est donc bien incapable d'assurer un ordre fonctionnel sur la planète entière. Faut-il pour autant accélérer le processus en faisant preuve de défiance? Je crois qu'il faut une voie médiane qui aboutisse à préparer les fondations d'un monde multi-polaire en constatant que la structure de pouvoir américaine est inepte. Il faut préparer un plan B. Il y a même urgence à le concevoir dans le domaine financier car le système actuel pourrait s'avérer être de courte durée.

Donc en gros en première analyse: les américains ont eu raison de sauver leur système financier car il est essentiel au maintien de leur place prépondérante dans l'ordre mondial. C'est un peu la même chose que pour les agences de notation: elles sont discréditées mais les Etats-Unis ont intérêt les protéger car elles sont vecteurs d'influence (alors qu'elles devraient être dissoutes - rappelons au passage le sort réservé à la vénérable société d'audit Arthur Andersen, autres temps, autres moeurs).

Il ne faut cependant pas sous-estimer tous les coûts cachés du sauvetage entrepris. Le premier coût est l'entrée dans l'ère de l'irréalité économique. Le monde ne donne l'impression de tourner rond que grâce à de multiples manipulations. Le plus grand "window dressing" de l'histoire à l'échelle de l'économie mondiale. Les banquiers se sont enrichis en faisant croire que des dettes astronomiques seront un jour remboursé. Après avoir pendant des années touché des bonus ahurissants indexés sur la taille du mensonge, le moment de réalisation en 2007 a conduit les banques centrales à nier la réalité en bouchant le trou avec de la création monétaire. Seule l'explosion de la dette publique témoigne encore de cet énorme passif et l'infrastructure. On veut nous faire croire que dans un contexte de credit crunch généralisé, les Etats vont continuer à financer leur dette publique en pleine explosion sans problème. THINK AGAIN! Des esprits chagrins repris par Zero Hedge commencent à douter du bien fondé des chiffres que la FED publie. Pensez-vous que votre presse économique vous dira un jour que les ventes aux enchères de dette US ne sont que le dialogue par téléphone entre deux traders de la FED portant un chapeau différent sur deux trading floors différents? THINK AGAIN! Par contre, des lecteurs attentifs qui postent sur des blogs connus peuvent aujourd'hui soulever ce genre de lièvres.

Dans l'univers alternatif, il est désormais admis que la FED intervient sur les marchés boursiers. Vrai ou pas, cela témoigne d'un coût caché de l'opération de sauvetage à fonds perdus des banquiers: la perte de la confiance. Même si les MSM ne le disent pas, la situation est assez extrême pour que personne n'ait confiance dans les autorités. Les statistiques économiques, les interventions de la FED sur les marchés, les liens entre Wall Street et Washington, tout est l'objet d'une suspicion et d'un dégoût généralisé. Quelles sont les conséquences à moyen et longt terme de cette nouvelle défiance de la population envers ses institutions financières? Pour l'instant, tout semble sous contrôle mais bien que cela ait été très mal exprimé, les banques porteront le poids des évènements économiques à venir sur leurs épaules. Les chanteurs, les enfants dans les cours d'école semblent tous avoir retenu que les banquiers étaient des pourris. J'ai reçu un prospectus dans la rue qui disait: "I 8 Wall Street". Je ne chantais pas des chansons anti-banques dans la cour de mon école quand j'avais dix ans (exemple vécu). Wall Street n'a jamais été un sujet de haine dans mon expérience. On peut donc se frotter les mains dans les banques des bonus records de 2009 mais quel sera le coût à long terme de ce scandale qui dépasse l'entendement.

Il y a donc un passif économique au plan de sauvetage: la finance est devenue une sorte de "strawberry field" psychédélique où tout le monde est sous psychotrope et voit la vie en rose. En dehors, des citoyens ont une terrible défiance qui se développe et qui ne fera que s'exacerber si la situation économique se dégrade encore. Le scénario rose qui voit tout le monde repartir d'un bon pied (l'économie américaine va croître de 4% par an ou plus pour les 10 prochaines années nous dit les projections budgétaires américaines) est une chimère. Les banques semblent pour le moment à l'abri d'un backlash politique très violent mais qu'en sera-t-il après que le bailout ait traumatisé la population? L'idée donc de dire que le sauvetage était la bonne chose à faire d'un point de vue strictement américain est peut-être de courte vue. Le problème est que cela est la voie qui a été choisie et qu'on ne sera jamais en mesure d'explorer les autres possibles. Si les Etats-Unis, et le monde repartent pendant deux ans et que tout s'effondre avec grand fracas avec l'apparition concommitante de remous sociaux majeurs et d'instabilité politique, on pourra sans doute dire que le sauvetage était une erreur. Si les Etats-Unis repartent pendant 5, 10 ou 15 ans et arrivent à maintenir leur magistère sur le monde, cette voie aura sans contexte était validé (d'un point de vue américain s'entend).

Bon voilà donc encore une grande diatribe indigest qui sera poursuivie et arrangée cette semaine. Ne vous étonnez donc pas d'en voir le texte changé, l'écriture améliorée, les fautes supprimées et des liens ajoutés. Il s'agit en fait de faire ce que j'avais promis aux lecteurs de faire en novembre à savoir deux parties d'un texte qui répondaient à ces questions:
- Pourquoi l'effondrement promis n'a pas eu lieu
- Etait-il possible de faire autrement que de créer le Frankenstein économique rapidement décrit ici.
Le sujet est vaste donc voici une autre pierre. Je pense clôturer cet effort bientôt.
Le Blogo prendra ensuite une forme que j'espère un peu nouvelle: plus télégraphique, moins verbeuse avec globalement moins de contenu mais peut-être plus de liens. Pour l'instant "Chronique d'une crise amorcée" mais ça pourrait changer... Car, voyez-vous, tout change.

vendredi 1 janvier 2010

Friday Plane Blogging

Big boys down under. Deux A380, un 747. Bonne année.