mardi 19 mai 2009

La CJR donne un bonnet d'âne aux médias eco

La Columbia Journalism Review s'est lancée dans l'examen minutieux du traitement de la crise du subprime entre le 1er janvier 2000 et le 30 juin 2007 par les journaux suivants: The Wall Street Journal, The New York Times, the Los Angeles Times, The Washington Post, Bloomberg News, Financial Times, Fortune, Business Week, and Forbes. Le réquisitoire est extrêmement sévère. La critique de la "corruption institutionnelle" (leur expression) qui a atteint le financement du housing est quasiment absente des organes de presse passés en revue. A noter qu'ils ont mis en ligne avec l'article un fichier Excel avec plus de 700 articles recensés sur la période.

Voici quelques paragraphes sélectionnés:

This isn’t about identifying which journalist or economist was “prescient,” the business-press parlor game du jour. What’s important is that forthright press coverage and uncompromised regulation combined to create a virtuous cycle of reform.
...

Alas, any fair reading of the record will show the business press subsequently lost its taste for predatory-lending investigations and developed a case of collective amnesia about Wall Street’s connection to subprime, rediscovering it only after the fact.

There are a number of explanations (though no excuses) for this. First and foremost, was the abdication of regulatory responsibility at the federal level. Uncompromised regulation and great journalism go hand-in-hand. But when such regulation disappears, journalistic responsibilities only increase. What is important to understand first is that this press failure did occur.
...
What makes this development especially maddening is that subprime lending and Wall Street’s CDO production at this point were only just getting started. Subprime mortgages in 2002 were $200 billion, 6.9 percent of all mortgages. By 2006 they were $600 billion and 20 percent of the market. Add poorly documented “Alt-A” mortgages and the 2006 figures rise to $958 billion and 32 percent. CDO production went from next to nothing in 2000 to half a trillion in 2006.
...
These are valuable stories. But to get the public involved you need more. You need stories of institutionalized corruption. There’s no way around it.

What was missing—and needed—were more stories like the one that ran on February 4, 2005 in the Los Angeles Times by Mike Hudson and Scott Reckard: “Workers Say Lender Ran ‘Boiler Rooms.’ ”
...
It is disingenuous, I believe, to suggest, as many financial journalists do, that they are unfairly expected to have been soothsayers in the economic crisis (e.g. “Financial Journalism and Its Critics,” Robert Teitelman, TheDeal.com, 3/6/09: “Why, among all other journalists, are financial reporters expected to accurately predict the future?”). Rather, the expectation is merely that financial outlets do their best to report on what is happening now, including, one would hope, confronting powerful institutions directly about basic business practices. This is not complicated.
...
In light of this general system failure, what are the lessons for the general reader and the business press itself? First, the public should be aware—warned, so to be speak—that its interests and those of the business press may not be in perfect alignment. :-) No Shit! J'adore...

Confessions d'un emprunteur américain

Un article hors du commun dans le New York Times Magazine. Il raconte la "crise du crédit" personnelle de l'auteur, journaliste au NYT. L'article est long: c'est une tranche de vie. Je vous en conseille la lecture mais j'imagine que la plupart des lecteurs du blogo n'ont pas le temps de se lancer dans un article de 6 pages (ou ne parlent pas anglais). J'en ai donc fait un rapide résumé.

L'auteur commence par raconter comment cette histoire n'aurait pas dû lui arriver: journaliste économique au NYT, il avait déjà écrit des articles sur les dérives de l'immobilier aux Etats-Unis quand son histoire commence en 2004. Il explique comment l' "amour" et la perspective de refonder une famille recomposée après un divorce lui a fait perdre la boussole de ses finances personnelles.

S'ensuit l'achat d'une maison trop onéreuse par rapport à ses revenus (essentiellement parce qu'il paye $4000 de pension alimentaire à son ex-femme ce qui lui laisse $2700 - sa rémunération annuelle est de $120000). Il veut utiliser son bon "FICO score" (note mesurant la qualité de crédit de tous les américains, il est bon si vous payez vos dettes en temps et en heure) et son boulot stable pour obtenir le meilleur emprunt possible. Son "mortgage broker" lui conseille de ne pas faire état de ses obligations relatives à la pension alimentaire. Un problème administratif apparaît alors: son ancien emprunt immobilier (repris par sa femme) refait surface. S'il révèle qu'il est désormais exclusivement au nom de son ex-femme, la question de la pension alimentaire se posera forcément.

Apparté: dans une société qui n'est pas corrompue depuis des années par des banquiers véreux qui ont systématiquement fait sauter toutes les contraintes règlementaires sur l'octroi de crédit, c'est ici que cette histoire se serait arrêtée. Mais nous sommes aux Etats-Unis en 2004...

Son mortgage broker commence alors à se comporter comme un "pusher" qui donne de la drogue pour se constituer une clientèle. Il lui suggère de faire un emprunt sans déclaration sur son patrimoine ("No Assets"). Notre journaliste achète la maison pour $500000. Au bout de six mois, en 2005, il réalise qu'il est en difficulté: plus d'argent à la banque. S'ensuit une cavalcade à coups de dépenses de credit cards qui lui sont évidemment proposées. Il paiera jusqu' à 27% d'intérêts sur ses credit cards. Son couple frôle la rupture en raison de tensions sur les dépenses.

Vient alors la deuxième couche: il retourne voir son dealer (le mortgage broker) et se refinance cette fois dans du subprime pur et dur (son FICO score ne lui permet plus d'accéder aux emprunts de meilleur qualité). Il obtient un nouvel emprunt en 2006 en bénéficiant du fait que sa maison s'est appréciée mais son paiement mensuel augmente de 30% à $3700. Il consolide au passage ses dettes de carte de crédit ce qui lui crée mécaniquement de nouvelles lignes de crédits. Cela tombe bien car sa compagne perd à nouveau son emploi... Il est pris à la gorge en octobre 2008 et contacte sa banque pour modifier son prêt (il a déjà deux mois de retard).

L'article se finit cependant sur une note inattendue qui conforte une hypothèse émise de longue date sur El Blogo: il habite sa maison depuis 6 mois sans payer son emprunt et il ne lui arrive rien. L'infrastructure qui expulse et se réapproprie les biens immobiliers est engorgée: ne plus rembourser n'entraîne plus l'éviction "manu militari". Si on se place du point de vue de Robin des Bois, on peut voir ça avec un peu de sympathie mais cela trahit en fait une dislocation du marché immobilier américain qui est extrêmement inquiétante. Quand le bruit commence à courir que le non paiement n'entraîne plus l'éviction, qui continue à rembourser son mortgage?

Ces disruptions font en réalité froid dans le dos et donnent réellement envie de "water boarder" notre commentariat économique qui s'accorde aujourd'hui massivement pour une reprise au second semestre (même si quelques fortes têtes isolées ne la situe que début 2010...). La réalité est que depuis 10 ans les américains ont signé tellement de contrats insensés qu'il faudrait une armée entière pour en obtenir aujourd'hui l'application et réduire en esclavage pendant plusieurs années la moitié de la population. Les lobbyists des banques sur Capitol Hill mettent tout en oeuvre pour que toute la force coercitive de l'Etat s'applique sur les mauvais payeurs mais ils ne prennent pas en compte le fait que "l'infrastructure de recouvrement" à l'échelle nationale est cassée (il faut dire que personne n'en parle et qu'on ne le devine ici que par la bande, à l'occasion d'une anecdote à l'issue d'un long article).

Le dernier contrat insensé signé aux Etats-Unis est celui par lequel d'un trait de plume, le gouvernement s'est porté garant du système bancaire. Comme pour tous les autres contrats foireux depuis dix ans, la planète entière tente de se persuader que celui-là sera honoré. Tout le monde ne veut-il pas sa part de rêve américain?

samedi 16 mai 2009

Friday Plane Blogging

A une heure près j'évitais de poster une fois de plus le Friday Plane Blogging le samedi. C'est encore un lecteur assidu qui m'a rappelé à l'ordre en me signifiant que tous ces "FPBs on Saturday" commençaient à faire désordre. Je le reconnais et je m'en excuse auprès de lui.

L'occasion pour moi de sensibiliser les fans du FPB au fait qu'en cliquant sur l'image, ils peuvent obtenir une photo de bien meilleure résolution. C'est vrai depuis le début. Pour les vrais fans, vous pouvez faire une recherche sur le blogo avec "friday plane blogging" et vous verrez toutes les photos s'afficher depuis le début. Vous pourrez ensuite agrandir à loisir celles qui vous ont plu.

vendredi 15 mai 2009

GDP

La révélation des chiffres de GDP suit pour l'instant la même dynamique que le trimestre précédent (les deux seuls trimestres postérieurs à la "phase 2" de la crise commencée en septembre 2008). Les Etats-Unis ouvrent le bal avec -6%, les européens suivent avec un chiffre bien plus noir: -10%. Au trimestre dernier, un dernier acte avait vu les américains rejoindre les niveaux européens lors de la première révision mensuelle (disponible dans quelques jours pour Q1). Le GDP allemand se contracte de 15,2% en rythme annuel contre 4,8% seulement pour la France.

Cette différence entre les deux plus grosses économies de la zone euro est complètement stupéfiante.

A noter ce miracle: toute ma vie j'ai entendu les chiffres de la croissance exprimés en rythme annuel. En l'espace de 6 mois, par une opération du Saint-Esprit semble-t-il, ils sont désormais tous exprimés par trimestre. Il faut donc mutiplier tous les chiffres par 4 pour pouvoir les comparer aux chiffres qu'on a enregistré dans nos cerveaux depuis 30 ans. Les vieux médias semblent avaler ce changement sans broncher. Je n'irai pas pleurer sur leurs tombes.

Il faut remarquer que ces niveaux sont sans précédent. Cela remet en cause la valeur statistique de ces chiffres. Une partie des calculs sont basés sur des projections et sur des modèles qui se sont affinés pour retranscrire (plus ou moins fidèlement) la réalité dans une période de relative stabilité. L'ouragan qui souffle aujourd'hui sur l'économie mondiale les rend caducs. Il faut donc les prendre plus que jamais avec des pincettes. Seules des différences extrêmement frappantes comme France/Allemagne méritent qu'on s'y arrête. Les allemands sont-ils, comme j'en avais émis l'hypothèse au sujet des chiffres du trimestre dernier, les seuls à dire la vérité?

La relative bonne tenue des Etats-Unis est également un grand point d'interrogation. Epicentre de la crise, on glose beaucoup sur leur effort de relance supérieur mais je rappelle qu'on reprochait beaucoup à Obama que cet effort soit trop peu "front loaded" (peu d'efforts sur 2009). On nous a longtemps répété que la croissance américaine reposait en grande partie sur la consommation...

Ces chiffres invitent donc à la circonspection et ceux qui essaieront de s'en servir pour valider ou non des modèles ou des idéologies économiques seront de mauvaise foi. Ce qu'on peut en tirer, c'est que nous traversons la crise économique la plus grave de notre histoire et qu'elle était toujours au trimestre dernier en phase d'aggravation.

Note: j'ai lu dans la dépêche Bloomberg que ces chiffres de GDP n'étaient compilés que depuis 1970 en Allemagne et depuis 1980 en Italie. J'avais pour ma part dans l'idée qu'ils avaient toujours existé. Cela veut dire essentiellement que toutes les données sur l'histoire économique que j'ai apprises dans ma scolarité reposaient sur des chiffres reconstitués et pas des chiffres publiés à l'époque... Good to know.

Temps à perdre?

Si vous avez du temps à perdre, vous pouvez regarder cet album photo sur les 100 premiers jours d'Obama. Les photos sont belles et les amateurs de "West Wing" apprécieront. Vous pouvez obtenir des commentaires sur chaque photo.

jeudi 14 mai 2009

A quoi sert le blogo?

J'ai eu l'idée de faire une recherche "Google Actualités" sur Dick Durbin, le sénateur que j'ai évoqué deux fois dans le blogo car il a déclaré récemment que les banquiers étaient "maîtres chez eux" au congrès ("they frankly own the place").

Je n'ai obtenu aucun résultat. J'hésite toujours à porter des jugements sur la presse française car je la lis peu. Il faut aussi dire que mes recherches sur "Google Actualités" me déçoivent souvent car je suis habitué aux recherches sur "Google News" qui produisent beaucoup plus de résultats à contexte comparable. On peut aussi arguer du fait que cette déclaration d'un sénateur est "below the radar" pour un correspondant étranger aux Etats-Unis par exemple. En revanche, le fait que les banques contrôlent le congrès ne l'est pas. Pourtant, j'ai l'impression que cette information de contexte (primordiale) n'arrive que rarement dans toute son énormité jusqu'aux lecteurs français. Les journalistes étrangers continuent à traiter de l'organisation formelle du pouvoir aux Etats-Unis alors qu'elle a de longue date été remplacée par une organisation informelle* où l'homme politique n'est qu'un exécutant. That's where El Blogo steps in.

Note: Il faut bien dire aussi que peu de journalistes américains traitent du sujet, il n'est donc pas étonnant que les journalistes français aux Etats-Unis l'évitent. Le rôle d'un correspondant permanent n'a pas changé depuis l'époque d'Hubert Bonisseur de la Batte, entre relations publiques, diplomatie et sténographie: il faut garantir ses accès et surtout ne froisser personne. Ces gens ne servent à rien. Autant s'en tenir aux communiqués de presse officiels. Le problème est que les Etats-Unis se sont radicalisés ces dernières années. Ils nous ont offert la guerre en Irak et la crise du subprime donc l'inadaption du correspondant permanent compassé et "animal à cocktails" est devenue flagrante. La faiblesse économique des journaux papiers devrait heureusement nous débarasser d'un grand nombre d'entre eux.

* A noter qu'il ne faut pas confondre "informelle" et "molle". Cette organisation informelle n'est pas molle.

I think giant squirrels ate the green shoots

Titre et post volé purement et simplement à Atrios. En référence à ce post d'hier sur le blogo décrivant la hype sur les "green shoots".

I Think Giant Squirrels Ate The Green Shoots

They've been eating mine at least.

NEW YORK (CNNMoney.com) -- Foreclosures in April exceeded even March's blistering pace with a record 342,000 homes receiving notices of default, auction notices or undergoing bank repossessions, according to a regular industry report.

-Atrios 12:43

Comments (155)

De son côté, Barry ritholz à The big Picture s'en prend également aux green shoots avec ce post: "Green Shoots Turn Brown". Les green shoots n'auront donc pas fait long feu sur le blogo vu que j'ai commencé à en parler alors que leur "moment médiatique" touchait à sa fin. Ce matraquage des dernières semaines aura quand même laissé une impression bizarre de manipulation. La bonne nouvelle est que cela met définitivement fin au mythe cher à cet imbécile d'Alain Minc d'une crise "grotesquement psychologique". La confiance a été rétablie artificiellement et la réalité est en train de lui rouler dessus impitoyablement.

Il n'y a absolument rien de psychologique dans cette crise: le capital a été alloué de manière déplorable au niveau mondial pendant des années en raison de la corruption régnant dans la classe dirigeante américaine (banques, FED, Gouvernement, Congrès, Médias etc...). Des sommes astronomiques ont été gagnées puis perdues avec en toile de fond le plus grand transfert de richesses de l'histoire (au profit des plus aisés). L'invocation de facteurs "psychologiques" dans cette crise est soit une imbécilité, soit une tentative d'obfuscation. Dans le cas d'Alain Minc, j'ai bien peur qu'il ne s'agisse pas d'obfuscation.

mercredi 13 mai 2009

Rêve de banker...

Si nous pouvions réellement avoir touché le fond et être en train de rebondir! Les banquiers auraient une "fighting chance" de préserver leurs positions...
Ce serait inouï. Dans un premier temps les banquiers font un trou de plusieurs trillions en s'enrichissant massivement. Puis dans un second temps, l'attelage Paulson-Geithner bouche ce trou par le biais d'une simple écriture comptable dans les comptes de l'Etat. Tout repart ensuite comme si de rien n'était grâce à la capacité d'endettement infinie des Etats-Unis. End of the Story.

Quelque chose me dit (et je veux bien convenir qu'il s'agit d'un acte de foi) que cela va être beaucoup plus compliqué. Et quand bien même ce serait le scénario de sortie de cette crise, cela ne ferait que paver le chemin vers une crise plus grave car les banques n'auraient alors qu'une hâte: replonger leurs doigts dans le pot de confiture.

Comme pour la guerre en Irak, c'est en postulant qu'il n'y a pas de limites à ce que les Etats-Unis peuvent se permettre que la classe dirigeante actuelle va, tôt ou tard, les mettre à jour. Ce qui nous ramène d'une manière un peu abrupte à La Nouvelle Star

L'occasion également de déclarer officiellement le soutien du Blogo à Camelia-Jordana.

Green Shoots?*

Du FT. Première stat que je vois qui laisse imaginer que le rêve apparemment incensé du Blogo d'un découplage des économies mondiales et de l'économie américaine (profondeur et prolongation de la crise pour les US) puisse se réaliser. C'est ténu mais ça n'arrive pas souvent so here it is:
A noter que pour le FT, ce graphe est "exhibit A" dans la reprise mondiale et le signe de lendemains qui chantent.

* "Green Shoots" est le nouveau terme à la mode, tout le commentariat s'excite sur le concept de green shoots en ce moment. Les "jeunes pousses" sont toutes les statistiques éco qui laissent entrevoir la fin où la stabilisation de l'effondrement. Beaucoup d'entre elles apparaîssent élusives et quand on se souvient de la tendance pathologique au cheerleading de nos commentateurs économiques et du triptyque notamment, on ne peut qu'être prudent.

Bloomberg News

Je m'arrête rarement sur les columnists de bloomberg news mais j'ai bien aimé celle-ci de William Pesek qui date d'il y a trois semaines:

Extraits:
It’s a bit rich for U.S. politicians to berate Treasury Secretary Timothy Geithner for not labeling China as a currency manipulator.
Memo to Graham and his ilk: Your economy has lost any moral high ground as it drags the world down with it.
China is far from a perfect locomotive, but it is among the very few we have today. The U.S., the traditional engine, is stuck in reverse. So, it is hard to keep a straight face when politicians such as Senate Finance Committee Chairman Max Baucus, a Montana Democrat, say China must “continue reforms.”
Right message, wrong messenger. The International Monetary Fund can call on China to modernize its financial system, free its currency, or trade more fairly. The U.S., with its dollar- printing campaign, “Buy American” provisions in stimulus bills and deepening recession, can’t make such requests.
Nor can the U.S. offer many lessons on transparency these days. Those protesting around the U.S. on April 15, tax day, were livid about politicians spending their future. No issue has enraged taxpayers more than American International Group Inc. getting $183 billion of public money and then passing chunks of it to Wall Street’s elite, including Goldman Sachs Group Inc.

CDS recoveries

Cette news Bloom explique comment la recovery rate est déterminé pour les CDS après un défaut. Il y a visiblement un mécanisme d'enchères qui semble donner de mauvais résultats pour les vendeurs de CDS.

Sellers of credit-default swaps on 22 defaulted companies in the past seven months had to pay an average of 70 cents on the dollar for loans and 84.7 cents for bonds to buyers of protection, data from Markit and Creditex show. That compares to losses of 13 cents on the dollar for loans and 30 cents for bonds in all of 2008, Moody’s data show.

Et tant que j'y suis, cette news aussi qui debunk les bons résultats Q1 de Wells Fargo (13 milliards de writedowns 3 semaines après dans les stress test) mérite le détour.

Below the radar

Je n'avais pas vu mais le mois dernier, on a appris que Fannie Mae avait versé $112 million de bonus pour 2008. Année où elle a fait $108 MILLIARDS de pertes. Un sénateur a dit que c'était une insulte et que ces bonus devraient être rendus et blah blah blah...

The $33 Trillion question

Extrait de la newsletter de Nouriel Roubini:

Core Government Bonds: Can the World Absorb $33 Trillion of New Bonds?

  • The twelve most industrialized of the world's G20 countries will have to issue about $10 trillion worth of new bonds to cover the cost of the current crisis. However, Reinhart and Rogoff estimate the true cost at $15 trillion in the best case scenario and a whopping $33 trillion - 1/3 of total global savings - in the worst case. Issuing governments may have to inflate away their debt or pay drastically higher yields if deflation does not materialize (Niels Jensen et al)

L'immobilier américain au plus mal

Quelques chiffres mensuels ont fait dire à des commentateurs que la dérivée seconde de l'immobilier américain était devenue positive (la chute ralentissait). Les chiffres des foreclosures semblent démentir cet optimisme.

Autour de l'été 2006, je suivais esentiellement deux chiffres qui étaient les indicateurs avancés de l'explosion à venir du marché du "subprime": les défauts dans les "Investor Reports" des deals subprime qui se mettaient à augmenter de 1 à 2% d'un mois sur l'autre (suivant la bucket) et les chiffres de foreclosures de RealtyTrac qui sont passés en 6 mois de 50000 par mois (qui étaient le niveau très bas qui avait court depuis des années) à 150000 par mois.

Fast forward 3 years. Ces chiffres viennent d'être publiées pour avril 2009: 342000 niveau le plus élevé depuis le début de la crise. Cela suit un mois de mars à 340000. De 17% supérieur à février et 32% de plus que l'an dernier.

La crise immobilière bat donc son plein. Si l'on considère que les foreclosures sont des signes avancés de pressions à la baisse sur les prix, le crash immobilier américain est toujours en phase d'accélération. Avant que les foreclosures ne commencent à diminuer sensiblement, on ne pourra pas parler de stabilisation (qui se fera probablement dans un champ de ruines). Ces données laissent aussi présager un été catastrophique: l'immobilier hiberne relativement pendant l'hiver et nous rentrons seulement dans la période de 2009 qui sera réellement indicatrice de l'état du marché. Raison de plus pour ne pas s'exciter sur les chiffres qui indiquent un plateau: on ne pourra décréter qu'un plancher a été atteint qu'après un été meilleur que le précédent.

Subprime scorecard

Bloomberg recense les pertes "subprime related". $1,4 trillion pour l'instant. Ce chiffre me semble être le prolongement de ce qui était décrit comme "les writedowns" et qui avait franchi la barre du trillion il y a quelques mois.

Vérifications faites, les mêmes journalistes de Bloomberg (Yap et Piersen) donnaient les writedowns à $815 milliards le 9 février. Ce bond à $1,4 trillion semble un peu rapide en trois mois. D'ailleurs, la news semble ne plus être référencée sur le site. Il n'y a pas non plus de détails sur la nationalité des pertes (2 fois plus aux US qu'en Europe jusque là). Mystère donc. Voici la reproduction du tableau et un lien vers le tableau précédent:

Subprime Mortgage-Related Losses Exceed $1410.4 Billion: Table
2009-05-08 19:59:02.772 GMT

By Rodney Yap and Dave Pierson
May 8 (Bloomberg) -- The following table shows the $1410.4 billion in asset writedowns and credit losses at more than 100 of the world's biggest banks, insurers and securities firms as well as the $1135.1 billion capital raised to cope with them.
Those with a star next to their name have figures that were updated since the table was last published. You can see quarterly breakdowns for each firm and different regions by typing WDCI.

*T
Writedown & Loss Capital Raised
All financial firms 1410.4 1135.1
Banks & brokers 1021.9 926.4
Insurers 235.6 126.3
Government sponsored entities (U.S.) 152.9 82.4

Individual Firms Ranked by Loss

Wachovia Corporation 101.9 11.0
Citigroup Inc. 101.8 109.3
American International Group 89.8 91.9
Freddie Mac 81.6 51.6
Fannie Mae 71.3 30.8
Bank of America Corp. 56.6 78.5
Merrill Lynch & Co. 55.9 29.9
UBS AG 53.1 33.5
Washington Mutual Inc. 45.3 12.1
HSBC Holdings Plc 42.2 24.5
JPMorgan Chase & Co. 41.1 44.7
Royal Bank of Scotland Group Plc 29.4 51.1
Wells Fargo & Company 27.9 41.8
HBOS Plc 27.1 23.6
National City Corp. 25.2 8.9
Morgan Stanley 22.7 24.6
Barclays Plc 18.6 28.0
Deutsche Bank AG 18.5 6.0
Credit Suisse Group AG 17.4 12.1
Lehman Brothers Holdings Inc. 16.2 13.9
Bayerische Landesbank 16.2 20.2
ING Groep N.V. 14.1 19.7
IKB Deutsche Industriebank AG 14.0 11.5
BNP Paribas 13.9 3.5
Hartford Financial SVCS GRP 12.4 3.0
PNC Financial Services Group 12.4 8.1
Metlife Inc 12.2 2.3
Ambac Financial Group Inc 12.1 1.4
Bank of China Ltd 11.2 0.0
Societe Generale 11.2 11.2
Prudential Financial Inc 9.9 4.7
Fortis 8.9 21.8
Banco Santander SA 8.1 19.3
Allstate Corp 8.1 0.0
Aegon NV 8.0 4.0
Goldman Sachs Group Inc. 7.9 25.5
Swiss Re 7.9 2.7
Canadian Imperial Bank of Commerce 7.9 2.7
Credit Agricole S.A. 7.7 12.1
Natixis 7.7 7.8
Mizuho Financial Group Inc. 7.5 8.2
Allianz SE 7.5 2.0
DZ Bank AG 7.0 0.0
SunTrust Banks Inc 7.0 4.8
Hypo Real Estate Holding AG 6.3 0.1
Dexia SA 6.3 8.7
KBC Groep NV 6.2 7.5
UniCredit SpA 6.0 10.2
Fifth Third Bancorp 5.6 6.0
MBIA Inc 5.6 1.0
Commerzbank AG 5.3 24.8
Indymac Bancorp 5.2 0.0
Principal Financial Group 5.1 0.0
U.S. Bancorp 5.0 6.6
E*TRADE Financial Corp. 5.0 2.2
XL Capital 4.9 2.6
Dresdner Bank AG 4.9 0.0
Genworth Financial Inc-CL A 4.8 0.0
Lincoln National Corp 4.8 0.0
Landesbank Baden-Wurttemberg 4.5 0.0
CNA Financial Corp 4.1 1.2
Nomura Holdings Inc. 4.0 8.4
HSH Nordbank AG 3.9 1.7
Royal Bank of Canada 3.9 2.3
Aflac Inc 3.7 0.0
Lloyds Banking Group Plc 3.3 13.4
Rabobank 3.3 0.0
WestLB AG 3.3 6.8
Huntington Bancshares 3.3 2.0
Bear Stearns Companies Inc. 3.2 0.0
Mitsubishi UFJ Financial Group 3.1 15.3
Australia and New Zealand Banking Grou 3.0 0.8
Zurich Financial 3.0 0.0
KeyCorp 2.9 4.2
Marshall & Ilsley Corp. 2.9 1.7
Manulife Financial Corp 2.5 1.8
Allied Irish Banks Plc 2.5 4.8
Northern Rock PLC 2.5 5.2
Sovereign Bancorp Inc. 2.5 1.9
Alliance & Leicester Plc 2.4 0.0
Landesbank Sachsen AG 2.4 0.0
Industrial and Commercial Bank of Chin 2.4 0.0
Banco Bilbao Vizcaya Argentaria 2.3 0.0
ABN AMRO Holding NV 2.1 0.0
Intesa Sanpaolo 2.1 0.0
Banco Popolare 2.0 0.0
BB&T Corp 2.0 3.1
Progressive 2.0 0.0
Syncora Holdings LTD 2.0 0.2
CNP Assurances 2.0 0.0
Axa 1.9 2.1
Bank Hapoalim B.M. 1.9 2.1
Deutsche Postbank AG 1.9 1.4
Protective Life Corp 1.8 0.0
Torchmark Corp* 1.7 0.0
Scottish Re Group LTD 1.7 0.1
Banco Popular Espanol SA 1.7 0.0
Nationwide Financial 1.6 0.0
First Horizon National Corp 1.4 1.5
Zions Bancorporation 1.3 1.4
DNB NOR ASA 1.3 0.0
Bank of Nova Scotia 1.2 0.2
Radian Group Inc 1.1 0.2
Bank of Montreal 1.1 0.9
FBL Financial Group, Inc. 1.1 0.0
Ace Ltd 1.1 0.0
Groupe Caisse d'Epargne 1.1 0.0
Sumitomo Mitsui Financial Group 1.1 12.0
Gulf International Bank 1.0 1.0
PMI Group Inc/The 1.0 1.0
Reinsurance Group of America 1.0 0.3
Sumitomo Trust and Banking Co. 0.9 1.8
Conseco Inc 0.9 0.0
National Bank of Canada 0.9 1.1
Bank of Ireland 0.7 4.8
Unum Group 0.7 0.0
Old Mutual Plc 0.7 0.0
Sun Life Financial 0.6 0.7
Aioi Insurance Co 0.6 0.0
Prudential PLC 0.6 0.0
MGIC Investment Corp 0.6 1.0
Assured Guaranty 0.5 0.3
Axis Capital 0.5 0.0
Tokio Marine Holdings 0.5 0.0
Swiss Life Holding 0.4 1.6
Assurant Inc 0.4 0.0
American Equity Investment Life 0.4 0.0
Munich Re 0.3 0.0
Sompo Japan Insurance 0.3 0.0
Travelers 0.2 0.0
DBS Group Holdings Limited 0.2 3.8
Nipponkoa Insurance Company 0.1 0.0
Other European Banks 7.2 4.6
(not listed above)
Other Asian Banks 5.6 17.2
(not listed above)
Other US Banks 1.4 0.6
(not listed above)
Other Canadian Banks 0.7 4.4
(not listed above)
Other European Insurers 0.2 0.0
(not listed above)
Other US Insurers 0.8 0.0
(not listed above)
________ ________
TOTAL 1410.4 1135.1

Record de baisse dans l'immobilier US

La National Association of Realtors, organisme connu pour être perpétuellement bullish sur ses statistiques sur l'immobilier, nous informe que les prix immobiliers américains ont battu un record de baisse au premier trimestre. Tout va bien donc...

What the title says... (voir vidéo plus bas)

La FED devrait être de plus en plus sous les spotlights. Je dis "devrait" car vu que ses statuts fumeux échappent depuis bientôt 100 ans à la critique, il est possible que la FED sorte intacte de ce marasme. Tout est fait pour que ce soit le cas. En attendant, un lawmaker (isolé) demande des comptes sur les trillions gagés par la FED au nom du contribuable et la réponse qu'il obtient montre que l'institution ne se donne même pas la peine de faire de la com. C'est dire le mépris qu'elle porte aux élus.


Is anyone minding the store at the Federal Reserve?

mardi 12 mai 2009

Souvenirs, souvenirs

Frank Rich se remémore le discours de Stephen Colbert au White House Correspondents Dinner il y a trois ans. Tout à coup, un comique disait "le roi (et le white house press corps) est nu". Rich rappelle que le NYT n'avait même pas jugé bon d'évoquer ce sketch cinglant de 27 minutes dans son compte-rendu de la soirée! La trahison de la presse lui revenait en pleine figure par l'entremise d'un comique courageux. Quelques jours plus tard, on demandait à youtube de ne plus diffuser le clip (qui resta toujours accessible sur google videos)... L'amérique de W à son zénith!


Partie 2
Partie 3

"And they frankly own the place"

Bill moyers revient dans sa dernière émission sur la déclaration de Dick Durbin déjà évoquée dans ce post.
Pour mémoire:
"And the banks -- hard to believe in a time when we're facing a banking crisis that many of the banks created -- are still the most powerful lobby on Capitol Hill. And they frankly own the place."

Google public data

Via TBP, google a annoncé que des données statistiques seraient désormais facilement accessibles. Comme l'emploi aux Etats-Unis par exemple.

Bientôt, tout le monde aura accès facilement aux données macroéconomiques disponibles sur un bloomberg par exemple mais sans payer $1500 par mois.

Exemple.

For further reference

Bloomberg estime à $38 Trillion les encours de CDS.

lundi 11 mai 2009

Opposition to Obama

Barry Ritholz à TBP recense 14 économistes opposés aux largesses d'Obama envers sa plus grosse constituency: les banques.

dimanche 10 mai 2009

Banksters: 14.2%

14.2%. C'est le taux moyen pour les nouvelles Credit Cards américaines. Pour mémoire, le taux de l'usure en France est à 10% pour de prêts supérieurs à 1500 euros (j'imagine l'immense majorité des cas aux Etats-Unis). On peut se demander comment de tels niveaux sont possibles sans entente entre les principaux acteurs. B-A-N-K-S-T-E-R-S.

Voir Bloomberg:
"The average annual percentage rate offered to new card customers in the U.S. was 14.2 percent in April, up from 13.8 percent a year earlier, according to IndexCreditCards.com, which surveys the industry to track rates."

Jeux olympiques 2012

Les plans de relance sont à la mode mais quand même: quelle chance que Paris n'ait pas obtenu les JO! Londres va avoir perdu pas mal de sa superbe en 2012.

Un associé de Buffet pour l'interdiction des CDS

Le "Vice Chairman" de Berkshire Hattaway est pour l'interdiction des CDS. A noter qu'il a 85 ans. 7 ans de plus que Warren Buffett. Il va falloir chercher quelqu'un d'autre pour la succession.

Le paradoxe des bons du trésor

Le rally boursier a été rendu possible par la promesse et l'amorce d'une infusion de cash totalement illimitée dans le système bancaire américain (les financières ont fait l'essentiel du rally). Cette infusion ne peut se faire que grâce à une offre sans précédent (sauf peut-être durant la seconde guerre mondiale) de bons du trésor américain.

Or, le rally a orienté les investisseurs vers les actions plutôt que vers les obligations. C'est un des mécanismes qui a rendu les bons du trésor moins désirables ces derniers temps. Les ventes aux enchères de bons du trésor US se sont passées moins bien que par le passé.

Les investisseurs se bousculent donc pour devenir actionnaire des banques et bénéficier des largesses du trésor US à court terme mais ils sont moins enthousiastes à l'idée de financer à long terme ces dépenses somptuaires...

samedi 9 mai 2009

Stiglitz and the "too big too fail" excuse

Warning: post en anglais.

Stiglitz is saying that people have confused "Too big to fail" with "Too big to be financially restructured". It is indeed the biggest fallacy of this crisis: pretexting systemic risk to let banksters off the hook and channel to them insane amounts of taxpayers' money with absolutely no oversight.

Note + extensive digression: While we're at it, let's not forget the big lesson of this crisis: "Too big to fail is too big to exist". This idea has been around for a long time but I last read it in an article from Simon Johnson. Simon Johnson who has now a blog on the Wapo website which should put a cap on his critical outbursts (my bet would be that the word "oligarch" will make few appearances in his wapo blog). A little bit like Nouriel Roubini's political ambitions seem to me to be limiting his opposition to the Geithner clique. Nothing like carrots to tame criticism. Yet the fact that these individuals are now prominent commentators indicate that the world has changed. Is one more likely to change things by working with the system or by sticking to a hardline? Opposition is a political strategy to gain power. In the short run, it can look like a sellout but what if it brings real change in the medium run?

Proposition pour les CDS

Un système pour réformer le trading de CDS est décrit ici (site de Roubini). Il s'agit de faire passer tous les trade par une contrepartie unique qui a du coup les données nécessaires pour évaluer si le marché est globalement assez capitalisé.

Friday Plane Blogging

On Saturday again...

jeudi 7 mai 2009

Aux origines du rally... il y avait Citi

Il semble que Citi ait besoin d'une nouvelle recapitalisation. Cela n'a rien de surprenant en soi et le marché juge les $5 milliards nécessaires tellement faibles (par rapport au $45 milliards précédents plus environ $250 milliards de garantie plus les interventions massives et furtives de la FED etc...) que l'action a progressé de 16% dans la foulée. Still. L'ironie est que le rally actuel a débuté à la faveur des déclarations positives de... Citi. Nous savons "for a fact" que le CEO de Citi est un menteur. Nous savons que le triptyque a la valeur journalistique d'une infomerciale (les détails sont rapportés de manière experte, le mensonge sur la "big picture" est constant et l' "accountability" exigé des banques est nulle). Nous savons aussi qu'après une perte de contrôle de 6 mois sur les évènements, la machine à mensonges des banques a repris le contrôle sur les esprits (malades) des opérateurs de marché avec désormais un allié de poids: le gouvernement.

Plus que jamais, les nouvelles sont bonnes parce que les nouvelles DOIVENT être bonnes (elles ne sont d'ailleurs le plus souvent que "présentées comme bonnes"). Cette dernière reprise en main traduit la volonté pathétique des élites économiques de commander la réalité pour sauver leur peau. Chaque jour qui passe nous rapproche de ce moment pas tellement éloigné où l'on "tipp-exera" des zéros ou des signes "moins" à la va-vite sur les quarterly results la veille de leur publication. Ce jour là (est-il dernière nous?), nous ne serons plus loin du "judgment day" pour l'imposture que représente la finance américaine depuis 10 ans. Le Blogo l'a promis pour 2009 et pour le premier semestre. Cela peut sembler court pour le premier semestre au vu du rally actuel mais une chose est sûre, personne ne le verra venir (pour la bonne est simple raison que les causes prévisibles et logiques d'une nouvelle crise de confiance sont aujourd'hui surveillées comme le lait sur le feu - le coup viendra donc par construction de là où on ne l'attend pas).

mardi 5 mai 2009

Fermeture de Guantanamo?

Les effets d'annonce d'Obama semblent souvent s'embourber dans les marécages du congrès. Que ce soit pour le retrait d'Irak, les contraintes imposées aux banques sur les rémunérations du management, les mesures pour rendre les faillites personnelles moins dures etc... on retrouve souvent le même shéma: il y a d'abord une annonce qui frappe les esprits et tout de suite commence un travail de sappe des lobbys qui remet en cause la mesure avec la complicité passive ou active des médias . L'annonce initiale est très médiatique mais le travail de sappe se fait discrètement.

Dernier exemple en date: les démocrates ont refusé de voter les fonds nécessaires à la fermeture de Guantanamo promise sous un an par Obama. Ce fut une des premières mesures annoncées à sa prise de fonction et elle lui avait valu une ovation quand il l'avait évoquée à Strasbourg devant 4000 jeunes européens. Il n'est pas encore dit qu'elle ne se fera pas mais cette tendance systématique doit conduire à se méfier des résultats concrets que vont engendrer les bonnes intentions d'Obama.

Les lecteurs attentifs du blogo auront compris qu'en ce qui concerne le fait économique majeur depuis sa prise de fonction, (la préservation en l'état d'un système bancaire failli), il est extrèmement difficile de déceler des différences entre Obama et son prédécesseur. L'engagement en terme budgétaire va bien au-delà de toutes les promesses électorales d'Obama réunies (sans doute plusieurs multiples). Les Etats-Unis se retrouvent donc dans la situation ubuesque où l'on coupe les cheveux en quatre pour quelques mesure sociales et où le commentariat s'indigne des déficits des comptes sociaux alors même que la mise à sac des comptes de la nation pour préserver le système bancaire est censée aller de soi. Quelle meilleure illustration de l'influence politique des banques que ce "deux poids, deux mesures" qu'il engendre? Il est possible qu'on se retrouve dans un an avec un président qui n'aura pas obtenu grand chose face aux divers lobbys qui bornent son pouvoir et dont la politique aura beaucoup plus à voir avec celle de Bush que ce qui était anticipé.

Cor-rup-tion

Un éditorial du NYT fait mine de s'indigner quand 12 démocrates s'allient à 39 républicains pour bloquer une mesure autorisant les juges gérant les faillites personnelles à modifier les emprunts dans un sens favorable aux particuliers mais en défaveur des banques.

La majorité au sénat n'est ni républicaine ni démocrate, elle est bancaire.

dimanche 3 mai 2009

samedi 2 mai 2009

A l'ouest, rien de nouveau

Mais à chaque fois que c'est répété par des insiders, le Blogo ne manque pas de se sentir un peu plus "vindicated"...

Extrait de ce post de Glenn Greenwald:

Sen. Dick Durbin, on a local Chicago radio station this week, blurted out an obvious truth about Congress that, despite being blindingly obvious, is rarely spoken: "And the banks -- hard to believe in a time when we're facing a banking crisis that many of the banks created -- are still the most powerful lobby on Capitol Hill. And they frankly own the place." The blunt acknowledgment that the same banks that caused the financial crisis "own" the U.S. Congress -- according to one of that institution's most powerful members -- demonstrates just how extreme this institutional corruption is.

vendredi 1 mai 2009

Friday Plane Blogging


Note: comme la plupart des images postées sur le blogo, vous pouvez agrandir les FPB en cliquant dessus.

jeudi 30 avril 2009

Bonne nouvelle

Glenn Greenwald signale une victoire importante contre Obama. Ce dernier avait en effet repris le flambeau de Bush en revendiquant le droit de mettre fin à toute poursuite judiciaire sur la simple affirmation qu'elle mettait en cause un secret d'Etat. Cet abus de pouvoir avait permis à Bush de mettre fin aux procédures judiciaires susceptibles d'incriminer son régime. Obama n'avait pas d'autres choix que de le reprendre à son compte s'il voulait, comme il en a manifesté l'intention, protéger l'administration précédente et tout l'establishment washingtonien qui a soutenu le bushisme. Une cour d'appel vient de contester cette position de l'administration.

Le pouvoir judiciaire semble reprendre sa place dans le paysage politique américain (la maison blanche a aussi dû mettre de l'eau dans son vin sur sa volonté affichée de ne pas poursuivre Bush - ce n'est pas elle qui décide en la matière). L'élection d'Obama a normalisé la démocratie américaine dans la mesure où le pouvoir du président est à nouveau confronté à des limites. En votant Obama et démocrate massivement, les américains ont également manifesté leur souhait de revenir à un fonctionnement démocratique normal. Tous les corps de l'Etat (et la société en général) ont entendu le message et il est donc logique qu'ils retrouvent leur place en s'opposant si besoin au nouveau président. C'est l'effet induit de la victoire d'Obama: les américains n'ont plus peur de leur exécutif, les langues se délient. Cette forme de Glasnost* non-dite après une période de crispation autoritaire va avoir des effets pendant plusieurs années et pourraient être une lame de fond qui recentre le paysage politique américain aujourd'hui encore très fortement droitisé. Jusqu'au prochain attentat?

* Obama en Gorbatchev américain? Voir ici. Encore une analogie fumeuse dont le Blogo peut sans doute revendiquer la paternité. En réalité, en préservant à tous prix (littéralement) les structures du système bancaire en dépit de sa faillite, Obama semble au contraire de Gorbatchev se crisper sur la préservation d'un système cassé plutôt que d'essayer d'accoucher un nouvel équilibre. Quand on voit l'Etat de l'empire soviétique, on se demande si on peut réellement le lui reprocher. Comme signalé ici, les américains n'ont rien à perdre à tenter de préserver le système actuel: il n'existe pas d'alternative qui leur soit favorable. "They are all in" pour les amateurs de poker. J'ose donc une analogie encore plus fumeuse: Obama, le Iouri Andropov américain? El Blogo: "To boldly go where no man has gone before".

Longue interview d'Obama dans le NYT

J'ai sélectionné les passages susceptibles d'intéresser un lecteur du Blogo. L'interview a été faite le 14 avril et n'a été publiée qu'hier:

IV. Where the Economists are Coming From

I want to talk broadly about policy. When you and I spoke during the campaign, you made it clear that you had thought a lot about the economic debates within the Clinton administration. And you said that you wanted to have a Robert Rubin type and a Robert Reich type having a vigorous debate in front of you. And clearly you have a spectrum of Democrats within your economic-policy team.

THE PRESIDENT: But I don’t have Paul Krugman or Joseph Stiglitz. (7) (Laughter.)

No, this wasn’t about them. But they have made it clear that they are not working in your administration, haven’t they?

But in your inner circle, it really is dominated by Rubin protégés. And I’d be interested if —

THE PRESIDENT: You know, the — I mean, look, Larry Summers and Tim Geithner obviously worked at Treasury under Rubin.

And Peter Orszag, I think.

THE PRESIDENT: And Orszag — fair enough. You know, Christy Romer didn’t.

Jared Bernstein doesn’t — and Jared sits here every morning as part of my economic team. And Austan Goolsbee doesn’t. (8)

I mean, the truth is that what I’ve been constantly searching for is a ruthless pragmatism when it comes to economic policy. It is probably true that, given the financial crisis that had arisen, that the fact that both Tim and Larry had familiarity with financial crises was a plus, because I thought that we needed some people who could hit the ground running and would be comfortable dealing with some very large and difficult economic issues. And frankly, that list is pretty small, because the last Democratic president we had was Bill Clinton; he was on the scene for eight years, and for a big chunk of that time, Bob Rubin was his primary economic-policy maker. So it’s not surprising that anybody who had experience in those fronts was going to be coming out of a shop that would have been influenced by that.

Keep in mind, though, I mean, I have enormous respect for somebody like Joe Stiglitz. I read his stuff all the time. I actually am looking forward to having these folks in for ongoing discussion. Somebody who has enormous influence over my thinking is Paul Volcker, who is robust enough that, having presided over the Carter and Reagan years, he’s still sharp as a tack and able to give me huge advice and to provide some counterbalance.

The last point I’d make, though, is I think that — and I may have mentioned this to you — but now that I think about it, maybe it was post-election. When I first started having a round table of economic advisers, and Bob Reich was part of that, and he was sitting across the table from Bob Rubin and others, what you discovered was that some of the rifts that had existed back in the Clinton years had really narrowed drastically.

They agree a lot more than they used to, but not entirely.

THE PRESIDENT: Not entirely. But, I mean, the fact is that Larry Summers right now is very comfortable making arguments, often quite passionately, that Bob Reich used to be making when he was in the Clinton White House. Now Larry might not like me saying that —

Larry Summers is the new Bob Reich —

THE PRESIDENT: — that he’s become a soft touch. But, no, I think that one of the things that we all agree to is that the touchstone for economic policy is, does it allow the average American to find good employment and see their incomes rise; that we can’t just look at things in the aggregate, we do want to grow the pie, but we want to make sure that prosperity is spread across the spectrum of regions and occupations and genders and races; and that economic policy should focus on growing the pie, but it also has to make sure that everybody has got opportunity in that system.

I also think that there’s very little disagreement that there are lessons to be learned from this crisis in terms of the importance of regulation in the financial markets. And I think that this notion that there is somehow resistance to that — to those lessons within my economic team — just isn’t borne out by the discussions that I have every day.

If anything, the only thing I notice, I think, that I do think is something of a carry-over from Bob Rubin — I see it in Larry, I see it in Tim — is a great appreciation of complexity.

And a willingness to admit what you don’t know, in many cases.

THE PRESIDENT: Yes, exactly. And so what that means is that, as we’re making economic policy, I think there is a certain humility about the consequences of the actions we take, intended and unintended, that may make some outside observers impatient. I mean, you’ll recall Geithner was just getting hammered for months. But he, I think, is very secure in saying we need to get these things right, and if we act too abruptly, we can end up doing more harm than good. Those are qualities that I think have been useful.

VI. Out of the Rough?

Do you think this recession is a big-enough event to make us as a country willing to make some of the sorts of hard choices that we need to make on health care, on taxes in the long term — which will not cover the cost of government — on energy? Traditionally those choices get made in times of depression or war, and I’m not sure whether this rises to that level.

THE PRESIDENT: Well, part of it will depend on leadership. So I’ve got to make some good arguments out there. And that’s what I’ve been trying to do since I came in, is to say now is the time for us to make some tough, big decisions.

The critics have said, you’re doing too much, you can’t do all this at once, Congress can’t digest everything. I just reject that. There’s nothing inherent in our political process that should prevent us from making these difficult decisions now, as opposed to 10 years from now or 20 years from now.

It is true that as tough an economic time as it is right now, we haven’t had 42 months of 20, 30 percent unemployment. And so the degree of desperation and the shock to the system may not be as great. And that means that there’s going to be more resistance to any of these steps: reforming the financial system or reforming our health care system or doing something about energy. On each of these things — you know, things aren’t so bad in the eyes of a lot of Americans that they say, We’re willing to completely try something new.

But part of my job I think is to bridge that gap between the status quo and what we know we have to do for our future.

Are you worried that the economic cycle will make that much harder? I mean, Roosevelt took office four years after the stock market crashed. You took office four months after Lehman Brothers collapsed. At some point people may start saying, Hey, why aren’t things getting better?

THE PRESIDENT: It’s something that we think about. I knew even before the election that this was going to be a very difficult journey and that the economy had gone through a sufficient shock and that it wasn’t going to recover right away.

In some ways it’s liberating, though, in the sense that whether I’m a one-termer or a two-termer, the problems are big enough and fundamental enough that I can’t sort of game it out. It’s not one of these things where I can say, Oh, you know what, if I time it just right, then the market is going to be going up and unemployment will be going down right before re-election. These are much bigger, much more systemic problems. And so in some ways you just kind of set aside the politics.

What I’m very confident about is that given the difficult options before us, we are making good, thoughtful decisions. I have enormous confidence that we are weighing all our options and we are making the best choices. That doesn’t mean that every choice is going to be right, is going to work exactly the way we want it to. But I wake up in the morning and go to bed at night feeling that the direction we are trying to move the economy toward is the right one and that the decisions we make are sound.

Et aussi (le début moins important):

I. The Future of Finance

Q: The idea here is to look beyond the current moment and try to think about what American life is going to be like on the other side of the so-called Great Recession. And so I thought it might make sense to start where the trouble started — finance. People who want to get a sense for how you think about education and jobs and all sorts of other issues can get a really good sense for your thinking by reading “The Audacity of Hope,” or by reading your old speeches, where you basically lay out your learning curve. But there’s no chapter on finance in “The Audacity of Hope.” And so I wonder if you would be willing to describe a little bit of your learning curve about finance, and what you envision finance being in tomorrow’s economy: Does it need to be smaller? Will it inevitably be smaller?

THE PRESIDENT: Well, first of all, I think that we should distinguish between finance as the lifeblood of our economy and finance as a significant industry where we have a comparative advantage — right? So in terms of just growing our economy, we’ve got to have enough credit out there to fund businesses, large and small, to allow consumers the flexibility to make long-term purchases like cars or homes. So that’s not going to change. And I would be concerned if our credit market shrunk in ways that did not allow for the financing of long-term growth.

What that means is not only do we have to have a healthy banking sector, but we’re going to have to figure out what we do with the nonbanking sector that was providing almost half of our credit out there. And we’re going to have to determine whether or not as a consequence of some of the steps that the Fed has been taking, the Treasury has been taking, that we see the market for securitized products restored.

I’m optimistic that ultimately we’re going to be able to get that part of the financial sector going again, but it could take some time to regain confidence and trust.

What I think will change, what I think was an aberration, was a situation where corporate profits in the financial sector were such a heavy part of our overall profitability over the last decade. That I think will change. And so part of that has to do with the effects of regulation that will inhibit some of the massive leveraging and the massive risk-taking that had become so common.

Now, in some ways, I think it’s important to understand that some of that wealth was illusory in the first place.

So we won’t miss it?

THE PRESIDENT: We will miss it in the sense that as a consequence of 25-year-olds getting million-dollar bonuses, they were willing to pay $100 for a steak dinner and that waiter was getting the kinds of tips that would make a college professor envious. And so some of the dynamic of the financial sector will have some trickle-down effects, particularly in a place like Manhattan.

But I actually think that there was always an unsustainable feel about what had happened on Wall Street over the last 10, 15 years, and it’s not that different from the unsustainable nature of what was happening during the dot-com boom, where people in Silicon Valley could make enormous sums of money, even though what they were peddling never really had any signs it would ever make a profit.

That doesn’t mean, though, that Silicon Valley is still not a huge, critical, important part of our economy, and Wall Street will remain a big, important part of our economy, just as it was in the ’70s and the ’80s. It just won’t be half of our economy. And that means that more talent, more resources will be going to other sectors of the economy. And I actually think that’s healthy. We don’t want every single college grad with mathematical aptitude to become a derivatives trader. We want some of them to go into engineering, and we want some of them to be going into computer design.

And so I think what you’ll see is some shift, but I don’t think that we will lose the enormous advantages that come from transparency, openness, the reliability of our markets. If anything, a more vigorous regulatory regime, I think, will help restore confidence, and you’re still going to see a lot of global capital wanting to park itself in the United States.

Are there tangible ways that Wall Street has made the average person’s life better in the way that Silicon Valley has?

THE PRESIDENT: Well, I think that some of the democratization of finance is actually beneficial if properly regulated. So the fact that large numbers of people could participate in the equity markets in ways that they could not previously — and for much lower costs than they used to be able to participate — I think is important.

Now, the fact that we had such poor regulation means — in some of these markets, particularly around the securitized mortgages — means that the pain has been democratized as well. And that’s a problem. But I think that overall there are ways in which people have been able to participate in our stock markets and our financial markets that are potentially healthy. Again, what you have to have, though, is an updating of the regulatory regimes comparable to what we did in the 1930s, when there were rules that were put in place that gave investors a little more assurance that they knew what they were buying.

There was this great debate among F.D.R.’s advisers about whether you had to split up companies — not just banks — you had to split up companies in order to regulate them effectively, or whether it was possible to have big, huge, sprawling, powerful companies — even not just possible, but better — and then have strong regulators. And it seems to me there’s an analogy of that debate now. Which is, do you think it is O.K. to have these “supermarkets” regulated by strong regulators actually trying to regulate, or do we need some very different modern version of Glass-Steagall, (1)

THE PRESIDENT: You know, I’ve looked at the evidence so far that indicates that other countries that have not seen some of the problems in their financial markets that we have nevertheless don’t separate between investment banks and commercial banks, for example. They have a “supermarket” model that they’ve got strong regulation of.