Un évènement étrange a eu lieu lors d'un dîner d'une association de juristes à Washington la semaine dernière. Robert Mukasey, le ministre de la justice, a eu un malaise alors qu'il y donnait un discours. Il semble qu'il ait été déstabilisé quelques minutes avant de défaillir par un juge de la cour suprême de l'Etat de Washington qui a crié dans la salle "Tyran, vous êtes un tyran!" en réponse à la n-ième défense de Mukasey de la couverture juridique qu'il a donnée aux crimes de Bush justifiés par l'inepte "war on terror" (tortures, détentions arbitraires, écoutes généralisées...).
Pendant l'ère Bush, les élites américaines ont redéfini les limites de ce qui était acceptable. La guerre d'agression est devenue nécessaire. La torture est devenue utile (voir note en bas du post). Quand les élites brisent ces interdits, elles bâtissent simultanément un cadre juridique et rhétorique permettant de justifier ces actions. L'opposition à ces pratiques est discréditée comme irréaliste, dangereuse. Mukasey est complètement rompu à justifier ses actions contre "les blogueurs de gauche", les activistes et autres "bleeding heart liberals". Ce qui a pu le déstabiliser cette fois-ci est que l'attaque venait d'un homme du sérail, d'un de ses pairs dans un contexte que Mukasey devait à tort considérer comme protégé (et qui l'aurait été dans un monde pré-Obama). Et tout à coup, l'homme qui vivait dans la fiction selon laquelle ses transgressions étaient légitimes car elles faisaient l'objet d'un consensus au sein des élites est confronté à leur véritable nature: criminelle. Le roi est nu. Les huées ne sont pas loin. On défaillirait pour moins que ça.
Avec la victoire d'Obama, parler devient moins risqué. Espérons que les langues vont se délier et que l'atmosphère d'omerta du "patriotisme" bushiste se dissipe peu à peu. Espérons qu'à coup de sorties comme celle-là, les frontières de l'acceptabilité redeviennent ce qu'elles ont été avant l'ère Bush et que le diable rentre dans sa boîte. Il est possible que l'impact le plus important de l'élection d'Obama dans un premier temps soit de libérer la parole, notamment au plus haut niveau. Ce faisant, elle permettrait dans un second temps aux Etats-Unis de changer plus que ne le laissent subodorer les premières nominations d'Obama.
Updtate: Pour ceux qui veulent voir illustré le consensus des élites politiques et journalistiques sur les errements de Bush dans l'illégalité que je postule, vous pouvez commencer par cette "étude de cas" (en anglais).
Note sur la torture: je voulais faire un lien vers l'abjection qu'ont représentée certaines pratiques américaines à Abu Ghraib mais le blogo n'a pas pour but de vous empêcher de dormir. Je vous épargne donc le coup au coeur mais je vous demande de me croire quand je vous dis que ces transgressions nous font perdre à tous notre humanité. Pour ceux qui y tiennent et qui ont mon email, je peux vous envoyer le lien. Pour ceux qui y tiennent et qui n'ont pas mon email, il y a Google. Si on brise le tabou, anything goes... C'était censé être la supériorité des américains sur Saddam Hussein, espérons que ça le redevienne (que n'a-t-on pas entendu sur les "torture chambers" de Saddam Hussein avant de tomber dans... Abu Ghraib).
jeudi 27 novembre 2008
Le pistolet sur la tempe
Comment lutter contre la nouvelle arnaque bancaire? Comment la société peut-elle se prémunir contre un conglomérat de banques formant un bloc tellement monolithique qu'on ne peut se permettre de voir une seule d'entre elle faire faillite sous peine qu'elles soient toutes emportées dans la tourmente (cf la "common wisdom" sur Lehman qu'il n'aurait "jamais fallu laisser sombrer") ?
Il arrive dans les sociétés que des catégories socio-professionnelles abusent de leur capacité de nuisance pour s'arroger une part plus grande du gâteau économique. Ainsi, le confort supérieur à la moyenne de la retraite des cheminots de la SNCF est directement lié aux multiples instances où ces derniers ont bloqué le pays.
Mais que dire devant l'énormité des sommes dont le contribuable américain est devenu, du jour au lendemain, le garant ($74000 par foyer, and counting...)? Pour les cheminots, il est possible d'imaginer des extrémités où, un jour, devant des exigences trop déraisonnables, on finirait par les faire rentrer dans le rang. A vélo, en voiture ou en roller, il existe des solutions. Mais les banques? Il ne semble y avoir aucune limite à ce la société est prête à mettre en oeuvre pour leurs sauvetages... Et une fois qu'elles sont sauvées, de quels leviers dispose-t-on pour les sanctionner?
Non contentes d'avoir pillé honteusement la société américaine depuis dix ans (et floués les investisseurs étrangers) avec des profits (et des bonus!) faramineux durant les cinq dernières années qui sont aujourd'hui largement effacés par les pertes refilées aux contribuables, les banques tiennent en otage le corps social avec le pistolet sur sa tempe. On pourrait espérer qu'un corps d'élite de la police nous débarasse du problème mais la police est malheureusement dans la poche du preneur d'otage. Que faire pour sortir de cette situation (j'avais émis une recommandation là) mais aussi que faire dans quelques années pour qu'une telle prise en otage ne se reproduise jamais ?
NB: Je ne suis pas complètement dupe des discours nous promettant l'apocalypse si les citoyens ne s'exécutent pas devant les oukases bancaires. C'est évidemment un "forcing device" pour faire accepter n'importe quoi. Le problème c'est que les politiques (surtout aux US mais ailleurs aussi) sont incapables de penser ces questions en dehors du cadre défini par les banques. Il faut bien reconnaître qu'il y a une dimension extrêmement technique à ces problèmes ce qui pose le problème suivant: comment se débarrasse-t-on d'une technocratie faillie? Même après l'explosion de Tchernobyl, les gens les mieux à même de limiter les dégâts étaient probablement les concepteurs de la centrale. Fine. Mais que personne n'oublie qu'une fois l'urgence passée, ils doivent perdre leur boulot. Et qu'en attendant, ils se fassent tous petits. Quand on voit que le gouvernement US n'a que 5% des actions Citi après avoir débloqué $300Mlds, on se dit que les responsables du désastre sont encore loin de se faire tous petits. J'ai vu le PDG de Citi, Vikram Pandit, sur Charlie Rose mardi et, quand il refusait ostensiblement de s'excuser après que Charlie Rose lui ait demandé si les américains avaient droit à des excuses, on avait envie de lui demander, comme Joseph Nye Welch interrogeant Joseph Mc Carthy lors d'hearings au Sénat:
Have you no sense of decency, sir, at long last? Have you left no sense of decency?"
Il arrive dans les sociétés que des catégories socio-professionnelles abusent de leur capacité de nuisance pour s'arroger une part plus grande du gâteau économique. Ainsi, le confort supérieur à la moyenne de la retraite des cheminots de la SNCF est directement lié aux multiples instances où ces derniers ont bloqué le pays.
Mais que dire devant l'énormité des sommes dont le contribuable américain est devenu, du jour au lendemain, le garant ($74000 par foyer, and counting...)? Pour les cheminots, il est possible d'imaginer des extrémités où, un jour, devant des exigences trop déraisonnables, on finirait par les faire rentrer dans le rang. A vélo, en voiture ou en roller, il existe des solutions. Mais les banques? Il ne semble y avoir aucune limite à ce la société est prête à mettre en oeuvre pour leurs sauvetages... Et une fois qu'elles sont sauvées, de quels leviers dispose-t-on pour les sanctionner?
Non contentes d'avoir pillé honteusement la société américaine depuis dix ans (et floués les investisseurs étrangers) avec des profits (et des bonus!) faramineux durant les cinq dernières années qui sont aujourd'hui largement effacés par les pertes refilées aux contribuables, les banques tiennent en otage le corps social avec le pistolet sur sa tempe. On pourrait espérer qu'un corps d'élite de la police nous débarasse du problème mais la police est malheureusement dans la poche du preneur d'otage. Que faire pour sortir de cette situation (j'avais émis une recommandation là) mais aussi que faire dans quelques années pour qu'une telle prise en otage ne se reproduise jamais ?
NB: Je ne suis pas complètement dupe des discours nous promettant l'apocalypse si les citoyens ne s'exécutent pas devant les oukases bancaires. C'est évidemment un "forcing device" pour faire accepter n'importe quoi. Le problème c'est que les politiques (surtout aux US mais ailleurs aussi) sont incapables de penser ces questions en dehors du cadre défini par les banques. Il faut bien reconnaître qu'il y a une dimension extrêmement technique à ces problèmes ce qui pose le problème suivant: comment se débarrasse-t-on d'une technocratie faillie? Même après l'explosion de Tchernobyl, les gens les mieux à même de limiter les dégâts étaient probablement les concepteurs de la centrale. Fine. Mais que personne n'oublie qu'une fois l'urgence passée, ils doivent perdre leur boulot. Et qu'en attendant, ils se fassent tous petits. Quand on voit que le gouvernement US n'a que 5% des actions Citi après avoir débloqué $300Mlds, on se dit que les responsables du désastre sont encore loin de se faire tous petits. J'ai vu le PDG de Citi, Vikram Pandit, sur Charlie Rose mardi et, quand il refusait ostensiblement de s'excuser après que Charlie Rose lui ait demandé si les américains avaient droit à des excuses, on avait envie de lui demander, comme Joseph Nye Welch interrogeant Joseph Mc Carthy lors d'hearings au Sénat:
Have you no sense of decency, sir, at long last? Have you left no sense of decency?"
Vous voulez bosser pour Obama?
Il semble que ça va être difficile à moins que vous n'ayez fait Harvard Law School.
mercredi 26 novembre 2008
Obamania still alive
J'ai été critique sur beaucoup de nominations d'Obama jusqu'à maintenant mais je dois dire que Paul Volcker devrait apporter une certaine dose de candeur et d'esprit de service à proximité du bureau oval. Il a été nommé à la tête d'un nouvel ensemble destiné à conseiller le président durant la crise. Evidemment, ça ne contrebalancera pas nécessairement l'esprit de "self-service" du chief of staff par exemple (18 millions de dollar en deux ans de banque d'affaire) mais c'est quand même une bonne nouvelle.
Une autre bonne nouvelle est que l'administration Obama semble défendre la "net neutrality" ce qui est une bonne chose pour l'avenir de l'internet car cela renforce l'utilisateur contre les opérateurs telcos (via W).
update: encore plus de photos d'Obama (pour les vrais fans)
Une autre bonne nouvelle est que l'administration Obama semble défendre la "net neutrality" ce qui est une bonne chose pour l'avenir de l'internet car cela renforce l'utilisateur contre les opérateurs telcos (via W).
update: encore plus de photos d'Obama (pour les vrais fans)
Broke
Le NYT fait un graphe (via The Big Picture) récapitulant les montants garantis et dépensés par la FED ou le treasury depuis le début de la crise: $7,8 trillions soit $26000 par américain (du nouveau né au vieillard). Ou $74000 par foyer (105 millions de foyers en l'an 2000). Tout cela en quelques mois et personne n'a encore dit qu'on en avait vu le bout...
Jim Rogers sur Obama et Fannie Mae
Lors d'une interview sur Bloomberg TV, Jim Rogers se lâche sur les liens entre Obama et Fannie Mae (voir à partir de 32 minutes et 20 secondes). C'est rafraîchissant et ça donne ça:
"Ecoutez, Fannie Mae a été une arnaque complète. Le PDG de Fannie Mae qui a été responsable de tout ça est aujourd'hui un conseiller économique ayant la confiance d'Obama. Seuls deux membres du congrès ont reçu plus d'argent de Fannie Mae que Monsieur Obama et il n'a pourtant été là que trois ans. Vous ne pensez pas qu'il y a un problème avec le système quand ce genre de chose peut arriver? Quand un homme qui devrait être en prison est désormais un conseiller du président des Etats-Unis?"
Je n'ai pas encore identifié le personnage auquel il fait référence: il y a trop de candidats possibles! (anciens de Fannie Mae dans la campagne Obama). Petit rappel: Rahm Emanuel, le nouveau Chief of Staff, a été au board de Freddie Mac 18 mois et a touché 18 millions de dollar en travaillant un peu plus de 2 ans pour une banque d'investissement... Need I say more? On ne peut pas comprendre cette crise économique si on néglige son moteur essentiel: la corruption endémique aux Etats-Unis à laquelle Obama n'a jamais prétendu mettre fin (contrairement à John Edwards qui en avait fait son cheval de bataille et qui en avait payé le prix: blackout des medias traditionnels). Cette corruption explique également le caractère dévoyé des différents plans de sauvetage et le fait que le nouveau président ne change pas le profil des responsables qui en ont la charge).
"Ecoutez, Fannie Mae a été une arnaque complète. Le PDG de Fannie Mae qui a été responsable de tout ça est aujourd'hui un conseiller économique ayant la confiance d'Obama. Seuls deux membres du congrès ont reçu plus d'argent de Fannie Mae que Monsieur Obama et il n'a pourtant été là que trois ans. Vous ne pensez pas qu'il y a un problème avec le système quand ce genre de chose peut arriver? Quand un homme qui devrait être en prison est désormais un conseiller du président des Etats-Unis?"
Je n'ai pas encore identifié le personnage auquel il fait référence: il y a trop de candidats possibles! (anciens de Fannie Mae dans la campagne Obama). Petit rappel: Rahm Emanuel, le nouveau Chief of Staff, a été au board de Freddie Mac 18 mois et a touché 18 millions de dollar en travaillant un peu plus de 2 ans pour une banque d'investissement... Need I say more? On ne peut pas comprendre cette crise économique si on néglige son moteur essentiel: la corruption endémique aux Etats-Unis à laquelle Obama n'a jamais prétendu mettre fin (contrairement à John Edwards qui en avait fait son cheval de bataille et qui en avait payé le prix: blackout des medias traditionnels). Cette corruption explique également le caractère dévoyé des différents plans de sauvetage et le fait que le nouveau président ne change pas le profil des responsables qui en ont la charge).
mardi 25 novembre 2008
$800 Mlds...
La FED annonce un nouveau plan de $800 Mlds et les futures S&P500 font +2.5%. Un jour, ces plans ne feront plus monter la bourse mais ils feront au contraire peur à tout le monde. La décomposition financière des Etats-Unis commence à donner le vertige. On fait tout le temps des analogies avec la crise de 29 mais c'est à se demander si on est pas plus proche en réalité de la fin de l'Union Soviétique...
L'euro repasse au-dessus de $1.30 et cette fois-ci, cela semble être une réaction au puit sans fond des dettes pourries américaines.
Note: Wall Street est dans le rouge à nouveau. Quelle idée bizarre d'avoir fait cette annonce après deux journées de hausse très forte.
L'euro repasse au-dessus de $1.30 et cette fois-ci, cela semble être une réaction au puit sans fond des dettes pourries américaines.
Note: Wall Street est dans le rouge à nouveau. Quelle idée bizarre d'avoir fait cette annonce après deux journées de hausse très forte.
lundi 24 novembre 2008
Vous avez aimé "Clinton aux affaires étrangères"?
Vous allez adorer "Geithner aux finances".
Dans un post désabusé sur les premières nominations d'Obama, je regrettais que Lawrence Summers et Robert Rubin soient pressentis pour le poste de Secretary of Treasury. Il semble que Timothy Geithner leur soit finalement préféré. La mauvaise nouvelle c'est que si les avancées de la science avaient permis à Rubin et Summers d'avoir un enfant, ça aurait probablement été Tim Geithner. Il a en effet travaillé pour les deux apparatchiks ci-dessus et Summers en particulier est présenté comme son "mentor" dans sa fiche wikipédia. Il a participé à la mise au point du montage qui a permis la reprise de Bear Stearns par JP Morgan et au sauvetage d'AIG (1 et 2). On est donc bien dans la continuité de l'expérience Paulson malgré ses errements et son opacité. Geithner soutient l'extension des pouvoirs du Secretary of Treasury pendant la crise (similaire dans le principe à l'expansion incontrôlée des pouvoirs présidentiels de W pendant la guerre avec cette notion que l'on peut s'asseoir sur les institutions dès que le vent se lève).
Vu cet extrait d'un article du Wapo sur la réaction d'un lobbyist des banques à cette nomination, il semble que les financiers responsables de la crise aient encore les choses bien en main et qu'ils soient certains que Tim n'ignorera pas de quel côté sa tartine est beurrée:
"Geithner is uniquely situated and has the business experience and the political experience and the policy experience to handle this crisis," said Scott Talbott, senior vice president of the Financial Services Roundtable, which lobbies for the nation's largest financial firms. "Everyone I talked to at the New York banks have had positive comments or no negative comments."
Les banquiers américains, après avoir épuisé toutes les possibilités de fraude pour leur enrichissement vont donc continuer à bénéficier de la complicité d'un Etat corrompu durant le déroulement de cette crise. Après avoir nettoyé l'investisseur étranger et l'emprunteur américain, les banques vont pouvoir directement puiser dans les caisses de l'Etat grâce à leurs connections politiques. Ce faisant, elles peuvent continuer à arnaquer le citoyen américain (le contribuable) et l'investisseur étranger qui, comme il a cru au AAA du subprime, croit aujourd'hui au AAA des Etats-Unis. On se rapproche quand même peu à peu du moment de vérité où le système financier américain sera dévoilé pour ce qu'il est: une gigantesque arnaque. En attendant, l'annonce de la probable nomination de Geithner et ce qu'elle laisse subodorer en terme de servilité envers Wall Stree méritaient bien les +6% de la bourse US vendredi.
NB: Cet article du NYT laisse entrevoir à quel point l'argent du bailout ($700 Mlds) est similaire à un bout de viande abandonné aux pirahnas. Il y est question d'un "mad scramble" chez les lobbyists pour que leurs clients s'arrogent une part du bailout plan. Il y a deux niveaux d'actions: faire du lobbying pour être éligible au plan et faire du lobbying une fois l'argent obtenu pour diminuer les contraintes accompagnant l'argent. Il y a un effet d'annonce au moment où l'argent est accordé et puis ensuite, en loucedé, toutes les contraintes initiales s'évaporent. Ca a été notamment le cas pour AIG (voir AIG 1 comparé à AIG 2). Il n'y a qu'à voir comment ces gens opèrent maintenant pour comprendre comment on en est arrivé là et pourquoi ils vont maintenant abuser de la ligne de crédit de l'Etat en faisant du bailout plan un tonneau des Danaïdes.
Vous avez aussi ça (âmes sensibles s'abstenir). Ou ça (rigolo).
Voir aussi comment le Secretary of Treasury fait une tax cut masquée de $140Mds aux banques sans débat parlementaire de manière probablement illégale. Voilà probablement le genre de "broad power" pour le Secretary of Treasury que Geithner soutient.
Beaucoup des liens du "NB" viennent de cette page de Daily Kos.
vendredi 21 novembre 2008
mercredi 19 novembre 2008
Obama deux semaines après
L'histoire récente du parti démocrate (et surtout de ses renoncements) laissait subodorer que la seule victoire d'Obama ne suffirait pas à transformer le système politique américain de citrouille en carosse. Les premières rumeurs sur les nominations envisagées par le president-elect viennent confirmer ces inquiétudes.
Aux "midterm elections" en 2006, les américains ont voté sans ambiguïté contre la politique de Bush et en particulier contre la guerre en Irak. Pourtant, pendant la dernière législature, Bush a été libre de poursuivre sa politique et même de réaliser une augmentation des forces d'occupation. Le pouvoir du congrès en la matière est financier: c'est en refusant les crédits qu'il peut interrompre les guerres menées par l'exécutif. C'est comme ça que la guerre du Vietnam a pris fin.
Cette fois-ci, confrontés à la même problématique, les démocrates se sont refusés à couper les crédits. La ligne de propagande classique (qui ne s'embarasse pas des contraintes de la logique élémentaire) était que cela serait aller "contre les troupes". Celui qui est "contre la guerre" est "contre les troupes". A l'issue du quatrième vote de la législature satisfaisant aux exigences financières de Bush en juin 2008, Nancy Pelosi déclarait ainsi classiquement: "Our troops are in harm's way. They need to be taken care of." Résultat: un vote 268 contre 155 avec 80 démocrates votant de fait pour la continuation de l'occupation (contre leur base - le taux d'opposition à la guerre parmi les américains est très élevé mais il est absolument massif parmi les démocrates).
La réalité est que le monde politique américain est favorable à la guerre dans une proportion quasi-inverse au taux d'adhésion de la population. Et plus on monte en responsabilité, plus le soutien à la guerre s'accentue. Il y a donc bien un "miracle" Obama. Lui qui s'était opposé à la guerre depuis le début sans ambiguïté, est quand même devenu candidat contre Clinton qui, non contente d'avoir voté pour la guerre, n'a jamais voulu abjurer son vote. C'est la raison essentielle pour laquelle Obama est président aujourd'hui. Seule une question majeure comme celle-là pouvait lui donner un levier suffisant pour battre la machine Clinton cette année.
Nommer Hillary Clinton ministre des affaires étrangères comme il en est aujourd'hui question serait donc un reniement majeur pour Obama. Plus, ce serait une trahison envers les démocrates qui l'ont choisie lors des primaires précisément en raison de son opposition à la guerre. La nommer à d'autres fonctions aurait été véritablement tendre la main dans un effort inclusif de réconciliation. Un des atouts d'Hillary vis à vis des militants était par exemple son Heath Care Plan qui était plus généreux que le plan Obama (lui-même influencé par les lobbyists du health care). On aurait donc pu rêver une victoire démocratique: la politique étrangère populaire d'Obama se serait vu adjoindre la politique de santé populaire de Clinton! La base aurait gagné et les lobbyists auraient perdu! Nous sommes aux Etats-Unis et c'est bien évidemment l'inverse qui va se produire.
La nomination de Rahm Emanuel au poste de Chief of Staff est également pour Barack un acte de maltraitance caractérisée de son électorat. Rahm (inspirateur du pourtant sympathique Josh Lyman de "West Wing") a été pour la guerre depuis le début. Il a, entre autre chose, privilégié les candidats pro-guerre lors des investitures du parti démocrate sur lesquelles il avait la haute main en 2006 (par rapport à l'état d'esprit des électeurs démocrates, c'est un peu comme s'il s'était mis subitement à promouvoir des candidats "pro-life").
Ces deux exemples sont autant de motifs d'inquiétudes pour les gens espérant qu'Obama apporte des changements autres que cosmétiques en matière de politique étrangère.
D'autres évènements politiques depuis l'élection sont sources d'inquiétudes. Le fait qu'Obama ait empêché que le sénateur démocrate Joe Lieberman ne subisse de réelles sanctions après son ralliement à John McCain (il était supposément le choix préféré de McCain pour la vice-présidence mais impossible en raison de son incapacité à rassembler la base républicaine - exercice toujours difficile pour un... démocrate) est également un sujet de déception pour les militants démocrates. Lieberman a en effet une histoire extrêmement chargée de compromission avec les républicains, notamment sur la guerre. Il a aussi accessoirement demandé (et obtenu) le soutien d'Obama lors des primaires sénatoriales de 2006 contre Ned Lamont (finalement perdues, Lieberman a dû se présenter en indépendant). Obama avait pris un risque politique en s'associant alors à Lieberman, risque pas vraiment payé de retour. Le fait qu'Obama ne le sanctionne pas aujourd'hui est "spinné" comme de la magnanimité mais les offenses répétées de Lieberman ont été telles que beaucoup le comprennent comme de la faiblesse.
Enfin, dans le contexte de crise financière, l'idée que les noms les plus souvent évoqués pour être ministre des finances soient Larry Summers ou Robert Rubin (tous deux anciens ministres des finances de Clinton) est également une raison de douter du souffle réformateur de ce premier mandat. Dans la lignée de Paulson, Rubin est un ancien co-chairman de Goldman Sachs. Après le discrédit (et très franchement, la honte) qui pèse sur les institutions financières américaines, on aurait pu espérer que ce genre de profil soit écarté d'emblée. Pour ce qui est de Summers, c'est un dérégulateur bon teint qui a toujours défendu le système économique qui se désintègre sous nos yeux. On aurait pu espérer des choix plus audacieux comme le fraîchement nobélisé Krugman à ce poste mais non, il semble qu'on ait le choix entre deux apparatchiks d'un système en faillite. Et cela après la performance suspecte d'un autre apparatchik, Paulson, dans cette première année de crise financière. Pour citer (hors contexte) McCain durant la campagne et son hilarant green screen speech "This is not a change we can believe in". On peut d'ailleurs reparler dans la rubrique "allégeance à Wall Street" du nouveau Chief of staff, Rahm Emanuel. Rahm a gagné 18 millions de dollar en un peu plus de deux ans (quick learner... ;-) )en travaillant comme investment banker entre 1998 et 2000. Il a été ensuite nommé au board de Freddie Mac. C'est à peu près tout ce que l'on a besoin de savoir sur son intégrité.
Comme prévu, la route pour Obama va être longue et semée d'embuches. Alors que nous n'en sommes qu'aux préparatifs et reconnaissant parfaitement que beaucoup des nominations que j'envisage ici ne sont pas encore entérinées, je dois dire qu'elles sont/seraient encore moins porteuses de changement que ce à quoi je m'attendais. Et je pense pourtant que j'avais une vision assez pessimiste du champ de contraintes dans lequel Barack Obama allait évoluer. Cela ne change pas en tout cas à mon enthousiasme pour l'homme et à mon espoir qu'il se révèle, au fil de son mandat et en fonction des opportunités qui s'offriront à lui, un homme politique historique. La situation dramatique de l'économie américaine qui va se révéler à nous dans les prochains mois va malheureusement l'exiger.
Aux "midterm elections" en 2006, les américains ont voté sans ambiguïté contre la politique de Bush et en particulier contre la guerre en Irak. Pourtant, pendant la dernière législature, Bush a été libre de poursuivre sa politique et même de réaliser une augmentation des forces d'occupation. Le pouvoir du congrès en la matière est financier: c'est en refusant les crédits qu'il peut interrompre les guerres menées par l'exécutif. C'est comme ça que la guerre du Vietnam a pris fin.
Cette fois-ci, confrontés à la même problématique, les démocrates se sont refusés à couper les crédits. La ligne de propagande classique (qui ne s'embarasse pas des contraintes de la logique élémentaire) était que cela serait aller "contre les troupes". Celui qui est "contre la guerre" est "contre les troupes". A l'issue du quatrième vote de la législature satisfaisant aux exigences financières de Bush en juin 2008, Nancy Pelosi déclarait ainsi classiquement: "Our troops are in harm's way. They need to be taken care of." Résultat: un vote 268 contre 155 avec 80 démocrates votant de fait pour la continuation de l'occupation (contre leur base - le taux d'opposition à la guerre parmi les américains est très élevé mais il est absolument massif parmi les démocrates).
La réalité est que le monde politique américain est favorable à la guerre dans une proportion quasi-inverse au taux d'adhésion de la population. Et plus on monte en responsabilité, plus le soutien à la guerre s'accentue. Il y a donc bien un "miracle" Obama. Lui qui s'était opposé à la guerre depuis le début sans ambiguïté, est quand même devenu candidat contre Clinton qui, non contente d'avoir voté pour la guerre, n'a jamais voulu abjurer son vote. C'est la raison essentielle pour laquelle Obama est président aujourd'hui. Seule une question majeure comme celle-là pouvait lui donner un levier suffisant pour battre la machine Clinton cette année.
Nommer Hillary Clinton ministre des affaires étrangères comme il en est aujourd'hui question serait donc un reniement majeur pour Obama. Plus, ce serait une trahison envers les démocrates qui l'ont choisie lors des primaires précisément en raison de son opposition à la guerre. La nommer à d'autres fonctions aurait été véritablement tendre la main dans un effort inclusif de réconciliation. Un des atouts d'Hillary vis à vis des militants était par exemple son Heath Care Plan qui était plus généreux que le plan Obama (lui-même influencé par les lobbyists du health care). On aurait donc pu rêver une victoire démocratique: la politique étrangère populaire d'Obama se serait vu adjoindre la politique de santé populaire de Clinton! La base aurait gagné et les lobbyists auraient perdu! Nous sommes aux Etats-Unis et c'est bien évidemment l'inverse qui va se produire.
La nomination de Rahm Emanuel au poste de Chief of Staff est également pour Barack un acte de maltraitance caractérisée de son électorat. Rahm (inspirateur du pourtant sympathique Josh Lyman de "West Wing") a été pour la guerre depuis le début. Il a, entre autre chose, privilégié les candidats pro-guerre lors des investitures du parti démocrate sur lesquelles il avait la haute main en 2006 (par rapport à l'état d'esprit des électeurs démocrates, c'est un peu comme s'il s'était mis subitement à promouvoir des candidats "pro-life").
Ces deux exemples sont autant de motifs d'inquiétudes pour les gens espérant qu'Obama apporte des changements autres que cosmétiques en matière de politique étrangère.
D'autres évènements politiques depuis l'élection sont sources d'inquiétudes. Le fait qu'Obama ait empêché que le sénateur démocrate Joe Lieberman ne subisse de réelles sanctions après son ralliement à John McCain (il était supposément le choix préféré de McCain pour la vice-présidence mais impossible en raison de son incapacité à rassembler la base républicaine - exercice toujours difficile pour un... démocrate) est également un sujet de déception pour les militants démocrates. Lieberman a en effet une histoire extrêmement chargée de compromission avec les républicains, notamment sur la guerre. Il a aussi accessoirement demandé (et obtenu) le soutien d'Obama lors des primaires sénatoriales de 2006 contre Ned Lamont (finalement perdues, Lieberman a dû se présenter en indépendant). Obama avait pris un risque politique en s'associant alors à Lieberman, risque pas vraiment payé de retour. Le fait qu'Obama ne le sanctionne pas aujourd'hui est "spinné" comme de la magnanimité mais les offenses répétées de Lieberman ont été telles que beaucoup le comprennent comme de la faiblesse.
Enfin, dans le contexte de crise financière, l'idée que les noms les plus souvent évoqués pour être ministre des finances soient Larry Summers ou Robert Rubin (tous deux anciens ministres des finances de Clinton) est également une raison de douter du souffle réformateur de ce premier mandat. Dans la lignée de Paulson, Rubin est un ancien co-chairman de Goldman Sachs. Après le discrédit (et très franchement, la honte) qui pèse sur les institutions financières américaines, on aurait pu espérer que ce genre de profil soit écarté d'emblée. Pour ce qui est de Summers, c'est un dérégulateur bon teint qui a toujours défendu le système économique qui se désintègre sous nos yeux. On aurait pu espérer des choix plus audacieux comme le fraîchement nobélisé Krugman à ce poste mais non, il semble qu'on ait le choix entre deux apparatchiks d'un système en faillite. Et cela après la performance suspecte d'un autre apparatchik, Paulson, dans cette première année de crise financière. Pour citer (hors contexte) McCain durant la campagne et son hilarant green screen speech "This is not a change we can believe in". On peut d'ailleurs reparler dans la rubrique "allégeance à Wall Street" du nouveau Chief of staff, Rahm Emanuel. Rahm a gagné 18 millions de dollar en un peu plus de deux ans (quick learner... ;-) )en travaillant comme investment banker entre 1998 et 2000. Il a été ensuite nommé au board de Freddie Mac. C'est à peu près tout ce que l'on a besoin de savoir sur son intégrité.
Comme prévu, la route pour Obama va être longue et semée d'embuches. Alors que nous n'en sommes qu'aux préparatifs et reconnaissant parfaitement que beaucoup des nominations que j'envisage ici ne sont pas encore entérinées, je dois dire qu'elles sont/seraient encore moins porteuses de changement que ce à quoi je m'attendais. Et je pense pourtant que j'avais une vision assez pessimiste du champ de contraintes dans lequel Barack Obama allait évoluer. Cela ne change pas en tout cas à mon enthousiasme pour l'homme et à mon espoir qu'il se révèle, au fil de son mandat et en fonction des opportunités qui s'offriront à lui, un homme politique historique. La situation dramatique de l'économie américaine qui va se révéler à nous dans les prochains mois va malheureusement l'exiger.
lundi 17 novembre 2008
L'€ sur le point d'être "stress-testé"
J’étais personnellement pour une zone Euro limitée dans un premier temps aux signataires du Traité de Rome capables de respecter les critères de Maastricht (excluant donc l'Italie et sa dette publique largement supérieure à 60% du PIB). En effet, la monnaie est affaire de crédibilité et la crédibilité de l’Euro s’était faite en grande partie sur le dos des français au début des années 90. Notre économie a payé durement (par une croissance moindre) notre volonté de persuader les marchés que notre sort monétaire était irrémédiablement lié à celui des allemands.
Dans une zone Euro large, d'autres pays qui n’avaient pas fait des sacrifices de l’ampleur de ceux demandés aux français pour s’arrimer au train monétaire allemand devenaient des "free-riders" de la monnaie unique. J’étais pour qu’il y ait de nombreux pays admis dans la zone mais j’aurais aimé un ticket d’entrée plus cher. Je pensais que ceux qui y rentreraient facilement en sortiraient tout aussi facilement, créant la confusion et portant atteinte à la crédibilité de la monnaie. Je dois bien reconnaître que ma vue était assez étriquée et que le pari d’un euro large a eu des résultats exceptionnels. Si chaque jour sans accrocs compte dans l’établissement d’une nouvelle monnaie, l’euro a connu une période de calme qui semble avoir permis au ciment de prendre solidement.
On doit cependant noter que la solidité de l’euro n’a pas encore été « stress-testée » par une grave récession (j'exclus la récession liée à la "tech bubble" artificiellement "avortée" par Greenspan en 2001). Nous y sommes: l'euro fait face à une crise financière extrêmement grave qui engendre/va engendrer une récession majeure. C’est donc l’heure de vérité. Il y a deux solutions, soit un approfondissement de la collaboration économique en Europe, soit une dislocation de la zone euro (avec je l’espère quoi qu’il en soit une permanence de l’axe France-Allemagne-Bénélux en matière monétaire). Je serais étonné si, la crise passée, les structures de la monnaie unique étaient inchangées dans un sens ou dans l’autre. Déjà, la dette des pays les plus petits et les plus faibles de la zone euro voient spreads qui s'écartent plus vite que ceux du noyau central. Les grands pays historiquement "responsables" doivent-ils se porter caution du système? Peut-on concevoir un système d’émission de dette centralisée à taux unique qui ferait perdre encore plus d’autonomie aux gouvernements nationaux ? Comment faire respecter « la loi et l’ordre » au sein d’une telle structure ?
Nous ne maîtrisons pas le niveau de stress qui va être imposé à l’économie mondiale et à ses différentes régions mais il est fort à parier qu’il va être supérieur à ce qu’on peut imaginer aujourd’hui. Gel des avoirs bancaires ? Contrôle des prix ? Contrôle des changes ? (Rationnements ? Emeutes ? Loi martiale ? Guerre thermo-nucléaire globale?...) Le pire n’est jamais sûr mais l'individu qui prétend aujourd’hui qu’il sait où et quand cette crise s’arrête est un menteur ou un illuminé. Il n’y a qu’à voir combien de « commentateurs » (dûment désinformés par le FT, The Economist et le WSJ) nous promettaient le désastre actuel il y 18 mois pour s’en persuader. Alors non, l’Euro ne pourra pas résister à tout (dans sa forme actuelle) et espérons qu’il ne sera pas stressé « jusqu’à destruction ».
S'il s'affaiblissait trop comme il en prend la direction (surprenante) depuis le mois de juillet, on pourrait probablement compter sur les responsables de la zone dollar pour le déstabiliser encore plus. L'euro n'est en effet pas seulement un élément de souveraineté pour les pays qui l'ont adopté mais bien potentiellement une limite à l'irresponsabilité de la FED. Son succès ne peut se faire à terme sans diminution du "privilège exorbitant" que le dollar constitue pour l'économie américaine tant qu'il reste monnaie de réserve mondiale. Cela ne concerne d'ailleurs pas que les européens. Le monde entier bénéficiera d'une concurrence entre monnaies. L’Euro, même s’il détrônait le dollar, ne pourrait jamais être géré avec le « begnin neglect » que les américains revendiquent ("le dollar, cest notre monnaie et votre problème" ), pour la bonne raison qu’il n’éclipserait jamais totalement le dollar.
Dans cette crise, deux pratiques du central banking s’opposent. D'un côté la BCE, héritière de l'inflexible Bundesbank avec des objectifs clairs mais affaiblie par la jeunesse de la zone euro et la diversité de ses pays membres (sans compter la difficulté qu'elle semble avoir à déterminer sa politique indépendamment de celle des américains). De l’autre la gestion baroque de la FED avec assez d'objectifs différents pour n'en avoir finalement aucun et ne rendant de compte à personne (et maintenant, on peut vraiment dire plus personne à part Wall Street). Non contente d'être à l'origine des maux de l'économie mondiale avec sa politique de taux bas, la FED se comporte comme un bandit en cavale prêt à n'importe quoi pour prolonger son impunité. La logique voudrait donc que l'Euro sorte gagnant de cette crise. Malheureusement, rien n'est sûr comme le montre les évolutions de cours récentes.
Dans une zone Euro large, d'autres pays qui n’avaient pas fait des sacrifices de l’ampleur de ceux demandés aux français pour s’arrimer au train monétaire allemand devenaient des "free-riders" de la monnaie unique. J’étais pour qu’il y ait de nombreux pays admis dans la zone mais j’aurais aimé un ticket d’entrée plus cher. Je pensais que ceux qui y rentreraient facilement en sortiraient tout aussi facilement, créant la confusion et portant atteinte à la crédibilité de la monnaie. Je dois bien reconnaître que ma vue était assez étriquée et que le pari d’un euro large a eu des résultats exceptionnels. Si chaque jour sans accrocs compte dans l’établissement d’une nouvelle monnaie, l’euro a connu une période de calme qui semble avoir permis au ciment de prendre solidement.
On doit cependant noter que la solidité de l’euro n’a pas encore été « stress-testée » par une grave récession (j'exclus la récession liée à la "tech bubble" artificiellement "avortée" par Greenspan en 2001). Nous y sommes: l'euro fait face à une crise financière extrêmement grave qui engendre/va engendrer une récession majeure. C’est donc l’heure de vérité. Il y a deux solutions, soit un approfondissement de la collaboration économique en Europe, soit une dislocation de la zone euro (avec je l’espère quoi qu’il en soit une permanence de l’axe France-Allemagne-Bénélux en matière monétaire). Je serais étonné si, la crise passée, les structures de la monnaie unique étaient inchangées dans un sens ou dans l’autre. Déjà, la dette des pays les plus petits et les plus faibles de la zone euro voient spreads qui s'écartent plus vite que ceux du noyau central. Les grands pays historiquement "responsables" doivent-ils se porter caution du système? Peut-on concevoir un système d’émission de dette centralisée à taux unique qui ferait perdre encore plus d’autonomie aux gouvernements nationaux ? Comment faire respecter « la loi et l’ordre » au sein d’une telle structure ?
Nous ne maîtrisons pas le niveau de stress qui va être imposé à l’économie mondiale et à ses différentes régions mais il est fort à parier qu’il va être supérieur à ce qu’on peut imaginer aujourd’hui. Gel des avoirs bancaires ? Contrôle des prix ? Contrôle des changes ? (Rationnements ? Emeutes ? Loi martiale ? Guerre thermo-nucléaire globale?...) Le pire n’est jamais sûr mais l'individu qui prétend aujourd’hui qu’il sait où et quand cette crise s’arrête est un menteur ou un illuminé. Il n’y a qu’à voir combien de « commentateurs » (dûment désinformés par le FT, The Economist et le WSJ) nous promettaient le désastre actuel il y 18 mois pour s’en persuader. Alors non, l’Euro ne pourra pas résister à tout (dans sa forme actuelle) et espérons qu’il ne sera pas stressé « jusqu’à destruction ».
S'il s'affaiblissait trop comme il en prend la direction (surprenante) depuis le mois de juillet, on pourrait probablement compter sur les responsables de la zone dollar pour le déstabiliser encore plus. L'euro n'est en effet pas seulement un élément de souveraineté pour les pays qui l'ont adopté mais bien potentiellement une limite à l'irresponsabilité de la FED. Son succès ne peut se faire à terme sans diminution du "privilège exorbitant" que le dollar constitue pour l'économie américaine tant qu'il reste monnaie de réserve mondiale. Cela ne concerne d'ailleurs pas que les européens. Le monde entier bénéficiera d'une concurrence entre monnaies. L’Euro, même s’il détrônait le dollar, ne pourrait jamais être géré avec le « begnin neglect » que les américains revendiquent ("le dollar, cest notre monnaie et votre problème" ), pour la bonne raison qu’il n’éclipserait jamais totalement le dollar.
Dans cette crise, deux pratiques du central banking s’opposent. D'un côté la BCE, héritière de l'inflexible Bundesbank avec des objectifs clairs mais affaiblie par la jeunesse de la zone euro et la diversité de ses pays membres (sans compter la difficulté qu'elle semble avoir à déterminer sa politique indépendamment de celle des américains). De l’autre la gestion baroque de la FED avec assez d'objectifs différents pour n'en avoir finalement aucun et ne rendant de compte à personne (et maintenant, on peut vraiment dire plus personne à part Wall Street). Non contente d'être à l'origine des maux de l'économie mondiale avec sa politique de taux bas, la FED se comporte comme un bandit en cavale prêt à n'importe quoi pour prolonger son impunité. La logique voudrait donc que l'Euro sorte gagnant de cette crise. Malheureusement, rien n'est sûr comme le montre les évolutions de cours récentes.
Le chant du cygne des vieux médias
L'action du New York Times était juste en dessous de $50 en 2004. Trois ans plus tard, au plus haut du marché (octobre 2007), elle était à $20. Elle n'est plus qu'à $7 aujourd'hui. Après 112 ans de contrôle, la famille actionnaire s'essoufle.
Qu'allons-nous faire quand la crise aura porté le coup fatal à nos "journaux de référence"? Je ne sais pas pour vous mais moi, j'ai plutôt ça en tête.
Qu'allons-nous faire quand la crise aura porté le coup fatal à nos "journaux de référence"? Je ne sais pas pour vous mais moi, j'ai plutôt ça en tête.
vendredi 14 novembre 2008
jeudi 13 novembre 2008
Pauvre Delanoë...
Pauvre Bertrand. Y avait-il un timing plus malheureux pour se déclarer "libéral"?
Alors il paraît qu'il essaye de rattrapper le coup en disant qu'il s'agit d'un libéralisme PO-LI-TI-QUE. Autrement dit, il aurait utilisé l'acception anglo-saxonne du mot libéral. Voilà un bel exemple de parisianisme en communication politique: utiliser un mot que tout le monde comprend dans un sens (explosif à gauche - et maintenant partout) et lui attribuer le sens qu'on lui donne, d'un air entendu, dans certains dîners parisiens ("tu comprends, je veux li-beu-rwaule").
La politique, c'est quand même un talent pour communiquer clairement et comprendre l'ère du temps. Delanoë appartient probablement au cimetière des éléphants. En plus, en dépit de son explication alambiquée, la confusion sémantique était telle qu'il essayait évidemment de se raccrocher à la queue de comète du blairisme. En Juin 2008. Cette crise est devenue mainstream à l'été 2007.
Comment dit-on "out of touch" en français?
Alors il paraît qu'il essaye de rattrapper le coup en disant qu'il s'agit d'un libéralisme PO-LI-TI-QUE. Autrement dit, il aurait utilisé l'acception anglo-saxonne du mot libéral. Voilà un bel exemple de parisianisme en communication politique: utiliser un mot que tout le monde comprend dans un sens (explosif à gauche - et maintenant partout) et lui attribuer le sens qu'on lui donne, d'un air entendu, dans certains dîners parisiens ("tu comprends, je veux li-beu-rwaule").
La politique, c'est quand même un talent pour communiquer clairement et comprendre l'ère du temps. Delanoë appartient probablement au cimetière des éléphants. En plus, en dépit de son explication alambiquée, la confusion sémantique était telle qu'il essayait évidemment de se raccrocher à la queue de comète du blairisme. En Juin 2008. Cette crise est devenue mainstream à l'été 2007.
Comment dit-on "out of touch" en français?
Times Square - November 4th, 2008
Le soir de l'élection, j'ai demandé autour de moi où aller pour faire la fête et je dois dire que les gens ne savaient pas. A Paris, c'est facile: si c'est la droite, c'est la Concorde et si c'est la gauche, c'est la Bastille. Rien de tel à New York. Nous avons donc commencé la soirée dans un bar à Soho. Chaude ambiance. Je suis ensuite parti à Times Square où j'ai été déçu de voir qu'on avait même pas bloqué la circulation... (vous pouvez agrandir les photos en cliquant dessus)






















mercredi 12 novembre 2008
Deep thought...
Notre civilisation maîtrise le feu nucléaire, est allée sur la Lune, a séquencé le génome humain... Pourtant, avoir une politique monétaire qui nous mette à l'abri de catastrophe majeure comme la crise économique actuelle ne serait pas à notre portée?
Nous bâtissons des instruments de mesure comme le LHC à Genève pour rechercher le "boson de Higgs" et des particules "supersymétriques" (dixit Wikipédia) et il nous serait impossible de déceler la formation d'une bulle spéculative de la taille de celle qui a existé dans l'immobilier américain et de prendre des mesures rectificatives avant que celle-ci ne menace l'économie mondiale?
Non bien sûr! Tout cela n'est pas arrivé parce que "ces problèmes nous dépassent" mais bien parce que certains y avaient intérêt. Il y a eu les organisateurs, les facilitateurs, les corrupteurs, les "cheerleaders" et bien sûr finalement les "idiots utiles" qui ont rendu cela possible en se persuadant que cette fois-ci, "c'était différent". La crise que nous traversons est bien la responsabilité d'élites corrompues (politiques, économiques, académiques et médiatiques), principalement aux Etats-Unis. Etre un bon banquier central ne relève pas de la "rocket science" mais plutôt de l'intégrité. Etre un professeur , un journaliste ou même un banquier qui dénoncent les pratiques des puissants demande plus de courage que de capacité d'analyse (surtout durant la dernière décennie pendant laquelle les excès américains se voyaient comme le nez au milieu de la figure).
Je vais parler d'économie sur El Blogo dans les semaines et les mois qui viennent. Il y a quelques années, j'aurais pris des précautions oratoires avant d'aborder un sujet académique comme celui-là (ou je ne l'aurais tout simplement pas fait). Ceci dit, devant l'ineptitude* généralisée de tous les commentateurs en cette matière et leur incapacité à porter le fer, je vais juste dire ce que j'en pense sans me couvrir plus que ça. Je n'ai pas l'imprimatur d'un grand journal ou d'une université mais vous pouvez au moins être sûr que je ne ménage personne ce qui représente un avantage sur un commentateur "sponsorisé" d'une manière ou d'une autre.
C'est aussi un devoir citoyen. Je ne m'avance pas trop en disant que dans cinq ans, nous en saurons tous beaucoup plus sur l'économie qu'aujourd'hui car nous aurons payé au prix fort notre manque de curiosité initiale. L'ampleur de la catastrophe à venir va certainement conditionner l'importance des leçons que les citoyens en tireront. Mais si le consensus monétariste allemand tire bien ses racines de l'hyperinflation de la République de Weimar, si les français ont bien adopté l'Euro car ils se sont lassés des fausses promesses des dévaluations compétitives, alors oui, le citoyen apprend et il est capable d'imprimer, s'il est bien servi par ses élites, un cours nouveau à l'histoire économique d'un pays. Encore faut-il qu'il n'abandonne pas ces questions à des apprentis sorciers qui, en un instant, se mettront au service du plus offrant plutôt qu'au service de l'intérêt général.
* "ineptitude" est un mot... anglais. Ca veut bien dire ce que vous pensez que ça veut dire.
Nous bâtissons des instruments de mesure comme le LHC à Genève pour rechercher le "boson de Higgs" et des particules "supersymétriques" (dixit Wikipédia) et il nous serait impossible de déceler la formation d'une bulle spéculative de la taille de celle qui a existé dans l'immobilier américain et de prendre des mesures rectificatives avant que celle-ci ne menace l'économie mondiale?
Non bien sûr! Tout cela n'est pas arrivé parce que "ces problèmes nous dépassent" mais bien parce que certains y avaient intérêt. Il y a eu les organisateurs, les facilitateurs, les corrupteurs, les "cheerleaders" et bien sûr finalement les "idiots utiles" qui ont rendu cela possible en se persuadant que cette fois-ci, "c'était différent". La crise que nous traversons est bien la responsabilité d'élites corrompues (politiques, économiques, académiques et médiatiques), principalement aux Etats-Unis. Etre un bon banquier central ne relève pas de la "rocket science" mais plutôt de l'intégrité. Etre un professeur , un journaliste ou même un banquier qui dénoncent les pratiques des puissants demande plus de courage que de capacité d'analyse (surtout durant la dernière décennie pendant laquelle les excès américains se voyaient comme le nez au milieu de la figure).
Je vais parler d'économie sur El Blogo dans les semaines et les mois qui viennent. Il y a quelques années, j'aurais pris des précautions oratoires avant d'aborder un sujet académique comme celui-là (ou je ne l'aurais tout simplement pas fait). Ceci dit, devant l'ineptitude* généralisée de tous les commentateurs en cette matière et leur incapacité à porter le fer, je vais juste dire ce que j'en pense sans me couvrir plus que ça. Je n'ai pas l'imprimatur d'un grand journal ou d'une université mais vous pouvez au moins être sûr que je ne ménage personne ce qui représente un avantage sur un commentateur "sponsorisé" d'une manière ou d'une autre.
C'est aussi un devoir citoyen. Je ne m'avance pas trop en disant que dans cinq ans, nous en saurons tous beaucoup plus sur l'économie qu'aujourd'hui car nous aurons payé au prix fort notre manque de curiosité initiale. L'ampleur de la catastrophe à venir va certainement conditionner l'importance des leçons que les citoyens en tireront. Mais si le consensus monétariste allemand tire bien ses racines de l'hyperinflation de la République de Weimar, si les français ont bien adopté l'Euro car ils se sont lassés des fausses promesses des dévaluations compétitives, alors oui, le citoyen apprend et il est capable d'imprimer, s'il est bien servi par ses élites, un cours nouveau à l'histoire économique d'un pays. Encore faut-il qu'il n'abandonne pas ces questions à des apprentis sorciers qui, en un instant, se mettront au service du plus offrant plutôt qu'au service de l'intérêt général.
* "ineptitude" est un mot... anglais. Ca veut bien dire ce que vous pensez que ça veut dire.
Obama blues?
Après tant de mois à espérer qu'Obama gagne et tant d'années à souhaiter que Bush et sa clique quittent la Maison Blanche, je crois que j'ai fait un petit "Obama Blues" auquel j'ai décidé (un peu facilement) d'attribuer le peu de posts sur le Blogo ces derniers jours. Le fait que je passais du bon temps à NYC n'y a certainement pas été pour rien également.
Bon, en tout cas c'est fini. Je suis rentré de New York hier. J'ai l'impression qu'au niveau de la crise économique, on ne fait qu'entrer dans le vif du sujet. Ma position au moment de l'apparition du "bailout plan" de $700 milliards de Paulson était que cela calmerait les choses jusqu'aux élections et sans doute plus longtemps. Le contrat est rempli pour ce qui était de tenir jusqu'aux élections mais les choses commencent à tanguer sérieusement (chiffres de l'emploi en chute libre vendredi, AIG 2 lundi, le sort des constructeurs automobiles qui se négocient entre les deux équipes présidentielles etc...). C'est le moment d'attacher vos ceintures. Nous avons été les témoins d'évènements extraordinaires ces 15 derniers mois mais je suis sûr que nous n'avons encore rien vu. Pour les lecteurs que j'ai perdus la dernière semaine, il est donc urgent de vous remettre à lire le Blogo.
En attendant et pour se remettre dans le bain, je vous suggère de jeter un coup d'oeil sur ces photos d'une photographe suivant la campagne Obama "backstage". Il faut cliquer plusieurs fois sur "Show More Images" en bas de la page pour les voir apparaître (via Daily Kos).
Bon, en tout cas c'est fini. Je suis rentré de New York hier. J'ai l'impression qu'au niveau de la crise économique, on ne fait qu'entrer dans le vif du sujet. Ma position au moment de l'apparition du "bailout plan" de $700 milliards de Paulson était que cela calmerait les choses jusqu'aux élections et sans doute plus longtemps. Le contrat est rempli pour ce qui était de tenir jusqu'aux élections mais les choses commencent à tanguer sérieusement (chiffres de l'emploi en chute libre vendredi, AIG 2 lundi, le sort des constructeurs automobiles qui se négocient entre les deux équipes présidentielles etc...). C'est le moment d'attacher vos ceintures. Nous avons été les témoins d'évènements extraordinaires ces 15 derniers mois mais je suis sûr que nous n'avons encore rien vu. Pour les lecteurs que j'ai perdus la dernière semaine, il est donc urgent de vous remettre à lire le Blogo.
En attendant et pour se remettre dans le bain, je vous suggère de jeter un coup d'oeil sur ces photos d'une photographe suivant la campagne Obama "backstage". Il faut cliquer plusieurs fois sur "Show More Images" en bas de la page pour les voir apparaître (via Daily Kos).
vendredi 7 novembre 2008
mercredi 5 novembre 2008
mardi 4 novembre 2008
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