La Fed annonce sa décision à 20H15. C'est un peu désespérant de penser que nous en sommes arrivés là parce que la Fed avait mis les taux à leur plus bas de l'histoire récente, 1%, et que la décision de ce soir va être de les abaisser à 0.5% voire 0.25%. Quelles seront les conséquences à moyen terme de cette politique? Veulent-ils vraiment essayer de regonfler le bibendum américain? Dans quel but? Démontrer que prêter n'importe quoi à n'importe qui peut être un modèle de croissance désirable? La seule chose qu'ils sont sûrs de faire c'est de démontrer à toute la planète que le dollar ne vaut plus rien. En était-il besoin?
C'est en fait la manière américaine de faire discrètement défaut sur leur dette: nous remboursons toujours mais notre monnaie ne vaut plus rien.
mardi 16 décembre 2008
La "démocratie" irakienne
De la BBC:
Muntadar al-Zaidi has suffered a broken hand, broken ribs and internal bleeding, as well as an eye injury, his older brother, Dargham, told the BBC.
(Selon son frère, Muntadar al-Zaidi a eu une main cassée, des côtes cassées et une hémorragie interne ainsi qu'une blessure à l'oeil en détention.)
L'abjection Bushiste continue son petit bonhomme de chemin.
Muntadar al-Zaidi has suffered a broken hand, broken ribs and internal bleeding, as well as an eye injury, his older brother, Dargham, told the BBC.
(Selon son frère, Muntadar al-Zaidi a eu une main cassée, des côtes cassées et une hémorragie interne ainsi qu'une blessure à l'oeil en détention.)
L'abjection Bushiste continue son petit bonhomme de chemin.
Encore Greenwald
Les lecteurs assidus savent que Glenn Greenwald est un avocat constitutionaliste devenu blogger qui se bat pour que les responsables de l'administration Bush qui ont commis des exactions au regard de la constitution soient jugées et condamnés. Un rapport du sénat vient de déclarer Rumsfeld et d'autres hauts dignitaires du bushisme responsables des tortures à Abu Ghraib et à Guantanamo. Rien de très surprenant pour ceux qui faisaient attention. Comme évoqué ici, les complicités démocrates à l'époque ont été telles que ces crimes ne seront jamais sanctionnés.
Greenwald nous rappelle cependant fort à propos qu'après le scandale d'Abu Ghraib, on a jugé et condamné des personnages répugants (ici, ici et ici), certes, mais qui se sont avérés avoir agi sur ordres. Pour tenter d'apaiser une opinion publique outragée, les dirigeants qui avaient commandité les tortures ont donc encouragé les poursuites contre les fidèles soldats qui avaient exécuté leurs ordres.
S'il s'agissait alors de crimes, on se demande bien pourquoi on en exonère aujourd'hui les vrais coupables désormais identifiés. La réponse est peut-être à trouver dans le titre d'un des bouquins de Greenwald: "Great American Hypocrites".
The bipartisan Senate Armed Services Committee report issued on Thursday -- which documents that "former Defense Secretary Donald Rumsfeld and other senior U.S. officials share much of the blame for detainee abuse at Abu Ghraib prison in Iraq, and Guantanamo Bay, Cuba" and "that Rumsfeld's actions were 'a direct cause of detainee abuse' at Guantanamo and 'influenced and contributed to the use of abusive techniques ... in Afghanistan and Iraq'" -- raises an obvious and glaring question: how can it possibly be justified that the low-level Army personnel carrying out these policies at Abu Ghraib have been charged, convicted and imprisoned, while the high-level political officials and lawyers who directed and authorized these same policies remain free of any risk of prosecution?
Note: je conseille à ceux qui parlent anglais la lecture en entier du post dont cet extrait est tiré. Ca confirme mon précept selon lequel l'opposition viscérale à l'Amérique de George Bush n'est pas affaire de conviction mais d'éducation (âmes sensibles s'abstenir sur ces deux derniers liens).
Greenwald nous rappelle cependant fort à propos qu'après le scandale d'Abu Ghraib, on a jugé et condamné des personnages répugants (ici, ici et ici), certes, mais qui se sont avérés avoir agi sur ordres. Pour tenter d'apaiser une opinion publique outragée, les dirigeants qui avaient commandité les tortures ont donc encouragé les poursuites contre les fidèles soldats qui avaient exécuté leurs ordres.
S'il s'agissait alors de crimes, on se demande bien pourquoi on en exonère aujourd'hui les vrais coupables désormais identifiés. La réponse est peut-être à trouver dans le titre d'un des bouquins de Greenwald: "Great American Hypocrites".
The bipartisan Senate Armed Services Committee report issued on Thursday -- which documents that "former Defense Secretary Donald Rumsfeld and other senior U.S. officials share much of the blame for detainee abuse at Abu Ghraib prison in Iraq, and Guantanamo Bay, Cuba" and "that Rumsfeld's actions were 'a direct cause of detainee abuse' at Guantanamo and 'influenced and contributed to the use of abusive techniques ... in Afghanistan and Iraq'" -- raises an obvious and glaring question: how can it possibly be justified that the low-level Army personnel carrying out these policies at Abu Ghraib have been charged, convicted and imprisoned, while the high-level political officials and lawyers who directed and authorized these same policies remain free of any risk of prosecution?
Note: je conseille à ceux qui parlent anglais la lecture en entier du post dont cet extrait est tiré. Ca confirme mon précept selon lequel l'opposition viscérale à l'Amérique de George Bush n'est pas affaire de conviction mais d'éducation (âmes sensibles s'abstenir sur ces deux derniers liens).
lundi 15 décembre 2008
Premiers éléments sur le shoe-terrorist
Extrait du blog de Juan Cole (plus bas). Juan est un professeur d'histoire à l'université du Michigan. Il a démarré son blog Informed comments en 2002 et a été une des rares sources d'information sur l'Irak qui ne soit pas complètement alignée sur la ligne gouvernementale*. J'ai l'impression qu'il ne voyage pas beaucoup et qu'il obtient la plupart de ses informations sur internet. Sa maîtrise des langues locales (et son bon sens) lui donnent un avantage certain sur d'autres commentateurs, même sur ceux situés sur place.
Juan a donc des révélations sur le terroriste aux chaussures qui s'en est pris à Bush. Il aurait été victime de raids aériens américains. L'occasion en tout cas de nous rappeler que la plupart de nos perceptions sur l'Irak (ou leur absence) sont très fortement influencées par la propagande américaine et que si les américains arrivent finalement à imposer temporairement un nouvel ordre colonial desespérément anachronique, cela aura été au prix de centaines de milliers de morts et de millions de déplacés. Combien de Guernicas pour cette ratonnade new age?
* ça me fait toujours rire quand les médias US qualifient avec mépris la presse russe ou d'autres pays de "state controlled", se souviennent-ils du premier trimestre de 2003 et de toute la couverture médiatique sur l'Irak depuis??? Peuvent-ils expliquer pourquoi on prête à des gens insolvables aux US depuis 10 ans et que la presse se tait??? Despicable...
Extrait du blog de Juan Cole:
McClatchy reports that he had covered the US bombing of Sadr City last spring, in support of PM Nuri al-Maliki's incursion into this stronghold of the Sadr Movement and its Mahdi Army, and is said to have been emotionally affected by the sight of that destruction.

Courtesy of Newsweek
Juan a donc des révélations sur le terroriste aux chaussures qui s'en est pris à Bush. Il aurait été victime de raids aériens américains. L'occasion en tout cas de nous rappeler que la plupart de nos perceptions sur l'Irak (ou leur absence) sont très fortement influencées par la propagande américaine et que si les américains arrivent finalement à imposer temporairement un nouvel ordre colonial desespérément anachronique, cela aura été au prix de centaines de milliers de morts et de millions de déplacés. Combien de Guernicas pour cette ratonnade new age?
* ça me fait toujours rire quand les médias US qualifient avec mépris la presse russe ou d'autres pays de "state controlled", se souviennent-ils du premier trimestre de 2003 et de toute la couverture médiatique sur l'Irak depuis??? Peuvent-ils expliquer pourquoi on prête à des gens insolvables aux US depuis 10 ans et que la presse se tait??? Despicable...
Extrait du blog de Juan Cole:
Shoe-Thrower had been Traumatized by US Aerial Bombings
Iraqi journalist Muntazir al-Zaidi, who threw the shoes at Bush in Baghdad, shouted "Killer of Iraqis, killer of children." while security guards piled on him.
McClatchy reports that he had covered the US bombing of Sadr City last spring, in support of PM Nuri al-Maliki's incursion into this stronghold of the Sadr Movement and its Mahdi Army, and is said to have been emotionally affected by the sight of that destruction.
Courtesy of Newsweek
Les Robber Robber Robber Barrons
Via Atrios:
(résumé en français: Au dernier moment, les concepteurs du bailout plan ont ajouté une provision à la loi limitant les rémunérations des dirigeants de banques ayant recours au plan: ces rémunérations ne seraient cappées que si les banques avaient recours à des enchères. Résultat: aucune somme n'a été allouée par le biais d'enchères, aucune rémunération n'est cappée. Trop fort.)
(résumé en français: Au dernier moment, les concepteurs du bailout plan ont ajouté une provision à la loi limitant les rémunérations des dirigeants de banques ayant recours au plan: ces rémunérations ne seraient cappées que si les banques avaient recours à des enchères. Résultat: aucune somme n'a été allouée par le biais d'enchères, aucune rémunération n'est cappée. Trop fort.)
- But at the last minute, the Bush administration insisted on a one-sentence change to the provision, congressional aides said. The change stipulated that the penalty would apply only to firms that received bailout funds by selling troubled assets to the government in an auction, which was the way the Treasury Department had said it planned to use the money.
Now, however, the small change looks more like a giant loophole, according to lawmakers and legal experts. In a reversal, the Bush administration has not used auctions for any of the $335 billion committed so far from the rescue package, nor does it plan to use them in the future. Lawmakers and legal experts say the change has effectively repealed the only enforcement mechanism in the law dealing with lavish pay for top executives.
Le ponzi scheme américain
La définition de wikipédia d'un "Ponzi scheme" colle parfaitement à ce qui est arrivé à Bernard Maddof ou plutôt à ses clients (moins clair dans le wikipédia français):
A Ponzi scheme is a fraudulent investment operation that involves paying abnormally high returns ("profits") to investors out of the money paid in by subsequent investors, rather than from net revenues generated by any real business.
Cela s'applique également aux Etats-Unis (même si le parallèle est moins immédiat): le pays a attiré de plus en plus de capitaux en offrant les meilleurs rendements du monde jusqu'à dépasser et aller bien au-delà de la quantité de capital que l'économie américaine était réellement capable de faire prospérer. L'afflux de capitaux a permis de faire croire longtemps à la réalité de ces rendements alors qu'il ne finançait pas des investissements qui auraient pu un jour payer mais seulement une consommation compulsive qui ne rapporterait jamais rien. Tout cela initié et démultiplié par un prestige américain à son zénith après l'effondrement du rival soviétique.
Le problème c'est que si Bernard Madoff ne semble pas prêt de remonter sur son cheval, les investisseurs continuent plus que jamais à placer leurs capitaux aux Etats-Unis. C'est un peu comme si les investisseurs de Madoff s'étaient rassemblés ce week-end et avaient décidé de réinvestir chez Maddof pour qu'on puisse prétendre six mois encore que tout allait très bien. A très court terme, tout le monde est plus à l'aise mais combien de temps cela peut-il réellement durer?
A Ponzi scheme is a fraudulent investment operation that involves paying abnormally high returns ("profits") to investors out of the money paid in by subsequent investors, rather than from net revenues generated by any real business.
Cela s'applique également aux Etats-Unis (même si le parallèle est moins immédiat): le pays a attiré de plus en plus de capitaux en offrant les meilleurs rendements du monde jusqu'à dépasser et aller bien au-delà de la quantité de capital que l'économie américaine était réellement capable de faire prospérer. L'afflux de capitaux a permis de faire croire longtemps à la réalité de ces rendements alors qu'il ne finançait pas des investissements qui auraient pu un jour payer mais seulement une consommation compulsive qui ne rapporterait jamais rien. Tout cela initié et démultiplié par un prestige américain à son zénith après l'effondrement du rival soviétique.
Le problème c'est que si Bernard Madoff ne semble pas prêt de remonter sur son cheval, les investisseurs continuent plus que jamais à placer leurs capitaux aux Etats-Unis. C'est un peu comme si les investisseurs de Madoff s'étaient rassemblés ce week-end et avaient décidé de réinvestir chez Maddof pour qu'on puisse prétendre six mois encore que tout allait très bien. A très court terme, tout le monde est plus à l'aise mais combien de temps cela peut-il réellement durer?
La bataille finale
L'Etat américain n'a jamais pu s'endetter à des taux aussi bas qu'en ce moment. Cette dépêche Bloomberg nous dit que les bons du trésor américain se sont appréciés de 12,4% en moyenne en 2008 ce qui serait la meilleure année depuis l'an 2000 (+13,4%). Il y a six mois, c'est le pétrole qui battait des records, aujourd'hui s'il y a des excès quelque part sur les marchés, un secteur dans lequel on voit des choses jamais vues, des niveaux jamais atteints, c'est bien dans le marché de la dette d'Etat américaine.
Dans le chaos financier absolu qui règne et devant les perspectives désastreuses de l'économie mondiale, les investisseurs affirment que l'Etat américain est encore, sur cette planète, le meilleur risque de crédit. On dit qu'en dernier ressort, la monnaie la plus forte est celle qui s'appuie sur l'armée la plus puissante et on peut se demander dans quelle mesure l'analyse financière ne se rapproche pas tous les jours un peu plus de ce degré zéro de sophistication (après avoir atteint des sommets de complexité il y a 18 mois, la chute est rude pour les jeunes financiers qui pensaient avoir fortune faite en quelques années grâce à leur maîtrise de deux ou trois formules mathématiques - et d'Excel).
Les marchés ont d'abord vécu dans l'illusion de la solvabilité des emprunteurs subprime et prime, puis dans l'illusion de la solvabilité des réhausseurs de crédit, puis dans l'illusion de la solvabilité des institutions financières américaines. Ils se cramponnent désormais à la seule illusion qu'il leur reste: la solvabilité de l'Etat américain. Comme les petits cochons finalement réfugiés dans la maison de brique (last AAA standing ), ils se disent que cette fois-ci, le loup (la réalité économique) sera découragé. J'ai peur que leur destin ne soit plus tragique que celui des petits cochons de l'histoire.
Les investisseurs semblent pour l'heure satisfaits de n'obtenir que le taux d'intérêt minimum payé par l'Etat (3% à 10 ans) alors qu'ils savent que l'argent prêté va servir à renflouer les particuliers ou les institutions auxquels ils n'auraient prêté qu'à des taux de 10 ou 15% en ligne directe (ou plus probablement pas du tout). Il est pourtant clair que l'addition d'un intermédiaire (l'Etat) et la conservation en aval de celui-ci d'un système d'allocation des crédits privés qui ne fonctionnaient déjà pas avant la crise (les fonds n'étaient pas dirigés vers des entités capables de rembourser) ne vont pas améliorer la situation. Après des années de dérives et en conservant les mêmes systèmes d'incitation, on voudrait nous faire croire que les acteurs faillis vont se mettre à remplir leur mission correctement?
Le choix de l'Etat de prendre sous son aile et de continuer à alimenter en liquidité tous les acteurs malades de l'économie américaine n'est pas un choix rationnel ni stratégique: c'est un pis aller pour repousser le plus longtemps possible le moment de vérité. Transférer la dette privée au bilan de l'Etat ne permettra pas une relance de l'économie, au contraire elle permet la survie d'acteurs malades et repousse leur réforme (les banques par exemple ou AIG continuent à distribuer des bonus). On postule que le citoyen américain, devenu insolvable avec sa casquette de consommateur, redeviendra solvable dès lors qu'il mettra sa casquette de contribuable. Autant essayer de vous envoler en tirant sur votre ceinture. Il ne s'agit que de gagner du temps.
Le gouvernement américain est donc devenu le dernier des réhausseurs de crédit. Je pense qu'il est appelé au même sort que ses prédecesseurs et qu'il fera finalement défaut. Alors le FMI renégociera-t-il la dette avec les américains? Ce serait pratique puisque les deux sont basés à Washington mais ce n'est pas le scénario que j'envisage. Je pensais plutôt à une politique inflationniste (tendance hyper), une forme de défaut light. Alors bien sûr, le thème du moment est la déflation (magnifié par la chute du pétrole) et il semble saugrenu à tout lecteur du FT/WSJ/The Economist d'envisager une forte inflation mais la réalité de la politique monétaire américaine est précisément celle-là: sacrifier le dollar sur l'autel de la dette.
La première bataille de la crise s'est terminée par un match nul: le consommateur et beaucoup d'autres acteurs économiques ont fait défaut mais l'Etat s'est porté garant de l'essentiel de leur dette. Le consommateur est donc revenu avec sa casquette de contribuable et l'investisseur a pour l'instant décidé de lui refaire confiance comme au premier jour (en réalité encore plus qu'au premier jour ce qui montre qu'on atteint la fin du "ponzi scheme" - de l'arnaque). Tout est donc en place pour la bataille finale: l'investisseur international contre le contribuable américain. Combien de temps faudra-t-il au premier pour identifier le subterfuge du changement de casquette? Combien de tax breaks et de plans de relance avant que le dernier ne comprenne qu'il doit vivre plus modestement et qu'il fasse les douloureux ajustements nécessaires? Je parie sur un dénouement en 2009 car les choses vont très vite désormais.
Dans le chaos financier absolu qui règne et devant les perspectives désastreuses de l'économie mondiale, les investisseurs affirment que l'Etat américain est encore, sur cette planète, le meilleur risque de crédit. On dit qu'en dernier ressort, la monnaie la plus forte est celle qui s'appuie sur l'armée la plus puissante et on peut se demander dans quelle mesure l'analyse financière ne se rapproche pas tous les jours un peu plus de ce degré zéro de sophistication (après avoir atteint des sommets de complexité il y a 18 mois, la chute est rude pour les jeunes financiers qui pensaient avoir fortune faite en quelques années grâce à leur maîtrise de deux ou trois formules mathématiques - et d'Excel).
Les marchés ont d'abord vécu dans l'illusion de la solvabilité des emprunteurs subprime et prime, puis dans l'illusion de la solvabilité des réhausseurs de crédit, puis dans l'illusion de la solvabilité des institutions financières américaines. Ils se cramponnent désormais à la seule illusion qu'il leur reste: la solvabilité de l'Etat américain. Comme les petits cochons finalement réfugiés dans la maison de brique (last AAA standing ), ils se disent que cette fois-ci, le loup (la réalité économique) sera découragé. J'ai peur que leur destin ne soit plus tragique que celui des petits cochons de l'histoire.
Les investisseurs semblent pour l'heure satisfaits de n'obtenir que le taux d'intérêt minimum payé par l'Etat (3% à 10 ans) alors qu'ils savent que l'argent prêté va servir à renflouer les particuliers ou les institutions auxquels ils n'auraient prêté qu'à des taux de 10 ou 15% en ligne directe (ou plus probablement pas du tout). Il est pourtant clair que l'addition d'un intermédiaire (l'Etat) et la conservation en aval de celui-ci d'un système d'allocation des crédits privés qui ne fonctionnaient déjà pas avant la crise (les fonds n'étaient pas dirigés vers des entités capables de rembourser) ne vont pas améliorer la situation. Après des années de dérives et en conservant les mêmes systèmes d'incitation, on voudrait nous faire croire que les acteurs faillis vont se mettre à remplir leur mission correctement?
Le choix de l'Etat de prendre sous son aile et de continuer à alimenter en liquidité tous les acteurs malades de l'économie américaine n'est pas un choix rationnel ni stratégique: c'est un pis aller pour repousser le plus longtemps possible le moment de vérité. Transférer la dette privée au bilan de l'Etat ne permettra pas une relance de l'économie, au contraire elle permet la survie d'acteurs malades et repousse leur réforme (les banques par exemple ou AIG continuent à distribuer des bonus). On postule que le citoyen américain, devenu insolvable avec sa casquette de consommateur, redeviendra solvable dès lors qu'il mettra sa casquette de contribuable. Autant essayer de vous envoler en tirant sur votre ceinture. Il ne s'agit que de gagner du temps.
Le gouvernement américain est donc devenu le dernier des réhausseurs de crédit. Je pense qu'il est appelé au même sort que ses prédecesseurs et qu'il fera finalement défaut. Alors le FMI renégociera-t-il la dette avec les américains? Ce serait pratique puisque les deux sont basés à Washington mais ce n'est pas le scénario que j'envisage. Je pensais plutôt à une politique inflationniste (tendance hyper), une forme de défaut light. Alors bien sûr, le thème du moment est la déflation (magnifié par la chute du pétrole) et il semble saugrenu à tout lecteur du FT/WSJ/The Economist d'envisager une forte inflation mais la réalité de la politique monétaire américaine est précisément celle-là: sacrifier le dollar sur l'autel de la dette.
La première bataille de la crise s'est terminée par un match nul: le consommateur et beaucoup d'autres acteurs économiques ont fait défaut mais l'Etat s'est porté garant de l'essentiel de leur dette. Le consommateur est donc revenu avec sa casquette de contribuable et l'investisseur a pour l'instant décidé de lui refaire confiance comme au premier jour (en réalité encore plus qu'au premier jour ce qui montre qu'on atteint la fin du "ponzi scheme" - de l'arnaque). Tout est donc en place pour la bataille finale: l'investisseur international contre le contribuable américain. Combien de temps faudra-t-il au premier pour identifier le subterfuge du changement de casquette? Combien de tax breaks et de plans de relance avant que le dernier ne comprenne qu'il doit vivre plus modestement et qu'il fasse les douloureux ajustements nécessaires? Je parie sur un dénouement en 2009 car les choses vont très vite désormais.
dimanche 14 décembre 2008
Glenn goes mainstream
Glenn Greenwald (déjà évoqué ici) attaque frontalement l'administration Bush dans l'interview ci-dessous. Cela fait partie des contre-coups de l'élection d'Obama: on n'aurait pas vu sur PBS un avocat constitutionaliste expliquer qu'il faut envoyer un gros pan de l'administration Bush en prison (et des démocrates également pour faire bonne mesure en raison de leur complicité). Les temps changent. Ne comptez pas pour autant sur l'establishment US pour affréter les charters qui les enverront tous à Guantanamo. Obama va adopter une posture magnanime vis à vis des pratiques illégales de l'ère Bush qui arrangera tout le monde (not "divisive"). Il n'empêche qu'on entend Glenn Greenwald dans le mainstream ce qui est quand même un progrès.
Pour tous ceux qui s'intéressent à une perspective juridique sur les crimes des politiciens américains depuis 6 ans (à l'aune de leur propre constitution), Greenwald est le "one stop shop". Durant les 22 minutes de cette interview en 3 parties, il s'avère aussi clair, précis et implacable à l'oral qu'à l'écrit (pour ceux qui n'ont pas le temps, vous pouvez regarder seulement la partie 2). Vous pouvez avoir ses impressions d'interviewé ici. Il a fait également cette même semaine une première interview pour la nouvelle passionaria de la gauche américaine, Rachel Maddow sur MSNBC.
Enfin, j'imagine que certains se demandent comment, dans un bel ensemble, les élites dirigeantes américaines peuvent s'exonérer de leurs turpitudes et qui doutent du coup que les crimes soient véritablement constitués. Ma réponse est que cela s'appelle le pouvoir et qu'il est de la responsabilité du citoyen de s'y opposer quand il est dévoyé. L'argument essentiel de Greenwald étant que si on ne juge pas les responsables qui ont enfreint la loi aujourd'hui, on donne de fait un pouvoir illimité à l'exécutif dans le futur et il est difficile de lui donner tort.
Part 1
Part 2
Part 3
Pour tous ceux qui s'intéressent à une perspective juridique sur les crimes des politiciens américains depuis 6 ans (à l'aune de leur propre constitution), Greenwald est le "one stop shop". Durant les 22 minutes de cette interview en 3 parties, il s'avère aussi clair, précis et implacable à l'oral qu'à l'écrit (pour ceux qui n'ont pas le temps, vous pouvez regarder seulement la partie 2). Vous pouvez avoir ses impressions d'interviewé ici. Il a fait également cette même semaine une première interview pour la nouvelle passionaria de la gauche américaine, Rachel Maddow sur MSNBC.
Enfin, j'imagine que certains se demandent comment, dans un bel ensemble, les élites dirigeantes américaines peuvent s'exonérer de leurs turpitudes et qui doutent du coup que les crimes soient véritablement constitués. Ma réponse est que cela s'appelle le pouvoir et qu'il est de la responsabilité du citoyen de s'y opposer quand il est dévoyé. L'argument essentiel de Greenwald étant que si on ne juge pas les responsables qui ont enfreint la loi aujourd'hui, on donne de fait un pouvoir illimité à l'exécutif dans le futur et il est difficile de lui donner tort.
Part 1
Part 2
Part 3
J'aime bien
Je viens de tomber sur cette citation de John K. Galbraith qui est complètement dans l'air du temps:
"Recessions catch what the auditors miss."
Traduction du blogo: "Les récessions mettent à jour ce que les auditeurs ont raté."
Dommage que cette récession ait été si longue à venir car les auditeurs ne servent à rien depuis longtemps déjà.
"Recessions catch what the auditors miss."
Traduction du blogo: "Les récessions mettent à jour ce que les auditeurs ont raté."
Dommage que cette récession ait été si longue à venir car les auditeurs ne servent à rien depuis longtemps déjà.
samedi 13 décembre 2008
Madoff
Le problème "Madoff" (dirigeant de Hedge Fund qui a fait perdre $50 milliards à ses investisseurs) a déjà été traité dans son principe sur El Blogo (ici).
Juste pour le souvenir, j'aime bien cette phrase de la dépêche Bloomberg qui explique la réalité économique masquée de nombreux hedge funds:
"He had paid investors for years out of principal from other investors."
La seule manière d'empêcher cela serait de forcer les hedge funds à liquider toutes leur poses périodiquement et à rembourser tous leurs investisseurs d'un coup en les laissant réinvestir ensuite. Là, on serait sûr que l'argent est bien là et que les performances annoncées ne sont pas du flan. Evidemment, ça n'est pas vraiment réalisable en pratique et c'est pour ça que cette industrie est DOA (dead on arrival - morte). Sinon, tant qu'on attire des capitaux, on peut pipauter n'importe quoi et rembourser les quelques investisseurs qui ont besoin de cash ou qui doutent.
D'une certaine manière, les gens qui ont confié l'argent au hedge fund sont complices: ils ont intérêt à croire à la réalité des gains car cela rejaillit sur eux de manière positive (bonus pour tous les ronds de cuir de la finance qui investissaient l'argent de leurs institutions et illusion de richesse pour ceux qui investissent leur propre argent )...
Non, la finance n'a vraiment rien de compliqué.
Juste pour le souvenir, j'aime bien cette phrase de la dépêche Bloomberg qui explique la réalité économique masquée de nombreux hedge funds:
"He had paid investors for years out of principal from other investors."
La seule manière d'empêcher cela serait de forcer les hedge funds à liquider toutes leur poses périodiquement et à rembourser tous leurs investisseurs d'un coup en les laissant réinvestir ensuite. Là, on serait sûr que l'argent est bien là et que les performances annoncées ne sont pas du flan. Evidemment, ça n'est pas vraiment réalisable en pratique et c'est pour ça que cette industrie est DOA (dead on arrival - morte). Sinon, tant qu'on attire des capitaux, on peut pipauter n'importe quoi et rembourser les quelques investisseurs qui ont besoin de cash ou qui doutent.
D'une certaine manière, les gens qui ont confié l'argent au hedge fund sont complices: ils ont intérêt à croire à la réalité des gains car cela rejaillit sur eux de manière positive (bonus pour tous les ronds de cuir de la finance qui investissaient l'argent de leurs institutions et illusion de richesse pour ceux qui investissent leur propre argent )...
Non, la finance n'a vraiment rien de compliqué.
vendredi 12 décembre 2008
Judgment day is coming
Pour ceux qui parlent anglais et qui ont le coeur bien accroché, une bonne compilation du barrage de propagande "bullish" qui a planté les Etats-Unis. Il y a plus corrompu que le système politique US, c'est le commentariat économique (c'est pas mieux chez nous sauf que chez nous c'est provincial et donc "inconsequential", plus imbécile que malicieux). Via Papy G.
mercredi 10 décembre 2008
Le Blogo sur Blago
J'ai été enjoint de commenter les facéties de Blago sur le Blogo par un lecteur qui m'a également suggéré le titre du post (difficile de résister).
C'est la deuxième fois que l'Attorney General Patrick Fitzgerald (fils d'un doorman à Manhattan qui a réussi à faire Harvard Law) fait parler de lui en dehors des frontières des Etats-Unis. La dernière fois, c'est quand il a mis en prison un de ces personnages peu savoureux de l'administration Bush, ami personnel de Judith Miller (journaliste du NYT également envoyée en prison par ses soins), Lewis "Scooter" Libby.
Vous pouvez lire le communiqué de presse de Fitzgerald ici. Il semble que Blago ait le pouvoir, en tant que gouverneur de l'Illinois, de nommer le sénateur qui remplace Barack Obama et qu'il ait voulu monnayer cette nomination contre de l'argent/de l'influence. Ca n'est qu'une des deux charges que je trouve un peu faible car en politique, il est assez courant de rendre des services en échange d'autres services.
Obama voulait nommer une aide de campagne (Valérie Jarett) mais ne proposait rien en échange au grand désespoir de Blago qui se vengeait avec une énorme densité de "fuck" ou "fucking" à l'endroit d'Obama dans ses discussions avec ses conseillers (il a été écouté et Fitzgerald a publié les transcripts dans l'inculpation).
Il semble donc qu'Obama soit relativement protégé dans cette affaire. Rahm Emanuel (l'homme au 18 millions de dollar en deux ans de banking) semble possiblement en difficulté car il avait remplacé Blago à la chambre des représentants et il est donc familier du personnage. D'ailleurs, il semble que le bruit ait d'abord couru que Rahm avait vendu Blago en participant à l'enquète ce qui semblait une tentative de prise de distance. Les conseillers de Rahm qui avaient probablement initié cette rumeur se sont ensuite inscrits en faux. Ont-ils eu peur de représailles de Blago?
On dit que la politique à Chicago est très corrompue... Le problème ne se limite malheureusement pas aux rives du lac Michigan mais on voit au passage qu'Obama n'a pas fait ses armes dans un monastère. Blago a d'ailleurs des liens avec Tony Rezko, personnage sulfureux qui a lui-même des liens de longue date avec Obama...
C'est la deuxième fois que l'Attorney General Patrick Fitzgerald (fils d'un doorman à Manhattan qui a réussi à faire Harvard Law) fait parler de lui en dehors des frontières des Etats-Unis. La dernière fois, c'est quand il a mis en prison un de ces personnages peu savoureux de l'administration Bush, ami personnel de Judith Miller (journaliste du NYT également envoyée en prison par ses soins), Lewis "Scooter" Libby.
Vous pouvez lire le communiqué de presse de Fitzgerald ici. Il semble que Blago ait le pouvoir, en tant que gouverneur de l'Illinois, de nommer le sénateur qui remplace Barack Obama et qu'il ait voulu monnayer cette nomination contre de l'argent/de l'influence. Ca n'est qu'une des deux charges que je trouve un peu faible car en politique, il est assez courant de rendre des services en échange d'autres services.
Obama voulait nommer une aide de campagne (Valérie Jarett) mais ne proposait rien en échange au grand désespoir de Blago qui se vengeait avec une énorme densité de "fuck" ou "fucking" à l'endroit d'Obama dans ses discussions avec ses conseillers (il a été écouté et Fitzgerald a publié les transcripts dans l'inculpation).
Il semble donc qu'Obama soit relativement protégé dans cette affaire. Rahm Emanuel (l'homme au 18 millions de dollar en deux ans de banking) semble possiblement en difficulté car il avait remplacé Blago à la chambre des représentants et il est donc familier du personnage. D'ailleurs, il semble que le bruit ait d'abord couru que Rahm avait vendu Blago en participant à l'enquète ce qui semblait une tentative de prise de distance. Les conseillers de Rahm qui avaient probablement initié cette rumeur se sont ensuite inscrits en faux. Ont-ils eu peur de représailles de Blago?
On dit que la politique à Chicago est très corrompue... Le problème ne se limite malheureusement pas aux rives du lac Michigan mais on voit au passage qu'Obama n'a pas fait ses armes dans un monastère. Blago a d'ailleurs des liens avec Tony Rezko, personnage sulfureux qui a lui-même des liens de longue date avec Obama...
lundi 8 décembre 2008
Faillites dans la presse aux US
La "Tribune Company", maison mère du Chicago Tribune et du Los Angeles Times, vient de faire faillite. Je ne savais pas que ces deux publications avaient le même actionnaire. Un élément de plus pour témoigner du caractère oligopolistique des médias aux Etats-Unis. La crise va sûrement accélérer le processus de modernisation des médias.
C'est d'ailleurs à ça que servent les crises: quand elles ne sont pas trop violentes, elles permettent de purger de l'économie les structures devenues trop faibles. Dans une certaine mesure, on peut regretter que Greenspan ait interrompu la récession de 2001 en descendant les taux à 1% car une récession "normale" aurait sans doute mis à jour les faiblesses structurelles de certains produits financiers comme les prêts "subprime". Au lieu de ça, on a versé de l'engrais sur de la mauvaise herbe.
C'est d'ailleurs à ça que servent les crises: quand elles ne sont pas trop violentes, elles permettent de purger de l'économie les structures devenues trop faibles. Dans une certaine mesure, on peut regretter que Greenspan ait interrompu la récession de 2001 en descendant les taux à 1% car une récession "normale" aurait sans doute mis à jour les faiblesses structurelles de certains produits financiers comme les prêts "subprime". Au lieu de ça, on a versé de l'engrais sur de la mauvaise herbe.
vendredi 5 décembre 2008
Le 787, nouveau symbole de l'économie américaine
C'est Friday, c'est du Plane et c'est du Blogging mais ça n'est pas le "Friday Plane Blogging". Pour les afficionados (and those who love to hate it), il faut aller là. Non c'est l'annonce d'un post sur le programme 787 comme allégorie des nombreux travers de l'économie américaine de ces dernières années. Un succès commercial sans précédent basé sur un abus de crédibilité et le mensonge continuel de Boeing à ses futurs clients depuis le début du programme qui est devenu une pantalonnade. Cela vous rappelle-t-il le subprime?
Cette photo est le mensonge le plus spectaculaire de Boeing. Pour des raisons de relations publiques (et de communication financière bien entendu), il a été décidé de procéder au roll-out du nouvel appareil le 7/8/7 (8 juillet 2007 en date US). Or le roll-out se fait quand l'avion est prêt à voler ou à peu près (pour l'A380, il a eu lieu 2 mois avant le premier vol). C'était il y a 18 mois et le 787 n'a toujours pas volé et Boeing vient d'annoncer encore un nouveau délai. Ils ont présenté ce jour là au public (et aux investisseurs) une coquille vide dans ce qui a été décrit dans un document interne d'Airbus comme un "Potemkine roll-out". La suite plus tard...
Cette photo est le mensonge le plus spectaculaire de Boeing. Pour des raisons de relations publiques (et de communication financière bien entendu), il a été décidé de procéder au roll-out du nouvel appareil le 7/8/7 (8 juillet 2007 en date US). Or le roll-out se fait quand l'avion est prêt à voler ou à peu près (pour l'A380, il a eu lieu 2 mois avant le premier vol). C'était il y a 18 mois et le 787 n'a toujours pas volé et Boeing vient d'annoncer encore un nouveau délai. Ils ont présenté ce jour là au public (et aux investisseurs) une coquille vide dans ce qui a été décrit dans un document interne d'Airbus comme un "Potemkine roll-out". La suite plus tard...
Le NFP ou "how low can you go?"
Ca va mal aux Etats-Unis. Les Non Farm Payrolls sont très mauvais ce mois-ci -325 000 attendus et c'est finalement moins -533 000. On rentre dans le vif du sujet.
La bonne nouvelle c'est que je suis maintenant certain d'avoir gagné un pari avec un thuriféraire de la puissance américaine. Il se reconnaîtra.
La bonne nouvelle c'est que je suis maintenant certain d'avoir gagné un pari avec un thuriféraire de la puissance américaine. Il se reconnaîtra.
La lutte des classes aux Etats-Unis selon Buffett
“There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning.”
Warren Buffett, 26 novembre 2006
Traduction du blogo:
"Il y a une lutte des classes aux Etats-Unis, bien sûr, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous gagnons."
(voir New York Times, November 26, 2006 et CNN Interview, May 25 2005)
J'ai pensé à cette citation de Warren Buffett en lisant ce commentaire (d'un anonyme, trouvé de manière surprenante par une recherche sur Google News) sur la manière dont les automakers sont traités dans la presse US. Il dit en résumé que les constructeurs automobiles américains sont moins performants car ils doivent payer énormément d'argent aux systèmes sociaux et notamment aux retraites des anciens de leur industrie. Les nouveaux acteurs (ou étrangers) n'ont pas de charges aussi lourdes et ont donc des coûts bien plus bas. C'est limpide. C'est évident. Ca montre bien les limites d'un modèle où les sociétés accumulent un passif social jusqu'à ce qu'elles ne soient plus compétitives et ferment finalement plutôt que de payer cette dette (la crise détruit également le modèle des fonds de pensions entre autre pans du modèle économique néolibéral qui reposait sur l'idée qu' "à long terme on ne peut que gagner en bourse").
Le fait que les politiciens américains n'aient pas mis leur population à l'abri de phénomènes aussi prévisibles, aussi mécaniques est une expression de ce que Warren Buffett condamne. Les médias défendent becs et ongles un système financier corrompu et laissent littéralement "crever" tous les anciens d'une industrie sans ciller. C'est la violence sociale standard aux Etats-Unis. Il vaut mieux être du côté du manche, sinon on est vaporisé dans l'indifférence générale et d'abord celle des médias.
Il y a d'autres exemples de cette violence. Les tax cuts de Bush qui ont favorisé de manière inqualifiable (j'essayais de qualifier cette manière et je ne trouvais pas alors j'ai finalement trouvé "inqualifiable"!) les américains les plus aisés (voir notamment l'interview de Buffett du NYT plus haut sur l'Estate Tax). Mais également les lois passée en 2005 sur la personal bankruptcy qui rendaient beaucoup plus dures les conditions de faillites personnelles (juste avant le retournement du cycle du crédit), par exemple, l'ordre chirographaire fait maintenant passer les Credit Cards Company avant les pensions alimentaires en cas de faillite personnelle (les banquiers en ont rêvé, le système politique corrompu des Etats-Unis l'a fait, j'y reviens dans un prochain post sur une interview de Chris Dodd, Chairman of the Senate Banking Committee). On peut aussi rappeler que 40 millions de gens sans couverture maladie, dont 8.3 millions d'enfants. Pour que ce soit clair, si vous avez un enfant qui a un cancer et que vous n'êtes pas couvert, votre enfant n'est pas soigné. Combien de fois ai-je entendu des américains faire référence à leur pays en utilisant des formules comme "Greatest Nation on Earth"...
NB: Vécu. Je me suis senti obligé de préciser à mon neveu pendant Spiderman 3, alors que le profil psychologique du méchant (sa méchanceté...) était expliqué par le fait qu'il n'avait pas pu payer pour les frais médicaux de son enfant, qu'il vivait dans un pays civilisé et que cela ne pouvait pas arriver chez lui.
Selon que vous serez banquier ou automaker...
Les médias US traitent les automakers comme des moins que rien (leurs dirigeants mais aussi les ouvriers: on répète à l'envie qu'ils gagnent $73 de l'heure ce qui est inexact etc...). C'est un véritable déchaînement. Ca ne me pose pas de problème de principe (même si mettre en cause de façon répétée leur "mauvaise gestion depuis des années" semble un peu ridicule au regard d'une baisse des ventes de 40% comme souligné ici). Non, ce qui me choque c'est que si les automakers en sont là, c'est à cause des banquiers et de leur crise financière et qu'eux sont très largement épargnés par les médias (ils n'ont pas eu à quémander de l'aide dans des hearings au congrès, personne ne leur demande d'abandonner leurs jets privés etc...).
Tout cela est bien résumé ici (en anglais).
Aussi, comme il est suggéré là, d'un point de vue macro-économique et dans un contexte où il n'est pas évident pour tous les nouveaux convertis à la "relance" de trouver des moyens de dépenser l'argent du contribuable efficacement et instantanément, il semble qu'aider l'industrie automobile à court terme soit un no brainer (une évidence). Imaginez le temps (et l'argent) qu'il faudrait pour mettre en place une structure avec une utilité sociale identifiable capable d'employer des millions de personnes... Il faut sauver l'industrie automobile US, ne serait-ce que dans le cadre d'une politique de relance à court terme. Cela représente au passage un coût bien inférieur au hold up réalisé par les banques. Le fait que cela soit discuté beaucoup plus âprement que pour les banques est une pièce de plus (superfétatoire, certes) à mettre au dossier du biais pro-banque du commentariat économique américain (ou pro General Electric by the way, actionnaire majoritaire de NBC et MSNBC qui se retrouve comme par hasard aidé par le gouvernement - investir dans une chaîne de télé est une pochette surprise, on ne sait jamais combien ça va rapporter mais dans un contexte où le lobbying et l'influence se mettent à être rétribués directement par du cash, c'était clairement une bonne idée).
Les constructeurs automobiles apparaîssent comme les ploucs de service qui n'ont pas eu le bon goût d'avoir acheté des chaînes de télé pendant les années fastes pour permettre aux élites de se trouver belles en leur mirroir. Il faut bien dire qu'ils ne l'ont pas fait parce qu'ils étaient fauchés. S'ils avaient gagné de l'argent, vous pouvez être sûr que les médias auraient réussi à trouver du "glam" et des dirigeants "stellaires", même à Detroit.
Tout cela est bien résumé ici (en anglais).
Aussi, comme il est suggéré là, d'un point de vue macro-économique et dans un contexte où il n'est pas évident pour tous les nouveaux convertis à la "relance" de trouver des moyens de dépenser l'argent du contribuable efficacement et instantanément, il semble qu'aider l'industrie automobile à court terme soit un no brainer (une évidence). Imaginez le temps (et l'argent) qu'il faudrait pour mettre en place une structure avec une utilité sociale identifiable capable d'employer des millions de personnes... Il faut sauver l'industrie automobile US, ne serait-ce que dans le cadre d'une politique de relance à court terme. Cela représente au passage un coût bien inférieur au hold up réalisé par les banques. Le fait que cela soit discuté beaucoup plus âprement que pour les banques est une pièce de plus (superfétatoire, certes) à mettre au dossier du biais pro-banque du commentariat économique américain (ou pro General Electric by the way, actionnaire majoritaire de NBC et MSNBC qui se retrouve comme par hasard aidé par le gouvernement - investir dans une chaîne de télé est une pochette surprise, on ne sait jamais combien ça va rapporter mais dans un contexte où le lobbying et l'influence se mettent à être rétribués directement par du cash, c'était clairement une bonne idée).
Les constructeurs automobiles apparaîssent comme les ploucs de service qui n'ont pas eu le bon goût d'avoir acheté des chaînes de télé pendant les années fastes pour permettre aux élites de se trouver belles en leur mirroir. Il faut bien dire qu'ils ne l'ont pas fait parce qu'ils étaient fauchés. S'ils avaient gagné de l'argent, vous pouvez être sûr que les médias auraient réussi à trouver du "glam" et des dirigeants "stellaires", même à Detroit.
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