jeudi 8 octobre 2009

Post-It (1)

La cocaïne dans la finance fait l'objet d'un article long et très fouillé sur Bloomberg qui est un peu inquiétant. Le blogo avait posé la question plus largement ici en remarquant que sur les 5 pays les plus consommateurs, 4 avaient été à la base de la bulle du crédit (et avaient donc un secteur financier plus hypertrophié). Les deux premiers sont les US et le UK. Cette consommation peut-elle avoir un impact sur les marchés? (en tout cas en ce moment, c'est sûr! :-) )

L'Australie relève les taux. Première banque centrale du G20 dans un contexte de chômage en baisse (sur un mois en tout cas).

Le crédit à la consommation toujours en forte baisse aux Etats-Unis. Le deleveraging continue pour les consommateurs.

Blogs up - MSM down

J'ai commencé à lire Talking Points Memo il y a 6 ans. Hier, ils viennent de se voir attribuer un siège dans la salle des briefings de la maison blanche. C'est clairement un signe de notabilisation ce qui pose la question de ce que doit être l'objectif ultime d'un blog. Entrer dans l'Establishment et perdre probablement un peu de liberté de manoeuvre ou bien rester en marge pour garder sa liberté de ton? La vérité est sans doute qu'il y a de la place pour tout le monde.

En tout cas, on se dit que les temps changent. Voici le post qui célèbre leur entrée dans la "briefing room":

The Eagle Has Landed

TPM makes its first appearance in the White House briefing room

image content

Au fond à gauche, un notable de base qui est plus familier de ce genre de contexte: Chuck Todd de NBC. Ce dernier est régulièrement étrillé par Greenwald ou Scahill pour son journalisme "toothless" qui ne fait jamais de mal à l'administration. L'occasion de suggérer à nouveau aux lecteurs anglophones qui ne l'ont pas encore fait de regarder le speech de Steven Colbert au White House Correspondents' dinner de 2006: un morceau d'anthologie. Il prend de front cette petite troupe en lui reprochant ses errements (très nombreux) et son manque de courage généralisé sous l'administration Bush.

mercredi 7 octobre 2009

Obama n'a jamais livré bataille contre les lobbyists

Frank Rich nous explique à quel point Obama a renié ses promesses de campagne au sujet de l'accès limité qu'auraient supposément les lobbyists à sa Maison Blanche. C'est très visible dans la réforme du système santé pour laquelle Obama avait spécifiquement promis des négociations avec les assurances et Big Pharma "en plein jour, sur CSPAN". Las. Les négociations ont évidemment fait l'objet de "back room dealings" et on n'a pas vu grand chose sur CSPAN.

Rich s'appuie notamment sur deux articles du Wapo à la gloire de ces power-brokers de l'ombre (relative), plus puissants que jamais. Il ajoute que si ces personnages étaient des actions, il les "shorterait" en raison du retour de bâton qu'il estime inévitable. Ce dernier ne pourra se concrétiser que si le pays s'effondre comme cela été évité jusqu'à maintenant. Pour combien de temps?

C'est l'idée de base du blogo: "ce n'est pas une crise économique, mais une crise politique (qui a des manifestations économiques)". Donc tant qu'on n'aura pas changé les structures politiques faillies qui ont permis cette crise (en premier lieu le financement des campagnes), le pays ne pourra pas vraiment repartir. Les américains doivent se réapproprier leur système politique qui est aujourd'hui sous le contrôle exclusif d'intérêts coporatistes*.

Obama pendant la campagne: I intend to tell the corporate lobbyists that their days of setting the agenda in Washington are over.” Absolument risible.

Amusant(extrait de l'oped): “There is something uniquely depressing about the fact that the National Portrait Gallery’s version of the Barack Obama ‘Hope’ poster previously belonged to a pair of lobbyists.” That’s no joke: It was donated by Tony and Heather Podesta.

* Nous en sommes à des années lumières. Quelle que soit la sévérité de la crise, ce processus de remise en cause du système politique va prendre des années. La politique est associée à l'argent d'une manière complètement automatique dans l'esprit des américains. Si vous annoncez que vous vous présentez quelque part, on va vous demander quel est votre budget plutôt que vos idées. La jurisprudence (en voie d'élargissement - un cas important va se décider bientôt) qui protège le rôle de l'argent en politique se base sur le premier amendement et la "freedom of speech". As American as Apple Pie! Même si c'est fallacieux et que les américains ont fait ces derniers temps peu de cas des garanties constitutionnelles en général, cela montre que ce système s'est construit une légitimité. Beaucoup d'américains ont identifié le financement de la politique comme un énorme problème mais les solutions éventuelles n'en sont même pas au stade de la formulation. "Long, hard slog" en perspective (c'est le commentaire que Rumsfeld avait fait sur l'Irak en octobre 2003).

GS fait ce qu'il lui plaît

De Simon Johnson (of BCL fame) dans "Baseline Scenario":

At the height of the financial panic last fall Goldman Sachs became a bank holding company, which enabled it to borrow directly from the Federal Reserve. It also became subject to supervision by the Federal Reserve Board (with the NY Fed on point) – hence the brouhaha over Steven Friedman’s shareholdings.

Goldman is also currently engaged in private equity investments in nonfinancial firms around the world, as seen for example in its recent deal with Geely Automotive Holdings in China (People’s Daily; CNBC). US banks or bank holding companies would not generally be allowed to undertake such transactions - in fact, it is annoyed bankers who have asked me to take this up.

Would someone from the NY Fed kindly explain the precise nature of the waiver that has been granted to Goldman so that it can operate in this fashion? If this is temporary, is it envisaged that Goldman will cease being a bank holding company, or that it will divest itself shortly of activities not usually allowed (and with good reason) by banks? Or will all bank holding companies be allowed to expand on the same basis. (The relevant rules appear to be here in general and here specifically; do tell me what I am missing.)

?????????????

L'or à $1045. Comme le savent les lecteurs assidus, je compte sur la hausse de l'or. Plus précisément, je pense à investir dans l'or depuis fin 2006/début 2007 et je suis passé à l'acte en août 2007 dès qu'il est devenu clair que, cette fois, la crise avait commencé. L'or était à $660.

L'or a monté de $25 en 4 heures aujourd'hui (je ne me souviens pas avoir jamais vu ça dans les deux dernières années). J'ai entendu sur BFM que la raison en était une conspiration (ça existerait donc!) regroupant Japon, Russie, France, Chine et des pays du golfe visant à ce qu'à échéance 2018, le pétrole soit échangé dans une monnaie qui ne soit pas le dollar, possiblement basé sur l'or. L'article est de Robert Fisk, un journaliste dont j'ai beaucoup apprécié la couverture de la guerre en Irak mais auquel je ne connaissais pas d'inclination pour l'économie. Il travaille pour The Independent, journal marqué à gauche britannique.

Je ne sais pas quoi en penser pour l'instant. Rien ne m'a sauté aux yeux sur bbg à ce sujet. Je n'ai pas encore fait le tour des blogs alternatifs. J'ai vu l'article de The Independent repris sur le site de Businessweek ce qui n'arrive pas tous les jours.

L'idée est vieille comme le monde (enfin presque): contournons le dollar et supprimons le privilège exorbitant. Les américains bombent le torse en permanence en disant: si vous faites, ça vos réserves vont baisser et vous allez y perdre (surtout aux chinois) donc personne n'osera jamais et nous sommes les patrons forever and ever... (ahahahahahahah! - je brode un peu sur le rire sardonique mais c'est pour rendre le blog vivant)

Cela aurait pu se passer à n'importe quel moment depuis la fin de l'étalon or. La situation du dollar ne tient aujourd'hui que par la force de l'habitude (nos cerveaux sont, comme l'a déjà dénoncé le blogo, le dernier refuge de la puissance américaine qui n'a plus réellement de fondements objectifs après cette crise. Les mythes de l'ultraperformance et de l'ultracompétence ont été révélés pour ce qu'ils étaient: des mythes).

Cette initiative, si elle s'avérait vraie, serait une bonne nouvelle. L'empire américain est à bout de souffle. Il est corrompu à un niveau qui ne lui permet plus d'assurer un leadership efficace. En revanche, le changement ne peut-être attendu des Etats-Unis eux-mêmes. Il doit arriver, comme le répète le blogo depuis le début (un an de blogo hier), par la coordination multilatérale des puissances périphériques de l'empire. Des Etats-Unis dégrisés pourront alors prendre toute leur place mais rien que leur place dans la communauté des nations/ensembles multinationaux.

En est-on là? Franchement, je n'arrive pas à y croire. L'idée de négociation entre Russie, Chine et des pays du golfe me semble possible mais l'idée que la France en fasse partie me surprend un peu. Pourquoi la France et pas d'autres pays européens? Il faudrait au moins que la France représente d'autres pays.

Bref, la nuit porte conseil (et surtout permet de consulter une floppée de nouveaux articles au réveil).

Note: La recherche " Fisk" (l'auteur de l'article) sur Bloomberg ne donne rien. Mais je ne sais pas si cela donne ou si cela enlève de la crédibilité à la rumeur selon laquelle cet article a eu cet impact retentissant sur le cours de l'or (et pourquoi n'a-t-il pas plus envoyé le dollar à la casse d'ailleurs?). Je penche pour "enlève". Il est en tout cas référencé sans commentaire sur The Big Picture. J'ai l'impression que personne ne se mouille (à part BFM!).

Un vent mauvais...

La semaine dernière un contributeur de "Newsmax" (droite/droite dure) suggérait un coup d'Etat militaire contre Obama en raison de sa supposée indécision en Afghanistan. La virulence des propos était très choquante et le post a été ensuite retiré du site (TPM has the goods).

Aujourd'hui, le National Republican Congressional Committee a ça à dire sur Nancy Pelosi (présidente de la house of representatives):

If Nancy Pelosi's failed economic policies are any indicator of the effect she may have on Afghanistan, taxpayers can only hope McChrystal is able to put her in her place.


Problème: McChrystal est un Général. Il s'est lancé dans une épreuve de force avec Obama que je trouve à la limite de la défiance. Le site où j'ai trouvé la citation semble s'inquiéter du sexisme de la déclaration mais je crois qu'ils ratent le point. Ce qui me choque est la constestation de la subordination du militaire au politique (ambiance: républicains + militaires > majorité démocrate).

Il y a un raidissement important de certains militaires face aux politiques sur l'Afghanistan en ce moment. Devant une telle défiance, si Obama ne les remplace pas (même pour faire appliquer leurs recommandations par d'autres) son pouvoir va être significativement affaibli.

mardi 6 octobre 2009

Martin Wolf veut refonder la finance mondiale

En dépit de ce qu'on entend dans la presse économique (qui se remet à ronronner dès que la bourse est en hausse sauf en l'occurrence le Financial Times - more power to them), la refonte du système financier international est absolument incontournable. On s'en apercevra bien assez tôt. Martin Wolf met les pieds dans le plat avec un article qui propose de remettre sur la table les fondamentaux de la finance. Rien de moins. (article signalé par "Hubris Kills")

Une chose est sûre, nos politiques ont montré qu'ils n'entreprendront de telles réformes qu'en dernier ressort, quand ils y seront contraints et forcés. Pour l’instant, ils ont choisi la solution la plus favorable au système bancaire ancien (sous la pression des banques, surtout aux Etats-Unis) en relâchant toutes les contraintes qui pesaient sur lui (y compris comptables… Can it get crazier than that ?). L'Etat fait désormais compte commun avec le système bancaire. L'imbrication est désormais totale créant une source intarissable de conflits d'intérêts en tout genre. La charge ne pèse pas sur le contribuable mais sur la dette qu'on postule illimitée. Cette situation ne peut pas durer.

Cette tentative du pouvoir politique de créer de manière volontariste à cette échelle une réalité économique factice n’a sans doute pas de précédents dans l’histoire à part peut-être dans le bloc soviétique. Pour l’instant ça marche du point de vue de l’indicateur vedette : le Dow Jones (imaginez qu’on ait dû passer par une phase de restructuration où la valeur de marché des banques aurait été à zéro quelques temps… c’est ce qui se dessinait en mars 2009 avant la modification des règles comptables).

Alors pour l’instant, Martin Wolf ne sera pas écouté et son article est un exercice de style. Gardons-le néanmoins sous le coude, il pourrait être utile dans un avenir proche.

En teaser, extrait d'un guest-Post de Naked Capitalism (que je recommande également) sur l'article de Martin Wolf (il fallait oser l'analogie Martin Wolf/Michael Moore):

If you belong to those who believe that the debate on how to fix finance is mightily underwhelming when compared to the latter’s monumental failure, then I suggest reading Martin Wolf’s latest column in the Financial Times.

Wolf essentially trashes the financial system and the remedial actions taken thus far, Michael Moore-style.

Post-It (1)

Premier déclin de la bourse pendant deux semaines d'affilées depuis juillet. Cette fois-ci, il est possible qu'on ait atteint le pic pour pas mal de temps (prédiction faite à tort à maintes reprises à peu près partout, ici aussi, depuis le mois de mars!). Le dollar rasséréné par le G7 et le chômage atteint 9,8% aux Etats-Unis.

Le sénateur Warner engage GS à se préoccuper de l'affichage quand ils annonceront leur bonus. “I do hope that Goldman Sachs will be a little more sensitive to the optics of their actions,”. Si même les bonus de GS sont bidonnés, je me demande bien en quoi on va pouvoir croire...

Le FMI baisse de $4 trillions à $3,4 trillions l'estimation des pertes encourues par les banques à cause de la crise. Je pense que ces estimations doivent être basées sur du mark to market et pas des modèles car le rebond suit de trop près les évolutions de marché. Savoir où sont les pertes et les déterminer quand tant d'efforts sont déployés pour masquer la vérité (rappelons-nous que le rally a commencé à l'annonce d'un changement de règles comptables...) est un exercice très difficile. Toutefois, on peut quand même s'étonner des pertes estimées pour l'Europe ($800 milliards, presque autant qu'aux Etats-Unis $1,02 trillions). Eux, au moins, se sont fait plaisir avec une croissance "feu de paille" pendant des années. En Europe, (à part UK, Irlande et Espagne), on ne se prend que les paumes. Va falloir faire attention à ne pas se faire inviter à dîner par Thierry Lhermitte. Il n'y pas que les chinois qui ont financé les américains.

RGE Monitor: Data released by the IMF, confirms that reserve accumulation restarted in Q2 2009, with global reserves rebounding to US$6.8 trillion, from US$6.48 trillion at the end of Q1 2009. Qui fait des réserves? Majoritairement la Chine. Et simultanément un plan de relance.

lundi 5 octobre 2009

The rise of Zero Hedge

Un article de NY Magazine très critique sur le nouveau blog qui sème le trouble sur la planète finance: Zero Hedge. Il est très souvent cité dans les blogs financiers. Son succès a été totalement fulgurant (il a débuté au printemps dernier). Le blog est parsemé de références au film "Fight Club". Irrévérencieux, défiant, goguenard, courageux: tout ce que la presse financière spécialisée est structurellement incapable de produire. A brave new world! Beaucoup de posts sont incompréhensibles si vous ne connaissez pas la spécialité financière spécifiquement discutée.

Zero Hedge s'intéresse beaucoup au coeur du réacteur nucléaire de l'économie américaine: les enchères de bons du trésor. C'est clairement un des points névralgiques de l'économie par lequel le scandale pourrait arriver. En même temps, les "auctions" sont monitorés comme le lait sur le feu et on peut considérer qu'à cause de cela, le système cassera ailleurs, à un endroit où on ne s'y attend pas. Troubles sociaux (quel effet sur les investisseurs d'émeutes comme en 1994?)? L'opération militaire de trop? Catastrophe naturelle comme Katrina? Pour les auctions en tout cas, Zero Hedge est un "one-stop shop".

Le NYT n'a pas changé

C'était le branle-bas de combat hier dans la presse. "L'Iran est capable de construire la bombe!" C'est la phrase que j'ai entendue texto sur BFM. J'ai bien évidemment été terrorisé, surtout quand j'ai appris que l'info venait du NYT! J'ai quand même terminé mon croissant mais le coeur n'y était plus vraiment...

En vérité, le bullshit détecteur du Blogo était dans le rouge et... et... et... Bingo! (le BSD est très fiable dans le nouveau contexte post Qom, c'est du pilotage automatique)

Il se trouve que l'article sensationnaliste du NYT était une pure fabrication, basée sur du vent, digne de la grande époque de Judith Miller (Broad et Sanger, les auteurs, travaillaient d'ailleurs avec elle). L'article sort au moment idoine pour contrebalancer la bonne nouvelle de la conférence de jeudi. Je n'irai pas pleurer sur la tombe du NYT (je crois que je l'ai déjà dit mais c'est juste au cas où quelqu'un n'aurait pas compris).

J'ai aussi vu cette info trôner en première place de "Google Actualités" une bonne partie de la journée avec un lien "Figaro" et on m'a dit qu'elle était sur le site du Monde. Pourquoi BFM et d'autres médias français s'embarrassent-ils de ce que raconte la gray lady? Elle a perdu sa vertu en 2003 et ne la retrouvera plus. J'offre aux journalistes français un stage gratuit de debunkage de l'info en provenance d'Outre-Atlantique sur El Blogo (une semaine de lecture assidue devrait suffire: c'est assez straightforward et répétitif).

Greenwald avec les deux liens qui vous en diront plus:

"the latest flagrantly fear-mongering, irresponsible, Saddam's-shopping-for-yellowcake piece from The New York Times' new Judy Miller/Michael Gordon team, causing that paper to reprise its 2002 role in leading the beating of war drums"

Toujour Greenwald avec quelque chose qui, il faut bien le reconnaître, n'arrivait pas sous Bush (alors ça, vraiment, c'est inédit...):

UPDATE: Obama's National Security Adviser, retired Marine Gen. James Jones, denies The New York Times' report that Iran's nuclear program is more advanced than previously believed; stands by the 2007 NIE conclusion that Iran ceased work on a nuclear weapons program back in 2003; and affirms that, as part of the ongoing negotiations, "Iran has taken positive steps," steps he deems "very significant." There are certainly some factions inside the U.S. Government eager for a confrontation with Iran (the ones feeding David Sanger and William Broad their NYT script), but there are also significant figures in the administration who realize what a disaster such a confrontation would be for the U.S.

Il faut huiler la machine, là. Ca ne marche plus du tout!
(Traditionnellement, les officiels fuitaient de la propagande mensongère dans le NYT et ils allaient à la télé pour y citer... la propagande mensongère du NYT qu'ils avaient fuitée. Yep. I seen 'em do it! C'était le bon temps. Là, j'ai l'impression que c'est très très petits bras...)

Note 1: Puis-je demander aux médias français de consacrer demain aux dénégations de Jim Jones le même temps qu'ils ont consacré à Sanger et Broad? Je pressens qu'ils ne le feront pas alors vous savez quoi? Et bien je n'irai pas pleurer sur leurs tombes (je l'ai déjà dit?).

Note 2: Je ne linke pas l'article du NYT car je ne veux rien avoir à faire avec cette chose. Vous le trouverez sans difficulté.

L'occasion en tout cas d'écouter ça:

dimanche 4 octobre 2009

Les choses changeraient-elles?

Si on entend ça sur CBS News, c'est que les choses s'améliorent (le journaliste critique un article d'un journal canadien qui a fait des "unsubstantiated claims" sur l'Iran):

The article, however, offers nothing to corroborate Webb's claims and reports them without even a hint of skepticism . . . . But skepticism is merited. The government claims and breathless media reporting -- without adequate evidence -- that Iran is a grave and looming threat is reminiscent of the same claims and media coverage in the lead-up to the U.S. invasion of Iraq, as several commentators have pointed out. Remember Saddam Hussein's horde of yellowcake uranium?

“In 2002, it seemed utterly naïve to believe Saddam didn’t have a program,” Columbia University Iran expert Gary Sick told the New York Times in an article analyzing those parallels. The article continues: "Now the notion that Iran is not racing to build a bomb is similarly excluded from serious discussion, he said."

(Via Glenn Greenwald)

Le journaliste (Ken Millstone) cite ensuite Glenn Greenwald. Difficile de surestimer l'impact qu'a Greenwald dans le paysage médiatique. Plus personne ne peut l'ignorer. Voici l'article de Gary Sick que j'avais référencé la semaine dernière. Go Gary!

Sondages: la méfiance est bonne conseillère

Cela conforte mon scepticisme généralisé en matière "sondagière".

1929?

J'ai récemment pris des précautions oratoires en émettant l'hypothèse que 2008=1929. Ca n'était sans doute pas nécessaire vu les chiffres de l'emploi.

El Blogo râle depuis le début (bientôt un an!) sur la sous-estimation des chiffres du chômage. La ligne en pointillée montre des estimations de révisions du chiffre qui laissent apparaître 8 millions de chômeurs au lieu des 7,2 millions annoncés officiellement depuis décembre 2007 (date officielle du début de la récession). La comparaison avec d'autres récessions ne nécessitent pas vraiment de commentaires. (via Calculated Risks)(Cliquez pour agrandir)

samedi 3 octobre 2009

Comment les "Senior Administration Officials" menacent la démocratie

Le débat avant la guerre en Irak a été alimenté de manière massive par des déclarations anonymes provenant de "Senior Administration Officials". Sous couvert d'anonymat, des officiels américains ont pu diffuser tous les mensonges les plus ahurissants sur l'Irak sans jamais en endosser la responsabilité.

Ce type de désinformation est extrêmement toxique pour la démocratie. Elle exige qu'un "press corps" complice marche dans la combine. Il est détestable qu'on puisse conférer à un discours la force d'un discours officiel sans que personne n'en réponde en cas de mensonge. Talk about "accountability"!

A nouveau, sur Qom, les "senior administration officials" le disputent aux "senior White House officials". Ce discours sans responsabilité pour nos dirigeants est inacceptable (je n'ai pas d'exemple spécifique mais j'imagine que la France n'est pas épargnée).

Messieurs les journalistes: soit votre source officielle est prête à mettre sa tête sur le billot pour son information, soit vous ne devez en aucune façon la qualifier d' "officielle". Une "source officielle anonyme" est un oxymoron, ça n'existe pas. Les citer en permanence crée un climat détestable d'irresponsabilité des dirigeants qui est favorable à la diffusion de rumeurs inexactes dans le but de déclencher des guerres d'agression sur des bases mensongères. Who would want that? Alors s'il vous plaît: Stop! (in the name of love).

Le débat sur l'illégalité de Qom (suite)

Rappel (Previously on: "Débat sur l'illégalité de Qom"): Scott Ritter dit qu'Obama est "technically and legally wrong" en déclarant que l'Iran n'a pas respecté ses engagements sur Qom. James Acton et El Baradei disent que l'Iran est en infraction. Le reste de la planète se satisfait sans broncher des éructations* du trio Brown-Obama-Sarkozy à l'exception également notable de Gareth Porter qui semble déterminé à aller "to the bottom of it".

Il a publié un nouvel article qui fait le point et qui dit que de nouveaux éléments font pencher la balance vers l'absence d'infraction iranienne.

Les iraniens ont notamment déclaré avoir commencé les travaux sur ce site à des fins d'enrichissement en 2008. Si c'est vrai, cela coupe l'herbe sous le pied des "senior administration officials" qui disaient dans la presse que la construction de ce site (dans l'idée d'en faire un site du programme nucléaire) avait commencé avant mars 2007, date à laquelle l'Iran se disait contrainte par le "supplementary agreement". L'administration américaine refuse de son côté de répondre à la question du moment précis auquel elle évalue que la construction "à but nucléaire" a commencé.

Porter cite également le commentaire d'un responsable de l'AIEA de mars 2009, Johan Rautenbach, concernant la question de la légalité du retrait unilatéral de l'Iran du Supplementary Agreement en mars 2007. Le fait que cette évaluation date d'une période où le sujet n'était pas au coeur de la fournaise de l'actualité politique la rend évidemment extrêmement intéressante. A n'en pas douter, son discours serait plus contraint aujourd'hui:

In March 2009, the director of the IAEA Office of Legal Affairs, Johan Rautenbach, called Iran's reversion to implementation of the earlier version of the Code 3.1 "inconsistent with its obligations under the Subsidiary Arrangements".

But he went on to say that it was "difficult to conclude that providing information in accordance with the earlier formulation in itself constitutes non-compliance with, or a breach of, the Safeguards Agreement as such."

The Safeguards Agreement itself clearly forbids unilateral "modification" of a Subsidiary Arrangement, but it says nothing about withdrawal from such an agreement, which is what Iran is asserting it did in March 2007.

The distinction between "modification" and "withdrawal" from provisions of an international agreement is well established in the Vienna Convention on the Law of Treaties.

Unilateral withdrawal is permitted under that Convention, provided that the provision in question is separable from the remainder of the agreement, is not the essential basis of consent by the other party and continued performance of the remainder of the agreement would not be "unjust".

The head of the IAEA Legal Department appears to have accepted that those three conditions applied to the case of Iran's "Modified Code 3.1" agreement.

Porter dit aussi:
Although it has remained unreported in the news media, however, Iran has a legal case that it has remained in compliance with its Safeguards Agreement.

Pourquoi les médias du monde entier ne sont pas tous braqués sur la solidité des déclarations Brown-Obama-Sarkozy? Ca dépasse l'entendement.

Pour ceux qui veulent les épisodes précédents:
Episode 1
Episode 2

* Je dis "éructations" car j'estime désormais clair, non pas que l'Iran a respecté ses engagements, mais qu'il existe un débat juridique assez substantiel pour que les formules péremptoires comme celles utilisées lors du G20 soient considérées comme excessives. D'où le choix du terme "éructation".

Post perdu

Je croyais avoir posté cette vidéo en début de semaine mais je ne la retrouve pas sur le blog. C'est Glenn Greenwald face à Arianna Huffington et d'autres sur l'Iran. Noter les images de missiles quand Greenwald s'exprime.Des lecteurs se souviennent-ils de ce post? J'ai dû l'effacer par erreur... Par principe je n'efface jamais de posts. J'ai l'impression que c'est une règle non-écrite que respectent tous les bloggers que je consulte.

vendredi 2 octobre 2009

Atrios parle d'or...

Atrios:
I do think a fundamental issue that isn't being grappled with is that our banking system failed completely in its purpose of allocating credit efficiently. Propping up that failed system in the short term may have been necessary, but longer term that failure needs to be addressed.

L'idée selon laquelle nous sommes remontés sur notre cheval en abolissant la réalité économique dans laquelle évolue les banques est complètement fascinante. Il fallait refonder le système financier. L'occasion est passée jusqu'à la prochaine rechute. Il a fallu 4 ans pour que les Etats-Unis se mettent dans un mode réformateur dans les années 30. Si on supposait que septembre 2008 = octobre 1929 et que les deux crises vont suivre un cours similaire, les réformes durables ne commenceraient qu'en 2012.

Dollars are forever (2)

Geithner toujours. Décidément ça ne va pas de soi car il en parle beaucoup! Hier:

"A strong dollar is very important to this country, I mean that, and it's very important that people recognize it,"

Questions have been raised about whether the world will be willing to keep financing huge American debts forever or whether they might seek an alternate reserve currency.

"It does bring special responsibilities and burdens on the United States and it's very important that we make not just Americans but make the world understand that we are going to go back to living within our means," he said. (NDLR: zero burden, zero responsibility)

Geithner added, "And we are going to make sure that our independent Federal Reserve keeps inflation low and stable over time...and we are going to run fiscal policy in this country consistent with that basic objective of going back to living within our means." (NDLR: my ass!)

"There was a long period where monetary policy around the world was very, very loose and accommodative," Geithner said, adding that allowed risk-taking to become excessive.

"You had a huge boom in wealth outside the United States and that money was looking for a home and it created huge demand progressively for what proved to be very risk types of financial assets," Geithner said, adding that government "failed the test" of preventing the buildup in risk. (NDLR: Pourquoi es-tu toujours là? Pauvre abruti...)

Tic tac, tic tac...
Note: via Naked Capitalisme qui titre le post "Talk will only get you so far". Indeed.

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir)

"Wipe Israel of the map"

"Rayer Israël de la carte." Combien de fois avez-vous entendu cette expression ces dernières années? Les barbus de Téhéran seraient arc-boutés sur cette idée et feraient "tourner leurs centrifugeuses" dans le but ultime de faire une bombe, de l'envoyer immédiatement sur Tel Aviv pour voir leur pays réduit en cendres en retour. Voilà un plan machiavélique digne d'un personnage de Tex Avery. Il paraît que les américains à une époque s'opposaient à ce que les chinois possèdent la bombe car ils considéraient qu'ils n'étaient "pas rationnels". Racisme ordinaire.*

Le problème, c'est qu'Ahmadinejad n'a littéralement pas dit qu'il voulait "rayer Israël de la carte". C'est un idiome qui n'existe pas en persan. Juan Cole, qui parle le farsi, a "débunké" cette histoire il y a longtemps. Je reproduis la version courte de l'explication qu'il a écrite hier dans le cadre de "10 idées reçues sur l'Iran" que je vous recommande (sauf si vous préférez garder vos idées reçues). Il avait fourni une explication plus approfondie ici.

Belief: Iran has threatened to attack Israel militarily and to "wipe it off the map."

Reality: No Iranian leader in the executive has threatened an aggressive act of war on Israel, since this would contradict the doctrine of 'no first strike' to which the country has adhered. The Iranian president has explicitly said that Iran is not a threat to any country, including Israel.

Belief: But didn't President Mahmoud Ahmadinejad threaten to 'wipe Israel off the map?'

Reality: President Mahmoud Ahmadinejad did quote Ayatollah Khomeini to the effect that "this Occupation regime over Jerusalem must vanish from the page of time" (in rezhim-e eshghalgar-i Qods bayad as safheh-e ruzgar mahv shavad). This was not a pledge to roll tanks and invade or to launch missiles, however. It is the expression of a hope that the regime will collapse, just as the Soviet Union did. It is not a threat to kill anyone at all.

On se focalise également sur cette phrase mal traduite alors que d'autres déclarations plus modérées ne sont jamais mises en avant. Ahmadinejad n'est de plus pas commandant en chef des armées et son pouvoir est généralement beaucoup plus limité que ne le laisserait penser son statut de "Saddam Hussein bis" dans la psyché occidentale.

Alors Amahdinejad joue effectivement avec le feu en faisant du révisionnisme (bien qu'il ait mis de l'eau dans son vin récemment lors de son passage à New York avec Katie Couric puis Charlie Rose). On dit aussi que son discours à l'ONU était antisémite (je ne l'ai pas lu). C'est inexcusable. Je ne sais pas quels calculs politiques se cache derrière ces prises de positions outrancières. Cela ne peut cependant pas justifier le bombardement d'un pays. Les protestations et l'isolation de l'Iran semblent être des réactions appropriées. Ahmadinejad n'écrit pas nos livres d'histoire. Et quand bien même on intègrerait cela à un plaidoyer pour le bombardement, il faut quand même se rappeler que le peuple iranien vient de passer à deux doigts de se débarrasser de cet homme et qu'ils y parviendront sans doute aux prochaines élections. Justifier en partie le bombardement de l'Iran à cause des positions d'un dirigeant contesté et au pouvoir limité est complètement délirant.

Note: A part cela, El Baradei dit que l'Iran est en infraction à ses obligations avec la non déclaration de la centrale de Qom dès la décision de construire (question qui n'intéresse que le blogo). Il dit en revanche qu'il n'y a pas de preuve tangible d'un programme nucléaire militaire en Iran.

* (Sur le racisme ordinaire que constitue la notion que certains peuples seraient dangereux avec la bombe.) Comprenez-moi bien: plus le club nucléaire est petit, mieux on se porte. Je ne vais pas dire le contraire. Mais considérer que des cultures ou des races feraient n'importe quoi avec la bombe... Essayons déjà, pour ceux qui l'ont, de ne pas faire n'importe quoi avec avant de la ramener (cf la crise de Cuba).