mardi 26 janvier 2010

Incroyable

La FED de New York demande à ce que soit donné à des aspects du sauvetage d'AIG le statut de secret d'Etat ou quelque chose d'approchant. Toujour plus fort!

Barry Ritholtz de "The Big Picture" est sur le coup (reproduction d'une grande partie de ce post):

This has to be the most outrageous headline I’ve read since whatever the last headline was that made me apoplectic:

SEC mulled national security status for AIG details

In a little noticed story over the weekend, Reuters has discovered that the New York Federal Reserve want to invoke national Security rules to keep the details of the bailout a secret.

It reveals the degree to which the NY Fed was a) In a state of sheer Panic; b) Captured by the banks they regulate; and c) Failed to understand the basic premise of Democracy.

"Legislating from the bench"

La Cour Suprême a de fait supprimé les quelques limites qui restreignaient le rôle des sociétés dans le financement des élections américaines au nom de la liberté d'expression. J'ai déjà cité le Wall Street Journal qui s'en réjouissait dans un éditorial. Le reste des réactions est plutôt similaire à celle du NYT:

With a single, disastrous 5-to-4 ruling, the Supreme Court has thrust politics back to the robber-baron era of the 19th century. Disingenuously waving the flag of the First Amendment, the court’s conservative majority has paved the way for corporations to use their vast treasuries to overwhelm elections and intimidate elected officials into doing their bidding.

Enfin, même si tout le monde est horrifié, le mal est fait. Curiosité: Glenn Greenwald donne une opinion de juriste qui n'est pas défavorable au jugement rendu. Même s'il regrette les effets prévisibles de la décision. Il dit que de toute façon, cela ne change rien au problème car le contrôle est déjà total (thèse du blogo). J'aurais préféré qu'il nous renseigne sur les modifications à apporter à la constitution pour sortir de ce piège. Ca n'est pas la première fois que Greenwald me surprend, toujours au nom d'une application stricte du droit. On a du mal à penser que l'esprit de la constitution américaine était de livrer la populace pieds et poings liés aux intérêts corporatistes. Anyway. Une des problématiques est: le "free speech" s'applique-t-il aux sociétés? Et les autres protections constitutionnelles? C'est un sujet complexe mais le problème ici est que le résultat est inacceptable. Alors si le jugement est fidèle à la constitution, c'est cette dernière qu'il convient de changer (pas facile). Quand on voit que la décision a été à 5 contre 4, on voit bien qu'on est plutôt dans la capture idéologique que dans l'interprétation "pieds et poings liés" de la constitution. Selon certains commentateurs, c'est un cas de "legislating from the bench" soit utiliser le pouvoir de la Cour Suprême à des fins législatives.

Plus sur ce sujet dans le Daily Kos avec cette illustration:

Les démocrates en résumé

Le blocage politique américain se traduit dans les faits par l'impotence démocrate. Les républicains font ce qu'ils veulent sur les guerres, les tax cuts, les atteintes à la constitution et les démocrates ne peuvent jamais renverser la vapeur. Les républicains n'ont besoin que d'une majorité simple pour mettre en oeuvre leur programme alors que les démocrates sont considérés comme perdus s'ils n'ont pas une super majorité de 60 sénateurs.

Pourquoi? A cause du rôle de l'argent en politique qui fait que quel que soit le nombre de démocrates élus, un nombre suffisant d'entre eux sera corrompu pour que toutes les réformes mises en oeuvre soient compatibles avec les intérêts de Corporate America. Ceux-ci étant en gros plus en phase avec les républicains qu'avec les démocrates, la capture par les grands groupes du système politique se traduit en pratique par l'impotence démocrate, quel que soit leurs succès électoraux.

Voilà en gros ce qu'El Blogo explique laborieusement à longueur de posts résumé efficacement en une minute:

lundi 25 janvier 2010

Bonne nouvelle en Iran

Les lecteurs du Blogo savent que, fort de l'expérience irakienne, El Blogo leur suggère de faire montre de la plus grande vigilance sur toutes les informations touchant à l'Iran. La radicalité du mensonge sur les WMDs irakiennes fait qu'aujourd'hui les Etats-Unis ont un problème de crédibilité quand ils font des déclarations sur la dangerosité des pays qui leur sont hostiles. Les citoyens responsables ne peuvent se contenter de battre le rythme quand ils entendent de plus en plus nettement les tambours de la guerre. Pas après l'invasion de l'Irak.

A la mi-décembre, le Times de Londres (une publication qui s'était déjà distinguée par sa propagande pro-guerre en 2003) a produit un document supposément d'origine iranienne sur la production de détonateurs d'armes nucléaires qui était selon toute probabilité un faux. Il avait alors fait son petit tour de piste dans les médias occidentaux (comme il est coutumier) avec évidemment aucun rectificatif quand le document a été plus tard discrédité. Standard Operating Procedure (le NYT en avait fait état largement mais très prudemment).

J'avais donc peur que l'affaire iranienne ne se présente comme l'Irak avec des éléments mensongers et/ou exagérés mis en avant par les occidentaux et qui n'emportent finalement jamais la conviction du citoyen attentif et de bonne foi. Je craignais des éructations occidentales jamais décisives et de plus en plus virulentes qui auraient pu ressembler à ce genre de chose:

Hans Blix:

"We got tips not only from the UK but from other intelligence, the US as well, so perhaps some 100 all in all.

"We had time to go to about three dozen of these sites and in no case did we find any weapons of mass destruction."

He added: "We said if this is the best (intelligence), then what is the rest? Doubts arose from that."

Les occidentaux vont rapidement se retrouver dans une situation similaire en Iran. Sur quoi les iraniens sont-ils en infraction et acceptent-ils ou non que cela soit contrôlé? Si les iraniens acceptent que leurs installations soient contrôlées comme récemment avec le site de Qom, comment les occidentaux vont-ils trouver un casus belli? Si le programme nucléaire militaire supposé n'est qu'un prétexte au changement de régime et à la destruction de l'Iran comme puissance régionale, vont-ils être obligés de faire ce qui avait été décrit dans le "Downing Street Memo" au sujet de la guerre en Irak comme "The intelligence and facts were being fixed around the policy". (Les faits et le renseignement étaient manipulés pour coller à la politique [de "regime change"].)

Le Blogo voulait donc éviter à ses lecteurs d'être à nouveau roulés dans la farine le cas échéant. Et bien la bonne nouvelle, puisque c'est le titre du post, c'est que cela n'arrivera pas. D'après Al-Hayat via Haaretz, Sarkozy est sûr de son coup:

According to the report, Sarkozy, who recently met with Lebanese Prime Minister Saad Hariri, reportedly told him that France has proof Iran is working to develop an atomic bomb.

Cette fois-ci donc, "no worries", les preuves existent. J'ai toute confiance dans mon gouvernement pour les sortir le moment venu et contraindre des iraniens honteux à démanteler leurs infrastructures nucléaires militaires illégales ou les détruire par la force s'ils s'y refusaient.

C'est un peu dur de nous faire lanterner et on aimerait bien savoir quelles sont ces preuves et ce que les iraniens vont bien pouvoir trouver à répondre. En même temps, le fait qu'on repousse l'exposition de ces preuves montre que l'on a pu évaluer avec une certitude absolue que ce programme militaire nucléaire n'était pas une menace à très court terme. Nous en connaissons donc non seulement l'existence mais également, de manière certaine, le degré d'avancement. Autant dire que ce programme nucléaire militaire n'a pas de secret pour nous. J'ai hâte de savoir! J'ai hâte de savoir!

Quel soulagement de penser que cette fois-ci, tout sera clair et que je n'aurais aucune réticence à ce qu'on bombarde l'Iran. En effet, le lecteur ne s'en rend peut-être pas compte mais il est un peu pénible d'être toujours le rabat-joie qui n'est jamais content. Cette fois-ci au moins, convaincu par les preuves françaises, je serai "totally on board". Je vais dormir sur mes deux oreilles.

(Pour le lecteur inattentif, il y a une pointe d'ironie dans les trois derniers paragraphes.)

Note: Ce post repose en grande partie sur la supposition que les propos prêtés par Al-Hayat a Sarkozy ont bien été tenus. J'ai cependant l'impression de l'avoir déjà entendu dire des choses approchantes peu avant la révélation par l'Iran de l'existence du site de Qom.
Note 2: Il y avait deux volets dans la propagande pro-guerre en Irak. La menace était grotesquement exagéré mais le coût et les risques de la guerre étaient grotesquement sous-estimés. De même pour l'Iran, il faut faire attention à ce qu'on nous raconte sur la menace mais également sur les conséquence d'une intervention. Si le programme nucléaire existe (je ne sais pas pourquoi je dis "si" après ce qu'a dit Sarkozy...), il est moins évident qu'on ne le dit que les bombardements soient une réponse efficace. Pareillement, les risques de réaction et de réverbérations régionales majeures sont complètement sous-estimés.

vendredi 22 janvier 2010

Ca ne s'invente pas...

J'évoquais récemment la manière dont le "free speech" était le principe constitutionnel utilisé pour justifier des lois de financement de campagne rendant possible le contrôle du système politique par Corporate America. Voici comment le Wall Street Journal évoque l'arrêt de la Cour Suprême qui a rendu encore plus facile l'arrosage du monde politique par les entreprises cette semaine:

Freedom has had its best week in many years. On Tuesday, Massachusetts put a Senate check on a reckless Congress, and yesterday the Supreme Court issued a landmark decision supporting free political speech by overturning some of Congress's more intrusive limits on election spending.

Freedom you can believe in!

L'occasion de renouer avec une autre tradition du blogo, la chanson des années 90:

Madoff, l'homme qui valait $65 milliards. A lui tout seul...

Mother jones demande pourquoi si peu de membres de l'entourage de Madoff sont en prison.

Bernie Madoff swore he'd acted alone when he pleaded guilty to his $65 billion Ponzi scheme. It was a preposterous claim, so why, more than a year later, isn't more of his inner circle behind bars? Neither the FBI nor the US Attorney's Office is talking. But for some of these Madoff enablers, the vacation on the investors' dime may not last forever.

Buffett y va franchement...

Les principaux dirigeants de banques responsables sur tous leurs biens en cas de faillite de l'institution qu'ils dirigent. Voilà une mesure qui changerait pas mal de choses dans le système bancaire. C'est une idée de Warren Buffett. Ca semble impossible à mettre en oeuvre mais ça donne une idée de l'air du temps.

Jan. 21 (Bloomberg) -- President Barack Obama’s proposal to regulate banks should include a requirement that chief executive officers and their spouses forfeit their assets when companies fail, billionaire Warren Buffett said on Fox Business Network.

“There ought to be a huge downside,” said Buffett, whose Berkshire Hathaway Inc. is the largest shareholder in Wells Fargo & Co. “Make it so that the CEO of an institution that fails, or goes to the government and needs help, really gets destroyed himself financially. Why should he come out any better than somebody that gets laid off as an auto worker at General Motors?”

Pendant ce temps là à la Federal Reserve...

Le second mandat de Bernanke doit être confirmé par le Congrès avant la fin du mois sinon il ne pourra plus assumer ses fonctions (interruption seulement temporaire s'il était confirmé in fine). La Volckerisation engagée ne va pas simplifier cette confirmation.

C'est tout le problème de la révolution de palais au sein de l'équipe économique qui s'est produite hier. La ligne Summers et la ligne Volcker peuvent-elles coexister durablement à la Maison Blanche alors qu'elles sont antagonistes? Pour l'instant, tout était clair: Volcker sucrait les fraises et Summers dirigeait les opérations (Summers avait d'ailleurs pris soin de marginaliser Volcker dès sa prise de fonction). Si les deux tendances ont le même statut, la cacophonie va menacer. Et qui sont les cadres possibles d'un éventuel changement de cap? Roubini? Krugman? Stiglitz?. Cela ferait sans doute plus tanker la bourse qu'une guerre thermo-nucléaire globale. (Volcker en ferait partie évidemment mais le Japon vient de s'essayer à un ministre des finances de 82 ans et l'expérience n'a pas tenu 3 mois).

Si Bernanke n'était pas reconfirmé, on voit bien comment le mouvement lancé par Obama l'entraînerait au-delà de ses intentions premières. L'équipe économique d'Obama est désormais en équilibre instable.

Ce qui se passe est étonnant: beaucoup de gens pensaient que des évènements économiques allaient remettre en branle la machine politique. En gros qu'une énorme crise monétaire allez contraindre les politiciens à prendre les choses en main. Finalement, cette impulsion d'Obama laisse entrevoir un changement de cap purement politique sur le mode "j'm'ai trompé".

Le blogo devrait se réjouir de cette possibilité. Le problème, c'est que depuis un an une réalité parallèle s'est créée. Un monde où la pesanteur économique a disparu grâce au laxisme monétaire. La bourse monte, la croissance est positive, un semblant de normalité est revenu ans le système. Si les politiques décident de mettre fin à cette réalité artificielle, ils risquent de porter le chapeau des évènements forcément douloureux qui s'en suivront. C'est le coût immense de l'année 2009: l'économie est probablement dans un meilleur état (marginalement beaucoup d'américains au chômage) que si on avait pris le taureau par les cornes et remis le système à plat mais nous sommes passés de l'autre côté du mirroir avec un système économique "Frankenstein" qui ne fonctionne que grâce à une création monétaire permanente et absolument massive.

La réaction initiale à la crise visait à préserver Wall Street et elle y a réussi*. Le coût était la désorganisation durable et profonde de l'économie mondiale qui a été projetée dans un monde parallèle digne d'Alice aux pays des merveilles. Ce mépris des règles économiques de base (l'échec est récompensé etc...) ne peut que conduire à une crise plus grave plus tard ce qui est le schéma suivi depuis l'éclatement de la bulle internet et le 11 septembre (améliorer à toute force le court terme en compromettant de plus en plus le futur).

En commençant à administrer le remède quelques temps avant que la maladie ne se manifeste, Obama court le risque de faire porter le chapeau de la maladie au médicament.

* Préserver Wall Street est une chose mais fallait-il préserver les bonus? Je me demande si symboliquement, cela n'était pas important "in a twisted way". Peut-on maintenir une monarchie en empêchant le roi de porter sa couronne? Les bonus irritent la population mais ils ont aussi l'intérêt de montrer "who's boss". La décision de préserver Wall Street était discutable mais une fois qu'elle était prise, préserver les bonus faisait sans doute parti du package. Ce sont les bonus qui permettent l'arrogance et l'arrogance qui est le dernier refuge de la power structure.
De plus, le système financier repose sur une loyauté totale de ses cadres envers lui. C'est une "super loyauté" qui est liée au "super reward" qui est promis en échange et qui fait qu'on vendrait père et mère pour le système. Enlevez le "super reward" et la "super loyauté" va disparaître. En lieu et place de cadres blackberrisés dévoués corps et âmes au système vous allez avoir des beatnicks qui vont se mettre à traîner les pieds, voire pire, à écrire des blogs pour le critiquer. Who would want that?

Friday Plane Blogging

Vent de travers. (cliquez pour agrandir)

Nouveau départ?

Il faut bien reconnaître qu'il n'a pas l'air content:Moralité: j'aurais dû écouter Hubris Kills qui avait attiré mon attention là-dessus en fin d'après-midi. Ce qui s'est passé est très important. Soit parce qu'un changement de politique va être initié, soit parce que cela va vite apparaître comme une posture sans contenu et qu'Obama y perdra beaucoup de plumes. Rentrons-nous dans la première année de la présidence Obama?

En plus de Volcker, c'est le grand retour d'Austan Goolsbee qui avait été écarté de l'équipe éco après l'élection. Matt Taibbi s'appuyait dans un article récent sur la mise au placard de ces deux individus pour illustrer la capture d'Obama par Wall Street. Obama lit-il Taibbi? C'est comme si ce dernier avait été entendu en tout cas.

Si ce n'est pas de la com, une nouvelle question se pose: peut-on prendre Wall Street "un peu" à parti? Y a-t-il un état intermédiaire entre la reprise en main musclée (qui n'est plus vraiment possible) et la servilité? Wall Street peut-elle faire un "chantage au Dow Jones" en envoyant les actions à la baisse si les contrariétés s'accumulent?

Un élément me fait douter de la sincérité d'Obama: il semble prendre ce virage suite à l'élection du Massachussets. Cela veut-il dire que si la démocrate avait gagné comme tout le monde l'attendait, il aurait laisser les banques tranquilles? Une élection intermédiaire comme celle-ci semble plus de nature à déclencher une opération de com qu'un revirement politique majeur (même si elle est assez traumatisante pour les démocrates). Il y a probablement une forte pression des sondeurs de l'équipe présidentielle pour qu'Obama fasse un peu saigner les banques. Je crois que Geithner et Summers vont être un bon indicateur du sérieux de ce virage. S'ils sont encore là dans 3 mois, c'était du bluff. S'ils sautent bientôt, cela voudra dire qu'il se passe quelque chose.

Wind of change?

Les lecteurs sont habitués à voir le blogo rejeter d'emblée toutes les possibles avancées d'Obama dans la bonne direction. Au bout d'un an, on prend des habitudes et peut-être même devient-on grognon. Alors sans tomber dans l'optimisme béat (!), il semble que cette "weasel" (fouine) de Geithner se distancie vraiment du plan Volcker. Si c'est le cas, ses jours sont probablement comptés et les choses vont vraiment bouger.

Est-il possible qu'Obama fasse marche arrière et prenne en fin les choses en main?

Voir ce post de "Salon.com". A prendre avec les précautions paranoïaques d'usage (est-ce une ruse pour valider le changement? Une opération de com? etc, etc...).

La question étant: cette annonce du "plan Volcker" était-elle prévue de longue date ou est-ce le résultat de la prise de conscience par Obama du fait que Summers et Geithner l'amenait droit dans le mur après les élections du Massachussets?

Il va donc falloir être vigilant dans les jours et les semaines qui viennent pour comprendre si Obama s'énerve "pour de vrai" ou bien s'il se résigne à son sort de "one termer" et continue à faire de la com. Stay tuned!

L'occasion en tout cas de rêver un peu et de renouer avec une tradition du blogo: la chanson "cheesy" des années 80:

jeudi 21 janvier 2010

Can one get tough "on second thought"?

(Peut-on être ferme en revenant sur ses positions?)

Peu après la débacle du Massachussets, Obama annonce enfin qu'il va prendre le mors aux dents et "se faire" ces méchants banquiers. Quelle crédibilité a-t-il après un an où il a laissé s'exprimer son inclination naturelle: la complaisance absolue? S'il avait annoncé qu'il virait en même temps Geithner et ou Summers, on pourrait essayer d'y croire.

Je crois qu'Obama a compris qu'il devait sauver les apparences. S'il joue le même jeu hypocrite qu'avec la réforme du système de santé où il faisait des déclarations d'intention mais travaillait en sous main à servir les special interests en contredisant ses déclaration, il aura définitivement gagné ses galons d'hypocrite en chef.

Voilà un sujet qui devrait beaucoup occuper le blogo dans les mois qui viennent. Quoi qu'il en soit, les "financials" ont fortement baissé suite à cette annonce mais dans la moyenne du marché. Il n'y pas eu de décrochage des financières. Nous verrons donc mais au bout d'un an, la charge de la preuve est clairement sur Obama et les déclarations d'intention ne valent pas grand chose. Même si elles ne sont pas suivies d'effet cela montre qu'Obama a compris que le piège s'était refermé sur lui: il est désormais associé au système failli qu'il défend. "One termer" (président qui ne fait qu'un mandat).

Note: Les broker-dealers de Wall Street ont quand même très fortement accusé le coup à la bourse aujourd'hui. Entre -4% et -6%. Il fallait quand même le noter. Nous verrons.

La Cour Suprême en rajoute une couche

La cour suprême vient d'ouvrir encore plus grand les vannes du financement de campagnes par les "special interests" dans un arrêt très attendu (voir la reproduction d'un post de Balloon Juice plus bas). A noter que beaucoup des jurisprudence encadrant les modes de financement de campagnes reposent sur le "free speech" garanti par le premier amendement. Bel exemple de perversion d'un principe démocratique.

SCOTUS Campaign Finance Ruling

The Supreme Court has opened the corporate money floodgates for the next election:

In a ruling that radically reshapes campaign-finance law, the Supreme Court has struck down a key provision of the McCain-Feingold measure that bars corporations and unions from pouring money into political ads.

mercredi 20 janvier 2010

Après son âme, Obama perd le Massachussets

Le Blogo argumente depuis l'élection qu'Obama aurait dû prendre de front la "power structure" car il n'a aucune chance d'être réélu en se contentant de servir de paravent à la faillite de celle-ci. Il aurait dû au contraire s'en dissocier et lui faire porter le chapeau (mérité) de la crise au lieu de s'y associer et de faire tout pour la préserver. Las. En bon mandarin, il a choisi de ne rien bousculer et de croiser les doigts pour que "ça passe". Ca ne passera pas. Il ne fera qu'un mandat et restera dans l'histoire comme un politicien "potiche": sexy, certes, mais effroyablement lâche, manquant d'expérience et sans aucune vision.

Il faut dire que le timing de la crise ne l'a pas aidé (ce qui met de l'eau au moulin de ceux qui pensent que la date de la faillite de Lehman était calculée pour graver dans le marbre les grandes lignes de la politique anti-crise avant l'arrivée du nouveau président). Perdu pour perdu, Obama aurait dû faire "what's right" en résolvant la crise politique qui frappe les Etats-Unis. Il aurait probablement perdu les élections et déchaîné la furie des "special interests" mais il aurait laissé une marque historique en éveillant les citoyens à la capture totale de la démocratie américaine par des intérêts qui ont très peu en commun avec ceux des citoyens. En entraînant la population dans un mouvement populiste contre des élites faillies, il aurait peut-être eu une chance, faible, d'obtenir un second mandat. Au lieu de cela, il s'est laissé balotter de lobby en lobby en ne tenant tête à absolument personne.

Avec sa ligne "Bush sans le stetson", il a démobilisé les démocrates. Et aujourd'hui, il perd le Massachussets. Cette perte du siège de sénateur de Ted Kennedy est un "defining moment" de la politique américaine: en désavouant Obama, les électeurs du Massachussets viennent de sonner le glas de l'innocence américaine et l'entrée dans une ère de turbulences. Tous les citoyens savent désormais que le système tel qu'il existe aujourd'hui ne leur proposera jamais de véritable alternative, de véritable choix politique. Le "change we can believe in" ne viendra jamais de ce pseudo-bipartisme à bout de souffle qui n'offre qu'un simulacre de démocratie. Tant que la crise politique sous-jacente à la crise économique ne sera pas réglée, les réponses apportées à cette dernière ne seront que des cautères sur une jambe de bois. En attendant, chaque jour qui passe, les Etats-Unis font la démonstration au monde que la corruption radicale qui les afflige les rend incapables (et franchement, indignes) d'assurer le leadership mondial qu'ils considèrent comme un droit acquis.

Note: Il est fait beaucoup de cas du fait que les démocrates perdent leur majorité de 60 sénateurs qui leur permettait supposément de faire échec à un "fillibuster" républicain (obstruction pure et simple rendue romantique par le film "Mr Smith au Sénat"). Cet évènement fait grand bruit et on enterre déjà la réforme du système de santé à cause de cela.

Si le système politique américain n'était pas irrémédiablement biaisé, cela ne devrait avoir aucun impact: Bush n'a-t-il pas toujours fait ce qu'il voulait sans jamais avoir une telle majorité? (comme le note Jon Stewart). Pourquoi dit-on que les démocrates perdent leur capacité de réforme? Why? Oh why?

Note sur la note: En pratique, la perte de capacité de réforme est réelle et elle s'explique. Les républicains sont désormais effectivement capables de faire de l'obstruction. Ce qui est difficile à comprendre, c'est pourquoi avec les mêmes règles, les républicains sous Bush ont pu déployer leurs mesures sans redouter des fillibusters démocrates (ce qui aurait conduit à l'impasse et logiquement à une modification de cette règle). C'est en fait la dissymétrie du système politique qui est mise en lumière ici. Les républicains peuvent agir librement car ils ont face à eux une pseudo opposition croupionne (spineless) et divisée qui ne montre jamais les dents. A l'inverse, les démocrates ne peuvent passer aucune législation car ils ont face à eux des républicains intransigeants et soudés. Pourquoi cette différence? A cause de l'argent qui inonde les deux partis et qui détermine les résultats de toutes les confrontations politiques. Et voilà pourquoi, en pratique, la démocratie américaine n'en est plus une.

Note sur la "note sur la note": La barrière des 60 sénateurs laissent penser que l'issue du débat dépend du résultat des élections. S'il y avait 65 démocrates, ces derniers auraient un boulevard et appliqueraient une politique démocrate. Right? Pas du tout. Les special interests monteraient un groupe de 7 ou 8 démocrates qui se déclareraient indépendants et qui feraient basculer le contenu des lois dans un sens favorable. C'est ce rôle qu'avait Joe Lieberman en faisant céder à lui tout seul (mais en fait avec l'appui de la maison blanche) l'ensemble des démocrates sur la "public option" et d'autres points de la loi sur le système de santé. Le système est complètement capturé. Si on baisse la limite du fillibuster à 51, les special interests auront tôt fait de débaucher 11 ou 12 démocrates pour que le rapport de force soit toujours le même. C'est pour ça qu'in fine, ces limites procédurales sont hautement symboliques. Pour savoir comment la politique américaine fonctionne, il ne faut pas s'intéresser aux procédures parlementaires et aux résultats des élections. Il faut regarder quels intérêts, implacablement, immanquablement, gagnent à la fin.

lundi 18 janvier 2010

Post-It

Greenwald dénonce l'hypocrisie des dirigeants américains, prompts à dénoncer le monitoring d'internet par la Chine alors que le track record de ces mêmes dirigeants sur le sujet est effroyable. Le livre de Greenwald ne s'appelle-t-il pas "The Great American Hypocrites"?

ABC is reporting that soldiers in Iraq and Afghanistan have been using rifle scopes that bear abbreviated references to Bible verses, including lines like "For God, who commanded the light to shine out of darkness, hath shined in our hearts, to give the light of the knowledge of the glory of God in the face of Jesus Christ."
Des extraits de la bible sont inscrits en minuscule sur des viseurs de fusils militaires américains. Tout va bien. (via TPM)

La croissance Q4 attendue entre 4% et 6% aux US. Il y a des explications techniques (stabilisation des stocks) mais ça commence à ressembler aux chiffres chinois. Wild guess: il n'y a pas du y avoir beaucoup de période dans l'histoire avec une croissance supérieure à 4% et des pertes d'emplois... (Note: c'est en fait arrivé en 81, croissance de 5,6% via Calculated Risk)

Steven Colbert. Marrant mais surtout au début pour la déclaration de Jamie Dimon, ce banquier sans remord qui dirige JP Morgan. "Ma fille m'a demandé ce que c'était que cette histoire de crise financière et je lui ai répondu, en essayant d'être drôle, oh ça arrive tous les 5 à 7 ans!"
The Colbert ReportMon - Thurs 11:30pm / 10:30c
The Word - Honor Bound
www.colbertnation.com
Colbert Report Full EpisodesPolitical HumorEconomy


Time Magazine, après avoir décerné à Bernanke le titre d'homme de l'année s'indigne des attaques contre Geithner. Et le Blogo reste sur sa ligne: le traitement des autorités monétaires US dans les médias ressemble à celui de Kim-Jong Il enCorée du Nord (Geithner est au Treasury mais vient de la FED de NY). Cette fois-ci, Geithner est comparé à Lassie (chien fidèle) à qui on reprocherait "d'avoir mis de la terre sur la moquette après qu'il ait sauvé un enfant". Sans rire. Quand la stupidité le dispute à l'obséquiosité... (via Naked Capitalism qui démonte la thèse).

Tout le monde parie sur le pays qui va faire défaut en premier et entraîner tous les autres dans l'ère de la crise monétaire. La mythique "phase 2" de la crise financière que le blogo vous promet depuis sa création. La Grèce? Le Japon? L'Angleterre? La Chine qui explose en vol? Les Etats-Unis? Un pays d'Europe continental? La roue tourne toujours. Elle s'est arrêtée un temps sur Dubaï mais c'était une fausse alerte. Mc Kinsey se demande si ce n'est pas le Royaume-Uni qui n'est pas sur le point de tourner à l'islandaise.

"State ending"

Le "narrative" occidental sur le chaos qui a existé en Irak après l'invasion américaine est en gros le suivant: la guerre civile entre factions fanatiques a entraîné la destruction du pays malgré la bonne volonté d'une puissance occupante bienveillante. Subtext: "si les arabes étaient un peu moins fanatiques, tout cela ne serait pas arrivé" => eau au moulin du "clash des civilisations indépassable" => justification des guerres américaines.

Beaucoup d'éléments sont cependant suspects. Et si le chaos irakien n'était pas une catatastrophe mais le plan? On a beaucoup glosé sur l'impréparation américaine avant l'invasion mais il est également possible que le chaos qui s'en est suivi ait été planifié par les forces occupantes. Si on prend l'Allemagne et le Japon par exemple, on voit bien que les américains savaient que maintenir en place l'administration était une condition du succès du processus de reconstruction. Pourquoi cette simple leçon a-t-elle été ignorée dans le cas de l'Irak? Pourquoi les cadres du régime Baath et l'armée dans son ensemble ont ils été passés par pertes et profits? Le pays n'a pas été seulement décapité comme il était normal, tout s'est passé comme si on avait voulu méticuleusement en casser tous les os un par un. Il aurait fallu détruire l'Irak comme puissance. Check.

Bon alors ceci n'est évidemment pas une démonstration et ne vaudrait pas plus qu'une "divagation blogoesque" si des gens semblent-ils compétents ne venaient de produire un livre qui soutient à peu près cette thèse d'après cette critique du Irish Times (extraits):

THIS BOOK argues convincingly that the post- war cultural cleansing of Iraq is intentional rather than random and haphazard, the result of chaos and anarchy.
...
The 13 authors of this work say the US set out to destroy Iraq’s national identity, reduce and marginalise the educated class and wipe the Iraqi slate clean in order to build from ground zero a weak state which would be dependent on the US. This experiment in “state ending” has left a black hole at the heart of the eastern Arab world.

(Le gras vient du blogo, je trouve l'expression "state ending" saisissante. C'est le cousin du plus "feel-good" et consensuel "state building" ou "nation building" des américains au grand coeur)

Note: je n'ai pas fait de "background-check" sur la maison d'édition ni sur les auteurs. Je m'en remets au Irish Times qui est selon Wikipédia le "paper of records" en Irlande.

vendredi 15 janvier 2010

jeudi 14 janvier 2010

Les menteurs qui créent le consensus

David Reilly, de Bloomberg, trouve qu'on a trop cherché de noises à Goldman Sachs lors de la journée inaugurale de la commission d'enquête sur la crise financière. Il essaye sournoisement de diffuser des mensonges par la bande en faisant mine de ne pas y toucher. What a weasel! (Quelle fouine!)

Similarly, the commission needed to spend less time grappling with Blankfein over whether Goldman would have survived without government assistance. That’s an unanswerable question that does little more than let Dimon chuckle over how easy a ride he gets compared with Blankfein.
(Il dit qu'on ne pourra jamais répondre à la question de savoir si GS aurait survécu sans assistance de l'Etat.)

Quel mensonge absolument éhonté. Il est complètement certain que tous les établissements financiers de Wall Street auraient mis la clé sous la porte si la FED/US Gov n'étaient pas intervenus. C'est évident. Rien qu'AIG en donne une bonne idée mais la vraie solution au problème se trouve dans les interventions de la FED sur le marché des obligations pourries (mortgage bien sûr avec $1,3 trillion mais aussi treasuries qui ne sont à près tout que des junk bonds). Le TARP, encore une fois, n'est que l'arbre qui cache la forêt en matière d'assistance aux établissements financiers américains et il faut bien le dire, mondiaux (maintenir pour un temps l'ordre impérial US était à ce prix). Quand la FED porte sur ses épaules le marché des MBS, elle sauve tous les établissements financiers de la planète (et quelques hedge funds au passage). Sans parler évidemment de toutes les garanties qui ont été apportées à un moment où à un autre et qui ont pu atteindre selon le décompte de Neil Barofsky ("contrôleur" du TARP) $23 trillions (la moitié environ selon les décomptes de The Big Picture).

Ce genre d'inanité est absolument inqualifiable. On peut répondre à cette question sans aucune incertitude. Summers et Geithner, l'ont d'ailleurs fait ponctuellement pour faire croire à un semblant d'indépendance. David Reilly. Weasel.

Jon Stewart sur les bonus

The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Clusterf#@k to the Poor House - Wall Street Bonuses
www.thedailyshow.com
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Etrange équilibre, en effet

Qui n'est que le calme avant la tempête according to your favorite blog: El Blogo!

Glenn Greenwald:

Indeed, given the extraordinary disparity between the government-enabled Wall Street bonanzas and the government-caused financial suffering for most everyone else, it really is somewhat mystifying that there's not only so little populist rage, but no outright disruptive protests.

La télé explique-t-elle a elle seule cet abrutissement? Sommes-nous rentrés dans l'ère de l'apathie radicale? Des citoyens sous Prozac ou devant les MSM incapables ne serait-ce que d'envisager une mobilisation? Stay tuned.