dimanche 16 mai 2010

Le frère de Jon Stewart, COO du New York Stock Exchange

On se souvient de Jon Stewart erreintant Jim Cramer. Globalement, la couverture de la crise par le Daily Show a été drôle, comme il est normal, mais également très incisive et informée par rapport aux vieux médias ce qui était peut-être moins évident. Et bien j'ai appris hier que le frère de Jon Stewart était COO du New York Stock Exchange! Voilà un canal d'information informel qui a dû être utile à de nombreuses reprises pour le "Daily Show". Jon Stewart a-t-il un autre frère qui bosse sur une plateforme pétrolière pour couvrir la marée noire? Toujours pratique...

Quand j'étais aux Etats-Unis j'ai connu un couple dont le mari était star trader dans un hedge fund spécialisé dans le subprime. Sa femme entrait au New York Times comme journaliste débutante dans la "business section". Elle a depuis écrit ou co-écrit l'essentiel des articles techniques sur la crise. Je suis sûr qu'elle a eu un relecteur attentif... Sa carrière a en tout cas explosé.

Cela permet sans doute au lecteur d'être mieux informé mais cela pose également un problème de conflit d'intérêts. Cette journaliste du NYT habite une belle maison qui a été payée par des bonus réalisés dans le subprime (incidemment en fourguant nombre de ces bombes à retardement à des européens). Elle n'a clairement pas intérêt à commenter dans un sens qui favoriserait une "criminalisation" de la crise. Ce qu'elle écrit peut aussi influencer les perspectives d'emploi de son conjoint (tout le monde connaissant le lien dans le milieu). Pareillement, que dirait Jon Stewart si un scandale se développait mettant en cause le New York Stock Exchange directement? (on en est pas loin: son frère a été entendu au Congrès pendant trois heures cette semaine sur le krach de 9,7% de la semaine passée.) Serait-il aussi incisif? Cela pose un problème qu'on pourrait qualifier de "journalisme de classe". Je pense que des "disclosures" devraient être de mise dans ces cas particuliers.

Cela peut-être ponctuellement important mais c'est un phénomène sans doute limité par rapport au caractère massif des intérêts économiques qui corrompent en permanence les vieux médias surtout quand ceux-ci parlent... d'économie (mais aussi un nombre croissant de blogs, ne rêvons pas).

Photo du frère de Jon Stewart (air de famille?):

Aussi je l'ai déjà posté mais voici le Daily Show après le krach de 700 points du Dow Jones. A revoir en sachant que son frère est COO du NYSE. Je ne pense pas qu'on puisse parler de complaisance pour l'instant... Et si la responsabilité du NYSE était mise en cause?
The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
A Nightmare on Wall Street
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samedi 15 mai 2010

Dorgan contre une pseudo réforme

Ce post de Daily Kos est intéresssant. Il comprend la vidéo du Sénateur Byron Dorgan qui demande à ce que la réforme financière soit substantielle: casser les banques "too big to fail" et interdire les "naked" credit default swaps (tant qu'ils existeront, même des établissements financiers relativement petits seront "too big to fail" car les CDS créent un "web" d'obligations gigangtesque par rapport à la taille des institutions qui les souscrivent).

Il fait aussi référence à l'échec de l'amendement Kaufman/Brown le jeudi du crash. Le blogo avait émis l'hypothèse que le passage de cet amendement était à l'origine du crash de 9,70% (proposé avant, rejeté après!). Barry Ritholtz accrédite cette thèse en trouvant l'argumentaire de Max Keiser sur le même point séduisant. Wall Street aurait alors fonctionné comme une doomsday machine: "vous menacez notre noyau? Nous faisons chuter les marchés". C'est leur modus operandi depuis le début de la crise d'une manière ou d'une autre. Le problème de cette thèse est la rapidité de la séquence d'évènement. Elément qui plaide pour cette thèse: le pourcentage de la chute. En effet, au-delà de 10%, le New York Stock Exchange aurait dû fermer. 9,70% permet de faire peur sans créer trop de disruptions...

Addendum: A noter cette critique du traitement par les médias du rejet de l'amendement Brown/Kaufman par la Columbia Journalism Review (CJR - wordtag).

vendredi 14 mai 2010

Friday Plane Blogging


(cliquez pour agrandir)

jeudi 13 mai 2010

Pendant ce temp-là, à Stanford...

(via Naked Capitalism)

Comment arrêter ce pillage?

Bloomberg via ZH:

In a feat that would seem to defy the odds, Goldman Sachs, JPMorgan Chase and Bank of America this week each said its trading desk made money every day of the first quarter. Goldman said its daily net trading revenue topped $100 million 35 times last quarter out of 63 trading days. JPMorgan and Bank of America disclosed similar eye-popping stats. Citigroup, too, recorded a profit on each trading day, Bloomberg News reported, citing unnamed people who knew the results. The intrigue is high. If a too-big-to-fail bank’s traders were able to make money every day of a quarter, were they really trading in any normal sense of the word? Or would vacuuming be a more accurate term? What kinds of risks do such incredible profits entail, for the banks and the rest of us taxpayers? And are results such as these too good to be true?

Jonathan Weil, Bloomberg

"60 minutes" interviewe les propriétaires qui désertent leurs maisons

Emission de 60 minutes sur les gens qui rendent les clés de leurs maisons aux banques après que la valeur de celles-ci ait baissée considérablement. Je trouve leur insistance sur le dilemme supposément moral qui se pose aux particuliers dans cette situation de très mauvais goût. Pourquoi les particuliers seraient-ils les seuls à connaître des obligations morales en plus de leurs obligations légales? Les médias américains n'appliquent clairement pas ce standard aux banques. D'ailleurs, la plupart des gens interviewés expliquent qu'ils dorment sur leurs deux oreilles. Evidemment. Ce reportage rend néanmoins tangible ce que l'on sait abstraitement de l'immobilier US.
Watch CBS News Videos Online

mercredi 12 mai 2010

Comment ça marche

Un rapport qui décrit l'effort de lobbying des banques au Congrès depuis le début de la crise. (via Daily Kos)

This new report from the Service Employees International Union, Campaign for America’s Future and the Public Accountability Initiative is profoundly disturbing, especially in the midst of the Wall Street reform debate.

Throughout the financial reform debate, the finance industry has waged an unprecedented assault on the democratic process, spending an estimated $1.4 million per day to influence Congress and hiring 70 members of Congress and 940 former federal employees to lobby on their behalf.

The six biggest banks—Goldman Sachs, Bank of America, JPMorgan Chase, Citigroup, Morgan Stanley, and Wells Fargo—account for a disproportionate share of this activity. In the two years since the first federal bailout of a big bank (Bear Stearns), these banks and their principal trade associations have hired over 240 former government insiders as lobbyists and spent hundreds of millions of dollars on an influence game designed to thwart reform, shape bailout programs and maintain their status as “too-big-to-fail” institutions....

The lobbying spree is taxpayer-funded—it follows $160 billion in bailouts from Congress and trillions in cheap loans from the Federal Reserve. And as their influence has come to be viewed as increasingly toxic in Washington, the banks have shifted segments of their political activity to a “shadow lobby” that includes such front groups as the U.S. Chamber of Commerce....

Findings from the report

  • 243 lobbyists for six big banks and their trade associations used to work in the federal government – 202 in Congress, the rest in the White House, Treasury, or at a relevant federal government agency. That’s equivalent to 40 revolving-door lobbyists per bank.iv
  • This includes 33 chiefs of staff, 54 staffers to the House Financial Services Committee and Senate Banking Committee (or a current member of that committee) and 28 legislative directors.  Many of the revolving-door lobbyists were key architects of financial deregulatory legislation during their time as congressional staffers, including the Financial Services Modernization (Gramm-Leach-Bliley) Act of 1999 and the Commodity Futures Modernization Act.
  • The six big banks and their trade associations have spent close to $600 million since the first major federal bailout of Bear Stearns in March 2008 on lobbying, trade association activity and political contributions. 
  • Citigroup employs 55 revolving-door lobbyists, more than any other big bank or financial industry trade association. The federal government was until recently Citigroup’s largest shareholder. Other banks are also employing huge lobbying armies: Goldman Sachs with 45, JPMorgan Chase with 32, Morgan Stanley with 19, Wells Fargo with 14, and Bank of America with 12.  The top big-bank lobbies, the Securities Industry & Financial Markets Association and the American Bankers Association, have hired 84 revolving-door lobbyists.
  • The top big-bank lobbying firm in Washington is Elmendorf Strategies, founded by Steve Elmendorf, former chief of staff to Rep. Dick Gephardt.  Elmendorf’s financial team includes former top staffers to Senate Majority Leader Harry Reid, Maryland Sen. Paul Sarbanes, and Gephardt. The firm represents the most powerful Wall Street banks and associations, including Citigroup, Goldman Sachs, the Financial Services Forum, and the Securities Industry and Financial Markets Association. Other top lobbying firms include the Podesta Group and Porterfield, Lowenthal, & Fettig.
  • Senate Banking Committee chair Christopher Dodd (D-CT) leads all current members of Congress, with five former staffers now working as big bank lobbyists. Banking Committee ranking member Richard Shelby (R-AL) and members Chuck Schumer (D-NY) and Tim Johnson (D-SD) each have four.
  • Big banks are hiding lobbying activities in a burgeoning shadow industry of generic business associations, ad hoc coalitions and front companies. Government bailouts and partial federal ownership have made it difficult for big banks to ramp up direct lobbying; instead, they are routing their dollars through this shadow lobby.
  • Sullivan & Cromwell, the firm defending Goldman Sachs in its Securities and Exchange Commission fraud suit, secured the most lucrative big bank lobbying contract in 2009, a $520,000 deal with Clearing House Payments Co. – a company owned by JPMorgan Chase, Wells Fargo, Citigroup, Bank of America, and several other banks. The firm also lobbied on behalf of Goldman Sachs during the same period. In a past financial reform fight, lawyers at Sullivan & Cromwell lobbied on behalf of Enron, and appear to have helped craft the “Enron loophole.”

The money--$1.4 million a day is absolutely obscene, but in many ways, Ezra is right on this one, worrying "much more about the people than the money." That money is funding the more than 200 former members and more than a hundred former staffers to the key committees who are all working in concert with current members and staff. It's all about the connections--who has access and whose phone calls and e-mails will be answered. Those social networks can be far more effective at furthering the big banks' interests than the money would be otherwise.

Jon Stewart sur le krach de jeudi

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Bailout humor...

De Barry Ritholtz à The Big Picture:

To parahrase Ned Davis, “Give me a trillion euros, and I will throw you a hell of a party.”

A voir (3 min)

C'est en anglais mais c'est un excellent résumé de la situation. Saluzzi parle du livre de Barry Ritholtz "Bailout Nation" et maintenant il dit: "It's Bailout world!".

Sur les européens, devant la journaliste de bloomberg qui lui demande si l'Europe va dans le mur, il répond que les européens ne font que ce que les américains ont commencé il y a 18 mois. "They learned from the best!". C'est vrai mais les américains ont plus de marge de manoeuvre car le dollar est la monnaie de réserve mondiale. Et la chute: "Tout va s'effondrer. La seule question est: quand?". Via ZH.


Et toujours de ZH, moins percutante que la vidéo précédente mais 3min de Jim Rogers ne peuvent pas faire de mal...

Post-It

Goldman n'a pas eu un seul jour de pertes de trading au dernier quarter. Ca n'était jamais arrivé... On arrive au stade terminal de la corruption (le nombre de jour de pertes avait diminué de manière régulière ces derniers trimestres).
Note: je lis que JP Morgan n'a pas eu un jour de pertes non plus. Et ces losers de Morgan Stanley ont eu 4 jours négatifs (sur 63...).

Fannie Mae annonce 8 milliards de pertes pour le quarter au milieu du chaos. La routine.

Le Blogo y reviendra mais le rôle de Princeton dans la constitution des élites économiques américaines est fascinant. D'ailleurs, ZH ne l'oublie pas: "Our only question, when this is all over, is whether Princeton University will issue a public apology to all of mankind, due to the destruction of unprecedented amounts of wealth by its "erudite" alumni who never took a second to consider if the holy grail economic theory they all took for gospel just may have been the blatant fraud it has been all along..."

mardi 11 mai 2010

L'or au plus haut: $1232

L'or était déjà aux plus hauts historiques en euro. Depuis ce soir, il l'est en dollar également. Le blogo est long sur l'or depuis août 2007 et n'en démord pas depuis. A l'époque, il valait $670. Il n'y a pas beaucoup d'actifs qui aient évolué comme cela ces dernières années. C'est toujours sympa d'avoir raison mais on ne peut pas dire que cela soit une bonne nouvelle...

Confessions d'un néolibéral repenti (ou presque)

J'ai été néolibéral. Voilà, c'est dit. Je croyais que Thatcher et Reagan avaient imprimé une direction à l'économie mondiale qui était à la fois souhaitable et irrésistible. "Souhaitable" car elle permettait la croissance qui permettrait à son tour l'épanouissement des populations. "Irrésistible" car à long terme, si vous ne croissez pas autant que vos voisins vous finissez par tomber sous leur coupe. Le refus de la France d'embrasser le corps de doctrine qui rendait nos voisins anglo-saxons si performants me semblait être une stratégie à très courte vue.

Evidemment, la description d'une "France Immobile" (Pierre Lellouche) face à un monde anglo-saxon en ébullition a été faite et refaite. On citera "La France Qui Tombe" de Nicolas Baverez, "L'aveuglement français" de Philippe Manière ou les tentatives d'incursion en politique d'un Christian Blanc. Ils assénaient les chiffres de performances économiques systématiquement défavorables à la France, ils affirmaient qu'après de très fortes années de croissance il valait mieux désormais être pauvre aux Etats-Unis qu'exclu en France. Ils y croyaient et moi aussi. Et quand bien même on aurait souhaité préserver quelques aspects de notre modèle social, ils n'auraient été finalement que des freins à la nouvelle religion économique mondiale: le marché supposément libre de toute entrave. De toute façon les français ne savaient pas de quoi ils parlaient, le gospel se trouvait dans les pages du triptyque (FT/WSJ/The Economist) et il ne restait aux continentaux qu'à regarder les anglo-saxons pour admirer et voir "how it's done". C'est l'époque du blairisme triomphant qui affirmait n'être "ni de droite ni de gauche mais pour ce qui marche". Les français ne parlaient de toute façon pas beaucoup: nous ruminions notre conservatisme mais personne ne songeait réellement à relever le sempiternel "défi américain". Quand on demandait à Martine Aubry ce qu'il fallait penser des jeunes diplômés français qui s'exilaient en Angleterre, elle répondait "qu'ils y restent" ou quelque chose dans ce goût-là.

Evidemment, plus qu'une France "résistante" aux formes anglo-saxonnes, de nombreuses voix de gauche (ou souverainistes) protestaient contre une soumission totale aux pages saumonées du Financial Times ou aux diktats de la nouvelle orthodoxie économique mondiale. Privatisations, fonds de pension, dérégulation: beaucoup de ces concepts développés aux Etats-Unis ont connu d'une manière ou d'une autre leur heure de gloire en France (et plus encore en Europe). Il a même été question encore récemment de transformer les maison françaises en tirelire en s'inspirant des méthodes utilisées avec les résultats que l'on sait aux Etats-Unis et en Angleterre. Après tout, eux, ils croissaient.

Qu'on s'en réclame ou qu'on l'exècre, l'idéologie libérale est devenue le prisme au travers duquel tous les débats politiques se sont organisés lors des dernières décennies. Face à ce rouleau compresseur qui nous promettait la fin de l'histoire, les clivages politiques se sont peu à peu effacés. La prospérité aidant, l'idée même de contestation est devenue désuète. Je ne vois guère qu'Emmanuel Todd qui n'ait pas été dupe des prouesses économiques américaines. Beaucoup de gens étaient viscéralement opposés au modèle américain mais tout le monde pensait qu'il y avait bien là un modèle et ceux qui ne l'aimaient pas en redoutaient quand même la puissance. L'idée qu'il était bâti sur du sable semblait simplement l'incantation d'un intellectuel mal dans son monde qui refusait la réalité. Et c'était peut-être le cas*.

Pour ma part, je pensais qu'il valait mieux adopter et adapter (autant que faire se pouvait) les formes anglo-saxonnes plutôt que de se résoudre à être d'abord à la remorque puis finalement "racheté" par une puissance économique supérieure. Plus que de la ferveur idéologique, il ne s'agissait en ce qui me concernait que de faire en sorte que les entités auxquelles j'appartiens (France, Europe) maintiennent autant d'indépendance que possible. D'aucuns diront que cela revient à se jeter dans la piscine pour éviter d'être mouillé par la pluie. Il faut quand même se rappeler que les entreprises du Cac 40 étaient possédées en grande partie par des fonds américains qui s'appropriaient ainsi les dividendes des plus grosses entreprises françaises. Des rumeurs ont prêté à Pepsi l'intention de reprendre Danone en 2005, à Citigroup de reprendre la Société Générale en 2006 (SG a une capitalisation aujourd'hui supérieure à Citi...). Il y a eu des rapprochements réalisés de part et d'autre mais la puissance financière n'était globalement pas de notre côté (ni l'intelligence à en juger par l'escapade hollywoodienne de Jean-Marie Messier). Encore quelques années de croissance beaucoup plus forte dans la sphère anglo-saxonne et ce genre de scénarios se seraient multipliés...

Les choses ont bien changé et j'ai changé avec elle. Je me suis rendu compte en allant vivre aux Etats-Unis que ce que j'avais envisagé comme un exemple était en fait une impasse car l'accroissement des inégalités avait cassé l'appareil démocratique. C'est pour cela que la ritournelle préférée du blogo est que que la crise que nous traversons est d'abord une crise politique avant d'être une crise économique. Au début des années 2000, la démocratie américaine avait perdu peu ou prou son caractère représentatif. Les banques légiféraient pour les banques, les telcos pour les telcos, le complexe militaro-industriel pour le complexe militaro-industriel et ainsi de suite...

J'ai donc, contrairement aux idéologues, modifié mon jugement. J'ai désormais la certitude que quelle que soit la qualité des institutions, si on laisse libre cours aux inégalités au sein d'une société, les conditions seront tôt ou tard réunies pour que le système politique se mette exclusivement au service des puissants. J'ai bien conscience que c'est inévitable dans une certaine mesure mais je parle d'un degré d'asservissement où des millions de citoyens peuvent financièrement se tirer une balle dans la tête (subprime) sans que le gouvernement n'intervienne. Je parle d'une inféodation des médias et du politique à l'économique qui fait régner le silence alors qu'on saigne ostensiblement à blanc les tranches de la population les plus faibles économiquement en faisant courir un risque systèmique à l'ensemble de la société. C'est vraiment du lourd. Pas une bête "amitié" entre un patron de chaîne de télé et un Président qui se rendent mutuellement des services (même si je n'ai guère de sympathie pour cette dernière non plus). Autrement dit, si on lâche totalement la bride aux élites, elles n'auront de cesse d'augmenter leur part du gateau économique jusqu'à contrôler totalement le processus politique. On peut alors parler de ploutocratie ou d'oligarchie. C'est en tout cas un pouvoir absolu qui, sans surprise, "corrompt absolument" et ce que nous vivons aujourd'hui en est la conséquence mécanique.

Alors quoi? Suis-je devenu dirigiste? Collectiviste? Ecologiste? Pas vraiment. Je suis devenu plus suspicieux envers les idéologies et les intérêts qu'elles servent, c'est certain. Je crois que l'expérience américaine de ces dernières années est une aberration de laquelle nous devons apprendre. Je crois qu'on doit incriminer une corruption généralisée et un manque de civisme au sein des élites américaines. Je ne crois pas qu'on puisse faire un procès similaire aux élites françaises (rassurez-vous, je suis pour leur reprocher énormément de choses aussi, je leur épargne juste ce procès là...). La corruption doit donc être prise au sérieux. Il ne s'agit pas simplement de moquer Julien Dray ou de s'amuser des dérives d'un potentat local. Les Etats-Unis prouvent que si la corruption se généralise dans l'environnement politique et médiatique, elle peut mettre en risque l'équilibre de la société.

Il faut donc prendre des mesures pour la tenir en respect. Le lobbying doit être limité au strict minimum (pour que les lois bénéficient quand même d'un avis technique) mais les arbitrages économiques doivent appartenir aux représentants du peuple. Le financement des campagnes électorales doit être encadré de manière obsessionnelle: on ne limitera jamais assez le rôle de l'argent dans le processus démocratique. Les inégalités ne doivent jamais atteindre des niveaux qui permettent à un nombre restreint d'individu de littéralement "se payer des lois" comme les tax cuts pour les plus aisés aux Etats-Unis sous Bush. Il faut également proscrire la possibilité de donner de l'argent exonéré d'impôts à des "charities" ou interdire à ces dernières toute activité de lobbying politique. Sinon, l'Etat subventionne sa propre subversion (comme lors du sauvetage des banques).

Si nous étions aux Etats-Unis, j'ajouterais qu'il faut également une révolution morale et citoyenne. L'appauvrissement inouï que connaissent un grand nombre d'américains aujourd'hui est la conséquence directe de l'enrichissement tout aussi inouï d'un petit nombre d'entre eux depuis quelques années. On ne le dit pas encore beaucoup parce que c'est "divisive" et qu'Obama le cache plus ou moins bien derrière son sourire de star mais c'est un fait ("An Inconvenient Truth" dirait Al Gore...). Peut-être qu'American Idol suffira à faire passer la valda mais je n'en suis pas si sûr (la formule consacrée est d'ailleurs "du pain et des jeux", les jeux n'ont jamais satisfait le peuple à eux seuls et c'est précisément le pain qui est en jeu en ce moment).

Cette crise n'est pas une crise du capitalisme si on définit celui-ci comme le moteur du développement économique du monde non-communiste depuis la révolution industrielle. C'est une crise politique liée à la subversion de la démocratie américaine par des intérêts économiques privés. On savait que cela pouvait arriver dans des pays pauvres, on sait désormais que cela peut arriver également dans la première puissance du monde.

Finalement, je n'ai aucune envie d'adhérer à un "isme" quel qu'il soit. Je suis surtout enthousiasmé à l'idée que nous ayons devant nous une glasnost technologique avec l'avènement de l'internet. Devant les difficultés économiques que nous avons devant nous, les enjeux politiques vont à nouveau prendre un rôle central dans la vie des citoyens et ils vont réaliser avec bonheur qu'ils n'ont jamais eu autant de moyens de peser sur la vie politique. Je crois donc que le débat est lancé. A cause de l'internet, je dirais même que le débat va décoller. Je suis persuadé que les formes politiques passées vont être transfigurées par l'internet. La démocratie est pour moi similaire au communisme en cela qu'elle est un objectif vers lequel on tend mais que l'on atteint finalement jamais. Il n'y a qu'à regarder TF1 ou examiner le traitement dans les médias de la loi HADOPI pour comprendre ce que je veux dire. Nous avons vécu jusqu'à aujourd'hui dans des sociétés où les centres de pouvoir pouvaient relativement facilement contrôler le discours sur les sujets qui les concernaient (l'idéologie néolibérale n'était finalement que cela: un discours au service d'un pouvoir). Ce contrôle va être de plus en plus difficile et le blogo entend bien apporter sa modeste pierre à ce nouvel état de faits réjouissant.

* Je dis que c'était "peut-être" le cas car je pense que les Etats-Unis auraient pu continuer encore longtemps sur la lancée de leur modèle de domination si le 11 septembre n'était pas venu accélérer la chute d'un empire dont le destin était de toute façon scellé à terme par le faible poids démographique de son centre (2030? 2050?). L'empire américain aurait sans doute pu enterrer Emmanuel Todd s'il avait été géré "en bon père de famille". Au lieu de cela, les multiples guerres entreprises depuis ont forcé à lâcher la bride sur la politique monétaire ce qui a finalement causé la crise que nous connaissons aujourd'hui. Ce résumé paraîtra sans doute un peu sommaire mais la réalité de cette séquence d'évènements est une évidence selon moi et j'aurais l'occasion d'y revenir sur le Blogo.

Pour mémoire...

Lu le 7 mai sur ZH:

Behold the age of infinite moral hazard! Today is the 399th day of legalized accounting fraud on a grand scale. April 2nd, 2009 was the day CONgress forced FASB to suspend rule 157 in favor of deceitful accounting.

Euro graphes

Graphe du NYT sur la dette euro (nyt via tbp) (la dette de l'Italie envers la France est énorme):

Graphes du Spiegel sur le même sujet:

Fun...

Post de Zero Hedge de lundi après-midi (16:00 heure française) constatant la reprise de la baisse de l'Euro après un passage au dessus de $1,30 (à noter qu'on achète moins de tranquilité pour un trillion que par le passé). J'attire votre attention sur le premier commentaire qui a suivi:

"Incroyable. Qui aurait pu croire qu'une bande de pays en faillite garantissant les dettes des uns des autres ne seraient pas une stratégie gagnante?"

EURUSD Roll Over Accelerates, Market Playing Catch Up

Tyler Durden's picture




After trading as high as mid 1.30s, the EURUSD is rolling over, and its slide is now picking up steam, barely holding on to 1.2858 at last check. The 1.2800 stops are looming, whose break would take the EURUSD back to a 1.27 handle. This may very well still turn out to be the shortest and must futile trillion dollar bailout in history yet. Don't forget it was the EURJPY correlation desks that freaked out on Thursday and drained all NYSE liquidity in stocks. It will be truly amazing if we get another 1000 point move in the Dow... But not up.

5
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by Quintus
on Mon, 05/10/2010 - 09:49
#341219

Amazing. Who'd have thought that a bunch of insolvent countries offering to guarantee each other's debt would not be a winning strategy?

lundi 10 mai 2010

Deep thought

Plus rien ne fera jamais défaut. Tout est AAA.

Jusqu'à ce que plus rien ne le soit.

dimanche 9 mai 2010

Goldman Sachs humor...

"The market was so bad today that Goldman Sachs had to lay off three congressmen."
---Jay Leno

Inégalités aux US

El Blogo cite cette déclaration de Warren Buffett à chaque occasion:

“There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning.”
Warren Buffett, 26 novembre 2006

Traduction du blogo:
"Il y a une lutte des classes aux Etats-Unis, bien sûr, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous gagnons."
(voir New York Times, November 26, 2006 et CNN Interview, May 25 2005)

Daily Kos a un post résumant la réalité statistique:

Open Thread for Night Owls: The Class Divide

Fri May 07, 2010 at 09:04:51 PM PDT

At In These Times, Roger Bybee writes:

As Les Leopold notes in The Looting of America, the richest 1% of earners collected 8% of national income in 1973. "By 2006, the top 1% got nearly 23% of the pie, the highest proportion since 1929, " he writes. Moreover, the richest 1% now earns more than the bottom 50% of Americans. During almost exactly the same period, the pay gap between the top 100 CEOs and workers rose from 45 to 1 in 1970 to Himalayan proportions in 2006, reaching 1,723 to 1, Leopold says, citing data from Forbes.

But one of the most significant and least-discussed elements in the stunning polarization of America is the extent to which rising productivity has become unhitched from the way that its rewards are distributed.

Leopold lays out the astonishing data on this disparity:

By 2007, real wages in today's dollars had slid from their peak of $746 per week in 1973 to $612 per week--an 18% drop. Had wages increased along with productivity, the current average wage for nonsupervisory workers would be $1,171 per week--$60,892 instead of today's average of $31,824.

Our real average compensation is now about $25 per hour, including all benefits, representing a small increase from the early 1970s [in part created simply because of the sharp rise in health costs.] If it had risen along with productivity, it would be more like $41 an hour. The productivity bonus--about $16 an hour--is still AWOL.

Over roughly the same period, the ratio of household debt to income went from 55% to 127%, as Americans tried to make up for the loss of real wages with increased use of their credit cards.

American families have found themselves with vastly reduced time off the job, losing vacation days, sick time, and other leave. Until the recession hit, we were working the longest hours in the world.

While the numbers for income are highly skewed, those for wealth are even worse, as shown by these graphs.


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vendredi 7 mai 2010

Message d'El Blogo aux opérateurs de marché:

Ne vous trompez pas de boutons. Comptez bien les zéros. Vous êtes gentils. Merci.

El Blogo

Remarque: Lisez la vue de Zero Hedge sur le High Frequency Trading qui est selon eux la cause des évènements étranges d'hier. C'est sur ce sujet que Zero Hedge a commencé son ascension il y a un peu plus d'un an. A noter que leur site a été momentanément inaccessible à la clôture hier (et, je le remarque, à l'ouverture ce matin, je renseignerai donc le lien plus tard dans la journée). En un an, ils ont attiré l'attention de la communauté financière et ringardisé la presse financière spécialisée et compassée qui n'est pas capable par construction de chroniquer la faillite du système. En tout cas, cete chute de 9% puis le rebond dans un intervalle de temps très court fait un peu penser à la scène de Matrix où Néo voit le même chat deux fois de suite. C'est un bug qui pourrait signaler un danger imminent. Le système financier international est de plus en plus une énorme blague.