mercredi 29 avril 2009

Obama pics

Photos des sympas des 100 premiers jours d'Obama ici. Extrait de l'album de TPM (pour ceux qui ne sont pas des afficionados de "West Wing", il est assis dans le bureau oval sur la photo):

Easy one

Une loi favorable aux emprunteurs individuels est en train d'être vidée de son contenu par un congrès plus "aux ordres" que jamais. Atrios:

Who's The Boss

Must be nice to be a bankster. Almost destroy the world economy, and still senators beg for your approval.

mardi 28 avril 2009

Ca commence bien

De TPM:

NYT: Exceptions To Iraq Deadlines Are Proposed
The New York Times reports that the American and Iraqi governments will begin negotiating possible exceptions to the June 30 deadline for withdrawing U.S. combat troops from cities, focusing on Mosul in the North and some parts of Baghdad. Iraqi officials have agreed to classify U.S. bases in the Baghdad area as technically outside the city limits, thus holding to the letter of the agreements.

Le "retrait" américain d'Irak semble bien parti pour devenir un sujet de joke. Change you can believe in...

lundi 27 avril 2009

Modification des règles comptables

Une tentative de chiffrage de l'impact des nouvelles règles comptables dans les résultats Q1 des banques par RGE Monitor:

FASB easing of mark-to-market rules is effective starting Q1--> Robert Willens (former Lehman): rule change could boost capital balances by 20% and earnings by as much as 15%. Edward Jones: Under the new rules banks will also be allowed to exclude from net income any losses they deem “temporary,” making it easier to provide a flattering earnings picture --> see also: Use and Abuse of Fair Value Accounting: Watch Inflated Trading Revenues

For further reference

Je poste les deux documents ci-dessous pour y faire référence dans le futur. Ils viennent du site "Zero hedge" par le biais de RGE Monitor:

1)Un récapitulatif chronologique des mesures anti-crises prises par la FED et le gouvernement

2) La description du relâchement de la contrainte en matière de collatéral accepté par la FED au fil du temps

They would have my head for saying that...

Kate Kelly du WSJ trahit dans cet interview les règles non-écrites du financial reporting (au sujet de savoir si le régulateur va ou non autoriser Goldman Sachs à rembourser la "TARP money"):

The Fed was very worried about the economy having another leg down and then having Goldman coming back to them with a tin cup. Not that Goldman did that the first time. They would have my head for saying that...

Thanks for sharing, Kate. Et un petit conseil de carrière du blogo inspiré de Stephen Colbert:
Write that novel you got kicking around in your head. You know, the one about the intrepid Wall Street reporter with the courage to stand up to Goldman Sachs? You know, fiction!

Extrait de cette émission (30min13s).

Les lecteurs sont aussi des blogueurs

Un des atouts des blogs sont les commentaires laissés par les lecteurs. Les blogueurs leur font plus ou moins de place mais TPM media a l'habitude de les citer régulièrement. Voici donc un commentaire d'un lecteur de TPM auquel j'adhère:

Let's say that all of the sudden, due to the catastrophic onset of a once-in-a-generation crisis, it no longer becomes possible to deny that the elites at the head of a societally important institution have a record of rampant violation not just of the law, but of our most cherished American ideals. Do you:

A) acknowledge that the institution itself has failed in fundamental ways, name and prosecute the true bad apples to the fullest extent of the law, and overhaul the system in a way that essentially wipes out many of the vested interests that have kept it going; or

B) attempt to patch up the existing system by agreeing to keep up various now-discredited fictions and illusions in exchange for a few hard concessions from the elites, all in the hope that the whole monstrosity can limp along until the crisis has passed, at which point it can recover and all of the elites can go back to business as usual

Obama is, by nature, a consensus seeker with inhuman levels of ambition and talent, which means that on both torture and on Wall St. bankster criminality he instinctively reaches for B), which is the (impossible) option that attempts to please everybody at least a little. But what we really need is A), which would seem to someone like Obama to be the most dangerous option, necessitating as it does the social trauma of genuine collective soul searching. You'd have to be able to gamble that America can tolerate this kind of huge rupture -- like the lancing of a boil -- and come through it all intact, and Obama is not a gambler.

Je crois que le problème est posé correctement et c'est la question du blogo depuis l'élection d'Obama. Obama n'est initialement capable que de B mais arrivera-t-il, avec l'aggravation de la crise, à bâtir les circonstances politiques nécessaires à l'exécution de A? Le président pèse en réalité assez peu par rapport aux pouvoirs constitués qui ont intérêt au status quo. La manière dont Obama s'est entouré (a été entouré?) a plutôt refermé la fenêtre d'opportunité pour A. Le seul scénario pour le moment est une rupture majeure similaire à celle réalisée par la gauche française en 1983. Cette dernière avait alors trahi sa base au nom du "réalisme". Il va sûrement être plus difficile pour Obama de trahir les élites au nom de leur ineptitude/corruption. On ne mesure sans doute pas assez (pour les rares personnes qui se posent la question de la possibilité de A) à quel point Obama est un produit du système malgré le "narrative" à la Spartacus qu'on entend à son sujet.

samedi 25 avril 2009

J'en rajoute une couche...

Je me rends compte que j'ai crédité Atrios pour un bon post (voir post précédent) alors qu'il n'avait fait que répéter celui de Krugman que je reproduis ci-dessous:

April 24, 2009, 11:00 am

The defining moment

One addendum to today’s column: the truth, which I think everyone in the political/media establishments knows in their hearts, is that the nine months or so between the summer of 2002 and the beginning of the Iraq insurgency were a great national moral test — a test that most people in influential positions failed.

The Bush administration was obviously — yes, obviously — telling tall tales in order to promote the war it wanted: the constant insinuations of an Iraq-9/11 link, the hyping of discredited claims about a nuclear program, etc.. And the question was, should you stand up against that? Not many did — and those who did were treated as if they were crazy.

For me and many others that was a radicalizing experience; I’ll never trust “sensible” opinion again. But for those who stayed “sensible” through the test, it’s a moment they’d like to see forgotten. That, I believe, is the real reason so many want to let torture and everything else go down the memory hole.

Let’s hope that doesn’t happen.

Cette idée exprimée par Krugman est puissante car ces 9 mois dont il parle ont sûrement contribué à l'éveil politique d'une génération dont on n'a pas fini d'entendre parler. Comme Krugman, comme Atrios, j'avais construit au fil des années une espèce de foi dans l'opinion des élites. J'en étais même devenu parfois le perroquet. Tout à coup, la radicalité de la propagande servie à l'opinion faisait réellement peur aux gens habitant aux Etats-Unis. J'imaginais précédemment que le discours des élites américaines était contraint par un principe de réalité, par une forme de rationalité à laquelle des gens éduqués se devaient d'adhérer. Mais non: les élites politiques et médiatiques s'étaient simultanément mises d'accord sur le même mensonge (à première vue magiquement) et elles le répétaient systématiquement de manière orwellienne. Toute voie dissonante était impitoyablement réduite au silence.

C'est le moment où les gens qui ont fait cette expérience inouïe aux Etats-Unis ont eu à choisir entre la pilule bleue et la pilule rouge*. Chaque citoyen a dû trouver une solution face à cette "cognitive dissonance" qui faisait que l' "empire du bien" (gagnant de la guerre froide contre l' "empire du mal") agissait tout à coup contre ses principes fondateurs. Il est certain que ceux qui ont pris la pilule rouge ont été plus nombreux à envisager qu'une crise économique majeure pouvait se tramer "in plain sight" (au vu et au su de tous), en dépit du ronron rassurant des MSM (mainstream media). Car le mensonge sur la guerre en Irak est parent du mensonge sur l'économie. Cela sera l'objet d'un autre blog, un jour.

* Référence à cette scène du film Matrix:

Note: Ce post de Krugman est en fait une after-thought après un édito brillant dans le NYT où il demande une enquète sur les tortures et sur la "march to war" dans le but de "regagner la conscience de l'Amérique". Indeed. Moment d'humilité pour le blogo quand l'appréciation du post d'un blogueur finit par l'éloge d'un édito du NYT.
Note 2: Krugman qui était déjà sur la Blogo Compliant List.

Les grands blogueurs...

Il est parfois irritant d'aller sur le site d'un blogueur très connu: quelques phrases moyennement écrites avec un lien vers un autre site et voilà: plusieurs centaines de milliers de visites par jour. On essaye de comprendre. Bien sûr, il y a l'avantage d'avoir fait parti des premiers. Peut-être quelques connections dans les vieux médias "to get things going"? Parfois, mais c'est plutôt rare, il y a une vraie expertise et une ligne éditoriale claire comme Glenn Greenwald. Parfois il y a un réel talent d'écriture.

Et puis parfois on se rend compte que ce qu'on lit décrit exactement sa propre expérience et c'est sans doute cela qui fait que les grands blogueurs sont fédérateurs et ont un "huge following". Case in point, Atrios:

Radicalizing

As Krugman says, the period leading up to the Iraq war was indeed a radicalizing experience. I think there were plenty of people like me who had a degree of faith in elite opinion, in the sensible people in nice suits, which I never will again.

And those people hate the dirty fucking hippies more than ever for the simple crime of being correct.

vendredi 24 avril 2009

Friday Plane Blogging


Je suis en vacances. Faible posting ces jours-ci. Les avions se sont quand même améliorés depuis les années 60!

mercredi 22 avril 2009

Une commission sur la crise

Le Blogo se demandait avec William Black pourquoi il n'y avait pas de commission sur la crise. Et bien on en prend le chemin: Nancy Pelosi va demander à ce qu'une enquète soit mise en place sur le modèle de la commission Pecora* en 1929. Bloomberg News s'interroge immédiatement sur la portée réelle que peut avoir cette enquête vu l'organisation de la "structure de pouvoir". On se demande en effet...

extrait:

Members of Congress may be reluctant to tackle the recommendations of such an inquiry because of financial industry donations to political campaigns, said Wall Street historian Charles Geisst.

Financial services has been the biggest contributor in every U.S. election cycle in the last 20 years, according to the Center for Responsive Politics, a Washington research group that tracks campaign money. Its individual and political action committee donations in 2007 and 2008 totaled $463.5 million, compared with $163.8 million from the health-care industry and $75.6 million from energy companies.

Goldman and Citigroup

Individual and PAC donations from Goldman Sachs Group Inc. which totaled $30.9 million, and Citigroup Inc., at $25.8 million, were higher than those from any other company except AT&T Inc.’s $40.9 million over the last 20 years, the center’s compilation of Federal Election Commission data shows.

“How can you seriously propose a law when you’ve been taking money from ‘The American Poodles for Wall Street’ or whatever fund for the past 10 years,” said Geisst, a professor of finance and economics at Manhattan College in New York and author of “Wall Street: A History” (Oxford University Press, 488 pages, $24.99).

samedi 18 avril 2009

Sarkozy et la titrisation

"Il faut la faire repartir". C'est ce qu'a dit Sarkozy sur la titrisation lors du déjeuner dont les médias du monde entier se font les gorges chaudes (et c'est beaucoup plus important que les remarques montées en épingle sur Zapatero et Obama).

Selon Libération, il aurait répondu à Emmanuelli qui objectait «Henri, toi qui as été banquier, tu le sais très bien. La titrisation a permis le développement du monde depuis vingt ans».

C'est justement ça le problème... Les dirigeants politiques ont l'impression que la titrisation a permis l'essentiel de la croissance récente. Ils soupèsent 20 ans de croissance contre 18 mois de crise et la balance penche encore en faveur de la croissance selon eux. Rendez-vous dans 3 ans. On verra alors si le modèle de croissance par la titrisation est vraiment souhaitable. C'est probablement ce que leur sussurent à l'oreille des banquiers soucieux de cacher l'étendue du désastre pour préserver leurs postes: "Vous voulez de la croissance pour être réélus? Titrisons, titrisons et titrisons encore!".

Il ne faut pas "relancer" cette machine infernale. Il est vraiment extrêmement décourageant que les dirigeants du monde (Sarkozy adhère sûrement à un consensus puisque le plan américain est complètement sur cette ligne de relance de la titrisation) n'aient pas au moins des doutes sur ce système. J'espérais que les allemands et les français (et les autres) avaient plus de hauteur de vue sur la question.

Alors quoi? Faut-il que l'Europe continentale qui était en retrait se mette à titriser jusqu'à plus soif? Va-t-on vers une loi favorisant la titrisation en France? On croit vraiment rêver... Les américains ont toujours cette capacité à nous faire avaler n'importe quoi! La titrisation est un système d'allocation du capital vicié car celui qui prête n'est pas intéressé au remboursement de l'emprunteur. Si personne en France ne comprend que ce discours pro-titrisation est une dernière arnaque de banquiers américains désespérés pour gagner un peu de temps et garder leurs jobs jusqu'au prochain bonus, on est pas rendus. Les américains ont planté l'économie mondiale en titrisant à tour de bras mais la morale de l'histoire n'est pas que le système bancaire américain doit revenir à des pratiques plus conservatrices à l'européenne, c'est qu'il faut "relancer la titrisation". Même Obama a parlé de "croissance factice" ("paper growth") sur Jay Leno. Comment Sarkozy peut-il défendre un système failli qui n'est même pas prédominant en France? Il aurait au contraire toutes les raisons de donner des leçons de conservatisme financier aux américains. Si l'idée qui ressort du G20 est que les "20" doivent aider à relancer la titrisation car cela permet la croissance, l'heure est vraiment très très grave.

C'est en tout cas une raison de plus pour que beaucoup de têtes tombent dans la finance américaine. Les mêmes ne pourront jamais se réformer et revenir sur leurs erreurs. Ils ne sauront que maximiser leur bonus en persuadant les politiques qu'il n'y a pas d'autres solutions que de continuer comme avant, aux frais du contribuable.

La titrisation est le problème. Pas la solution.*

* Sauf à inventer de nouvelles techniques de titrisation radicalement différentes mais Sarkozy n'a pas fait mention de la nécessité d'un tel préalable.

Friday Plane Blogging


Encore raté... Voici donc le FPB avec un jour de retard. Merci au lecteur qui m'a fait remarquer cet oubli. Décollage de Los Angeles.

vendredi 17 avril 2009

Obama et l'héritage Bush

Obama a donc choisi de publier les "torture memos" et il faut bien reconnaître que l'atmosphère est du coup bien moins pesante que s'il les avait tenus secret. Simultanément, il a rassuré les exécutants en les soustrayant par avance à toute poursuite judiciaire. La CIA est un pouvoir et Obama pense qu'il doit le ménager. Il n'en demeure pas moins que le gouvernement américain est tenu juridiquement à poursuivre les commanditaires de la torture et les tortionnaires. Glenn Greenwald le rappelle succintement au travers des textes juridiques suivants:

Convention Against Torture -- signed by Reagan in 1988, ratified in 1994 by Senate:

Each State Party shall ensure that all acts of torture are offences under its criminal law (Article 4) . . . . The State Party in territory under whose jurisdiction a person alleged to have committed any offence referred to in article 4 is found, shall in the cases contemplated in article 5, if it does not extradite him, submit the case to its competent authorities for the purpose of prosecution.

No exceptional circumstances whatsoever, whether a state of war or a threat or war, internal political instability or any other public emergency, may be invoked as a justification of torture. . . . An order from a superior officer or a public authority may not be invoked as a justification of torture.

Geneva Conventions, Article 146:

Each High Contracting Party shall be under the obligation to search for persons alleged to have committed, or to have ordered to be committed, such grave breaches, and shall bring such persons, regardless of their nationality, before its own courts.

Charter of the International Tribunal at Nuremberg, Article 8:

The fact that the Defendant acted pursuant to order of his Government or of a superior shall not free him from responsibility, but may be considered in mitigation of punishment if the Tribunal determines that justice so requires.

U.S. Constitution, Article VI:

[A]ll Treaties made, or which shall be made, under the Authority of the United States, shall be the supreme Law of the Land.

mercredi 15 avril 2009

L'imposture comptable: change you can believe in

Les politiques font souvent le contraire de ce qu'ils annoncent et l'administration Obama ne fait pas exception. On annonce "des choix difficiles et de la transparence" et on se retrouve avec des expédients favorisant le très court terme et toujours plus d'opacité. Il y a quinze jours (j'ai un peu tardé pour en parler), l'organisme chargé des normes comptables a fait une énorme concession aux banques: elles peuvent désormais évaluer leurs actifs aux prix qu'elles souhaitent et plus aux prix de marché. Cet article explique la mesure qui intervient juste à temps pour embellir les annonces de résultats du premier trimestre.

L'idée générale qui sous-tend ce changement est la même que pour le TALF (ou Public Private Initiative qui vise à subventionner l'achat d'obligations pourries): les obligations basées sur les mortgage n'ont pas perdu de valeur parce que le marché de l'immobilier est en chute libre après dix ans d'excès, il y a juste un problème de confiance momentané et tout va rentrer dans l'ordre sous peu.

Plus rien ne vaut donc rien dans l'amérique d'Obama. Les trillions volent au-dessus des têtes des contribuables américains sans qu'ils puissent en tenir le compte. Un pouvoir politique aux ordres est déterminé à sauver l'oligarchie financière quel qu'en soit le coût. S'il faut sacrifier des principes comptables garantissant l'intégrité des acteurs économiques et faire basculer toute l'économie dans les eaux marécageuses de la manipulation comptable, so be it. Rien ne compte aux yeux du pouvoir américain au-delà de ses trois priorités essentielles: les banques, les banques et les banques (dans leur forme actuelle). Les agissements des élites économiques depuis le début de la crise nous dispensent d'une enquète approfondie sur les causes de la crise: la corruption endémique du système apparaît désormais en pleine lumière et elle ne laisse aucun doute sur les responsabilités dans ce désastre. Il est clair que la culture au sommet depuis des années est qu'on peut sacrifier le bien commun pour $1 de bonus. Alors pour des milliards...

Goldman se moque du monde

GS a décidé de rembourser l'argent du TARP pour s'affranchir à bon compte des contraintes que cet argent engendrait. Le but est également plus généralement de se distinguer du reste des banques en faisant passer GS pour "une banque qui s'en sort sans aide de l'Etat". Pour rembourser cet argent, il a été nécessaire de faire une augmentation de capital de $5,5 milliards dans des conditions inespérées il y a à peine 15 jours: $123 l'action. Le jour suivant, l'action a baissé de 11% - à se demander si ce genre de choses ne se produisent pas.

Le problème est que GS a bénéficié des interventions de l'Etats de bien d'autres manières que par le seul argent du TARP. Les seuls montants clairement identifiés pour l'instant sont les $13 milliards perçus par l'intermédiaire du sauvetage d'AIG mais il est probable que cela ne soit qu'une goutte d'eau par rapport au total des aides touchées à ce jour (sans parler du futur avec notamment le TALF). Comme toutes les autres banques américaines d'importance, GS ne doit sa survie q'aux largesses du contribuable américain, argent du TARP ou pas. Le bailout stricto sensu n'est vraiment que du "small change" par rapport aux engagements de l'Etat dans leur globalité (le compte de Bloomberg est à $13 trillions de garantie). Le bilan de la FED a plus que doublé depuis le début de la crise (augmentation de plus d'un trillion) et une partie importante de cette augmentation a été utilisée pour maintenir le système financier à flot. Goldman a n'en pas douter en a été bénéficiaire même si l'opacité générale des mesures prises ne permettent pas d'en connaître le détail.

La ruse téléphonée de GS qui consiste à rembourser l'argent du TARP pour faire croire à son autonomie est une absurdité (qu'aucun MSM ne va bien sûr dénoncer). GS pense pouvoir échapper à la responsabilité collective des banques en remboursant $10 milliards. C'est risible.

Les banques américaines ont failli collectivement. Elles ont soudoyé les représentants du peuple pour qu'ils légifèrent contre son intérêt. Elles ont utilisé leurs relais politiques et médiatiques pour condamner "légalement" à la misère un grand nombre de citoyens. Elles utilisent aujourd'hui ces mêmes appuis politiques pour échapper aux conséquences de leurs actions et faire porter au peuple le poids financier de leur quête de profits démesurés. Ces banques doivent-être nationalisées, leur management doit être limogé. Elles doivent de plus être coupées en petits morceaux comme conseillé ici dans l'idée que "too big to fail is too big to exist". Les produits comme les CDS qui les transforment en entités interdépendantes et finalement en un seul bloc monolithique doivent être interdits.

En sous-entendant qu'après avoir remboursé $10 malheureux milliards GS aura réglé ses comptes avec le contribuable américain, la banque insulte son intelligence. Comme Michael Corleone dans "Le Parrain", le contribuable devrait lui dire: "It insults my intelligence and it makes me very angry."
Voir ce clip à 2min15s:

mardi 14 avril 2009

La fin de la publication de l'agrégat monétaire M3

Comme signalé à diverses reprises sur le Blogo, la FED a décidé unilatéralement de ne plus publier son agrégat monétaire le plus large, l'agrégat M3. Au moment de l'interruption en 2006, la croissance de l'aggrégat était en pleine accélération et s'établissait autour de 11% par an. Cela renforçait les suspicions sur la volonté de la FED de jeter un écran de fumée sur ces données.

A l'époque , la croissance de M2 (un indicateur moins large) était de l'ordre de 7% par an. Dans cette news Bloom, il est indiqué que M2 est aujourd'hui à 14% (contre une moyenne à 6% sur les dix dernières années)... Bienvenue donc dans un monde d'inflation.

La reprise de l'inflation va d'ailleurs probablement devenir le meilleur indicateur du fait que la crise a atteint un point bas. La chute libre de l'activité économique crée pour l'instant des pressions déflationnistes qui contrebalancent le saut "Thelma et Louise" des banques centrales dans l'inconnu de la création monétaire. La politique monétaire est tellement inflationniste que dès que cette chute ralentira ou qu'un plancher sera atteint, cela sera immédiatement perceptible dans les chiffres de l'inflation.

lundi 13 avril 2009

Annuler et interdire les Credit Default Swaps

Il faut annuler les CDS existants et interdire la production de nouveaux CDS dans le futur.

(Avant de continuer, rapide didacticiel sur les CDS.)

Le Blogo a défendu cette position (radicale - je ne l'ai jamais vue défendue*) pour la première fois le 23 février. Comme pour la nationalisation des banques (défendue depuis le 9 octobre à un moment où ça n'était pas encore à la mode) je pense que ce thème va devenir important dans les mois à venir. La raison en est simple: ces contrats ne pourront pas être honorés. L'annulation de ces contrats n'est pas simplement nécessaire pour éviter la faillite des banques (elles sont déjà en faillite), c'est la seule solution pour éviter la faillite des Etats qui se sont portés garants de ces banques. Ils sont devenus à ce moment là des heureux participants du marché des CDS. Il aurait fallu dès cet instant que les gouvernements fassent place nette en mettant fin à tout trading de CDS (notamment) mais ils ont préféré faire confiance aux traders (qui avaient fait leurs preuves...) pour gérer au mieux l'argent des contribuables (voir ici).

L'idée d'annuler les contrats est délicate d'un point de vue juridique mais je crois que l'on va très vite se rendre compte qu'essayer de les honorer ne va pas être simplement "délicat" mais réellement impossible. Pour le moment, le gouvernement américain a démontré qu'il était déterminé à payer comme dans le cas d'AIG où les contreparties de CDS "subprime" ont toutes vu leurs paiements effectués rubis sur l'ongle. Une autre stratégie (qui revient à l'annulation des contrats sans le dire) a été de prévenir les faillites dans le système bancaire mais aussi dans l'automobile. En empêchant les évènements de défaut d'intervenir pour BS, ML, Wachovia etc..., l'Etat a épargné pour l'instant aux CDS d'apparaître pour ce qu'ils sont: des "financial weapons of mass destruction" (Warren Buffet).

Cette stratégie de boucher les fissures une par une fasse à un barrage sur le point de céder ne peut pas durer toujours et il va arriver un moment où le coût de ces pis-allers va devenir exorbitant. Enters the "annulation scheme"! (à prononcer en anglais même si "annulation" ne l'est guère). Il n'est pas impossible d'imaginer que cette révolution copernicienne se produira précisément au moment où Goldman Sachs n'estimera plus judicieux de faire face à ses obligations en matière de CDS. Just sayin...

Comme d'habitude depuis le début de la crise, l'anticipation est nulle car on confond "identifier une difficulté" et "créer une difficulté". Comme un enfant qui croit faire disparaître son interlocuteur en se cachant les yeux, les banquiers font disparaître la difficulté en l'évitant du regard.

D'une certaine manière, un des problèmes que posent les Credit Default Swaps (voir le didacticiel sommaire du Blogo sur les CDS dans le post précédent) touchait déjà les pools d'emprunts dans le subprime. Sur 1000 emprunts, on considérait que dans le pire des cas, 40 feraient défaut simultanément et pas 250 (ou plus) comme on le voit actuellement. Pour les CDS, le problème est similaire: les banques ont calculé qu'un certains nombre de sociétés pouvait faire défaut en même temps mais elles n'ont pas envisagé une crise comme celle que nous traversons. Loin d'imaginer une crise de cette ampleur, elles ont au contraire essayer de rationaliser l'idée selon laquelle les crises à venir seraient moins graves que par le passé. C'est ainsi qu'on lisait régulièrement avant 2007 que, dorénavant, les "technologies" de gestion du risque étaient arrivées à un niveau de sophistication jamais atteint, que le risque n'avait jamais été aussi bien maîtrisé dans l'histoire et qu'il était de plus réparti de manière homogène sur toute la planète (grâce à la sécuritisation). Cela a permis de rationaliser la plupart des excès de la période et il y avait peu d'esprit indépendant comme Stephen Roach de Morgan Stanley qui osait pointer du doigt qu'on était, bien au contraire, en train de constituer la plus grosse bombe financière de tous les temps (dire cela était mauvais pour les bonus ce qui ne faisait pas que des amis).

Le nombre de défauts possibles simultanément a été sous-estimé mais ça n'est pas le seul problème. Les CDS ont ceci de magique qu'à court terme, ils rapportent de l'argent à ceux qui en émettent. C'est typiquement ce qu'a fait AIG avant sa faillite mais il s'agit juste d'un cas particulier du mécanisme qui a poussé tout le système financier à produire des CDS à tour de bras depuis dix ans: on génère immédiatement du revenu sans immobilisation de capital. Après, on démontre à son département "risque" en prenant un historique de deux ans que l'on a pris un risque epsilonesque et on vient de trouver la poule aux oeufs d'or. Alors, on imprime des CDS "En veux-tu? En voilà." sans aucune limite. Dix ans plus tard, tout le monde est condamné à ce que tout se passe bien car sinon des montants à proprement parler astronomiques deviendraient exigibles si quelques évènements de défaut seulement se produisaient (on évalue entre $25 et $60 trilliards le notionnel de tous les CDS existants). Le seul défaut de General Motors pourrait rendre exigible 6 à 7 fois la dette de GM ($40 billion) selon Nouriel Roubini. D'autres parlent d'un trillion. On ne sait pas vraiment car ces produits ne sont pas traités sur un marché mais "over the counter" ce qui veut dire que deux intervenants de marché se mettent d'accord et qu'ils sont les deux seuls à être au courant de la transaction. De plus, cet engagement est hors-bilan.

Il faut noter ici que beaucoup de ces engagements se compensent les uns les autres car deux grandes institutions peuvent quotidiennement faire des trades qui annulent leurs effets en cas de défaut. Il n'en demeure pas moins qu'en raison des montants en jeux, un défaut à l'instant t peut mettre à terre une banque qui aurait été sauvée par un autre défaut à t+1 mais qui ne sera plus là pour le voir. C'est dans ce contexte que les CDS peuvent être considérés comme des "weapons of mass destruction". Sur le subprime, AIG était clairement la plus exposée et on a vu le résultat (même si elle avait en plus d'autres faiblesses).

Nous en sommes là. Les Etats font des pieds et des mains depuis le début de la crise pour qu'aucun "évènement de défaut" déstabilisateur ne vienne perturber ce système instable en rendant exigibles les garanties théoriquement apportées par les CDS. Le défaut est devenu interdit. Des faillites à répétition dans les banques auraient par exemple déclenché cette spirale infernale. Les gouvernements du monde entier tiennent le système à bout de bras, ici en évitant la faillite d'une banque, là en prenant à son compte les obligations d'une société d'assurance (AIG par exemple).

Le cas d'AIG est particulièrement intéressant car AIG a émis massivement des CDS sur les obligations "subprime". L'intérêt pour eux était probablement d'obtenir des cashflows à court terme. En face, des institutions en meilleure posture ont clairement profité du fait qu'AIG était aux abois. Les CDS subprime n'existent que depuis 2005 (contre fin des années 90 pour le risque "corporate" et le risque souverain). Peu après leur apparition en 2005, la crise du subprime est apparue inévitable. Il semble qu'AIG ait offert de la protection sur ces bonds toxiques à un moment où tout le marché cherchait à prendre l'autre sens de ce trade. Et Goldman l' a fait particulièrement massivement. En toute logique, "shorter" le subprime à ce moment là n'aurait jamais dû rapporter: toute institution trop impliquée dans la vente de protection n'y résisterait pas et le risque de contrepartie aurait dû dissuader tout acteur raisonable de se couvrir de cette façon. Ce cas est également intéressant car si le marché des CDS corporate (plus vieux et plus important) dans son ensemble n'a pas encore connu beaucoup d'évènements de défaut, il y en a eu dans le subprime (sur des BBB par exemple même si j'ai aussi lu que l'évènement de défaut pouvait être un downgrade***). Les sommes importantes qui sont devenus dès lors exigibles ont coulé AIG mais elles ont été payées grâce à Uncle Sam (le gouvernement américain ayant payé les obligations AIG). Cela a permis à des intervenants qui avaient pris un risque idiot (le risque de contrepartie d'AIG) de se retrouver complètement protégées par des politiciens corrompus et des contribuables inertes.

Cela constitue donc un précédent: si une institution financière ne peut honorer les CDS qu'elle a vendus, l'Etat viendra à son secours. En réalité, les montants seront plus importants la prochaine fois et le gouvernement ne pourra pas faire face (si tant est qu'il ne soit pas d'ores et déjà "way over its head" mais ça, c'est une autre histoire pas directement liée aux CDS).

Vous souvenez-vous de la "Doomsday Machine" (machine infernale) du docteur folamour qui devait faire exploser la planète entière si une seule explosion atomique intervenait? C'est un peu ce que les CDS ont créé en matière de défaut dans le système financier international. Quelques défauts pourraient rendre exigibles des sommes tellement faramineuses que les ressources financières des Etats ne suffiraient pas à ramener la confiance. Annuler les CDS revient à désamorcer la Doomsday Machine. Dans le film, toute tentative de désamorçage conduit à son explosion une fois qu'elle est mise en route. Il est clair que l'annulation de tous les CDS causerait des remous importants mais je pense qu'ils seraient bien moindre que de laisser se dérouler passivement le jeu de massacre que nous avons devant nous.


* J'ai vu des articles où on suggérait de les interdire mais pas de les annuler.
** C'est un des nombreux sujets sur lesquels j'aimerais trouver des éclaircissments. Le rythme effréné de la crise ainsi que l'opacité des actions de la FED n'ont pas permis d'avoir des réponses sur les sujets suivants (si vous en avez, ça m'intéresse): Sur quels types de sous-jacents ont eu lieu ces paiement d'AIG-FP? Pour quels montants? Pour les CDS, quel a été l'évènement de défaut? Le paiement complet du notionel du CDS était-il la seule solution? Sinon, pourquoi a-t-elle été retenue? Vu l'état d'AIG-FP, n'était-il pas raisonable de ne payer qu'une partie des sommes exigibles par les contreparties (voire rien du tout)? etc...
Je me souviens par exemple que quand on m'a expliqué les CDS subprime, on m'a dit que l'évènement de défaut était que les cum loss se mettaient à rogner une tranche et qu'à partir de là, c'était "pay as you go" indépendamment des casflows prévus dans la structure (ce qui est énorme quand on y pense car cela veut dire que la structure compterait pour le cash mais pas pour le CDS). Depuis, j'ai lu que c'était le downgrade qui avait rendu ces notionnels de CDS exigibles... Vos éclairages/commentaires sont les bienvenus si vous en avez.

Qu'est-ce qu'un CDS?

Un CDS est un contrat entre deux parties qui vise à inverser les paiements d'une obligation classique. Vous payez la prime liée au risque de crédit de l'emprunteur et si celui-ci fait défaut, votre contrepartie vous paye le principal. Le paiement du principal est en général déclenché par la faillite qu'on appelle "évènement de défaut".

Si, par exemple, vous achetez une obligation émise par El Blogo, vous lui donnez 100 millions de votre argent puis El Blogo vous paye 5% par an par exemple et vous rembourse à maturité. Si El Blogo fait défaut avant la maturité, vous perdez l'argent que vous avez prêté.
Si vous achetez une protection contre une faillite d'El Blogo (autrement dit, un CDS), vous payez 5% par an sur un notionel de votre choix (qui n'est pas contraint par le principal de la dette sous-jacente) et en cas de faillite ("évènement de défaut"), on vous paye 100% de ce montant .

(L'exemple précédent est simplifié, notamment parce que le prêteur récupère généralement une partie du principal.)

Il y a une limite au volume d'obligations qu'une société peut émettre: à partir d'un certain niveau, les analystes financiers vont se dire que le niveau de dettes est trop élevé par rapport aux actifs et les marchés vont couper le robinet de la dette (en la rendant plus chère). Ainsi, si une société fait défaut, elle peut "planter" ses créditeurs d'un nombre de milliards limités, proportionnel à son réel poids économique (des dizaines de milliards au maximum). C'est le "défaut à papa". Dans le cas des CDS, cette "real world" limite n'existe pas et on entre dans le défaut "New Age": l'évènement de défaut rend exigible un montant illimité. Etant donné qu'il n'y aucune limite aux transactions entre participants, l'évènement de défaut peut rendre exigible des dizaines ou des centaines de fois les montants perdus par les prêteurs originaux. C'est comme ça qu'une banque peut soutenir une société en difficulté car elle se sait très exposée à cette faillite en particulier à cause de son book de CDS. Une banque ayant fait le pari inverse peu quant à elle avoir intérêt au défaut...


On voit bien dans le fonctionnement de base d'un CDS qu'il représente une aubaine pour celui qui est en mesure d'en créer: à court terme, il reçoit du cash et il n'a pas à immobiliser de capital en collatéral. C'est la martingale. De l'autre côté du trade, un zozo paye l'illusion de la sécurité mais il sait qu'au risque de défaut contre lequel il se couvre s'ajoute un risque de contrepartie. Dans un contexte où les défauts sur des grands noms avaient quasiment disparu de la carte depuis l'an 2000, les CDS ont explosé. L'emprunteur subprime a du mal à résister à la notion de "cash immédiat" et le vendeur de CDS peut d'une certaine manière tomber dans le même panneau s'il est en difficulté comme cela semble avoir été le cas pour AIG.

Pour les conséquences néfastes de ces produits, voir ici. Le Blogo défend leur annulation et leur interdiction.

dimanche 12 avril 2009

"Pessimism porn"

Voici la "catch phrase" trouvée par un journaliste de ABCNews pour catégoriser Peter Schiff et Gerald Celente (un autre prophète de malheur similaire à Peter Schiff mais dont je n'ai pas parlé sur le Blogo jusqu'à maintenant parce que je crois me souvenir qu'il avait des affiliations un peu plus suspecte). Ce journaliste explique que l'attrait du "pessimism porn" est lié au fait que "les gens se croient plus intelligents en écoutant des prédictions apocalyptiques". Peut-être est-ce lié à ce phénomène: "les gens se croient débiles en s'entendant dire que tout va bien alors que tout est sur le point d'exploser"? Il a complètement raison: la bêtise crasse est un allié essentiel des propagandistes dans son genre.

Extrait: "Now I should be clear: most mainstream economists don't agree wit Celente and Schiff at all."

I feel better already!