dimanche 13 septembre 2009

"La peur n'était pas une excuse pour justifier la torture."

Encore un message du beatnik qui écrit le blogo et qu'on imagine volontiers avec une fleur dans les cheveux (longs, naturellement)? Non. Ca n'est pas moi qui le dit mais des anciens responsables militaires très hauts placés* (dont un ancien commandant du corps des "marines"). Extrait qui nous confronte à l'énormité de ce qui s'est passé depuis 2001 et que nous avons, bon an mal an, accepté sans broncher**:

... we never imagined that we would feel duty-bound to publicly denounce a vice president of the United States, a man who has served our country for many years. In light of the irresponsible statements recently made by former Vice President Dick Cheney, however, we feel we must repudiate his dangerous ideas -- and his scare tactics.

We have seen how ill-conceived policies that ignored military law on the treatment of enemy prisoners hindered our ability to defeat al Qaeda. We have seen American troops die at the hands of foreign fighters recruited with stories about tortured Muslim detainees at Guantánamo and Abu Ghraib. And yet Cheney and others who orchestrated America's disastrous trip to ``the dark side'' continue to assert -- against all evidence -- that torture ``worked'' and that our country is better off for having gone there.

* Charles C. Krulak was commandant of the Marine Corps from 1995 to 1999. Joseph P. Hoar was commander in chief of U.S. Central Command from 1991 to 1994.
** En effet: où est la condamnation internationale des pratiques américaines? Une condamnation française du "pays des droits de l'homme"? Nous sommes prêts à faire les gros yeux sur la torture à des dictateurs africains mais pas aux Etats-Unis... Sans parler de ceux qui n'ont pas manqué une occasion ces dernières années d'éructer contre un anti-américanisme supposément maladif pour tenter de faire taire la critique. Etre contre la torture et les guerres d'agression basées sur des prétextes mensongers n'est pas une maladie.

Social-traître

Warren Buffett dit aux congressmen américains que les riches ne payent pas assez d'impôts. Je crois malheureusement qu'il ne leur apprend rien: les congressmen sont payés par ces mêmes riches pour que leurs impôts restent bas. They should know!

Buffett est coutumier du "riches bashing".

Pour ce qui est de l'impact de la discussion sur les députés, à en croire un centriste démocrate, les riches n'ont pas de soucis à se faire (no shit!). Ben Nelson pense qu'il y a "d'autres moyens de payer que d'augmenter les impôts". Bah oui Ben, ça s'appelle la dette.

Sen. Ben Nelson, a centrist Democrat from Nebraska, said he wasn’t sure whether Buffett’s chat would embolden his colleagues to raise taxes.

“I don’t know that people will move toward tax increases,” he said in reference to healthcare reform funding. “Tax is still for a four-letter word, and I think there are other ways to pay for this than raising taxes.”

Libération du "shoe thrower"

Muntazer al-Zaidi, le journaliste qui avait balancé une chaussure sur Bush, doit être libéré demain. Voilà un pari réussi: il a pris un risque important et il a maintenant un statut de héros en Irak et sans doute dans le monde entier. En sortant de prison, il va donc pouvoir profiter de son nouveau statut, mérité pour une fois (ça n'est pas tous les jours qu'un journaliste devient une star en s'opposant au pouvoir plutôt qu'en lui servant la soupe).

vendredi 11 septembre 2009

Friday Plane Blogging

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jeudi 10 septembre 2009

Post-It (3)

Meredith Whitney (analyste devenue star en tirant l'échelle sous Citigroup et le système bancaire quelques mois avant que tout n'implose) recommande Goldman Sachs à l'achat. A propos des banques, elle dit: "la crise est passée mais les fondamentaux ne se sont pas améliorés".

Kevin Harrington de Clarium LLC parle d'une récession "saut à ski", une légère inflexion maintenant suivie d'une chute un peu plus rapide ensuite. “If we have a recovery at all, it isn’t sustainable. This is more likely a ski-jump recession, with short-term stimulus creating a bump that will ultimately lead to a more precipitous decline later." Sur la modification des règles comptables, il dit que ce n'est que repousser les problèmes: “We haven’t fixed the problem. We’ve just slowed down the official recognition of it." (via Bloomberg)

Barack Andropof. Cet article du Wapo montre comment derrière la politique de "retrait d'Irak" se cache souvent une augmentation du recours aux mercenaires. Si on enlève le strass et les paillettes, le passage de relais entre Bush et Obama fait plus penser à la succession Brejnef/Andropov qu'à Tchernenko/Gorbatchev. Deux apparatchiks totalement en ligne avec le le "soviet suprême américain" et bien décidés à ce que rien ne change.

Moody's ne pense pas baisser la note sur la solvabilité du Royaume-Uni. S&P a mis le Royaume-Uni en "negative watch".

Désobéissance civile

Voilà un titre qui va attirer l'attention des RG et donc augmenter la fréquentation de mon site (les RG n'existent plus je crois mais vous avez l'idée). Heureusement pour moi, je ne parle pas du contexte français mais américain.

C'est un contexte où selon le blogo: "Something's got to give" (quelque chose doit lâcher). C'est un peu la question qui me taraude en ce moment: comment la dernière bulle, la bulle de la confiance dans la capacité des contribuables à assumer les dettes qu'ils n'ont pas été capables d'assumer à titre privé, va exploser. Voici une liste (absolument pas exhaustive) de différents scénarios qui ne sont pas exclusifs les uns des autres:
- des statistiques économiques qui s'aggravent dramatiquement (inflation, rentrées fiscales...),
- une crise monétaire
- des défaites militaires
- des émeutes substantielles
- une fuite dans la presse d'éléments qui montrent que l'édifice économique qu'on nous présente est un village Potemkine et qui ne peuvent être ignorés par les marchés (si un juge obligeait la FED à documenter ses aides par exemple, ce qui pourrait arriver le 30 septembre - don't hold your breath...).

Pour tous ces problèmes, le gouvernement fait un effort sans précédent de contrôle de l'information ce qui contribue sans aucun doute à l'impression de stabilité. La planche à billets est l'instrument qui est censé transformer le plomb en or et donner de la crédibilité à la réalité économique factice construite devant nous. Qui plus est, les marchés qui avaient un peu de crédibilité dans la traduction des réalités économiques avant l'automne 2008 boivent désormais au sein de l'Etat et ça se passe plutôt bien (la saison des bonus 2009 s'annonce excellente, peut-être record - ils n'oseront peut-être pas l'afficher mais il doit y avoir des moyens de les minimiser publiquement). Les opérateurs de marché partout dans le monde ont donc intérêt à soutenir le village Potemkine. Sans compter les banques centrales, notamment chinoise à qui il incombe de sauver la mise au personnel politique chinois... Vous connaissez le refrain.

Il se peut aussi qu'il y ait un scénario 2.0, un scénario qui s'appuie sur l'internet:

Un blogger connu et respecté (je crois me souvenir que je l'ai vu cité par Paul Krugman ce qui établirait la chaîne de respectabilité suivante: Prix Nobel => Paul Krugman => blog RESPECTABLE), Yves Smith de "Naked Capitalism", fait de la publicité pour la vidéo suivante qui est l'appel d'une américaine qui paye 30% d'intérêts à Bank of America (il n'y a plus de taux de l'usure depuis à peu près 20 ans aux Etats-Unis) sur sa carte de crédit aux gens dans une situation comparable à cesser de rembourser (ou de payer ses intérêts plus exactement). Une grève du paiement de la middle class américaine qui se fait, il est vrai, littéralement tondre depuis le début de la crise (une loi améliorant précisément la qualité de la tonte des banques en cas de retournement de conjoncture avait été passée fort à propos en 2005 - elle rendait le processus de faillite personnelle moins protecteur). Voilà le résultat:

Je me disais depuis longtemps que puisque les banques n'étaient pas capables de gérer le nombre faramineux de foreclosure (évictions d'une maison) que leurs pratiques ont entraînées, beaucoup de gens allaient arrêter de rembourser leur emprunt immobilier en constatant que cela n'avait pas de conséquences pour leur voisin.
Il s'agirait là d'un pas de plus dans la même logique: les excès des banques sont tels qu'ils entraînent un refus des moutons de passer à la tonte. L'organisation du tout étant rendu possible par l'internet. Au coup d'Etat économique, on opposerait donc l'insurrection économique. Le résultat serait très certainement de faire fuir l'investisseur étranger même le mieux disposé. Voici donc un scénario de plus...

Post-It (2)

Le Wapo et le NYT font le point sur les Option Arms. Une variété de subprime qui va faire défaut dans les mois/années qui viennent. $170 milliards doivent "resetter" (quasi systématiquement faire défaut en absence de refinancement) dans les deux ans qui viennent. Une manière de dire que tout n'est pas encore fini. Je pense quand même que l'essentiel du choc est passé car ces produits n'existent plus depuis l'été 2007 et que la plupart avait une période de reset de 2 ans à trois ans. Les option arms pouvaient aller jusqu'à 5 ans mais je crois que c'est en gros la queue de comète. Qui plus est, il est dit dans l'un des articles que 35% de ces emprunts sont d'ores et déjà en retard de paiements. (via Atrios) A noter que certains de ces emprunts ont été refinancés par des emprunts d'organismes publiques come la FHA (de 3% à 23% du marché entre 2006 et aujourd'hui) ou les agences. Sans surprise, les défauts augmentent dans ces catégories. Encore le gouvernement qui tient à bout de bras des pans de l'économie.

Obama donne un speech clé ce soir sur le système de santé qui semble chaque jour devenir un peu plus son Waterloo. Barry Ritholtz regrette ici qu'il n'ait pas établi sa crédibilité en mettant Wall Street au carré dès son investiture ce qui aurait pu ouvrir la voie à des réformes substantielles dans tous les domaines. Après avoir tout cédé à Wall Street dans les premières semaines de sa présidence, il est clair qu'il ne fait plus peur à beaucoup de lobbyists aujourd'hui. Je me disais lors de son élection qu'un mélange de circonstances exceptionnelles, de chance et de résolution pourrait lui permettre de débloquer la crise politique américaine mais je dois bien reconnaître aujourd'hui qu'il n'a même pas essayé. Rien n'est jamais impossible mais là, il n'y a plus guère d'espoir. Nous verrons donc ce soir si Obama sort du rôle de lobbyist en chef dans lequel il semble se complaire.

Le S&P et le Nasdaq battent les plus hauts de l'année ce soir.

Evolution de l'encours de crédit à la consommation des foyers américains depuis la guerre. (via The Big Picture)

"END THE FED" ("Supprimer la FED") est le titre du dernier livre de Ron Paul, un membre de la chambre des représentants, obstétricien et ancien candidat aux primaires républicaines. Il est antiguerre et... antiFED. Ne vous attendez pas à voir une grosse couverture de son bouquin dans le triptyque (Financial Time, Wall Street Journal et The economist) ni sur les chaînes financières du cable.

L'or au-dessus de $1000. J'avais acheté de l'or mi-2007 à $670 dans l'idée qu'il allait faire une nouvelle poussée à $2000 (comme en 1981 ou 1982) à la faveur de la crise. Pari pour l'instant perdu. Il n'a pas dépéri non plus ceci dit.

Le dollar à 1,4554. C'est le monde à l'envers: le dollar baisse quand les gens reprennent confiance. C'est la relation très bizarre qui s'est instaurée entre le dollar et la confiance à la rentrée 2008. C'est à cette relation que tient le Ponzi Scheme américain aujourd'hui. Si un jour la baisse de la confiance faisait baisser le dollar, les prédictions apocalyptiques du blogo seraient en voie de réalisation.

mercredi 9 septembre 2009

Post-It (1)

A l'automne dernier, Bank of America a été plus ou moins contrainte de racheter Merrill Lynch qui avait fait faillite lamentablement. De manière stupéfiante, il a été décidé de renommer l'ensemble "Bank of America - Merrill Lynch" comme si la marque "Merrill Lynch" était porteuse d'un quelconque prestige. Ceci dit, il faut bien reconnaître que Bank of America avait fait faillite également...

Stephen Roach s'inquiète de l'évolution de l'économie chinoise. Il s'agit du seul économiste que je connaisse qui, alors qu'il travaillait pour une banque (Morgan Stanley), n'a eu de cesse de mettre en garde contre l'imminence d'une crise sans précédent dans les années 2000. Il explique qu'il était jusqu'à maintenant classé parmi les optimistes sur la Chine mais qu'il commence à avoir de sérieux doutes en raison des choix de politique économique chinois.

Nouvelles du blogo et appel aux lecteurs pour qu'ils le fassent connaître

J'ai reçu mon premier "relevé de compte" de Google Adsense. Les publicités que vous voyez sur le blog (parfois peu esthétiques) m'ont rapporté 10,80€. Il y a eu un mois exceptionnel, avril, qui a rapporté 5€ à lui tout seul. La crise atteignait alors son paroxysme. L'été a été très mou. L'audience a baissé par rapport à ses pics (!) mais j'ai posté peu de choses. Cela me motive en tout cas pour essayer d'offrir un service plus régulier et pour essayer d'élargir l'audience (un post par jour me semble être un absolu minimum même si cela implique que certains posts soient très courts - 1 ou 2 lignes avec un lien par exemple). Je vais essayer de limiter les posts "fleuves" qui refont le monde même si je me rends bien compte que c'est ma pente naturelle et que je ne les éviterai pas totalement. Je vais essayer aussi d'introduire prochainement une fonction qui permettra au lecteur de ne lire que l'introduction d'un poste et de décider s'il veut lire la totalité en cliquant sur "lire la suite". Qu'en pensez-vous? (répondre au sondage ci-dessous)
Souaitez-vous une fonction "lire la suite" pour les longs posts du blogo?
Oui, je ne lirais integralement que les posts qui m'interessent.
Non, je prefere que tout le texte soit en premiere page.
pollcode.com free polls

Je vais également essayer de limiter les posts comprenant trop d'anglais. Je ne m'interdis pas de poster des extraits de texte en anglais mais j'essaierai de faire en sorte que l'essentiel de l'information apportée soit accessible à des non anglophones. Qu'en pensez-vous? (répondre au sondage ci-dessous)
Trouvez vous que l'usage de l'anglais sur le blogo est:
Excessif. Je ne peux pas recommander ce site a des gens ne parlant pas anglais.
Acceptable. Un non anglophone ne comprend pas necessairement tout mais le site reste interessant sans trop de frustration.
pollcode.com free polls

Pour l'instant, je n'ai contacté qu'un seul site pour élargir l'audience, "Rue 89", qui m'a référencé trois fois dans sa section économie "Eco 89". Il semble que la personne avec laquelle j'étais en relation soit partie en congés maternité et depuis, plus de nouvelles. J'ai entrepris ce soir la démarche qui permet de se faire référencer sur "Google Actualités". Je vais essayer pour la première fois depuis la création du blog de faire un effort pour en augmenter l'audience. Pour la première fois, je fais donc appel à mes lecteurs pour qu'ils diffusent l'adresse du Blogo aux gens qu'il connaissent susceptibles d'être intéressés. Je crois que je vais continuer ce blog pendant un certain temps alors autant le faire savoir.

La crise est moins aigüe que par le passé et cela a naturellement un impact sur l'attention de mes lecteurs. Je suis ce qui s'écrit sur un grand nombre de blogs dédiés à la politique américaine et entre octobre et mai, ils se sont mis à parler énormément d'économie (sauvetage des banques, stimulus, effondrement boursier etc...). C'est bien fini aujourd'hui ce qui montre que le sujet n'est plus complètement central. Je crois toujours pour ma part qu'il s'agit de l'évènement politique le plus important de ce début de siècle et que la rémission à laquelle nous assistons actuellement n'est qu'un préalable à des évènements malheureusement plus graves susceptibles d'avoir des réverbérations politiques pendant les années (décennies?) à venir. El Blogo, tapi dans l'ombre, attend donc son heure mais en faisant des efforts pour augmenter son audience.

C'est l'occasion pour moi de digresser sur ce qu'est le blogo et ce à quoi il peut servir. Une forme de "Mission Statement" (lettre de mission). On peut lire "Chronique d'une crise annoncée" en sous-titre mais c'est un peu lapidaire et nous sommes désormais tellement enfoncés dans cette crise que le fait qu'elle ait été "annoncée" devient un peu secondaire. Je réfléchis à remplacer ce sous-titre par "Chronique de la chute de l'Empire". Cela décrit très exactement la perception et le pari du blogo mais j'ai peur que cela soit rebutant pour un certain nombre de lecteurs potentiels qu'une lecture assidue pourrait pourtant convaincre qu'il y a bien un empire et qu'il est mal en point. Le mieux est finalement de décrire l'objectif du blogo: démontrer que la crise économique aux Etats-Unis est le résultat d'une crise politique profonde qui expose le caractère exsangue de la démocratie représentative outre-atlantique complètement livrée aux "corporate interests" (intérêts privés). Pour ce faire, le blogo prend acte de la faillite des institutions journalistiques traditionnelles (guerre en Irak + crise économique) et s'appuie principalement sur les nouveaux médias.

Un dernier mot sur le référencement Google du blogo. Si vous cherchez "El Blogo" sur Google France ou Google US, c'est votre site préféré qui arrive en premier. Sur Google France, "blogo" seul suffira même à voir apparaître le blogo en première position. En revanche, sur google US, il y a encore du travail: il n'apparaît pas dans les 100 premiers résultats.

Note: dernière grande nouvelle, il semble que "blogo" ait été choisi pour signifier "blog" en Esperanto. Je ne l'avais pas vu précédemment donc j'imagine que c'est nouveau (je rappelle que "blogo" ne veut pas dire "blog" en espagnol).

lundi 7 septembre 2009

Krugman et les déficits...

"If the government tries to double taxes on people like me, it's in real political trouble. If it doesn't try to double taxes on people like me, it's in real solvency trouble." (via RGE Monitor, James Hamilton)

Du même Hamilton, en réponse à Krugman disant que les US sont à un niveau d'endettement bien inférieur à la fin de la seconde guerre mondiale et qu'après tout, les USA s'en sont bien sortis à l'époque, ce graphe représentant le budget de l'Etat:Hamilton remarque qu'à l'époque, il y avait un poste budgétaire (l'armée) qui allait être réduit massivement sans difficulté. Rien de la sorte en stock aujourd'hui. Pourquoi un prix nobel d'économie respecté se met-il à publier des arguments aussi faibles? Autre problème pour Krugman, il se base sans broncher sur les projections du gouvernement qui voit la croissance à 4% dans pas très longtemps... (what a shocker!) Doit-on rappeler que dans le passé récent les Etats-Unis n'ont cru à cette vitesse que grâce à l'emprunt? J'ai lu quelque part qu'il fallait récemment $4 de dettes supplémentaires pour $1 dollar de croissance! Some economic miracle!

Autre problème, pour affirmer que les taux payés par le gouvernement américain vont rester bas, Krugman utilise l'argument qui tue: "des gens investissant du vrai argent sont prêts à financer les Etats-Unis à ces taux-là" par opposition à des commentateurs (mais a fortiori aux lecteurs) qui ne risquent pas, eux, du "vrai argent". C'est l'argument d'autorité: "Regardez, ils ont plein d'écrans et portent des costards, ils doivent avoir raison!". Mais cette crise n'est-elle pas arrivée précisément parce que "des gens investissant du vrai argent" ont fait n'importe quoi? Où est la démonstration?

Il ne faut donc pas compter sur Krugman pour pour être, comme Stiglitz par exemple, une voix forte contre les excès du gouvernement durant cette crise même si on avait pu le penser initialement (il avait soutenu l'idée des nationalisations). Il finira d'ailleurs peut-être même par en être. C'est probablement son calcul.

vendredi 4 septembre 2009

Friday Plane Blogging

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jeudi 3 septembre 2009

Comment ça marche?

Cet article du NYT nous éclaire sur le fonctionnement de la politique aux Etats-Unis qui fait qu'indépendamment des résultats des élections, c'est toujours une politique de droite servant les mêmes agendas et les mêmes "corporate interests" qui est suivie. Le changement de majorité au sénat et à la chambre des représentants en 2006 n'avaient déjà posé aucune difficulté à Bush dans la poursuite de ses politiques. Les démocrates justifiaient alors leur faiblesse par le fait qu'il n'avait pas la présidence mais qu'à ce moment là "on verrait ce qu'on verrait". Las.

Alors voilà: sur un sujet a priori plus populaire à droite, la guerre en Afghanistan, le NYT explique qu'Obama risque d'avoir des difficultés à faire passer ses desiderata au sein des démocrates. Qu'à cela ne tienne il s'appuiera sur les républicains. Cette configuration est un grand classique qui fait de la gauche l'éternelle cocue de la politique américaine. Cela rend également certains sujets hors d'atteinte du débat démocratique (les plus importants en général). Rappelons que son opposition à la guerre en Irak a été le point fort d'Obama contre Hillary pour emporter les primaires démocrates. Voilà le processus très simple qui fait de la démocratie américaine une démocratie de pure forme. Ce type d'alliance et les objectifs qu'il sous-tend bénéficie toujours d'un soutien massif dans les corporate medias. Et le tour est joué.

Addendum: J'ai une confiance limitée dans les sondages mais j'ai tendance à leur donner un peu plus de crédit quand ils gênent la power structure américaine. CNN publie hier un sondage sur la guerre en Afghanistan 57% s'y opposent, 42% la soutiennent. Chez les démocrates, 75% s'y opposent. C'est le genre de situation où la minorité d'un parti la boucle et respecte la majorité... sauf aux USA quand la power structure est de l'autre côté du débat. CQFD.

Obama en baisse

Obama est en baisse. La scène politique américaine est une cocotte minute* et cela a une implication pour Obama: son soutien va s'éroder à la fois par la droite et par la gauche ce qui peut aboutir à un atterrissage très brutal.

Après être passée à la moulinette de la radicalité de Bush, la gauche éclairée ne tolèrera pas qu'Obama se contente d'une espèce de "Bushisme à visage humain". Or c'est précisément ce qu'il propose depuis qu'il a été élu. La pression monte. Jugez-en plutôt:

- nomination d'un Chief of Staff pro-guerre et pro- "corporate interests" (il avait gagné $18 millions en 2 ans lors d'un passage éclair dans une banque d'investissement et avait été au board de Freddie Mac, carton plein),
- une gestion de la crise qui a fait porter tout le poids de l'effort sur la population et aucun sur les banques qui contrôlent l'équipe économique du président, aucune réforme de structure qui gêne réellement les banques n'a été entreprise,
- escalade militaire en Afghanistan que la population ne soutient plus même si c'était une "promesse de campagne" (c'était la bonne guerre selon Obama, cette position lui donnait une image de "commander in chief" à peu de frais pour l'électeur démocrate car l'Afghanistan ne semblait alors qu'un side show) mercenaires +29% sous Obama,
- absence de désescalade en Irak (elle n'a pas encore fait les gros titres ni été rationalisée ad nauseum par les vieux médias mais ça ne saurait tarder) mercenaires +23% sous Obama,
- message peu clair sur la torture qui ne satisfait ni la droite ni la gauche (ni le droit international - les Etats-Unis sont engagés par traité à poursuivre tous les tortionnaires à tous les niveaux de la chaîne de commande - "avoir obéi à des ordres" n'exonère pas de responsabilité juridique - Hillary Clinton a demandé à des dirigeants africains de s'activer sur la traduction en justice de tortionnaires locaux - ridicule),
- la continuation des pratiques de Bush visant à étendre les pouvoirs du Président qu'il avait dénoncé préalablement,
- nomination d'Hillary Clinton aux affaires étrangères alors que c'est précisément son soutien à la guerre en Irak qui est l'explication la plus évidente de sa défaite contre l'anti-guerre Obama lors des primaires (il fallait oser...)
- reconduction de Robert Gates au poste clé de ministre de la défense alors qu'il avait été nommé par Bush, reconduction de Bernanke à la FED alors qu'il était un ancien membre de l'équipe économique de Bush qui a planté le pays en seulement huit ans.

Non, la gauche n'a vraiment pas été ménagée par Obama (sans compter les éructations lancinantes d'un "Anonymous Senior White House Official" qui ne cesse de caricaturer et de débiner ce qu'il appelle "la gauche du partie" et qui en est en réalité la base). La plupart de ses actions n'ont fait que confirmer le constat que faisait le Blogo avant l'élection: c'est le système politique américain dans sa globalité qui est malade et le changement est tout simplement impossible. L'ébullition qui a lieu en ce moment autour de la réforme du système de santé va être un test de plus de cette affirmation. Glenn Greenwald dit qu'il faut faire du passage d'une réforme substantielle le symbole de la renaissance de la gauche (l'élection d'une majorité de 60 sièges au sénat et massive à la chambre des représentants n'y suffisait donc pas). Nous verrons si ses voeux seront exaucés. Cela m'étonnerait mais je suis tout prêt à adapter la dureté de mes jugements à une situation changeante le cas échéant. Si en revanche la réforme ne passe pas ou s'avère un cadeau de plus aux lobbyistes, ce sera le moment de vérité où énormément de gens à gauche vont rentrer dans une logique d'opposition face à un Obama devenu définitivement aux yeux de tous l'alibi faussement progressiste de "Corporate America". Les citoyens américains ne pourront alors plus faire semblant de ne pas voir que leur démocratie est cassée et nous verrons à ce moment là de quel bois sont faits les héritiers des pères fondateurs. Je suis personnellement un peu inquiet car je les ai vus beaucoup courber l'échine ces dernières années.

Note: La fenêtre d'opportunité que constituait la popularité stratosphérique d'Obama en début de mandat est clairement refermée désormais. Une chose est sûre et appartient d'ores et déjà à l'histoire: il n'en a rien fait.

* J'ai trouvé que les médias français pendant l'élection ne rendait pas assez compte de l'exaspération des américains envers Bush et du climat politique particulier qui régnait. Ce n'était pas la n-ième répétition du sympathique match de l'âne contre l'éléphant comme on nous le disait constamment mais bien l'élection qui permettait enfin à un pays à cran de renouveler un personnel politique honni. Les vieux médias américains, complices de tous les aspects de la politique de Bush, ont tout fait pour taire cette exaspération de la population. La couverture des correspondants étrangers et des envoyés spéciaux dans un pays ne fait que retranscrire le débat des vieux médias dudit pays, aussi faussé soit-il, sans apporter aucune analyse ni (God forbid!) aucune critique. Il ne faut donc pas s'étonner du passage sous silence de cette réalité en France aussi.

mercredi 2 septembre 2009

"Capitalism: A Love Story", dernier film de Michael Moore

Michael Moore est marginalisé dans les vieux médias et honni par la droite mais il a un impact important. "Sicko" a mis le système de santé au centre des primaires démocrates en 2007. C'est en partie grâce à ce film que la gauche du parti menace de se révolter contre Obama en ne votant pas sa réforme si elle s'avérait trop molle (à la chambre des représentants, inimaginable au sénat).
Au vu de la bande-annonce, on a l'impression que le film a moins de moments forts que Fahrenheit 911. Espérons qu'il sera didactique. Le nombre d'entrées sera aussi un indicateur de l'état d'esprit des américains vis-à-vis de la crise.

Le Japon + digression "blogoesque"

Les élections au Japon sont le premier bouleversement politique de taille dans le monde industrialisé depuis le début de la crise. Le Japon est le pays le plus endetté du monde (relativement à son PIB mais peut-être même en valeur absolue), mais c'est aussi toujours un des principaux bailleurs de fonds des américains. Le nouveau gouvernement veut modifier la relation avec les Etats-Unis (pas radicalement, certes) au moment précis où ces derniers sont en situation de faiblesse et donc moins à même d'opposer une résistance solide à ces velléités d'indépendance. Ce genre de changement politique de fond peut dans le futur avoir un effet déstabilisateur sur les Etats-Unis en modifant leur environnement en Asie et donc leur source de financement. Le nouveau premier ministre a fait Stanford mais cela n'a pas entamé son indépendance d'esprit. Il a notamment déclaré: "Nous voulons nous dégager de notre dépendance vis à vis des Etats-Unis et nous diriger vers une alliance sur un pied d'égalité" et "Nous avons suivi les Etats-Unis de manière servile dans le passé".

Un peu comme quand les remous dans les pays de l'Est ont sonné le glas de l'empire soviétique, les ennuis peuvent commencer à la périphérie. L'émergence de gouvernements susceptibles d'abandonner des arrangements économiques passés est forcément un sujet de préoccupation très important des américains. S'il s'agit d'un pays de la taille du Japon, cela devient une priorité. A suivre donc...

Note: Comparer les Etats-Unis à l'URSS peut paraître dépasser les bornes. Pour rassurer le lecteur texan, je précise que je n'ignore pas qu'il faisait meilleur vivre du côté américain du rideau de fer après la guerre. L'esprit critique envers les Etats-Unis qui anime le Blogo date d'ailleurs essentiellement de la réaction des américains au 11 septembre d'un point de vue de politique étrangère (guerre en Irak) et de politique économique (baisse des taux jamais vue précédemment qui nous a emmené là où nous en sommes aujourd'hui). Les deux sont d'ailleurs liés comme vu ici. Certes les mécanismes de la domination américaine existaient avant le 11 septembre et l'avantage économique que les américains en tiraient était probablement déjà excessif mais il ne m'inquiétait pas. J'adhérais en gros aux valeurs dont les américains se réclamaient et je croyais que leurs prouesses économiques avaient des bases solides (ce qui était presque défendable à l'époque). J'ignorais la faiblesse de leur système de représentation démocratique et j'allais découvrir que la scène était prête pour que des élites irresponsables conduisent le pays à la catastrophe à la faveur des attentats du 11 septembre.
Où l'on reparle de la chute de l'URSS d'ailleurs car il est très probable que ce qui a fait perdre la tête aux élites américaines et conduit aux excès de l'ère Bush ait été principalement la disparition de l'adversaire communiste. On voit bien en effet l'intérêt qu'il y a à avoir une posture morale forte et sans ambiguïté pour emporter le soutien de son camp quand on est confronté à un adversaire qui pèche justement de ce côté là. Mais on peut très vite perdre de vue l'intérêt de cette posture morale s'il n'y a plus personne à convaincre.
On a dit aussi que le capitalisme, perdant son adversaire communiste en pleine révolution conservatrice "Reagan/Thatcher", n'a plus eu besoin de s'embarasser de sa composante sociale qui était un moyen de dissuader la population de se tourner vers l'alternative communiste. En gros, un modèle incontesté pouvait se montrer plus impitoyable et moins "avenant" vis à vis de ses consommateurs (les citoyens) qu'un modèle confronté à un challenger. C'est la loi du marché en politique: le monopole satisfait moins bien le consommateur que le duopole... Les élites occidentales ont donc pu capter une partie plus importante du gâteau économique après la chute du mur de Berlin car elles étaient débarassées de toute pression politique crédible qui les en auraient dissuadé (des masses revendicatrices et organisées qui les tiennent en respect par exemple).
En disparaissant, cette théorie voudrait que le communisme ait dégradé la qualité de notre capitalisme. Cela signifierait que nombre d'avantages sociaux obtenus dans la période d'après-guerre auraient été une conséquence de la douloureuse expérience communiste des peuples de l'Est. Voilà qui donne le vertige. Et comment créer aujourd'hui, sans menace externe (autant éviter de faire vivre la moitié de la planète dans l'obscurité), un système qui permette de canaliser les forces inquiétantes qui, livrées à elles-mêmes, viennent de planter l'économie mondiale?

On peut aussi voir cette histoire du point de vue des élites américaines qui se sont réveillées un beau matin avec entre les mains un pouvoir qu'elles ont cru absolu. Sans surprise, ce pouvoir absolu les a corrompu absolument. Je me dis souvent que les élites françaises, elles, sont bien vertueuses par rapport aux élites américaines: pas de guerre d'agression, pas de corruption hors de contrôle, pas d'entorses radicales aux grands principes démocratiques. Mais donnez à ces élites françaises la première armée du monde (sans opposant notable) et la monnaie de réserve mondiale (dont il est facile d'user et d'abuser comme en ce moment) et il n'est pas impossible que le film auquel nous venons d'assister se déroule en gros de la même manière. Et je prends la France en exemple mais l'idée est bien sûr généralisable à tous les Etats. En d'autres termes, la surexpansion impériale n'est-elle pas dans l'ordre des choses tant qu'elle ne rencontre pas d'opposition? C'est donc cette opposition qu'il nous revient de mettre en place aujourd'hui devant l'épuisement imminent de l'empire américain. Face à l'inefficacité et aux dangers que représentent une trop forte concentration de richesses et de pouvoirs, il faut que les nations du monde s'organisent pour trouver un mode de gouvernement moins centralisé et plus stable que l'ordre impérial*. Et tout cela en douceur pour que le dégrisement américain ne conduise pas dans un premier temps à encore plus d'aventurisme militaire. Une telle organisation collégiale et équilibrée est-elle possible? A part l'Union Européenne, on ne voit pas tellement d'exemple et on peut se demander si celle-ci ne doit pas son succès au fait qu'elle s'est développée dans le confort de l'ordre américain.

Désolé pour cette digression indigeste (ça faisait longtemps).

* Si la notion d'empire vous fait doucement sourire et évoque chez vous une rhétorique gauchiste très "20ème siècle", je vous renvoie au nombre de pays dans le monde qui ont une présence militaire américain et à la part des Etats-Unis dans le PIB mondial par rapport à leur population.

mardi 1 septembre 2009

L'hypertrophie des banques US renforcée par la crise

TBTF est un acronyme qui a connu son heure de gloire à la faveur de la crise. Ca veut dire "Too Big Too Fail" ou "trop gros pour couler". C'est le slogan qui a justifié que la plupart des grandes banques américaines aient été maintenues en vie (sous respiration artificielle) et que leurs managements aient été globalement préservés au travers de la crise.

Beaucoup des critiques de la gestion de la crise financière par Bush/Obama Wall Street objectent que ne pas laisser périr ces institutions a mis à mal une des règles cardinales de l'économie de marché qui est l'élimination des acteurs faillis. On a opposé (Stiglitz notamment mais d'autres aussi) que "Too Big To Fail is Too Big To Exist", c'est à dire qu'on ne peut laisser exister une institution assez grande pour menacer le système. La taille n'est pas le seul problème cependant. Il y a aussi le fait que ces banques forment un ensemble interdépendant en raison notamment des obligations gigantesques qu'elles contractent les unes envers les autres par le biais d'échanges de produits dérivés jamais régulés. Si une seule d'entre elles s'effondre, elles sont de fait toutes en risque (voir l'effet Lehman et AIG).

Toujours est-il qu'à la faveur de la crise, les banques américaines sont devenues encore plus grosses que par le passé (par le biais de fusions et d'acquisitions) ce qui montre à quel point Bush puis Obama ont fait fausse route. Puisque leur enchevêtrement et leur taille leur permettent de tirer sur une ligne de crédit infinie de l'Etat Fédéral, il est certain que ces banques vont tenter de préserver ces deux caractéristiques comme un élément à part entière de leur business model et finalement une assurance-vie. C'est la banque 2.0, rejeton monstrueux de Hank Paulson et Tim Geithner, radicalement "citizen hostile" ("hostile au citoyen", adapté du plus courant "consumer hostile").

Cet article du Washington Post retrace cette évolution vers un système bancaire toujours plus consolidé. Extrait édifiant:

(Traduction résumée: 3 banques ont chacune 10% de tous les dépôts bancaires aux Etats-Unis, 4 banques font la moitié des prêts immobiliers et émettent 2 cartes de crédit sur trois).

J.P. Morgan Chase, an amalgam of some of Wall Street's most storied institutions, now holds more than $1 of every $10 on deposit in this country. So does Bank of America, scarred by its acquisition of Merrill Lynch and partly government-owned as a result of the crisis, as does Wells Fargo, the biggest West Coast bank. Those three banks, plus government-rescued and -owned Citigroup, now issue one of every two mortgages and about two of every three credit cards, federal data show.

lundi 31 août 2009

Post-It (2)

Paul Krugman se réjouit du déficit actuel et regrette qu'il ne soit pas plus important (sans rire). Cette fascination pour la dette des keynésiens me fascine en retour (en France, on a Fitoussi par exemple). Ils semblent nous dire qu'emprunter, c'est le bonheur (vous pouvez suivre le lien ou bien écouter la chanson "C'est le bonheur" à la fin du post). Comme tous les extrémistes, on a envie de les mettre en difficulté en leur demandant ce qui selon eux pourrait, un jour, quelque part, constituer une dette trop élevée. Est-ce seulement une notion envisageable? Les motifs varient mais on ne peut que les interroger pour comprendre comment des gens intelligents peuvent à ce point ne voir qu'une seule face d'un problème. Ca n'a aucun sens. Enfin bon, Krugman peut se réjouir, il va connaître les déficits les plus élevés de sa vie très prochainement. Obsession bizarre but hey, Paul, if that floats your boat...
Réponse de Roubini: Necessary as the stimulus has been, it cannot go on indefinitely. Governments cannot run deficits of 10% or more of GDP, and they cannot go on doubling the monetary base, without eventually stoking inflation expectations, pushing up long-term interest rates and eventually eroding their very viability as sovereign borrowers. Not even the U.S. can do that.

L'argent facile permet à Wall Street de reprendre les bonnes habitudes. L'effet de levier revient à la mode. Voir également ça.

Selon Bloomberg, les banques chinoises ont accordé pour $1,1 trillion de prêts au premier semestre pour "soutenir" le stimulus de $585 milliards de l'Etat. Un record qui se ressent dans la formation d'une bulle spéculative dans les actions et l'immobilier. Selon un analyste chinois cité: "Les bulles, s'il y en a, sont tolérables puisque le gouvernement veut maintenir une croissance économique solide." Si ce genre de discours n'est pas tout droit issu de l'école Greenspan, j'y perds mon chinois. La Chine et les Etats-Unis sont les Laurel et Hardy du cycle économique des 15 dernières années, il serait étonnant que la déconfiture américaine ne finisse pas un jour par atteindre la Chine.

Cette dépêche Bloomberg récapitule certaines données sur la dette américaine détenue par la Chine. L'achat de dette US par la Chine a augmenté de 52% en 2008 et de 6% pour l'instant en 2009 notamment. Elle parle des "custodian holdings" qui ont augmenté de 20% cette année à $2 trillions contre +39% en 2008. La maturité moyenne passerait de 50 à 70 mois sur les dix prochaines années. Le déficit au 30 septembres est de $1,27 trillions en 2009 contre $389 milliards en 2008. Voir la news pour d'autres chiffres.

Les investissements étrangers en Chine ont baissé de 35,7% l'an dernier. Cela, comme le reste, ne diminuera en rien la capacité de la Chine à acheter de la dette américaine comme chacun sait.

Si seulement... Dans ce document, "Too Big Has Failed", le président de la réserve fédérale du Kansas, Thomas Hoenig, décrit et plaide pour la solution qui a été rejetée par les marionettes de Wall Street qui dirigent Washington: la nationalisation et la remise au carré des institutions financières faillies. C'était la solution préconisée par le Blogo. Dernière phrase du papier: "Finally, I would argue that creating a framework that can handle the failure of institutions of any size will restore an important element of market discipline to our financial system, limit moral hazard concerns and assure the fairness of treatment from the smallest to the largest organizations that is the hallmark of our economic system." Indeed.
Ca ferait également hurler à la mort les banquiers mais ceux-ci ne ne méritent absolument aucune compassion. Ils viennent de prouver au monde que la méthode "molle" conduisait à toujours plus d'abus (sans surprise quand on sait quels genre de prêts ces loustiks avaient financés). On se demande bien pourquoi on leur a laissé l'occasion d'en faire la démonstration vu leurs antécédents (ah oui! ils contrôlent Washington). Ils méritaient de perdre leurs jobs déjà à l'époque, tout ce qui s'est passé depuis montre que ça n'aurait pas seulement été juste, mais que c'était et que ça demeure la seule issue qui permettra un retour au fonctionnement normal de l'économie US. Laisser les crimes impunis ne peut conduire à moyen terme qu'à toujours plus d'exactions.

La chanson "C'est le bonheur", comme promis dans la première entrée du post.

dimanche 30 août 2009

Les mystères de la FED font-ils tenir le système?

Un article référencé par "The Big Picture" via "Zero Hedge" (par un auteur portant le nom du héros de "Fight Club", "Tyler Durden"...) met en cause la gestion de la FED et des autres banques centrales qui la soutiennent.

La thèse de l'article est que pour continuer à faire tourner la machine, la FED se livre à des manipulations opaques lui permettant de monétiser de la dette sans le dire. Plus précisément, les banques centrales consommatrices de dettes US auraient diminué significativement leurs achats mais pour faire croire à une demande soutenue, elles recycleraient les montants provenants de la vente de leurs dettes d'agences (Fannie, Freddie) en achat de bons du trésor. A qui vendent-elles leurs dettes d'agences? A la FED qui monétise ainsi beaucoup plus de dette fédérale qu'annoncée dans le programme de $300 milliards destiné à l'achat de Treasuries.

Que dire? D'abord que le fait que cela n'ait pas attiré l'attention des vieux médias n'est pas du tout un signe de manque de crédibilité de cette analyse. J'espère que les lecteurs réguliers en sont persuadés. La FED a fait de l'opacité son fond de commerce. Elle a arrêté purement et simplement de publier un agrégat monétaire alors que celui-ci était en croissance rapide. Elle refuse de communiquer au public des informations sur les aides qu'elle a apportées aux institutions financières américaines. Elle appréhende l'audit proposé de ses activités. Elle se comporte comme un Etat dans l'Etat (ou peut-être comme l'Etat dans lequel se situe l'Etat officiel?). Cette institution a des statuts qui l'inféodent bien plus à Wall Street qu'à une quelconque notion d'intérêt général. Elle est responsable de la crise et elle ne songe dans ses actions actuelles qu'à se protéger d'une révolte bien légitime des citoyens plutôt qu'à "maximiser le profit" des américains.

Le gouvernement, la FED et Wall Street marchent main dans la main et cherchent à maquiller le plus gros scandale de l'histoire en quelque chose de vaguement acceptable. Les banques centrales et les Etats qui ont participé à l'arnaque cherchent également à se couvrir politiquement (la Chine en particulier). Si toutes ces forces concourent à occulter la réalité*, le moment est venu d'accorder une attention toute particulière à des gens qui seront allés un peu plus loin dans l'analyse des données disponibles pour mettre à jour des incohérences.

Il est possible que l'analyse présentée soit erronée ou qu'au contraire on réalise que ce n'est pas du tout un secret, seulement quelque chose sur lequel il a été décidé de ne pas insister. Comme pour l'article de Matt Taibbi sur Goldman Sachs, il faut encourager tous les regards différents qu'on pose sur la chose économique car les regards classiques du passé ne nous ont pas aidé. Cet article et les réponses qu'il génèrera (à commencer par la rubrique "commentaires") nous aideront à améliorer notre compréhension de phénomènes sur lesquels les citoyens n'ont aucune prise. Ils pouvaient par le passé se réfugier dans l'idée que ces questions étaient gérées par des gens compétents qui avaient leur intérêt à coeur. Ca n'est plus possible. Les voix dissonantes n'ont jamais été aussi intéressantes.

* Comment faire avancer une enquête financière si le coupable, le policier, le juge, le comptable, les témoins, les journalistes, les avocats, les experts sont tous de mèche et que la victime est complètement abrutie devant un écran de télé?

C'était pour rire

La juge qui avait enjoint la FED de lever le voile sur les interventions qui avaient conduit à l'augmentation de son bilan à $2 trillions avant le 31 août s'est déballonnée. Bloomberg, le plaignant, a aussi levé le pied... Quand on sait que les clients de Bloomberg auraient été les premières victimes de telles révélations, ça n'a rien d'étonnant. Est-ce une stratégie? Faire en sorte que des organisations dont on sait qu'elles ne donneront jamais le coup de grâce prennent le premier rôle dans ce genre de litiges?

Je n'ose même pas imaginer les pressions auxquelles la juge, Loretta Preska, a été soumise. Sa décision, si elle avait été suivie d'effets, aurait levé une partie significative du voile sur la vraie étendue des soutiens de l'Etat aux banques lors de la crise. C'est en réalité un problème de sécurité nationale.

Note 1: L'info est sortie comme il se doit à 19H00 vendredi soir (le juge avait ordonné lundi 24 que l'information soit rendue publique le lundi 31). Bush s'était fait une spécialité de sortir les informations gênantes à ce moment stratégique du "news cycle": c'est le plus discret. Et d'ailleurs, Google News nous démontre que cela a bien marché en l'espèce. Le silence est assourdissant.
Note 2: Ritholtz sur le sujet (il pense que la FED va perdre son appel, je pense qu'il sous-estime l'aspect "sécurité nationale" du dossier, le ponzi scheme américain ne tient plus qu'à quelques secrets stratégiques comme celui-ci):

I suspect this is merely a delaying tactic, with the Fed eventually losing 3 to nothing on appeal.

It is one thing to grant immunity to sensitive defense secrets during wartime, it is something else entirely to avoid wanting to embarrass poorly run banks who needed cash, and keep crucial info from shareholders and taxpayers.

If the Appeals Court were to grant this request, then kiss the idea of an open society good bye. The slipperly slope downwards from this to anything else declared by any government agency to be “Important” or “Sensitive” or “Embarrassing” is the eventual result of the Fed winning their appeal.

My prediction: The Appeals court tells the Fed to go jump . . .


Note 3: cela rappelle (un peu) les photos sur la torture qui devaient être publiées fin mai. Obama en avait accepté puis refusé la publication. Les moyens d'intervention de l'exécutif sont moins évidents ici mais je serais surpris si le pouvoir qui transcende les trois formes classiques du pouvoir (exécutif, législatif, judiciaire), le pouvoir bancaire, se voyait battu au finish sur ce sujet.

vendredi 28 août 2009

Friday Plane Blogging

(cliquez pour agrandir)