dimanche 9 août 2009

Capco?

Capco? Il s'agit d'une structure créée en 2003 par 13 banques dont Lehman Brothers. Pourquoi en parler maintenant? Il semble que cette structure ait $150 millions d'actifs à mettre en face de 11 milliards de passifs divers. Un mini AIG en quelque sorte.

Je ne cite pas beaucoup Donald Rumsfeld sur le blogo mais il avait fait des distinctions intéressantes entre les différents types d'inconnues auxquelles était confronté le département de la défense dans son aventure irakienne:
"There are known knowns. There are things we know that we know. There are known unknowns. That is to say, there are things that we now know we don’t know. But there are also unknown unknowns. There are things we do not know we don’t know."

Quelles sont les "unknown unknowns" de la crise financière? CAPCO rentrerait clairement dans cette catégorie. Tous conspirent aujourd'hui à mettre la poussière sous le tapis. Les gouvernements du monde entier ont érigé cette technique ménagère en méthode de gestion de la crise et ils sont prêts à tout mettre en oeuvre pour que les problèmes soient camouflés le plus longtemps possible. De concert avec les banques centrales, les gouvernements font tout pour brouiller la piste des responsabilités.

Les journalistes économiques, en plus d'être corrompus, n'ont tout simplement pas les ressources en homme qui seraient nécessaires à décortiquer le système. Il est tout à fait possible que nous passions à côté d'histoires majeures et que les spotlights soient dirigés vers des diversions sans intérêt (on pense à l'encre qui a coulé sur les $165 million de bonus d'AIG alors même que la vraie histoire était que l'entreprise bénéficiait de plus d'une centaine de milliards de renflouement dont $13 milliards passaient directement à Goldman Sachs et beaucoup incidemment à des banques françaises).

On pouvait avant compter sur l'aspect révélateur de la faillite mais désormais, le gouvernement et les banques centrales peuvent prévenir ces faillites sans même en tenir informés les citoyens (cf le TARP qui a été remboursé aux profits de moyens d'aides plus "furtifs"). Le brouillard n'a jamais été aussi épais. Face à la crise, les gouvernements ont choisi l'option de l'écran de fumée. Les banques ont créé une réalité tellement grave qu'elles ont obligé les banques centrales et les gouvernements à les aider à la maquiller.

Exemple de "Things we now know we don't know": la FED a augmenté son bilan de 2 trillions depuis le début de la crise sans que l'on sache quelles banques en ont bénéficié pour quels montants.
"Things we do not know we don't know": CAPCOs et autres facéties des banques d'investissement américaines.

vendredi 7 août 2009

Friday Plane Blogging

Approche de Chicago.

mercredi 5 août 2009

Greenwald et les "Corporate Media"

A la suite de la publication d'un article dans le NYT qui se voulait peu polémique décrivant les relations entre Newscorp et MSNBC, Glenn Greenwald a fait une explication de texte qui sème la panique au sein de NBC/MSNBC/GE. Il semble que Charlie Rose* ait fait les bons offices en mai entre GE et Newscorp en réunissant les CEOs autour d'une table. Il a été convenu lors de cette réunion que les attaques de Keith Olbermann (MSNBC) contre Bill O'Reilly (Fox News) cesseraient. En échange, O'Reilly cesserait de son côté de critiquer GE. Les corporate media dans leurs oeuvres: on ne va quand même pas se mettre des bâtons dans les roues puisqu'on est finalement tous du même bord...

Et Greenwald d'attaquer impitoyablement tous les acteurs de cette farce en se faisant une fois de plus le héraut des idéaux démocratiques foulés au pied quotidiennement par les élites américaines dans l'indifférence la plus totale. Et ça fait mal. Déjà, un contributeur de MSNBC a perdu son job (Richard Wolffe): Greenwald demande est-il normal qu'un "analyste politique" de MSNBC soit employé d'une société de PR pour grandes entreprises? Il suffit que la question soit posée pour que la réponse évidente ait entraîné la chute de l'intervenant. Encore faut-il qu'il y ait l'internet et que Greenwald soit là pour poser cette question. Il y a eu ensuite un pushback contre Greenwald avançant qu'il n'y avait pas de bases factuelles à ses accusations (il ne faisait que citer un article du NYT qui était en fait attaquer). Il semble qu'il ait reçu beaucoup de courrier lui demandant de revenir sur ses positions. C'est là qu'il a été secouru par Olbermann lui-même qui a dit qu'il n'avait pas passé d'accord avec Fox News (laissant entendre qu'on lui avait simplement ordonné de cesser les attaques et qu'il s'était exécuté en tant qu'employé - l'accord avait eu lieu au sommet). Greenwald a donc réussi à faire tomber Olbermann de son côté. Un présentateur star de MSNBC est désormais en porte-à-faux avec sa direction car Greenwald s'en est mélé. Le pouvoir de Greenwald s'affermit sans cesse et il est en passe de devenir l'un des individus les plus puissants du paysage médiatique. Sa force? Etre celui qui dit la vérité alors que le mensonge est devenu la norme. Etre celui qui s'en tient aux grands principes fondateurs de la démocratie américaine alors que ces grands principes, s'ils étaient respectés, conduiraient à l'incarcération de milliers de membres de la classe dirigeante américaine (guerre d'agression, torture, subprime...). Dans un cadre où la lâcheté ordinaire devient le ciment d'une société malade, l'émergence de Greenwald comme justicier solitaire est un vrai signe d'espoir que nous devons à l'internet.

Nos médias ont des rapports tellement incestueux avec les pouvoirs politiques et économiques que la simple énonciation des connexions entre les différents acteurs suffit à dévoiler le discours médiatique pour ce qu'il est: une vaste tartufferie. Je dis souvent que la situation américaine est pire et je le crois globalement mais je dois dire que la France est un bon exemple de ridicule et de servilité. On pense à Bouygues (qui comme GE dépend pour une part importante de contrats publics) comme illustration criante de cette dérive mais il y en a tellement d'autres (dénoncées déjà par Serge Halimi dans les années 90 dans "Les Nouveaux Chiens de Garde")...

Heureusement il y a l'internet et on peut espérer que les années qui viennent nous apportent une "Greenwaldisation" des esprits, qu'assez de citoyens avertis prennent conscience du caractère dérisoire des "garanties journalistiques" que leur promettent les corporate media pour qu'ils écoutent d'autres voix indépendantes capables de faire tomber des têtes et d'instiller la peur chez ces petits marquis poudrés qui nous abreuvent de leurs inanités depuis beaucoup trop longtemps.

Note: Un scandale a également atteint le Washington Post le mois dernier. Le journal proposait d'organiser des meetings "off the record" entre des membres de l'administration Obama et des responsables du Health Care. Moyennant finance évidemment. Vous avez dit "corporate media"?

Et la crise dans tout ça?

La situation est grave, mon dernier post un peu substantiel date du 23 juillet... J'entends déjà le lecteur désabusé:

"Le Blogo fait une pause mais la crise, elle, elle fait une pause peut-être?"

Et bien il semble précisément que oui! Ne vous en faites pas cependant: vous êtes bien sur le site le plus pessimiste du web sur la situation économique et ne comptez pas sur le blogo pour rester inerte alors que la situation s'améliore en contredisant au passage toutes ses prévisions apocalyptiques. Je vais continuer à apporter ma pierre à la morosité ambiante en faisant tout à ma modeste échelle pour qu'elle ne se transforme pas en neutralité voire (horreur!) en optimisme.

El Blogo: l'envers du décor

Publicité gratuite pour Asus. Je suis depuis quelques jours l'heureux (en gros...) possesseur d'un EEEPC 1101HA. A 400€, c'est une nouvelle génération de mini-PC (à la FNAC depuis vendredi) avec une puce atom Z520, 1Go de ram, 9,5 heures d'autonomie, un clavier de taille normal, un écran de 11,6 pouces avec une résolution de 1366x768. Il est pratique mais les capacités vidéos sont très nulles. Je ne l'achetais pas pour ça mais il aurait quand même été agréable de pouvoir regarder un fichier vidéo standard (un film de 700Mo) sans noter de dégradation sensible par rapport à mon vieux portable qui a 7 ans!

El Blogo, en route vers la gloire

Les lecteurs de la première heure se souviennent de mes émotions à la faveur de l'évolution du référencement Google du Blogo. J'avais considéré comme une grande victoire le fait qu "El Blogo" apparaisse en premier quand on le recherchait sur Google France. Il faut préciser que "blogo" n'est pas l'espagnol pour "blog" et que la concurrence n'est donc pas énorme (la consonance espagnole réduit tout de même l'utilisation pour un blog en français).

Bref, la nouvelle du jour est que la recherche "El Blogo" sur Google US renvoie désormais le blogo en premier résultat...

Note: La prochaine étape est que le premier résultat de la simple recherche "blogo" renvoie ici sur Google France, puis sur Google US. La lutte continue...

lundi 3 août 2009

Peu de posts

Le Blogo est un peu vide en ce moment. C'est dû à la période estivale: le nombre de posts par jour est en gros proportionnel à la distance qui me sépare d'une piscine. Je n'ai jamais essayé de contrôler la quantité de posts depuis le début (pas d'objectifs en termes de quantité ni de régularité) mais cette période de basses eaux ne durera pas toujours. Donc: stay tuned!

vendredi 31 juillet 2009

Friday Plane Blogging

A380 en croisière à nouveau.

lundi 27 juillet 2009

Bailout 101

Le sauvetage des banques illustré.

vendredi 24 juillet 2009

jeudi 23 juillet 2009

Post-It

Dites-moi que je rêve. S&P a baissé la note d'obligations basées sur de l'immobilier commercial de AAA à BBB- (un gouffre) il y a quinze jours mais vient de revenir en arrière. WTF? Et tous les investisseurs et les gouvernements du monde continuent comme des moutons à faire de ces ratings la pierre angulaire de leurs interventions sur les marchés à commencer par leurs appréciations sur la dette souveraine qui va être un élément décisif de la crise dans le futur. Plus ici.

The Economist évalue les dommages que la crise a infligé à la théorie économique. Verdict: les économistes doivent remettre leur ouvrage sur le métier pour se reconstituer une crédibilité. En vérité selon le Blogo, la crise n'a fait que valider le B-A BA de la théorie économique: une politique monétaire laxiste conduit à une "asset bubble". Cela n'a rien de particulièrement étonnant. On nous fait croire que tout est remis en cause mais il n'en est rien. Il suffirait que les économistes soient indépendants pour qu'ils percent ces mystères à jour en deux temps trois mouvements. La vérité est très simple: les universités, les journaux et les spécialistes de l'économie sont contrôlés d'une manière ou d'une autre par des intérêts qui s'efforcent de cantonner le discours à une approche naïve de l'économie. L'économie est supposément livrée à des forces indomptables qui comme les caprices de la météo ne peuvent réellement être maîtrisées.
La théorie économique ne pourra être complète et utile tant que l'on se s'autorisera pas à examiner la présence de comportements évidemment délictueux et de manipulations grotesques au plus haut niveau. Tant que cela ne fera pas partie du champ de l'envisageable et du questionnement, l'analyse des phénomènes économiques que nous traversons restera toujours aussi indigente que le coyote face au road runner. Que le discours sur l'économie soit contrôlé par ceux qui contrôlent l'économie est une évidence qui n'est jamais apparue aussi clairement que dans la période récente. Tant que cela ne sera pas reconnu, analysé et qu'il n'y sera pas remédié par des citoyens soucieux de contrôler leur destinée, les mêmes phénomènes ridicules seront voués à se reproduire à l'infini. Prenez 100 esprits brillants et donnez leur les moyens d'être indépendants d'une université, d'un Etat ou d'une banque et ils auront vite fait de résoudre le problème de ces afflictions récurrentes de nos économies. Le pouvoir qu'ils auront dès lors rendu aux citoyens, il est certain qu'ils l'auront enlevé quelque part.

Les nouvelles vont rarement dans ce sens alors il faut le souligner: Obama a gagné le combat pour limiter le nombre de F22 dans l'armée de l'air US. Il s'agit du "nouveau" (guillemets car le programme a commencé il y a bien longtemps) chasseur américain hors de prix adapté à la guerre froide et qui n'a été utilisé ni en Irak, ni en Afghanistan (selon Robert Gates). C'est une victoire contre le complexe militaro-industriel même si le budget va supposément aller à des avions plus petits.

Glenn Greenwald essaye toujours de sauver l'âme américaine avec son blog. More power to him!
There are few instances where the establishment media reveals more transparently what they are and what they do than when they demand that high-level Bush officials be endowed with immunity from the consequences of their crimes. Le Blogo est avec toi, Glenn.

Myles Spicer du Daily Kos pensait bien connaître la politique américaine. Il pensait que dans son Etat du Minnessota, il y avait environ quelques lobbyists en costume sombre qui dépensaient quelques centaines de milliers de dollars pour influencer les législations. Il a été surpris de constater qu'il y avait 1400 lobbyists qui avaient dépensé l'an dernier $61 millions. $300000 par législateur pour un état de 5 millions d'habitants. En 2006 à Washington (dernière année "on record"), c'était 15000 personnes pour $2.85 milliards. Il dit que cette enquête commencé presque sans qu'il le veuille et qu'elle a été une révélation pour lui.

Marrant. Un blogueur crée un post relatant le projet de reprise du Treasury Department par Goldman Sachs.

La nouvelle comission "Pecora" sur la crise économique va être presque certainement un coup d'épée dans l'eau selon TPM.

Vous souvenez vous de Maiden lane? Ces loans de garantie ont été faits à Bear Stearns pour les I et II et à AIG pour le III. $25 milliards à chaque fois sur le bilan de la FED (en gros). Il semble que au moins pour le III, l'essentiel va partir en fumée. Qui l'eût cru?

Ne pas perdre de vus le caractère régional extrêmement marqué de la crise de l'immobilier. Les 10 états les plus touchés représentent 75% des expropriations (foreclosures). Les 10 Etats les plus peuplés seulement 53% de la population.
A noter, la californie...

mercredi 22 juillet 2009

Le post "Big Picture"

Les emprunts du blogo au site "The Big Picture" sont nombreux et j'ai vu passer tellement de graphes intéressants ces derniers jours que cela mérite un post complet. Les graphes donc et des commentaires rapides à leurs suites:
J'avais cité dans le blogo le chiffre de David Brooks qui disait que depuis 1957, le taux de leverage global de l'économie américaine était passé de 150% à 350%. Comme je le supposais mais je n'avais pas cherché le chiffre, il fallait revenir beaucoup moins loin dans le temps pour que le chiffre soit vraiment impressionnant: on le voit à la période en gros stable entre 1957 et 1980. C'est vraiment en 25 ans qu'on est passé de 175% à 350%.
Il s'agit ici des taxes retenues à la source sur les salaires par les Etats américains. C'est l'effet ciseaux des budgets publics partout dans le monde: beaucoup plus de dépenses au nom de "la relance" et parallèlement des recettes en chute libre.
La sales tax nous montre que le même effet ciseau est à l'oeuvre pour toutes les recettes fiscales "across the board".
Parler de rebond dans le housing est très prématuré comme on le voit avec les ventes de maisons neuves depuis le haut du marché (division par 4. On s'approche du fond effectivement puisqu'on s'approche de zéro mais c'est à peu près tout.
Projection du budget américain. Comme déjà dénoncé, le retour à l'équilibre extrêmement rapide projeté par Obama est une blague. Selon toute probabilité, 2009 n'est que le début d'une cloche inversée qui ne trouvera son plus bas que dans deux ou trois ans (si la crise ne met pas un stop brutal à la capacité d'endettement américaine ce qui n'est pas l'hypothèse privilégiée par le blogo qui voit les Etats-Unis devant faire face à des restrictions de financement "IMF style" sauf qu'elles ne seront pas implémentées par le FMI mais par les marchés qui demanderont à être mieux rémunérés sur le risque US).

Le "posturing" mou d'Obama et de Summers

Les bons résultats des banques sous perfusion de fonds publics ont obligé Obama et Summers a prendre une posture réprobatrice. Quelle hypocrisie! Ouvrir la porte du poulailler aux renards et s'inquiéter des ravages....

Obama:
“The problem that I’ve seen, at least, is you don’t get a sense that folks on Wall Street feel any remorse for taking all these risks,” Obama said in an interview today on public television’s “The NewsHour with Jim Lehrer.” “You don’t get a sense that there’s been a change of culture and behavior as a consequence of what has happened.”

How weak...

Summers:
White House National Economic Council Director Lawrence Summers chastised some banks thatreceived government aid for not doing enough to reduce foreclosures, while declaring that next year’s economic growth pace is “in doubt.”
“Prudent financial institutions will recognize that the profits they’re enjoying are in part a reflection of the commitment government and the broader society have made to the financial system that has enabled them to enjoy those profits,” Summers said in an interview with Bloomberg News yesterday in Washington.

"Les banques prudentes reconnaîtront que leurs profits sont liés aux efforts du gouvernement et de la société dans son ensemble". Peut-on imaginer prise de position plus molle? Autrement dit, "si elles choisissent d'être prudentes", les banques reconnaîtront les efforts du contribuable...
Les contribuables américains saignés à blanc seront probablement ravis que leurs efforts soient "reconnus" (dans un futur hypothétique où l'augmentation de la dette finirait par se traduire par des hausses d'impôts - la fin du Ponzi scheme US autrement dit) et encore seulement si ces banques ont le bon goût de choisir d'être "prudentes". Ouch! That's gotta hurt!

He said financial companies have benefited from an “aura of government support,” as well as programs to guarantee debt,backstop commercial-paper issuance and “support weaker financial institutions that were their counterparties.”

Summers veut-il se faire respecter en rappelant l'arnaque AIG-Goldman ($13 milliards)? Un bon moyen pour lui d'avoir un peu de crédibilité aurait été de ne pas passer par la case départ en touchant "20000 francs" de Merrill Lynch pour une conférence alors qu'il était clair qu'il deviendrait conseiller économique (12 novembre 2008 - en avril 2008, il touchait $135000 de GS pour une intervention).

Quand Summers et Obama font une concession en fronçant les sourcils devant les banquiers pour calmer une opinion publique de toute façon amorphe et "brain dead".

Pendant ce temps-là, Spitzer essaye de sortir du trou dans lequel l'a placé son affaire de prostitution:
Spitzer said new rules proposed by President Barack Obama’s administration are irrelevant because regulators failed to enforce existing regulations.
“Regulatory agencies already had the power to do everything they needed to do,” he said. “They just affirmatively chose not to do it.”
“You don’t need new regs to do it, you just need the will to do what they were supposed to do,” he said.

Mitterrand et la licence globale

Etonnant de voir s'exprimer un ministre inexpérimenté:

Avis défavorable [à la participation de 2€], ont répondu le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et le rapporteur du texte Franck Riester (UMP). "C'est le retour de la licence globale qui a la vie dure. Les artistes n'en n'ont pas voulu", a déclaré M. Mitterrand.

On sait maintenant pour qui le gouvernement légifère exclusivement: "les artistes". Ils ont un droit de véto sur les dispositions de l'Hadopi. Et cela ne veut pas dire les citoyens qui entreprennent des activités artistiques évidemment. Il s'agit de la petite caste de ceux qui en vivent largement au moyen d'un système de distribution obsolète. Espérons que tous ceux qui n'appartiennent pas à cette caste se souviendront qu'on a légiféré exclusivement au profit de celle-ci et au mépris du bien commun (libertés individuelles et avancée globale de la société) au moment de voter.

mardi 21 juillet 2009

Le "brouillon de l'histoire" massacré

Si le journalisme est le brouillon de l'histoire, cette introduction de Charlie Rose à son émission "Update on Wall Street" fait vraiment froid dans le dos. Au sujet de JP Morgan et Goldman Sachs:

"Both banks received billions in government TARP loans last year but the funds were recently repaid." Les deux banques ont reçu de l'argent du TARP mais elles l'on remboursé récemment.
Fermez le ban.

JP et GS ont croqué de l'aide gouvernementale mais c'est bien fini. Sous-entendu: on ne peut pas leur reprocher dans le cadre de leurs annonces de résultats mirifiques. Quelle énormité! Quand on voit le "free pass" avec lequel les banques font avaler toutes les couleuvres à l'opinion, on se demande vraiment si ce qu'on a appris sur les crises passées a le moindre rapport avec ce qu'il s'est vraiment passé. Juste pour mémoire (au lecteur occasionel): toutes les banques doivent aujourd'hui leurs survies aux décisions du gouvernement et des banques centrales. C'est vrai depuis septembre et c'est toujours le cas aujourd'hui: si les banques centrales normalisaient leurs pratiques et les Etats supprimaient leurs garanties, tous les banquiers du monde pourraient éteindre leurs ordinateurs et rentrer chez eux dans la minute. Derrière les Etats, il y a les citoyens et surtout les contribuables. Les banquiers, non contents d'avoir planté leurs concitoyens une première fois en soudoyant les hommes politiques pour qu'ils autorisent des pratiques grotesquement frauduleuses, passent une seconde couche en leur extorquant des fonds publics pour pouvoir continuer à réaliser des profits factices. C'est sans conteste, de très très très très loin, le transfert de richesse le plus choquant de l'histoire et cela n'émeut pas plus que cela les journalistes des vieux médias...

Les invités de Charlie Rose sont cette fois Floyd Norris du New York Times et Dennis Berman du Wall Street Journal qui s'acquittent tous deux fort bien du cirage du pompe au système bancaire qui est ce pour quoi ils sont payés. Jusqu'à Berman qui finit par dire quelque chose dans le goût: on a tellement joué de malchance que là, vraiment, il serait normal que quelques choses aillent un peu mieux quelques temps (autour de la 22ème minute). Evidemment, la malchance n'a rien à voir à l'affaire. On ne sait pas s'il est vraiment idiot ou simplement menteur. A noter que Floyd Norris semble s'être abonné à la newsletter de Nouriel Roubini puisqu'il mentionne l'information selon laquelle la production d'électricité baisse en Chine et pas la croissance (vue dans le dernier "Post-It"). Ces hommes liges des banques commencent donc à s'informer sur les blogs et les sites sans légitimité historique, avant d'être balayés (espérons-le) par cette nouvelle concurrence.

Pour finir en apothéose, regardez la dernière minute où ces trois abrutis se donnent des airs importants en faisant des allusions au fait que "si vous voulez survivre dans le monde d'aujourd'hui, il faut avoir des contreparties importantes" (wink wink - clin d'oeil entendu). Ils font clairement allusion à la différence de traitement entre AIG et CIT, l'un ayant bénéficié d'être une contrepartie essentielle de GS. C'est effectivement intéressant mais pourquoi ces clins d'oeil entendus sans même citer les noms des sociétés dont ils parlent? C'est comme s'ils nous disaient: nous savons bien que le système est complètement pourri mais nous ne pouvons pas en parler et ça nous fait bien rigoler. WTF?

Et c'est le meilleur talk show aux US... A noter que l'émission est sponsorisée par Bloomberg et accessoirement tournée dans la tour Bloomberg à Manhattan. Il y défile à peu près tous ceux qui comptent dans la société américaine (et de temps en temps quelques étrangers, j'y ai vu Villepin, Sarkozy avant son élection et BHL par exemple). C'est le porte-voix des élites et il est donc normal que quand les élites faillisent collectivement, le show en pâtisse. Charlie Rose ne laisse pas transpirer ses inclinations politiques mais après des années de visionnage soutenu, j'ai échaffaudé qu'il était à la gauche du centre (!). Comme tout bon journaliste des vieux médias, il semble avoir une conscience très vive du côté sur lequel sa tartine est beurrée et il ne commet jamais d'impair. Les invités sont très respectueux, certains avouent: "je n'en reviens pas d'avoir été invité chez vous". En retour, ils ne sont jamais mis en difficulté. Tout cela reste toujours très civil, un talk-show entre "gens de bien". Quand une partie des "gens de bien" se met à voler et à tuer impunément, c'est un peu court.

Usual Suspects


Bush, Summers, Obama, Paulson et Geithner.

vendredi 17 juillet 2009

Post-It

Obama ne veut pas d'un amendement à sa loi de finance militaire exigeant que les "contractors" ne soient pas utilisés lors des interrogations de détenue.

Glenn Greenwald célèbre les profits énormes de Goldman Sachs avec une sélection d'extraits d'articles depuis septembre 2008. C'est cinglant comme toujours. Vous verrez beaucoup de choses qui ont été citées dans le blogo. La démonstration de la corruption totale de la première puissance mondiale. Ame sensible s'abstenir. A noter que même Greenwald ne semblait pas avoir noté initialement que c'est le programme de prêts de la FED qui a été l'élément le plus important du sauvetage des banques et donc aussi de Goldman Sachs, $2 trillion ont été utilisés sur lesquels le public ne sait rien. $1 trillion est peut-être allé directement chez GS pour "spieler", impossible de savoir.
Le mécanisme est de fournir de l'argent frais en échange d'un collatéral pourri - comme ça, la baisse de valeur des obligations que les banques détiennent ne les empêche pas de se financer (la BCE et la FED l'ont fait plus que de raison dans une très grande opacité). C'est entre autre pour ça que le blogo ne cesse de répéter que TOUTES les banques américaines et la plupart des banques dans le monde ont fait faillite et sont en "life support" depuis septembre 2008.

Je ne peux pas "linker" car ce sont des pubs qui vont et viennent mais je tombe très fréquemment en ce moment sur des pubs pour la scientologie dans des sites d'information US très mainstream...

Jusqu'à la fin 2008, la production d'électricité en Chine était très corrélée avec la croissance économique. Ca n'est plus le cas depuis le dernier trimestre 2008 selon Adam Wolfe et Rachel Ziemba (via RGE Monitor) avec une baisse de 6% puis 4,3% en Q4 et Q1 alors que la croissance restait supérieure à 6% ces deux trimestres. Cela pose la question de la fiabilité des statistiques chinoises en général et il semble que cela soit un vaste sujet à en croire les nombreux sceptiques qui s'expriment sur la question. J'ai vu un autre commentateur qui semblait être à son affaire et parler mandarin (sur RGE monitor) se demandait si l'endettement de l'Etat chinois était de 50% du GDP ou 70%. N'y a-t-il pas des stats officielles? La Chine m'apparaît de plus en plus comme la boîte noire de l'économie mondiale. Un peu comme si le "financeur" en dernier ressort des Etats-Unis avait des choses à cacher. La Chine est les Etats-Unis vont-ils devenir un autre couple célèbre comme Enron et Arthur Andersen, les banques et les agences de notation ou Madoff et son auditeur employant 3 personnes? J'y reviendrai.

Blair Président de l'Union Européenne?

Dites-moi que je rêve... Espérons que l'enquête au Royaume-Uni sur la participation à l'invasion de l'Irak mettra fin à ces élucubrations. Rien que le fait que l'hypothèse soit émise est choquant.

Friday Plane Blogging

mercredi 15 juillet 2009

Bullshit détecteur du blogo dans le rouge

Hier, Sarkozy a voulu justifier le déploiement français en Afghanistan par la volonté d'empêcher que des mains de "petites" filles ne soient coupées parce qu'elles portaient du vernis à ongles. Problème: il semble que cela n'ait jamais été observé.

Après 5 ans d'exposition intensive à la propagande bushiste, j'ai développé un "bullshit detector" extrêmement efficace dont l'aiguille s'est immédiatement mise à tressauter furieusement. Cela me vaut de grands moments de solitude car quelqu'un d'averti se sent extrêmement seul devant la capacité de ses contemporains à avaler sans broncher la propagande du jour quand le sujet tourne autour du supposé "clash de civilisations".

Rapide recherche sur internet. L'histoire serait adaptée d'un rapport d'Amnesty International de 1996 qui semble faire état d'une instance "au moins" où la dernière phalange d'un pouce d'une femme afghane aurait été coupée en raison de l'application de vernis à ongles. Alastair Campbell (propagandiste de Blair) a semble-t-il commandé une étude sur les exactions talibanes et a placé cette mutilation en avant dans le cadre d'une opération de propagande qui a été relayée par les épouses respectives de Blair et de Bush en 2001 (la cause des femmes musulmanes est un axe important pour gagner le sexe supposément le moins belliqueux à l'idée de la guerre d'autant qu'il a des fondements bien réels. L'idée que "l'ennemi" couperait de manière routinière les mains de "petites" filles portant du vernis à ongle semble en revanche n'en avoir aucun).

La généralisation de Sarkozy est donc inacceptable vu la faiblesse des preuves factuelles sur lesquelles elle repose (en plus d'être factuellement fausse - couper les mains n'est pas la même chose que couper une phallange même si le blogo ne défend ni l'un ni l'autre). Il est courant dans les pays totalitaires de stigmatiser l'adversaire en présentant des faits isolés comme la "vraie nature" de l'ennemi. Les iraniens ont dit le mois dernier aux Etats-Unis qu'ils n'avaient rien à reprocher aux iraniens sur le traitement des émeutes récentes en raison des évènements de Waco au Texas par exemple. A quand les accusations sur les français "congeleurs de bébés"?

L'idée que les Talibans coupent systématiquement les mains aux ongles vernis est donc un élément maladroit de propagande qui affaiblit considérablement le discours présidentiel. Ce genre de déclaration ne s'adresse pas à notre intelligence mais à notre cerveau reptilien et nous rappelle les heures les plus noires de la propagande bushiste/blairiste. Si on prend ce discours au mot, on a envie de prendre son fusil et d'aller dégommer du Taliban. Cela ressemble un peu aux "deux minutes de la haine" dans 1984. Plus généralement, le doute ou la gêne qu'on peut ressentir en imaginant des drones terroriser des populations civiles en notre nom à l'autre bout de la planète sont complètement éradiqués: plus de doute, plus de réflexion, plus de mesure! La vie est belle.

Rien ne me fait plus froid dans le dos que ces discours de haine (car la déshumanisation de l'adversaire prépare le terrain à son extermination - toujours un risque vu le rapport de force) semblant nous intimer de laisser notre sens critique au vestiaire et nous enjoindre d'acquiescer à toutes les décisions de notre bienveillant leader qui veut débarrasser le monde d'un mal absolu et qui a besoin pour ce faire de pouvoirs non moins absolus (cf Bush, George W.).

Sarkozy ment-il? A-t-il été simplement victime (comme nous tous) de dizaines d'années de désinformation** et en a-t-il gardé cet exemple précis comme un élément structurant de sa pensée sur les talibans? Le problème est qu'il n'est pas au café du commerce et que quand on est président on ne peut pas faire des déclarations incendiaires galvanisant l'opinion sans un minimum de "fact checking". Surtout quand il s'agit de guerre et de paix.

La vérité est que personne ne sait ce que nous faisons en Afghanistan et qu'il est plus facile de recourir à ce genre d'arguments que d'essayer d'expliquer une stratégie inexistante. Ce n'est pas vrai, il est plus juste de dire qu'il y a bien une stratégie mais qu'elle n'a rien de militaire: elle est de faire plaisir à Obama sur ce plan en espérant s'y retrouver sur d'autres plans politiques (j'espère que ce n'est pas seulement contre un sourire, merveilleux il est vrai).

*Combien s'étonnent de voir sur les ondes une jeune iranienne agonisant alors que des scènes de ce type au moins aussi horribles sont tournées tous les jours dans toutes les zones de conflit du monde et qu'elles sont systématiquement occultées de nos journaux télévisés? (cette scène est passée en boucle aux Etats Unis en tout cas, je ne suis pas sûr pour la France) Le simple fait de demander qu'on applique les principes de rationalité, d'objectivité et d'égalité de traitement (supposément à la base de nos sociétés) à ces sujets fait froncer des sourcils.
** Vous souvenez-vous des irakiens qui enlevaient les incubateurs dans les cliniques en arrivant au Koweit? C'était une invention du Rendon Group, fournisseur du pentagon en opération de "relations publiques".
Note 1: Si quelqu'un a des informations spécifiques sur des mains coupées à cause de vernis à ongle, le blogo fera une correction.
Note 2: Je pense que cette note n'est pas utile pour les lecteurs fidèles mais elle peut l'être pour quelqu'un qui tomberait sur ce post de manière isolée. Le propos du blogo n'est pas ici d'exonérer les talibans ou d'expliquer que les difficultés des femmes talibanes sont en réalité de l'ordre de celles dénoncées par Cookie Dingler. Il s'agit de tirer les leçons de l'Amérique bushiste et d'adopter une politique de tolérance zéro devant des embryons de dérive similaire.
Et tant qu'on est sur Cookie Dingler:

Guaino découvre l'Amérique

Le Blogo s'était réjoui de voir Guaino exécuté par Maître Eolas à la suite de déclarations ineptes sur l'hadopi. Cette fois-ci, je ne peux que louer la fermeté de Guaino sur Goldman Sachs.

“The question now is whether we decide to do something to fix that,” Guaino said today in an interview on France2 television. “No one in the U.S. or elsewhere can tolerate such a situation. Goldman Sachs wouldn’t exist had American taxpayers not come to its aid. To be drowning in dollars and bonus money today is utterly scandalous. It’s a problem the G-20 will have to deal with. Political leaders around the world are at the foot of a gigantic moral problem.”

Failure to act on bankers’ pay and bonuses could lead to “major political problems,” Guaino said.

“On the one hand, there’s this explosion in unemployment and social disintegration, and on the other, this perfectly indecent conduct continues,” Guaino said in the interview. “It’s the job of politicians to put an end to it."


Quand va-t-on commencer à s'interroger sur les causes structurelles de ces dérives? Pourquoi s'indigner seulement maintenant? Tout est normal pendant qu'on crée les conditions des abus et quand les abus se produisent, c'est l'indignation? Il faut quand même se réjouir de ces éructations Guainoesques: c'est beaucoup mieux que rien. Le blob de la corruption américaine recouvre désormais tellement le pays que même les observateurs étrangers ne peuvent plus faire semblant de ne pas le voir!

Note: cette dépêche bloomberg n'est plus mise en avant sur le site de bloomberg, son passage en "une" aura été remarquablement court.

lundi 13 juillet 2009

L'art du sauvetage des banques

Ce sauvetage des banques me pose beaucoup de problème car j'aime bien les analogies un peu fumeuses et je trouve difficile d'en trouver sur ce sujet. C'est pour ça que j'aime bien ce dessin qui a un peu une qualité "Alice au pays des merveilles". (via TBP)

samedi 11 juillet 2009

Sarkozy se fait remarquer

Post-It

Un édito de David Brooks du NYT (dont la fortune journalistique a été liée au fait d'avoir inventé le terme "bobo" à la fin des années 90, il a supporté la guerre et n'a aucune chance de figurer un jour sur la BCL) cite un chiffre cher à "Hubris Kills" qui résume très bien la crise: le total de la dette américain représentait 143% du PIB en 1951 mais 350% l'an dernier. Déjà évoqué sur le blogo ici et par le Financial Times ici (via Hubris Kills). La crise n'est que le début d'un lent deleveraging (réduction de la dette). Il est tellement lent qu'il n'a d'ailleurs pas encore commencé (la dette publique augmentant plus vite que la dette privée ne diminue) mais il semble aussi inéluctable que l'éclatement de la bulle de l'immobilier.

Si vous voulez savoir ce que donne l' "exact opposite" du discours du Blogo, c'est ici dans cet autre édito du NYT. En gros: la crise est la faute des régulateurs et il ne faut rien changer au système bancaire. Posner a été interviewé en juin par Charlie Rose. Il semble sucrer les fraises mais nous donne l'essence de son message à la fin de l'interview: "le plus dangereux est la précipitation dans la rerégulation". T'as raison, je suis terrifié.

Le wapo dans une nouvelle affaire. Ils proposaient d'organiser des rencontres entre lobbyists et responsables officiels au sujet du plan santé Obama. Des journalistes du Wapo devaient animer mais il était entendu que tout serait "off". Les vieux médias à leur meilleur!

Un grand nombre des programmes mis en place par la FED à l'automne 2008 pour sauver Wall Street ont été redimensionnés à la baisse fin juin suite à la normalisation des marchés. Alphabet soup anyone? AMLF, ABCP, CPPF, TSLF, TAF, TALF, currency swaps...

Le FMI veut vendre 12% de ses réserves d'or à partir du quatrième trimestre. 400 tonnes.

Deux pontes se prononcent contre l'extension des pouvoirs de la FED soutenue par l'oligarchie bancaire (qui contrôle la FED).

Les banques préparent une campagne publicitaire contre le projet d'Obama d'avoir une agence de protection des consommateurs sur les produits financiers. Le modèle est "Harry and Louise" utilisé en 1994 contre le plan santé des Clintons: le gouvernement veut décider à votre place. They have no shame.

Les SIVs ne sont plus selon le FT. RIP 2009.

Peter Schiff raconte son histoire et ses rapports avec les vieux médias

A voir. 5min.
(Le lien est réparé suite à une remarque de W. Il faut descendre un peu dans le texte pour voir la vidéo. L'article est probablement intéressant mais je ne l'ai pas lu pour le moment.)

As American as apple pie

Peanut butter and jelly... (via the big picture)

vendredi 10 juillet 2009

Friday Plane Blogging

Le premier A380 peint aux couleurs d'Air France est sorti du hangar cette semaine. Vol inaugural vers New York le 9 novembre. A noter: le nouveau logo Air France.

jeudi 9 juillet 2009

Post-It

Le taux de chômage US est à 9,6%. D'après les stress tests effectués fin mai, le scénario le pire était 8,8%. Just sayin...

La bourse atteint un plus bas depuis deux mois. Une nouvelle série de pertes massives semble se profiler à l'horizon (on reparle d'AIG). La situation est singulièrement similaire à celle de l'été dernier. La bourse également s'était remise d'aplomb jusqu'à fin juin puis s'était retournée pendant l'été, pour finalement exploser en vol à la rentrée. Le plus haut en mai 2008 avait été 13000 points, en juin 2009, c'est un plus modeste 8800.

Morgan Stanley veut à nouveau "trancher" des CDOs pour donner un bon rating à une partie d'entre eux. Good luck with that. C'est en gros le mécanisme de structuration qui a permis cette crise. L'idée est toujours de faire estampiller AAA ces titres par les agences qui n'hésiteront pas à apposer doctement leur sceau.

Bon article de David Reilly de Bloomberg News sur les efforts de relations publiques des banques après la crise. En tentant de se disculper en réécrivant l'histoire de la crise ("c'est la faute à pas de chance"), elles veulent empêcher un retour de bâton de la régulation. Pour étayer son propos, le journaliste cite un professeurs d'Harvard de "Louisiana State" (je n'ai rien contre Louisiana State mais il est quand même désespérant de voir que les "elite institutions" n'arrivent toujours pas à critiquer les banques comme elles le méritent). Citant le groupement pour les relations publiques des banques: In other words, no one will buy it if we say Wall Street isn’t to blame but our members want to try anyway. (Personne ne nous croira si nous disons que Wall Street n'est pas responsable mais nous alons quand même essayer.) Good luck with that too.

Goldman Sachs et le coup d'Etat économique

En 1953, le président de General Motors déclarait en gros: "Ce qui est bon pour GM est bon pour l'Amérique". On peut se demander aujourd'hui si la même formule légèrement adaptée ne peut pas être appliquée à Goldman Sachs: "Ce qui est mauvais pour l'Amérique est bon pour GS".

D'après un "analyste actions" de Bank of America (autant dire Mme Soleil mais le jugement est quand même intéressant en raison de l'énormité de ce qu'il révèle), Goldman serait dans les clous pour battre en 2009 son record de gains de trading établi en 2007 (record dans l'histoire de la finance, $25 milliards). Cette petite entreprise ne connaît pas la crise.

C'est en fait normal. Toutes les barrières entre l'Etat et les banques ont sauté avec la faillite de ces dernières. De manière complètement stupéfiante, les institutions financières ont utilisé leurs propres faillites comme "forcing device" pour lancer (et réussir) une OPA hostile sur l'Etat. Là où on aurait pu croire que l'inverse se produise (la reprise par l'Etat de banques en faillite), les banques ont jeté le masque et ont révélé l'emprise qu'elles avaient sur les rouages de l'Etat dans une forme inédite dans l'histoire de "coup d'Etat économique". Tout cela couvert par le sourire de l'affable Obama.

Les banques sont de fait encore plus puissantes qu'avant la crise car elles se financent désormais directement à partir de la meilleure source qui soit: les fonds publics. Elles avaient déjà plus ou moins le privilège de "battre monnaie" vu l'influence qu'elles ont par statut sur la FED. Elles se sont arrogées le droit de lever l'impôt (ce droit n'existe plus vraiment aux Etats-Unis, il vaut mieux parler du droit d'augmenter la dette). Cette usurpation ne va pas tarder à faire son chemin auprès des autres Etats et surtout des investisseurs du monde entier mais il faut bien reconnaître que pour l'instant, l'arnaque est passée comme une lettre à la poste. Il s'agit donc en réalité d'un chant du cygne* avant la chute finale (ce système a déjà magistralement échoué et ne trouvera évidemment pas de rédemption ni même d'équilibre dans sa nouvelle hypertrophie) mais tout de même: chapeaux bas!

* Un chant du cygne façon scène finale d' "Akira" dans laquelle le héro négatif se transforme en blob détruisant la moitié de la ville avant de reprendre forme humaine.
Note: j'en profite pour caser le lien vers l'article de Matt Taibbi finalement en ligne et déjà évoqué ici dans le blogo. Il s'agit d'une critique assassine de Goldman Sachs comme on n'en lit... jamais!

mercredi 8 juillet 2009

PPIP

Pour ceux qui se perdent dans l' "aphabet soup" qu'est devenue la litanie de programmes en tout genre destinés à sauver les banques américaines faillies avec l'argent du contribuable, le PPIP est le Public-Private Investment Program. Il s'agit d'écouler les actifs pourris des banques en créant un marché subventionné par l'Etat spécialement pour eux. Le TARP devait originellement fonctionner selon ce principe. Cela a toujours échoué. Les raisons sont multiples mais le problème essentiel est que les banques n'ont aucune idée du prix réel de ces actifs et préfèrent rester dans l'ignorance. L'Etat a donc proposé des mécanismes pour inciter les banques à ne pas s'asseoir sur leurs pertes mais à épurer le système.

Il semble que le plus gros obstacle au fonctionnement d'un tel programme ait été le gouvernement: en assouplissant les règles comptables juste à temps pour les publications des résultats du premier trimestre, elles ont créé un environnement économique qui encourage les banques à faire le dos rond au-dessus de leurs actifs pourris plutôt que de s'en débarasser. L'Etat est donc devenu un buffet où les banques viennent se servir en fonction de leurs besoins. Le TARP impose des contraintes sur les rémunérations des dirigeants? Personne n'en mange. Le PPIP oblige à réaliser des pertes qu'on peut repousser dans le futur? Idem. La réforme comptable permet de repousser les difficultés? Tout le monde en croque.

C'est le règne de l'Etat fantoche: face à des banques qui ont ruiné/ruinent des millions d'américains soit par leurs pratiques frauduleuses, soit à coup de fonds publics, l'Etat ne fait que proposer aux banquiers attablés un menu à la façon d'un maître d'hôtel. Alors que ce client devrait précisément être mis au régime sec et à la plonge car il ne paye pas ses dettes et qu'il a grugé tous les autres clients du restaurant.

L'administration a même fait savoir qu'elle n'avait pas l'intention d'utiliser ses actions de banques nouvellement acquises pour exercer une influence dans les conseils d'administration. Geithner et Summers ne sont que de pathétiques hommes liges du système bancaire mais Obama ne s'en apercevra que trop tard.

A noter pour terminer sur une note d'espoir qu'Obama a organisé un dîner avec son équipe économique d'un côté et Stiglitz, Krugman et autres "contrarian" de l'autre en avril ou mai (c'est un contexte très déséquilibré: il aurait fallu qu'Obama soit seul face à eux... En bonne société et à la maison blanche en particulier, on ne confronte pas les conseillers existants en disant qu'ils sont entre les mains de Wall Street). Il est donc conscient qu'il y a une dissidence mais il est bien trop prudent pour se jeter dans cette voie qui ulcèrerait Wall Street. Il faudrait pour cela que la crise s'agrave. Le problème est que maintenant que le système bancaire fait compte commun avec l'Etat, le moment de la crise où les banques étaient à genou est passé pour de bon. On imagine mal comment des évènements traumatiques pourraient arriver à faire suffisament masse pour recréer une situation où l'Etat a les banques "en joue" à nouveau (dans un contexte où la dette pourrie qui "dépasse" est reprise par l'Etat au fil de l'eau). C'est donc le sort d'un Etat-Banque qui se joue désormais (ou plutôt de Banques-Etat). La prochaine étape de la crise n'est donc pas des faillites bancaires mais bien des faillites souveraines ce qui veut dire des crises monétaires.

On loue beaucoup les Etats pour avoir évité le "risque systémique". C'est faux. Ils se sont seulement portés garants du système et nous vivons sur le capital de crédibilité qu'il leur reste. Ils rassurent mais ils sont complètement dépassés par ces évènements auquels ils ne comprenaient déjà absolument rien avant la crise. Ils n'ont entrepris aucune réforme de structure et se sont contentés de mettre un sarcophage d'argent public sur le problème, "Tchernobyl style". Ils sont conseillés par les savants fous qui ont créé la centrale et qui sont obsédés à l'idée de la remettre en route (elle les fait manger mais elle est inutile au reste de la population qui ne fait que subir ses radiations toxiques). A part ça, tout va bien.

L'euphémisme, allié indispensable de l'Amérique Bushiste et post-Bush

L'euphémisme le plus mémorable de l'Amérique bushiste a sans doute été d'appeler "Enhanced Interrogation Techniques" (technique d'interrogation améliorée) ce qui n'était pas autre chose que la bonne vieille torture. Utile pour tenter de réduire le fossé entre les valeurs proclamées et la réalité sur le terrain.

Dans l'Amérique post-Bush, un autre euphémisme est de plus en plus utilisé dans la sphère économique depuis un mois ou deux: "regulatory capture" (capture du régulateur par les intérêts qu'il régule). Le concept n'est pas nouveau comme me l'a fait remarquer "W.". Il y a même une entrée wikipédia à son sujet qui le fait remonter à Woodrow Wilson. Il a en tout cas une nouvelle vie dans le débat public depuis peu. Comment mieux décrire la réalité américaine actuelle que par la "capture" des régulateurs par les industries qu'ils sont censés réguler?

Il y a en réalité une bien meilleure description: on doit parler de corruption. Le problème c'est qu'en utilisant "corruption" (comme en utilisant "torture") on sort du débat policé et on ne laisse plus à la population la possibilité confortable de nier l'évidence et d'accepter l'inacceptable. Sans euphémisme, pas de bushisme.

Note: l'entrée wikipédia sur "regulatory capture" parle de "deep capture", stade plus avancé dont la description fait vraiment penser à la situation actuelle: Some economists, such as Jon Hansen and his co-authors, argue that the phenomenon extends beyond just political agencies and organizations. Businesses have an incentive to control anything that has power over them, including institutions from the media to academia to popular culture, and thus will try to capture them as well. When this happens, they call this phenomenon "deep capture." En plus de la complicité des régulateurs, la bulle de l'immobilier a eu besoin d'un soutien médiatique et académique pour suivre le cour grotesque qu'elle a suivi:
A la lecture de ce graphe, on ne peut que rester circonspect face aux "J'm'ai trompé" embarassés de la FED. N'y a-t-il personne dans cette institution qui n'ait été capable de lire un graphe?

Post-It

Les lecteurs assidus du blogo savent que les présidents américains remercient les gros donateurs avec des postes d'ambassadeur. Obama continue. Ce post décrivait le cas de six ambassadeurs dont un issu de Citigroup nommé à Londre. Un ancien de Goldman Sachs est nommé à Berlin.

Troubles en Chine. S'agit-il seulement de tensions inter-ethniques ou la crise économique a-t-elle un rôle dans le développement de ces émeutes? Il y a un contentieux économique entre les Hans et les Ouïghours semble-t-il. Est-il exacerbé par la crise?

Roubini ne voit pas de reprise avant 2010 et une reprise très faible d'ici là. Le point bas pour les prix de l'immobilier est prévu pour la mi-2010 (Newsletter d'aujourd'hui).

Il est déjà question d'un deuxième stimulus aux Etats-Unis. Il est vrai qu'il est communément admis que l'endettement n'a aucune conséquence. Dès lors, pourquoi s'en priver? A noter que la maison blanche indique que ces discussions sont prématurées.

mardi 7 juillet 2009

La City et Wall Street

Michel Rocard s'exprime sur la crise dans Le Monde et il a une vision assez noire. Il attribue les difficultés récentes de Gordon Brown à un putsch de la City qui n'apprécie pas ses nouvelles régulations. Je dois dire que j'y avais jeté un regard transversal mais que je n'avais pas identifié la City comme la principale force derrière ce coup raté. J'imagine que si on connaît les protagonistes, cela doit sauter aux yeux.

Je crois comprendre comment la volonté de Wall Street est relayée dans les lobbies du pouvoir à Washington mais le Royaume-Uni est un peu dans un angle mort pour le Blogo. J'ai déjà cité Jacques Attali disant que la City avait un poids considérable dans la politique britannique. Il semble que Michel Rocard ait les mêmes infos et je n'ai aucune raison de douter de leur analyse.

lundi 6 juillet 2009

Une récession pas comme les autres...

Graphe représentant les baisses d'emploi en pourcent à partir du mois où la récession a été déclarée. Hang on. (J'ai changé le graphe pour des raisons de clarté mais l'idée est la même, celui-là vient de "Calculated risk", l'autre était une version modifiée par "The Big Picture".)

samedi 4 juillet 2009

Ploutocratie

Ca ne s'invente pas. Illustration de la démesure des fortunes amassées aux Etats-Unis, cette enquête de l'université d'Harvard destinée à des anciens élèves: la dernière catégorie proposée pour faire état de ses revenus annuels est "$5,000,000 ou plus", la dernière catégorie pour le niveau de capital est "$50,000,000 ou plus".
(Par le biais d'un journaliste connu qui a reçu le questionnaire.)

C'est une réalité qui est difficile à appréhender si on n'a pas vécu aux Etats-Unis à proximité des classes privilégiées mais qui est au coeur du système social que dénonce le blogo. Il est très facile de déterminer des différences objectives de performances entre des individus mais beaucoup plus délicat de déterminer comment ces différences doivent se traduire en termes économiques. Il est souhaitable que la société rétribue l'effort. Il est également normal qu'en fonction de ses capacités, de ses efforts et de sa sensibilité, un individu puisse avoir le choix entre des carrières plus ou moins rémunératrices.

Une fois qu'on a dit ça, tout est affaire de degrés et c'est là que le bât a blessé aux Etats-Unis circa 90s-00s. Laisser des différences toujours croissantes s'instaurer entre les revenus des individus conduit tôt ou tard à la ploutocratie. Passé un certain point (qui peut varier selon les structures politiques d'un pays - rigueur des lois de financement de campagne par exemple) assez d'argent rassemblé dans assez peu de mains fini par être capable de corrompre les institutions d'un pays au service exclusif d'un petit groupe. Dès lors, une mécanique implacable se met en place visant à renforcer en permanence la richesse et l'influence de cette fraction de la population et cela se termine par ce à quoi on a assisté ces dernières années aux Etats-Unis (voir les "Bush tax cuts"). La concentration des richesses dans trop peu de mains est un risque qui peut s'avérer fatal pour les démocraties. C'est un risque insidieux car comme la proverbiale grenouille qui ne sent pas que l'eau dans laquelle elle se trouve est portée à ébullition, cette évolution est progressive et le moment exact du basculement n'est pas facilement identifiable (quand le parti de gauche se met à défendre les plus riches avec le même entrain que le parti de droite, comme sous Clinton par exemple, on peut dire en gros que la messe est dite). L'hypocrisie consistant à dire que des rémunérations extravagantes sont justifiées par un "mécanisme de marché" n'est que cela: un moyen spécieux de justifier tout et n'importe quoi dans un but idéologique. Les mécanismes de marché pur et parfait n'existent nulle-part dans nos sociétés*, les invoquer précisément en cette matière est une mascarade. L'idée que les inégalités débridées augmentent le bien commun ("trickle down economics" voir fin du post) est une ineptie en train d'être démentie par la crise (c'était une clé de voûte de l'argumentaire de vente néolibérale - RIP 2007).

Je n'ai d'ailleurs pour ma part jamais compris comment des actionnaires pouvaient accorder ces rémunérations astronomiques à des dirigeants. Assez vite, le dirigeant devient indépendant financièrement (les actionnaires n'ont plus de prises sur lui car à la fin des fins, il a fortune faite) et il ne trouvera donc plus de motivation financière que dans une surenchère permanente et une prise de risque maximale. Les actionnaires des banques ont payé au prix fort l'imbécilité des pratiques de rémunérations qu'ils avaient laissées se mettre en place (et encore, Obama leur a sauvé la mise en empêchant que leurs actions tombent à leurs niveaux réels: zéro).

* Laisser libre cours aux mécanismes de marché aboutit à la concentration et au monopole. L'Etat doit alors organiser la concurrence avec notamment des mesures anti-trust (jetées aux oubliettes sous la présidence Bush par exemple - il n'y a quasiment pas eu de procédures engagées). Sans Etat, pas de marchés. Evidemment, l'Etat organise bien trop souvent des oligopoles comme dans la téléphonie mobile ou dans l'audiovisuel en France au lieu d'une vraie concurrence qui bénéficie aux citoyens (le lecteur "W." me dit que l'internet fixe en France est un exemple plutôt réussi d'organisation du marché qui a abouti à une "saine émulation" conduisant à un taux d'équipement et à une vitesse d'internet plus élevée en France que dans d'autres pays). De toute façon, quel que soit le secteur, aucune bataille n'est gagnée une fois pour toute et il est primordial qu'en toute circonstance, un régulateur respecté ait la volonté et les moyens d'imposer les règles de marché qui bénéficient le plus possible aux consommateurs. Trouver les moyens de rendre ces régulateurs efficaces et indépendants des entreprises du secteur qu'ils pilotent est un des enjeux managériaux cruciaux du monde de l'après-crise. La lutte des régulés pour acheter le régulateur ne connaît aucun répit, le régulateur doit l'accepter et mener également une lutte sans répit pour l'empêcher. Il appartient aux représentants du peuple d'identifier et de rectifier toute situation qui dérape. On pourrait imaginer par exemple qu'un groupe d'une vingtaine de députés soit en mesure de déclencher des enquêtes sur un marché donné...

vendredi 3 juillet 2009

Friday Plane Blogging

Aérodrome de Venise (en arrière-plan, cliquez pour agrandir).

jeudi 2 juillet 2009

mardi 30 juin 2009

Roubini sur la Blogo Compliant List

Vous vous souvenez peut-être que j'avais passé son cas en revue et que j'hésitais car je le trouvais un peu indulgent avec le système bancaire et Geithner en particulier. Je lui prêtais l'intention de préserver ses chances de travailler un jour pour Obama. Dans sa newsletter, il déclare que le processus de fin de la domination du dollar a commencé. Welcome on the BCL, Nouriel.

Nouriel Roubini: The process that will lead - in the medium to long term - to a challenge of the U.S. dollar as the major global reserve currency has started. The U.S. creditors - the BRICs, the Gulf states and others - are becoming increasingly alarmed that the U.S. will deal with its unsustainable fiscal path via inflation and debasement of the value of the U.S. dollar via depreciation. So they will not sit idly waiting for this to happen: they are already diversifying into gold, into resources (as China purchases mines and energy, mineral and commodity resources all over the world)

Goldman Sachs bashing (avec de l'extra violence!)

Matt Taibbi se paye Goldman Sachs dans Rolling Stones Magazine (pas dans le NYT!). Ce long article n'est pas encore disponible sous un format très lisible. Il est long mais il mérite d'être lu ( il est en anglais).

Des années 20 au TARP en passant par la bulle internet et la bulle de l'immobilier, tout y passe. On est souvent tenté de remplacer "Goldman" par "Wall Street" dans l'article mais il faut bien reconnaître que s'il y a un barycentre des pôles de décision dans la sphère politico-financière (en incluant dans le mix la FED, le gouvernement et le congrès qui font désormais "compte commun" avec le système bancaire), il ne peut pas raisonnablement être très éloigné de 85, Broad Street*. Dans cet ensemble, Goldman a une place complètement centrale. Que ce soit en termes de résultats financiers, d'appuis politiques ou de soutiens médiatiques, Goldman est "second to none" (en première position). Rôle central illustré par exemple par la présence incongrue de son CEO en septembre 2008 dans une réunion sur le sauvetage d'AIG entre le gouvernement, la FED et les régulateurs. Ce sauvetage a été opéré selon des modalités qui allaient faire de GS son premier bénéficiaire ($13 milliards).

Selon Taibbi, tout est la faute de Goldman. Et si d'autres étaient également responsables, Goldman est encore plus coupable car ils ne se sont pas faits avoir. Alors excessif et délirant? Not so fast... Dans des marchés financiers qui déboussolent à peu près tout le monde, l'idée que le chaos puisse être organisé et que des firmes passent systématiquement par "la case départ en touchant 20,000 francs" est répandue. La crise a démontré que Wall Street n'a pas de fondations éthiques (contrairement à ce que voulait nous faire croire le conte moral relaté en 1987 dans le film éponyme qui a décidément vieilli). Les ententes, les manipulations de cours, les fraudes, la corruption y sont monnaie courante et presque jamais sanctionnées. Sans parler de l'extorsion pure et simple de fonds du gouvernement dans des proportions irréelles quand le besoin s'en est fait sentir. La SEC et les autres régulateurs sont des tigres de papier (Madoff, subprime etc...).

La crise aurait dû être l'occasion de la remise à plat de Wall Street et de son institution phare, Goldman Sachs. Leurs agissements ont causé assez de désolation pour justifier un examen plus approfondi que l'admiration béate que nous propose le tryptique (WSJ, FT, The Economist qui n'ont cessé de nous présenter depuis des années les responsables de la sphère financière comme des divinités grecques, des directeurs de la FED aux CEOs de banques). Plus d'articles critiques comme celui de Taibbi permettraient de créer le soutien nécessaire à la restructuration du système bancaire devenu un énorme boulet pour la démocratie américaine (et le contribuable). Pour l'instant, la crise a plutôt renforcé les (nombreux) acteurs qui ont été secourus en créant un magma comptable dans lequel on ne peut plus distinguer la dette des banques et la dette de l'Etat. Avec le trésor de guerre accumulé par les banques (et les banquiers) ces dernières années, il est clair qu'elles ont les moyens de faire la pluie et le beau temps à Washington pendant encore un certain temps. La crise s'aggravera-t-elle assez pour que l'Etat restructure finalement les institutions financières** et qu'on revienne à un système fonctionnant plus ou moins comme dans la période 1945-1985?

Si cela ne se produit pas, on peut compter sur les banques livrées à nouveau à elles-mêmes pour générer une nouvelle crise plus grave dans quelques années qui aboutira cette fois-ci aux restructurations et à l'assainissement nécessaires. La thèse du Blogo est que cette crise est "la bonne", celle qui va obliger à la réforme. Si cela s'avère vrai, ça n'est bien évidemment pas une bonne nouvelle car seule une crise très grave peut déstabiliser un système financier qui a une telle emprise sur le pouvoir politique. Comme le montre le sauvetage des banques, il est clair que la structure de pouvoir ne se rendra pas sans combattre et que sa déstabilisation apparaît comme une proposition politique très risquée. Il n'en demeure pas moins que ce genre de séïsme arrive comme l'a prouvé la fin de l'empire soviétique (ce sont bien les structures de l'empire américain qui sont testées aujourd'hui - notamment son financement par la dette en particulier de son armée).

*adresse de GS.
** La non-restructuration n'est pas forcément un mauvais choix pour l'instant du point de vue américain: que resterait-il de la puissance américaine (ie: de sa capacité à attirer des capitaux) si l'Etat avait été honnête sur la situation de l'industrie bancaire en l'envoyant à la casse? Le "rêve américain" des investisseurs n'y aurait sans doute pas résisté et les Etats-Unis auraient sans doute déjà connu une grave crise de financement (et nous aussi probablement). Les américains ont tout intérêt à maintenir les apparences le plus longtemps possible. La réforme ne pourra venir que de l'extérieur quand les créditeurs tireront l'échelle. Ne comptons pas sur les américains pour donner le coup de pied de l'âne à un système dont ils sont les bénéficiaires. Les MSM (vieux médias) nous disent que cette crise systémique a été évitée. El Blogo maintient qu'elle n'a été que repoussée. Pour combien de temps? J'avais mis beaucoup de jetons sur l'année 2009 et sur le premier semestre en particulier (qui se termine aujourd'hui... raté). Stay tuned.

La FED fuite...

Il semble que la FED fuite (ses communiqués sont précédés d'interventions substantielles sur les marchés quelques minutes avant). Rien de très surprenant pour une institution qui est au centre des déboires de l'économie mondiale. Il n'y a évidemment pas de réaction de la SEC, à l'américaine!

dimanche 28 juin 2009

Post-It

Les banques s'organisent autour d'une association, le SIFMA, pour lancer une opération de relations publiques pour améliorer leur image. Ca va être marrant d'essayer d'identifier les articles qui seront une conséquence directe de cet effort.

L'inflation prédite partout (sur le blogo aussi) n'arrive pas toujours pas.

La FED n'intéressait pas les lobbyists dans le passé. Maintenant qu'elle fait la pluie et le beau temps sur les marchés en décidant quelles obligations sont autorisées ou non dans ses programmes (TARP TALF PPIP and all this alphabet soup), les lobbyists fondent sur elle comme le décrit Caroline Baum de Bloomberg News. Cela me rappelle une émission de feu "La 5" de Berlusconi: "Mondo Dingo" (c'est pas beau l'internet? voir ci-dessous).

samedi 27 juin 2009

La face cachée du TARP

Vous vous souvenez que quand Paulson a fait passer le TARP (chèque en blanc pour Wall Street qui tenait sur trois pages...) devant le congrès en octobre dernier, il s'est d'abord fait retoquer par la chambre des représentants (le sénat, plus corrompu, ne s'est pas joint à cette opposition). La demande de Paulson était assez extravagante pour que les représentants la rejettent.

Deux semaines après, le TARP était accepté après une grosse pression médiatique pro-banques (dans le goût "nous allons tous mourir très prochainement si les banques ne sont pas innondées d'argent public" ou à peu près). Il s'avère que la seule pression médiatique n'y a pas suffi et que les votes ont été gagné à l'américaine, représentant par représentant, chacun monnayant son vote contre des dépenses bénéficiant à leurs soutiens de campagne (pas à leurs électeurs bien évidemment...).

Bloomberg évalue à $150 milliards les "tax breaks" (baisses d'impôts) qui ont été nécessaires pour faire passer les $700 milliards du TARP. On sera donc rassuré de voir que les dépenses insensées réalisées pour le sauvetage du banque n'ont été possibles qu'en autorisant en loucedé core plus de dépenses. $7 pour les banques coûtent ainsi $1,5 pour tous les autres lobbies. On se demande vraiment pourquoi plus de voix ne se font pas entendre pour exiger qu'il soit mis fin à l'impérium financier américain sur le monde quand on voit la réalité du fonctionnement du système politique. Cela montre également à quel point l'idée de responsabilité est éloignée des politiques américains: frappé par une crise financière qui, de manière évidente, annonce une période de vache maigre, les mesures de sauvetage du système (bonnes ou mauvaises - en l'occurrence mauvaises selon le blogo) sont l'occasion de diminuer encore les ressources de l'Etat. C'est toujours l'idéologie des trente dernières années de "la baisse d'impôts favorisant la croissance" qui domine. Son corollaire, la dette, est caché sous le tapis (qui commence à avoir une forme bombée).

Extrait de la news bloom:
The hurried legislation adopted by a Congress voting under the threat of sudden global economic collapse led to hidden tax breaks for firms in dozens of industries. They included builders of Nascar auto-racing tracks, restaurant chains such as Burger King Holdings Inc., movie and television producers — and London’s Diageo.

“It’s kind of like the magician’s sleight of hand,” says former House Ways and Means Committee Chairman William Thomas, a California Republican who ran the committee from 2001 to 2007 and oversaw all tax legislation. “They snuck these things in a bill that was focused on other things.”

Congress inserted the tax benefits for companies other than banks in a fog of confusion and panic after the House of Representatives rejected the first attempt to fund the bank support effort urged by then President George W. Bush and Treasury Secretary Henry Paulson

CRA et subprime

Le "Orange County Register" publie un article infirmant la thèse propagée par Wall Street en septembre dernier selon laquelle une régulation contraignant les banques à prêter dans des communautés moins favorisées (CRA - Community Reinvestment Act) était à l'origine des difficultés du subprime et de la crise financière. Il s'agissait à l'époque de rejeter la responsabilité de de la crise de manière voilée sur les minorités prépondérantes dans ces communautés. L'idée que les banques se soient laissées embarquer dans le "predatory lending" (prêts prédateurs) à cause d'un programme d'aide aux minorités était évidemment risible (il n'y a qu'à voir les forces en présence au congrès pour s'en persuader - l'argent du bailout ne s'est pas déversé sur les minorités, je vous l'assure).

Cet article remet les choses à leur place et met probablement aussi le doigt sur une campagne médiatique qu'il serait probablement intéressant d'analyser (éditorial du WSJ, Larry Kudlow sur CNBC... Où cet élément de désinformation est-il né? Qui l'a propagé? Quel a été son impact dans la déflection des reproches contre Wall Street alors qu'AIG, Lehman et Fannie Freddie périclitaient et que Paulson préparait le plus grand détournement de fonds de l'histoire?). Another day on Wall Street... (via The Big Picture)

Obama aussi opaque que Bush dans de nombreux domaines

Cela n'a pas échappé à Bob Herbert du New York Times qui l'erreinte dans un op-ed.

Ni à Jon Stewart:
The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Cheney Predacted
thedailyshow.com
Daily Show
Full Episodes
Political HumorJason Jones in Iran

vendredi 26 juin 2009

Friday Plane Blogging

A380 en croisière. (cliquez pour agrandir)

Michael Jackson est mort

Je dois dire que je ne me sens pas très souvent affecté par la mort de célébrités mais là, c'est un peu spécial. Pour la postérité.

jeudi 25 juin 2009

La dislocation du marché de l'immobilier US (suite)

Post d'Atrios qui fait écho à une vieille idée du blogo:

Free Rent

Loan servicers just aren't equipped to handle this many foreclosures.
-Atrios 12:48

Comments (313)

Traduction: les administrateurs d'emprunts immobiliers ne sont pas équipés pour gérer un tel nombre d'expropriations. Le lien va vers un article expliquant que des gens ayant quitté leur maison ne sont pas expropriés car personne ne s'occupe du dossier.

C'est une thèse défendue par le Blogo depuis longtemps: le marché de l'immobilier américain ne fait pas que baisser, il se disloque. Le système (pas sympathique mais crucial) qui fait qu'un individu qui arrête de payer son emprunt se fait exproprier est complètement engorgé. Dès lors, le non-paiement n'entraîne plus de sanction.

Les problèmes sont alors bien plus préoccupants qu'une simple baisse des prix (pourtant gravissime dans les proportions actuelles). On entre peu à peu dans une situation de non-droit où les contrats ne peuvent plus être respectés. Les banques n'arrivent plus à se réapproprier assez vite les propriétés, les emprunteurs ne quittent plus les lieux. C'est déjà comme ça que se terminait la confession du journaliste du NYT qui avait sombré dans l'engrenage du subprime suite à un divorce: il attendait depuis 8 mois que la banque lui propose quelque chose mais on lui répondait qu'elle était débordée.

Toutes les ressources privées qui ont permis de gérer administrativement le boom se nourrissaient (très grassement) sur la bête. Le crash ne génère évidemment pas les mêmes profits et on ne peut compter sur le secteur privé pour en administrer les conséquences (comme les expropriations massives). L'Etat est lui trop lent dans sa réflexion: il aurait évidemment dû créer une "administration de l'immobilier" qui empêche de laisser ce marché sombrer dans l'anarchie avec une partie de l'argent qui a été donné à Wall Street. Si Obama croit que Wall Street va faire du "service public" et dépenser de l'argent (possiblement distribuable en bonus!) dans le but d'assurer la stabilité du pays, il n'a rien compris à l'histoire récente...

On est un peu comme dans une ville après une coupure d'électricité (mémoire du black-out de 24H00 à NYC en août 2003): quelqu'un défonce une vitrine et se sert dans un magasin. La police complètement débordée ne se manifeste pas. Deux, trois, puis bientôt dix autres passants vont piquer dans le magasin. On a alors le sentiment bizarre que tout peut basculer.

Le problème est qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une coupure d'électricité mais de la faillite d'institutions critiques: Etat, Banques, médias. Pendant dix ans, elles ont laissé se créer une situation qui allait mettre à la rue des millions d'américains dans une période de temps assez courte pour risquer la cassure du marché de l'immobilier. Il n'est donc pas question de mettre cette rupture du cadre légal sur le dos des citoyens. Elle a d'ailleurs l'avantage d'éviter qu'une partie de la population se retrouve dans des tentes de fortune alors que des millions de maisons sont vides (le squattage est une autre solution que "la nature" a trouvé contre ce problème). Déterminer jusqu'où ces dérèglements peuvent aller et quelles politiques publiques peuvent en atténuer les effets est la difficile tâche d'Obama. Encore faut-il qu'il se pose la question assez tôt, occupé qu'il est à s'assurer que les banquiers qui ont causé ce désastre traversent la crise le plus agréablement possible.