vendredi 23 octobre 2009

A star is born: meet Alan Grayson

Alan Grayson est un membre démocrate de la chambre des représentants qui a été élu pour la première fois en 2008. Depuis, il ne cesse de se faire remarquer, ici en attaquant sauvagement Ben Bernanke (via Zero Hedge "How the FED bailed out the world"),là, en déclenchant la fureur de tous les républicains,Et finalement en faisant un cour de droit constitutionnel à un pair qui visiblement en avait besoin (pour les détails de la controverse juridique, voir Greenwald ici):

Je l'ai déjà cité dans le blogo à diverses reprises notamment pour avoir demandé à une journaliste star de CNBC suite à une question: "Maria, are you a republican?"

Il y a eu beaucoup d'autres morceaux de bravoure.

Intrigué, j'ai finalement regardé sa fiche wikipédia et il a un profil extrêmement solide. C'est en gros un cador du droit. Seule faiblesse: sa cirsonscription de Floride est historiquement républicaine et son mode opératoire ultra-polarisant (que le blogo ne va pas lui reprocher: c'est la seule attitude acceptable dans le contexte politique américain), en rupture avec les "dos and don'ts" de la politique américaine, va engendrer une opposition très bien financée aux prochaines élections (c'est comme ça qu'on "enforce" la party line dans le soviet supreme qu'est devenu le congrès américain). Sa flamboyance suffira-t-elle à l'assurer du soutien de ses administrés pourtant plutôt à droite? Ses sorties récentes ont pour l'instant augmenté sensiblement ses levées de fonds (les représentants sont élus tous les deux ans: ils ont donc en permanence besoin de cash et vivent sous la menace).

En tout cas, il applique la politique que je suggérais pour Obama en début de mandat: vu le challenge que représente la réélection dans le contexte de crise, autant prendre le maximum de risque et être battu éventuellement mais avec les honneurs.

Note 1: Pour ceux qui ne suivent pas, Obama n'a pas écouté par le blogo.
Note 2: Matt Taibbi, l'homme qui n'a pas peur de Goldman Sachs (et ça n'est pas peu dire pour un journaliste américain, voir ici), a confié qu'il y a quelques temps il avait eu un jour une confrontation avec Grayson au téléphone et qu'il avait presque eu une réaction physiologique qu'on n'attend pas chez un adulte.
Note 3: Alan Grayson fait donc son entrée avec fracas sur la Blogo Compliant List.

jeudi 22 octobre 2009

Pendant ce temp-là, au pays de la lutte contre la prolifération nucléaire

Tout le monde travaille sereinement, sans pression.

Note 1: Deux défenestrés britanniques du même building en 4 mois, ça fait quand même désordre. Il faut dire que les experts en contrôle des armement de sa Majesté ont un historique de petit moral quand les relations internationales se tendent. Cheer up guys! C'est pas France Telecom quand même!

Note 2: En tout cas, cet accident passionne réellement les médias français qui vont évidemment tirer l'affaire au clair en deux temps trois mouvements.

Post-It (1)

Nouveau COO de l' "enforcement division" de la SEC: un ancien de Goldman qui a 29 ans et qui n'a jamais passé le Series 7 (examen nécessaire aux opérateurs de marché américains)... Est-ce le petit frère de Neil Kashkari (of TARP fame)?

Les résultats des sociétés américaines sont bien accueillis. 79% des 104 sociétés du S&P 500 qui ont annoncé leurs résultats "battent les attentes". Alors évidemment, les attentes ne sont plus ce qu'elles étaient avant la crise mais Intel par exemple annonce que la demande d'ordinateur personnel revient aux niveaux d'avant-crise. Il ne faut pas être dupe de tout cependant, les résultats sont toujours présentés de la manière la plus sexy possible et beaucoup des cris de victoire perdent leur sens quand on rentre dans les détails. Caterpillar par exemple: les attentes étaient de 5cts/share est le résultat de 64cts. La société a diminué les emplois de 35000 depuis l'an dernier et a annoncé un point bas de ses ventes ce trimestre. "Beauty is in the eye of the beholder". Et en ce qui concerne les marchés (et les médias éco qui en font l'article en permanence), le biais pour trouver tout "beautiful" relève de la pathologie.

Scary times. Les prix de l'immobilier de luxe remontent à NYC, dans les Hamptons, à Londres. Les produits de luxe reprennent du poil de la bête. Le Blogo a déjà remarqué que l'injustice sectorielle que représente le sauvetage des banques allait accoucher d'une injustice géographique majeure en termes de prospérité. C'est ce qui se passe. Pour le reste du pays, la réponse est sans doute: "qu'ils mangent de la brioche". Scary times.

Selon RealtyTrac, les procédures d'éviction (foreclosures) n'ont jamais été aussi élevée qu'au troisième trimestre 2009. Ce chiffre doit diminuer sensiblement avant qu'on puisse parler d'une stabilisation de l'immobilier. Il est passé de 50000 par mois avant la crise à plus de 300000 aujourd'hui. Pourtant, dans des zones comme Las Vegas, il semble que l'on assiste à une frénésie d'achat que "Calculated Risks" qualifie de "crazy".

These were good times! Court papers claim Bernie Madoff's Securities offices were fueled by cocaine, topless women. (via Atrios)

"The Warning"

Un documentaire intéressant de PBS sur la bataille ("bataille" est exagéré - il n'y a pas eu photo en réalité) qui a opposé Greenspan/Rubin/Summers à la directrice de la CFTC, Brooksley Born, à la fin des années 90 au sujet de la régulation des produits dérivés. Beaucoup de choses sont intéressantes même si la focalisation sur ce seul personnage (Brooksley Born) contraint le propos. (via Naked Capitalism).
Le rôle de Summers dans cette vendetta anti-régulation est particulièrement frappant. L'idée que cet homme est probablement aujourd'hui le plus influent sur la politique économique américaine est stupéfiant. Absolument stupéfiant.

mercredi 21 octobre 2009

Les "top dogs" d'Obama s'en prennent aux efforts de lobbying des banques

Summers ($5,2 millions de revenus d'un hedge fund l'année avant d'être nommé conseiller d'Obama et $2,7 million de fees pour des "speaking engagement" à plus de $100000 le speech pour toutes les banques de Wall Street), Emanuel ($18 millions de revenus en 2 ans dans l'investment banking au milieu de sa carrière politique), Axelrod et Jarett s'en sont tous pris aux banques récemment, notamment dans les Sunday talk shows.

L'administration Obama s'insurge donc contre les efforts de lobbying des banques à l'encontre des nouvelles régulations qu'elle propose. What a shocker! Quelle pitoyable position un an après avoir sauvé toutes les banques américaines de la faillite sans exiger aucune contrepartie substantielle. Quelle honte absolue. Réalisent-ils à quel point ils incriminent leur propre gestion de la crise en reprochant ce comportement aux banques? Le pouvoir politique s'est fait rouler dans la farine il y a un an, il n'est pas prêt de reprendre la main malgré ces rodomontades pathétiques (qui ne sont probablement guère plus que du posturing politique qui va arracher quelques concessions symboliques aux banques).

Au passage, un aveu de Summers:

"There is no financial institution that exists today that is not the direct or indirect beneficiary of trillions of dollars of taxpayer support for the financial system." – Larry Summers

Ca va mieux en le disant. C'est un des mantras du blogo que je trouve constamment oublié par les MSM (en France aussi: dire que "des banques ont remboursé" l'aide d'Etat en sous-entendant qu'elles volent de leurs propres ailes est un mensonge grossier). Summers reste cependant très mou, la vérité est qu'aucune banque de Wall Street n'aurait survécu sans cette intervention de l'Etat. Et c'est bien là le coeur du "coup d'Etat économique" dont traite ce blog: comment peut-on accepter que des banques faillies aient fait une OPA sur l'Etat américain et obtenu de lui une seconde vie (qui s'annonce plus dissolue encore que la première)?

Et cette pépite que Zero Hedge saisit au vol:

"Financial institutions that have benefited from government support can, should and must use this moment to think about what they can do for their country -- by accepting the necessary regulation to protect the American people," Summers said in remarks prepared for delivery at the Economist's Buttonwood Gathering in New York. – Larry Summers

Zero Hedge relève l'évidence qu'on finit presque par oublier dans le contexte américain: Larry…since when is it up to these institutions to “accept” regulations? The way the deal is supposed to work is that the American people via Congress pass laws to tell said institutions what they can do or not. You know what is even funnier? We probably have all the laws and regulations already on the books but the regulators (surprise Larry, that would be the Executive Branch, where you work and have previously worked) have simply sat on their asses and looked the other way.

La "regulatory capture" dénoncée notamment par Simon Johnson est donc entérinée par Summers qui demande simplement aux banques de retenir volontairement leurs coups au nom d'un truc qui ressemble à de la morale. Good luck with that! Quand le pouvoir politique en est réduit à ça, peut-on encore parler d'un pouvoir?

Note: pour finir, Bernanke apporte sa pierre à l'édifice en mettant en garde contre l'application trop rapide d'une loi réduisant la capacité des sociétés de carte de crédit à tondre des citoyens américains (je rappelle que depuis 1980, il n'y a plus de taux de l'usure aux Etats-Unis - on peut voir des taux de "credit cards" atteindre 29% voire 33%). Bernanke a l'air plus ému par les difficultés des credit card companies que par celles de leurs clients. Le patron de la FED n'a généralement pas à mettre autant les mains dans le cambouis. La bonne nouvelle est donc que cette loi gêne véritablement ces sociétés. La mauvaise nouvelle est que Ben est de leur côté mais est-ce vraiment une nouvelle? Et pourquoi ces banques veulent-elles un délai? Pour gagner quelques mois de "good business" ou pour avoir le temps de s'immuniser contre les effets de la loi?

Un euro vaut $1,50

Il y a des gens qui ne croient pas aux déclarations de Tim Geithner...

mardi 20 octobre 2009

Atrios sums it up

Reproduction d'un post d'Atrios qui a l'art de la concision:

What A Shitty Decade

Maybe it's just a bit too early, but I'm a bit surprised by the lack of end of the decade reminiscing pieces in the news. We all agreed that the new millenium started on Jan. 1, 2000, so its first decade is almost done...
-Atrios 14:11

lundi 19 octobre 2009

"Torture made in USA"

"Torture made in USA" est un documentaire bien fait sur la tentative de légalisation et l'usage généralisé de la torture par l'administration Bush après le 11 septembre. Il a été produit par Canal + et n'est pour l'instant pas diffusé en raison de difficultés entre la réalisatrice, Marie-Monique Robin, et la chaîne (notamment au sujet de la longueur: Canal + veut 52min, elle a fait un documentaire plus détaillé de 85min).

En attendant, le documentaire a été mis en ligne pour 2 mois par Mediapart dans la version souhaitée par la réalisatrice. On ne peut donc voir ce documentaire que grâce à "la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes !" selon J. Séguéla. Gageons que si on regarde le docu avec une rolex au poignet, on est à moitié pardonné.

vendredi 16 octobre 2009

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir - Dassault Falcon 7X tout neuf - j'espère qu'il vous plaît car il vous a coûté un bras - la peinture de la queue est très moche)

mercredi 14 octobre 2009

"Je peux pas y croire!"

C'est ce que s'était exclamé Jacques Chirac en réponse au contenu de la cassette "Méry".

Intro d'une news Bloomberg aujourd'hui:
Geithner Aides Reaped Millions Working for Banks, Hedge Funds
Oct. 14 (Bloomberg) -- Some of Treasury Secretary Timothy Geithner’s closest aides, none of whom faced Senate confirmation, earned millions of dollars a year working for Goldman Sachs Group Inc., Citigroup Inc. and other Wall Street firms, according to financial disclosure forms.

No Shit! Comme le Capitaine Renaultdans Casablanca, je suis "Shocked! Shocked!":

mardi 13 octobre 2009

Question

Qu'est-ce que les politiques refuseraient aux banques en échange de quelques instants d'impression de normalité?
Ils ont répondu: rien.

Un congressman pas comme les autres

Alan Grayson est en train de devenir un des congressmen les plus en vue. Sa méthode: il ne se laisse pas impressionner par son statut de débutant (il vient d'être élu) et il ne se couche pas comme (presque) tous les autres sur tous les sujets (se faire remarquer est finalement assez simple au Congrès). Matt Taibbi disait de Grayson qu'il était rentré en contact avec lui et que Grayson l'avait incendié au téléphone d'une manière qui l'avait déstabilisé (pas évident de déstabiliser Taïbbi j'imagine).

Il parle ici de la nécessité d'une full disclosure des actions de la FED avant la confirmation de Bernanke. Effectivement, reconduire un homme dont on ne connaît pas les actions n'est qu'un acte de foi. A la fin de l'interview, Maria Bartiromo (une corporate journaliste pur jus de CNBC) lui pose une question si grotesquement orientée qu'il lui répond sans hésitation: "Maria, are you a republican?". Not politics as usual. (via Zero Hedge)










Post-It (2)

Le retour du "run on the bank" et cette fois-ci, c'est plus près de chez vous que vous ne l'aviez imaginé. Une banque néerlandaise a dû fermer en raison de la défiance des déposants. (via Zero Hedge) Une chose m'a frappé également: l'absence de faillite de banques américaines vendredi dernier. Une semaine sans faillite est devenue très rare. Quand on sait que le FDIC arrivait justement à ses limites de capacité de financement, on se dit que cette coïncidence est étrange.

Le cauchemard islandais (200000 habitants si je me souviens bien).

"Unbelievable" chute des recettes fiscales des Etats américains (-36% pour NY).

Le crédit à la consommation aux Etats-Unis continue de baisser. J'en ai parlé il y a pas longtemps mais j'ai trouvé ces deux graphes éclairants (via Zero Hedge) (stocks et flux):

lundi 12 octobre 2009

Post-It (1)

La Californie au bord de la faillite, épisode 118. (via Atrios)

La Federal Housing Administration s'est mise à faire du subprime à la place des prêteurs subprime traditionnels. L'idée est de soutenir un peu le marché. La conséquence est un énorme "sauvetage" à venir de la FHA. Et surtout quelques minutes de gagnées... Enjoy!

63% des réserves monétaires constituées au deuxième trimestre étaient en Yen et en Euros contre seulement 37% en dollar d'après Barclays. Parfum de fin de règne. (news la plus lue sur bloomberg today)

Le Blogo a souvent parlé de la réforme de la "Bankruptcy Law" en 2005 qui venait à point pour vulnérabiliser les américains devant les credit card companies quelques mois avant le retournement de la bulle du crédit. En image via "Calculated Risks":
Qui a tué la réforme du système financier? Ritholtz a son avis sur la question: The short answer: Key members of Congress are owned by the financial services group’s lobbyists. The longer answer: Lobbyists from the financial industry have paid hundreds of millions to Congress, the Bush and Obama administrations. (See yesterday’s Total Campaign Contributions/Lobbying by TARP Recipients)
Et c'est une remarque général mais on peut se payer le système politique pour relativement peu d'argent pour peu qu'on applique stratégiquement de la pression. Et ici également. (via TBP)

La belle histoire d'un "quant" qui réfléchit à la "big picture" (il n'y en a pas tant que ça). Bloomberg retrace longuement le parcours tortueux de Paolo Pellegrini, devenu "trader star" sur le tard en bossant pour Paulson (celui du hedge fund, pas le secrétaire au trésor). Il a mis au point le trade diabolique qui visait à shorter le subprime en achetant de la protection contre le défaut de bonds subprime. Il faut dire que la plupart des quants ont entre 20 ou 30 ans et pas du tout la hauteur de vue pour anticiper le marché. Pellegrini lui avait 50 balais. Le climax de l'histoire est quand il démontre dans une présentation par A+B à Paulson que le marché de l'immobilier va s'effondrer et que celui-ci finit par sourire.
He recalls that Paulson broke into a smile when he showed him the proof that houses were overpriced. “John doesn’t smile,” Pellegrini says. “It felt great.”
La question étant: qu'aurait valu ce trade sans bailout? A l'époque, j'étais médusé à l'idée qu'on pouvait juste inverser le trade et gagner de l'argent. Ca n'était pas possible évidemment sans les interventions modifiant l'espace-temps de Bernanke-Geithner-Paulson. Le bailout d'AIG a notamment servi à payer ("make whole") un certain nombre de ces paris.

Summers, cet imbécile (voir ici) corrompu (voir là), n'a pas pu s'empêcher de renouer avec la litanie d'énormités qu'il n'a cessé de répéter sur les affaires économiques durant la décennie écoulée (n'ayez crainte: il n'est que senior economic adviser d'Obama). Heureusement, un des papes du bond market US, El-Erian de PIMCO, a offert un contrepoint bienvenu à sa stupidité confondante et son cheerleading pavlovien. En gros, Summers nous dit que nous sommes repartis pour une croissance à 4% "as far as the eye can see" alors qu'El-Erian parle d'une période substantielle de croissance inférieure (2% ce que je trouve encore très optimiste mais peut-il dire moins vu l'impact de ses déclarations?).
La thèse de Summers a un intérêt: elle correspond aux projections budgétaires du Congressional Budget Office qui visent à nous faire croire que "tout est sous contrôle". L'idée est simple: si vous croissez à 4% par an pour toujours, vous pouvez vous sortir d'à peu près toutes les ornières économiques. Mais avec des si, on mettrait Paris en bouteille.
Says El-Erian: Summers “has this concept of escape velocity,” El-Erian said Oct. 9 at a meeting of financial-market professionals in Toronto. “We don’t have enough to achieve escape velocity.”

Moyers, Johnson and Kaptur

A voir absolument: la dernière émission de Bill Moyers. Si le format MSM vous rassure, vous y verrez que les positions du blogo ne sont pas seulement celles de quelques blogueurs "en sous-vêtements dans leur garage" (expression péjorative très fréquente aux US chez les journalistes du MSM qui réalisent avec effroi que certains informent désormais sans compromission).

Simon Johnson et Marcy Kaptur nous y explique qu'un coup d'Etat économique a eu lieu. C'est un des crédos de Michael Moore dans son dernier film* (il y fait acquiescer Marcy Kaptur à cette analogie et l'émission de Moyers commence par cet extrait) mais aussi une expression que le blogo défend depuis longtemps (je voulais retrouver le lien mais la "search" de blogger ne marche pas).
moyers

Kaptur y décrit notamment un dîner de congressmen avec Jamie Dimon (CEO de JP Morgan) dans un "fancy hotel" qu'elle qualifie de "Lovefest" (des congressmen pour Jamie Dimon s'entend).

Dans le même registre, Barry Ritholtz à "The Big Picture" nous rappelle deux grandes citations de l'année (Ritholtz en gras):

Want to know why Financial Reform has been dead in the water so far ?

“The banks run the place. I will tell you what the problem is — they give three times more money than the next biggest group. It’s huge the amount of money they put into politics.”

- Representative Collin C. Peterson (D- Minnesota), NYT

And this:

“And the banks — hard to believe in a time when we’re facing a banking crisis that many of the banks created — are still the most powerful lobby on Capitol Hill. And they frankly own the place.”

-Sen. Dick Durbin (D-Ill.), WJJG 1530 AM’s “Mornings with Ray Hanania.”

We no longer live in a democracy — its a corptocracy, where the government gets sold to the highest bidder.

John McCain was sure right about this — whatever happened to that guy? The maverick MaCain who tried to rein in lobbyists and campaign contributions?

* L'occasion pour moi d'attirer une fois de plus l'attention des lecteurs sur la sortie du film de Michael Moore le 25 novembre avec la bande-annonce à nouveau mais sous-titrée en français cette fois (j'y reviendrai):


J'y comprends plus rien

Jean Sarkozy a eu le prix Nobel de la paix? Mais pourquoi donc?

vendredi 9 octobre 2009

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir - c'est un effet très rare qui ne se produit que dans certaines conditions d'humidité et de température - l'avion est un Pilatus PC12, le fleuron de l'aviation Suisse)

La bulle spéculative Obama

C'est embarrassant pour Obama et c'est embarrassant pour le comité Nobel. Quelle idée étrange. Espèrent-ils l'influencer? Ca oblige à regarder froidement le bilan d'Obama et il n'y a rien qui puisse justifier un prix Nobel. Alors le comité qui décide a voulu l'attacher au "camp de la paix". Son bilan et ses actions seront maintenant évalués en partie à l'aune de cet honneur. Il est très probable que cela ne va finalement pas avoir d'impact contrairement à l'objectif du comité Nobel.

Est-ce vraiment l'esprit du Nobel? Est-ce un prix "de combat" destiné à influencer les évènements ou bien une récompense après un travail dont l'essentiel a déjà été réalisé? Il y a clairement une dérive du second vers le premier qui traduit les ambitions politiques du comité. Je n'ai aucune idée de la manière dont le jury est constitué mais on peut s'interroger: sur quelle légitimité démocratique s'appuient ces velléités politiques?

Obama en attendant a tout d'une bulle spéculative politique. Tout le monde veut y croire et l'alimente mais il y a très peu de "supporting facts". Et tant qu'on est dans la bulle, tout le monde est enthousiaste. Ce Nobel arrive cependant en fin de bulle j'ai l'impression. C'est le moment où ont lieu les transactions les plus exubérantes et c'est clairement dans cette catégorie que je classerais ce prix.

Note 2: Tout est fait dans le système politique américain pour que le Président soit faible (pas dans la constitution mais dans la pratique actuelle): scandale absurde (Lewinsky), homme incapable d'assumer la fonction (Bush). Une des tâches d'Obama était de restaurer la potence présidentielle. Quand on voit comment les généraux, les banquiers et les lobbyists du healthcare le malmènent, on ne peut qu'être sceptique. S'il s'affirmait vraiment et se mettait à gêner réellement que lui arriverait-il? Entendrait-on parler de Vera Baker? Son certificat de naissance ne pourrait-il s'avérer faux à la 30ème expertise? Tout cela n'a même pas à être vrai ou faux, fondé ou infondé, l'insistance et la répétition orwellienne suffisent à créer la difficulté politique aux Etats-Unis. Clinton a été "impeached"* en dépit de sa popularité pour avoir menti sur une idiotie. Bush n'a même pas été inquiété pour avoir menti sur les raisons d'une guerre qui a causé des centaines de milliers de mort et alors même que sa popularité a battu des records de faiblesse (en grande partie à cause de cela).

* Oui. Bill Clinton a été "impeached". Cela ne veut pas dire destitué (je suis rentré à maintes reprises dans ce débat ces dernières années alors je préfère prendre les devants).

jeudi 8 octobre 2009

Post-It (1)

La cocaïne dans la finance fait l'objet d'un article long et très fouillé sur Bloomberg qui est un peu inquiétant. Le blogo avait posé la question plus largement ici en remarquant que sur les 5 pays les plus consommateurs, 4 avaient été à la base de la bulle du crédit (et avaient donc un secteur financier plus hypertrophié). Les deux premiers sont les US et le UK. Cette consommation peut-elle avoir un impact sur les marchés? (en tout cas en ce moment, c'est sûr! :-) )

L'Australie relève les taux. Première banque centrale du G20 dans un contexte de chômage en baisse (sur un mois en tout cas).

Le crédit à la consommation toujours en forte baisse aux Etats-Unis. Le deleveraging continue pour les consommateurs.

Blogs up - MSM down

J'ai commencé à lire Talking Points Memo il y a 6 ans. Hier, ils viennent de se voir attribuer un siège dans la salle des briefings de la maison blanche. C'est clairement un signe de notabilisation ce qui pose la question de ce que doit être l'objectif ultime d'un blog. Entrer dans l'Establishment et perdre probablement un peu de liberté de manoeuvre ou bien rester en marge pour garder sa liberté de ton? La vérité est sans doute qu'il y a de la place pour tout le monde.

En tout cas, on se dit que les temps changent. Voici le post qui célèbre leur entrée dans la "briefing room":

The Eagle Has Landed

TPM makes its first appearance in the White House briefing room

image content

Au fond à gauche, un notable de base qui est plus familier de ce genre de contexte: Chuck Todd de NBC. Ce dernier est régulièrement étrillé par Greenwald ou Scahill pour son journalisme "toothless" qui ne fait jamais de mal à l'administration. L'occasion de suggérer à nouveau aux lecteurs anglophones qui ne l'ont pas encore fait de regarder le speech de Steven Colbert au White House Correspondents' dinner de 2006: un morceau d'anthologie. Il prend de front cette petite troupe en lui reprochant ses errements (très nombreux) et son manque de courage généralisé sous l'administration Bush.

mercredi 7 octobre 2009

Obama n'a jamais livré bataille contre les lobbyists

Frank Rich nous explique à quel point Obama a renié ses promesses de campagne au sujet de l'accès limité qu'auraient supposément les lobbyists à sa Maison Blanche. C'est très visible dans la réforme du système santé pour laquelle Obama avait spécifiquement promis des négociations avec les assurances et Big Pharma "en plein jour, sur CSPAN". Las. Les négociations ont évidemment fait l'objet de "back room dealings" et on n'a pas vu grand chose sur CSPAN.

Rich s'appuie notamment sur deux articles du Wapo à la gloire de ces power-brokers de l'ombre (relative), plus puissants que jamais. Il ajoute que si ces personnages étaient des actions, il les "shorterait" en raison du retour de bâton qu'il estime inévitable. Ce dernier ne pourra se concrétiser que si le pays s'effondre comme cela été évité jusqu'à maintenant. Pour combien de temps?

C'est l'idée de base du blogo: "ce n'est pas une crise économique, mais une crise politique (qui a des manifestations économiques)". Donc tant qu'on n'aura pas changé les structures politiques faillies qui ont permis cette crise (en premier lieu le financement des campagnes), le pays ne pourra pas vraiment repartir. Les américains doivent se réapproprier leur système politique qui est aujourd'hui sous le contrôle exclusif d'intérêts coporatistes*.

Obama pendant la campagne: I intend to tell the corporate lobbyists that their days of setting the agenda in Washington are over.” Absolument risible.

Amusant(extrait de l'oped): “There is something uniquely depressing about the fact that the National Portrait Gallery’s version of the Barack Obama ‘Hope’ poster previously belonged to a pair of lobbyists.” That’s no joke: It was donated by Tony and Heather Podesta.

* Nous en sommes à des années lumières. Quelle que soit la sévérité de la crise, ce processus de remise en cause du système politique va prendre des années. La politique est associée à l'argent d'une manière complètement automatique dans l'esprit des américains. Si vous annoncez que vous vous présentez quelque part, on va vous demander quel est votre budget plutôt que vos idées. La jurisprudence (en voie d'élargissement - un cas important va se décider bientôt) qui protège le rôle de l'argent en politique se base sur le premier amendement et la "freedom of speech". As American as Apple Pie! Même si c'est fallacieux et que les américains ont fait ces derniers temps peu de cas des garanties constitutionnelles en général, cela montre que ce système s'est construit une légitimité. Beaucoup d'américains ont identifié le financement de la politique comme un énorme problème mais les solutions éventuelles n'en sont même pas au stade de la formulation. "Long, hard slog" en perspective (c'est le commentaire que Rumsfeld avait fait sur l'Irak en octobre 2003).

GS fait ce qu'il lui plaît

De Simon Johnson (of BCL fame) dans "Baseline Scenario":

At the height of the financial panic last fall Goldman Sachs became a bank holding company, which enabled it to borrow directly from the Federal Reserve. It also became subject to supervision by the Federal Reserve Board (with the NY Fed on point) – hence the brouhaha over Steven Friedman’s shareholdings.

Goldman is also currently engaged in private equity investments in nonfinancial firms around the world, as seen for example in its recent deal with Geely Automotive Holdings in China (People’s Daily; CNBC). US banks or bank holding companies would not generally be allowed to undertake such transactions - in fact, it is annoyed bankers who have asked me to take this up.

Would someone from the NY Fed kindly explain the precise nature of the waiver that has been granted to Goldman so that it can operate in this fashion? If this is temporary, is it envisaged that Goldman will cease being a bank holding company, or that it will divest itself shortly of activities not usually allowed (and with good reason) by banks? Or will all bank holding companies be allowed to expand on the same basis. (The relevant rules appear to be here in general and here specifically; do tell me what I am missing.)

?????????????

L'or à $1045. Comme le savent les lecteurs assidus, je compte sur la hausse de l'or. Plus précisément, je pense à investir dans l'or depuis fin 2006/début 2007 et je suis passé à l'acte en août 2007 dès qu'il est devenu clair que, cette fois, la crise avait commencé. L'or était à $660.

L'or a monté de $25 en 4 heures aujourd'hui (je ne me souviens pas avoir jamais vu ça dans les deux dernières années). J'ai entendu sur BFM que la raison en était une conspiration (ça existerait donc!) regroupant Japon, Russie, France, Chine et des pays du golfe visant à ce qu'à échéance 2018, le pétrole soit échangé dans une monnaie qui ne soit pas le dollar, possiblement basé sur l'or. L'article est de Robert Fisk, un journaliste dont j'ai beaucoup apprécié la couverture de la guerre en Irak mais auquel je ne connaissais pas d'inclination pour l'économie. Il travaille pour The Independent, journal marqué à gauche britannique.

Je ne sais pas quoi en penser pour l'instant. Rien ne m'a sauté aux yeux sur bbg à ce sujet. Je n'ai pas encore fait le tour des blogs alternatifs. J'ai vu l'article de The Independent repris sur le site de Businessweek ce qui n'arrive pas tous les jours.

L'idée est vieille comme le monde (enfin presque): contournons le dollar et supprimons le privilège exorbitant. Les américains bombent le torse en permanence en disant: si vous faites, ça vos réserves vont baisser et vous allez y perdre (surtout aux chinois) donc personne n'osera jamais et nous sommes les patrons forever and ever... (ahahahahahahah! - je brode un peu sur le rire sardonique mais c'est pour rendre le blog vivant)

Cela aurait pu se passer à n'importe quel moment depuis la fin de l'étalon or. La situation du dollar ne tient aujourd'hui que par la force de l'habitude (nos cerveaux sont, comme l'a déjà dénoncé le blogo, le dernier refuge de la puissance américaine qui n'a plus réellement de fondements objectifs après cette crise. Les mythes de l'ultraperformance et de l'ultracompétence ont été révélés pour ce qu'ils étaient: des mythes).

Cette initiative, si elle s'avérait vraie, serait une bonne nouvelle. L'empire américain est à bout de souffle. Il est corrompu à un niveau qui ne lui permet plus d'assurer un leadership efficace. En revanche, le changement ne peut-être attendu des Etats-Unis eux-mêmes. Il doit arriver, comme le répète le blogo depuis le début (un an de blogo hier), par la coordination multilatérale des puissances périphériques de l'empire. Des Etats-Unis dégrisés pourront alors prendre toute leur place mais rien que leur place dans la communauté des nations/ensembles multinationaux.

En est-on là? Franchement, je n'arrive pas à y croire. L'idée de négociation entre Russie, Chine et des pays du golfe me semble possible mais l'idée que la France en fasse partie me surprend un peu. Pourquoi la France et pas d'autres pays européens? Il faudrait au moins que la France représente d'autres pays.

Bref, la nuit porte conseil (et surtout permet de consulter une floppée de nouveaux articles au réveil).

Note: La recherche " Fisk" (l'auteur de l'article) sur Bloomberg ne donne rien. Mais je ne sais pas si cela donne ou si cela enlève de la crédibilité à la rumeur selon laquelle cet article a eu cet impact retentissant sur le cours de l'or (et pourquoi n'a-t-il pas plus envoyé le dollar à la casse d'ailleurs?). Je penche pour "enlève". Il est en tout cas référencé sans commentaire sur The Big Picture. J'ai l'impression que personne ne se mouille (à part BFM!).

Un vent mauvais...

La semaine dernière un contributeur de "Newsmax" (droite/droite dure) suggérait un coup d'Etat militaire contre Obama en raison de sa supposée indécision en Afghanistan. La virulence des propos était très choquante et le post a été ensuite retiré du site (TPM has the goods).

Aujourd'hui, le National Republican Congressional Committee a ça à dire sur Nancy Pelosi (présidente de la house of representatives):

If Nancy Pelosi's failed economic policies are any indicator of the effect she may have on Afghanistan, taxpayers can only hope McChrystal is able to put her in her place.


Problème: McChrystal est un Général. Il s'est lancé dans une épreuve de force avec Obama que je trouve à la limite de la défiance. Le site où j'ai trouvé la citation semble s'inquiéter du sexisme de la déclaration mais je crois qu'ils ratent le point. Ce qui me choque est la constestation de la subordination du militaire au politique (ambiance: républicains + militaires > majorité démocrate).

Il y a un raidissement important de certains militaires face aux politiques sur l'Afghanistan en ce moment. Devant une telle défiance, si Obama ne les remplace pas (même pour faire appliquer leurs recommandations par d'autres) son pouvoir va être significativement affaibli.

mardi 6 octobre 2009

Martin Wolf veut refonder la finance mondiale

En dépit de ce qu'on entend dans la presse économique (qui se remet à ronronner dès que la bourse est en hausse sauf en l'occurrence le Financial Times - more power to them), la refonte du système financier international est absolument incontournable. On s'en apercevra bien assez tôt. Martin Wolf met les pieds dans le plat avec un article qui propose de remettre sur la table les fondamentaux de la finance. Rien de moins. (article signalé par "Hubris Kills")

Une chose est sûre, nos politiques ont montré qu'ils n'entreprendront de telles réformes qu'en dernier ressort, quand ils y seront contraints et forcés. Pour l’instant, ils ont choisi la solution la plus favorable au système bancaire ancien (sous la pression des banques, surtout aux Etats-Unis) en relâchant toutes les contraintes qui pesaient sur lui (y compris comptables… Can it get crazier than that ?). L'Etat fait désormais compte commun avec le système bancaire. L'imbrication est désormais totale créant une source intarissable de conflits d'intérêts en tout genre. La charge ne pèse pas sur le contribuable mais sur la dette qu'on postule illimitée. Cette situation ne peut pas durer.

Cette tentative du pouvoir politique de créer de manière volontariste à cette échelle une réalité économique factice n’a sans doute pas de précédents dans l’histoire à part peut-être dans le bloc soviétique. Pour l’instant ça marche du point de vue de l’indicateur vedette : le Dow Jones (imaginez qu’on ait dû passer par une phase de restructuration où la valeur de marché des banques aurait été à zéro quelques temps… c’est ce qui se dessinait en mars 2009 avant la modification des règles comptables).

Alors pour l’instant, Martin Wolf ne sera pas écouté et son article est un exercice de style. Gardons-le néanmoins sous le coude, il pourrait être utile dans un avenir proche.

En teaser, extrait d'un guest-Post de Naked Capitalism (que je recommande également) sur l'article de Martin Wolf (il fallait oser l'analogie Martin Wolf/Michael Moore):

If you belong to those who believe that the debate on how to fix finance is mightily underwhelming when compared to the latter’s monumental failure, then I suggest reading Martin Wolf’s latest column in the Financial Times.

Wolf essentially trashes the financial system and the remedial actions taken thus far, Michael Moore-style.

Post-It (1)

Premier déclin de la bourse pendant deux semaines d'affilées depuis juillet. Cette fois-ci, il est possible qu'on ait atteint le pic pour pas mal de temps (prédiction faite à tort à maintes reprises à peu près partout, ici aussi, depuis le mois de mars!). Le dollar rasséréné par le G7 et le chômage atteint 9,8% aux Etats-Unis.

Le sénateur Warner engage GS à se préoccuper de l'affichage quand ils annonceront leur bonus. “I do hope that Goldman Sachs will be a little more sensitive to the optics of their actions,”. Si même les bonus de GS sont bidonnés, je me demande bien en quoi on va pouvoir croire...

Le FMI baisse de $4 trillions à $3,4 trillions l'estimation des pertes encourues par les banques à cause de la crise. Je pense que ces estimations doivent être basées sur du mark to market et pas des modèles car le rebond suit de trop près les évolutions de marché. Savoir où sont les pertes et les déterminer quand tant d'efforts sont déployés pour masquer la vérité (rappelons-nous que le rally a commencé à l'annonce d'un changement de règles comptables...) est un exercice très difficile. Toutefois, on peut quand même s'étonner des pertes estimées pour l'Europe ($800 milliards, presque autant qu'aux Etats-Unis $1,02 trillions). Eux, au moins, se sont fait plaisir avec une croissance "feu de paille" pendant des années. En Europe, (à part UK, Irlande et Espagne), on ne se prend que les paumes. Va falloir faire attention à ne pas se faire inviter à dîner par Thierry Lhermitte. Il n'y pas que les chinois qui ont financé les américains.

RGE Monitor: Data released by the IMF, confirms that reserve accumulation restarted in Q2 2009, with global reserves rebounding to US$6.8 trillion, from US$6.48 trillion at the end of Q1 2009. Qui fait des réserves? Majoritairement la Chine. Et simultanément un plan de relance.

lundi 5 octobre 2009

The rise of Zero Hedge

Un article de NY Magazine très critique sur le nouveau blog qui sème le trouble sur la planète finance: Zero Hedge. Il est très souvent cité dans les blogs financiers. Son succès a été totalement fulgurant (il a débuté au printemps dernier). Le blog est parsemé de références au film "Fight Club". Irrévérencieux, défiant, goguenard, courageux: tout ce que la presse financière spécialisée est structurellement incapable de produire. A brave new world! Beaucoup de posts sont incompréhensibles si vous ne connaissez pas la spécialité financière spécifiquement discutée.

Zero Hedge s'intéresse beaucoup au coeur du réacteur nucléaire de l'économie américaine: les enchères de bons du trésor. C'est clairement un des points névralgiques de l'économie par lequel le scandale pourrait arriver. En même temps, les "auctions" sont monitorés comme le lait sur le feu et on peut considérer qu'à cause de cela, le système cassera ailleurs, à un endroit où on ne s'y attend pas. Troubles sociaux (quel effet sur les investisseurs d'émeutes comme en 1994?)? L'opération militaire de trop? Catastrophe naturelle comme Katrina? Pour les auctions en tout cas, Zero Hedge est un "one-stop shop".

Le NYT n'a pas changé

C'était le branle-bas de combat hier dans la presse. "L'Iran est capable de construire la bombe!" C'est la phrase que j'ai entendue texto sur BFM. J'ai bien évidemment été terrorisé, surtout quand j'ai appris que l'info venait du NYT! J'ai quand même terminé mon croissant mais le coeur n'y était plus vraiment...

En vérité, le bullshit détecteur du Blogo était dans le rouge et... et... et... Bingo! (le BSD est très fiable dans le nouveau contexte post Qom, c'est du pilotage automatique)

Il se trouve que l'article sensationnaliste du NYT était une pure fabrication, basée sur du vent, digne de la grande époque de Judith Miller (Broad et Sanger, les auteurs, travaillaient d'ailleurs avec elle). L'article sort au moment idoine pour contrebalancer la bonne nouvelle de la conférence de jeudi. Je n'irai pas pleurer sur la tombe du NYT (je crois que je l'ai déjà dit mais c'est juste au cas où quelqu'un n'aurait pas compris).

J'ai aussi vu cette info trôner en première place de "Google Actualités" une bonne partie de la journée avec un lien "Figaro" et on m'a dit qu'elle était sur le site du Monde. Pourquoi BFM et d'autres médias français s'embarrassent-ils de ce que raconte la gray lady? Elle a perdu sa vertu en 2003 et ne la retrouvera plus. J'offre aux journalistes français un stage gratuit de debunkage de l'info en provenance d'Outre-Atlantique sur El Blogo (une semaine de lecture assidue devrait suffire: c'est assez straightforward et répétitif).

Greenwald avec les deux liens qui vous en diront plus:

"the latest flagrantly fear-mongering, irresponsible, Saddam's-shopping-for-yellowcake piece from The New York Times' new Judy Miller/Michael Gordon team, causing that paper to reprise its 2002 role in leading the beating of war drums"

Toujour Greenwald avec quelque chose qui, il faut bien le reconnaître, n'arrivait pas sous Bush (alors ça, vraiment, c'est inédit...):

UPDATE: Obama's National Security Adviser, retired Marine Gen. James Jones, denies The New York Times' report that Iran's nuclear program is more advanced than previously believed; stands by the 2007 NIE conclusion that Iran ceased work on a nuclear weapons program back in 2003; and affirms that, as part of the ongoing negotiations, "Iran has taken positive steps," steps he deems "very significant." There are certainly some factions inside the U.S. Government eager for a confrontation with Iran (the ones feeding David Sanger and William Broad their NYT script), but there are also significant figures in the administration who realize what a disaster such a confrontation would be for the U.S.

Il faut huiler la machine, là. Ca ne marche plus du tout!
(Traditionnellement, les officiels fuitaient de la propagande mensongère dans le NYT et ils allaient à la télé pour y citer... la propagande mensongère du NYT qu'ils avaient fuitée. Yep. I seen 'em do it! C'était le bon temps. Là, j'ai l'impression que c'est très très petits bras...)

Note 1: Puis-je demander aux médias français de consacrer demain aux dénégations de Jim Jones le même temps qu'ils ont consacré à Sanger et Broad? Je pressens qu'ils ne le feront pas alors vous savez quoi? Et bien je n'irai pas pleurer sur leurs tombes (je l'ai déjà dit?).

Note 2: Je ne linke pas l'article du NYT car je ne veux rien avoir à faire avec cette chose. Vous le trouverez sans difficulté.

L'occasion en tout cas d'écouter ça:

dimanche 4 octobre 2009

Les choses changeraient-elles?

Si on entend ça sur CBS News, c'est que les choses s'améliorent (le journaliste critique un article d'un journal canadien qui a fait des "unsubstantiated claims" sur l'Iran):

The article, however, offers nothing to corroborate Webb's claims and reports them without even a hint of skepticism . . . . But skepticism is merited. The government claims and breathless media reporting -- without adequate evidence -- that Iran is a grave and looming threat is reminiscent of the same claims and media coverage in the lead-up to the U.S. invasion of Iraq, as several commentators have pointed out. Remember Saddam Hussein's horde of yellowcake uranium?

“In 2002, it seemed utterly naïve to believe Saddam didn’t have a program,” Columbia University Iran expert Gary Sick told the New York Times in an article analyzing those parallels. The article continues: "Now the notion that Iran is not racing to build a bomb is similarly excluded from serious discussion, he said."

(Via Glenn Greenwald)

Le journaliste (Ken Millstone) cite ensuite Glenn Greenwald. Difficile de surestimer l'impact qu'a Greenwald dans le paysage médiatique. Plus personne ne peut l'ignorer. Voici l'article de Gary Sick que j'avais référencé la semaine dernière. Go Gary!

Sondages: la méfiance est bonne conseillère

Cela conforte mon scepticisme généralisé en matière "sondagière".

1929?

J'ai récemment pris des précautions oratoires en émettant l'hypothèse que 2008=1929. Ca n'était sans doute pas nécessaire vu les chiffres de l'emploi.

El Blogo râle depuis le début (bientôt un an!) sur la sous-estimation des chiffres du chômage. La ligne en pointillée montre des estimations de révisions du chiffre qui laissent apparaître 8 millions de chômeurs au lieu des 7,2 millions annoncés officiellement depuis décembre 2007 (date officielle du début de la récession). La comparaison avec d'autres récessions ne nécessitent pas vraiment de commentaires. (via Calculated Risks)(Cliquez pour agrandir)

samedi 3 octobre 2009

Comment les "Senior Administration Officials" menacent la démocratie

Le débat avant la guerre en Irak a été alimenté de manière massive par des déclarations anonymes provenant de "Senior Administration Officials". Sous couvert d'anonymat, des officiels américains ont pu diffuser tous les mensonges les plus ahurissants sur l'Irak sans jamais en endosser la responsabilité.

Ce type de désinformation est extrêmement toxique pour la démocratie. Elle exige qu'un "press corps" complice marche dans la combine. Il est détestable qu'on puisse conférer à un discours la force d'un discours officiel sans que personne n'en réponde en cas de mensonge. Talk about "accountability"!

A nouveau, sur Qom, les "senior administration officials" le disputent aux "senior White House officials". Ce discours sans responsabilité pour nos dirigeants est inacceptable (je n'ai pas d'exemple spécifique mais j'imagine que la France n'est pas épargnée).

Messieurs les journalistes: soit votre source officielle est prête à mettre sa tête sur le billot pour son information, soit vous ne devez en aucune façon la qualifier d' "officielle". Une "source officielle anonyme" est un oxymoron, ça n'existe pas. Les citer en permanence crée un climat détestable d'irresponsabilité des dirigeants qui est favorable à la diffusion de rumeurs inexactes dans le but de déclencher des guerres d'agression sur des bases mensongères. Who would want that? Alors s'il vous plaît: Stop! (in the name of love).

Le débat sur l'illégalité de Qom (suite)

Rappel (Previously on: "Débat sur l'illégalité de Qom"): Scott Ritter dit qu'Obama est "technically and legally wrong" en déclarant que l'Iran n'a pas respecté ses engagements sur Qom. James Acton et El Baradei disent que l'Iran est en infraction. Le reste de la planète se satisfait sans broncher des éructations* du trio Brown-Obama-Sarkozy à l'exception également notable de Gareth Porter qui semble déterminé à aller "to the bottom of it".

Il a publié un nouvel article qui fait le point et qui dit que de nouveaux éléments font pencher la balance vers l'absence d'infraction iranienne.

Les iraniens ont notamment déclaré avoir commencé les travaux sur ce site à des fins d'enrichissement en 2008. Si c'est vrai, cela coupe l'herbe sous le pied des "senior administration officials" qui disaient dans la presse que la construction de ce site (dans l'idée d'en faire un site du programme nucléaire) avait commencé avant mars 2007, date à laquelle l'Iran se disait contrainte par le "supplementary agreement". L'administration américaine refuse de son côté de répondre à la question du moment précis auquel elle évalue que la construction "à but nucléaire" a commencé.

Porter cite également le commentaire d'un responsable de l'AIEA de mars 2009, Johan Rautenbach, concernant la question de la légalité du retrait unilatéral de l'Iran du Supplementary Agreement en mars 2007. Le fait que cette évaluation date d'une période où le sujet n'était pas au coeur de la fournaise de l'actualité politique la rend évidemment extrêmement intéressante. A n'en pas douter, son discours serait plus contraint aujourd'hui:

In March 2009, the director of the IAEA Office of Legal Affairs, Johan Rautenbach, called Iran's reversion to implementation of the earlier version of the Code 3.1 "inconsistent with its obligations under the Subsidiary Arrangements".

But he went on to say that it was "difficult to conclude that providing information in accordance with the earlier formulation in itself constitutes non-compliance with, or a breach of, the Safeguards Agreement as such."

The Safeguards Agreement itself clearly forbids unilateral "modification" of a Subsidiary Arrangement, but it says nothing about withdrawal from such an agreement, which is what Iran is asserting it did in March 2007.

The distinction between "modification" and "withdrawal" from provisions of an international agreement is well established in the Vienna Convention on the Law of Treaties.

Unilateral withdrawal is permitted under that Convention, provided that the provision in question is separable from the remainder of the agreement, is not the essential basis of consent by the other party and continued performance of the remainder of the agreement would not be "unjust".

The head of the IAEA Legal Department appears to have accepted that those three conditions applied to the case of Iran's "Modified Code 3.1" agreement.

Porter dit aussi:
Although it has remained unreported in the news media, however, Iran has a legal case that it has remained in compliance with its Safeguards Agreement.

Pourquoi les médias du monde entier ne sont pas tous braqués sur la solidité des déclarations Brown-Obama-Sarkozy? Ca dépasse l'entendement.

Pour ceux qui veulent les épisodes précédents:
Episode 1
Episode 2

* Je dis "éructations" car j'estime désormais clair, non pas que l'Iran a respecté ses engagements, mais qu'il existe un débat juridique assez substantiel pour que les formules péremptoires comme celles utilisées lors du G20 soient considérées comme excessives. D'où le choix du terme "éructation".

Post perdu

Je croyais avoir posté cette vidéo en début de semaine mais je ne la retrouve pas sur le blog. C'est Glenn Greenwald face à Arianna Huffington et d'autres sur l'Iran. Noter les images de missiles quand Greenwald s'exprime.Des lecteurs se souviennent-ils de ce post? J'ai dû l'effacer par erreur... Par principe je n'efface jamais de posts. J'ai l'impression que c'est une règle non-écrite que respectent tous les bloggers que je consulte.

vendredi 2 octobre 2009

Atrios parle d'or...

Atrios:
I do think a fundamental issue that isn't being grappled with is that our banking system failed completely in its purpose of allocating credit efficiently. Propping up that failed system in the short term may have been necessary, but longer term that failure needs to be addressed.

L'idée selon laquelle nous sommes remontés sur notre cheval en abolissant la réalité économique dans laquelle évolue les banques est complètement fascinante. Il fallait refonder le système financier. L'occasion est passée jusqu'à la prochaine rechute. Il a fallu 4 ans pour que les Etats-Unis se mettent dans un mode réformateur dans les années 30. Si on supposait que septembre 2008 = octobre 1929 et que les deux crises vont suivre un cours similaire, les réformes durables ne commenceraient qu'en 2012.

Dollars are forever (2)

Geithner toujours. Décidément ça ne va pas de soi car il en parle beaucoup! Hier:

"A strong dollar is very important to this country, I mean that, and it's very important that people recognize it,"

Questions have been raised about whether the world will be willing to keep financing huge American debts forever or whether they might seek an alternate reserve currency.

"It does bring special responsibilities and burdens on the United States and it's very important that we make not just Americans but make the world understand that we are going to go back to living within our means," he said. (NDLR: zero burden, zero responsibility)

Geithner added, "And we are going to make sure that our independent Federal Reserve keeps inflation low and stable over time...and we are going to run fiscal policy in this country consistent with that basic objective of going back to living within our means." (NDLR: my ass!)

"There was a long period where monetary policy around the world was very, very loose and accommodative," Geithner said, adding that allowed risk-taking to become excessive.

"You had a huge boom in wealth outside the United States and that money was looking for a home and it created huge demand progressively for what proved to be very risk types of financial assets," Geithner said, adding that government "failed the test" of preventing the buildup in risk. (NDLR: Pourquoi es-tu toujours là? Pauvre abruti...)

Tic tac, tic tac...
Note: via Naked Capitalisme qui titre le post "Talk will only get you so far". Indeed.

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir)

"Wipe Israel of the map"

"Rayer Israël de la carte." Combien de fois avez-vous entendu cette expression ces dernières années? Les barbus de Téhéran seraient arc-boutés sur cette idée et feraient "tourner leurs centrifugeuses" dans le but ultime de faire une bombe, de l'envoyer immédiatement sur Tel Aviv pour voir leur pays réduit en cendres en retour. Voilà un plan machiavélique digne d'un personnage de Tex Avery. Il paraît que les américains à une époque s'opposaient à ce que les chinois possèdent la bombe car ils considéraient qu'ils n'étaient "pas rationnels". Racisme ordinaire.*

Le problème, c'est qu'Ahmadinejad n'a littéralement pas dit qu'il voulait "rayer Israël de la carte". C'est un idiome qui n'existe pas en persan. Juan Cole, qui parle le farsi, a "débunké" cette histoire il y a longtemps. Je reproduis la version courte de l'explication qu'il a écrite hier dans le cadre de "10 idées reçues sur l'Iran" que je vous recommande (sauf si vous préférez garder vos idées reçues). Il avait fourni une explication plus approfondie ici.

Belief: Iran has threatened to attack Israel militarily and to "wipe it off the map."

Reality: No Iranian leader in the executive has threatened an aggressive act of war on Israel, since this would contradict the doctrine of 'no first strike' to which the country has adhered. The Iranian president has explicitly said that Iran is not a threat to any country, including Israel.

Belief: But didn't President Mahmoud Ahmadinejad threaten to 'wipe Israel off the map?'

Reality: President Mahmoud Ahmadinejad did quote Ayatollah Khomeini to the effect that "this Occupation regime over Jerusalem must vanish from the page of time" (in rezhim-e eshghalgar-i Qods bayad as safheh-e ruzgar mahv shavad). This was not a pledge to roll tanks and invade or to launch missiles, however. It is the expression of a hope that the regime will collapse, just as the Soviet Union did. It is not a threat to kill anyone at all.

On se focalise également sur cette phrase mal traduite alors que d'autres déclarations plus modérées ne sont jamais mises en avant. Ahmadinejad n'est de plus pas commandant en chef des armées et son pouvoir est généralement beaucoup plus limité que ne le laisserait penser son statut de "Saddam Hussein bis" dans la psyché occidentale.

Alors Amahdinejad joue effectivement avec le feu en faisant du révisionnisme (bien qu'il ait mis de l'eau dans son vin récemment lors de son passage à New York avec Katie Couric puis Charlie Rose). On dit aussi que son discours à l'ONU était antisémite (je ne l'ai pas lu). C'est inexcusable. Je ne sais pas quels calculs politiques se cache derrière ces prises de positions outrancières. Cela ne peut cependant pas justifier le bombardement d'un pays. Les protestations et l'isolation de l'Iran semblent être des réactions appropriées. Ahmadinejad n'écrit pas nos livres d'histoire. Et quand bien même on intègrerait cela à un plaidoyer pour le bombardement, il faut quand même se rappeler que le peuple iranien vient de passer à deux doigts de se débarrasser de cet homme et qu'ils y parviendront sans doute aux prochaines élections. Justifier en partie le bombardement de l'Iran à cause des positions d'un dirigeant contesté et au pouvoir limité est complètement délirant.

Note: A part cela, El Baradei dit que l'Iran est en infraction à ses obligations avec la non déclaration de la centrale de Qom dès la décision de construire (question qui n'intéresse que le blogo). Il dit en revanche qu'il n'y a pas de preuve tangible d'un programme nucléaire militaire en Iran.

* (Sur le racisme ordinaire que constitue la notion que certains peuples seraient dangereux avec la bombe.) Comprenez-moi bien: plus le club nucléaire est petit, mieux on se porte. Je ne vais pas dire le contraire. Mais considérer que des cultures ou des races feraient n'importe quoi avec la bombe... Essayons déjà, pour ceux qui l'ont, de ne pas faire n'importe quoi avec avant de la ramener (cf la crise de Cuba).

jeudi 1 octobre 2009

Nowhere to hide

L'affaire iranienne nous permet de cartographier le paysage médiatique américain. Sans surprise, les vieux médias se retrouvent peu ou prou là où ils étaient avant la guerre en Irak: ils n'ont pas renouvelé leur personnel, ils n'ont jamais reconnu s'être trompés sérieusement lors de la guerre en Irak et ils ont toujours soutenu les dernier développements guerriers alors même que la population prenait position de plus en plus fermement contre les interventions extérieures. Ils en payent le prix et sont devenus un sujet de blagues parmi les citoyens éclairés, en train de devenir la majorité. Pas de surprise donc de ce côté là: la discussion porte en gros sur le type de bombe qu'il faut envoyer sur l'Iran.

La blogospère de droite a sans doute quelques personnalités anti-guerres mais elles ne sont pas légion (on peut regarder du côté du magazine "The American Conservative" qui publie traditionnellement certaines de ces voix). Dans la blogosphère de gauche (le seul endroit où la question se pose réellement), c'est plus intéressant. Beaucoup se retrouvaient sur une ligne critique envers la guerre en Irak et là, c'est la surprise. Alors qu'on pouvait s'attendre à un mouvement puissant contre l'hystérie sur l'Iran (fort de l'expérience de 2003), la prudence semble pour l'instant être un refuge pour beaucoup en raison de ce que je crois être un "effet Obama" (qui réussit décidément à vendre à peu près n'importe quoi à une population américaine subjuguée). Le côté spectaculaire des révélations sur la centrale de Qom a sans doute un peu douché l'enthousiasme des "usual suspects". J'imagine que les langues se délieront quand le site de Qom aura été inspecté en fonction du résultat. Je diviserais les intervenants en trois catégories:

Les inflexibles: Glenn Greenwald, Juan Cole, Jeremy Scahill, Scott Ritter, Justin Raimondo... Animés d'une "righteous anger", ces outsiders aussi éloignés qu'on peut l'être des leviers du pouvoir à Washington sont prêts à confondre les tartuffes pro-guerres et à démonter leur propagande transparente.

Les prudents: certains ont fortement protesté contre la guerre en Irak mais ils sont très prudents sur l'Iran: Atrios, Josh Marshall et Daily Kos. C'est l'effet Obama: leur lectorat soutient Obama et une position dure pourrait les mettre en porte-à-faux. C'est la guerre comme test du bois dans lequel vous êtes fait. Si Bush était aux commandes, leurs positions seraient sans doute claires mais puisque c'est Obama, ils ne la ramènent pas. Leur solution peu glorieuse: ils en parlent très peu. Ils devraient in fine rejoindre les inflexibles (sauf peut-être Kos qui a fait au moins un post inquiétant qui répétait en l'amplifiant l'argumentaire des trois du G20, s'il finissait dans la dernière catégorie ci-dessous, cela serait vraiment un tremblement de terre).

Les traîtres: ils ont surfé sur le sentiment anti-guerre des américains depuis des années et ils rejoignent sans hésiter les légions des vieux médias incitant à l'hystérie guerrière. Arianna Huffington: elle est arrivée sur l'internet avec des fonds massifs, elle attire le chaland avec des articles aguicheurs sur les ragots salaces d'Hollywood. Son poids est massif et elle retombe lourdement dans le camp pro-guerre. Andrew Sullivan: il a soutenu la guerre en Irak, il a retourné sa veste pour suivre l'ère du temps et s'est presque fait pardonner mais sur l'Iran, il reprend les bonnes habitudes.

Les traîtres sont essentiels au dispositif pro-guerre. C'est en se couchant que le New York Times a rendu la guerre en Irak possible (alors oui, ils ont du faire le 18 mars un édito contre la guerre mais ça ne rachète pas leur couverture pro-guerre les six mois précédents - cf Judith Miller). J'exagère un peu: une opposition argumentée à la guerre ne l'aurait peut-être pas empêchée. Elle aurait en tout cas sauvé la réputation des vieux médias qui a coulé avec les errements de la "gray lady". En soutenant la guerre, ils ont rendu la position anti-guerre moins "mainstream" au sein de la population qui aurait dû être le fer de lance de l'opposition. Trahi par sa base arrière naturelle dans les médias, le camp anti-guerre peut difficilement s'organiser.

Note 1: Attention, j'ai en gros laissé de côté l'essentiel du paysage médiatique qui est pro-guerre par construction, à gauche comme à droite pour ne m'intéresser qu'à la sphère où des questions se posent.
Note 2: Les blogs économiques que je suis ont tous soigneusement évité pour l'instant d'évoquer le sujet.

Sans surprise, Obama couvre les secrets de la FED

Obama a autorisé la FED à faire appel de son injonction de rendre public le détail des bénéficiaires du bailout plan. Alors qu'il avait promis la transparence... Il est vraiment le jouet de Wall Street.

Pour ceux qui n'ont pas suivi, voir un post plus détaillé ici.

mercredi 30 septembre 2009

Le NYT nous dit que tout a changé...

Un article du New York Times qui cite tous les critiques de l'hystérie* déclenchée au sujet du site en construction de Qom (tous déjà cités dans le blogo ou à peu près). La question que je me pose est: "en quelle page cet article a-t-il été placé dans l'édition papier?". Le modus operandi du Washington Post et du NYT pour l'Irak était de faire des premières pages outrageusement pro-guerres et de placer quelques "feel good articles" sceptiques en page A10 ou A16. Quelqu'un d'attentif aurait pu se faire une idée précise de l'arnaque si on lui avait soumis seulement des articles choisis et "burried deep into the newspaper". Les journaux de référence ne peuvent se réfugier derrière cet artifice ridicule. Il y avait une réalité objective clairement identifiable de falsifications pro-guerres par le gouvernement US (et brit) en 2003. C'est ça qui devait faire la première page des journaux de référence. Tout autre traitement rendait ces médias complices d'une guerre d'agression (which they are to this date).

* Vous souvenez-vous des doutes sur LHC à Genève? Qom, c'est un peu pareil: quelqu'un va toucher un interrupteur et un trou noir va gober la terre en quelques nanosecondes. Give me a f---- break.

El Blogo tente de répondre à la question que personne ne se pose

La question (long forgotten puisse que l'hystérie est comme chacun sait bien meilleure conseillère que la réflexion) est la suivante: "L'Iran est-elle en infraction?". Cette question est cruciale car la bonne foi et la crédibilité des trois dirigeants* qui ont fait la déclaration du G20 est directement proportionnelle à la force juridique de leur dossier. Les standards ne peuvent-être qu'extrêmement élevés après le fiasco des armes de destruction massive en Irak. Nous sommes en droit d'exiger des gouvernements belliqueux des arguments absolument irréfutables. C'est même notre devoir de citoyens.

Scott Ritter, ancien inspecteur de l'ONU en Irak qui dit depuis le début qu'il n'y avait plus d'armes de destruction massive, explique qu'Obama est "technically and legally wrong" dans sa déclaration sur Qom. La messe n'est pas dite mais j'ai une grande confiance en lui.

Pour ceux qui ont lu le post précédent, il dit que l'Iran s'est conformée au supplementary agreement en décembre 2004 à titre volontaire en attente de la ratification de celui-ci par son parlement. Scott Ritter affirme (contrairement à James Acton) que l'absence de ratification enlevait au supplementary agreement son caractère contraignant. L'Iran aurait donc eu toute lattitude pour renoncer unilatéralement à l'application de cet accord en mars 2007.

Il faut noter que des américains contrent cela en disant que l'Iran a commencé à construire Qom avant mars 2007, alors qu'elle prétendait encore être engagée par l'accord supplémentaire.

Ritter remarque également que l'Iran à l'époque (mars 2007) avaient toutes les raisons du monde de craindre une attaque américaine et donc d'enterrer des infrastructures (Cheney a reconnu depuis qu'il poussait Bush à attaquer mais qu'il n'avait pas eu gain de cause).
Ritter ajoute également que 100% des substances fissiles en Iran sont sous contrôle étroit de l'AEIA et que c'est cela qui est le gage essentiel de sécurité et ce qui empêche en pratique l'Iran de construire une arme nucléaire (et qui fait que la CIA a estimé fin 2007 que l'Iran ne construisait pas d'arme nucléaire - alors qu'elle connaissait le site de Qom).

Il faut quand même se rendre compte que l'Iran a accepté un contrôle permanent est très soutenu de ses sites nucléaires. Envisage-t-il une breakout capability? Un moyen d'obtenir l'arme le plus rapidement possible une fois qu'ils auraient congédié l'AEIA? Bien évidemment. Peuvent-ils construire une arme atomique alors même qu'ils sont contrôlés par l'AEIA, Ritter nous dit que c'est très difficile.

Gareth Porter apporte ici son éclairage sur la question.

* A noter: ces trois dirigeants ne sont pas logés à la même enseigne, Obama ayant été plus low key que Brown et Sarkozy (good cop, bad cop routine?). Sarkozy n'a pas arrangé son cas en utilisant: "pendant que les centrifugeuses tournent" alors que personne ne conteste le droit des iraniens à faire tourner des centrifugeuses. C'est tout ce que nous ne pouvons pas accepter de nos dirigeants: un dossier mal ficelé, présenté "à l'estomac" avec des formules de propagande qui semblent tout droit sorti du playbook de Condoleeza Rice "A smoking gun, that could come in the form of a mushroom cloud". Stop it! It insults our intelligence.

Note 1: El Baradei quitte l'AEIA. Il a rendu les bellicistes fous en raison de son indépendance. Son travail a été extraordinaire à cause de cette indépendance. Cette organisation étant devenue centrale dans les projets guerriers de quelques uns, gageons que l'effort des puissances dominantes pour la mettre au pas doit être maximal. Les propos et les actions de l'organisation sous un nouveau président devront être examinés à l'aune de ces efforts de politisations. Plus que jamais, il faudra faire attention aux voix dissidentes.
Note 2: GE (société mère de MSNBC - vous vous rappelez les missiles lors de l'interview de Greenwald?) vient de rejoindre un groupe "non-profit" appelé "United Against Nuclear Iran" (UANI) qui passe des pubs excitant la population contre l'Iran à la télé (notamment sur MSNBC). GE est un maillon essentiel du Complexe Militaro-Industriel. Like so many others, "They never saw a military intervention they didn't like". C'est toute une partie du pays qui est prête en permanence à prendre les armes pour n'importe quelle cause s'ils se trouvent des abrutis assez fous pour en prendre la responsabilité. Voici ce qu'on voit à la télé dans le "Home of the brave, land of the free":

Bloomberg LP v. Board of Governors of the Federal Reserve System, U.S. District Court, Southern District of New York (Manhattan), No. 08-9595.

Je faisais référence hier aux poursuites engagées par Bloomberg contre la FED pour que cette dernière révèle les dessous du plan de sauvetage des banques. Cette affaire devait atteindre un tournant le 30 septembre (aujourd'hui).

Dans la dernière semaine d'août, la FED a en effet obtenu un sursis à exécution (traduction du blogo de "the order was stayed") lui permettant de ne pas révéler les détails du plan et lui laissant jusqu'au 30 septembre pour faire appel (Bloomberg a alors renoncé à obtenir les documents de force car la FED les a persuadé qu'il serait matériellement difficile de les récupérer (WTF?*) ). Il y a eu des éditos dans la presse contre un appel de la FED (dont un dans le WSJ) et pour qu'elle communique les infos. De manière étonnante, il semble que la décision de faire appel ou non relève d'Obama (d'une juriste sous son autorité) et pas de Bernanke. Toujours marrant de le voir lui-même servir la soupe aux banques.

C'est très peu couvert dans la presse donc j'ai reconstitué ça à partir d'informations parcellaires. Don't quote me on this. De toute façon, il devrait y avoir des news détaillées sur le sujet dans la journée.

* Preska also said Bloomberg will not, for now, insist on a search of "official files" at the Federal Reserve Bank of New York, after the central bank's representation that a search would likely be fruitless. (voir ici for the full story)

mardi 29 septembre 2009

Something's got to give

Le fonds de garantie des banques faillies (le FDIC) est proche de la faillite (!). En fait non car il dispose d'une ligne de crédit de $500 milliards du trésor américain mais ce dernier approche de la limite d'endettement votée par le congrès (il faut un nouveau vote). Alors ils envisagent de demander aux banques une avance sur leurs cotisations d'assurance futures... Il fallait y penser. Il suffit de prédire que les primes vont excéder de loin les sinistres à partir de 2010 et le tour est joué.
Dans le registre tonneau des Danaïdes, Fannie/Freddie viennent d'obtenir $35 milliards de l'Etat.

Article efficace de "The Nation" pour faire le tour du plan de sauvetage

L'idée de l'article est de récapituler tous les programmes d'aides aux banques (et autres) en faisant l'analogie avec une famille américaine (supposée recevoir les différents types d'aide). Le parallèle a beaucoup de limites mais on garde quand même une bonne idée de l'ampleur et de la variété des aides qui ont été utilisées. Le point important est que l'argent (parfois déjà remboursé) des $700 milliards du TARP n'est que la partie émergée de l'iceberg. Ils font une somme des aides (garanties surtout) apportées et arrivent au total de $17,5 trillions. Aucune information (ou presque) n'a été révélée sur la manière dont ces aides et garanties ont été accordées (ni sur les destinataires, c'est une information qui semble plus secrète que les codes nucléaires*). La chose à retenir est qu'aucune des banques de la place (mais aussi très peu de hedge funds) n'auraient survécu sans cette aide providentielle et massive. Le système a été regonflée sans qu'aucun changement structurel substantiel ne lui ait été imposé (je n'avais pas fait de commentaire sur le G20, here it is!).

Bloomberg s'était livré à l'exercice de sommer tous les programmes gouvernementaux jusqu'en mars 2009 et s'était arrêté à $12,8 trillions. Ils ont publié la semaine dernière un nouvel update récapitulatif qui pour la première fois est en baisse à $11,6 trillions car la FED a réduit le périmètre de certains programmes ce qui est présenté comme un succès**. L'idée est que les mesures exceptionnelles ont fait leur office et que tout rentre dans l'ordre. C'est la vision "sugarcoated" de la réalité qu'on essaye de nous vendre et qui ne dit en réalité qu'une chose: on a encore repoussé les difficultés dans l'avenir en les aggravant. C'est comme ça que fonctionne l'économie américaine depuis l'éclatement de la bulle internet. Le raisonnement est qu'une giga-crise dans quelques temps vaut mieux qu'une méga-crise tout de suite. C'est la clef de voûte de tous les ponzi schemes.

* Notons au sujet du secret maintenu sur les banques bénéficiaires d'aides qu'il est absolument crucial. Souvenez-vous de l'effet désastreux (pour les banques) de la publication des sommes payées aux contreparties d'AIG. C'était $180 milliards au global et tout le monde s'en fichait (les corporate media détournaient l'attention vers $165 millions de bonus). Quand le détail a été publié et qu'on a vu que $13 milliards était allé à Goldman Sachs, tout le monde en a parlé. C'est comme les photos de prisonniers torturés qu'Obama n'a pas voulu autoriser en mai. Le secret diminue l'indignation par un facteur 1000 alors qu'on connaît la big picture. C'est pour ça que le secret va être défendu becs et ongles par la FED et les banques: c'est l'assurance vie du plan de sauvetage. El Blogo n'a pas besoin de la feuille Excel faisant le détail banque par banque pour s'indigner! (Ni des photos for that matter...)
**Bloomberg sert ici la soupe à la FED car ils avaient commencé un update mensuel qui augmentait d'un à deux trillions par mois (dernière mention sur le blogo le 5 mars) et puis soudain un arrêt de 4 mois et une reprise quand les choses vont mieux... c'est à se demander si Bloomberg va vraiment aller au bout de sa poursuite de la FED devant les tribunaux en vertu du Freedom of Information Act. Ils avaient déjà semblé avoir un coup de mou fin août. Cette idée que Bloomberg partirait dans une croisade contre la FED et Wall Street ne tient pas debout. Aucune entreprise commerciale ne prend tous ses clients de front "pour la gloire". La prochaine décision du juge sur le sujet est prévu pour demain, le 30 septembre. Comme je l'ai déjà signalé: don't hold your breath...

Voir à la toute fin de cette news bloomberg. Voici le tableau (j'avais linké la version à $12,8 trillions de bloomberg et la version graphique de Barry Ritholtz.):
===========================================================
--- Amounts (Billions)---
Limit Current
===========================================================
Total $11,563.65 $3,025.27
-----------------------------------------------------------
Federal Reserve Total $5,870.65 $1,590.11
Primary Credit Discount $110.74 $28.51
Secondary Credit $1.00 $0.58
Primary dealer and others $147.00 $0.00
ABCP Liquidity $145.89 $0.08
AIG Credit $60.00 $38.81
Commercial Paper program $1,200.00 $42.44
Maiden Lane (Bear Stearns assets) $29.50 $26.19
Maiden Lane II (AIG assets) $22.50 $14.66
Maiden Lane III (AIG assets) $30.00 $20.55
Term Securities Lending $75.00 $0.00
Term Auction Facility $375.00 $196.02
Securities lending overnight $10.42 $9.25
Term Asset-Backed Loans (TALF) $1,000.00 $41.88
Currency Swaps/Other Assets $606.00 $59.12
GSE Debt Purchases $200.00 $129.21
GSE Mortgage-Backed Securities $1,250.00 $693.60
Citigroup Bailout Fed Portion $220.40 $0.00
Bank of America Bailout $87.20 $0.00
Commitment to Buy Treasuries $300.00 $289.22
-----------------------------------------------------------
Treasury Total $2,909.50 $1,075.91
TARP $700.00 $372.43
Tax Break for Banks $29.00 $29.00
Stimulus Package (Bush) $168.00 $168.00
Stimulus II (Obama) $787.00 $303.60
Treasury Exchange Stabilization $50.00 $0.00
Student Loan Purchases $60.00 $0.00
Citigroup Bailout Treasury $5.00 $0.00
Bank of America Bailout Treasury $7.50 $0.00
Support for Fannie/Freddie $400.00 $200.00
Line of Credit for FDIC $500.00 $0.00
Treasury Commitment to TALF $100.00 $0.00
Treasury Commitment to PPIP $100.00 $0.00
Cash for Clunkers $3.00 $2.88
-----------------------------------------------------------
FDIC Total $2,477.50 $356.00
Public-Private Investment (PPIP)$1,000.00 0.00
Temporary Liquidity Guarantees* $1,400.00 $301.00
Guaranteeing GE Debt $65.00 $55.00
Citigroup Bailout, FDIC Share $10.00 $0.00
Bank of America Bailout, FDIC Share $2.50 $0.00
-----------------------------------------------------------
HUD Total $306.00 $3.25
Hope for Homeowners (FHA) $300.00 $3.20
Neighborhood Stabilization (FHA) $6.00 $0.05
-----------------------------------------------------------
* The program has generated $9.3 billion in income,
according to the agency.

NOTE: J'aimerais bien avoir le même genre de récapitulatif pour la France, l'Europe et la BCE. Un lecteur aurait-il croisé un tel document?

Shorter Health Care Reform

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