samedi 13 février 2010

Friday Plane Blogging

Encore un FPB publié le samedi... Photo en Russie, il faisait -25°C. Les traînées ne viennent pas des moteurs mais des volets. (cliquez pour agrandir)

vendredi 12 février 2010

Chronique d'un monde en faillite

J'ai supprimé le sous-titre "Chronique d'une crise annoncée" au début de l'année. Il y a deux semaine, je l'ai remplacé par "Chronique d'un monde en faillite". Certains lecteurs ont levé les yeux aux ciels sur l'air du "Won't you ever get with the program?". Et bien voilà qu'Albert Edwards de la SocGen rejoint le blogo:

Albert Edwards: At 500% Net Liabilities To GDP, It Is Too Late To Prevent The Collapse Of The G-7; Greece Is Irrelevant, We Are All Now Insolvent

Il commente en fait une recherche d'un collègue de la SocGen, Dylan Grice:

Just How Ugly Is The Sovereign Default Truth? How Self Delusions Prevent Recognition Of Reality

mercredi 10 février 2010

Nous allons payer les impôts des grecs...

Il semble que payer ses impôts soit un peu optionnel en Grèce (surtout pour les revenus élevés). De plus, Zero Hedge (citant "The Guardian") nous dit qu'un resserrement de la discipline fiscale à venir serait une cause non négligeable de la fuite actuelle des capitaux de Grèce. Tout cela n'invite vraiment pas à la mansuétude (l'italique est de ZH, le reste du Guardian):

While a fifth of the population lives beneath the poverty line, some 20% of Greeks are believed to earn more than €100,000 annually – even if, according to income tax records, 90% declare salaries of less than €30,000 a year.


"Greece has a lot of rich people who are not being taxed properly because there is so much tax evasion," finance minister Giorgos Papaconstantinou, told the Observer. "If you look at the actual numbers, you will see that the number of people declaring over €100,000 a year is roughly 15,000," he said. "I don't think that there is anyone in this country who believes there are only 15,000 Greeks earning more than €100,000 a year."

And as if the Greek population needed any more reasons to deteset the current economic fiasco, and to draw even more distinct lines of social separation:

The growing flight of funds from Greece has whipped up much resentment among the public. "It's revolting," said one popular radio chat-show host last week. "After pillaging the country, they flee with their ill-gotten gains at the very mention of the word tax."

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Aussi de Zero Hedge, une comparaison Californie/Grèce:

With Greece getting all the imminent default attention, have we forgotten California? Jim Grant chimes in.

  • Greece: 3% of Eurozone GDP
  • California: 13% of USA GDP

Rate Curves:

Greece

  • 3 year: 3.45%
  • 30 year: 6.26%
  • 5 Year CDS: 400+

California

  • 3 year: 1.89%
  • 30 year: 5.59%
  • 5 Year CDS: 333

Grant points out Trichet's Jan 14 commentary: "belonging to the euro area, you have an easy means of financing your current account deficit. You share a currency that is credible, so that you have a quality of financing that corresponds to that of a credible currency." Further: "this should be borne in mind, compared with the share of CALIFORNIA, FOR INSTANCE, in the overall GDP of the USA."

Grants reviews CA's Baa1/A- rating as the worst in the US, the S&P downgrade and the structural not cyclical problem of California.

  • State Revenue up 22% in decade debt service cost +143%.
  • Interest expense to consume 10% of revenues by 2013.
Howerver Grant's notes that Californida's debt / gdp ratio of "perhaps 25% is dwarfed by Greece 113%"

Un complot américain contre l'euro?

C'est ce que dit Jean Quatremer sur son blog. L'article date de vendredi. Je ne sais pas l'écho qu'il a reçu. Je ne suis pas en avance en ce moment et je paie le prix de mes sources d'informations exclusivement anglo-saxonnes. Si c'est ça, c'est la guerre. Mais autant que cela soit clair après tout!

Je suis donc en retard sur l'info mais pas sur la mise en garde sur le fait que les américains ne sont pas nos amis. Ils mettront tout en oeuvre durant cette crise pour que quel que soit le niveau où tombe l'économie américaine, le reste du monde tombe plus bas.

mardi 9 février 2010

Où l'on reparle de titrisation

Floyd Norris a un article dans le NYT sur la titrisation. Il y cite largement le Comptroller of the Currency qui vient de s'adresser à l'American Securitization Forum. Il n'y a choqué personne en se déclarant pour un "vibrant securitization market". Car les banques voyez-vous ne sont pas en mesure de distribuer assez de crédits pour faire "repartir l'économie". Que l'économie américaine ne soit qu'un énorme Walmart où on ne fait que dépenser sans jamais rien créer ne choque plus personne aujourd'hui. Il faut donc faire repartir le système qui a échoué: une économie axée sur la consommation et financée par le crédit.

Pour les politiques, la titrisation (securitization) n'est pas autre chose que cette nitroglycérine qui permet au moteur d'aller plus vite. Cette croyance, entretenue par tous les gens qui en vivent, a même réussi à pénétrer jusqu'aux hautes sphères de l'Etat français qui n'en a cependant pas croqué (Sarkozy aurait défendu la titrisation comme facteur de croissance l'année dernière dans la réunion avec des journalistes où il a également dit que Zapatero était souvent pris pour un imbécile).

Tout semble s'orienter vers une reprise de ce marché sans aucun changement. On a dit qu'on pourrait améliorer le process en obligeant les banques à garder sur leurs books un pourcentage de chaque deal mais même cela, qui paraît un absolu minimum, semble déjà difficile à mettre en oeuvre à ce pauvre John C. Dugan (encore un régulateur inflexible!). On peut donc s'attendre à un produit exactement identique. Et puisque la FED va continuer à abreuver le marché de liquidités, il va bien arriver un moment où même ces obligations vont finir par se vendre. Et hop! Back to square one.

Peter Schiff il y a un an

La bourse était au plus bas et lui au sommet de sa gloire (pour l'instant). Il fait beaucoup rire l'assistance. Evidemment, il promettait de l'hyperinflation "peut-être" pour 2010 et nous n'en sommes toujours pas là (comme le blogo)... Il faut dire qu'il protestait contre la bulle de l'immobilier dès 2002-2003 donc on peut dire de lui qu'il est un habitué des prévisions lentes à se réaliser.

Je pense que Peter Schiff a raison sur l'essentiel (même s'il a des réflexes de républicains: il blâme l'Etat pour avoir échoué dans son rôle de régulateur des banques mais c'est les banques qui ont contrôlé tout du long cette fonction de régulation! C'est vraiment l'oeuf et la poule. Dire que l'oligarchie bancaire n'est pas un produit du capitalisme mais d'un capitalisme "dévoyé" sonne vraiment comme des discours d'idéologues attachés à la terminologie. Peut-on avoir des discussions pragmatiques et adultes qui n'essayent pas d'attribuer à des termes "sacrés" comme "capitalisme" ou "free enterprise" uniquement des défauts ou uniquement des qualités? It's so 20th century.) mais qu'il sous-estime à quel point le monde a soif de leadership américain quel que soit son inefficacité, sa corruption et le discrédit dont il est l'objet. "Better the devil you know."

Economiquement, le Ponzi Scheme américain est une aberration mais comme on l'a vu souvent, cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas durer encore plusieurs années. Il n'est pas non plus impossible que le monde traverse cette crise et que les privilèges économiques américains demeurent (relativement au reste du monde) à peu près intacts. Les mandarins et les "chiens de garde" du système sont d'ailleurs ressortis de leurs niches et ne craignent plus désormais de réengager le débat avec Peter Schiff sur les mêmes bases qu'en 2005-2007 (en gros, ils se moquent de lui). On sait comment ça s'est terminé la dernière fois...

Voici donc ce flash back du Peter schiff flamboyant et très drôle d'il y a un an, avant que l'Empire ne contre-attaque:



Et les 7 autres parties ici. (1H20 à peu près)

Exception

Je n'ai fait ça qu'exceptionnellement sur le blogo et je ne suis pas sûr que cela soit très conforme à la "nétiquette" (si ce concept est formalisé quelque part) mais je reproduis ce post de Glenn Greenwald dans son intégralité car... IL FAUT LE LIRE. "Trop bien!", comme disent les enfants.

(Pour les non-anglophones qui veulent savoir de quoi il s'agit en (très) gros, voir la note à la fin.)

Monday, Feb 8, 2010 06:09 EST
iStockphoto

Political science professors could require students to read this article from today's New York Times and little else would be needed to convey the essence of the American political system. The article describes how Wall Street -- which poured massive amounts of money into the Obama campaign and the Democratic Party over the last several years, ensuring unparalleled access and influence -- is now threatening to support the Republicans if Obama keeps saying mean things about them. Wall Street executives are angry that, after duly purchasing the Democrats (they have receipts and everything), the Obama White House is now rousing the dirty rabble with their anti-banker rhetoric:

Republicans are rushing to capitalize on what they call Wall Street’s "buyer’s remorse" with the Democrats. And industry executives and lobbyists are warning Democrats that if Mr. Obama keeps attacking Wall Street "fat cats," they may fight back by withholding their cash.

"If the president doesn’t become a little more balanced and centrist in his approach, then he will likely lose that support," said Kelly S. King, the chairman and chief executive of BB&T. Mr. King is a board member of the Financial Services Roundtable, which lobbies for the biggest banks, and last month he helped represent the industry at a private dinner at the Treasury Department.

"I understand the public outcry," he continued. "We have a 17 percent real unemployment rate, people are hurting, and they want to see punishment. But the political rhetoric just incites more animosity and gets people riled up" . . . "If the president wanted to turn every Democrat on Wall Street into a Republican," one industry lobbyist said, "he is doing everything right."

There are numerous points to note about all of this. First, there simply is no more odious faction inside the U.S. than Wall Street bankers -- and that's saying quite a bit. Just over a year ago, they almost caused a complete global economic collapse -- and did cause extreme economic suffering around the world which continues to this day -- with their sleazy, piggish and lawless behavior. Yet barely a year later, they now turn around and threaten their purchased politicians with punishment if their behavior is meaningfully restricted or even if they're publicly criticized. In light of what they did -- and are still doing -- they should consider themselves lucky that the public hasn't stormed their homes and offices in mass rage. Far less pernicious behavior has triggered such uprisings in the past, and if the American public hadn't been as ingrained with the passivity and learned helplessness they've been trained to accept, one would certainly have seen some of that. In a rational, democratically engaged society, multi-million dollar taxpayer-enabled banker bonuses, combined with mass unemployment and home foreclosures (combined with establishment threats to reduce Social Security and Medicare), is not the ideal means for maintaining social order.

Second, stories like this ought to put to rest forever the notion that the Republican Party is some sort of haven for populist anger. As subservient as the Democrats have been to Wall Street -- note that, more than a year later, Wall Street can only complain about "rhetoric," not any actual legislation that has been passed -- the Republicans are out there promising Wall Street to be even more loyal servants if they're given the dog treats that have recently been going to the Democrats:

Senator John Cornyn of Texas, chairman of the National Republican Senatorial Committee, said he visited New York about twice a month to try to tap into Wall Street’s "buyers’ remorse." "I just don’t know how long you can expect people to contribute money to a political party whose main plank of their platform is to punish you," Mr. Cornyn said.

So the GOP is out there successfully pretending in front of the angry tea partiers that they, too, are furious about Wall Street's gorging and domination of Washington, all while simultaneously crawling to Wall Street and pledging to be good little boys and girls -- and to keep the agitated masses at bay -- if Wall Street once again purchases them rather than the Democrats. The only thing more absurd than the Democrats' pretending to be the Populist Party of the People is the Republican Party's doing so.

Third, that Wall Street is dissatisfied with the Democrats and the Obama administration reveals how extreme are their expectations of control of the Government. The second-highest-ranking Democratic Senator, Dick Durbin, recently conceded of the Democratic-controlled Congress: "frankly, bankers own the place." It's impossible to find a more loyal and attentive servant to bankers than Obama Treasury Secretary Tim Geithner. As the NYT article this morning details, Wall Street executives and their lobbyists have virtually unfettered access to the administration and to the President himself. You would think they'd be satisfied with the state of affairs in Washington. Yet so extreme are their perceived entitlements of control that even mere symbolic and rhetorical disobedience from the politicians they own -- he said some mean things about us -- creates a sense of righteous grievance: our government employees do not behave this way toward us and will be punished if it continues.

Finally, marvel at the cowardice, as well as the journalistic shoddiness, evident in these anonymity-based passages:

The expectation in Washington is that "We can kick you around, and you are still going to give us money," said a top official at a major Wall Street firm, speaking on the condition of anonymity for fear of alienating the White House. "We are not going to play that game anymore." . . .

"If the president wanted to turn every Democrat on Wall Street into a Republican," one industry lobbyist said, "he is doing everything right."

In essence, Wall Street executives said to David Kirkpatrick, the NYT reporter who wrote this story: "I want to threaten and criticize the President, but I'm too much of a coward to do so with my name attached, so will you let me do it in your paper anonymously"? And Kirkpatrick replied: "Oh, absolutely; that's what anonymity is for: to let the country's most powerful people spew venom and issue threats while being shielded and protected by journalists from accountability." Perhaps one of those nameless executives might have inquired of Kirkpatrick: "but didn't your newspaper publish very stringent guidelines limiting the use of anonymity in the wake of the Iraq debacle?", to which Kirkpatrick could easily and truthfully have replied: "oh, those? Please. Nobody worries about that, least of all us. That's just there to placate the same angry rabble whom you're now ordering your political property to more efficiently pacify."

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Note: En très bref pour les non-anglophones: Greenwald se sert de l'irritation exprimée par Wall Street envers la rhétorique (car il ne s'agit que de rhétorique bien évidemment) anti-banques des démocrates pour décrypter le rapport de force dans le système politique américain. Le rapport de force n'est pas en faveur des démocrates ni en faveur des républicains. Il est en faveur des banques ce qui ne surprendra aucun des lecteurs du blogo.

samedi 6 février 2010

Le blogo sur la ligne McCain (circa 1999)

McCain a longtemps eu une image de "maverick" (intrépide, casse-cou) parmi les politiques américains. En 2006, c'était déjà bien fini et Stephen Colbert se moquait durement de cette image surfaite lors de son speech mémorable devant Bush et le Washington Press Corps. Je ne soupçonnais pas que quelques années auparavant, il était sur la même ligne que le blogo. C'est ce que rapporte Dana Milbank du Washington Post:

I miss the McCain I sat with on a flight from San Diego to Phoenix back in 1999, when he defended his oft-ridiculed belief that campaign finance was the most important issue in America: because the corrupting influence of money in politics was preventing all other issues -- taxes, abortion, you name it -- from being solved.

"Until I draw my last breath, I will fight for it," he liked to say back then.

A couple of weeks ago, the Supreme Court issued a ruling that gutted the McCain-Feingold campaign-finance legislation, essentially destroying the cause that had been so dear to McCain.

His response: Whatever.

"I don't think there's much that can be done, to tell you the truth," he told CBS's Bob Schieffer. "It is what it is," he added.

"Reform is dead?" Schieffer asked.

"Oh, I think so," McCain answered, at least for now. "The Supreme Court has spoken. I respect their decision."

So much for that bit about "last breath."

vendredi 5 février 2010

Friday Plane Blogging

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El Blogo à New York

L'envoyé spécial du Blogo à New York a ramené une photo montrant que la "Tower 1" sort finalement de terre (sur le site de 9/11). On pourrait avoir une bonne idée de sa silouhette d'ici la fin de l'été.

Pour ceux qui veulent suivre l'avancée des travaux, c'est ici (voir plan ci-dessous).

A part ça la crise ne semble pas encore avoir altéré le paysage à Manhattan même si les locaux disent que c'est perceptible dans les rues. Comme déjà constaté en novembre 2008: "All is quiet on the Upper West Side front".Cela n'est pas étonnant quand on pense à la répartition géographique des aides de l'Etat qui ont suivi la faillite du système bancaire. Quelques zip codes à New York ont bénéficié d'une véritable avalanche de dollars.

A noter qu'un nouveau culte s'est emparé du monde et que New York ne fait pas exception. Certains lecteurs du blogo y voit un totalitarisme à visage "cool", d'autres une vérité révélée. Voici une photo d'un des nouveaux lieux de culte de ce mouvement à NYC:Alors secte abusant honteusement du pouvoir d'achat de ses adeptes? Nouveau mouvement spirituel conquérant apportant aux hommes des réponses? Le blogo ne veut se fâcher avec personne...

Pour ceux qui vont parfois à New York, j'ai testé l'A380 d'Air France. Grosse impression de stabilité. L'avion est extrêmement silencieux et très confortable. Du solide. Il vaut mieux être assis en haut de l'avion ou en bas vers l'avant pour le passage de la douane.(Note: c'est bien Friday mais ceci n'est pas le Friday Plane Blogging.)
Pour les vrais fans ou ceux qui sont sceptiques sur le silence, voici le décollage retransmis par la caméra située sur la queue de l'appareil. Ecoutez les voix, on ne se sent pas vraiment dans un avion mais plutôt dans un café...

jeudi 4 février 2010

The Bloomberg Identity

David Reilly de Bloomberg, l'ami du blogo qui considère qu' "on ne pourra jamais savoir si Goldman Sachs aurait survécu sans l'aide de l'Etat en 2008", se met à trouver étrange l'étendue du pouvoir des banques qui a apparu au grand jour lors du bailout de 2008. via Zero Hedge. Il prend la précaution oratoire (sans laquelle tout discours s'avanturant dans ces eaux est disqualifié) de se distancer des "conspiracy theorists" de tous poils mais quand même: il est intrigué.

Jan. 29 (Bloomberg) -- The idea of secret banking cabals that control the country and global economy are a given among conspiracy theorists who stockpile ammo, bottled water and peanut butter. After this week’s congressional hearing into the bailout of American International Group Inc., you have to wonder if those folks are crazy after all.

Wednesday’s hearing described a secretive group deploying billions of dollars to favored banks, operating with little oversight by the public or elected officials.
...
Yet when unelected and unaccountable agencies pick banking winners while trying to end-run Congress, even as taxpayers are forced to lend, spend and guarantee about $8 trillion to prop up the financial system, our collective blood should boil.

(David Reilly is a Bloomberg News columnist. The opinions expressed are his own.)


C'est une manière curieuse de poser le problème. Il n'y a pas de conspiration secrète. Tout est très clair. Il ne faut pas chercher plus loin que l'emprunt à conditions préférentielles de Countrywide à Chris Dodd ou les financements de campagne des politiciens en général. Ca n'est pas une conspiration qu'il faudrait exposer et déterrer à la "Jason Bourne" (cf le titre alambiqué du post), c'est une crise politique en pleine lumière. David Reilly constate qu'il y a un problème mais en rapprochant cette simple constatation de la nébuleuse conspirationniste, on se demande s'il ne protège pas une fois encore la power structure. Ce qui serait "absolutely shocking" dans une opinion Bloomberg...

Note sur Bloomberg: le fait d'arme de Bbg depuis le bailout a été une action en justice pour obtenir de la FED des informations sur les fonds engagés. Il faut quand même noter que cette action n'en finit pas et qu'au moment où la juge Loretta Preska devait décider d'enjoindre ou non avant appel à la FED de rendre publiques ces informations (septembre 2009), Bloomberg a levé le pied si je me souviens bien. La vérité est que Bloomberg semble suivre la logique de tous les agents économiques: ne pas prendre de front ceux qui assurent sa subsistance. Parmi eux, les banques de Wall Street sont en première ligne. A noter que le journaliste qui a intenté l'action est mort depuis (de mort naturelle). Comme "The Economist" ou le FT, Bloomberg est une des sources d'information les plus intéressantes en matière économique mais "at the end of the day", il n'y a aucun doute sur la loyauté de ces organes de presse envers l'imperium US. Nous n'avons d'ailleurs à peu près rien à leur opposer en terme de compréhension et d'analyse du monde contemporain. C'est une des raisons de notre (ROW - Rest Of the World) incapacité à organiser un système alternatif même face à un système en faillite totale.

Nous sommes typiquement dans une situation où la capacité d'influence compte autant sinon plus que la force brute des grands établissements bancaires. L'infrastructure ne tient plus qu'à un fil et ce fil pourrait bien être le triptyque (FT, The Economist, WSJ). Non pas la "regulatory capture" des banques sur les politiques mais l' "intellectual capture" d'un monde incapable de s'affranchir de la domination américaine. Plus que jamais, ce sont nos cerveaux (alimentés par le triptyque, les agences de notations et les prix nobels d'économie US en tout genre) qui sont le dernier et le meilleur refuge de la domination US. Tant que nous ne nous autoriserons même pas à penser le multilatéralisme, des Etats-Unis même très affaiblis pourront continuer à dominer et à tirer profit de leur domination à très bon compte. Alors Sarkozy parle d'un nouveau Bretton Woods (où la place US ne peut-être que downgradée par rapport à l'ancien), Putin suggère aux chinois de larguer de la dette Fannie/Freddie mais en gros les grandes manoeuvres n'ont pas commencé. Car tout le monde veut croire que le système va tenir.

Good luck with that...

Projection du trésor américain:

The economy is projected to expand by 2.7 percent in 2010, but then pull at an above-average 3.8 percent in 2011 and rise above 4 percent for the following 3 years.

Par quel miracle exactement? Ces niveaux de croissance n'ont pu être atteints ces dernières années qu'au prix d'ajout de nitroglycérine dans le moteur (taux bas, subprime, housing bubble). Le complexe Wall Street-US Gov-Fed applique les mêmes méthodes mais n'est-il pas d'ores et déjà clair que le moteur est cassé? Ils essayent de regonfler un ballon qui a déjà explosé (voir l'immobilier ici). Pour cela, il faut un flux d'air permanent qui est ici le déficit budgétaire et la politique laxiste (euphémisme) de la FED. Cela ne peut pas bien se terminer.

Le plan Obama qui allait faire mal aux banques?

Et que cette fois, c'était pas pour rigoler et tout et tout?

Il rencontre une sérieuse opposition au Congrès. Notamment du sénateur Chris Dodd, l'époux d'une executive d'AIG (cette simple connection n'est pas répréhensible en soi mais la lecture de sa fiche wikipédia vous montrera que ce seul élément se trouve être un bon raccourci pour présenter le bonhomme, au milieu d'emprunt immobilier particulièrement favorable de Countrywide ("friend of Angelo") et d'appui répété à Fannie et Freddie alors ostensiblement en faillite).

Papandréou

Quand le premier ministre grec réalise piteusement qu'il n'est pas du côté du manche...

Premier George Papandreou said the spike in Greek borrowing costs was "completely unjustified" and lashed out at the rating agencies, which precipitated this crisis by downgrading Greek bonds.

"Greece is at the centre of an unprecedented speculative attack: we cannot be at the mercy of creditors. Despite our tragic mistakes, our fate is today defined by rating agencies that bear responsibility for the 'bubble' that led to the global crisis in the first place," he said.


Alors évidemment le blogo compatit (un peu) mais ça fait maintenant un an que je suggère que l'Europe se dote d'une agence de notation qui lui soit propre. Le but n'est pas de redéfinir des standards d'intégrité dans la notation mais de renvoyer une image mirroir sur les agences américaines de bête bras armé d'une politique économique et monétaire (ce qu'elles sont sans que le doute ne soit permis). Le premier ministre grec aurait pu y penser vu qu'il était alors bien évident que la Grèce allait être une des premières nations menacées. L'autre moyen pour ne pas se faire emmerder en premier et de ne pas être le plus mauvais élève de la classe.

Il est primordial que le système de résolution de la crise des PIIGS soit crédible et applicable de manière systématique à toutes les nations en quasi-défaut. Les autres pays membres doivent être impitoyables. La sortie de la Grèce doit être examinée (j'étais contre son entrée, ruse de Jospin qui avait inclus le club med largement pour diluer le monétarisme allemand dans les eaux méditerrannéennes). La France avait payé cher l'union monétaire (récession de mid 90s), le club med l'a eue gratosse. Le laisser-aller grec ne mène qu'à l'asservissement. C'est malheureusement un penchant très humain. Les grecs n'ont plus qu'à espérer que les grands pays vont la rejoindre dans la crise le plus vite possible. Un voeu qui pourrait bien être exaucé. Car il est clair que la Grèce est à la crise monétaire ce que les deux hedge fund de Bears Stearns qui ont sauté en 2007 ont été à la crise financière: un prélude. (NB: il y a eu l'Islande avant)

Graphe de la FED

L'agitation et les spreads sur les marchés de taux à court terme ont disparu. On est dans la situation de 2007: le risque a été aboli. En 2007, c'était un consensus de marché. En 2010, c'est le produit d'un diktat de l'Etat. Le premier n'a pas tenu. Le second ne tiendra pas. Pourquoi? Parce qu'en vrai, le risque existe. En 2008, les Etats ont repris à leurs comptes les risques privés comme chroniqué sur le Blogo à longueur de posts. Ce faisant, ils n'ont plus laissé à la réalité économique qu'un seul moyen de se manifester: la crise monétaire et le défaut des nations. Sans surprise et suivant un timing sans doute manipulé par les Etats-Unis (non, la situation de la Grêce n'a pas radicalement changé dans les six derniers mois), ces deux derniers éléments font en ce moment leur apparition. Happy 2010. A noter que le blogo n'a cessé d'annoncer cette "final demise" qui n'arrive toujours pas... Si on compare la crise économique à un tsunami, on en est au moment où la mer se retire avant que la grande vague ne frappe. J'ai entendu Peter Schiff dire aujourd'hui que pour chaque dollar de recette fiscale, l'Etat américain dépensait $1,6 (c'est peut-être calculé de manière exagérée mais ça n'est pas loin du compte). Et là vous me dites: "Mais si c'est si grave, pourquoi Jean-Pierre Pernault n'en parle-t-il pas?". It's a lonnnnng story...

Si vous préférez la version calme et posée de ce post (et donc forcément peu alarmiste), vous avez Mohamed El-Erian de Pimco en vidéo:

Ratigan s'énerve (encore et toujours)

Je suis d'accord avec ce discours sauf sur un point*: le mythe de la "tax payer's money". A écouter tous les commentateurs en rupture avec le système (ils sont peu nombreux comme souvent remarqué sur le blogo), tout l'argent qui va aux banques vient du contribuable. C'est vrai en théorie car c'est le taxpayer qui devra rembourser mais en pratique, ça n'est évidemment pas le cas. Les sommes irréelles (au propre et au figuré**) qui sont mobilisées pour sauver la power structure quelques mois de plus ne sont pas payées par le contribuable. Elles sont apportées par les chinois et de plus en plus créées par une écriture comptable de la FED (je soupçonne les achats chinois d'être financés de la même manière). Le taxpayer n'aura jamais à rembourser ces sommes. Il en serait de toute façon bien incapable. Il y aura une crise, peut-être des guerres, mais il y a une chose qui est sûre: cet argent ne sera jamais remboursé. Pourquoi faire semblant d'y croire? Parce que l'ordre social serait menacé.

C'est comme ça que nous nous sommes aujourd'hui installés dans un nouvel équilibre digne de 2007 où quelques esprits éclairés disent que tout va péter et que la grande majorité des MSM font semblant de croire que tout va bien. Et pendant ce temps-là, alors que depuis 3 ans des bilans auraient pu être tirés, des leçons apprises, on ne progresse absolument pas sur la compréhension de la crise. Ceux qui l'ont causé n'y ont pas intérêt. Le pari de ce blog est que ce status quo miraculeux pour Wall Street-US Gov-FED ne peut pas durer. Stay tuned.

* Comme les lecteurs le savent, je ne suis aussi pas très à l'aise avec le chiffre de $24 trillions donné par Ratigan. A tout prendre, il reflète cependant mieux la réalité que l'absurde $700 milliards qu'on jette en pâture à l'opinion publique en la trompant sur la réelle étendue de l'aide accordée aux banques américaines et internationales (jusque dans le film de Michael Moore).
** Peut-on distinguer le propre et le figuré pour l'adjectif "irréel". El Blogo fait le pari que oui. Je ne crois pas que la réponse soit évidente. Les commentaires sont les bienvenus.

vendredi 29 janvier 2010

Friday Plane Blogging

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Let the thing run its course

Bernanke est reconduit. Clairement, il ne le mérite pas. Mais qui mérite son job aux Etats-Unis aujourd'hui? Nous sommes confrontés à une clique de politiciens et de bankers qui se confirment les uns les autres dans leurs jobs alors qu'ils y sont de misérables "failures".

La confirmation de Bernanke a cependant un avantage: la clarté. Si, comme de plus en plus de gens semblent le penser, cet "indispensable sauvetage des banques" se termine en catastrophe économique globale, les responsabilités ne seront pas difficiles à établir.

Une reprise en main "gauchiste" d'Obama ou un changement à la tête de la fédérale réserve auraient pu semer le trouble: "the big one" aurait-il été la faute d'un changement de politique? Non, si la catastrophe (a.k.a. "la réalité") arrive finalement, elle sera la responsabilité unique du complexe Washington-Wall Street (Wawa?). Et c'est sans doute mieux comme ça. Si on avait changé Bernanke aujourd'hui, cela aurait entraîné des remous auxquels on aurait fait porter le chapeau de la crise à venir. A noter que 77 sénateurs ont voté pour Bernanke. Le blogo a donc eu tort de penser qu'il y avait réellement un enjeu sur cette confirmation. J'avais pourtant lu que la Maison Blanche avait elle-même appelé des sénateurs pour s'assurer de leur soutien et qu'il y avait donc du suspense. 77 sénateurs. Cela rappelle le sénateur Durbin qui a déclaré au sujet des banques au Congrès: "They frankly own the place".

Les malades qui nous ont fait passer de l'autre côté du mirroir économique doivent rester en place jusqu'à ce leurs manoeuvres dilatoires perdent leurs effets ("extend and pretend"). Pour que les choses soient claires: "let the thing run its course".

Gordon is back

J'espère que le film est moins cheesy que la bande-annonce (on dirait le retour du Terminator ou d'Hannibal Lecter). L'opus 1 était génial, il serait dommage que dans le contexte actuel, le 2 soit un nanar.

mercredi 27 janvier 2010

La commission d'enquête sur la guerre en Irak se poursuit

Sans surprise:

Senior Government lawyers told the Iraq inquiry that they advised the action had “no legal basis in international law”.

Last night it was reported every one of the 27 lawyers in the department advised the war was illegal.

Yesterday Sir Michael Wood, who was the Foreign Office’s chief legal adviser, told the hearing he warned the then Foreign Secretary Jack Straw an invasion would “amount to the crime of aggression”.

Toujours plus fort...

Une lobbyist connue pour avoir travaillé pour Enron tente de vendre la reconduction de Ben Bernanke au Congrès. Fitting.

The same lobbyist that sold Washington on Enron is now touting Ben Bernanke. According to Politico, former Enron lobbyist Linda Robertson has been managing Bernanke’s confirmation effort on behalf of the Federal Reserve — coaching him through the process in much the same way she coached Ken Lay and Jeff Skilling through the Washington influence game.

mardi 26 janvier 2010

Incroyable

La FED de New York demande à ce que soit donné à des aspects du sauvetage d'AIG le statut de secret d'Etat ou quelque chose d'approchant. Toujour plus fort!

Barry Ritholtz de "The Big Picture" est sur le coup (reproduction d'une grande partie de ce post):

This has to be the most outrageous headline I’ve read since whatever the last headline was that made me apoplectic:

SEC mulled national security status for AIG details

In a little noticed story over the weekend, Reuters has discovered that the New York Federal Reserve want to invoke national Security rules to keep the details of the bailout a secret.

It reveals the degree to which the NY Fed was a) In a state of sheer Panic; b) Captured by the banks they regulate; and c) Failed to understand the basic premise of Democracy.

"Legislating from the bench"

La Cour Suprême a de fait supprimé les quelques limites qui restreignaient le rôle des sociétés dans le financement des élections américaines au nom de la liberté d'expression. J'ai déjà cité le Wall Street Journal qui s'en réjouissait dans un éditorial. Le reste des réactions est plutôt similaire à celle du NYT:

With a single, disastrous 5-to-4 ruling, the Supreme Court has thrust politics back to the robber-baron era of the 19th century. Disingenuously waving the flag of the First Amendment, the court’s conservative majority has paved the way for corporations to use their vast treasuries to overwhelm elections and intimidate elected officials into doing their bidding.

Enfin, même si tout le monde est horrifié, le mal est fait. Curiosité: Glenn Greenwald donne une opinion de juriste qui n'est pas défavorable au jugement rendu. Même s'il regrette les effets prévisibles de la décision. Il dit que de toute façon, cela ne change rien au problème car le contrôle est déjà total (thèse du blogo). J'aurais préféré qu'il nous renseigne sur les modifications à apporter à la constitution pour sortir de ce piège. Ca n'est pas la première fois que Greenwald me surprend, toujours au nom d'une application stricte du droit. On a du mal à penser que l'esprit de la constitution américaine était de livrer la populace pieds et poings liés aux intérêts corporatistes. Anyway. Une des problématiques est: le "free speech" s'applique-t-il aux sociétés? Et les autres protections constitutionnelles? C'est un sujet complexe mais le problème ici est que le résultat est inacceptable. Alors si le jugement est fidèle à la constitution, c'est cette dernière qu'il convient de changer (pas facile). Quand on voit que la décision a été à 5 contre 4, on voit bien qu'on est plutôt dans la capture idéologique que dans l'interprétation "pieds et poings liés" de la constitution. Selon certains commentateurs, c'est un cas de "legislating from the bench" soit utiliser le pouvoir de la Cour Suprême à des fins législatives.

Plus sur ce sujet dans le Daily Kos avec cette illustration:

Les démocrates en résumé

Le blocage politique américain se traduit dans les faits par l'impotence démocrate. Les républicains font ce qu'ils veulent sur les guerres, les tax cuts, les atteintes à la constitution et les démocrates ne peuvent jamais renverser la vapeur. Les républicains n'ont besoin que d'une majorité simple pour mettre en oeuvre leur programme alors que les démocrates sont considérés comme perdus s'ils n'ont pas une super majorité de 60 sénateurs.

Pourquoi? A cause du rôle de l'argent en politique qui fait que quel que soit le nombre de démocrates élus, un nombre suffisant d'entre eux sera corrompu pour que toutes les réformes mises en oeuvre soient compatibles avec les intérêts de Corporate America. Ceux-ci étant en gros plus en phase avec les républicains qu'avec les démocrates, la capture par les grands groupes du système politique se traduit en pratique par l'impotence démocrate, quel que soit leurs succès électoraux.

Voilà en gros ce qu'El Blogo explique laborieusement à longueur de posts résumé efficacement en une minute:

lundi 25 janvier 2010

Bonne nouvelle en Iran

Les lecteurs du Blogo savent que, fort de l'expérience irakienne, El Blogo leur suggère de faire montre de la plus grande vigilance sur toutes les informations touchant à l'Iran. La radicalité du mensonge sur les WMDs irakiennes fait qu'aujourd'hui les Etats-Unis ont un problème de crédibilité quand ils font des déclarations sur la dangerosité des pays qui leur sont hostiles. Les citoyens responsables ne peuvent se contenter de battre le rythme quand ils entendent de plus en plus nettement les tambours de la guerre. Pas après l'invasion de l'Irak.

A la mi-décembre, le Times de Londres (une publication qui s'était déjà distinguée par sa propagande pro-guerre en 2003) a produit un document supposément d'origine iranienne sur la production de détonateurs d'armes nucléaires qui était selon toute probabilité un faux. Il avait alors fait son petit tour de piste dans les médias occidentaux (comme il est coutumier) avec évidemment aucun rectificatif quand le document a été plus tard discrédité. Standard Operating Procedure (le NYT en avait fait état largement mais très prudemment).

J'avais donc peur que l'affaire iranienne ne se présente comme l'Irak avec des éléments mensongers et/ou exagérés mis en avant par les occidentaux et qui n'emportent finalement jamais la conviction du citoyen attentif et de bonne foi. Je craignais des éructations occidentales jamais décisives et de plus en plus virulentes qui auraient pu ressembler à ce genre de chose:

Hans Blix:

"We got tips not only from the UK but from other intelligence, the US as well, so perhaps some 100 all in all.

"We had time to go to about three dozen of these sites and in no case did we find any weapons of mass destruction."

He added: "We said if this is the best (intelligence), then what is the rest? Doubts arose from that."

Les occidentaux vont rapidement se retrouver dans une situation similaire en Iran. Sur quoi les iraniens sont-ils en infraction et acceptent-ils ou non que cela soit contrôlé? Si les iraniens acceptent que leurs installations soient contrôlées comme récemment avec le site de Qom, comment les occidentaux vont-ils trouver un casus belli? Si le programme nucléaire militaire supposé n'est qu'un prétexte au changement de régime et à la destruction de l'Iran comme puissance régionale, vont-ils être obligés de faire ce qui avait été décrit dans le "Downing Street Memo" au sujet de la guerre en Irak comme "The intelligence and facts were being fixed around the policy". (Les faits et le renseignement étaient manipulés pour coller à la politique [de "regime change"].)

Le Blogo voulait donc éviter à ses lecteurs d'être à nouveau roulés dans la farine le cas échéant. Et bien la bonne nouvelle, puisque c'est le titre du post, c'est que cela n'arrivera pas. D'après Al-Hayat via Haaretz, Sarkozy est sûr de son coup:

According to the report, Sarkozy, who recently met with Lebanese Prime Minister Saad Hariri, reportedly told him that France has proof Iran is working to develop an atomic bomb.

Cette fois-ci donc, "no worries", les preuves existent. J'ai toute confiance dans mon gouvernement pour les sortir le moment venu et contraindre des iraniens honteux à démanteler leurs infrastructures nucléaires militaires illégales ou les détruire par la force s'ils s'y refusaient.

C'est un peu dur de nous faire lanterner et on aimerait bien savoir quelles sont ces preuves et ce que les iraniens vont bien pouvoir trouver à répondre. En même temps, le fait qu'on repousse l'exposition de ces preuves montre que l'on a pu évaluer avec une certitude absolue que ce programme militaire nucléaire n'était pas une menace à très court terme. Nous en connaissons donc non seulement l'existence mais également, de manière certaine, le degré d'avancement. Autant dire que ce programme nucléaire militaire n'a pas de secret pour nous. J'ai hâte de savoir! J'ai hâte de savoir!

Quel soulagement de penser que cette fois-ci, tout sera clair et que je n'aurais aucune réticence à ce qu'on bombarde l'Iran. En effet, le lecteur ne s'en rend peut-être pas compte mais il est un peu pénible d'être toujours le rabat-joie qui n'est jamais content. Cette fois-ci au moins, convaincu par les preuves françaises, je serai "totally on board". Je vais dormir sur mes deux oreilles.

(Pour le lecteur inattentif, il y a une pointe d'ironie dans les trois derniers paragraphes.)

Note: Ce post repose en grande partie sur la supposition que les propos prêtés par Al-Hayat a Sarkozy ont bien été tenus. J'ai cependant l'impression de l'avoir déjà entendu dire des choses approchantes peu avant la révélation par l'Iran de l'existence du site de Qom.
Note 2: Il y avait deux volets dans la propagande pro-guerre en Irak. La menace était grotesquement exagéré mais le coût et les risques de la guerre étaient grotesquement sous-estimés. De même pour l'Iran, il faut faire attention à ce qu'on nous raconte sur la menace mais également sur les conséquence d'une intervention. Si le programme nucléaire existe (je ne sais pas pourquoi je dis "si" après ce qu'a dit Sarkozy...), il est moins évident qu'on ne le dit que les bombardements soient une réponse efficace. Pareillement, les risques de réaction et de réverbérations régionales majeures sont complètement sous-estimés.

vendredi 22 janvier 2010

Ca ne s'invente pas...

J'évoquais récemment la manière dont le "free speech" était le principe constitutionnel utilisé pour justifier des lois de financement de campagne rendant possible le contrôle du système politique par Corporate America. Voici comment le Wall Street Journal évoque l'arrêt de la Cour Suprême qui a rendu encore plus facile l'arrosage du monde politique par les entreprises cette semaine:

Freedom has had its best week in many years. On Tuesday, Massachusetts put a Senate check on a reckless Congress, and yesterday the Supreme Court issued a landmark decision supporting free political speech by overturning some of Congress's more intrusive limits on election spending.

Freedom you can believe in!

L'occasion de renouer avec une autre tradition du blogo, la chanson des années 90:

Madoff, l'homme qui valait $65 milliards. A lui tout seul...

Mother jones demande pourquoi si peu de membres de l'entourage de Madoff sont en prison.

Bernie Madoff swore he'd acted alone when he pleaded guilty to his $65 billion Ponzi scheme. It was a preposterous claim, so why, more than a year later, isn't more of his inner circle behind bars? Neither the FBI nor the US Attorney's Office is talking. But for some of these Madoff enablers, the vacation on the investors' dime may not last forever.

Buffett y va franchement...

Les principaux dirigeants de banques responsables sur tous leurs biens en cas de faillite de l'institution qu'ils dirigent. Voilà une mesure qui changerait pas mal de choses dans le système bancaire. C'est une idée de Warren Buffett. Ca semble impossible à mettre en oeuvre mais ça donne une idée de l'air du temps.

Jan. 21 (Bloomberg) -- President Barack Obama’s proposal to regulate banks should include a requirement that chief executive officers and their spouses forfeit their assets when companies fail, billionaire Warren Buffett said on Fox Business Network.

“There ought to be a huge downside,” said Buffett, whose Berkshire Hathaway Inc. is the largest shareholder in Wells Fargo & Co. “Make it so that the CEO of an institution that fails, or goes to the government and needs help, really gets destroyed himself financially. Why should he come out any better than somebody that gets laid off as an auto worker at General Motors?”

Pendant ce temps là à la Federal Reserve...

Le second mandat de Bernanke doit être confirmé par le Congrès avant la fin du mois sinon il ne pourra plus assumer ses fonctions (interruption seulement temporaire s'il était confirmé in fine). La Volckerisation engagée ne va pas simplifier cette confirmation.

C'est tout le problème de la révolution de palais au sein de l'équipe économique qui s'est produite hier. La ligne Summers et la ligne Volcker peuvent-elles coexister durablement à la Maison Blanche alors qu'elles sont antagonistes? Pour l'instant, tout était clair: Volcker sucrait les fraises et Summers dirigeait les opérations (Summers avait d'ailleurs pris soin de marginaliser Volcker dès sa prise de fonction). Si les deux tendances ont le même statut, la cacophonie va menacer. Et qui sont les cadres possibles d'un éventuel changement de cap? Roubini? Krugman? Stiglitz?. Cela ferait sans doute plus tanker la bourse qu'une guerre thermo-nucléaire globale. (Volcker en ferait partie évidemment mais le Japon vient de s'essayer à un ministre des finances de 82 ans et l'expérience n'a pas tenu 3 mois).

Si Bernanke n'était pas reconfirmé, on voit bien comment le mouvement lancé par Obama l'entraînerait au-delà de ses intentions premières. L'équipe économique d'Obama est désormais en équilibre instable.

Ce qui se passe est étonnant: beaucoup de gens pensaient que des évènements économiques allaient remettre en branle la machine politique. En gros qu'une énorme crise monétaire allez contraindre les politiciens à prendre les choses en main. Finalement, cette impulsion d'Obama laisse entrevoir un changement de cap purement politique sur le mode "j'm'ai trompé".

Le blogo devrait se réjouir de cette possibilité. Le problème, c'est que depuis un an une réalité parallèle s'est créée. Un monde où la pesanteur économique a disparu grâce au laxisme monétaire. La bourse monte, la croissance est positive, un semblant de normalité est revenu ans le système. Si les politiques décident de mettre fin à cette réalité artificielle, ils risquent de porter le chapeau des évènements forcément douloureux qui s'en suivront. C'est le coût immense de l'année 2009: l'économie est probablement dans un meilleur état (marginalement beaucoup d'américains au chômage) que si on avait pris le taureau par les cornes et remis le système à plat mais nous sommes passés de l'autre côté du mirroir avec un système économique "Frankenstein" qui ne fonctionne que grâce à une création monétaire permanente et absolument massive.

La réaction initiale à la crise visait à préserver Wall Street et elle y a réussi*. Le coût était la désorganisation durable et profonde de l'économie mondiale qui a été projetée dans un monde parallèle digne d'Alice aux pays des merveilles. Ce mépris des règles économiques de base (l'échec est récompensé etc...) ne peut que conduire à une crise plus grave plus tard ce qui est le schéma suivi depuis l'éclatement de la bulle internet et le 11 septembre (améliorer à toute force le court terme en compromettant de plus en plus le futur).

En commençant à administrer le remède quelques temps avant que la maladie ne se manifeste, Obama court le risque de faire porter le chapeau de la maladie au médicament.

* Préserver Wall Street est une chose mais fallait-il préserver les bonus? Je me demande si symboliquement, cela n'était pas important "in a twisted way". Peut-on maintenir une monarchie en empêchant le roi de porter sa couronne? Les bonus irritent la population mais ils ont aussi l'intérêt de montrer "who's boss". La décision de préserver Wall Street était discutable mais une fois qu'elle était prise, préserver les bonus faisait sans doute parti du package. Ce sont les bonus qui permettent l'arrogance et l'arrogance qui est le dernier refuge de la power structure.
De plus, le système financier repose sur une loyauté totale de ses cadres envers lui. C'est une "super loyauté" qui est liée au "super reward" qui est promis en échange et qui fait qu'on vendrait père et mère pour le système. Enlevez le "super reward" et la "super loyauté" va disparaître. En lieu et place de cadres blackberrisés dévoués corps et âmes au système vous allez avoir des beatnicks qui vont se mettre à traîner les pieds, voire pire, à écrire des blogs pour le critiquer. Who would want that?

Friday Plane Blogging

Vent de travers. (cliquez pour agrandir)

Nouveau départ?

Il faut bien reconnaître qu'il n'a pas l'air content:Moralité: j'aurais dû écouter Hubris Kills qui avait attiré mon attention là-dessus en fin d'après-midi. Ce qui s'est passé est très important. Soit parce qu'un changement de politique va être initié, soit parce que cela va vite apparaître comme une posture sans contenu et qu'Obama y perdra beaucoup de plumes. Rentrons-nous dans la première année de la présidence Obama?

En plus de Volcker, c'est le grand retour d'Austan Goolsbee qui avait été écarté de l'équipe éco après l'élection. Matt Taibbi s'appuyait dans un article récent sur la mise au placard de ces deux individus pour illustrer la capture d'Obama par Wall Street. Obama lit-il Taibbi? C'est comme si ce dernier avait été entendu en tout cas.

Si ce n'est pas de la com, une nouvelle question se pose: peut-on prendre Wall Street "un peu" à parti? Y a-t-il un état intermédiaire entre la reprise en main musclée (qui n'est plus vraiment possible) et la servilité? Wall Street peut-elle faire un "chantage au Dow Jones" en envoyant les actions à la baisse si les contrariétés s'accumulent?

Un élément me fait douter de la sincérité d'Obama: il semble prendre ce virage suite à l'élection du Massachussets. Cela veut-il dire que si la démocrate avait gagné comme tout le monde l'attendait, il aurait laisser les banques tranquilles? Une élection intermédiaire comme celle-ci semble plus de nature à déclencher une opération de com qu'un revirement politique majeur (même si elle est assez traumatisante pour les démocrates). Il y a probablement une forte pression des sondeurs de l'équipe présidentielle pour qu'Obama fasse un peu saigner les banques. Je crois que Geithner et Summers vont être un bon indicateur du sérieux de ce virage. S'ils sont encore là dans 3 mois, c'était du bluff. S'ils sautent bientôt, cela voudra dire qu'il se passe quelque chose.

Wind of change?

Les lecteurs sont habitués à voir le blogo rejeter d'emblée toutes les possibles avancées d'Obama dans la bonne direction. Au bout d'un an, on prend des habitudes et peut-être même devient-on grognon. Alors sans tomber dans l'optimisme béat (!), il semble que cette "weasel" (fouine) de Geithner se distancie vraiment du plan Volcker. Si c'est le cas, ses jours sont probablement comptés et les choses vont vraiment bouger.

Est-il possible qu'Obama fasse marche arrière et prenne en fin les choses en main?

Voir ce post de "Salon.com". A prendre avec les précautions paranoïaques d'usage (est-ce une ruse pour valider le changement? Une opération de com? etc, etc...).

La question étant: cette annonce du "plan Volcker" était-elle prévue de longue date ou est-ce le résultat de la prise de conscience par Obama du fait que Summers et Geithner l'amenait droit dans le mur après les élections du Massachussets?

Il va donc falloir être vigilant dans les jours et les semaines qui viennent pour comprendre si Obama s'énerve "pour de vrai" ou bien s'il se résigne à son sort de "one termer" et continue à faire de la com. Stay tuned!

L'occasion en tout cas de rêver un peu et de renouer avec une tradition du blogo: la chanson "cheesy" des années 80:

jeudi 21 janvier 2010

Can one get tough "on second thought"?

(Peut-on être ferme en revenant sur ses positions?)

Peu après la débacle du Massachussets, Obama annonce enfin qu'il va prendre le mors aux dents et "se faire" ces méchants banquiers. Quelle crédibilité a-t-il après un an où il a laissé s'exprimer son inclination naturelle: la complaisance absolue? S'il avait annoncé qu'il virait en même temps Geithner et ou Summers, on pourrait essayer d'y croire.

Je crois qu'Obama a compris qu'il devait sauver les apparences. S'il joue le même jeu hypocrite qu'avec la réforme du système de santé où il faisait des déclarations d'intention mais travaillait en sous main à servir les special interests en contredisant ses déclaration, il aura définitivement gagné ses galons d'hypocrite en chef.

Voilà un sujet qui devrait beaucoup occuper le blogo dans les mois qui viennent. Quoi qu'il en soit, les "financials" ont fortement baissé suite à cette annonce mais dans la moyenne du marché. Il n'y pas eu de décrochage des financières. Nous verrons donc mais au bout d'un an, la charge de la preuve est clairement sur Obama et les déclarations d'intention ne valent pas grand chose. Même si elles ne sont pas suivies d'effet cela montre qu'Obama a compris que le piège s'était refermé sur lui: il est désormais associé au système failli qu'il défend. "One termer" (président qui ne fait qu'un mandat).

Note: Les broker-dealers de Wall Street ont quand même très fortement accusé le coup à la bourse aujourd'hui. Entre -4% et -6%. Il fallait quand même le noter. Nous verrons.

La Cour Suprême en rajoute une couche

La cour suprême vient d'ouvrir encore plus grand les vannes du financement de campagnes par les "special interests" dans un arrêt très attendu (voir la reproduction d'un post de Balloon Juice plus bas). A noter que beaucoup des jurisprudence encadrant les modes de financement de campagnes reposent sur le "free speech" garanti par le premier amendement. Bel exemple de perversion d'un principe démocratique.

SCOTUS Campaign Finance Ruling

The Supreme Court has opened the corporate money floodgates for the next election:

In a ruling that radically reshapes campaign-finance law, the Supreme Court has struck down a key provision of the McCain-Feingold measure that bars corporations and unions from pouring money into political ads.

mercredi 20 janvier 2010

Après son âme, Obama perd le Massachussets

Le Blogo argumente depuis l'élection qu'Obama aurait dû prendre de front la "power structure" car il n'a aucune chance d'être réélu en se contentant de servir de paravent à la faillite de celle-ci. Il aurait dû au contraire s'en dissocier et lui faire porter le chapeau (mérité) de la crise au lieu de s'y associer et de faire tout pour la préserver. Las. En bon mandarin, il a choisi de ne rien bousculer et de croiser les doigts pour que "ça passe". Ca ne passera pas. Il ne fera qu'un mandat et restera dans l'histoire comme un politicien "potiche": sexy, certes, mais effroyablement lâche, manquant d'expérience et sans aucune vision.

Il faut dire que le timing de la crise ne l'a pas aidé (ce qui met de l'eau au moulin de ceux qui pensent que la date de la faillite de Lehman était calculée pour graver dans le marbre les grandes lignes de la politique anti-crise avant l'arrivée du nouveau président). Perdu pour perdu, Obama aurait dû faire "what's right" en résolvant la crise politique qui frappe les Etats-Unis. Il aurait probablement perdu les élections et déchaîné la furie des "special interests" mais il aurait laissé une marque historique en éveillant les citoyens à la capture totale de la démocratie américaine par des intérêts qui ont très peu en commun avec ceux des citoyens. En entraînant la population dans un mouvement populiste contre des élites faillies, il aurait peut-être eu une chance, faible, d'obtenir un second mandat. Au lieu de cela, il s'est laissé balotter de lobby en lobby en ne tenant tête à absolument personne.

Avec sa ligne "Bush sans le stetson", il a démobilisé les démocrates. Et aujourd'hui, il perd le Massachussets. Cette perte du siège de sénateur de Ted Kennedy est un "defining moment" de la politique américaine: en désavouant Obama, les électeurs du Massachussets viennent de sonner le glas de l'innocence américaine et l'entrée dans une ère de turbulences. Tous les citoyens savent désormais que le système tel qu'il existe aujourd'hui ne leur proposera jamais de véritable alternative, de véritable choix politique. Le "change we can believe in" ne viendra jamais de ce pseudo-bipartisme à bout de souffle qui n'offre qu'un simulacre de démocratie. Tant que la crise politique sous-jacente à la crise économique ne sera pas réglée, les réponses apportées à cette dernière ne seront que des cautères sur une jambe de bois. En attendant, chaque jour qui passe, les Etats-Unis font la démonstration au monde que la corruption radicale qui les afflige les rend incapables (et franchement, indignes) d'assurer le leadership mondial qu'ils considèrent comme un droit acquis.

Note: Il est fait beaucoup de cas du fait que les démocrates perdent leur majorité de 60 sénateurs qui leur permettait supposément de faire échec à un "fillibuster" républicain (obstruction pure et simple rendue romantique par le film "Mr Smith au Sénat"). Cet évènement fait grand bruit et on enterre déjà la réforme du système de santé à cause de cela.

Si le système politique américain n'était pas irrémédiablement biaisé, cela ne devrait avoir aucun impact: Bush n'a-t-il pas toujours fait ce qu'il voulait sans jamais avoir une telle majorité? (comme le note Jon Stewart). Pourquoi dit-on que les démocrates perdent leur capacité de réforme? Why? Oh why?

Note sur la note: En pratique, la perte de capacité de réforme est réelle et elle s'explique. Les républicains sont désormais effectivement capables de faire de l'obstruction. Ce qui est difficile à comprendre, c'est pourquoi avec les mêmes règles, les républicains sous Bush ont pu déployer leurs mesures sans redouter des fillibusters démocrates (ce qui aurait conduit à l'impasse et logiquement à une modification de cette règle). C'est en fait la dissymétrie du système politique qui est mise en lumière ici. Les républicains peuvent agir librement car ils ont face à eux une pseudo opposition croupionne (spineless) et divisée qui ne montre jamais les dents. A l'inverse, les démocrates ne peuvent passer aucune législation car ils ont face à eux des républicains intransigeants et soudés. Pourquoi cette différence? A cause de l'argent qui inonde les deux partis et qui détermine les résultats de toutes les confrontations politiques. Et voilà pourquoi, en pratique, la démocratie américaine n'en est plus une.

Note sur la "note sur la note": La barrière des 60 sénateurs laissent penser que l'issue du débat dépend du résultat des élections. S'il y avait 65 démocrates, ces derniers auraient un boulevard et appliqueraient une politique démocrate. Right? Pas du tout. Les special interests monteraient un groupe de 7 ou 8 démocrates qui se déclareraient indépendants et qui feraient basculer le contenu des lois dans un sens favorable. C'est ce rôle qu'avait Joe Lieberman en faisant céder à lui tout seul (mais en fait avec l'appui de la maison blanche) l'ensemble des démocrates sur la "public option" et d'autres points de la loi sur le système de santé. Le système est complètement capturé. Si on baisse la limite du fillibuster à 51, les special interests auront tôt fait de débaucher 11 ou 12 démocrates pour que le rapport de force soit toujours le même. C'est pour ça qu'in fine, ces limites procédurales sont hautement symboliques. Pour savoir comment la politique américaine fonctionne, il ne faut pas s'intéresser aux procédures parlementaires et aux résultats des élections. Il faut regarder quels intérêts, implacablement, immanquablement, gagnent à la fin.

lundi 18 janvier 2010

Post-It

Greenwald dénonce l'hypocrisie des dirigeants américains, prompts à dénoncer le monitoring d'internet par la Chine alors que le track record de ces mêmes dirigeants sur le sujet est effroyable. Le livre de Greenwald ne s'appelle-t-il pas "The Great American Hypocrites"?

ABC is reporting that soldiers in Iraq and Afghanistan have been using rifle scopes that bear abbreviated references to Bible verses, including lines like "For God, who commanded the light to shine out of darkness, hath shined in our hearts, to give the light of the knowledge of the glory of God in the face of Jesus Christ."
Des extraits de la bible sont inscrits en minuscule sur des viseurs de fusils militaires américains. Tout va bien. (via TPM)

La croissance Q4 attendue entre 4% et 6% aux US. Il y a des explications techniques (stabilisation des stocks) mais ça commence à ressembler aux chiffres chinois. Wild guess: il n'y a pas du y avoir beaucoup de période dans l'histoire avec une croissance supérieure à 4% et des pertes d'emplois... (Note: c'est en fait arrivé en 81, croissance de 5,6% via Calculated Risk)

Steven Colbert. Marrant mais surtout au début pour la déclaration de Jamie Dimon, ce banquier sans remord qui dirige JP Morgan. "Ma fille m'a demandé ce que c'était que cette histoire de crise financière et je lui ai répondu, en essayant d'être drôle, oh ça arrive tous les 5 à 7 ans!"
The Colbert ReportMon - Thurs 11:30pm / 10:30c
The Word - Honor Bound
www.colbertnation.com
Colbert Report Full EpisodesPolitical HumorEconomy


Time Magazine, après avoir décerné à Bernanke le titre d'homme de l'année s'indigne des attaques contre Geithner. Et le Blogo reste sur sa ligne: le traitement des autorités monétaires US dans les médias ressemble à celui de Kim-Jong Il enCorée du Nord (Geithner est au Treasury mais vient de la FED de NY). Cette fois-ci, Geithner est comparé à Lassie (chien fidèle) à qui on reprocherait "d'avoir mis de la terre sur la moquette après qu'il ait sauvé un enfant". Sans rire. Quand la stupidité le dispute à l'obséquiosité... (via Naked Capitalism qui démonte la thèse).

Tout le monde parie sur le pays qui va faire défaut en premier et entraîner tous les autres dans l'ère de la crise monétaire. La mythique "phase 2" de la crise financière que le blogo vous promet depuis sa création. La Grèce? Le Japon? L'Angleterre? La Chine qui explose en vol? Les Etats-Unis? Un pays d'Europe continental? La roue tourne toujours. Elle s'est arrêtée un temps sur Dubaï mais c'était une fausse alerte. Mc Kinsey se demande si ce n'est pas le Royaume-Uni qui n'est pas sur le point de tourner à l'islandaise.

"State ending"

Le "narrative" occidental sur le chaos qui a existé en Irak après l'invasion américaine est en gros le suivant: la guerre civile entre factions fanatiques a entraîné la destruction du pays malgré la bonne volonté d'une puissance occupante bienveillante. Subtext: "si les arabes étaient un peu moins fanatiques, tout cela ne serait pas arrivé" => eau au moulin du "clash des civilisations indépassable" => justification des guerres américaines.

Beaucoup d'éléments sont cependant suspects. Et si le chaos irakien n'était pas une catatastrophe mais le plan? On a beaucoup glosé sur l'impréparation américaine avant l'invasion mais il est également possible que le chaos qui s'en est suivi ait été planifié par les forces occupantes. Si on prend l'Allemagne et le Japon par exemple, on voit bien que les américains savaient que maintenir en place l'administration était une condition du succès du processus de reconstruction. Pourquoi cette simple leçon a-t-elle été ignorée dans le cas de l'Irak? Pourquoi les cadres du régime Baath et l'armée dans son ensemble ont ils été passés par pertes et profits? Le pays n'a pas été seulement décapité comme il était normal, tout s'est passé comme si on avait voulu méticuleusement en casser tous les os un par un. Il aurait fallu détruire l'Irak comme puissance. Check.

Bon alors ceci n'est évidemment pas une démonstration et ne vaudrait pas plus qu'une "divagation blogoesque" si des gens semblent-ils compétents ne venaient de produire un livre qui soutient à peu près cette thèse d'après cette critique du Irish Times (extraits):

THIS BOOK argues convincingly that the post- war cultural cleansing of Iraq is intentional rather than random and haphazard, the result of chaos and anarchy.
...
The 13 authors of this work say the US set out to destroy Iraq’s national identity, reduce and marginalise the educated class and wipe the Iraqi slate clean in order to build from ground zero a weak state which would be dependent on the US. This experiment in “state ending” has left a black hole at the heart of the eastern Arab world.

(Le gras vient du blogo, je trouve l'expression "state ending" saisissante. C'est le cousin du plus "feel-good" et consensuel "state building" ou "nation building" des américains au grand coeur)

Note: je n'ai pas fait de "background-check" sur la maison d'édition ni sur les auteurs. Je m'en remets au Irish Times qui est selon Wikipédia le "paper of records" en Irlande.

vendredi 15 janvier 2010

jeudi 14 janvier 2010

Les menteurs qui créent le consensus

David Reilly, de Bloomberg, trouve qu'on a trop cherché de noises à Goldman Sachs lors de la journée inaugurale de la commission d'enquête sur la crise financière. Il essaye sournoisement de diffuser des mensonges par la bande en faisant mine de ne pas y toucher. What a weasel! (Quelle fouine!)

Similarly, the commission needed to spend less time grappling with Blankfein over whether Goldman would have survived without government assistance. That’s an unanswerable question that does little more than let Dimon chuckle over how easy a ride he gets compared with Blankfein.
(Il dit qu'on ne pourra jamais répondre à la question de savoir si GS aurait survécu sans assistance de l'Etat.)

Quel mensonge absolument éhonté. Il est complètement certain que tous les établissements financiers de Wall Street auraient mis la clé sous la porte si la FED/US Gov n'étaient pas intervenus. C'est évident. Rien qu'AIG en donne une bonne idée mais la vraie solution au problème se trouve dans les interventions de la FED sur le marché des obligations pourries (mortgage bien sûr avec $1,3 trillion mais aussi treasuries qui ne sont à près tout que des junk bonds). Le TARP, encore une fois, n'est que l'arbre qui cache la forêt en matière d'assistance aux établissements financiers américains et il faut bien le dire, mondiaux (maintenir pour un temps l'ordre impérial US était à ce prix). Quand la FED porte sur ses épaules le marché des MBS, elle sauve tous les établissements financiers de la planète (et quelques hedge funds au passage). Sans parler évidemment de toutes les garanties qui ont été apportées à un moment où à un autre et qui ont pu atteindre selon le décompte de Neil Barofsky ("contrôleur" du TARP) $23 trillions (la moitié environ selon les décomptes de The Big Picture).

Ce genre d'inanité est absolument inqualifiable. On peut répondre à cette question sans aucune incertitude. Summers et Geithner, l'ont d'ailleurs fait ponctuellement pour faire croire à un semblant d'indépendance. David Reilly. Weasel.

Jon Stewart sur les bonus

The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Clusterf#@k to the Poor House - Wall Street Bonuses
www.thedailyshow.com
Daily Show
Full Episodes
Political HumorHealth Care Crisis

Etrange équilibre, en effet

Qui n'est que le calme avant la tempête according to your favorite blog: El Blogo!

Glenn Greenwald:

Indeed, given the extraordinary disparity between the government-enabled Wall Street bonanzas and the government-caused financial suffering for most everyone else, it really is somewhat mystifying that there's not only so little populist rage, but no outright disruptive protests.

La télé explique-t-elle a elle seule cet abrutissement? Sommes-nous rentrés dans l'ère de l'apathie radicale? Des citoyens sous Prozac ou devant les MSM incapables ne serait-ce que d'envisager une mobilisation? Stay tuned.

lundi 11 janvier 2010

Notre monde cartoonesque

Ce sont encore les cartoons qui rendent le mieux compte de notre monde devenu cartoonesque.(via TBP)

Bill Moyers sur la crise

Une heure d'émission (en deux parties) de Moyers sur PBS qui n'apprendra pas grand chose de nouveau au lecteur assidu du blogo mais qui témoigne de ce qui se fait de plus radical dans le mainstream media (MSM) US au sujet de la crise. A noter que si c'est bien "MSM", ça n'est pas "corporate media" (networks + Cable News). De toute façon, Moyers arrête son émission (il part a priori en retraite). C'est de très loin l'émission que j'ai le plus "linkée" sur le blogo.

David Corn et Kevin Drum, de Mother Jones, sont interviewés au sujet de la crise financière.