mardi 30 décembre 2008
Krugman et le "T word"
Krugman est pour ouvrir les vannes de la dépense publique (à ce stade, ça veut dire casser le robinet). Il flatte Larry Summers en disant qu'il est d'accord avec son évaluation: "les risques de faire trop sont moins importants que les risques de ne pas faire assez"*.
Krugman n'a pas peur. Il croit au crédit illimité des Etats-Unis. Fort de l'idéalisation du New Deal et du rejet quasi unanime de la discipline fiscale de Hoover, il ne fait aucun doute pour lui que la solution à la crise passe par la dépense publique. Tant qu'à faire dans le "revival" à l'identique, j'entends déjà ceux qui vont dire dans quelques années: il faut faire une troisième guerre mondiale, c'est ça qui nous avait sorti de l'ornière la dernière fois. Car au final, ce en quoi Krugman croit, c'est l'amérique éternelle, qui pourra toujours emprunter, toujours dépenser face à un monde toujours prêt à lui prêter quels que soient l'augmentation de ses risques. Un monde tellement avide d'ordre américain, tellement incapable de se penser en dehors de ce leadership qu'il apportera toujours, comme le serf au seigneur, sa taille à l'empire.
Ou pas.
* : Il est un peu triste au passage de voir Krugman (économiste critique) flatter une des chevilles ouvrières du désastre actuel (Larry Summers) avec probablement en tête l'idée de se ménager un futur possible dans l'administration Obama. Ca montre bien qu'en dépit de la crise et de l'élection d'Obama, la structure de pouvoir reste complètement inchangée et qu'avoir été critique des errements passés comme Krugman ne dispense pas "d'embrasser les bagues" des dérégulateurs compulsifs des deux dernières décennies si on veut arriver quelque part. Le phénomène est similaire en matière de politique étrangère: s'être opposé à la guerre devrait être un facteur d'ascension rapide dans les cercles de politique étrangère Washingtoniens. Pas du tout. L''establishment a été tellement uniformément pro-guerre qu'il continue à considérer les gens qui s'y sont opposés comme des outsiders farfelus (cf Clinton aux affaires étrangères). Une fois encore, "Il vaut mieux avoir tort avec tout le monde que raison tout seul". La conséquence naturelle de l'inamovibilé d'élites faillies par le processus démocratique devrait être une situation pré-insurectionnelle. Le sourire d'Obama suffira-t-il à empécher ce genre de développement? Il a clairement donné aux élites américaines "a new lease on life", mais vu la violence des évènements qui se préparent, cela risque d'être de courte durée.
lundi 29 décembre 2008
Gaza burning
Les sites de gauche qui ont pignon sur rue continuent cependant à être extrêmement prudents (Atrios, TPM ou Daily Kos).
Ce changement dans le discours d'une partie de la blogosphère est un produit de l'élection d'Obama. Rien ne laisse cependant penser qu'Obama et ses supporters vont se départir de la ligne "Israel is always right" (Israël a toujours raison) qui a marqué les présidences Clinton et Bush 2. Pour l'instant. Cela pourrait changer si ces premières critiques ouvraient la voie à un véritable mouvement de contestation de la politique israélienne aux Etats-Unis.
samedi 27 décembre 2008
La course contre la montre de Julien D.
Et non, la présomption d'innocence n'a rien à voir avec ce sujet: c'est un principe juridique qui fait qu'il n'est pas en prison au jour d'aujourd'hui. Invoquer la présomption d'innocence dans un débat médiatique est une ineptie. Elle ne vaut que dans le cadre de la procédure judiciaire. On n'invoque pas la présomption d'innocence pour quelqu'un pris la main dans le sac. C'est exactement ce qui vient d'arriver à Dray. Honte à ceux qui émettent le moindre signe de soutien à son égard. Honte à ceux qui connaissent son niveau de corruption depuis des années et qui le tolèrent (ça fait sans doute beaucoup de monde).
vendredi 26 décembre 2008
dimanche 21 décembre 2008
Petite réflexion sur Madoff
Pour signaler que s'il est difficile de gagner de l'argent, il est presque également (si on ne tient pas compte des frais de transaction) difficile d'en perdre. Ainsi, pour "perdre" $50 milliards, il faut manquer de chance de manière répétée tellement de fois que l'évènement devient extrêmement improbable.
Evidemment, l'arnaque Madoff reposait sur le principe de garantir 13% par an (ou dans ces eaux là) à l'investisseur ce qui crée d'emblée une érosion forte du capital disponible par rapport au capital déclaré (s'il ne rapporte rien voir perd en réalité). Et il n'est pas surprenant qu'une crise comme celle que nous traversons ait révélée l'arnaque. Il n'en reste pas moins qu'une des tâches primordiales des enquêteurs va être de déterminer si l'argent a été "perdu de bonne foi" ou s'il a été détourné. Plus exactement, ils devront déterminer quelle part a été détournée (autrement que pour le financement du style de vie de Madoff ou ses bonnes oeuvres - il en avait) et quelle part a été perdu de bonne foi.
vendredi 19 décembre 2008
Krugman est d'accord avec El Blogo
Atrios se lâche...
"Villagers" fait référence au gens qui vivent à Washington DC, "inside the Beltway".
Liars
They lied. Hundreds of thousands of people died. Then they lied about lying.
How they live with themselves I do not know. How the Villagers get more upset about, say, John Edwards' big house than this stuff I do not know.
Que faire?
Aujourd'hui encore, un article du NYT sur les bonus de Merrill Lynch. 7 milliards de dollars en 2007. Merrill a perdu trois fois ce montant depuis (et sans doute beaucoup plus puisque je vous rappelle qu'ils ont été rachetés par Bank of America et aussi qu'on ne sait rien sur les interventions de Benny (Bernanke) et l'impact qu'elles ont et qu'elles ont eu sur la santé des banques).
Que faire si vous êtes citoyen américain? Si vous avez été trahi aussi complètement par vos dirigeants qui en rajoutent une louche en vous endettant pour deux générations pour sauver leur pouvoir?
Note: Merrill Lynch a disparu. C'est évidemment pour ça que cet article se concentre sur eux. Moins de risque de poursuites, pas de réprimande d'actionnaires en colère, les langues des employés se délient... La presse mainstream, avec le courage et l'indépendance qui la caractérise, s'attaque à l'animal blessé du troupeau. Pardon, à l'animal mort. Vivement que ces "héros" de l'information disparaissent.
Le NYT veut (un peu...) un procureur spécial pour la torture
Courageux pour les éditorialistes du NYT de réclamer que les crimes auxquels ils n'ont pas participé (la torture) soient poursuivis. Le crime initial est la guerre et ils en ont été complices. Ces "liberals" n'ont pas réalisé que la guerre pouvait mal tourner? Que des gens prêts à mentir éhontément pour l'obtenir n'avait sans doute pas un compas moral très fiable?
Vu l'influence qu'a encore ce journal, c'est une avancée majeure pour tous ceux qui souhaitent que ces crimes soient sanctionnés (même si le NYT ajoute qu'Obama ne le fera sans doute pas et semble déjà l'exonérer préemptivement de ce manque de courage politique qui n'est qu'un aveu de la puissance du courant pro-guerre, complètement décorrélée de la volonté populaire). On espère juste que le NYT va être doublé sur sa gauche (il y a beaucoup d'espace) et que son comité de rédaction et sa journaliste star, Judith Miller, se retrouveront un jour dans le box des accusés (elle a déjà fait trois mois de prison mais ça n'est évidemment pas assez).
Il y a clairement un effet Obama et cette prise de position du NYT en témoigne. Essaiera-t-il de le dompter ou de le chevaucher? C'est toute la question. A ce stade, il semble essayer de le dompter mais au fur et à mesure que les verrous de l'ère Bush tomberont, va-t-il entrevoir une opportunité politique et s'y engouffrer? Est-ce son plan depuis le début? Attendre que les racines de son pouvoir s'enfoncent un peu dans le sol grâce à son cabinet de hiérarques centristes avant de mettre en avant un agenda plus radical? Ce serait génial mais il faut bien reconnaître que ça sonne comme un rève de "liberal blogger".
mercredi 17 décembre 2008
L'amnésie sélective, refuge de la classe dirigeante américaine
Extrait de l'article: "He (Sarkozy) put France back on the map" (Sarkozy a remis la France sur la carte). Sous-entendu: elle n'y était plus depuis que Chirac avait défié la puissance américaine.
Pas étonnant que ce journaliste fasse semblant d'ignorer que c'est en réalité Chirac en 2003 qui a mis la France "back on the map" comme nouveau porte-drapeau des idéaux démocratiques et du droit international face à une amérique dénaturée par l'opportunisme de dirigeants sans scrupule suite au 11 septembre. Sarko n'aura sans doute pas l'occasion de le faire de manière aussi spectaculaire (espérons-le en tout cas). Ca fait parti des synapses qui n'arrivent pas à se connecter dans le cerveau des commentateurs US: la population a changé d'avis sur la guerre mais la propagande continue à prêter à la résistance française de 2003 des motivations suspectes (lien entre Chirac et Saddam etc...). Donner raison a posteriori aux français leur est complètement insupportable
La raison pour laquelle la France continue à être "short changed" (maltraitée) est que la position française d'alors représente un angle mort de leur réflexion collective sur la guerre. L'histoire officielle raconte encore que le gouvernement américain s'est trompé de bonne foi. Leur phrase préférée est de dire "every nation, every intelligence in the world thought Saddam Hussein had WMDs". Dès lors, les français apparaîssent dans toute leur duplicité: ces salauds de froggies étaient persuadés que l'Irak avait des WMDs mais ils n'ont pas voulu y aller quand même! Le caractère rationnel de l'invasion est toujours défendu. L'histoire officielle est que la CIA a induit le gouvernement en erreur. Sans rire. La pertinence et la bonne foi de l'opposition française (pourtant spectaculairement soulignées par l'absence d'armes de destruction massive en Irak d'une part et par les massacres contre lesquels la France avait mis en garde d'autre part) est niée.
Que des éléments disséminés au sein de l'administration avec des relais puissants dans les médias aient participé à une opération de propagande sans précédent (que j'ai vécu sur place) pour faire croire à la menace irakienne est complètement passé sous silence. Les politiques et les journalistes américains évitent le sujet car l'affronter les conduirait directement en prison, ou pire.
Voilà la question que je poserais à tous ceux qui ont défendu ou qui défendent encore l'intervention, ou certains de ces aspects: "Vous défendez l'intervention mais cette intervention n'a été possible que par un mensonge d'Etat. Défendez-vous le mensonge d'Etat qui l'a rendue possible?"Le problème alors est qu'une réponse affirmative est incompatible avec les exigences d'un régime démocratique. Notons au passage que l'instauration de la "démocratie" en Irak est présentée comme l'objectif de la guerre... Une tartufferie (parmi tant d'autres) des soutiens de cette guerre qui, au plus haut niveau, ont démontré par leurs mensonges qu'ils étaient des opposants aux principes de base de la démocratie. Ils ne défendent pas la démocratie comme un système politique mais comme un buzzword désignant en réalité un régime favorable aux intérêts américains (en témoigne le peu d'insistance américaine pour que des pays comme l'Egypte, l'Arabie Saoudite ou la Jordanie deviennent démocratiques - ils ne gènent pas).
Madoff, de l'eau au moulin d'El Blogo
Les problèmes auxquels font face l'économie mondiale sont la conséquence d'une mécanique inexorable et relativement simple qui a fait du gouvernement américain un outil d'enrichissement à la disposition des plus offrants. La perversion de ce système et qu'il est le plus souvent légal et toléré culturellement (pour l'instant). Les dominants, comme d'habitude, ont donné à leur système de domination l'apparence de la normalité, ils l'ont légitimé dans le discours et lui ont conféré un caractère d'inévitabilité. Sans surprise, la politique menée l'a été dans le mépris total de l'intérêt général.
L'affaire Madoff nous donne aujourd'hui un petit aperçu sur la manière dont on achète de l'influence politique et de la respectabilité en Amérique:
But lobbying is just a piece of Madoff's influence in Washington. His family has contributed nearly $400,000 to political committees.
Voir également ça.
On a parlé de la crise du subprime, puis de la crise immobilière, puis de la crise économique. La réalité est que les Etats-Unis traversent une crise po-li-ti-que. La seule solution durable est la réforme des lois de financement de campagne à tous les échelons de la politique américaine (comme l'avait proposé trop tôt John Edwards lors des primaires démocrates (voir vers la fin du post où il est question d'Edwards)). Tant que cela ne sera pas fait, des systèmes de régulation pervertis produiront les résultats désastreux que nous observons en ce moment.
Tant qu'à faire...
mardi 16 décembre 2008
En attendant la FED
C'est en fait la manière américaine de faire discrètement défaut sur leur dette: nous remboursons toujours mais notre monnaie ne vaut plus rien.
La "démocratie" irakienne
Muntadar al-Zaidi has suffered a broken hand, broken ribs and internal bleeding, as well as an eye injury, his older brother, Dargham, told the BBC.
(Selon son frère, Muntadar al-Zaidi a eu une main cassée, des côtes cassées et une hémorragie interne ainsi qu'une blessure à l'oeil en détention.)
L'abjection Bushiste continue son petit bonhomme de chemin.
Encore Greenwald
Greenwald nous rappelle cependant fort à propos qu'après le scandale d'Abu Ghraib, on a jugé et condamné des personnages répugants (ici, ici et ici), certes, mais qui se sont avérés avoir agi sur ordres. Pour tenter d'apaiser une opinion publique outragée, les dirigeants qui avaient commandité les tortures ont donc encouragé les poursuites contre les fidèles soldats qui avaient exécuté leurs ordres.
S'il s'agissait alors de crimes, on se demande bien pourquoi on en exonère aujourd'hui les vrais coupables désormais identifiés. La réponse est peut-être à trouver dans le titre d'un des bouquins de Greenwald: "Great American Hypocrites".
The bipartisan Senate Armed Services Committee report issued on Thursday -- which documents that "former Defense Secretary Donald Rumsfeld and other senior U.S. officials share much of the blame for detainee abuse at Abu Ghraib prison in Iraq, and Guantanamo Bay, Cuba" and "that Rumsfeld's actions were 'a direct cause of detainee abuse' at Guantanamo and 'influenced and contributed to the use of abusive techniques ... in Afghanistan and Iraq'" -- raises an obvious and glaring question: how can it possibly be justified that the low-level Army personnel carrying out these policies at Abu Ghraib have been charged, convicted and imprisoned, while the high-level political officials and lawyers who directed and authorized these same policies remain free of any risk of prosecution?
Note: je conseille à ceux qui parlent anglais la lecture en entier du post dont cet extrait est tiré. Ca confirme mon précept selon lequel l'opposition viscérale à l'Amérique de George Bush n'est pas affaire de conviction mais d'éducation (âmes sensibles s'abstenir sur ces deux derniers liens).
lundi 15 décembre 2008
Premiers éléments sur le shoe-terrorist
Juan a donc des révélations sur le terroriste aux chaussures qui s'en est pris à Bush. Il aurait été victime de raids aériens américains. L'occasion en tout cas de nous rappeler que la plupart de nos perceptions sur l'Irak (ou leur absence) sont très fortement influencées par la propagande américaine et que si les américains arrivent finalement à imposer temporairement un nouvel ordre colonial desespérément anachronique, cela aura été au prix de centaines de milliers de morts et de millions de déplacés. Combien de Guernicas pour cette ratonnade new age?
* ça me fait toujours rire quand les médias US qualifient avec mépris la presse russe ou d'autres pays de "state controlled", se souviennent-ils du premier trimestre de 2003 et de toute la couverture médiatique sur l'Irak depuis??? Peuvent-ils expliquer pourquoi on prête à des gens insolvables aux US depuis 10 ans et que la presse se tait??? Despicable...
Extrait du blog de Juan Cole:
Shoe-Thrower had been Traumatized by US Aerial Bombings
Iraqi journalist Muntazir al-Zaidi, who threw the shoes at Bush in Baghdad, shouted "Killer of Iraqis, killer of children." while security guards piled on him.
McClatchy reports that he had covered the US bombing of Sadr City last spring, in support of PM Nuri al-Maliki's incursion into this stronghold of the Sadr Movement and its Mahdi Army, and is said to have been emotionally affected by the sight of that destruction.
Courtesy of Newsweek

