mardi 10 février 2009

Vous vous étiez fait larguer pour un investment banker?

Ou pour un hedge fund manager? Ou pour tout autre "finance type"? (en anglais dans le texte) Si vous êtes du genre à tout pardonner, il est peut-être temps de vous rappeler au bon souvenir de votre "love interest" (à en croire cet article).

Dans le genre, la crise a révélé le concept de "toxic wife", celle qui vous laisse tomber peu de temps après votre employeur ou quand le bonus déçoit. Ou encore qui tente de se séparer rapidement pour profiter d'une date d'évaluation du capital et des revenus antérieure à la crise. Cela paraît un peu énorme mais si ce sont les déclarations fiscales qui permettent de calculer les pensions par exemple, cela peut fonctionner (Mesdames, the clock is ticking...). Voir ici sur la crise et les divorces.

Vous avez aussi "Dating A Banker Anonymous" qui a défrayé la chronique récemment où des "Gold Diggers" (chercheuses d'or) façon "Intolérable Cruauté" racontent leurs expériences.

Evidemment, à la grande époque, il y avait aussi le site traderdater.com "The world's first industry-specific online dating site, Trader Dater was built exclusively for women interested in meeting professional traders." Le site semble avoir disparu depuis.

Il n'y a pas que des victimes de la crise dans le monde réel ceci dit. On pourrait se demander par exemple ce que devient Mr Big, l'homme idéal de Carrie Bradshaw dans "Sex and the City". Son profil wikipédia dit "Entrepreneur, Financier"...

Note: Pour illustrer ce thème, la photo de Marcus Shencker (et d'une blonde), pilote privé qui a essayé de faire croire à sa mort en sautant en parachute de son avion. Il avait fait une "mini Madoff" de $50 mln et pensait s'en tirer en disparaissant. A noter qu'il dort en prison contrairement à Bernie. La photo est furieusement kitsch, symbole d'une époque en train de se terminer (il y a quand même eu $18 milliards de bonus distribués cette saison).

lundi 9 février 2009

Ca fait peur...


W. (un lecteur, pas l'autre abruti) m'envoie une version plus complète du graphe:

Getting a grip on power

Je m'étais réjoui du fait que Paul Volcker rejoigne l'équipe Obama (par rapport à Geithner et Summers). Il semble que les autres enfants ne veulent pas jouer avec lui dans le bac à sable.

Cela pose le problème de l'agitation et de la confusion qui règne dans les nominations des membres de l'administration. Ma thèse est que le système politique américain a pris l'habitude de fonctionner sans président depuis le scandale Lewinsky. Cela rend la tâche d'Obama difficile dans la mesure où en plus de la transition, il doit réaliser une restauration de la fonction présidentielle (à distinguer de la présidence qui, elle, a toujours fonctionné, notamment grâce à Dick Cheney).

Obama n'est pas encore cornerisé mais il faudrait que les choses s'améliorent rapidement. Les nominations sont cruciales pour qu'il affirme son pouvoir. C'est à la fois sont premier acte et la précondition de tous les autres. Laisser des gens comme Summers diminuer les autres collaborateurs fraîchement nommés sont des signes de faiblesse pour Obama. Il pourrait virer Summers pour l'exemple mais il est déjà sur la défensive sur le plan des nominations. J'ai entendu un commentateur dire qu'Obama était loué, admiré et respecté mais qu'il manquait encore un aspect à l'affirmation de son pouvoir: il n'était pas craint.

Le débat sur le stimulus et l'insistance surprenante (pas pour les lecteurs du blogo) d'Obama pour en faire un effort bipartisan qui n'a mené à rien ont affaibli (un peu) le nouveau président. Il faut dire qu'il n'est pas aidé par les médias. Les républicains ont été surreprésentés sur les ondes pendant la présidence Bush et cela était parfois expliqué par le fait qu'ils étaient au pouvoir (pas depuis 2006 au congrès mais bon). Alors il est surprenant qu'on continue à voir des chiffres comme ceux figurant sur le graphe plus bas. Beaucoup de blogueurs s'en indignent. Les médias, stigmatisés sous l'ère Reagan comme "The Liberal Media" (médias de gauche), sont devenus en 30 ans une force tirant le débat politique américain avec vigueur vers la droite.

L'hyperinflation au coin de la rue?

L'hyperinflation n'est pas un résultat voulu de la politique monétaire. J'imagine donc que le scénario est le suivant: la banque centrale perd le contrôle de la masse monétaire après un certain nombre d'actions qu'elle a prises dans l'urgence et sous la contrainte en pensant "ne pas avoir le choix". Cela vous rappelle-t-il quelque chose?

L'entrée wikipédia sur l'hyperinflation cite cinq artifices classiquement utilisé par les Etats pour maquiller l'inflation:
  • Outright lying in official statistics such as money supply, inflation or reserves.
  • Suppression of publication of money supply statistics, or inflation indices.
  • Price and wage controls.
  • Forced savings schemes, designed to suck up excess liquidity. These savings schemes may be described as pensions schemes, emergency funds, war funds, or something similar.
  • Adjusting the components of the Consumer price index, to remove those items whose prices are rising the fastest.
Les USA ont eu recours en douce en avril 2006 au point numéro 2 dans l'indifférence générale (fin de la publication de l'agrégat monétaire M3 complètement scandaleuse). Je crois que le point 5 est également employé par à peu près tout le monde. Pour ce qui est du point 1, je vois mal la BCE (héritière en principe de la Bundesbank même si on finit par douter) le faire. En revanche, vu que la FED n'hésite pas sur le point 2, on peut légitimement se poser des questions sur le point 1 (surtout dans les circonstances exceptionnelles qui semblent donner aux autorités monétaires le sentiment que "tout est permis").

Enfin, dans ce pot-pourri sur l'inflation, une déclaration récente de Roubini sur l'inflation: “Inflation is the path of least resistance for politicians, but it is dangerous.” Indeed.

Numéricable

Je n'ai plus de connection internet depuis dimanche matin. Numéricable m'a donné un rdv pour mercredi... Je me dis de plus en plus que pour "avoir l'internet", il faut deux providers chez soi.

dimanche 8 février 2009

Pas de propagande aux Etats-Unis, c'est la loi

Il est interdit aux militaires américains de faire de la propagande à destination domestique. Bush a évidemment brouillé les lignes alors que le budget "communication" du Pentagon augmentait de 63% en 5 ans ($5,7 milliards en 2009, cela inclut les efforts de recrutement). Cet article est intéressant pour voir l'étendue des programmes de "Psychological Operations" dirigé en théorie uniquement vers l'étranger. On rappellera pour mémoire la création par Rumsfeld de l'Office of Strategic Influence qui a été remplacée depuis et aussi cet article sur John Rendon, l'homme qui avait dès 1991 mis au point le mensonge selon lequel des soldats irakiens avaient débranché des incubateurs dans les maternités koweïtiennes. Inutile de dire qu'il a eu l'occasion de se surpasser depuis en travaillant sous contrat pour le gouvernement.

Et ne pensez pas que le fait que le monde se soit opposé à la guerre en Irak montre que cela ne sert à rien. Le fait que l'opposition soit bien moindre que l'opposition à la guerre du Vietnam peut être considéré comme un succès. Combien d'Abu Ghraib ont-ils été étouffés? Parle-t-on souvent des victimes civiles de la campagne américaine (morts/blessés/déplacés)? Combien de fois nos médias ont-ils docilement répété que le "Numéro 2 d'Al Qaeda©" avait été éliminé comme si l'organigramme en était publié trimestriellement? Combien de fois nous a-t-on présenté les violences en Irak comme le produit de conflits interethniques (renforçant en cela les préjugés que les américains pouvaient avoir sur "les musulmans": terror = muslims) en occultant totalement la problématique occupation/résistance qui doit quand même avoir été à l'oeuvre de temps en temps? D'ailleurs je ne me souviens pas avoir souvent vu des médias occidentaux parler de "résistance irakienne" et je suis certain que cela aurait très fortement déplu aux responsables des psyops du Department of Defense qui mènent une guerre de tranchées sur les terminologies utilisées par les médias. Par exemple, en faisant accepter par tout le monde le branding "Al Qaeda in Irak©" alors que cette organisation semble avoir été essentiellement un épouvantail. Mais associé l'Irak et Al Qaeda de cette manière, quelle victoire pour le Pentagon de Bush!

On peut aussi évoquer "Liquids on Plane©" ou "Anthrax Scare©" mais il m'est bien sûr impossible ici d'être exhaustif, il faudrait plusieurs volumes. Dans le même ordre d'idée, on peut se demander dans quelle mesure supprimer Ben Laden n'aurait pas été se tirer dans le pied pour Bush: à quoi bon se débarrasser d'une marque aussi puissante? Comment mobiliser les ressources du pays pour la GWOT© (Global War On Terror) une fois cette figure emblématique supprimée? Voilà une explication bien plus rationnelle à la survie de celui-ci (pendant 8 ans!) que la simple incompétence de la première armée du monde.

samedi 7 février 2009

Friday Plane Blogging

Alors vous allez me dire que c'est Saturday et vous aurez raison. Un oubli de ma part. Le premier en 4 mois de blogo. C'est Hubris Kills, en lecteur attentif, qui m'a rappelé à mes obligations. Je mets donc deux photos pour essayer de rattraper le coup et je vous rappelle que vous pouvez agrandir les photos en cliquant dessus.

vendredi 6 février 2009

Vous avez aimé le subprime?

Vous adorerez le CRE (Commercial Real Estate - immobilier commercial). Il s'agit de produits financiers conçus sur le même principe que le subprime mais qui ont résisté plus longtemps (leurs difficultés étant une conséquence des difficultés du consommateur).

A l'été 2007 (juillet), les agences de notation ont baissé les notes des produits subprime et ça a marqué le début de la crise financière. De même , Moody's annonce la revue des notes sur $300 milliards de dettes dans le CRE. Ce sont des revues similaires qui avaient marqué le début de la crise en juillet 2007. Il semble que cette fois-ci, les marchés aient pris les devants (les spread sont déjà élevés). Néanmoins, pour tous ceux qui espéraient un rebond au deuxième semestre, c'est rapé. Il faut reconnaître qu'ils n'étaient plus nombreux.

Sarko Obama

D'après le canard, il semble que Sarko n'ait pas réussi à obtenir une visite d'Obama avant le G20 d'avril malgré des efforts importants. Aussi, je reproduis (presque intégralement) ici une brève de la page 2 du canard:

L'Elysée broie du noir
La conversation téléphonique que Sarkozy a eue - enfin- avec Barack Obama, le 21 janvier, ne lui a pas remonté le moral. Il a trouvé le président américain encore plus pessimiste qu'il ne le pensait sur l'Etat de l'économie mondiale. Sarko, d'une "humeur de dogue", paraît-il, en a reparlé cette semaine devant son staff:
"Le pire est à venir aux USA! Il va y avoir en core des dégâts considérables dans les banques. Et les assurances vont suivre. En France aussi, ça va merder sur tous les fronts. Au mieux, le pouvoir d'achat va stagner. Et s'il y a moins de 400,000 chômeurs supplémentaires en 2009, il faudra s'estimer heureux. Ca va être violent. On ne sait ni quand ni comment cela va se terminer."

mercredi 4 février 2009

Le Connecticut, cas d'école

Extrait d'un article de 2004 sur l'argent dans le monde politique de l'Etat du Connecticut.

"With all the money flowing through government, the politicians are easy prey," says Michael Sklaire, the former U.S. attorney who last year helped convict former Bridgeport mayor Joseph Ganim on racketeering charges. "The people around an elected official can make millions of dollars and have it be perfectly legal. And then you've got a guy like Ganim, who liked the good life-the fancy wines and fancy shirts, the expensive trips. You can't afford that on a mayor's salary." So the stage is set for the drama to begin.

Government at the state and city level is saturated with money, promises, dangled freebies and an opportunistic cast of characters-lobbyists, contractors, consultants-who haunt the Capitol and city halls as elected officials cycle through office. The fat cats soften up candidates with campaign donations and then systematically work to extract favors and paybacks in return.

Alors bien sûr, ça n'est pas une démonstration. Il s'agit d'un seul Etat. Il s'agit d'un seul article. De plus en France, nous avons eu Roland Dumas président du conseil constitutionnel (beautiful!), le Crédit Lyonnais etc... On a pu voir à l'occasion de l'Angolagate que beaucoup d'argent circulait dans toutes sortes de milieux. Nous avons nos André Santini, nos Julien Dray. Notre président affiche son goût pour le luxe d'une manière que beaucoup préfèrerait plus "profil bas". On décrit parfois comme ses meilleurs amis des gens comme Bouygues, Bolloré ou Arnault ce qui ne peut que déranger quand on voit comment Pierre Bergé "aidait" Julien Dray (à trouver son chemin dans la boutique Vuitton?). Je pourrais aussi évoquer nos marchés de distribution d'eau etc...

La raison pour laquelle je pense que tout cela est plus grave aux Etats-Unis est que l'argent (qui "corrompt jusqu'à la conscience des hommes" dixit F. Mitterrand of Crédit Lyonnais fame!) y est culturellement plus important (prédominant) et qu'une part importante des activités de lobbying y sont légales (si tout le monde autour des politiques est rémunéré très grassement comme le dit l'extrait plus haut, il est plus difficile de créer des limites). Enfin, la corruption se mesure aussi par ses résultats et le succès de la guerre menée par les riches contre le reste de la population aux USA (dixit Warren Buffet) montre que la corruption fausse efficacement le processus démocratique (les riches restent par définition en infériorité numérique!).

Retour vers le futur

1981 (via Daily Kos):

The truth

Subitement, au détour d'un click, la vérité (extrait du wapo via Daily Kos):

But fixing the budget would require a kind of joint political suicide, with Democrats agreeing to trim costly social programs and Republicans acquiescing to a major tax hike. That kind of bargain has eluded previous administrations and seems highly unlikely now, even for a hugely popular new president.
S'attaquer aux problèmes budgétaires nécessiterait un suicide politique conjoint des démocrates et des républicains et a donc peu de chance d'arriver.

C'est pour ça que les américains ne sortiront pas de leur dépendance à la dette volontairement, guidés par des élites éclairées et prévoyantes . Ils ne le feront que contraints et forcés par des prêteurs qui tireront le tapis. Et à ce moment là, la douleur sera telle qu'il est difficile aujourd'hui d'imaginer la suite. Il est à peu près sûr néanmoins que quand on en sera là, le sourire d'Obama ne sera pas suffisant pour éteindre l'incendie. C'est dommage car il aurait pu mieux que d'autres promettre "du sang, des larmes et la victoire" mais il a été élu quatre ans trop tôt.

Note: un graphe était associé à l'article du wapo qui fait vraiment sourire (la manière dont tout semble plus ou moins sous contrôle après le dérapage 2009):

Mais qui fait plutôt froid dans le dos si on le met en perspective (ce que le wapo évite de faire) avec l'évolution passée (il y a un facteur de presque quatre entre 2007 et 2009 mais les données viennent de sources différentes, c'est juste pour donner une idée):

mardi 3 février 2009

Le plongeon américain

Les statistiques éco américaines sont très mauvaises. Voici par exemple l'évolution de la consommation des ménages en dollars courants:

Ces chiffres sont beaucoup plus mauvais que ce que j'ai pu entendre pour la France jusqu'ici. La baisse des ventes de voitures est beaucoup plus marquée. Les pertes des banques sont plus importantes. Le conservatisme des sociétés d'Europe continentale en matière financière (sauf l'Espagne) et la présence forte de l'Etat sont des mécanismes stabilisateurs qui devraient nous favoriser dans les années à venir (les français ont toujours une retraite par exemple, beaucoup d'anglo-saxons ont vu leurs économies divisées par deux avec l'évolution de la bourse, nos systèmes sociaux devraient rendre nos sociétés plus stables). Enfin, nous avons beaucoup moins vécu à crédit que les américains. Nous avons aussi beaucoup moins de dépenses militaires (budget du Pentagon $527 milliards - cela ne prend pas en compte le coût des différentes guerres).

Les médias devraient expliquer que ce scénario d'une crise moins profonde chez nous est possible. Sarkozy aussi pourrait s'en faire l'écho. Il est toujours pris dans sa volonté de jouer au tennis avec l'actualité et donne parfois l'impression de remuer de l'air. Quand je vois les 1000 mesures de la relance dans le TGV de la relance avec le nouveau ministre de la relance, je suis pris d'une légère fatigue. Je préfèrerais que certaines des ressources qui sont allouées à ce show permanent soient dédiées à la réflexion à moyen terme (voire long terme). Je suis particulièrement dépité par la volonté de singer les américains dans la gestion de la crise. Pourquoi s'est on occuppé des banques avant qu'elles ne le demandent et alors qu'elles font des profits? Ne valait-il pas mieux que l'Etat déclare qu'il garantirait les obligations des banques en dernier ressort mais qu'il laisse le marché discriminer entre les acteurs et nationalise pour rien les banques en faillite? Il n'y aurait alors pas eu d'ambiguïtés sur le fait qu'elles (et leurs dirigeants) avaient échoué? Aussi, le tout début de la récession est-il vraiment le meilleur moment pour faire de la relance massivement? N'est-il pas plus efficace d'attendre qu'un tremblement de terre soit fini avant d'envoyer les secours?

Les récessions "élaguent" les économies. Elles permettent de garder les éléments les plus sains pour le prochain cycle de croissance. Je pense par exemple que si la FED avait laissé la récession de 2001 suivre son cours au lieu de baisser les taux, le marché du subprime aurait été dévoilé pour ce qu'il était: une imposture. Le marché de l'immobilier aurait également marquer le pas. Au lieu de ça, on a mis de l'engrais sur de mauvaises herbes et nous en subissons aujourd'hui les conséquences.

Je suis pour que l'Etat amortisse l'effet des récessions sur la population. Dans ce cas précis, il semble que l'intervention de l'Etat soit d'autant plus nécessaire que la crise a présenté un risque systèmique pour les banques. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que le rôle de l'Etat n'est pas d'abolir les cycles économiques et qu'il doit laisser le marché décider quels acteurs économiques ont gagné le droit de participer à la prochaine phase d'expansion. Je ne crois pas que ce soit cela qui ait préoccupé Sarkozy dans sa gestion de la crise bancaire française.

Note: Pour le caractère sans précédent de ce qui se passe aux Etats-Unis, j'ai lu que la consommation alimentaire avait baissé de 14% en rythme annuel au dernier trimestre et de 7% le trimestre précédent. La conclusion de cet ami économiste sur son blog était: "Food is not supposed to do this unless there is a severe harvest shortfall. We are no longer normal business cycle territory." (la consommation alimentaire n'est pas censée se comporter comme cela normalement sauf en cas de récoltes insuffisantes. Nous ne sommes plus dans une dynamique de cycle économique classique).

Ce graphe est également instructif:

lundi 2 février 2009

Robert Reich s'interroge sur le bailout

Robert Reich (ancien secrétaire à l'emploi de Clinton) est sur la ligne du blogo et dénonce la circularité des transferts de fonds entre les banques et le monde politique: une partie de l'argent donnée aux banques est utilisée par celles-ci pour faire du lobbying auprès du congrès.

How You and I Are Paying Wall Street to Lobby Congress to Go Easy on Wall Street

Corruption et corruption

Le Blogo peste souvent contre la corruption aux Etats-Unis. Je voulais préciser que je ne fais pas référence nécessairement à des actes illégaux qui devraient être réprimés par la loi (un peu vaudevillesques, genre Julien Dray). Je mets en cause le système de lobbying qui a longtemps été considéré comme une spécificité culturelle et une forme d'expression démocratique dans la politique américaine. C'est à la faillite de ce système parfaitement légal que nous assistons actuellement. Ce n'est pas la seule forme de corruption qui existe bien évidemment mais de telles dispositions ont posé les bases de l'absence de séparation entre les pouvoirs économiques et politiques qui apparaît au grand jour avec la crise et la manière dont elle est gérée (à l'avantage de ceux-là même qui se sont formidablement enrichis en en créant les conditions).

Si vous voulez avoir un aperçu sur l'envers du décor, je vous conseille ce post de Glenn Greenwald qui s'en prend à Tom Daschle, nouveau secrétaire à la santé d'Obama, et à sa femme présentés comme un symbole de ce système. Citation de Matt Taibbi:
"In Washington there are whores and there are whores, and then there is Tom Daschle."

Note: pour ceux qui s'étonneraient de ce qu'un "liberal" comme Greenwald reproche à Daschle d'avoir quitté sa femme (et ses trois enfants) pour épouser Miss Kansas en 1976, il faut prendre en compte le fait que Greenwald revendique son homosexualité et qu'il est extrêmement sensible aux prises de positions publiques sur le mariage homosexuel (et autres causes gays). Daschle s'étant opposé au mariage homosexuel sur la base du caractère "sacrosaint" du mariage, il l'allume. Fair enough. Mais cela pose la question: Greenwald aurait-il été aussi cinglant si Daschle avait partagé ses vues sur ce point? S'il en avait été l'avocat flamboyant?

Pourquoi? PARCE QUE!

Krugman hausse le ton dans son éditorial du NYT.

Il cite Geithner:
“We have a financial system that is run by private shareholders, managed by private institutions, and we’d like to do our best to preserve that system,” says Timothy Geithner.

Dans cette petite phrase, on retrouve beaucoup des accusations du Blogo: les mesures prises contre la crise ne visent pas d'abord l'intérêt général mais elles visent à préserver la continuité du pouvoir financier. Elles n'émanent pas d'un pouvoir politique indépendant et pragmatique face à la faillite des banques mais bien des banques elles-mêmes. Tout pouvoir vise normalement à se renforcer et à s'étendre. Pourquoi les politiques américains ne saisissent-ils donc pas l'occasion de la faillite des banques pour en prendre le contrôle alors que cela semble aller de soi? La seule explication plausible de cette bizarrerie n'est-elle pas que ces politiques ont déjà fait l'objet d'une OPA par les banques (et d'autres secteurs économiques) il y quelques années déjà?

Qu'on se s'y trompe pas: Geithner ne parle pas seulement de préserver le fonctionnement du système financier, il défend la propriété (donc les structures) d'un système en échec et à certains égards criminels (subprimes...). Et pourquoi donc M. Geithner? Il semble que la réponse soit "PARCE QUE!". La réponse qu'on attend de tous pouvoirs sans réelle légitimité.

Krugman souligne donc que tout semble être organisé pour que les victimes (les américains) soient les dindons de la farce et que les coupables passent à travers l'orage. Prochain arrêt, la révolution? Les américains vont-ils finir par se lasser de leurs fantasques ploutocrates?

Note: Geithner dit: "We'd like to do our best to preserve that system". Qui dit qu'on ne peut pas croire les hommes politiques?

Auditions au congrès sur la finance

Pour ceux que ça intéresse. Un témoignage d'un des pontes de la FED devant la chambre des représentants. Glenn Greenwald recommande les 5 premières minutes (en anglais):


Aussi cette vidéo de Fox News (pas ma tasse de thé) qui met en évidence le caractère sans précédent de la politique de la FED (en anglais aussi).

samedi 31 janvier 2009

L'euro encore en baisse

L'€ en dessous de $1,28. Un de mes regrets durant cette crise est que la BCE semble emboîter le pas à la FED sur la mise des taux à 0%. Personne ne sait exactement dans quelle mesure des taux si bas ne font pas plus de mal que de bien. On a peu de points de référence. Des taux aussi bas au Japon dans les années 90 n'ont pas relancé l'économie. Les taux à 1% aux USA en 2003 nous ont conduit au marasme. On a l'impression que les banques centrales pilotent un A380 en utilisant les débattements de surface de contrôles similaires à un avion de voltige. Le résultat dans les airs, c'est que les commandes cassent et que l'avion se crashe (ou si les commandes ne cassent pas, c'est l'avion qui explose - le résultat est le même).

Pour moi, les banques centrales se comportent un peu comme des médecins qui prendraient énormément de risque avec la santé du patient, non pas pour que celui-ci ait plus de chance de s'en sortir mais pour que leur responsabilité ne puisse pas être mise en cause sur le thème: "vous voyez bien, on a tout essayé". L'ironie (en continuant à filer cette métaphore médicale) est que la maladie du patient a été innoculée par les médecins et que personne ne semble le remarquer.

On peut aussi argumenter que les banques centrales prennent le maximum de risques pour tenter de préserver leur pouvoir. Mettre les taux à zéro est leur dernier pari pour que le système reparte et que le monde financier conserve les mêmes structures. Et tant pis si on prend le risque de l'hyperinflation et de la destruction de la monnaie. Si tout se passe "selon le plan" le malade ne saura jamais qu'on a risqué sa vie inutilement pour préserver la réputation du médecin. Et si tout ne se passe pas selon le plan, il n'y aura plus ni médecin, ni malade. Perdu pour perdu...

Les banques centrales (la FED en particulier) savent que leur pouvoir sera remis en cause si les choses ne s'arrangent pas relativement rapidement. C'est une course contre la montre. Elles ne cherchent pas à nous sauver mais plutôt à se sauver elles-mêmes. Et contrairement à nous, elles n'ont plus rien à perdre! C'est un peu comme le TARP: on nous fait croire que des institutions bienveillantes mettent tout en oeuvre pour nous éviter une catastrophe mais la réalité est qu'elles mettent tout en oeuvre pour perdurer en l'état. Et dans la poursuite de cet objectif, elle se croit absolument tout permis.

Après la métaphore aéronautique et la métaphore médicale, j'ose la métaphore routière: nous sommes les passagers d'un bus dont le conducteur est poursuivi par la police. Je m'arrête là néanmoins avec l'inquiétude d'être peut-être allé un peu trop loin dans la métaphore! Je veux dire et si c'était le blogo le bus et que les lecteurs soient les passagers? Cela ferait-il de moi le conducteur? Et dans ce cas, pourquoi diable la police serait-elle à mes trousses?

Nemo auditur propriam turpitudinem allegans

Pas mal le latin! C'est la magie de l'internet: on peut se donner des airs de latiniste sans avoir jamais étudié le latin. Il s'agit de l'adage juridique: "Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude". C'est pourtant ce que fait le CEO de JP Morgan, Jamie Dimon, quand il dit ça (à Davos):

Regulators, he said, should share some of the blame.

“God knows, some really stupid things were done by American banks,” Dimon said. “To policy makers, I say where were they? They approved all these banks.”

Traduction: Les banques ont fait énormément de choses stupides mais où étaient les régulateurs?

Tu sais parfaitement où étaient les régulateurs, Jamie. Ils étaient dans ta poche et ça a permis ça. Et ne dis pas que tu ne l'avais pas remarqué car cela t'as quand même coûté pas mal d'argent (même si ça a beaucoup plus rapporté). Les politiciens ont été coupables de s'être laissés corrompre. C'est tout. Pour ce qui est des régulations (et plus encore de leur absence), il faut rendre à César ce qui est à César, et reconnaître que les banques s'en sont arrogées la responsabilité. Alors quand Dimon se défausse en partie sur les régulations pour expliquer cette crise, il ne fait que se prévaloir de ses propres turpitudes.

vendredi 30 janvier 2009

Putin moque la finance US hier à Davos...

Et le rouble baisse de 3,5% dans la foulée. Bien qu'il ait déjà perdu 30% en cinq mois, cette news bloom n'hésite pas à lier les deux évènements. C'est intéressant parce que ça voudrait dire qu'un simple discours de défiance serait désormais sanctionné. Ca voudrait dire que le roi sait qu'il est nu et qu'il en est désormais au point où il empêche à qui que ce soit d'ouvrir la bouche. Perilous Times.

Cela me conforte en tout cas dans l'idée que Sarkozy prenait un risque en attaquant la capacité d'endettement des Etats-Unis et le rôle du dollar. Je n'ai rien contre cette position en soi et si on souhaite que le monde soit plus équilibré beaucoup de déclarations courageuses vont être nécessaires. J'avais juste l'impression que Sarkozy menaçait les Etats-Unis de l'équivalent économique d'une guerre nucléaire de manière inconsidérée et mal préparé. Avant de sortir du bois, il faut se construire des soutiens et quand vient le moment de sortir du bois, autant le faire en masse. Dévoiler au détour d'une phrase une stratégie agressive ou des revendications remettant en cause de manière trop radicale l'ordre établi peut-être contre-productif (comme Mo Green dans "Le Parrain" - voir ici à la fin). Ce n'est pas parce que le monde a des griefs complètement légitimes envers le leadership américain que les Etats-Unis ne vont pas se battre becs et ongles pour conserver leurs privilèges. So if you shoot, shoot to kill. Les coups de semonce où les gesticulations ne servent à rien.

La Russie lève donc la voix aujourd'hui. La Chine s'est opposée avec virulence au "coaching" américain en matière monétaire cette semaine. Merkel et ses ministres ont été cinglants à plusieurs reprises. Partout dans le monde le mécontentement grandit et tout laisse penser que cela ne fait que commencer. Plutôt que de faire des déclarations tonitruantes, Sarkozy devrait essayer de donner une cohérence et une unité à cette contestation du rôle des Etats-Unis. Ca n'est que comme ça que l'on pourra progresser vers l'objectif stratégique d'émancipation. Cet objectif n'est pas de l'ordre du "nice to have" qui se traduirait simplement par plus d'écrans plats chez nous et moins chez eux. Avec leur système politique cassé, les américains ne peuvent plus assurer la stabilité de la planète. Il faut donc que nos dirigeants mettent en place rapidement un système de gouvernance mondiale décentralisé qui puisse leur succéder et garantir une forme de stabilité. Le temps jouait de toute façon contre la domination américaine. L'impérium aurait sans doute pu durer encore quelques années ou même décennies mais la présidence W ne lui a laissé aucune chance. Comme le dit le pseudo d'un lecteur du blogo : "Hubris kills."