Les banques s'organisent autour d'une association, le SIFMA, pour lancer une opération de relations publiques pour améliorer leur image. Ca va être marrant d'essayer d'identifier les articles qui seront une conséquence directe de cet effort.
L'inflation prédite partout (sur le blogo aussi) n'arrive pas toujours pas.
La FED n'intéressait pas les lobbyists dans le passé. Maintenant qu'elle fait la pluie et le beau temps sur les marchés en décidant quelles obligations sont autorisées ou non dans ses programmes (TARP TALF PPIP and all this alphabet soup), les lobbyists fondent sur elle comme le décrit Caroline Baum de Bloomberg News. Cela me rappelle une émission de feu "La 5" de Berlusconi: "Mondo Dingo" (c'est pas beau l'internet? voir ci-dessous).
dimanche 28 juin 2009
samedi 27 juin 2009
La face cachée du TARP
Vous vous souvenez que quand Paulson a fait passer le TARP (chèque en blanc pour Wall Street qui tenait sur trois pages...) devant le congrès en octobre dernier, il s'est d'abord fait retoquer par la chambre des représentants (le sénat, plus corrompu, ne s'est pas joint à cette opposition). La demande de Paulson était assez extravagante pour que les représentants la rejettent.
Deux semaines après, le TARP était accepté après une grosse pression médiatique pro-banques (dans le goût "nous allons tous mourir très prochainement si les banques ne sont pas innondées d'argent public" ou à peu près). Il s'avère que la seule pression médiatique n'y a pas suffi et que les votes ont été gagné à l'américaine, représentant par représentant, chacun monnayant son vote contre des dépenses bénéficiant à leurs soutiens de campagne (pas à leurs électeurs bien évidemment...).
Bloomberg évalue à $150 milliards les "tax breaks" (baisses d'impôts) qui ont été nécessaires pour faire passer les $700 milliards du TARP. On sera donc rassuré de voir que les dépenses insensées réalisées pour le sauvetage du banque n'ont été possibles qu'en autorisant en loucedé core plus de dépenses. $7 pour les banques coûtent ainsi $1,5 pour tous les autres lobbies. On se demande vraiment pourquoi plus de voix ne se font pas entendre pour exiger qu'il soit mis fin à l'impérium financier américain sur le monde quand on voit la réalité du fonctionnement du système politique. Cela montre également à quel point l'idée de responsabilité est éloignée des politiques américains: frappé par une crise financière qui, de manière évidente, annonce une période de vache maigre, les mesures de sauvetage du système (bonnes ou mauvaises - en l'occurrence mauvaises selon le blogo) sont l'occasion de diminuer encore les ressources de l'Etat. C'est toujours l'idéologie des trente dernières années de "la baisse d'impôts favorisant la croissance" qui domine. Son corollaire, la dette, est caché sous le tapis (qui commence à avoir une forme bombée).
Extrait de la news bloom:
The hurried legislation adopted by a Congress voting under the threat of sudden global economic collapse led to hidden tax breaks for firms in dozens of industries. They included builders of Nascar auto-racing tracks, restaurant chains such as Burger King Holdings Inc., movie and television producers — and London’s Diageo.
Deux semaines après, le TARP était accepté après une grosse pression médiatique pro-banques (dans le goût "nous allons tous mourir très prochainement si les banques ne sont pas innondées d'argent public" ou à peu près). Il s'avère que la seule pression médiatique n'y a pas suffi et que les votes ont été gagné à l'américaine, représentant par représentant, chacun monnayant son vote contre des dépenses bénéficiant à leurs soutiens de campagne (pas à leurs électeurs bien évidemment...).
Bloomberg évalue à $150 milliards les "tax breaks" (baisses d'impôts) qui ont été nécessaires pour faire passer les $700 milliards du TARP. On sera donc rassuré de voir que les dépenses insensées réalisées pour le sauvetage du banque n'ont été possibles qu'en autorisant en loucedé core plus de dépenses. $7 pour les banques coûtent ainsi $1,5 pour tous les autres lobbies. On se demande vraiment pourquoi plus de voix ne se font pas entendre pour exiger qu'il soit mis fin à l'impérium financier américain sur le monde quand on voit la réalité du fonctionnement du système politique. Cela montre également à quel point l'idée de responsabilité est éloignée des politiques américains: frappé par une crise financière qui, de manière évidente, annonce une période de vache maigre, les mesures de sauvetage du système (bonnes ou mauvaises - en l'occurrence mauvaises selon le blogo) sont l'occasion de diminuer encore les ressources de l'Etat. C'est toujours l'idéologie des trente dernières années de "la baisse d'impôts favorisant la croissance" qui domine. Son corollaire, la dette, est caché sous le tapis (qui commence à avoir une forme bombée).
Extrait de la news bloom:
The hurried legislation adopted by a Congress voting under the threat of sudden global economic collapse led to hidden tax breaks for firms in dozens of industries. They included builders of Nascar auto-racing tracks, restaurant chains such as Burger King Holdings Inc., movie and television producers — and London’s Diageo.
“It’s kind of like the magician’s sleight of hand,” says former House Ways and Means Committee Chairman William Thomas, a California Republican who ran the committee from 2001 to 2007 and oversaw all tax legislation. “They snuck these things in a bill that was focused on other things.”
Congress inserted the tax benefits for companies other than banks in a fog of confusion and panic after the House of Representatives rejected the first attempt to fund the bank support effort urged by then President George W. Bush and Treasury Secretary Henry Paulson
CRA et subprime
Le "Orange County Register" publie un article infirmant la thèse propagée par Wall Street en septembre dernier selon laquelle une régulation contraignant les banques à prêter dans des communautés moins favorisées (CRA - Community Reinvestment Act) était à l'origine des difficultés du subprime et de la crise financière. Il s'agissait à l'époque de rejeter la responsabilité de de la crise de manière voilée sur les minorités prépondérantes dans ces communautés. L'idée que les banques se soient laissées embarquer dans le "predatory lending" (prêts prédateurs) à cause d'un programme d'aide aux minorités était évidemment risible (il n'y a qu'à voir les forces en présence au congrès pour s'en persuader - l'argent du bailout ne s'est pas déversé sur les minorités, je vous l'assure).
Cet article remet les choses à leur place et met probablement aussi le doigt sur une campagne médiatique qu'il serait probablement intéressant d'analyser (éditorial du WSJ, Larry Kudlow sur CNBC... Où cet élément de désinformation est-il né? Qui l'a propagé? Quel a été son impact dans la déflection des reproches contre Wall Street alors qu'AIG, Lehman et Fannie Freddie périclitaient et que Paulson préparait le plus grand détournement de fonds de l'histoire?). Another day on Wall Street... (via The Big Picture)
Cet article remet les choses à leur place et met probablement aussi le doigt sur une campagne médiatique qu'il serait probablement intéressant d'analyser (éditorial du WSJ, Larry Kudlow sur CNBC... Où cet élément de désinformation est-il né? Qui l'a propagé? Quel a été son impact dans la déflection des reproches contre Wall Street alors qu'AIG, Lehman et Fannie Freddie périclitaient et que Paulson préparait le plus grand détournement de fonds de l'histoire?). Another day on Wall Street... (via The Big Picture)
Obama aussi opaque que Bush dans de nombreux domaines
Cela n'a pas échappé à Bob Herbert du New York Times qui l'erreinte dans un op-ed.
Ni à Jon Stewart:
Ni à Jon Stewart:
| The Daily Show With Jon Stewart | Mon - Thurs 11p / 10c | |||
| Cheney Predacted | ||||
| thedailyshow.com | ||||
| ||||
vendredi 26 juin 2009
Michael Jackson est mort
Je dois dire que je ne me sens pas très souvent affecté par la mort de célébrités mais là, c'est un peu spécial. Pour la postérité.
jeudi 25 juin 2009
La dislocation du marché de l'immobilier US (suite)
Post d'Atrios qui fait écho à une vieille idée du blogo:
Free Rent
Loan servicers just aren't equipped to handle this many foreclosures.
-Atrios 12:48
Comments (313)
Traduction: les administrateurs d'emprunts immobiliers ne sont pas équipés pour gérer un tel nombre d'expropriations. Le lien va vers un article expliquant que des gens ayant quitté leur maison ne sont pas expropriés car personne ne s'occupe du dossier.
C'est une thèse défendue par le Blogo depuis longtemps: le marché de l'immobilier américain ne fait pas que baisser, il se disloque. Le système (pas sympathique mais crucial) qui fait qu'un individu qui arrête de payer son emprunt se fait exproprier est complètement engorgé. Dès lors, le non-paiement n'entraîne plus de sanction.
Les problèmes sont alors bien plus préoccupants qu'une simple baisse des prix (pourtant gravissime dans les proportions actuelles). On entre peu à peu dans une situation de non-droit où les contrats ne peuvent plus être respectés. Les banques n'arrivent plus à se réapproprier assez vite les propriétés, les emprunteurs ne quittent plus les lieux. C'est déjà comme ça que se terminait la confession du journaliste du NYT qui avait sombré dans l'engrenage du subprime suite à un divorce: il attendait depuis 8 mois que la banque lui propose quelque chose mais on lui répondait qu'elle était débordée.
Toutes les ressources privées qui ont permis de gérer administrativement le boom se nourrissaient (très grassement) sur la bête. Le crash ne génère évidemment pas les mêmes profits et on ne peut compter sur le secteur privé pour en administrer les conséquences (comme les expropriations massives). L'Etat est lui trop lent dans sa réflexion: il aurait évidemment dû créer une "administration de l'immobilier" qui empêche de laisser ce marché sombrer dans l'anarchie avec une partie de l'argent qui a été donné à Wall Street. Si Obama croit que Wall Street va faire du "service public" et dépenser de l'argent (possiblement distribuable en bonus!) dans le but d'assurer la stabilité du pays, il n'a rien compris à l'histoire récente...
On est un peu comme dans une ville après une coupure d'électricité (mémoire du black-out de 24H00 à NYC en août 2003): quelqu'un défonce une vitrine et se sert dans un magasin. La police complètement débordée ne se manifeste pas. Deux, trois, puis bientôt dix autres passants vont piquer dans le magasin. On a alors le sentiment bizarre que tout peut basculer.
Le problème est qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une coupure d'électricité mais de la faillite d'institutions critiques: Etat, Banques, médias. Pendant dix ans, elles ont laissé se créer une situation qui allait mettre à la rue des millions d'américains dans une période de temps assez courte pour risquer la cassure du marché de l'immobilier. Il n'est donc pas question de mettre cette rupture du cadre légal sur le dos des citoyens. Elle a d'ailleurs l'avantage d'éviter qu'une partie de la population se retrouve dans des tentes de fortune alors que des millions de maisons sont vides (le squattage est une autre solution que "la nature" a trouvé contre ce problème). Déterminer jusqu'où ces dérèglements peuvent aller et quelles politiques publiques peuvent en atténuer les effets est la difficile tâche d'Obama. Encore faut-il qu'il se pose la question assez tôt, occupé qu'il est à s'assurer que les banquiers qui ont causé ce désastre traversent la crise le plus agréablement possible.
Free Rent
Loan servicers just aren't equipped to handle this many foreclosures.
-Atrios 12:48
Comments (313)
Traduction: les administrateurs d'emprunts immobiliers ne sont pas équipés pour gérer un tel nombre d'expropriations. Le lien va vers un article expliquant que des gens ayant quitté leur maison ne sont pas expropriés car personne ne s'occupe du dossier.
C'est une thèse défendue par le Blogo depuis longtemps: le marché de l'immobilier américain ne fait pas que baisser, il se disloque. Le système (pas sympathique mais crucial) qui fait qu'un individu qui arrête de payer son emprunt se fait exproprier est complètement engorgé. Dès lors, le non-paiement n'entraîne plus de sanction.
Les problèmes sont alors bien plus préoccupants qu'une simple baisse des prix (pourtant gravissime dans les proportions actuelles). On entre peu à peu dans une situation de non-droit où les contrats ne peuvent plus être respectés. Les banques n'arrivent plus à se réapproprier assez vite les propriétés, les emprunteurs ne quittent plus les lieux. C'est déjà comme ça que se terminait la confession du journaliste du NYT qui avait sombré dans l'engrenage du subprime suite à un divorce: il attendait depuis 8 mois que la banque lui propose quelque chose mais on lui répondait qu'elle était débordée.
Toutes les ressources privées qui ont permis de gérer administrativement le boom se nourrissaient (très grassement) sur la bête. Le crash ne génère évidemment pas les mêmes profits et on ne peut compter sur le secteur privé pour en administrer les conséquences (comme les expropriations massives). L'Etat est lui trop lent dans sa réflexion: il aurait évidemment dû créer une "administration de l'immobilier" qui empêche de laisser ce marché sombrer dans l'anarchie avec une partie de l'argent qui a été donné à Wall Street. Si Obama croit que Wall Street va faire du "service public" et dépenser de l'argent (possiblement distribuable en bonus!) dans le but d'assurer la stabilité du pays, il n'a rien compris à l'histoire récente...
On est un peu comme dans une ville après une coupure d'électricité (mémoire du black-out de 24H00 à NYC en août 2003): quelqu'un défonce une vitrine et se sert dans un magasin. La police complètement débordée ne se manifeste pas. Deux, trois, puis bientôt dix autres passants vont piquer dans le magasin. On a alors le sentiment bizarre que tout peut basculer.
Le problème est qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une coupure d'électricité mais de la faillite d'institutions critiques: Etat, Banques, médias. Pendant dix ans, elles ont laissé se créer une situation qui allait mettre à la rue des millions d'américains dans une période de temps assez courte pour risquer la cassure du marché de l'immobilier. Il n'est donc pas question de mettre cette rupture du cadre légal sur le dos des citoyens. Elle a d'ailleurs l'avantage d'éviter qu'une partie de la population se retrouve dans des tentes de fortune alors que des millions de maisons sont vides (le squattage est une autre solution que "la nature" a trouvé contre ce problème). Déterminer jusqu'où ces dérèglements peuvent aller et quelles politiques publiques peuvent en atténuer les effets est la difficile tâche d'Obama. Encore faut-il qu'il se pose la question assez tôt, occupé qu'il est à s'assurer que les banquiers qui ont causé ce désastre traversent la crise le plus agréablement possible.
mardi 23 juin 2009
Albanel out!
Victime de l'Hadopi. Frédéric Mitterrand in. Je trouve que c'est une bonne idée. Je veux bien l'ancien job de Frédéric Miterrand: directeur de la Villa Médicis à Rome...
La réforme de la finance US par Obama
Long story short: déception. Alors évidemment il y a des degrés dans la déception. Avec Summers et Geithner, que pouvait-on vraiment attendre? Obama avait signalé à maintes reprises qu'il était du côté des banques qui sont en retour de son côté: $40 millions de contribution de campagne pour Obama contre $34 millions à Bush en 2004 et surtout seulement $14 millions à John Kerry. Obama aurait pu faire le choix d'un financement essentiellement populaire grâce à ses contributeurs internets. Il ne l'a pas fait car cela aurait été une déclaration de guerre à tous les lobbys du pays qui auraient alors sans doute pu empêcher son élection ou rendre sa présidence impraticable. Or, Obama, comme nous le savons, n'est pas Spartacus: c'est un mandarin (si être éditeur de la Harvard Law Review quand on est étudiant ne vous donne pas ce statut aux Etats Unis, rien ne le fera). Il a donc mené sa campagne avec l'argent du "health care", des banques et autres industries "qui vous veulent du bien" alors qu'il avait l'opportunité pour la première fois dans l'histoire grâce à internet de bâtir sa présidence sur un soutien financier populaire qui aurait pu lui permettre de couper le cordon entre la présidence et les lobbies.
Donc cette réforme satisfait les banques. Il n'y a pas grand chose d'autre à ajouter. Quelques points ont suscité leurs "doutes ou interrogations" mais le blogo fait confiance à leurs armées de lobbyists pour aplanir les difficultés. Par exemple, l'idée qu'une agence s'occupe de protection du consommateur semble exorbitant à nombre d'institutions financières. Barney Frank et Chris Dodd (les récho et frigo des "banking comittee", le premier à la chambre des représentants et le second au sénat) semblent optimistes sur le fait que la majeure partie de cette loi devrait être adoptée sans difficulté. Après ce qui vient de se passer, on aurait plutôt imaginé des débats fracassants et une remise à plat totale du système mais non, c'est toujours l'ambiance "clubby" qui règne entre Wall Street et Washington.
La FED est portée aux nues, première responsable de la crise, elle hérite d'un certain nombre de prérogatives nouvelles comme celle d'analyser et de lutter contre les risques systémiques. C'est le nouveau pompier dont tout le monde sait qu'il est un dangereux pyromane. On le savait déjà mais tout le monde s'accorde sur le fait que casser le monolithe "Too Big Too Fail" ne peut-être une solution. Pour la bonne raison que tout le monde fait partie du monolithe. Krugman a même pris parti pour le monolithe (ticket d'entrée dans une prochaine administration?).
L'incapacité du système à se réformer face à une crise de cette ampleur est très inquiétante et montre son état de pourrissement avancé. Le monolithe avait précédemment recours aux méthodes les plus douteuses pour extraire de la population l'écot le plus important possible mais après le bailout, il a désormais le pouvoir de lever l'impôt et de puiser directement dans les finances publiques. Le "runaway train" continue donc inexorablement sa route. Personne n'essaye d'actionner les freins mais ils ne marchent sans doute plus de toute façon.
Après l'enrichissement des années fastes bâti sur le plus grand Ponzi Scheme de l'histoire (les capitaux du monde entier contribuaient à l'explosion des prix de l'immobilier orchestrée par la FED), on aurait pu penser que l'effondrement allait entraîner une remise à plat du système bancaire. Ca n'est pas encore le cas mais si on compare cette crise à celle de 29, nous ne sommes qu'en 1931. Cette capacité du système bancaire à préserver sa structure et son pouvoir jusqu'ici a en tout cas démontré le contrôle inouï qu'il a sur le système politique, et a fait de ce contrôle le premier suspect quand on essaye d'identifier les causes de la crise.
Donc cette réforme satisfait les banques. Il n'y a pas grand chose d'autre à ajouter. Quelques points ont suscité leurs "doutes ou interrogations" mais le blogo fait confiance à leurs armées de lobbyists pour aplanir les difficultés. Par exemple, l'idée qu'une agence s'occupe de protection du consommateur semble exorbitant à nombre d'institutions financières. Barney Frank et Chris Dodd (les récho et frigo des "banking comittee", le premier à la chambre des représentants et le second au sénat) semblent optimistes sur le fait que la majeure partie de cette loi devrait être adoptée sans difficulté. Après ce qui vient de se passer, on aurait plutôt imaginé des débats fracassants et une remise à plat totale du système mais non, c'est toujours l'ambiance "clubby" qui règne entre Wall Street et Washington.
La FED est portée aux nues, première responsable de la crise, elle hérite d'un certain nombre de prérogatives nouvelles comme celle d'analyser et de lutter contre les risques systémiques. C'est le nouveau pompier dont tout le monde sait qu'il est un dangereux pyromane. On le savait déjà mais tout le monde s'accorde sur le fait que casser le monolithe "Too Big Too Fail" ne peut-être une solution. Pour la bonne raison que tout le monde fait partie du monolithe. Krugman a même pris parti pour le monolithe (ticket d'entrée dans une prochaine administration?).
L'incapacité du système à se réformer face à une crise de cette ampleur est très inquiétante et montre son état de pourrissement avancé. Le monolithe avait précédemment recours aux méthodes les plus douteuses pour extraire de la population l'écot le plus important possible mais après le bailout, il a désormais le pouvoir de lever l'impôt et de puiser directement dans les finances publiques. Le "runaway train" continue donc inexorablement sa route. Personne n'essaye d'actionner les freins mais ils ne marchent sans doute plus de toute façon.
Après l'enrichissement des années fastes bâti sur le plus grand Ponzi Scheme de l'histoire (les capitaux du monde entier contribuaient à l'explosion des prix de l'immobilier orchestrée par la FED), on aurait pu penser que l'effondrement allait entraîner une remise à plat du système bancaire. Ca n'est pas encore le cas mais si on compare cette crise à celle de 29, nous ne sommes qu'en 1931. Cette capacité du système bancaire à préserver sa structure et son pouvoir jusqu'ici a en tout cas démontré le contrôle inouï qu'il a sur le système politique, et a fait de ce contrôle le premier suspect quand on essaye d'identifier les causes de la crise.
Money talks...
Un article du New Yorker (via TBP) retrace le parcours d'Angelo Mozilo, l'homme qui a dirigé Countrywide Financial Corp depuis 2000. Countrywide a été un des plus gros producteurs d'emprunts subprimes de la période.
In 2005, Fortune placed Countrywide on its list of “Most Admired Companies,” and Barron’s named Mozilo one of the thirty best C.E.O.s in the world. The following year, American Banker presented him with a lifetime-achievement award.
En 2005, Fortune a inclu Countrywide dans sa liste des sociétés les plus admirées. Le magazine Barron's a élu Mozilo un des 30 meilleurs dirigeants d'entreprise du monde. En 2006, le magazine American Banker lui a remis un prix d'honneur pour toute sa carrière.
Le Blogo déplore souvent les manquements des MSM (vieux médias) et leur incapacité à dénoncer les abus dans l'immobilier durant la dernière décennie. Comme le montre les différents honneurs qui ont été faits à Mozilo, cette critique ne rend pas justice à la complicité active de ces médias dans la frénésie immobilière qui a touché l'Amérique. Au moment où il reçoit ces honneurs, Countrywide est occuppée à corrompre toutes sortes de dignitaires américains avec des emprunts préférentiels dont les divers bénéficiaires (pas tous connus) allaient d'un sénateur (Chris Dodd - sénateur à la tête du "Banking, Housing and Urban Affairs comittee"* - ça ne s'invente pas) au président de Fannie Mae.
Surtout, Countrywide produit chaque année des millions d'emprunts dont le caractère radicalement abusif et financièrement suicidaire aurait sauté aux yeux de tout journaliste, régulateur ou homme politique qui s'y seraient arrêtés quelques minutes. Countrywide développe des call centers pour que le maximum de gens en croque. Des propriétaires ayant déjà remboursé leur logement rempilent avec un nouvel emprunt (c'est ainsi que des personnes âgées qui auraient dû être à l'abris se retrouvent aujourd'hui à la rue). Pendant ce temps-là les MSM, les régulateurs et les politiques (tous sous influence) n'ont pas cessé d'encourager ce mouvement destructeur.
Les plus consensuels ("on ne va pas se fâcher pour si peu...") y verront une hallucination collective et les plus belliqueux y verront le crime du siècle. La vérité est que c'est un mélange des deux. Un certain nombre d'idiots utiles n'ont fait qu'accompagner le mouvement mais énormément de responsables savaient que tout cela ne pouvait pas bien se terminer. Une bonne approximation est sans doute que la naïveté des acteurs était inversement proportionnelle au profit qu'ils tiraient de la situation. A noter que le profit n'a pas été que financier: cette injection de dopants dans l'économie a dégagé des marges de manoeuvre politiques importantes (tax cuts, guerres...)
*Chris Dodd est toujours à la tête de ce comité, on ne change pas une équipe qui gagne... La superstructure politico-financière n'a pas bougé d'un iota bien qu'elle soit responsable de la crise comme le déplore le blogo à longueur de posts. The future looks bright ahead!
In 2005, Fortune placed Countrywide on its list of “Most Admired Companies,” and Barron’s named Mozilo one of the thirty best C.E.O.s in the world. The following year, American Banker presented him with a lifetime-achievement award.
En 2005, Fortune a inclu Countrywide dans sa liste des sociétés les plus admirées. Le magazine Barron's a élu Mozilo un des 30 meilleurs dirigeants d'entreprise du monde. En 2006, le magazine American Banker lui a remis un prix d'honneur pour toute sa carrière.
Le Blogo déplore souvent les manquements des MSM (vieux médias) et leur incapacité à dénoncer les abus dans l'immobilier durant la dernière décennie. Comme le montre les différents honneurs qui ont été faits à Mozilo, cette critique ne rend pas justice à la complicité active de ces médias dans la frénésie immobilière qui a touché l'Amérique. Au moment où il reçoit ces honneurs, Countrywide est occuppée à corrompre toutes sortes de dignitaires américains avec des emprunts préférentiels dont les divers bénéficiaires (pas tous connus) allaient d'un sénateur (Chris Dodd - sénateur à la tête du "Banking, Housing and Urban Affairs comittee"* - ça ne s'invente pas) au président de Fannie Mae.
Surtout, Countrywide produit chaque année des millions d'emprunts dont le caractère radicalement abusif et financièrement suicidaire aurait sauté aux yeux de tout journaliste, régulateur ou homme politique qui s'y seraient arrêtés quelques minutes. Countrywide développe des call centers pour que le maximum de gens en croque. Des propriétaires ayant déjà remboursé leur logement rempilent avec un nouvel emprunt (c'est ainsi que des personnes âgées qui auraient dû être à l'abris se retrouvent aujourd'hui à la rue). Pendant ce temps-là les MSM, les régulateurs et les politiques (tous sous influence) n'ont pas cessé d'encourager ce mouvement destructeur.
Les plus consensuels ("on ne va pas se fâcher pour si peu...") y verront une hallucination collective et les plus belliqueux y verront le crime du siècle. La vérité est que c'est un mélange des deux. Un certain nombre d'idiots utiles n'ont fait qu'accompagner le mouvement mais énormément de responsables savaient que tout cela ne pouvait pas bien se terminer. Une bonne approximation est sans doute que la naïveté des acteurs était inversement proportionnelle au profit qu'ils tiraient de la situation. A noter que le profit n'a pas été que financier: cette injection de dopants dans l'économie a dégagé des marges de manoeuvre politiques importantes (tax cuts, guerres...)
*Chris Dodd est toujours à la tête de ce comité, on ne change pas une équipe qui gagne... La superstructure politico-financière n'a pas bougé d'un iota bien qu'elle soit responsable de la crise comme le déplore le blogo à longueur de posts. The future looks bright ahead!
lundi 22 juin 2009
Un petit dessin vaut mieux qu'un long discours...
L'indispensable Barry Ritholtz nous offre une illustration de la crise qui vaut toutes les éructations exaspérées, tous les soupirs désespérés et toutes les grognements ulcérés du Blogo. Ce qui vient de se passer ces 12 derniers mois est d'une gravité inouïe et nous ne sommes qu'au tout début des conséquences économiques et politiques de ce séïsme.
Il s'agit d'un diagramme des montants évalués à plusieurs reprises par Bloomberg (et linkés par le Blogo en mars) correspondant à tous les engagements pris par l'Etat américain depuis le début de la crise. Il ne s'agit bien évidemment pas de cash exigible immédiatement sinon la faillite serait d'ores et déjà avérée.
Il est clair qu'à la Maison Blanche (et en bonne société en général), on fait semblant de croire qu'une partie importante de ces "carrés" ne sont que des garanties apportées temporairement et qu'une fois l'orage passé (vous savez: après "la reprise du second semestre"), tout va rentrer dans l'ordre et que les actifs pourris vont reprendre du poil de la bête. En attendant, l'immobilier continue sa chute qui va être à la fin des fins le déterminant majeur de la profondeur de la cicatrice que laissera cette crise sur l'économie mondiale. Il est possible que certaines de ces lignes de crédit ne soient effectivement pas utilisées entièrement mais il est également possible que certains carrés explosent (Fannie/Freddie par exemple). Ce total évalué aujourd'hui à $15 trillions par Ritholz ne s'élevait ainsi qu'à $12,8 trillions fin mars selon Bloomberg et $11,6 trillions fin février toujours selon Bloomberg.
Ce dessin donne l'ordre de grandeur de ce qui est en train de se passer. Alors penser que cela n'est qu'un petit nid de poule sur l'autoroute de la croissance et de la prospérité relève de la méthode Coué, laquelle a été adoptée sans coup férir par l'Etat, les banques et les médias américains car elle leur permet à court terme d'échapper à leurs responsabilités. A noter qu'il ne s'agit en rien d'une crise de confiance mais bien de l'effondrement du "bridge to nowhere" financier que les autorités monétaires américaines ont décidé de construire à la suite des attentats du 11 septembre* en redéfinissant au passage le concept d' "apprentis sorciers".
El Blogo vous souhaite donc une joyeuse "reprise du second semestre" (plus qu'une grosse semaine à attendre!).
*Pour ceux qui se demandent ce que le 11 septembre vient faire là-dedans et qui pensent être tombés sur un site conspirationniste (9/11 "truthers"), je tiens à les rassurer sur le fait qu'il n'y a aucun lien entre El Blogo et Jean-Marie Bigard et je les invite à suivre le lien suggéré. Si vous n'êtes pas convaincus par le post (et même si vous l'êtes d'ailleurs), vos critiques et vos commentaires sont les bienvenus pour faire avancer la réflexion du Blogo.
Il s'agit d'un diagramme des montants évalués à plusieurs reprises par Bloomberg (et linkés par le Blogo en mars) correspondant à tous les engagements pris par l'Etat américain depuis le début de la crise. Il ne s'agit bien évidemment pas de cash exigible immédiatement sinon la faillite serait d'ores et déjà avérée.
Il est clair qu'à la Maison Blanche (et en bonne société en général), on fait semblant de croire qu'une partie importante de ces "carrés" ne sont que des garanties apportées temporairement et qu'une fois l'orage passé (vous savez: après "la reprise du second semestre"), tout va rentrer dans l'ordre et que les actifs pourris vont reprendre du poil de la bête. En attendant, l'immobilier continue sa chute qui va être à la fin des fins le déterminant majeur de la profondeur de la cicatrice que laissera cette crise sur l'économie mondiale. Il est possible que certaines de ces lignes de crédit ne soient effectivement pas utilisées entièrement mais il est également possible que certains carrés explosent (Fannie/Freddie par exemple). Ce total évalué aujourd'hui à $15 trillions par Ritholz ne s'élevait ainsi qu'à $12,8 trillions fin mars selon Bloomberg et $11,6 trillions fin février toujours selon Bloomberg.Ce dessin donne l'ordre de grandeur de ce qui est en train de se passer. Alors penser que cela n'est qu'un petit nid de poule sur l'autoroute de la croissance et de la prospérité relève de la méthode Coué, laquelle a été adoptée sans coup férir par l'Etat, les banques et les médias américains car elle leur permet à court terme d'échapper à leurs responsabilités. A noter qu'il ne s'agit en rien d'une crise de confiance mais bien de l'effondrement du "bridge to nowhere" financier que les autorités monétaires américaines ont décidé de construire à la suite des attentats du 11 septembre* en redéfinissant au passage le concept d' "apprentis sorciers".
El Blogo vous souhaite donc une joyeuse "reprise du second semestre" (plus qu'une grosse semaine à attendre!).
*Pour ceux qui se demandent ce que le 11 septembre vient faire là-dedans et qui pensent être tombés sur un site conspirationniste (9/11 "truthers"), je tiens à les rassurer sur le fait qu'il n'y a aucun lien entre El Blogo et Jean-Marie Bigard et je les invite à suivre le lien suggéré. Si vous n'êtes pas convaincus par le post (et même si vous l'êtes d'ailleurs), vos critiques et vos commentaires sont les bienvenus pour faire avancer la réflexion du Blogo.
vendredi 19 juin 2009
Un avocat dézingue Guaino
Dimanche dernier sur Europe 1, Guaino attaque le Conseil Constitutionnel sur un ton condescendant au sujet d'Hadopi. Un avocat blogger démonte les arguments qu'il avance. C'est un jeu de massacre très instructif. Via le lecteur "W.". J'espère que l'aile "Libertés publiques" est également couverte parmi les conseillers de Sarko parce qu'il ne faut visiblement pas compter sur Guaino.
mercredi 17 juin 2009
ENOUGH with this "Twitter Revolution" non-sense!
Ca n'est pas la première fois que le Blogo s'en prend aux facéties des psy-ops US concernant Twitter, ce service de messagerie pathétique que 60% des utilisateurs abandonnent dans le premier mois suivant leur inscription (comme yours truly - j'ai dûment ouvert un compte puis je n'y ai plus remis les pieds). Après les révolutions colorées, on a essayé de nous vendre assez récemment une "Twitter revolution" en Moldavie (!) que je m'étais empressé de mettre en doute ici. On apprend depuis que le nombre d'utilisateurs de Twitter répertoriés en Moldavie au moment des manifestations était de 70 (via cet abruti qui appelle ça "un paradoxe" - évidemment, pour un gars qui s'occupe de technologies au magazine "Foreign Policy", l'affaire est trop juteuse pour dénoncer l'ineptie qui la sous-tend). 70, donc. Ca peut peut-être marcher pour une révolution de palais...
Que dire devant le nouveau buzz énorme et absolument absurde sur l'Iran et Twitter? Cet article du Wapo m'a fait sortir de mes gonds (en confirmant au passage tous les soupçons que j'avais sur cette rumeur idiote). Comme c'est très souvent le cas dans les campagnes de désinformation, le titre de l'article ("Twitter Is a Player In Iran's Drama") n'a pas grand chose à voir avec son contenu.
Il y est dit que le Département d'Etat est intervenu auprès de Twitter (information provenant d'une "source anonyme", une des plaies du journalisme moderne aux Etats-Unis - à noter que plus loin dans l'article on relègue cette source au rang de "low level") pour repousser une opération de maintenance mardi matin qui aurait pu mettre à mal les communications entre les citoyens iraniens "tech-savvy" alors qu'ils se préparaient à manifester. Twitter confirme qu'ils ont repoussé la maintenance mais ne disent rien à propos du Département d'Etat (Obama a d'ailleurs dit que les Etats-Unis n'essaieraient pas d'influer sur les évènements en Iran - on voit mal comment cela est compatible avec cette "fuite" sur les agissements du "foggy bottom" - whatever). Ici, le Seattle Post Intelligencer dramatise: "State Dept. to Twitter: Iran too important, site fix can wait". Si cela ne vous fait pas regarder votre Iphone comme la nouvelle clé de voûte du monde démocratique, nothing will.*
Le problème, c'est que l'article contient en lui-même la contradiction à ce "narrative" complètement calqué sur la "révolution moldave": Twitter ne gère pas le Persan. On voit mal comment ce truc que personne n'utilise pourrait avoir un rôle politique en Iran si les iraniens ne peuvent pas s'en servir.
On voit donc en deux paragraphes la thèse entière de l'article s'effondrer:
It is hard to say how much twittering is actually going on inside Iran itself. The tweets circulated by expats in the United States tend to be in English -- the Twitter interface does not support the use of Farsi. And though many people may be sending tweets out of Iran, their use inside Iran may be low, some say.
"Twitter's impact inside Iran is zero," said Mehdi Yahyanejad, manager of a Farsi-language news site based in Los Angeles. "Here, there is lots of buzz, but once you look . . . you see most of it are Americans tweeting among themselves."
Ce qui n'empêche le Wapo de poursuivre son bonhomme de chemin et de propager l'idée mise en avant dans le titre. Il y a sûrement des flux twitters sur la Grippe A. Pourquoi ne nous abreuve-t-on pas de "Twitter flu" (grippe Twitter)? Encore une raison de célébrer quand on annoncera que le Wapo met la clé sous la porte. En attendant, je suggère aux lecteurs du Blogo de faire comme moi et de ne croire à peu près rien des informations qui nous viennent d'Iran. Même Juan Cole, qui est pour moi le one-stop shop quand je me pose des questions sur cette région du monde, tire des conclusions rapides qui me laissent un peu sur ma faim (à vous de juger). Je suggère donc la circonspection en attendant que la poussière retombe. Quand on voit à quel point une "low level source" peut faire écrire n'importe quoi au Wapo, on imagine facilement que des "high level sources" peuvent lui faire écrire ce qu'elles veulent.
* Les médias français ne résistent évidemment pas à la diffusion pavlovienne de toutes les imbécilités qui nous viennent des Etats-Unis. L'Express pose même cette question cruciale: Pourquoi l'Iran ne parvient pas à censurer à Twitter? How about this: Parce que personne s'en sert!
Update: Facebook pareillement ne gère le persan que depuis le jeudi 19 juin en version béta. Il y a donc une énorme projection des américains sur les technologies utilisées chez eux par des gens originaires d'Iran et ce qu'il se passe réellement sur place. Le "narrative" sur les nouvelles technologies renversant les mollahs est sans doute irrésistible même s'il est faux, les MSM ne nous ont pas habitué à autre chose.
Que dire devant le nouveau buzz énorme et absolument absurde sur l'Iran et Twitter? Cet article du Wapo m'a fait sortir de mes gonds (en confirmant au passage tous les soupçons que j'avais sur cette rumeur idiote). Comme c'est très souvent le cas dans les campagnes de désinformation, le titre de l'article ("Twitter Is a Player In Iran's Drama") n'a pas grand chose à voir avec son contenu.
Il y est dit que le Département d'Etat est intervenu auprès de Twitter (information provenant d'une "source anonyme", une des plaies du journalisme moderne aux Etats-Unis - à noter que plus loin dans l'article on relègue cette source au rang de "low level") pour repousser une opération de maintenance mardi matin qui aurait pu mettre à mal les communications entre les citoyens iraniens "tech-savvy" alors qu'ils se préparaient à manifester. Twitter confirme qu'ils ont repoussé la maintenance mais ne disent rien à propos du Département d'Etat (Obama a d'ailleurs dit que les Etats-Unis n'essaieraient pas d'influer sur les évènements en Iran - on voit mal comment cela est compatible avec cette "fuite" sur les agissements du "foggy bottom" - whatever). Ici, le Seattle Post Intelligencer dramatise: "State Dept. to Twitter: Iran too important, site fix can wait". Si cela ne vous fait pas regarder votre Iphone comme la nouvelle clé de voûte du monde démocratique, nothing will.*
Le problème, c'est que l'article contient en lui-même la contradiction à ce "narrative" complètement calqué sur la "révolution moldave": Twitter ne gère pas le Persan. On voit mal comment ce truc que personne n'utilise pourrait avoir un rôle politique en Iran si les iraniens ne peuvent pas s'en servir.
On voit donc en deux paragraphes la thèse entière de l'article s'effondrer:
It is hard to say how much twittering is actually going on inside Iran itself. The tweets circulated by expats in the United States tend to be in English -- the Twitter interface does not support the use of Farsi. And though many people may be sending tweets out of Iran, their use inside Iran may be low, some say.
"Twitter's impact inside Iran is zero," said Mehdi Yahyanejad, manager of a Farsi-language news site based in Los Angeles. "Here, there is lots of buzz, but once you look . . . you see most of it are Americans tweeting among themselves."
Ce qui n'empêche le Wapo de poursuivre son bonhomme de chemin et de propager l'idée mise en avant dans le titre. Il y a sûrement des flux twitters sur la Grippe A. Pourquoi ne nous abreuve-t-on pas de "Twitter flu" (grippe Twitter)? Encore une raison de célébrer quand on annoncera que le Wapo met la clé sous la porte. En attendant, je suggère aux lecteurs du Blogo de faire comme moi et de ne croire à peu près rien des informations qui nous viennent d'Iran. Même Juan Cole, qui est pour moi le one-stop shop quand je me pose des questions sur cette région du monde, tire des conclusions rapides qui me laissent un peu sur ma faim (à vous de juger). Je suggère donc la circonspection en attendant que la poussière retombe. Quand on voit à quel point une "low level source" peut faire écrire n'importe quoi au Wapo, on imagine facilement que des "high level sources" peuvent lui faire écrire ce qu'elles veulent.
* Les médias français ne résistent évidemment pas à la diffusion pavlovienne de toutes les imbécilités qui nous viennent des Etats-Unis. L'Express pose même cette question cruciale: Pourquoi l'Iran ne parvient pas à censurer à Twitter? How about this: Parce que personne s'en sert!
Update: Facebook pareillement ne gère le persan que depuis le jeudi 19 juin en version béta. Il y a donc une énorme projection des américains sur les technologies utilisées chez eux par des gens originaires d'Iran et ce qu'il se passe réellement sur place. Le "narrative" sur les nouvelles technologies renversant les mollahs est sans doute irrésistible même s'il est faux, les MSM ne nous ont pas habitué à autre chose.
mardi 16 juin 2009
Le NYT dans ses oeuvres
J'avais émis des doutes sur la "twitter" revolution qui nous avait été vendue par le NYT. A nouveau sur l'Iran, un article met en cause la couverture de CNN qui aurait suscité des protestations véhémentes de téléspectateurs. Protestations véhémentes qui seraient apparues sur Twitter. Article en anglais assez court qui attaque violemment CNN avec à peu près zéro substance. Autant dire: "le NYT pense que CNN aurait dû consacrer plus de temps aux élections iraniennes". Se réfugier derrière twitter pour faire passer son point de vue est un truc de weasel. Encore de l'opinion vendue sous couvert de reportage.
dimanche 14 juin 2009
Post-It
Le ministre des finances russes à la rescousse du dollar au G8 après l'avoir dézingué précédemment (avec le Brésil). Le ministre des finances japonais affirme sa foi inébranlable ("unshakable") dans les treasuries. Et le ministre allemand s'inquiète du rating de la dette des pays de l'Union Européenne.
Le Dow Jones positif sur 2009. Rappelons que GM et Citigroup ont été remplacé dans l'indice par Cisco et Travelers. La confiance des consommateurs en hausse pour un quatrième mois. Comme vu précédemment, le meilleur prédicteur de la confiance est l'évolution de la bourse.
James Kwak malmène la recherche de JP Morgan: "Annoying Bank Propaganda". JP prétend que les banques ont continué à prêter en dépit de la crise. Il semble que la réalité soit plus complexe. Effectivement mais qui se soucie encore de la recherche des banques?
La richesse des foyers américains baisse de 2.5% au premier trimestre. Contre -8% au dernier trimestre 2008.
La FED donne plus d'info sur le trillion prêté ces derniers mois, notamment les ratings (comme si cela était important dans le contexte...). Les noms des emprunteurs restent toujours inconnus: sans nom et sans montant, il n'est pas difficile pour les banques de faire croire à la fiction qu'elles peuvent rembourser l'argent du TARP et qu'elles tiennent debout toute seule. Cette collusion entre la FED et les banques est complètement scandaleuse.
Geithner met de l'eau dans son vin. Suite à une levée de bouclier, il tempère son ambition de faire de la FED le régulateur unique en charge des risques systèmiques.
"The Economist" trouve certains banquiers un peu gonflés: There is a startling lack of grace: Jamie Dimon, the boss of JPMorgan, has fantasised about sending an ironic accompanying “Dear Timmy” thank-you letter to America’s treasury secretary, Tim Geithner, saying “We hope you enjoyed the experience as much as we did.” The boss of Wells Fargo has called the solvency tests “asinine”.
Weird this Dugan fellow. On a l'impression qu'il n'y a que dans une république bananière qu'un régulateur peut agir ostensiblement contre l'intérêt du public et le clamer haut et fort. Meet John Dugan.
Le Dow Jones positif sur 2009. Rappelons que GM et Citigroup ont été remplacé dans l'indice par Cisco et Travelers. La confiance des consommateurs en hausse pour un quatrième mois. Comme vu précédemment, le meilleur prédicteur de la confiance est l'évolution de la bourse.
James Kwak malmène la recherche de JP Morgan: "Annoying Bank Propaganda". JP prétend que les banques ont continué à prêter en dépit de la crise. Il semble que la réalité soit plus complexe. Effectivement mais qui se soucie encore de la recherche des banques?
La richesse des foyers américains baisse de 2.5% au premier trimestre. Contre -8% au dernier trimestre 2008.
La FED donne plus d'info sur le trillion prêté ces derniers mois, notamment les ratings (comme si cela était important dans le contexte...). Les noms des emprunteurs restent toujours inconnus: sans nom et sans montant, il n'est pas difficile pour les banques de faire croire à la fiction qu'elles peuvent rembourser l'argent du TARP et qu'elles tiennent debout toute seule. Cette collusion entre la FED et les banques est complètement scandaleuse.
Geithner met de l'eau dans son vin. Suite à une levée de bouclier, il tempère son ambition de faire de la FED le régulateur unique en charge des risques systèmiques.
"The Economist" trouve certains banquiers un peu gonflés: There is a startling lack of grace: Jamie Dimon, the boss of JPMorgan, has fantasised about sending an ironic accompanying “Dear Timmy” thank-you letter to America’s treasury secretary, Tim Geithner, saying “We hope you enjoyed the experience as much as we did.” The boss of Wells Fargo has called the solvency tests “asinine”.
Weird this Dugan fellow. On a l'impression qu'il n'y a que dans une république bananière qu'un régulateur peut agir ostensiblement contre l'intérêt du public et le clamer haut et fort. Meet John Dugan.
Change?
Une tradition américaine est de donner aux contributeurs de campagne électorale les postes d'ambassadeur. C'est ce qui a permis au fondateur d'Ameriquest, le plus gros producteur d'emprunts subprimes aux Etats-Unis, de devenir l'ambassadeur de Bush aux Pays-Bas en 2006 après avoir vendu son entreprise (good timing)*. Obama continue. D'après Mc Clatchy.

*Wikipedia: In 2005, Ameriquest Capital and three of its subsidiaries comprised four of the 53 entities that each contributed the maximum of $250,000 to the second inauguration of President George W. Bush.[4][5] Writes USA Today, "Inaugural fundraisers Dawn and Roland Arnall found a creative way to pump more than the $250,000 limit into the event. Their mortgage firm, Ameriquest Capital, contributed the maximum, as did three subsidiaries, for a total of $1 million. The company declined to comment on its political giving."[6]

*Wikipedia: In 2005, Ameriquest Capital and three of its subsidiaries comprised four of the 53 entities that each contributed the maximum of $250,000 to the second inauguration of President George W. Bush.[4][5] Writes USA Today, "Inaugural fundraisers Dawn and Roland Arnall found a creative way to pump more than the $250,000 limit into the event. Their mortgage firm, Ameriquest Capital, contributed the maximum, as did three subsidiaries, for a total of $1 million. The company declined to comment on its political giving."[6]
vendredi 12 juin 2009
Edito désabusé du NYT
Un édito désabusé du NYT se plaint de l'autorisation de remboursement de la "TARP money" pour 10 banques. Mamie Nova a trouvé son équivalent journalistique...
After Mr. Obama announced the payback, The Times’s Eric Dash reported, Goldman Sachs employees toasted their freedom at a cafe near Wall Street. The risk is great that the repayment is yet another step back to a status quo that served the bankers so well and everyone else so poorly. That’s nothing to cheer.
Le NYT dans son rôle de "liberal media" mais de plus en plus influcencé par la blogosphère économique. Le ton fataliste et résigné ne présente en tout cas pas un vrai défi au pouvoir en place. Comme pour la guerre en Irak, l'opposition éditoriale est mesurée (et le soutien dans le reste du journal ostensible). N'oublions pas finalement que la responsabilité de cette mesure pèse sur Barack Obama dont le charisme ne cachera pas toujours la faiblesse.
After Mr. Obama announced the payback, The Times’s Eric Dash reported, Goldman Sachs employees toasted their freedom at a cafe near Wall Street. The risk is great that the repayment is yet another step back to a status quo that served the bankers so well and everyone else so poorly. That’s nothing to cheer.
Le NYT dans son rôle de "liberal media" mais de plus en plus influcencé par la blogosphère économique. Le ton fataliste et résigné ne présente en tout cas pas un vrai défi au pouvoir en place. Comme pour la guerre en Irak, l'opposition éditoriale est mesurée (et le soutien dans le reste du journal ostensible). N'oublions pas finalement que la responsabilité de cette mesure pèse sur Barack Obama dont le charisme ne cachera pas toujours la faiblesse.
La dette américaine continue à croître
La dette des ménages se tasse mais le gouvernement a pris le relais selon un mécanisme souvent évoqué sur El Blogo. L'ensemble paraît en voie de stabilisation mais 2009 est extrapolée du premier trimestre (cliquez sur le graphe pour agrandir):
Il n'est pas très aisé de distinguer les différentes catégories (même si c'est possible). L'augmentation globale à partir de 2001 est très forte et rejoint ce post d'hier. Entre 2002 et 2007, la dette globale augmente de plus de 50% (de $32 à $49 trillions - en lisant le graphe)
(via The Big Picture - Rolfe Winkler)
Il n'est pas très aisé de distinguer les différentes catégories (même si c'est possible). L'augmentation globale à partir de 2001 est très forte et rejoint ce post d'hier. Entre 2002 et 2007, la dette globale augmente de plus de 50% (de $32 à $49 trillions - en lisant le graphe)(via The Big Picture - Rolfe Winkler)
Mamie Nova is back
Elizabeth Warren, qui dirige le panel du congrès surveillant le TARP program, est interviewée plus bas. Papy G l'appelle "Mamie Nova" et il faut bien reconnaître que ça lui va pas mal. Elle n'est pas de mauvaise volonté mais elle regarde vraiment passer les trains. Déjà évoquée dans le blogo ici.
Warren: "So what we'd like to see: more transparency, more information."
Now Liz, just keep asking politely and you never know: you might just get it one day!
Warren: "So what we'd like to see: more transparency, more information."
Now Liz, just keep asking politely and you never know: you might just get it one day!
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