dimanche 25 octobre 2009

Update sur le traitement médiatique de l'Iran

Outsourcé cette fois à Glenn Greenwald (au sujet d'un article du Wapo). Notez l'usage intensif des sources officielles anonymes (condamnées par le Blogo ici et Standard Operating Procedure pour la diffusion de propagande pro-guerre aux Etats-Unis). Les lecteurs du blogo sont priés de faire attention s'ils rencontrent le type de littérature dénoncé par Greenwald dans leur journal du matin (ou du soir) :

Saturday, Oct 24, 2009 05:25 PDT
The Washington Post's 2002 "reporting" on Iran
Anonymous sources. Scary war-fueling claims. One-sided accounts. Sound familiar?

By Glenn Greenwald

Anyone who believes the establishment media in the U.S. learned even a single lesson from what happened with Iraq should immediately read this featured Washington Post article by Joby Warrick, which gravely and frighteningly warns that Iran's Qom nuclear facility "was intended explicitly for making highly enriched uranium for nuclear weapons." It's filled with one alarmist claim after the next (all anonymously provided, needless to say), such as this: "That number is too small to furnish fuel for a civilian power plant, but just big enough to supply Iran annually with up to three bombs' worth of weapons-grade fuel, the former officials said" and "Qom could produce enough bomb-grade fuel for two to three bombs annually."

The issue isn't whether you believe Iran desires to develop nuclear weapons; it's obviously possible (even rational) that they do. The issue is the painfully reckless, transparently irresponsible, and Iraq-replicating "journalistic" methods for disseminating these war-fueling assertions. In perfect 2002 fashion, Warwick does not have a single named source for these scary allegations; instead, this is who fed him these claims: "many U.S. and European intelligence officials" and "two former senior U.S. officials" and "intelligence officials from the United States and allied nations" and "a senior Middle East-based intelligence official" (one wonders, in vain, which "allied nation" and which "Middle-East based" country might have whispered these things?). And while Warwick provides a cursory paragraph devoted to denials by Iranian officials of these accusations, he does not include a single expert or named source to dispute these claims. It's a purely one-sided, unquestioning and entirely anonymous series of dubious, unverified, fear-mongering assertions that can have no purpose other than to create the most sinister picture of the "Iranian threat" possible.

In other words, it's the exact pattern used to lead the country to attack Iraq. Beltway reporters like Warwick have learned nothing and establishment media institutions are just as devoted as ever to beating war drums on command. What else could possibly explain a shoddy, trashy article like this making it past a team of editors? And just imagine how much worse it would get if the U.S. government actually wanted to bomb Iran. All of this is happening while, at least from all appearances, the White House wants to avoid that outcome.

Note 1: Le gras est de moi. Si vous n'êtes pas sensibilisés au fait que les "sources officielles anonymes" sont inacceptables en particulier sur ce genre de sujet, voir ici.
Note 2: Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la propagande dans les vieux médias américains avant la guerre en Irak à laquelle fait référence Greenwald, vous pouvez commencer ici.

samedi 24 octobre 2009

Capitalism: A love story

Ce post est une introduction (brouillonne) à la critique du film Capitalism: A love Story.

J'ai été invité à l'adresse email du blog à venir assister à une avant-première du dernier film de Michael Moore: "Capitalism: A Love Story". Le mail me donnait les liens vers les bande-annonces du film mais ne demandait pas explicitement de poster la bande-annonce. Je l'ai fait néanmoins en ajoutant la formule cryptique: "j'y reviendrai" mais en laissant de côté pour le lecteur le fait que je rentrais dans une espèce de transaction avec les promoteurs du film dans laquelle j'exposais le lecteur, "innocent bystander", à une publicité pour le film et qui me permettait de le voir un mois avant sa sortie en salle dans un contexte qui m'intriguait. J'ai reçu mon invitation très peu de temps après avoir posté la bande-annonce. Ce que j'ai compris est que les promoteurs du film avaient fait des recherches sur internet sur les blogs qui avaient parlé de Michael Moore précédemment et qu'ils les avaient contactés. J'avais en effet déjà posté la bande-annonce du film (sans qu'il ne me soit rien demandé) pendant l'été.

On est précisément (à une échelle microscopique) dans un exemple du genre de relations qui corrompent à grande échelle les MSM (vieux médias). Un marché faustien entre l'accès et le statut d'insider et une couverture médiatique (éventuellement positive). La full disclosure du blogo (prévue depuis le début) a pour but de mettre les cartes sur la table mais également de lancer ce débat passionnant. Les journalistes institutionnels font partie d'une structure de pouvoir dans laquelle ils ont un mode opératoire théorique (indépendants de toute pression, ils livrent la vérité brute de décoffrage aux citoyens en respectant des standards d'intégrité journalistique élevés) et pratique qui n'ont rien à voir (en pratique, ils ont des actionnaires qui se trouvent avoir investi dans la presse parce qu'ils avaient précisément l'intention d'influencer le débat: marchands d'armes, BTP, banques... et une catégorie spécifique et emblématique: Berlusconi!). Ca c'est la big picture mais il y a aussi le problème du lien entre les journalistes et les sujets dont ils traitent comme par exemple les relations entre l'Auto-Journal et un grand constructeur français. Le grand constructeur passe des pubs dans le magazine, les journalistes et les représentants des constructeurs se connaissent: si un journaliste pense que toute la gamme Peugeot tient la route très moyennement, vous pouvez être sûr que l'info ne va pas apparaître un beau jour en couverture.

L'internet vient tout changer. La corruption totale des corporate medias mise à jour sous Bush aux Etats-Unis a rendu les sources d'information alternatives immédiatement compétitives et quasiment seules dignes d'intérêts. Dans le même ordre d'idée, combien d'articles des Echos faudra-t-il lire avant d'avoir une perception de la crise qui reflète un tant soit peu la violence qui a été faite à la population en général au profit des banques? (ce post de Naked Capitalism, "Herding the sheep", nous décrit comment les vieux médias expliquent désormais à la population américaine que "seuls des losers minoritaires sont aujourd'hui amers au sujet de la crise" et que "it's time to move on").

Le problème, c'est que les voix qui arrivent à émerger sur le net sont immédiatement cooptées par les mêmes intérêts que ceux qui ont la haute main sur les vieux médias. El Blogo à l'avant-première de Michael Moore par exemple mais il y a plus préoccupant. Atrios (un des blogueurs américains les plus lus) s'est mis il y a quelques mois à consacrer un post sur dix environ à la promotion des transports publics aux Etats-Unis. Alors c'est "green" et c'est sympa mais pourquoi avoir attendu 5 ou 6 ans avant de se découvrir cette passion? Il a aussi emménagé récemment dans un appartement avec rooftop à Philadelphie (il faut quand même lui rendre cette justice: son trafic est tel qu'il est sans doute indépendant financièrement - mais le succès crée parfois de nouveaux besoins...). Josh Marshall qui a commencé comme journaliste faisant un blog "on the side" est désormais à la tête d'une petite entreprise et il a obtenu un siège parmi les journalistes couvrant la maison blanche. Dès qu'on a des salaires à payer à la fin du mois, le label "blog indépendant" devient très théorique.

Sans compter les imposteurs comme Huffington Post et Politico qui se prétendent "new media" alors qu'ils sont des faux-nez des MSM "from day one". Daily Kos (le site qui révolutionne le parti démocrate) est intermédiaire: il n'a pas démarré avec une campagne de promotion digne de "Windows 7" comme les deux autres mais il est devenu désormais une force politique institutionnelle accueillant un nombre ahurissant de contributeurs et de permanents.

Les blogueurs spécialisés qui trouvent une audience sont également immédiatement pris en main par les intérêts commerciaux dont ils traitent. Sur les mini-PC par exemple, le site Blogeee a très vite disposé d'avant-premières constructeurs qui amélioraient le contenu du site. Quelle indépendance reste-t-il une fois que ce genre de relation est établi? Pareillement, Jon Ostrower de "Flightblogger" est devenu un porte-parole de Boeing disposant d'informations privilégiées qui a aidé Boeing à gérer médiatiquement les retards du 787 avec des fuites calculées au millimètre préparant ou "fine tunant" les communiqués de presse. L'indépendance des blogueurs est périssable. En gros, quand un blog est assez connu pour que vous en entendiez parler, il est probable que des gens se demandent déjà depuis longtemps comment l'influencer. C'est "la tentation de l'infomerciale" de tous les grands intérêts économiques: comment faire de la publicité qui ressemble le moins possible à de la publicité? Une publicité idéale aux yeux des annonceurs: débarassée du stigmate d'être de la publicité.

Alors quoi? Faudrait-il dans une société que des acteurs purs et parfaits diffusent et commentent l'information avec la rigueur et la maîtrise d'un horloger suisse sans qu'il y ait la place pour des passions, des amitiés, des connivences, des emballements et des affrontements? La société après tout trouve des points d'équilibre et il est normal dans une certaine mesure qu'une structure informelle se superpose à la structure formelle (à condition que cette dernière ne se transforme pas en vaste tartufferie). Le commerce des hommes en général nécessite des concessions et le journalisme en nécessite tout particulièrement. On peut même arguer que l'hypocrisie journalistique et l'abrutissement général de la population est un élément essentiel de notre ordre social et (je n'irai pas jusque là) que cette machine bien huilée est la seule chose qui nous protège aujourd'hui d'une révolution sanglante. C'est ce que j'entends (en extrapolant) dans la bouche de certains politiques (j'ai notamment été choqué par les propos de Copé sur ce point) qui se plaignent de l'anarchie qui règne sur internet et qu'il faudrait selon eux "domestiquer" pour garantir la stabilité sociale. La loi Hadopi met d'ailleurs la France en situation de proposer au monde le premier système général permettant d'identifier sans mandat d'un juge les communications électroniques d'un individu de manière préemptive. C'est ce qui la rend liberticide et inacceptable dans le "pays des droits de l'homme" (formule usée mais encore efficace). Si l'infrastructure technique n'existe pas, le pouvoir ne risque pas d'en abuser. Si elle existe... Voir ce qui s'est passé sur les telcos aux Etats-Unis qui ont enfreint la loi au service de Bush en faisant des écoutes illégales et qui se sont vus amnistiés rétroactivement par le congrès (avec la position "contre", puis le vote "pour" de none other que "our main man" Barack Obama). Il faut bien noter que je ne conteste pas au juge le droit d'examiner toutes les communications d'un individu si des soupçons pèsent sur lui. C'est le contrôle "préemtif" qui est liberticide et bien pire que tout ce qu'ont pu imaginer au fil des années les romans d'anticipation les plus noirs sur les libertés civiles: les vies sont aujourd'hui complètement exposées au travers des communications électroniques des individus.

Nonobstant le mélange de soif de contrôle et d'imbécilité qui nous a apporté l'Hadopi, l'aspect intéressant de la période est que l'internet déplace le point d'équilibre sur le continuum entre le contrôle exclusif des médias par une poignée de professionnels à la solde du pouvoir (Corée du Nord?) dont nous ne sommes pas si loin (cf les critiques des médias comme celle de Serge Halimi, "Les nouveaux chiens de garde") et un paysage plus conforme à l'idéal démocratique où tout un chacun peut faire entendre sa voix (les opinions sur les forums peuvent être assimilées à des petits ruisseaux qui font de grandes rivières par exemple). Les "affaires" Polanski, Mitterrand et même Jean Sarkozy auraient toute connu un cours différent avant l'internet (pas nécessairement une issue différente mais un cours médiatique différent).

Le pouvoir est une ressource finie et il se partage difficilement. Il est donc naturel que des dents grincent dans les médias traditionnels face à la disparition de leur monopole et à l'exposition simultanée (et dévastatrice) de leurs manques. Comme dans la téléphonie mobile, l'arrivée d'un concurrent ne menace pas seulement les cheptels de clients plus ou moins captifs de chaque opérateur: elle menace surtout de faire baisser les prix et donc la manière de faire du business. De manière similaire, l'apparition dans tous les secteurs de la société de francs-tireurs plus ou moins idéalistes prêts à dire leurs vérités sans être contraint par Pierre Paul et Jacques rend votre "Christophe Barbier de base" complètement anachronique. Christophe Barbier n'a pas obtenu son bâton de Maréchal lui permettant de s'adresser toutes les semaines à des centaines de milliers de personnes (les plus influentes) par acclamation populaire. Non, il a fait carrière, embrassé les bonnes bagues, décrypté la structure de pouvoir pour y trouver sa place et a été promu par un cénacle extrêmement restreint. It's so 20th century! Le paysage médiatique va être de plus en plus conquis par des gens sortis du rang (qui vont faire l'objet de cooptation par les pouvoirs en place mais qui seront à n'en pas douter mécaniquement remplacés au fur et à mesure que leurs compromissions apparaîtront au grand jour). Les Etats-Unis sont en avance sur nous de ce point de vue là et j'ai une explication: la polarisation extrême qu'a engendré Bush et la compromission majeure des MSM dans ce contexte a été un booster sans pareil pour le rôle médiatique et politique d'internet là-bas. La France n'a pas encore connu une révolution aussi majeure (cf rôle de Daily Kos dans le parti démocrate face au site de "Désir d'avenir" de Ségolène Royale au PS - CQFD).

Donc voilà. Je vous rassure, El Blogo n'est pas devenu un insider à l'occasion de cette avant-première mais j'ai quand même pris la décision ne plus publier quoi que ce soit ayant fait l'objet d'une transaction sans en informer mes lecteurs immédiatement et pas de manière différée comme je l'ai fait "this one time". Pour ce qui est de mon opinion sur le film, il faudra repasser car je me suis un peu laissé emporter dans cette introduction. Dans un post futur donc...

Jean Sarkozy - Jesus Christ

Je crois que j'étais finalement moins irrité par "Jean Sarkozy fils à Papa" que par "Jean Sarkozy Djizeusse Crouaïste".

vendredi 23 octobre 2009

Friday Plane Blogging

(cliquez pour agrandir)

Post-It (2)

Les élections au Japon pourraient bien rester comme un des évènements majeurs de l'année 2009. Le nouveau gouvernement semble susciter l'irritation et la surprise chez les américains en raison de sa volonté de modifier le modus vivendi stratégique entre les deux pays. Le Japon sera-t-il le pays qui dira "le roi est nu"? Il en a très certainement les moyens.

Depuis le temps j'imagine que c'est de plus en plus familier pour tout le monde mais ce graphe a le mérite d'être très clair pour expliquer la titrisation. Aussi, les emprunts ayant fait l'objet d'une titrisation ont cinq fois plus de chance de faire défaut que les autres(via TBP).
Un magnat du pétrole américain déclare sans prendre de gants que les sociétés américaines ont "droit à une partie du pétrole irakien" en raison du coût en hommes et en argent de la guerre. Il considère que trop de contrats sont accordés aux chinois. To the victor go the spoils. (via Atrios)

Barry Ritholtz est un grand comtempteur des données économiques provenant de l'Etat américain. Il admet cependant que dans les grandes masses, il y croit et qu'il est possible de dialoguer avec les statisticiens en cas de problème (il est très remonté contre les chiffres de l'emploi et le birth/death model - une modification qui a amélioré considérablement les stats US récemment). En revanche les données venant de Chine (croissance de 8,9% au Q3) lui rappelle les résultats miraculeux par leur constance de Bernie Madoff. Ce qui me frappe sur la Chine, c'est à quel point dans quasiment tous les articles qui y sont consacrés, il y a un moment ou à un autre un "disclaimer" sur la qualité des statistiques qui sont disponibles. Quand on sait que la Chine est à la fois le seul espoir et l'apprenti des Etats-Unis dans l'économie globale puis qu'on constate ce à quoi a mené la supposée "transparence" américaine, l'opacité chinoise donne réellement le vertige. Le choc n°1 de la crise est venue sans surprise de l'immobilier US. Le choc n°2 pourrait bien venir sans prévenir de la boîte noire chinoise.

2 slides percutants de la SocGen (via TBP)

A star is born: meet Alan Grayson

Alan Grayson est un membre démocrate de la chambre des représentants qui a été élu pour la première fois en 2008. Depuis, il ne cesse de se faire remarquer, ici en attaquant sauvagement Ben Bernanke (via Zero Hedge "How the FED bailed out the world"),là, en déclenchant la fureur de tous les républicains,Et finalement en faisant un cour de droit constitutionnel à un pair qui visiblement en avait besoin (pour les détails de la controverse juridique, voir Greenwald ici):

Je l'ai déjà cité dans le blogo à diverses reprises notamment pour avoir demandé à une journaliste star de CNBC suite à une question: "Maria, are you a republican?"

Il y a eu beaucoup d'autres morceaux de bravoure.

Intrigué, j'ai finalement regardé sa fiche wikipédia et il a un profil extrêmement solide. C'est en gros un cador du droit. Seule faiblesse: sa cirsonscription de Floride est historiquement républicaine et son mode opératoire ultra-polarisant (que le blogo ne va pas lui reprocher: c'est la seule attitude acceptable dans le contexte politique américain), en rupture avec les "dos and don'ts" de la politique américaine, va engendrer une opposition très bien financée aux prochaines élections (c'est comme ça qu'on "enforce" la party line dans le soviet supreme qu'est devenu le congrès américain). Sa flamboyance suffira-t-elle à l'assurer du soutien de ses administrés pourtant plutôt à droite? Ses sorties récentes ont pour l'instant augmenté sensiblement ses levées de fonds (les représentants sont élus tous les deux ans: ils ont donc en permanence besoin de cash et vivent sous la menace).

En tout cas, il applique la politique que je suggérais pour Obama en début de mandat: vu le challenge que représente la réélection dans le contexte de crise, autant prendre le maximum de risque et être battu éventuellement mais avec les honneurs.

Note 1: Pour ceux qui ne suivent pas, Obama n'a pas écouté par le blogo.
Note 2: Matt Taibbi, l'homme qui n'a pas peur de Goldman Sachs (et ça n'est pas peu dire pour un journaliste américain, voir ici), a confié qu'il y a quelques temps il avait eu un jour une confrontation avec Grayson au téléphone et qu'il avait presque eu une réaction physiologique qu'on n'attend pas chez un adulte.
Note 3: Alan Grayson fait donc son entrée avec fracas sur la Blogo Compliant List.

jeudi 22 octobre 2009

Pendant ce temp-là, au pays de la lutte contre la prolifération nucléaire

Tout le monde travaille sereinement, sans pression.

Note 1: Deux défenestrés britanniques du même building en 4 mois, ça fait quand même désordre. Il faut dire que les experts en contrôle des armement de sa Majesté ont un historique de petit moral quand les relations internationales se tendent. Cheer up guys! C'est pas France Telecom quand même!

Note 2: En tout cas, cet accident passionne réellement les médias français qui vont évidemment tirer l'affaire au clair en deux temps trois mouvements.

Post-It (1)

Nouveau COO de l' "enforcement division" de la SEC: un ancien de Goldman qui a 29 ans et qui n'a jamais passé le Series 7 (examen nécessaire aux opérateurs de marché américains)... Est-ce le petit frère de Neil Kashkari (of TARP fame)?

Les résultats des sociétés américaines sont bien accueillis. 79% des 104 sociétés du S&P 500 qui ont annoncé leurs résultats "battent les attentes". Alors évidemment, les attentes ne sont plus ce qu'elles étaient avant la crise mais Intel par exemple annonce que la demande d'ordinateur personnel revient aux niveaux d'avant-crise. Il ne faut pas être dupe de tout cependant, les résultats sont toujours présentés de la manière la plus sexy possible et beaucoup des cris de victoire perdent leur sens quand on rentre dans les détails. Caterpillar par exemple: les attentes étaient de 5cts/share est le résultat de 64cts. La société a diminué les emplois de 35000 depuis l'an dernier et a annoncé un point bas de ses ventes ce trimestre. "Beauty is in the eye of the beholder". Et en ce qui concerne les marchés (et les médias éco qui en font l'article en permanence), le biais pour trouver tout "beautiful" relève de la pathologie.

Scary times. Les prix de l'immobilier de luxe remontent à NYC, dans les Hamptons, à Londres. Les produits de luxe reprennent du poil de la bête. Le Blogo a déjà remarqué que l'injustice sectorielle que représente le sauvetage des banques allait accoucher d'une injustice géographique majeure en termes de prospérité. C'est ce qui se passe. Pour le reste du pays, la réponse est sans doute: "qu'ils mangent de la brioche". Scary times.

Selon RealtyTrac, les procédures d'éviction (foreclosures) n'ont jamais été aussi élevée qu'au troisième trimestre 2009. Ce chiffre doit diminuer sensiblement avant qu'on puisse parler d'une stabilisation de l'immobilier. Il est passé de 50000 par mois avant la crise à plus de 300000 aujourd'hui. Pourtant, dans des zones comme Las Vegas, il semble que l'on assiste à une frénésie d'achat que "Calculated Risks" qualifie de "crazy".

These were good times! Court papers claim Bernie Madoff's Securities offices were fueled by cocaine, topless women. (via Atrios)

"The Warning"

Un documentaire intéressant de PBS sur la bataille ("bataille" est exagéré - il n'y a pas eu photo en réalité) qui a opposé Greenspan/Rubin/Summers à la directrice de la CFTC, Brooksley Born, à la fin des années 90 au sujet de la régulation des produits dérivés. Beaucoup de choses sont intéressantes même si la focalisation sur ce seul personnage (Brooksley Born) contraint le propos. (via Naked Capitalism).
Le rôle de Summers dans cette vendetta anti-régulation est particulièrement frappant. L'idée que cet homme est probablement aujourd'hui le plus influent sur la politique économique américaine est stupéfiant. Absolument stupéfiant.

mercredi 21 octobre 2009

Les "top dogs" d'Obama s'en prennent aux efforts de lobbying des banques

Summers ($5,2 millions de revenus d'un hedge fund l'année avant d'être nommé conseiller d'Obama et $2,7 million de fees pour des "speaking engagement" à plus de $100000 le speech pour toutes les banques de Wall Street), Emanuel ($18 millions de revenus en 2 ans dans l'investment banking au milieu de sa carrière politique), Axelrod et Jarett s'en sont tous pris aux banques récemment, notamment dans les Sunday talk shows.

L'administration Obama s'insurge donc contre les efforts de lobbying des banques à l'encontre des nouvelles régulations qu'elle propose. What a shocker! Quelle pitoyable position un an après avoir sauvé toutes les banques américaines de la faillite sans exiger aucune contrepartie substantielle. Quelle honte absolue. Réalisent-ils à quel point ils incriminent leur propre gestion de la crise en reprochant ce comportement aux banques? Le pouvoir politique s'est fait rouler dans la farine il y a un an, il n'est pas prêt de reprendre la main malgré ces rodomontades pathétiques (qui ne sont probablement guère plus que du posturing politique qui va arracher quelques concessions symboliques aux banques).

Au passage, un aveu de Summers:

"There is no financial institution that exists today that is not the direct or indirect beneficiary of trillions of dollars of taxpayer support for the financial system." – Larry Summers

Ca va mieux en le disant. C'est un des mantras du blogo que je trouve constamment oublié par les MSM (en France aussi: dire que "des banques ont remboursé" l'aide d'Etat en sous-entendant qu'elles volent de leurs propres ailes est un mensonge grossier). Summers reste cependant très mou, la vérité est qu'aucune banque de Wall Street n'aurait survécu sans cette intervention de l'Etat. Et c'est bien là le coeur du "coup d'Etat économique" dont traite ce blog: comment peut-on accepter que des banques faillies aient fait une OPA sur l'Etat américain et obtenu de lui une seconde vie (qui s'annonce plus dissolue encore que la première)?

Et cette pépite que Zero Hedge saisit au vol:

"Financial institutions that have benefited from government support can, should and must use this moment to think about what they can do for their country -- by accepting the necessary regulation to protect the American people," Summers said in remarks prepared for delivery at the Economist's Buttonwood Gathering in New York. – Larry Summers

Zero Hedge relève l'évidence qu'on finit presque par oublier dans le contexte américain: Larry…since when is it up to these institutions to “accept” regulations? The way the deal is supposed to work is that the American people via Congress pass laws to tell said institutions what they can do or not. You know what is even funnier? We probably have all the laws and regulations already on the books but the regulators (surprise Larry, that would be the Executive Branch, where you work and have previously worked) have simply sat on their asses and looked the other way.

La "regulatory capture" dénoncée notamment par Simon Johnson est donc entérinée par Summers qui demande simplement aux banques de retenir volontairement leurs coups au nom d'un truc qui ressemble à de la morale. Good luck with that! Quand le pouvoir politique en est réduit à ça, peut-on encore parler d'un pouvoir?

Note: pour finir, Bernanke apporte sa pierre à l'édifice en mettant en garde contre l'application trop rapide d'une loi réduisant la capacité des sociétés de carte de crédit à tondre des citoyens américains (je rappelle que depuis 1980, il n'y a plus de taux de l'usure aux Etats-Unis - on peut voir des taux de "credit cards" atteindre 29% voire 33%). Bernanke a l'air plus ému par les difficultés des credit card companies que par celles de leurs clients. Le patron de la FED n'a généralement pas à mettre autant les mains dans le cambouis. La bonne nouvelle est donc que cette loi gêne véritablement ces sociétés. La mauvaise nouvelle est que Ben est de leur côté mais est-ce vraiment une nouvelle? Et pourquoi ces banques veulent-elles un délai? Pour gagner quelques mois de "good business" ou pour avoir le temps de s'immuniser contre les effets de la loi?

Un euro vaut $1,50

Il y a des gens qui ne croient pas aux déclarations de Tim Geithner...

mardi 20 octobre 2009

Atrios sums it up

Reproduction d'un post d'Atrios qui a l'art de la concision:

What A Shitty Decade

Maybe it's just a bit too early, but I'm a bit surprised by the lack of end of the decade reminiscing pieces in the news. We all agreed that the new millenium started on Jan. 1, 2000, so its first decade is almost done...
-Atrios 14:11

lundi 19 octobre 2009

"Torture made in USA"

"Torture made in USA" est un documentaire bien fait sur la tentative de légalisation et l'usage généralisé de la torture par l'administration Bush après le 11 septembre. Il a été produit par Canal + et n'est pour l'instant pas diffusé en raison de difficultés entre la réalisatrice, Marie-Monique Robin, et la chaîne (notamment au sujet de la longueur: Canal + veut 52min, elle a fait un documentaire plus détaillé de 85min).

En attendant, le documentaire a été mis en ligne pour 2 mois par Mediapart dans la version souhaitée par la réalisatrice. On ne peut donc voir ce documentaire que grâce à "la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes !" selon J. Séguéla. Gageons que si on regarde le docu avec une rolex au poignet, on est à moitié pardonné.

vendredi 16 octobre 2009

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir - Dassault Falcon 7X tout neuf - j'espère qu'il vous plaît car il vous a coûté un bras - la peinture de la queue est très moche)

mercredi 14 octobre 2009

"Je peux pas y croire!"

C'est ce que s'était exclamé Jacques Chirac en réponse au contenu de la cassette "Méry".

Intro d'une news Bloomberg aujourd'hui:
Geithner Aides Reaped Millions Working for Banks, Hedge Funds
Oct. 14 (Bloomberg) -- Some of Treasury Secretary Timothy Geithner’s closest aides, none of whom faced Senate confirmation, earned millions of dollars a year working for Goldman Sachs Group Inc., Citigroup Inc. and other Wall Street firms, according to financial disclosure forms.

No Shit! Comme le Capitaine Renaultdans Casablanca, je suis "Shocked! Shocked!":

mardi 13 octobre 2009

Question

Qu'est-ce que les politiques refuseraient aux banques en échange de quelques instants d'impression de normalité?
Ils ont répondu: rien.

Un congressman pas comme les autres

Alan Grayson est en train de devenir un des congressmen les plus en vue. Sa méthode: il ne se laisse pas impressionner par son statut de débutant (il vient d'être élu) et il ne se couche pas comme (presque) tous les autres sur tous les sujets (se faire remarquer est finalement assez simple au Congrès). Matt Taibbi disait de Grayson qu'il était rentré en contact avec lui et que Grayson l'avait incendié au téléphone d'une manière qui l'avait déstabilisé (pas évident de déstabiliser Taïbbi j'imagine).

Il parle ici de la nécessité d'une full disclosure des actions de la FED avant la confirmation de Bernanke. Effectivement, reconduire un homme dont on ne connaît pas les actions n'est qu'un acte de foi. A la fin de l'interview, Maria Bartiromo (une corporate journaliste pur jus de CNBC) lui pose une question si grotesquement orientée qu'il lui répond sans hésitation: "Maria, are you a republican?". Not politics as usual. (via Zero Hedge)










Post-It (2)

Le retour du "run on the bank" et cette fois-ci, c'est plus près de chez vous que vous ne l'aviez imaginé. Une banque néerlandaise a dû fermer en raison de la défiance des déposants. (via Zero Hedge) Une chose m'a frappé également: l'absence de faillite de banques américaines vendredi dernier. Une semaine sans faillite est devenue très rare. Quand on sait que le FDIC arrivait justement à ses limites de capacité de financement, on se dit que cette coïncidence est étrange.

Le cauchemard islandais (200000 habitants si je me souviens bien).

"Unbelievable" chute des recettes fiscales des Etats américains (-36% pour NY).

Le crédit à la consommation aux Etats-Unis continue de baisser. J'en ai parlé il y a pas longtemps mais j'ai trouvé ces deux graphes éclairants (via Zero Hedge) (stocks et flux):

lundi 12 octobre 2009

Post-It (1)

La Californie au bord de la faillite, épisode 118. (via Atrios)

La Federal Housing Administration s'est mise à faire du subprime à la place des prêteurs subprime traditionnels. L'idée est de soutenir un peu le marché. La conséquence est un énorme "sauvetage" à venir de la FHA. Et surtout quelques minutes de gagnées... Enjoy!

63% des réserves monétaires constituées au deuxième trimestre étaient en Yen et en Euros contre seulement 37% en dollar d'après Barclays. Parfum de fin de règne. (news la plus lue sur bloomberg today)

Le Blogo a souvent parlé de la réforme de la "Bankruptcy Law" en 2005 qui venait à point pour vulnérabiliser les américains devant les credit card companies quelques mois avant le retournement de la bulle du crédit. En image via "Calculated Risks":
Qui a tué la réforme du système financier? Ritholtz a son avis sur la question: The short answer: Key members of Congress are owned by the financial services group’s lobbyists. The longer answer: Lobbyists from the financial industry have paid hundreds of millions to Congress, the Bush and Obama administrations. (See yesterday’s Total Campaign Contributions/Lobbying by TARP Recipients)
Et c'est une remarque général mais on peut se payer le système politique pour relativement peu d'argent pour peu qu'on applique stratégiquement de la pression. Et ici également. (via TBP)

La belle histoire d'un "quant" qui réfléchit à la "big picture" (il n'y en a pas tant que ça). Bloomberg retrace longuement le parcours tortueux de Paolo Pellegrini, devenu "trader star" sur le tard en bossant pour Paulson (celui du hedge fund, pas le secrétaire au trésor). Il a mis au point le trade diabolique qui visait à shorter le subprime en achetant de la protection contre le défaut de bonds subprime. Il faut dire que la plupart des quants ont entre 20 ou 30 ans et pas du tout la hauteur de vue pour anticiper le marché. Pellegrini lui avait 50 balais. Le climax de l'histoire est quand il démontre dans une présentation par A+B à Paulson que le marché de l'immobilier va s'effondrer et que celui-ci finit par sourire.
He recalls that Paulson broke into a smile when he showed him the proof that houses were overpriced. “John doesn’t smile,” Pellegrini says. “It felt great.”
La question étant: qu'aurait valu ce trade sans bailout? A l'époque, j'étais médusé à l'idée qu'on pouvait juste inverser le trade et gagner de l'argent. Ca n'était pas possible évidemment sans les interventions modifiant l'espace-temps de Bernanke-Geithner-Paulson. Le bailout d'AIG a notamment servi à payer ("make whole") un certain nombre de ces paris.

Summers, cet imbécile (voir ici) corrompu (voir là), n'a pas pu s'empêcher de renouer avec la litanie d'énormités qu'il n'a cessé de répéter sur les affaires économiques durant la décennie écoulée (n'ayez crainte: il n'est que senior economic adviser d'Obama). Heureusement, un des papes du bond market US, El-Erian de PIMCO, a offert un contrepoint bienvenu à sa stupidité confondante et son cheerleading pavlovien. En gros, Summers nous dit que nous sommes repartis pour une croissance à 4% "as far as the eye can see" alors qu'El-Erian parle d'une période substantielle de croissance inférieure (2% ce que je trouve encore très optimiste mais peut-il dire moins vu l'impact de ses déclarations?).
La thèse de Summers a un intérêt: elle correspond aux projections budgétaires du Congressional Budget Office qui visent à nous faire croire que "tout est sous contrôle". L'idée est simple: si vous croissez à 4% par an pour toujours, vous pouvez vous sortir d'à peu près toutes les ornières économiques. Mais avec des si, on mettrait Paris en bouteille.
Says El-Erian: Summers “has this concept of escape velocity,” El-Erian said Oct. 9 at a meeting of financial-market professionals in Toronto. “We don’t have enough to achieve escape velocity.”

Moyers, Johnson and Kaptur

A voir absolument: la dernière émission de Bill Moyers. Si le format MSM vous rassure, vous y verrez que les positions du blogo ne sont pas seulement celles de quelques blogueurs "en sous-vêtements dans leur garage" (expression péjorative très fréquente aux US chez les journalistes du MSM qui réalisent avec effroi que certains informent désormais sans compromission).

Simon Johnson et Marcy Kaptur nous y explique qu'un coup d'Etat économique a eu lieu. C'est un des crédos de Michael Moore dans son dernier film* (il y fait acquiescer Marcy Kaptur à cette analogie et l'émission de Moyers commence par cet extrait) mais aussi une expression que le blogo défend depuis longtemps (je voulais retrouver le lien mais la "search" de blogger ne marche pas).
moyers

Kaptur y décrit notamment un dîner de congressmen avec Jamie Dimon (CEO de JP Morgan) dans un "fancy hotel" qu'elle qualifie de "Lovefest" (des congressmen pour Jamie Dimon s'entend).

Dans le même registre, Barry Ritholtz à "The Big Picture" nous rappelle deux grandes citations de l'année (Ritholtz en gras):

Want to know why Financial Reform has been dead in the water so far ?

“The banks run the place. I will tell you what the problem is — they give three times more money than the next biggest group. It’s huge the amount of money they put into politics.”

- Representative Collin C. Peterson (D- Minnesota), NYT

And this:

“And the banks — hard to believe in a time when we’re facing a banking crisis that many of the banks created — are still the most powerful lobby on Capitol Hill. And they frankly own the place.”

-Sen. Dick Durbin (D-Ill.), WJJG 1530 AM’s “Mornings with Ray Hanania.”

We no longer live in a democracy — its a corptocracy, where the government gets sold to the highest bidder.

John McCain was sure right about this — whatever happened to that guy? The maverick MaCain who tried to rein in lobbyists and campaign contributions?

* L'occasion pour moi d'attirer une fois de plus l'attention des lecteurs sur la sortie du film de Michael Moore le 25 novembre avec la bande-annonce à nouveau mais sous-titrée en français cette fois (j'y reviendrai):