vendredi 30 octobre 2009
mercredi 28 octobre 2009
Quelle horreur!
mardi 27 octobre 2009
Au risque de lasser...
The New York-based bank, 34 percent-owned by the U.S. government, is listed as a client by 46 of the 1,537 lobbyists who filed with Congress to work on President Barack Obama’s push for rules to limit financial risks and impose stricter consumer protections.
Anger management anyone?
Cela dit que Citigroup qui bénéficie de $45 milliards d'aides de l'Etat et qui est possédée par le contribuable à 34% est la société qui a le plus de lobbyists à Washington (46).
Buffett fait du Bourdieu "hardcore"
“The idea that the people who move money around are some favored class -- and they are in this country even in terms of taxes -- is getting pretty far away from where we should be.”
Et puis ce passage "Bourdieu for dummies":
“I was lucky at birth,” Buffett said. “I shouldn’t delude myself into thinking I am some superior individual. Most of the rich people in the United States and the U.K., they wouldn’t have done quite as well if they were in Bangladesh or some place like that.”
Citations
Niall Ferguson, Laurence A. Tisch Professor of History, Harvard University, William Ziegler Professor of Business Administration, Harvard Business School:
The problem of being a declining empire doesn’t have a solution.” (Referring to the suggestion that a great many, if not all, of America’s problems are fixable.)
Robert J. Shiller, Arthur M. Okun Professor of Economics, Yale University:
“Look up ‘bubble’ in an economic textbook and it’s not there.” (Referring to the shortcomings of the traditional economic curriculum.).
Elizabeth Warren, Chair, TARP Congressional Oversight Panel:
Jeffrey D. Sachs, Director of The Earth Institute, Quetelet Professor of Sustainable Development, and Professor of Health Policy and Management, Columbia University:“The reason banks lost confidence in each other is because they looked at their own books.” (Referring to the loss of confidence that roiled markets during the darkest days of the crisis.)
George Soros, Chairman, Soros Fund Management:“It was grotesque.” (Referring to fact that, despite its extraordinary size, the $62 trillion credit default swap market was essentially unregulated.)
“This was a crisis made in the U.S.” (Referring to the suggestion that China’s export policies played a key role in creating the credit bubble.)
“Bankers have too much power.” (Referring to the hold that Wall Street has over Washington.)
Stephen Roach, Chairman, Morgan Stanley Asia:
Those who are looking for a “V”-shaped recovery are in for “a rude awakening.”
“The imbalances going into the crisis were large to begin with. Now, they are bigger than ever.”
Sheila C. Bair, Chairman, Federal Deposit Insurance Corporation:
“Insured deposits are being used in ways that I don’t like to see.”
Post-It (3)
Asked whether tax cuts enacted during the Bush administration should be allowed to expire next year, he said, “it does not make sense to raise taxes in a recession” and that “getting growth on track led by the private sector is still our most important priority.” Tim Geithner laisse entrevoir que les tax-cuts (essentiellement pour les riches) mises en place par Bush et qui "expirent" normalement l'an prochain pourraient être reconduites. Il dit qu'augmenter les impôts nuit à la croissance et que les baisser la favorise. C'est un des faux théorèmes qui ont alimenté la phase de croissance déséquilibrée depuis 30 ans dont nous sortons actuellement. Les américains y croient dur comme fer (même si ça ne joue qu'en faveur d'un très petit nombre). Il faut dire qu'il n'y plus aucun lien entre ce que l'Etat américain gagne et ce qu'il dépense. C'est un peu comme si vous êtiez sûr que votre banque vous financerait à fonds perdus jusqu'à votre mort: a quoi bon aller demander une augmentation à votre employeur même si vous la méritez? La partie "revenus" n'a qu'une incidence mineure sur votre train de vie... (Si vous êtes vraiment malin vous avez peut-être déjà arrêté de bosser - dont acte.)
Ce post de Naked Capitalism (déjà référencé dans un autre post mais longtemps après la publication) qui signale que les vieux médias US expliquent désormais aux américains que "seuls des losers minoritaires sont encore amers sur la crise" et que "It's time to move on". Les liens dans le post sont intéressants. On peut considérer que la population ne s'est jamais faite avoir par ses dirigeants dans ces proportions mais il y a une nouveauté par rapport à 1789 (par exemple): les citoyens sont désormais satisfaits avec des chips et un poste de télé. La capacité à avaler des couleuvres est donc démultipliée. Nous verrons donc.
Zero Hedge fricote avec Alex Jones. Zero Hedge a posté un extrait d'un documentaire d'Alex Jones. Alex Jones est un "truther" (vous savez: il y avait des petits hommes verts dans le World Trade Center qui ont tout fait péter etc...) qui est en train de faire une petite fortune en dénonçant "le complot global de tous contre tous". J'imagine que c'est inévitable sur internet et j'ai dû ici-même référencer des choses que je ne cautionnerais pas forcément après plus amples informations quelques mois après (même si rien ne me vient à l'esprit et que je pense être conservateur). Je suis un peu gêné qu'Alex Jones ne fasse pas partie des "not linkable" de Zero Hedge. Vigilance donc. Toujours.
La circulation de 400 journaux papiers chutent de 10% en 6 mois aux US. Je n'irai pas pleurer sur leurs tombes (je l'ai déjà dit?).
Après la 100ème faillite de l'année, Sheila Bair qui dirige le FDIC (l'organisme qui garantit les dépôts aux Etats-Unis) se fend d'une vidéo de 3min disant que tout va bien. Scary.
Le chaos administratif que va tôt ou tard dévoiler la crise de l'immobilier commence à se voir: “Bank of America and Countrywide Home Loans destroyed mortgage documents, and “recreate” them by “insert(ing) data as they see fit,” to cover up their own failure to keep records – or their fraud – according to a federal RICO class action. (via TBP) Tous ces prêts ont été faits en dépit du bon sens par des gens pressés de gagner quelques dollars. Qui plus est, s'il y avait vaguement quelques personnes disposées à "keep the records" durant le boom, il est clair que tout s'est très vite dégradé depuis que cela ne rapporte plus rien. C'est la dislocation du marché. C'est pour ça que la démocrate Marcy Kaptur a solennellement demandé à la chambre des représentants aux américains de squatter leurs propres maisons si les banques n'étaient pas en mesure de produire le mortgage. Dans de nombreux cas, elles ne le sont pas (ou avant 2015 en tout cas!). Voir également Gretchen Mortgenson du NYT sur la question ici. (via TBP aussi)
Dans le même ordre d'idée, tout le marché des mortgage est désormais nationalisé. Fannie/Freddie sont nationalisés et le subprime a disparu (remplacé en partie par le US gvt avec des trucs genre no money down etc...). Et ce n'est pas parce qu'on l'estampille "Etat" qu'un système complètement dysfonctionnel devient par miracle fonctionnel: les fous ont les clés de l'asile.
lundi 26 octobre 2009
Too big too fail
Extrait:
We’ve institutionalized the idea that there are firms that are too big to fail and, therefore, “we, the people” are obliged to see that they don’t — even if that means bankrupting the national treasury and undermining the living standards of ordinary people. What sense does that make?
If some company is too big to fail, then it’s too big to exist. Break it up.
Je suis d'accord bien évidemment mais la réduction de la taille des institutions financières n'y suffira pas. Si on laisse se développer entre elles des transactions sans aucun contrôle (comme les CDS d'AIG) et sans aucune limite (pas de collatéral, hors bilan...), qu'elles soient grosses ou petites, toutes les banques continueront à représenter un risque systèmique les unes pour les autres. Si vous avez 10 dominos disposés en cercle ou 100 dominos plus petits mais toujours disposés en cercle, si vous en renversez un, dans les deux cas, tous les autre dominos tomberont.
Il ne faut pas seulement que les dominos soient plus petits. Il faut surtout qu'ils ne soient pas disposés en cercle! C'est cet enchevêtrement de transactions non régulées aux nominaux ridicules qui protège Wall Street comme un bloc monolithique qu'on protège ou qu'on laisse tomber globalement sans solution intermédiaire.
Point de vue sur "Capitalism: A Love Story" (finalement)
"Capitalism: A Love Story" n'est pas dépaysant pour les gens qui ont vu les précédents films de Michael Moore. Le film est divertissant et instructif sur certains points mais je me demande si la balle que Moore avait dans son pistolet sur le sujet de "La Crise" n'aurait pas pu être mieux employée:
- Moore s'en prend au capitalisme en général ce qui est très ambitieux et prend en gros de front 98% des américains. Est-ce bien calculé? (j'ai vu sur Box Office Mojo que le film avait moins bien marché que "Sicko", est-ce surprenant? Il faut dire qu'il n'est pas aidé par les gros titres du moment qui s'accordent sur le point que la crise est derrière nous.). Ces terminologies de la guerre froide ont-elles vraiment encore cours? Est-ce le meilleur moyen de lancer le débat?
- Si on prend le capitalisme en ligne de mire, peut-on vraiment se contenter de juxtaposer des vignettes (façon "Capital" larmoyant ) sur différentes victimes du système qui n'ont pas ou peu de rapport entre elles? La moitié du film est consacrée à des gens expulsés de leur maison, des pilotes d'avion sous-payés, des sociétés qui ont bénéficié de la mort d'employés en souscrivant des assurances-vies... La réalité sociale qui est dépeinte est souvent tragique et émouvante mais on ne peut pas non plus ignorer que le tout est monté dans un sens qui vise à maximiser les effets.
- Michael Moore nous apprend qu'il est catholique et il donne la parole à deux prêtres et à un "archbishop" qui pourfendent le capitalisme. Est-ce fédérateur? Instiller du religieux dans ce débat ne me semble pas utile (just the facts, please).
- Finalement, à moins que j'ai eu un moment d'inattention, il commet une erreur factuelle majeure en omettant de préciser que les $700 milliards du TARP ne sont que la partie émergée de l'iceberg de l'aide totale aux banques. Sans rentrer dans le détail de l' "alphabet soup" des différents programmes d'aide, une référence rapide aux autres programmes aurait permis d'éviter une mauvaise représentation des faits.
Il y a aussi des choses positives:
- Moore met à jour une réalité sociale qui est mal connue et n'intéresse pas assez les vieux médias.
- Il établit clairement à quel point le subprime n'est pas le produit d'un régulateur négligent mais bien de politiques corrompus jusqu'à la moëlle. Il montre que de nombreux politiques de haut niveau ont bénéficié des largesses de "prêteurs subprime" comme Countrywide (avec une mention spéciale à Chris Dodd, Chairman du Senate Banking Committee (encore aujourd'hui!) ). C'est vraiment extrêmement louable car cette réalité n'est pas assez relatée (It could lead to reform! God forbid!).
- Il met à jour une déclaration de Roosevelt lors de son dernier discours sur l'Etat de l'Union où il propose un cadre social très ambitieux pour le pays.
Je recommande donc le film à tous les gens intéressés par le sujet (a priori le cas des lecteurs du blogo) car il est instructif et divertissant (pour ceux qui auraient peur de s'ennuyer). Je trouve dommage que Moore n'ait pas circonscrit son discours à la crise et à la corruption du système politique américain: la démonstration aurait été plus cinglante et le coup porté aurait été plus efficace. "Sicko" atteignait mieux son but de ce point de vue là et il n'est pas impossible qu'il ait été une des raisons pour lesquelles le débat sur le système de santé soit allé aussi loin (la roue tourne toujours quant au résultat final). A l'inverse, je pense que "Capitalism: A Love Story" n'aura que peu ou pas d'impact sur le débat politique américain ce qui est le standard auquel Moore doit dorénavant être mesuré (more power to him).
dimanche 25 octobre 2009
Update sur le traitement médiatique de l'Iran
Saturday, Oct 24, 2009 05:25 PDT
The Washington Post's 2002 "reporting" on Iran
Anonymous sources. Scary war-fueling claims. One-sided accounts. Sound familiar?
By Glenn Greenwald
Anyone who believes the establishment media in the U.S. learned even a single lesson from what happened with Iraq should immediately read this featured Washington Post article by Joby Warrick, which gravely and frighteningly warns that Iran's Qom nuclear facility "was intended explicitly for making highly enriched uranium for nuclear weapons." It's filled with one alarmist claim after the next (all anonymously provided, needless to say), such as this: "That number is too small to furnish fuel for a civilian power plant, but just big enough to supply Iran annually with up to three bombs' worth of weapons-grade fuel, the former officials said" and "Qom could produce enough bomb-grade fuel for two to three bombs annually."
The issue isn't whether you believe Iran desires to develop nuclear weapons; it's obviously possible (even rational) that they do. The issue is the painfully reckless, transparently irresponsible, and Iraq-replicating "journalistic" methods for disseminating these war-fueling assertions. In perfect 2002 fashion, Warwick does not have a single named source for these scary allegations; instead, this is who fed him these claims: "many U.S. and European intelligence officials" and "two former senior U.S. officials" and "intelligence officials from the United States and allied nations" and "a senior Middle East-based intelligence official" (one wonders, in vain, which "allied nation" and which "Middle-East based" country might have whispered these things?). And while Warwick provides a cursory paragraph devoted to denials by Iranian officials of these accusations, he does not include a single expert or named source to dispute these claims. It's a purely one-sided, unquestioning and entirely anonymous series of dubious, unverified, fear-mongering assertions that can have no purpose other than to create the most sinister picture of the "Iranian threat" possible.
In other words, it's the exact pattern used to lead the country to attack Iraq. Beltway reporters like Warwick have learned nothing and establishment media institutions are just as devoted as ever to beating war drums on command. What else could possibly explain a shoddy, trashy article like this making it past a team of editors? And just imagine how much worse it would get if the U.S. government actually wanted to bomb Iran. All of this is happening while, at least from all appearances, the White House wants to avoid that outcome.
Note 1: Le gras est de moi. Si vous n'êtes pas sensibilisés au fait que les "sources officielles anonymes" sont inacceptables en particulier sur ce genre de sujet, voir ici.
Note 2: Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la propagande dans les vieux médias américains avant la guerre en Irak à laquelle fait référence Greenwald, vous pouvez commencer ici.
samedi 24 octobre 2009
Capitalism: A love story
J'ai été invité à l'adresse email du blog à venir assister à une avant-première du dernier film de Michael Moore: "Capitalism: A Love Story". Le mail me donnait les liens vers les bande-annonces du film mais ne demandait pas explicitement de poster la bande-annonce. Je l'ai fait néanmoins en ajoutant la formule cryptique: "j'y reviendrai" mais en laissant de côté pour le lecteur le fait que je rentrais dans une espèce de transaction avec les promoteurs du film dans laquelle j'exposais le lecteur, "innocent bystander", à une publicité pour le film et qui me permettait de le voir un mois avant sa sortie en salle dans un contexte qui m'intriguait. J'ai reçu mon invitation très peu de temps après avoir posté la bande-annonce. Ce que j'ai compris est que les promoteurs du film avaient fait des recherches sur internet sur les blogs qui avaient parlé de Michael Moore précédemment et qu'ils les avaient contactés. J'avais en effet déjà posté la bande-annonce du film (sans qu'il ne me soit rien demandé) pendant l'été.
On est précisément (à une échelle microscopique) dans un exemple du genre de relations qui corrompent à grande échelle les MSM (vieux médias). Un marché faustien entre l'accès et le statut d'insider et une couverture médiatique (éventuellement positive). La full disclosure du blogo (prévue depuis le début) a pour but de mettre les cartes sur la table mais également de lancer ce débat passionnant. Les journalistes institutionnels font partie d'une structure de pouvoir dans laquelle ils ont un mode opératoire théorique (indépendants de toute pression, ils livrent la vérité brute de décoffrage aux citoyens en respectant des standards d'intégrité journalistique élevés) et pratique qui n'ont rien à voir (en pratique, ils ont des actionnaires qui se trouvent avoir investi dans la presse parce qu'ils avaient précisément l'intention d'influencer le débat: marchands d'armes, BTP, banques... et une catégorie spécifique et emblématique: Berlusconi!). Ca c'est la big picture mais il y a aussi le problème du lien entre les journalistes et les sujets dont ils traitent comme par exemple les relations entre l'Auto-Journal et un grand constructeur français. Le grand constructeur passe des pubs dans le magazine, les journalistes et les représentants des constructeurs se connaissent: si un journaliste pense que toute la gamme Peugeot tient la route très moyennement, vous pouvez être sûr que l'info ne va pas apparaître un beau jour en couverture.
L'internet vient tout changer. La corruption totale des corporate medias mise à jour sous Bush aux Etats-Unis a rendu les sources d'information alternatives immédiatement compétitives et quasiment seules dignes d'intérêts. Dans le même ordre d'idée, combien d'articles des Echos faudra-t-il lire avant d'avoir une perception de la crise qui reflète un tant soit peu la violence qui a été faite à la population en général au profit des banques? (ce post de Naked Capitalism, "Herding the sheep", nous décrit comment les vieux médias expliquent désormais à la population américaine que "seuls des losers minoritaires sont aujourd'hui amers au sujet de la crise" et que "it's time to move on").
Le problème, c'est que les voix qui arrivent à émerger sur le net sont immédiatement cooptées par les mêmes intérêts que ceux qui ont la haute main sur les vieux médias. El Blogo à l'avant-première de Michael Moore par exemple mais il y a plus préoccupant. Atrios (un des blogueurs américains les plus lus) s'est mis il y a quelques mois à consacrer un post sur dix environ à la promotion des transports publics aux Etats-Unis. Alors c'est "green" et c'est sympa mais pourquoi avoir attendu 5 ou 6 ans avant de se découvrir cette passion? Il a aussi emménagé récemment dans un appartement avec rooftop à Philadelphie (il faut quand même lui rendre cette justice: son trafic est tel qu'il est sans doute indépendant financièrement - mais le succès crée parfois de nouveaux besoins...). Josh Marshall qui a commencé comme journaliste faisant un blog "on the side" est désormais à la tête d'une petite entreprise et il a obtenu un siège parmi les journalistes couvrant la maison blanche. Dès qu'on a des salaires à payer à la fin du mois, le label "blog indépendant" devient très théorique.
Sans compter les imposteurs comme Huffington Post et Politico qui se prétendent "new media" alors qu'ils sont des faux-nez des MSM "from day one". Daily Kos (le site qui révolutionne le parti démocrate) est intermédiaire: il n'a pas démarré avec une campagne de promotion digne de "Windows 7" comme les deux autres mais il est devenu désormais une force politique institutionnelle accueillant un nombre ahurissant de contributeurs et de permanents.
Les blogueurs spécialisés qui trouvent une audience sont également immédiatement pris en main par les intérêts commerciaux dont ils traitent. Sur les mini-PC par exemple, le site Blogeee a très vite disposé d'avant-premières constructeurs qui amélioraient le contenu du site. Quelle indépendance reste-t-il une fois que ce genre de relation est établi? Pareillement, Jon Ostrower de "Flightblogger" est devenu un porte-parole de Boeing disposant d'informations privilégiées qui a aidé Boeing à gérer médiatiquement les retards du 787 avec des fuites calculées au millimètre préparant ou "fine tunant" les communiqués de presse. L'indépendance des blogueurs est périssable. En gros, quand un blog est assez connu pour que vous en entendiez parler, il est probable que des gens se demandent déjà depuis longtemps comment l'influencer. C'est "la tentation de l'infomerciale" de tous les grands intérêts économiques: comment faire de la publicité qui ressemble le moins possible à de la publicité? Une publicité idéale aux yeux des annonceurs: débarassée du stigmate d'être de la publicité.
Alors quoi? Faudrait-il dans une société que des acteurs purs et parfaits diffusent et commentent l'information avec la rigueur et la maîtrise d'un horloger suisse sans qu'il y ait la place pour des passions, des amitiés, des connivences, des emballements et des affrontements? La société après tout trouve des points d'équilibre et il est normal dans une certaine mesure qu'une structure informelle se superpose à la structure formelle (à condition que cette dernière ne se transforme pas en vaste tartufferie). Le commerce des hommes en général nécessite des concessions et le journalisme en nécessite tout particulièrement. On peut même arguer que l'hypocrisie journalistique et l'abrutissement général de la population est un élément essentiel de notre ordre social et (je n'irai pas jusque là) que cette machine bien huilée est la seule chose qui nous protège aujourd'hui d'une révolution sanglante. C'est ce que j'entends (en extrapolant) dans la bouche de certains politiques (j'ai notamment été choqué par les propos de Copé sur ce point) qui se plaignent de l'anarchie qui règne sur internet et qu'il faudrait selon eux "domestiquer" pour garantir la stabilité sociale. La loi Hadopi met d'ailleurs la France en situation de proposer au monde le premier système général permettant d'identifier sans mandat d'un juge les communications électroniques d'un individu de manière préemptive. C'est ce qui la rend liberticide et inacceptable dans le "pays des droits de l'homme" (formule usée mais encore efficace). Si l'infrastructure technique n'existe pas, le pouvoir ne risque pas d'en abuser. Si elle existe... Voir ce qui s'est passé sur les telcos aux Etats-Unis qui ont enfreint la loi au service de Bush en faisant des écoutes illégales et qui se sont vus amnistiés rétroactivement par le congrès (avec la position "contre", puis le vote "pour" de none other que "our main man" Barack Obama). Il faut bien noter que je ne conteste pas au juge le droit d'examiner toutes les communications d'un individu si des soupçons pèsent sur lui. C'est le contrôle "préemtif" qui est liberticide et bien pire que tout ce qu'ont pu imaginer au fil des années les romans d'anticipation les plus noirs sur les libertés civiles: les vies sont aujourd'hui complètement exposées au travers des communications électroniques des individus.
Nonobstant le mélange de soif de contrôle et d'imbécilité qui nous a apporté l'Hadopi, l'aspect intéressant de la période est que l'internet déplace le point d'équilibre sur le continuum entre le contrôle exclusif des médias par une poignée de professionnels à la solde du pouvoir (Corée du Nord?) dont nous ne sommes pas si loin (cf les critiques des médias comme celle de Serge Halimi, "Les nouveaux chiens de garde") et un paysage plus conforme à l'idéal démocratique où tout un chacun peut faire entendre sa voix (les opinions sur les forums peuvent être assimilées à des petits ruisseaux qui font de grandes rivières par exemple). Les "affaires" Polanski, Mitterrand et même Jean Sarkozy auraient toute connu un cours différent avant l'internet (pas nécessairement une issue différente mais un cours médiatique différent).
Le pouvoir est une ressource finie et il se partage difficilement. Il est donc naturel que des dents grincent dans les médias traditionnels face à la disparition de leur monopole et à l'exposition simultanée (et dévastatrice) de leurs manques. Comme dans la téléphonie mobile, l'arrivée d'un concurrent ne menace pas seulement les cheptels de clients plus ou moins captifs de chaque opérateur: elle menace surtout de faire baisser les prix et donc la manière de faire du business. De manière similaire, l'apparition dans tous les secteurs de la société de francs-tireurs plus ou moins idéalistes prêts à dire leurs vérités sans être contraint par Pierre Paul et Jacques rend votre "Christophe Barbier de base" complètement anachronique. Christophe Barbier n'a pas obtenu son bâton de Maréchal lui permettant de s'adresser toutes les semaines à des centaines de milliers de personnes (les plus influentes) par acclamation populaire. Non, il a fait carrière, embrassé les bonnes bagues, décrypté la structure de pouvoir pour y trouver sa place et a été promu par un cénacle extrêmement restreint. It's so 20th century! Le paysage médiatique va être de plus en plus conquis par des gens sortis du rang (qui vont faire l'objet de cooptation par les pouvoirs en place mais qui seront à n'en pas douter mécaniquement remplacés au fur et à mesure que leurs compromissions apparaîtront au grand jour). Les Etats-Unis sont en avance sur nous de ce point de vue là et j'ai une explication: la polarisation extrême qu'a engendré Bush et la compromission majeure des MSM dans ce contexte a été un booster sans pareil pour le rôle médiatique et politique d'internet là-bas. La France n'a pas encore connu une révolution aussi majeure (cf rôle de Daily Kos dans le parti démocrate face au site de "Désir d'avenir" de Ségolène Royale au PS - CQFD).
Donc voilà. Je vous rassure, El Blogo n'est pas devenu un insider à l'occasion de cette avant-première mais j'ai quand même pris la décision ne plus publier quoi que ce soit ayant fait l'objet d'une transaction sans en informer mes lecteurs immédiatement et pas de manière différée comme je l'ai fait "this one time". Pour ce qui est de mon opinion sur le film, il faudra repasser car je me suis un peu laissé emporter dans cette introduction. Dans un post futur donc...
Jean Sarkozy - Jesus Christ
vendredi 23 octobre 2009
Post-It (2)
Depuis le temps j'imagine que c'est de plus en plus familier pour tout le monde mais ce graphe a le mérite d'être très clair pour expliquer la titrisation. Aussi, les emprunts ayant fait l'objet d'une titrisation ont cinq fois plus de chance de faire défaut que les autres(via TBP).

Un magnat du pétrole américain déclare sans prendre de gants que les sociétés américaines ont "droit à une partie du pétrole irakien" en raison du coût en hommes et en argent de la guerre. Il considère que trop de contrats sont accordés aux chinois. To the victor go the spoils. (via Atrios)
Barry Ritholtz est un grand comtempteur des données économiques provenant de l'Etat américain. Il admet cependant que dans les grandes masses, il y croit et qu'il est possible de dialoguer avec les statisticiens en cas de problème (il est très remonté contre les chiffres de l'emploi et le birth/death model - une modification qui a amélioré considérablement les stats US récemment). En revanche les données venant de Chine (croissance de 8,9% au Q3) lui rappelle les résultats miraculeux par leur constance de Bernie Madoff. Ce qui me frappe sur la Chine, c'est à quel point dans quasiment tous les articles qui y sont consacrés, il y a un moment ou à un autre un "disclaimer" sur la qualité des statistiques qui sont disponibles. Quand on sait que la Chine est à la fois le seul espoir et l'apprenti des Etats-Unis dans l'économie globale puis qu'on constate ce à quoi a mené la supposée "transparence" américaine, l'opacité chinoise donne réellement le vertige. Le choc n°1 de la crise est venue sans surprise de l'immobilier US. Le choc n°2 pourrait bien venir sans prévenir de la boîte noire chinoise.
2 slides percutants de la SocGen (via TBP)

A star is born: meet Alan Grayson
Je l'ai déjà cité dans le blogo à diverses reprises notamment pour avoir demandé à une journaliste star de CNBC suite à une question: "Maria, are you a republican?"
Il y a eu beaucoup d'autres morceaux de bravoure.
Intrigué, j'ai finalement regardé sa fiche wikipédia et il a un profil extrêmement solide. C'est en gros un cador du droit. Seule faiblesse: sa cirsonscription de Floride est historiquement républicaine et son mode opératoire ultra-polarisant (que le blogo ne va pas lui reprocher: c'est la seule attitude acceptable dans le contexte politique américain), en rupture avec les "dos and don'ts" de la politique américaine, va engendrer une opposition très bien financée aux prochaines élections (c'est comme ça qu'on "enforce" la party line dans le soviet supreme qu'est devenu le congrès américain). Sa flamboyance suffira-t-elle à l'assurer du soutien de ses administrés pourtant plutôt à droite? Ses sorties récentes ont pour l'instant augmenté sensiblement ses levées de fonds (les représentants sont élus tous les deux ans: ils ont donc en permanence besoin de cash et vivent sous la menace).
En tout cas, il applique la politique que je suggérais pour Obama en début de mandat: vu le challenge que représente la réélection dans le contexte de crise, autant prendre le maximum de risque et être battu éventuellement mais avec les honneurs.
Note 1: Pour ceux qui ne suivent pas, Obama n'a pas écouté par le blogo.
Note 2: Matt Taibbi, l'homme qui n'a pas peur de Goldman Sachs (et ça n'est pas peu dire pour un journaliste américain, voir ici), a confié qu'il y a quelques temps il avait eu un jour une confrontation avec Grayson au téléphone et qu'il avait presque eu une réaction physiologique qu'on n'attend pas chez un adulte.
Note 3: Alan Grayson fait donc son entrée avec fracas sur la Blogo Compliant List.
jeudi 22 octobre 2009
Pendant ce temp-là, au pays de la lutte contre la prolifération nucléaire
Note 1: Deux défenestrés britanniques du même building en 4 mois, ça fait quand même désordre. Il faut dire que les experts en contrôle des armement de sa Majesté ont un historique de petit moral quand les relations internationales se tendent. Cheer up guys! C'est pas France Telecom quand même!
Note 2: En tout cas, cet accident passionne réellement les médias français qui vont évidemment tirer l'affaire au clair en deux temps trois mouvements.
Post-It (1)
Les résultats des sociétés américaines sont bien accueillis. 79% des 104 sociétés du S&P 500 qui ont annoncé leurs résultats "battent les attentes". Alors évidemment, les attentes ne sont plus ce qu'elles étaient avant la crise mais Intel par exemple annonce que la demande d'ordinateur personnel revient aux niveaux d'avant-crise. Il ne faut pas être dupe de tout cependant, les résultats sont toujours présentés de la manière la plus sexy possible et beaucoup des cris de victoire perdent leur sens quand on rentre dans les détails. Caterpillar par exemple: les attentes étaient de 5cts/share est le résultat de 64cts. La société a diminué les emplois de 35000 depuis l'an dernier et a annoncé un point bas de ses ventes ce trimestre. "Beauty is in the eye of the beholder". Et en ce qui concerne les marchés (et les médias éco qui en font l'article en permanence), le biais pour trouver tout "beautiful" relève de la pathologie.
Scary times. Les prix de l'immobilier de luxe remontent à NYC, dans les Hamptons, à Londres. Les produits de luxe reprennent du poil de la bête. Le Blogo a déjà remarqué que l'injustice sectorielle que représente le sauvetage des banques allait accoucher d'une injustice géographique majeure en termes de prospérité. C'est ce qui se passe. Pour le reste du pays, la réponse est sans doute: "qu'ils mangent de la brioche". Scary times.
Selon RealtyTrac, les procédures d'éviction (foreclosures) n'ont jamais été aussi élevée qu'au troisième trimestre 2009. Ce chiffre doit diminuer sensiblement avant qu'on puisse parler d'une stabilisation de l'immobilier. Il est passé de 50000 par mois avant la crise à plus de 300000 aujourd'hui. Pourtant, dans des zones comme Las Vegas, il semble que l'on assiste à une frénésie d'achat que "Calculated Risks" qualifie de "crazy".
These were good times! Court papers claim Bernie Madoff's Securities offices were fueled by cocaine, topless women. (via Atrios)
"The Warning"
Le rôle de Summers dans cette vendetta anti-régulation est particulièrement frappant. L'idée que cet homme est probablement aujourd'hui le plus influent sur la politique économique américaine est stupéfiant. Absolument stupéfiant.
mercredi 21 octobre 2009
Les "top dogs" d'Obama s'en prennent aux efforts de lobbying des banques
L'administration Obama s'insurge donc contre les efforts de lobbying des banques à l'encontre des nouvelles régulations qu'elle propose. What a shocker! Quelle pitoyable position un an après avoir sauvé toutes les banques américaines de la faillite sans exiger aucune contrepartie substantielle. Quelle honte absolue. Réalisent-ils à quel point ils incriminent leur propre gestion de la crise en reprochant ce comportement aux banques? Le pouvoir politique s'est fait rouler dans la farine il y a un an, il n'est pas prêt de reprendre la main malgré ces rodomontades pathétiques (qui ne sont probablement guère plus que du posturing politique qui va arracher quelques concessions symboliques aux banques).
Au passage, un aveu de Summers:
Ca va mieux en le disant. C'est un des mantras du blogo que je trouve constamment oublié par les MSM (en France aussi: dire que "des banques ont remboursé" l'aide d'Etat en sous-entendant qu'elles volent de leurs propres ailes est un mensonge grossier). Summers reste cependant très mou, la vérité est qu'aucune banque de Wall Street n'aurait survécu sans cette intervention de l'Etat. Et c'est bien là le coeur du "coup d'Etat économique" dont traite ce blog: comment peut-on accepter que des banques faillies aient fait une OPA sur l'Etat américain et obtenu de lui une seconde vie (qui s'annonce plus dissolue encore que la première)?"There is no financial institution that exists today that is not the direct or indirect beneficiary of trillions of dollars of taxpayer support for the financial system." – Larry Summers
Et cette pépite que Zero Hedge saisit au vol:
Zero Hedge relève l'évidence qu'on finit presque par oublier dans le contexte américain: Larry…since when is it up to these institutions to “accept” regulations? The way the deal is supposed to work is that the American people via Congress pass laws to tell said institutions what they can do or not. You know what is even funnier? We probably have all the laws and regulations already on the books but the regulators (surprise Larry, that would be the Executive Branch, where you work and have previously worked) have simply sat on their asses and looked the other way."Financial institutions that have benefited from government support can, should and must use this moment to think about what they can do for their country -- by accepting the necessary regulation to protect the American people," Summers said in remarks prepared for delivery at the Economist's Buttonwood Gathering in New York. – Larry Summers
La "regulatory capture" dénoncée notamment par Simon Johnson est donc entérinée par Summers qui demande simplement aux banques de retenir volontairement leurs coups au nom d'un truc qui ressemble à de la morale. Good luck with that! Quand le pouvoir politique en est réduit à ça, peut-on encore parler d'un pouvoir?
Note: pour finir, Bernanke apporte sa pierre à l'édifice en mettant en garde contre l'application trop rapide d'une loi réduisant la capacité des sociétés de carte de crédit à tondre des citoyens américains (je rappelle que depuis 1980, il n'y a plus de taux de l'usure aux Etats-Unis - on peut voir des taux de "credit cards" atteindre 29% voire 33%). Bernanke a l'air plus ému par les difficultés des credit card companies que par celles de leurs clients. Le patron de la FED n'a généralement pas à mettre autant les mains dans le cambouis. La bonne nouvelle est donc que cette loi gêne véritablement ces sociétés. La mauvaise nouvelle est que Ben est de leur côté mais est-ce vraiment une nouvelle? Et pourquoi ces banques veulent-elles un délai? Pour gagner quelques mois de "good business" ou pour avoir le temps de s'immuniser contre les effets de la loi?
mardi 20 octobre 2009
Atrios sums it up
What A Shitty Decade
Maybe it's just a bit too early, but I'm a bit surprised by the lack of end of the decade reminiscing pieces in the news. We all agreed that the new millenium started on Jan. 1, 2000, so its first decade is almost done...
-Atrios 14:11
