jeudi 5 novembre 2009

Le château de sable législatif face aux marées du lobbying

Jusqu'à une date récente le problème de la "durabilité" des lois ne se posait pas aux Etats-Unis. Les législateurs passaient des lois conçues avec les lobbyistes qui satisfaisaient tout le monde à Washington. Désormais, il est possible que les intérêts exprimés par les lobbyists s'opposent (en apparence) à ceux défendus par les législateurs car les citoyens sont désormais plus attentifs au processus législatif (leur désintérêt leur a coûté très cher). Par exemple au sujet de la réforme du système de santé, les citoyens sont remontés contre les sociétés d'assurance. Pareillement dans la finance, les politiciens sont obligés de donner des gages à leurs électeurs du fait qu'ils ne sont pas totalement les marionnettes de Wall Street. C'est le cas par exemple sur l'agence de protection des consommateurs que souhaite Obama en matière de produits financiers.

Alors pour l'instant, ce projet d'agence a été vidé de ses propositions les plus intéressantes (par exemple obliger les banques à offrir des produits "étalons" extrèmement simples (plain vanilla) comme un emprunt immobilier 30 ans à taux fixe à côté des produits viciés qui sont le gagne-pain des banques). Du côté du système de santé, les intérêts représentés semblent avoir les choses bien en main et être en mesure d'éviter que des coups substantiels soient véritablement portés à leurs portefeuilles.

C'est donc un peu une question théorique mais l'idée de ce post est la suivante: quand bien même une force politique appuyée sur le peuple américain réussirait un jour à imposer des lois qui représentent enfin l'intérêt général, ces lois ne seraient-elle pas vidées de leurs substances et de leurs éléments toxiques (aux vues des lobbyistes) par un travail de sappes continue à coup d'amendements et de "supplemental" pouvant s'étendre sur plusieurs mois ou plusieurs années? Le travail des lobbyists est d'identifier les points névralgiques de la loi, les "technicalities", qui font qu'une loi populaire pour les politiciens glissent sur les intérêts de leurs clients comme sur les plumes d'un canard (c'est tout le problème de la "public option" dans la réforme actuelle du système de santé).

Il est très possible que les Etats-Unis passent par une phase "Pénélope" ou des politiciens toujours alliés des lobbyists déferont le soir en cachette ce qu'ils auront accompli dans la journée pour s'attirer les faveurs de leurs administrés. Cela pourrait être la "next line of defense" du système que nous connaissons aujourd'hui. Les citoyens n'ont pas la "staying power" (faculté de persister) des lobbyists. Des châteaux de sable législatifs visant à domestiquer certains "special interests" seraient donc systématiquement emporté par les marées des lobbyists.

Nous n'en sommes pas là: pour l'instant les lois sont encore le plus souvent vidées de leurs aspects problématiques (pour les lobbies) avant même d'être votées. Mais cela pourrait être la nouvelle formule. C'est d'ailleurs un peu ce à quoi on a assisté avec le TARP (loi de sauvetage des banques): la loi prévoyait quelques contraintes liées à l'acceptation de l'argent de l'Etat qui déplaisaient aux banques. Ces dernières se sont empressées de le rembourser dès qu'elles ont été en mesure d'emprunter (grâce à la FED). Elles ont alors délaissé le TARP au profit des aides de la FED qui ont l'énorme avantage d'être secrètes. La loi ne plaisait pas: elle a été contournée avec le concours de la FED, des législateurs et des corporate media. Long, hard slog.

mercredi 4 novembre 2009

Post-It (1)

RBS et Lloyds vont recevoir £30 milliards de plus. Le budget du NHS (système de santé) est de £100 milliards annuellement. (Via Atrios)

L'envers du décor de l'American Dream? La moitié des enfants américains utiliseraient les food stamps (aide alimentaire de l'Etat) à un moment de leur enfance. 90% des enfants noirs. Avant la crise. C'est le genre de chiffres qui oblige à se demander si l'image qu'on se fait de la société américaine est correcte: les jeunes vont bien à l'école à Beverly Hills 90210 ou sont des gossip girls dans l'Upper East Side, puis les américains vivent dans des lofts dans le village et passé 30 ans ils deviennent médecins à Seattle ou Housewives dans le Connecticut? Right? J'ai lu récemment que les 2/3 des programmes télés se focalisaient sur le top 20% de la société en termes de revenus en France (c'est cette étude du CSA même si le chiffre que j'avance n'est pas repris dans le lien). On peut comprendre que ce soit plus vendeur mais quel impact cela a-t-il sur nos perceptions? Sur nos politiques? Voire même sur la conscience de classe: les classes les plus nombreuses ne sont pas représentées. Comment peuvent-elle avoir conscience d'elles-mêmes si elles n'existent pas dans nos représentations? Si elles n'ont pas conscience d'elles-mêmes, comment peuvent-elles avoir une existence politique?

Au Q3, Goldman Sachs n'a perdu de l'argent qu'une journée sur 65 de trading. 2 journées au Q2. Zero Hedge parle d' "absolute perfection" mais avance que cela défie la loi des probabilités. Il invite la SEC à y plonger le nez. Vous savez l'institution qui vient de prendre comme COO pour une de ses divisions un goldmanite de 29 ans...

Une enquête de McClatchy détermine que Goldman Sachs a continué à émettre du subprime alors même qu'ils achetaient de la protection contre ces produits. Par for the course. (via TBP) Un professeur de Boston University, Laurence Kotlikoff, s'indigne (c'est assez rare pour être relevé):“The Securities and Exchange Commission should be very interested in any financial company that secretly decides a financial product is a loser and then goes out and actively markets that product or very similar products to unsuspecting customers without disclosing its true opinion. This is fraud and should be prosecuted.”

Joseph Stiglitz: “We have this very strange situation today in America where we have given banks hundreds of billions of dollars and the president has to beg the banks to lend and they refuse. What we did was the wrong thing. It has weakened the economy and has increased our deficit, making it more difficult for the future.” Il est sur la Blogo Compliant List et ça se voit (ce n'est pas comme d'autres qu'il serait peut-être temps de retirer, une sortie "compliant" de ci de là ne doit pas vous rendre compliant pour toujours).

Alan Grayson dans le NYT. Ils ne font pas référence à son efficacité quand le congrès tient des "hearings". C'est dommage. (via TBP)

“Nearly four of five economists surveyed by USA TODAY say the stock market rally since March is heralding a sustainable recovery." Les mêmes qui n'ont pas vu la crise venir, trop content de regarder ailleurs pour faire plaisir à la FED ou aux banques... (via TBP) Voir aussi Naked Capitalism sur un article du WSJ qui explique que les économistes se sont trompés sans dire qu'ils étaient le plus souvent intéressés à leur erreur.

Ambrose Evans-Pritchard nous annonce la déconfiture prochaine du Japon (dont le gouvernemnet a eu le mauvais goût de déplaire récemment aux américains). C'est déjà un de ceux qui annonçait que la "crise des pays de l'Est" allait être le subprime européen à l'approche du G20 du printemps ce qui avait titillé le bullshit detector du blogo (à juste titre semble-t-il aujourd'hui). Bosse-t-il pour le gouvernement US ou réellement pour le Daily Telegraph? Il n'y a qu'à lire le titre pour mesurer la subtilité du propos: "It is Japan we should be worrying about, not America". Pour situer l'animal, il bossait précédemment pour The Economist. Je ne veux pas dire qu'il a tort sur tout. Je signale seulement qu'il a déjà fait office de "hitman" pour Washington et que le Japon déplaît en ce moment. De plus l'idée qu'on puisse se faire du soucis simultanément pour le Japon ET les Etats-Unis semble curieusement ne pas lui avoir traversé l'esprit...

Pendant ce temps là, aux pays des banques en faillites aux Etats-Unis:

Obama est-il sous prozac?

Je pose la question car je me demande comment un homme intelligent, qui a démontré par ses écrits qu'il avait une sensibilité et des valeurs (ça n'était pas un problème pour son prédécesseur imbécile), peut supporter psychologiquement de n'être que l'instrument servile d'une élite américaine finissante en gardant encore et toujours le sourire alors que le deal était en théorie qu'il serait "maître du monde". Miracle de l'industrie pharmaceutique?

Obama a échoué à instaurer un véritable changement (vous savez, "Change you can believe in") sur à peu près tous les fronts: libertés civiles et transparence mises à mal sous Bush, guerres plus ou moins absurdes, meurtrières et coûteuses, réforme d'un système économique dont l'injustice a atteint un degré irréel qui le fragilise (Combien de temps peut-on continuer à transférer des richesses vers le "trou noir bancaire" au rythme actuel? Qu'a-t-on modifié structurellement pour que cela ne soit un jour plus nécessaire? Qu'en obtient-on en retour?). Reste la réforme du système de santé mais là encore, devant un congrès qui se mettait de manière surprenante à soutenir une réforme "dure" (i.e. qui égratigne un peu les assureurs et "Big Pharma"), la Maison Blanche aurait montré son vrai visage en souhaitant quelque chose de plus soft. La question n'est donc pas encore tranchée sur ce dernier point très emblématique mais j'anticipe une déception. Ca n'est pas le cas de Glenn Greenwald, par exemple, qui espère que la réforme du système de santé puisse être le début du reflux de la vague des "Reaganomics" qui ont submergé le paysage politique américain (et mondial) depuis 30 ans.

La vérité est qu'Obama n'a pas vraiment livré bataille et qu'il n'en a probablement jamais eu l'intention. C'est un ambitieux qui ne sert au fond à rien (si ce n'est à donner une seconde vie à un système politique à bout de souffle qui ne le méritait pas - rôle assez toxique) comme c'est le cas de beaucoup d'hommes politiques de par le monde (pas nécessairement loin de chez nous). L'histoire retiendra sans doute qu'il était trop jeune et surtout trop inexpérimenté pour qu'on ait pu raisonnablement en attendre quelque chose. On aurait aimé quelques réactions d'orgueil. On repassera.

Les américains, après huit ans de Bush, sont donc sur la voie de réaliser que le "recours" démocrate n'en est pas vraiment un. Autrement dit que cette crise n'est pas une crise économique mais une crise politique et que tant que le système politique américain ne sera pas réformé (à commencer par les lois de financement des campagnes électorales), ils n'en sortiront pas. Et vu l'état du débat aujourd'hui sur ce sujet (en gros inexistant), il est à peu près certain qu'ils ont devant eux un "long, hard slog".

Note: En dépit de ce commentaire un peu acide, je suis comme tout le monde sous le charme de cet homme et de sa sympathique famille. Comment pourrait-il en être autrement? (via Atrios) C'est sûrement une meilleure explication à sa bonne humeur que le Prozac! Je n'en espère simplement plus rien. Je ne lui jette pas non plus la pierre personnellement car comme je l'ai dit dès avant son élection, il aurait fallu un concours de circonstances véritablement exceptionnel pour qu'il ait vraiment les moyens d'avoir un impact. Sans doute aurait-il dû être élu dans 4 ans, quand la crise aura probablement créé les conditions d'une vraie réforme (dans la douleur).

mardi 3 novembre 2009

L'or à $1084 - Nouveau record

Souvenirs, souvenirs...

Des Blogueurs (indépendants?) à la Maison Blanche...

NOTE: J'ai écrit ce post en utilisant "Maison Blanche". Je suis depuis retourné sur le site et j'ai vu que le post en question disait "Treasury Department" et pas "White House". Je me suis dit immédiatement: "Grosse erreur, je vais corriger". Et puis j'ai vu que c'était non seulement le titre du post mais aussi le début de la première phrase. N'étant ni alcoolisé (First rule of blogging: ne pas bloguer bourré par respect pour le lecteur), ni sous l'influence d'aucune drogue et faisant parfaitement la différence entre la Maison Blanche et le Treasury Department, je maintiens la première version en supposant que "Naked Capitalism" a modifié le post après la première publication. Les conditions dans lesquelles les blogueurs pouvaient parler de ce meeting ont clairement fait l'objet d'un accord et "Naked Capitalism" a peut-être commis d'abord une erreur en utilisant "Maison Blanche" au lieu de "Treasury Department" puis a été rappelé à l'ordre. Peut-être ont-ils rencontré des gens du Treasury à la Maison Blanche. Peut-être aussi me suis-je trompé. A vous de voir si c'est le cas il suffit de remplacer "Maison Blanche" par "Département du Trésor", c'est effectivement moins impressionnant...


"Naked Capitalism" a carrément été invité à la Maison Blanche. Les blogueurs éco deviennent donc des targets des opérations de com de la Maison Blanche. Problème pour les invités: que sont-ils prêts à faire (à écrire) pour être réinvités? Quel rapport coûts/avantages pour le blog? Peuvent-ils être subjuguer par l'équivalent américain des "ors de la République"? Ce sujet a été traité extensivement sur le blogo à l'occasion d'un commentaire avorté sur un film que je ne citerai plus*.

Voici les blogs invités:
None of us knew in advance how many attendees there would be; there were eight of us at a two-hour session, Interfluidity, Marginal Revolution, Kid Dynamite’s World, Across the Curve, Financial Armageddon, Accrued Interest, and Aleph (and of course, others may have been invited who had scheduling conflicts). There was a place card for Megan McArdle as well.

Pas de "The Big Picture", pas de "Zero Hedge", pas de "Calculated Risks", pas d' "Atrios"(cas différent mais Atrios est économiste de formation)... il faut dire qu'ils ne sont pas basés à Washington):
Je n'en connais que la moitié de nom et je ne suis que "Naked Capitalism". Ont-ils tous dévoilé cette invitation comme ce dernier?

En tout cas, la Maison Blanche a compris que "la vérité est ailleurs" et qu'elle lui échappe.* On m'a demandé aujourd'hui de mettre un lien vers un jeu lié à ce film: faut pas pousser. Pas de lien donc et plus de titre!

Sign o' the times

Ce gars, Joe Saluzzi, est intéressant (il loue Zero Hedge à la fin de l'interview, c'est d'ailleurs là que je l'ai trouvée: via ZH*). Notez l'échange entre la "corporate journalist"(optimiste par profession) et l'invité pessimiste à 3min20s:

Saluzzi: Spending is the main concern. 70% of the economy is consumer driven. If these people are not confident which they are not, the disconnect between Wall Street and Main Street exists.

La "cheerleading journalist": I, I was at a department store: it was packed!

Saluzzi: Really? Where? In New York City right?

(Laughs)

L'autre cheerleading journalist: It sounds like a "yes".

Vous noterez au passage la vacuité du commentaire de la journaliste mais évidemment, tout est dans les rires. C'est l'injustice géographique, fille de l'injustice sectorielle en ce qui concerne les largesses du gouvernement américain, qui est en cause ici. Alors que le pays s'enfonce dans la crise, un déluge de dollar s'est abattu sur Wall Street ce qui crée un micro-climat économique. Cela ne va pas favoriser New York comme destination de shopping: si vous êtes en compétition avec des financiers qui vivent comme en 2006 (au frais du contribuable) cela pourrait offsetter l'avantage lié au dollar. Il vaut mieux aller faire du shopping à Detroit mais y a-t-il encore des magasins là-bas? Franck Sinatra chanterait aujourd'hui: "You'd better make it there cause you won't make it anywhere else".

Note: Le cheerleading des deux présentateurs pendant ces dix minutes est typique.
* C'est un péché mignon de la blogosphère: les blogueurs référencent presque systèmatiquement tous les gens qui parlent d'eux dans les vieux médias.

dimanche 1 novembre 2009

Two choices

De Nic Lenoir, contributeur de Zero Hedge.

That leaves only two choices for governments: let the debt cycle take its course. Bankruptcies will rise further, real estate will devalue another 30%, equities will lose 65%, and we will start with a clean sheet. That will wipe out the baby-boomers who are the main asset holders. Note by the way that the correlation between the number of 45/55 year-olds in our society and equities is historically positive. The other solution is to print as much as needed to prevent that from happening. It will be very difficult because leverage will only find people with sound balance sheets who will pour the resources into assets, driving asset inflation at the expense of sound economic recovery. Also despite what politicians may think asset inflation is a lot worse for the lower and middle class than is the debt cycle, or maybe they are just cynical. In the end, there is little chance that governments will be able to coordinate their actions like they did last fall, because fear then was a lot greater than now, when consequences of today's actions can in fact be more dramatic than they were then... In the end I think we will experience cycles of injection and draining of liquidity trying to dance between the two evils.

samedi 31 octobre 2009

Dream team

Cette vidéo est un peu décevante par rapport à son casting extraordinaire mais on va bien parfois au cinéma seulement pour des acteurs qu'on aime bien...Spizter à la fin: "Les banques doivent cesser de prendre des risques avec de l'argent garanti par l'Etat." Il veut stopper le trading sur compte propre des escrocs de Wall Street ce qui est une position du blogo depuis quelques mois déjà. C'est quand même incroyable que des évidences absolues apparaissent comme de grandes audaces au détour d'un talk show. Tous les repères sont brouillés. Au profit des banques, bien entendu.

vendredi 30 octobre 2009

mercredi 28 octobre 2009

Quelle horreur!

Sarkozy soutient "Bliar" à la tête l'Union Européenne. Autant y mettre Bush. It's wrong on so many levels... Le plus grave étant évidemment l'absolution rétroactive donnée à un homme qui n'a pas hésité à se couvrir les mains de sang en aidant au déclenchement d'une guerre illégale sans autre but apparent que d'affirmer son allégeance automatique à Washington (idéal pour le premier président de l'Europe...). Non seulement ça mais il est également responsable d'avoir plongé son pays dans le chaos économique inouï dans lequel il se trouve aujourd'hui (1997-2007, niveau timing, on ne peut pas faire mieux). L'heure de la honte et de la responsabilité viendra-t-elle un jour pour ce personnage sinistre? Merkel s'oppose en tout cas à cette énormité. Espérons que la levée de bouclier contre Bliar sera substantielle.

mardi 27 octobre 2009

Au risque de lasser...

Oct. 23 (Bloomberg) -- Citigroup Inc., which has yet to repay $45 billion in federal assistance, has more lobbyists than any other company who registered to try to shape legislation regulating the financial industry, U.S. Senate records show.
The New York-based bank, 34 percent-owned by the U.S. government, is listed as a client by 46 of the 1,537 lobbyists who filed with Congress to work on President Barack Obama’s push for rules to limit financial risks and impose stricter consumer protections.

Anger management anyone?

Cela dit que Citigroup qui bénéficie de $45 milliards d'aides de l'Etat et qui est possédée par le contribuable à 34% est la société qui a le plus de lobbyists à Washington (46).

Buffett fait du Bourdieu "hardcore"

Warren Buffett, dont la sincérité a déjà ravi le blogo, en remet une couche dans une interview à la BBC (via Bbg).

“The idea that the people who move money around are some favored class -- and they are in this country even in terms of taxes -- is getting pretty far away from where we should be.”

Et puis ce passage "Bourdieu for dummies":

“I was lucky at birth,” Buffett said. “I shouldn’t delude myself into thinking I am some superior individual. Most of the rich people in the United States and the U.K., they wouldn’t have done quite as well if they were in Bangladesh or some place like that.”

Citations

The Big Picture a rassemblé les citations les plus frappantes d'intervenants connus lors d'une conférence réunie récemment sous l'égide de The Economist. Sélection du Blogo:

Niall Ferguson, Laurence A. Tisch Professor of History, Harvard University, William Ziegler Professor of Business Administration, Harvard Business School:

The problem of being a declining empire doesn’t have a solution.” (Referring to the suggestion that a great many, if not all, of America’s problems are fixable.)

Robert J. Shiller, Arthur M. Okun Professor of Economics, Yale University:

“Look up ‘bubble’ in an economic textbook and it’s not there.” (Referring to the shortcomings of the traditional economic curriculum.).

Elizabeth Warren, Chair, TARP Congressional Oversight Panel:

“The reason banks lost confidence in each other is because they looked at their own books.” (Referring to the loss of confidence that roiled markets during the darkest days of the crisis.)

Jeffrey D. Sachs, Director of The Earth Institute, Quetelet Professor of Sustainable Development, and Professor of Health Policy and Management, Columbia University:

“It was grotesque.” (Referring to fact that, despite its extraordinary size, the $62 trillion credit default swap market was essentially unregulated.)

“This was a crisis made in the U.S.” (Referring to the suggestion that China’s export policies played a key role in creating the credit bubble.)

George Soros, Chairman, Soros Fund Management:

“Bankers have too much power.” (Referring to the hold that Wall Street has over Washington.)

Stephen Roach, Chairman, Morgan Stanley Asia:

Those who are looking for a “V”-shaped recovery are in for “a rude awakening.”

“The imbalances going into the crisis were large to begin with. Now, they are bigger than ever.”

Sheila C. Bair, Chairman, Federal Deposit Insurance Corporation:

“Insured deposits are being used in ways that I don’t like to see.”

Post-It (3)

Timmy dit-il bien ce que je crois qu'il dit? De Bloomberg,
Asked whether tax cuts enacted during the Bush administration should be allowed to expire next year, he said, “it does not make sense to raise taxes in a recession” and that “getting growth on track led by the private sector is still our most important priority.” Tim Geithner laisse entrevoir que les tax-cuts (essentiellement pour les riches) mises en place par Bush et qui "expirent" normalement l'an prochain pourraient être reconduites. Il dit qu'augmenter les impôts nuit à la croissance et que les baisser la favorise. C'est un des faux théorèmes qui ont alimenté la phase de croissance déséquilibrée depuis 30 ans dont nous sortons actuellement. Les américains y croient dur comme fer (même si ça ne joue qu'en faveur d'un très petit nombre). Il faut dire qu'il n'y plus aucun lien entre ce que l'Etat américain gagne et ce qu'il dépense. C'est un peu comme si vous êtiez sûr que votre banque vous financerait à fonds perdus jusqu'à votre mort: a quoi bon aller demander une augmentation à votre employeur même si vous la méritez? La partie "revenus" n'a qu'une incidence mineure sur votre train de vie... (Si vous êtes vraiment malin vous avez peut-être déjà arrêté de bosser - dont acte.)

Ce post de Naked Capitalism (déjà référencé dans un autre post mais longtemps après la publication) qui signale que les vieux médias US expliquent désormais aux américains que "seuls des losers minoritaires sont encore amers sur la crise" et que "It's time to move on". Les liens dans le post sont intéressants. On peut considérer que la population ne s'est jamais faite avoir par ses dirigeants dans ces proportions mais il y a une nouveauté par rapport à 1789 (par exemple): les citoyens sont désormais satisfaits avec des chips et un poste de télé. La capacité à avaler des couleuvres est donc démultipliée. Nous verrons donc.

Zero Hedge fricote avec Alex Jones. Zero Hedge a posté un extrait d'un documentaire d'Alex Jones. Alex Jones est un "truther" (vous savez: il y avait des petits hommes verts dans le World Trade Center qui ont tout fait péter etc...) qui est en train de faire une petite fortune en dénonçant "le complot global de tous contre tous". J'imagine que c'est inévitable sur internet et j'ai dû ici-même référencer des choses que je ne cautionnerais pas forcément après plus amples informations quelques mois après (même si rien ne me vient à l'esprit et que je pense être conservateur). Je suis un peu gêné qu'Alex Jones ne fasse pas partie des "not linkable" de Zero Hedge. Vigilance donc. Toujours.

La circulation de 400 journaux papiers chutent de 10% en 6 mois aux US. Je n'irai pas pleurer sur leurs tombes (je l'ai déjà dit?).

Après la 100ème faillite de l'année, Sheila Bair qui dirige le FDIC (l'organisme qui garantit les dépôts aux Etats-Unis) se fend d'une vidéo de 3min disant que tout va bien. Scary.
Le chaos administratif que va tôt ou tard dévoiler la crise de l'immobilier commence à se voir: “Bank of America and Countrywide Home Loans destroyed mortgage documents, and “recreate” them by “insert(ing) data as they see fit,” to cover up their own failure to keep records – or their fraud – according to a federal RICO class action. (via TBP) Tous ces prêts ont été faits en dépit du bon sens par des gens pressés de gagner quelques dollars. Qui plus est, s'il y avait vaguement quelques personnes disposées à "keep the records" durant le boom, il est clair que tout s'est très vite dégradé depuis que cela ne rapporte plus rien. C'est la dislocation du marché. C'est pour ça que la démocrate Marcy Kaptur a solennellement demandé à la chambre des représentants aux américains de squatter leurs propres maisons si les banques n'étaient pas en mesure de produire le mortgage. Dans de nombreux cas, elles ne le sont pas (ou avant 2015 en tout cas!). Voir également Gretchen Mortgenson du NYT sur la question ici. (via TBP aussi)

Dans le même ordre d'idée, tout le marché des mortgage est désormais nationalisé. Fannie/Freddie sont nationalisés et le subprime a disparu (remplacé en partie par le US gvt avec des trucs genre no money down etc...). Et ce n'est pas parce qu'on l'estampille "Etat" qu'un système complètement dysfonctionnel devient par miracle fonctionnel: les fous ont les clés de l'asile.

lundi 26 octobre 2009

Too big too fail

Edito musclé de Bob Herbert dans le NYT qui mérite d'être lu.

Extrait:
We’ve institutionalized the idea that there are firms that are too big to fail and, therefore, “we, the people” are obliged to see that they don’t — even if that means bankrupting the national treasury and undermining the living standards of ordinary people. What sense does that make?

If some company is too big to fail, then it’s too big to exist. Break it up.

Je suis d'accord bien évidemment mais la réduction de la taille des institutions financières n'y suffira pas. Si on laisse se développer entre elles des transactions sans aucun contrôle (comme les CDS d'AIG) et sans aucune limite (pas de collatéral, hors bilan...), qu'elles soient grosses ou petites, toutes les banques continueront à représenter un risque systèmique les unes pour les autres. Si vous avez 10 dominos disposés en cercle ou 100 dominos plus petits mais toujours disposés en cercle, si vous en renversez un, dans les deux cas, tous les autre dominos tomberont.

Il ne faut pas seulement que les dominos soient plus petits. Il faut surtout qu'ils ne soient pas disposés en cercle! C'est cet enchevêtrement de transactions non régulées aux nominaux ridicules qui protège Wall Street comme un bloc monolithique qu'on protège ou qu'on laisse tomber globalement sans solution intermédiaire.

Point de vue sur "Capitalism: A Love Story" (finalement)

Après la mise au point que j'ai faite samedi sur les conditions dans lesquelles El Blogo a été invité à l'avant-première du film, voici finalement mon point de vue sur "Capitalism: A Love Story". Au lecteur d'apprécier dans quelle mesure ce visionnage privilégié a pu impacter ma façon d'en parler (dans un sens positif pour me faire réinviter? dans un sens négatif pour clamer haut et fort l'indépendance inaltérable du blogo? A vous de voir...). Rien que le fait que j'y consacre deux posts montrent que la technique d'inviter des blogueurs pour créer du buzz fonctionne!

"Capitalism: A Love Story" n'est pas dépaysant pour les gens qui ont vu les précédents films de Michael Moore. Le film est divertissant et instructif sur certains points mais je me demande si la balle que Moore avait dans son pistolet sur le sujet de "La Crise" n'aurait pas pu être mieux employée:
- Moore s'en prend au capitalisme en général ce qui est très ambitieux et prend en gros de front 98% des américains. Est-ce bien calculé? (j'ai vu sur Box Office Mojo que le film avait moins bien marché que "Sicko", est-ce surprenant? Il faut dire qu'il n'est pas aidé par les gros titres du moment qui s'accordent sur le point que la crise est derrière nous.). Ces terminologies de la guerre froide ont-elles vraiment encore cours? Est-ce le meilleur moyen de lancer le débat?
- Si on prend le capitalisme en ligne de mire, peut-on vraiment se contenter de juxtaposer des vignettes (façon "Capital" larmoyant ) sur différentes victimes du système qui n'ont pas ou peu de rapport entre elles? La moitié du film est consacrée à des gens expulsés de leur maison, des pilotes d'avion sous-payés, des sociétés qui ont bénéficié de la mort d'employés en souscrivant des assurances-vies... La réalité sociale qui est dépeinte est souvent tragique et émouvante mais on ne peut pas non plus ignorer que le tout est monté dans un sens qui vise à maximiser les effets.
- Michael Moore nous apprend qu'il est catholique et il donne la parole à deux prêtres et à un "archbishop" qui pourfendent le capitalisme. Est-ce fédérateur? Instiller du religieux dans ce débat ne me semble pas utile (just the facts, please).
- Finalement, à moins que j'ai eu un moment d'inattention, il commet une erreur factuelle majeure en omettant de préciser que les $700 milliards du TARP ne sont que la partie émergée de l'iceberg de l'aide totale aux banques. Sans rentrer dans le détail de l' "alphabet soup" des différents programmes d'aide, une référence rapide aux autres programmes aurait permis d'éviter une mauvaise représentation des faits.

Il y a aussi des choses positives:
- Moore met à jour une réalité sociale qui est mal connue et n'intéresse pas assez les vieux médias.
- Il établit clairement à quel point le subprime n'est pas le produit d'un régulateur négligent mais bien de politiques corrompus jusqu'à la moëlle. Il montre que de nombreux politiques de haut niveau ont bénéficié des largesses de "prêteurs subprime" comme Countrywide (avec une mention spéciale à Chris Dodd, Chairman du Senate Banking Committee (encore aujourd'hui!) ). C'est vraiment extrêmement louable car cette réalité n'est pas assez relatée (It could lead to reform! God forbid!).
- Il met à jour une déclaration de Roosevelt lors de son dernier discours sur l'Etat de l'Union où il propose un cadre social très ambitieux pour le pays.

Je recommande donc le film à tous les gens intéressés par le sujet (a priori le cas des lecteurs du blogo) car il est instructif et divertissant (pour ceux qui auraient peur de s'ennuyer). Je trouve dommage que Moore n'ait pas circonscrit son discours à la crise et à la corruption du système politique américain: la démonstration aurait été plus cinglante et le coup porté aurait été plus efficace. "Sicko" atteignait mieux son but de ce point de vue là et il n'est pas impossible qu'il ait été une des raisons pour lesquelles le débat sur le système de santé soit allé aussi loin (la roue tourne toujours quant au résultat final). A l'inverse, je pense que "Capitalism: A Love Story" n'aura que peu ou pas d'impact sur le débat politique américain ce qui est le standard auquel Moore doit dorénavant être mesuré (more power to him).

dimanche 25 octobre 2009

Update sur le traitement médiatique de l'Iran

Outsourcé cette fois à Glenn Greenwald (au sujet d'un article du Wapo). Notez l'usage intensif des sources officielles anonymes (condamnées par le Blogo ici et Standard Operating Procedure pour la diffusion de propagande pro-guerre aux Etats-Unis). Les lecteurs du blogo sont priés de faire attention s'ils rencontrent le type de littérature dénoncé par Greenwald dans leur journal du matin (ou du soir) :

Saturday, Oct 24, 2009 05:25 PDT
The Washington Post's 2002 "reporting" on Iran
Anonymous sources. Scary war-fueling claims. One-sided accounts. Sound familiar?

By Glenn Greenwald

Anyone who believes the establishment media in the U.S. learned even a single lesson from what happened with Iraq should immediately read this featured Washington Post article by Joby Warrick, which gravely and frighteningly warns that Iran's Qom nuclear facility "was intended explicitly for making highly enriched uranium for nuclear weapons." It's filled with one alarmist claim after the next (all anonymously provided, needless to say), such as this: "That number is too small to furnish fuel for a civilian power plant, but just big enough to supply Iran annually with up to three bombs' worth of weapons-grade fuel, the former officials said" and "Qom could produce enough bomb-grade fuel for two to three bombs annually."

The issue isn't whether you believe Iran desires to develop nuclear weapons; it's obviously possible (even rational) that they do. The issue is the painfully reckless, transparently irresponsible, and Iraq-replicating "journalistic" methods for disseminating these war-fueling assertions. In perfect 2002 fashion, Warwick does not have a single named source for these scary allegations; instead, this is who fed him these claims: "many U.S. and European intelligence officials" and "two former senior U.S. officials" and "intelligence officials from the United States and allied nations" and "a senior Middle East-based intelligence official" (one wonders, in vain, which "allied nation" and which "Middle-East based" country might have whispered these things?). And while Warwick provides a cursory paragraph devoted to denials by Iranian officials of these accusations, he does not include a single expert or named source to dispute these claims. It's a purely one-sided, unquestioning and entirely anonymous series of dubious, unverified, fear-mongering assertions that can have no purpose other than to create the most sinister picture of the "Iranian threat" possible.

In other words, it's the exact pattern used to lead the country to attack Iraq. Beltway reporters like Warwick have learned nothing and establishment media institutions are just as devoted as ever to beating war drums on command. What else could possibly explain a shoddy, trashy article like this making it past a team of editors? And just imagine how much worse it would get if the U.S. government actually wanted to bomb Iran. All of this is happening while, at least from all appearances, the White House wants to avoid that outcome.

Note 1: Le gras est de moi. Si vous n'êtes pas sensibilisés au fait que les "sources officielles anonymes" sont inacceptables en particulier sur ce genre de sujet, voir ici.
Note 2: Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur la propagande dans les vieux médias américains avant la guerre en Irak à laquelle fait référence Greenwald, vous pouvez commencer ici.

samedi 24 octobre 2009

Capitalism: A love story

Ce post est une introduction (brouillonne) à la critique du film Capitalism: A love Story.

J'ai été invité à l'adresse email du blog à venir assister à une avant-première du dernier film de Michael Moore: "Capitalism: A Love Story". Le mail me donnait les liens vers les bande-annonces du film mais ne demandait pas explicitement de poster la bande-annonce. Je l'ai fait néanmoins en ajoutant la formule cryptique: "j'y reviendrai" mais en laissant de côté pour le lecteur le fait que je rentrais dans une espèce de transaction avec les promoteurs du film dans laquelle j'exposais le lecteur, "innocent bystander", à une publicité pour le film et qui me permettait de le voir un mois avant sa sortie en salle dans un contexte qui m'intriguait. J'ai reçu mon invitation très peu de temps après avoir posté la bande-annonce. Ce que j'ai compris est que les promoteurs du film avaient fait des recherches sur internet sur les blogs qui avaient parlé de Michael Moore précédemment et qu'ils les avaient contactés. J'avais en effet déjà posté la bande-annonce du film (sans qu'il ne me soit rien demandé) pendant l'été.

On est précisément (à une échelle microscopique) dans un exemple du genre de relations qui corrompent à grande échelle les MSM (vieux médias). Un marché faustien entre l'accès et le statut d'insider et une couverture médiatique (éventuellement positive). La full disclosure du blogo (prévue depuis le début) a pour but de mettre les cartes sur la table mais également de lancer ce débat passionnant. Les journalistes institutionnels font partie d'une structure de pouvoir dans laquelle ils ont un mode opératoire théorique (indépendants de toute pression, ils livrent la vérité brute de décoffrage aux citoyens en respectant des standards d'intégrité journalistique élevés) et pratique qui n'ont rien à voir (en pratique, ils ont des actionnaires qui se trouvent avoir investi dans la presse parce qu'ils avaient précisément l'intention d'influencer le débat: marchands d'armes, BTP, banques... et une catégorie spécifique et emblématique: Berlusconi!). Ca c'est la big picture mais il y a aussi le problème du lien entre les journalistes et les sujets dont ils traitent comme par exemple les relations entre l'Auto-Journal et un grand constructeur français. Le grand constructeur passe des pubs dans le magazine, les journalistes et les représentants des constructeurs se connaissent: si un journaliste pense que toute la gamme Peugeot tient la route très moyennement, vous pouvez être sûr que l'info ne va pas apparaître un beau jour en couverture.

L'internet vient tout changer. La corruption totale des corporate medias mise à jour sous Bush aux Etats-Unis a rendu les sources d'information alternatives immédiatement compétitives et quasiment seules dignes d'intérêts. Dans le même ordre d'idée, combien d'articles des Echos faudra-t-il lire avant d'avoir une perception de la crise qui reflète un tant soit peu la violence qui a été faite à la population en général au profit des banques? (ce post de Naked Capitalism, "Herding the sheep", nous décrit comment les vieux médias expliquent désormais à la population américaine que "seuls des losers minoritaires sont aujourd'hui amers au sujet de la crise" et que "it's time to move on").

Le problème, c'est que les voix qui arrivent à émerger sur le net sont immédiatement cooptées par les mêmes intérêts que ceux qui ont la haute main sur les vieux médias. El Blogo à l'avant-première de Michael Moore par exemple mais il y a plus préoccupant. Atrios (un des blogueurs américains les plus lus) s'est mis il y a quelques mois à consacrer un post sur dix environ à la promotion des transports publics aux Etats-Unis. Alors c'est "green" et c'est sympa mais pourquoi avoir attendu 5 ou 6 ans avant de se découvrir cette passion? Il a aussi emménagé récemment dans un appartement avec rooftop à Philadelphie (il faut quand même lui rendre cette justice: son trafic est tel qu'il est sans doute indépendant financièrement - mais le succès crée parfois de nouveaux besoins...). Josh Marshall qui a commencé comme journaliste faisant un blog "on the side" est désormais à la tête d'une petite entreprise et il a obtenu un siège parmi les journalistes couvrant la maison blanche. Dès qu'on a des salaires à payer à la fin du mois, le label "blog indépendant" devient très théorique.

Sans compter les imposteurs comme Huffington Post et Politico qui se prétendent "new media" alors qu'ils sont des faux-nez des MSM "from day one". Daily Kos (le site qui révolutionne le parti démocrate) est intermédiaire: il n'a pas démarré avec une campagne de promotion digne de "Windows 7" comme les deux autres mais il est devenu désormais une force politique institutionnelle accueillant un nombre ahurissant de contributeurs et de permanents.

Les blogueurs spécialisés qui trouvent une audience sont également immédiatement pris en main par les intérêts commerciaux dont ils traitent. Sur les mini-PC par exemple, le site Blogeee a très vite disposé d'avant-premières constructeurs qui amélioraient le contenu du site. Quelle indépendance reste-t-il une fois que ce genre de relation est établi? Pareillement, Jon Ostrower de "Flightblogger" est devenu un porte-parole de Boeing disposant d'informations privilégiées qui a aidé Boeing à gérer médiatiquement les retards du 787 avec des fuites calculées au millimètre préparant ou "fine tunant" les communiqués de presse. L'indépendance des blogueurs est périssable. En gros, quand un blog est assez connu pour que vous en entendiez parler, il est probable que des gens se demandent déjà depuis longtemps comment l'influencer. C'est "la tentation de l'infomerciale" de tous les grands intérêts économiques: comment faire de la publicité qui ressemble le moins possible à de la publicité? Une publicité idéale aux yeux des annonceurs: débarassée du stigmate d'être de la publicité.

Alors quoi? Faudrait-il dans une société que des acteurs purs et parfaits diffusent et commentent l'information avec la rigueur et la maîtrise d'un horloger suisse sans qu'il y ait la place pour des passions, des amitiés, des connivences, des emballements et des affrontements? La société après tout trouve des points d'équilibre et il est normal dans une certaine mesure qu'une structure informelle se superpose à la structure formelle (à condition que cette dernière ne se transforme pas en vaste tartufferie). Le commerce des hommes en général nécessite des concessions et le journalisme en nécessite tout particulièrement. On peut même arguer que l'hypocrisie journalistique et l'abrutissement général de la population est un élément essentiel de notre ordre social et (je n'irai pas jusque là) que cette machine bien huilée est la seule chose qui nous protège aujourd'hui d'une révolution sanglante. C'est ce que j'entends (en extrapolant) dans la bouche de certains politiques (j'ai notamment été choqué par les propos de Copé sur ce point) qui se plaignent de l'anarchie qui règne sur internet et qu'il faudrait selon eux "domestiquer" pour garantir la stabilité sociale. La loi Hadopi met d'ailleurs la France en situation de proposer au monde le premier système général permettant d'identifier sans mandat d'un juge les communications électroniques d'un individu de manière préemptive. C'est ce qui la rend liberticide et inacceptable dans le "pays des droits de l'homme" (formule usée mais encore efficace). Si l'infrastructure technique n'existe pas, le pouvoir ne risque pas d'en abuser. Si elle existe... Voir ce qui s'est passé sur les telcos aux Etats-Unis qui ont enfreint la loi au service de Bush en faisant des écoutes illégales et qui se sont vus amnistiés rétroactivement par le congrès (avec la position "contre", puis le vote "pour" de none other que "our main man" Barack Obama). Il faut bien noter que je ne conteste pas au juge le droit d'examiner toutes les communications d'un individu si des soupçons pèsent sur lui. C'est le contrôle "préemtif" qui est liberticide et bien pire que tout ce qu'ont pu imaginer au fil des années les romans d'anticipation les plus noirs sur les libertés civiles: les vies sont aujourd'hui complètement exposées au travers des communications électroniques des individus.

Nonobstant le mélange de soif de contrôle et d'imbécilité qui nous a apporté l'Hadopi, l'aspect intéressant de la période est que l'internet déplace le point d'équilibre sur le continuum entre le contrôle exclusif des médias par une poignée de professionnels à la solde du pouvoir (Corée du Nord?) dont nous ne sommes pas si loin (cf les critiques des médias comme celle de Serge Halimi, "Les nouveaux chiens de garde") et un paysage plus conforme à l'idéal démocratique où tout un chacun peut faire entendre sa voix (les opinions sur les forums peuvent être assimilées à des petits ruisseaux qui font de grandes rivières par exemple). Les "affaires" Polanski, Mitterrand et même Jean Sarkozy auraient toute connu un cours différent avant l'internet (pas nécessairement une issue différente mais un cours médiatique différent).

Le pouvoir est une ressource finie et il se partage difficilement. Il est donc naturel que des dents grincent dans les médias traditionnels face à la disparition de leur monopole et à l'exposition simultanée (et dévastatrice) de leurs manques. Comme dans la téléphonie mobile, l'arrivée d'un concurrent ne menace pas seulement les cheptels de clients plus ou moins captifs de chaque opérateur: elle menace surtout de faire baisser les prix et donc la manière de faire du business. De manière similaire, l'apparition dans tous les secteurs de la société de francs-tireurs plus ou moins idéalistes prêts à dire leurs vérités sans être contraint par Pierre Paul et Jacques rend votre "Christophe Barbier de base" complètement anachronique. Christophe Barbier n'a pas obtenu son bâton de Maréchal lui permettant de s'adresser toutes les semaines à des centaines de milliers de personnes (les plus influentes) par acclamation populaire. Non, il a fait carrière, embrassé les bonnes bagues, décrypté la structure de pouvoir pour y trouver sa place et a été promu par un cénacle extrêmement restreint. It's so 20th century! Le paysage médiatique va être de plus en plus conquis par des gens sortis du rang (qui vont faire l'objet de cooptation par les pouvoirs en place mais qui seront à n'en pas douter mécaniquement remplacés au fur et à mesure que leurs compromissions apparaîtront au grand jour). Les Etats-Unis sont en avance sur nous de ce point de vue là et j'ai une explication: la polarisation extrême qu'a engendré Bush et la compromission majeure des MSM dans ce contexte a été un booster sans pareil pour le rôle médiatique et politique d'internet là-bas. La France n'a pas encore connu une révolution aussi majeure (cf rôle de Daily Kos dans le parti démocrate face au site de "Désir d'avenir" de Ségolène Royale au PS - CQFD).

Donc voilà. Je vous rassure, El Blogo n'est pas devenu un insider à l'occasion de cette avant-première mais j'ai quand même pris la décision ne plus publier quoi que ce soit ayant fait l'objet d'une transaction sans en informer mes lecteurs immédiatement et pas de manière différée comme je l'ai fait "this one time". Pour ce qui est de mon opinion sur le film, il faudra repasser car je me suis un peu laissé emporter dans cette introduction. Dans un post futur donc...

Jean Sarkozy - Jesus Christ

Je crois que j'étais finalement moins irrité par "Jean Sarkozy fils à Papa" que par "Jean Sarkozy Djizeusse Crouaïste".

vendredi 23 octobre 2009

Friday Plane Blogging

(cliquez pour agrandir)