dimanche 14 février 2010

Deux contre-feux

On ne peut pas dire que les membres de la power structure responsables de la crise économique doivent affronter de nombreuses récriminations dans le débat public (Bernanke, homme de l'année de "Time" par exemple). A toutes fins utiles, ils prennent cependant les devants et commencent à faire entendre une petite musique qui vise à les exonérer d'à peu près tout. Je note pour l'instant les tendances suivantes:

- Jamie Dimon devant le Congrès et Summers à Davos nous expliquent que les crises financières sont des "facts of life" qui arrivent "tous les 5 à 7 ans" selon Dimon et "tous les trois ans" selon Summers. Ils ne reconnaissent donc pas à cette crise de caractère exceptionnel. Un autre LTCM, une autre crise asiatique ou un autre crash de 1987: "a bump in the road" en quelque sorte. Circulez, il n'y a rien à voir.

- Il est souvent dit également que la bulle de l'immobilier était globale et qu'il est donc incorrect de mettre spécifiquement en cause les Etats-Unis et la FED (je crois que cela a été mis en avant spécifiquement dans une étude récente de la FED). Le subprime et Fannie/Freddie (véritables symboles de la "regulatory capture") n'ont donc pas été les éléments d'une évolution américaine spécifique. D'où ma question: Où sont les obligations pourries basées sur des emprunts hypothécaires français qui ont explosé dans des banques américaines? Cette banalisation du cas américain au prétexte que les prix ont monté, puis baissé partout est une tentative transparente de désinformation.

Dans le même registre, on peut noter que Bernanke exonère à bon compte la politique de taux extrêmement bas de la FED de tout rôle dans la bulle de l'immobilier. La confiance revient un peu du côté du corridor Wall Street-Washington. Encore quelques mois de calme relatif, un chômage qui baisse de 0.5% et on en sera presque à: "Une crise? Quelle crise?". Arrogance...

L'OVNI Palin

Certains OVNI politiques semblent n'obéir à aucune loi de la physique. Sarah Palin est clairement à placer dans cette catégorie. En dépit de confidences inquiétantes sur son ignorance crasse par des anciens de la campagne McCain, d'une facilité à l'oral qui rappelle W et de mauvais sondages, elle demeure complètement centrale dans le paysage politique et médiatique. Politico dit que c'est parce qu'elles génèrent plus de "hits" que les autres républicains sur leur site internet (il faut bien dire que c'est un peu le désert). TPM se penche sur les marionnettistes derrière Palin.

“Politicians want to pass the ball forward"

Un article du New York Times explique que quand des pays du Club Med ont voulu manipuler leurs comptes publics dans la dernière décennie, ils trouvaient toujours des banques d'investissement avec des produits foireux pour les y aider. Sans surprise et sûrement pas cantonné à ces pays là. On se demande vraiment comment des arrangements aussi grossiers ont pu tromper Bruxelles car cela devait bien être le but... Ce qu'on ne dit pas également, c'est combien de politiques grecs ayant trempé là-dedans ont touché subséquemment des subsides des grandes banques d'une manière ou d'une autre.

“Politicians want to pass the ball forward, and if a banker can show them a way to pass a problem to the future, they will fall for it,” said Gikas A. Hardouvelis, an economist and former government official who helped write a recent report on Greece’s accounting policies.

samedi 13 février 2010

$180 milliards, 900 000 chômeurs de plus. Yawn...

(CNN Money via Calculated Risks). Trou de $180 milliards dans le budget des états américains. Les coupes budgétaires pourraient entraîner 900000 chômeurs de plus. La routine.

States are looking to the federal government for more help balancing their budgets, but the Senate is not heeding their call. ...

States are looking at a total budget gap of $180 billion for fiscal 2011, which for most of them begins July 1. These cuts could lead to a loss of 900,000 jobs, according to Mark Zandi, chief economist of Moody's Economy.com.

To close this gap, governors and lawmakers will be forced to lay off state employees, cut services and postpone capital projects ...
Already, states laid off 44,000 workers in the 12 months ending in January, according to federal labor statistics.

Les auctions US se passent moins bien

Une des raisons de suivre Zero Hedge et qu'ils suivent de très près les ventes aux enchères d'obligations américaines. Il semble qu'il y ait eu une faiblesse substantielle de côté là cette semaine (sur les obligations longues de 30 ans). La composition des acheteurs est difficile à déterminer exactement mais les étrangers semblent moins demandeurs, ce qui collerait avec les tensions sino-américaines récentes.

Friday Plane Blogging

Encore un FPB publié le samedi... Photo en Russie, il faisait -25°C. Les traînées ne viennent pas des moteurs mais des volets. (cliquez pour agrandir)

vendredi 12 février 2010

Chronique d'un monde en faillite

J'ai supprimé le sous-titre "Chronique d'une crise annoncée" au début de l'année. Il y a deux semaine, je l'ai remplacé par "Chronique d'un monde en faillite". Certains lecteurs ont levé les yeux aux ciels sur l'air du "Won't you ever get with the program?". Et bien voilà qu'Albert Edwards de la SocGen rejoint le blogo:

Albert Edwards: At 500% Net Liabilities To GDP, It Is Too Late To Prevent The Collapse Of The G-7; Greece Is Irrelevant, We Are All Now Insolvent

Il commente en fait une recherche d'un collègue de la SocGen, Dylan Grice:

Just How Ugly Is The Sovereign Default Truth? How Self Delusions Prevent Recognition Of Reality

mercredi 10 février 2010

Nous allons payer les impôts des grecs...

Il semble que payer ses impôts soit un peu optionnel en Grèce (surtout pour les revenus élevés). De plus, Zero Hedge (citant "The Guardian") nous dit qu'un resserrement de la discipline fiscale à venir serait une cause non négligeable de la fuite actuelle des capitaux de Grèce. Tout cela n'invite vraiment pas à la mansuétude (l'italique est de ZH, le reste du Guardian):

While a fifth of the population lives beneath the poverty line, some 20% of Greeks are believed to earn more than €100,000 annually – even if, according to income tax records, 90% declare salaries of less than €30,000 a year.


"Greece has a lot of rich people who are not being taxed properly because there is so much tax evasion," finance minister Giorgos Papaconstantinou, told the Observer. "If you look at the actual numbers, you will see that the number of people declaring over €100,000 a year is roughly 15,000," he said. "I don't think that there is anyone in this country who believes there are only 15,000 Greeks earning more than €100,000 a year."

And as if the Greek population needed any more reasons to deteset the current economic fiasco, and to draw even more distinct lines of social separation:

The growing flight of funds from Greece has whipped up much resentment among the public. "It's revolting," said one popular radio chat-show host last week. "After pillaging the country, they flee with their ill-gotten gains at the very mention of the word tax."

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Aussi de Zero Hedge, une comparaison Californie/Grèce:

With Greece getting all the imminent default attention, have we forgotten California? Jim Grant chimes in.

  • Greece: 3% of Eurozone GDP
  • California: 13% of USA GDP

Rate Curves:

Greece

  • 3 year: 3.45%
  • 30 year: 6.26%
  • 5 Year CDS: 400+

California

  • 3 year: 1.89%
  • 30 year: 5.59%
  • 5 Year CDS: 333

Grant points out Trichet's Jan 14 commentary: "belonging to the euro area, you have an easy means of financing your current account deficit. You share a currency that is credible, so that you have a quality of financing that corresponds to that of a credible currency." Further: "this should be borne in mind, compared with the share of CALIFORNIA, FOR INSTANCE, in the overall GDP of the USA."

Grants reviews CA's Baa1/A- rating as the worst in the US, the S&P downgrade and the structural not cyclical problem of California.

  • State Revenue up 22% in decade debt service cost +143%.
  • Interest expense to consume 10% of revenues by 2013.
Howerver Grant's notes that Californida's debt / gdp ratio of "perhaps 25% is dwarfed by Greece 113%"

Un complot américain contre l'euro?

C'est ce que dit Jean Quatremer sur son blog. L'article date de vendredi. Je ne sais pas l'écho qu'il a reçu. Je ne suis pas en avance en ce moment et je paie le prix de mes sources d'informations exclusivement anglo-saxonnes. Si c'est ça, c'est la guerre. Mais autant que cela soit clair après tout!

Je suis donc en retard sur l'info mais pas sur la mise en garde sur le fait que les américains ne sont pas nos amis. Ils mettront tout en oeuvre durant cette crise pour que quel que soit le niveau où tombe l'économie américaine, le reste du monde tombe plus bas.

mardi 9 février 2010

Où l'on reparle de titrisation

Floyd Norris a un article dans le NYT sur la titrisation. Il y cite largement le Comptroller of the Currency qui vient de s'adresser à l'American Securitization Forum. Il n'y a choqué personne en se déclarant pour un "vibrant securitization market". Car les banques voyez-vous ne sont pas en mesure de distribuer assez de crédits pour faire "repartir l'économie". Que l'économie américaine ne soit qu'un énorme Walmart où on ne fait que dépenser sans jamais rien créer ne choque plus personne aujourd'hui. Il faut donc faire repartir le système qui a échoué: une économie axée sur la consommation et financée par le crédit.

Pour les politiques, la titrisation (securitization) n'est pas autre chose que cette nitroglycérine qui permet au moteur d'aller plus vite. Cette croyance, entretenue par tous les gens qui en vivent, a même réussi à pénétrer jusqu'aux hautes sphères de l'Etat français qui n'en a cependant pas croqué (Sarkozy aurait défendu la titrisation comme facteur de croissance l'année dernière dans la réunion avec des journalistes où il a également dit que Zapatero était souvent pris pour un imbécile).

Tout semble s'orienter vers une reprise de ce marché sans aucun changement. On a dit qu'on pourrait améliorer le process en obligeant les banques à garder sur leurs books un pourcentage de chaque deal mais même cela, qui paraît un absolu minimum, semble déjà difficile à mettre en oeuvre à ce pauvre John C. Dugan (encore un régulateur inflexible!). On peut donc s'attendre à un produit exactement identique. Et puisque la FED va continuer à abreuver le marché de liquidités, il va bien arriver un moment où même ces obligations vont finir par se vendre. Et hop! Back to square one.

Peter Schiff il y a un an

La bourse était au plus bas et lui au sommet de sa gloire (pour l'instant). Il fait beaucoup rire l'assistance. Evidemment, il promettait de l'hyperinflation "peut-être" pour 2010 et nous n'en sommes toujours pas là (comme le blogo)... Il faut dire qu'il protestait contre la bulle de l'immobilier dès 2002-2003 donc on peut dire de lui qu'il est un habitué des prévisions lentes à se réaliser.

Je pense que Peter Schiff a raison sur l'essentiel (même s'il a des réflexes de républicains: il blâme l'Etat pour avoir échoué dans son rôle de régulateur des banques mais c'est les banques qui ont contrôlé tout du long cette fonction de régulation! C'est vraiment l'oeuf et la poule. Dire que l'oligarchie bancaire n'est pas un produit du capitalisme mais d'un capitalisme "dévoyé" sonne vraiment comme des discours d'idéologues attachés à la terminologie. Peut-on avoir des discussions pragmatiques et adultes qui n'essayent pas d'attribuer à des termes "sacrés" comme "capitalisme" ou "free enterprise" uniquement des défauts ou uniquement des qualités? It's so 20th century.) mais qu'il sous-estime à quel point le monde a soif de leadership américain quel que soit son inefficacité, sa corruption et le discrédit dont il est l'objet. "Better the devil you know."

Economiquement, le Ponzi Scheme américain est une aberration mais comme on l'a vu souvent, cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas durer encore plusieurs années. Il n'est pas non plus impossible que le monde traverse cette crise et que les privilèges économiques américains demeurent (relativement au reste du monde) à peu près intacts. Les mandarins et les "chiens de garde" du système sont d'ailleurs ressortis de leurs niches et ne craignent plus désormais de réengager le débat avec Peter Schiff sur les mêmes bases qu'en 2005-2007 (en gros, ils se moquent de lui). On sait comment ça s'est terminé la dernière fois...

Voici donc ce flash back du Peter schiff flamboyant et très drôle d'il y a un an, avant que l'Empire ne contre-attaque:



Et les 7 autres parties ici. (1H20 à peu près)

Exception

Je n'ai fait ça qu'exceptionnellement sur le blogo et je ne suis pas sûr que cela soit très conforme à la "nétiquette" (si ce concept est formalisé quelque part) mais je reproduis ce post de Glenn Greenwald dans son intégralité car... IL FAUT LE LIRE. "Trop bien!", comme disent les enfants.

(Pour les non-anglophones qui veulent savoir de quoi il s'agit en (très) gros, voir la note à la fin.)

Monday, Feb 8, 2010 06:09 EST
iStockphoto

Political science professors could require students to read this article from today's New York Times and little else would be needed to convey the essence of the American political system. The article describes how Wall Street -- which poured massive amounts of money into the Obama campaign and the Democratic Party over the last several years, ensuring unparalleled access and influence -- is now threatening to support the Republicans if Obama keeps saying mean things about them. Wall Street executives are angry that, after duly purchasing the Democrats (they have receipts and everything), the Obama White House is now rousing the dirty rabble with their anti-banker rhetoric:

Republicans are rushing to capitalize on what they call Wall Street’s "buyer’s remorse" with the Democrats. And industry executives and lobbyists are warning Democrats that if Mr. Obama keeps attacking Wall Street "fat cats," they may fight back by withholding their cash.

"If the president doesn’t become a little more balanced and centrist in his approach, then he will likely lose that support," said Kelly S. King, the chairman and chief executive of BB&T. Mr. King is a board member of the Financial Services Roundtable, which lobbies for the biggest banks, and last month he helped represent the industry at a private dinner at the Treasury Department.

"I understand the public outcry," he continued. "We have a 17 percent real unemployment rate, people are hurting, and they want to see punishment. But the political rhetoric just incites more animosity and gets people riled up" . . . "If the president wanted to turn every Democrat on Wall Street into a Republican," one industry lobbyist said, "he is doing everything right."

There are numerous points to note about all of this. First, there simply is no more odious faction inside the U.S. than Wall Street bankers -- and that's saying quite a bit. Just over a year ago, they almost caused a complete global economic collapse -- and did cause extreme economic suffering around the world which continues to this day -- with their sleazy, piggish and lawless behavior. Yet barely a year later, they now turn around and threaten their purchased politicians with punishment if their behavior is meaningfully restricted or even if they're publicly criticized. In light of what they did -- and are still doing -- they should consider themselves lucky that the public hasn't stormed their homes and offices in mass rage. Far less pernicious behavior has triggered such uprisings in the past, and if the American public hadn't been as ingrained with the passivity and learned helplessness they've been trained to accept, one would certainly have seen some of that. In a rational, democratically engaged society, multi-million dollar taxpayer-enabled banker bonuses, combined with mass unemployment and home foreclosures (combined with establishment threats to reduce Social Security and Medicare), is not the ideal means for maintaining social order.

Second, stories like this ought to put to rest forever the notion that the Republican Party is some sort of haven for populist anger. As subservient as the Democrats have been to Wall Street -- note that, more than a year later, Wall Street can only complain about "rhetoric," not any actual legislation that has been passed -- the Republicans are out there promising Wall Street to be even more loyal servants if they're given the dog treats that have recently been going to the Democrats:

Senator John Cornyn of Texas, chairman of the National Republican Senatorial Committee, said he visited New York about twice a month to try to tap into Wall Street’s "buyers’ remorse." "I just don’t know how long you can expect people to contribute money to a political party whose main plank of their platform is to punish you," Mr. Cornyn said.

So the GOP is out there successfully pretending in front of the angry tea partiers that they, too, are furious about Wall Street's gorging and domination of Washington, all while simultaneously crawling to Wall Street and pledging to be good little boys and girls -- and to keep the agitated masses at bay -- if Wall Street once again purchases them rather than the Democrats. The only thing more absurd than the Democrats' pretending to be the Populist Party of the People is the Republican Party's doing so.

Third, that Wall Street is dissatisfied with the Democrats and the Obama administration reveals how extreme are their expectations of control of the Government. The second-highest-ranking Democratic Senator, Dick Durbin, recently conceded of the Democratic-controlled Congress: "frankly, bankers own the place." It's impossible to find a more loyal and attentive servant to bankers than Obama Treasury Secretary Tim Geithner. As the NYT article this morning details, Wall Street executives and their lobbyists have virtually unfettered access to the administration and to the President himself. You would think they'd be satisfied with the state of affairs in Washington. Yet so extreme are their perceived entitlements of control that even mere symbolic and rhetorical disobedience from the politicians they own -- he said some mean things about us -- creates a sense of righteous grievance: our government employees do not behave this way toward us and will be punished if it continues.

Finally, marvel at the cowardice, as well as the journalistic shoddiness, evident in these anonymity-based passages:

The expectation in Washington is that "We can kick you around, and you are still going to give us money," said a top official at a major Wall Street firm, speaking on the condition of anonymity for fear of alienating the White House. "We are not going to play that game anymore." . . .

"If the president wanted to turn every Democrat on Wall Street into a Republican," one industry lobbyist said, "he is doing everything right."

In essence, Wall Street executives said to David Kirkpatrick, the NYT reporter who wrote this story: "I want to threaten and criticize the President, but I'm too much of a coward to do so with my name attached, so will you let me do it in your paper anonymously"? And Kirkpatrick replied: "Oh, absolutely; that's what anonymity is for: to let the country's most powerful people spew venom and issue threats while being shielded and protected by journalists from accountability." Perhaps one of those nameless executives might have inquired of Kirkpatrick: "but didn't your newspaper publish very stringent guidelines limiting the use of anonymity in the wake of the Iraq debacle?", to which Kirkpatrick could easily and truthfully have replied: "oh, those? Please. Nobody worries about that, least of all us. That's just there to placate the same angry rabble whom you're now ordering your political property to more efficiently pacify."

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Note: En très bref pour les non-anglophones: Greenwald se sert de l'irritation exprimée par Wall Street envers la rhétorique (car il ne s'agit que de rhétorique bien évidemment) anti-banques des démocrates pour décrypter le rapport de force dans le système politique américain. Le rapport de force n'est pas en faveur des démocrates ni en faveur des républicains. Il est en faveur des banques ce qui ne surprendra aucun des lecteurs du blogo.

samedi 6 février 2010

Le blogo sur la ligne McCain (circa 1999)

McCain a longtemps eu une image de "maverick" (intrépide, casse-cou) parmi les politiques américains. En 2006, c'était déjà bien fini et Stephen Colbert se moquait durement de cette image surfaite lors de son speech mémorable devant Bush et le Washington Press Corps. Je ne soupçonnais pas que quelques années auparavant, il était sur la même ligne que le blogo. C'est ce que rapporte Dana Milbank du Washington Post:

I miss the McCain I sat with on a flight from San Diego to Phoenix back in 1999, when he defended his oft-ridiculed belief that campaign finance was the most important issue in America: because the corrupting influence of money in politics was preventing all other issues -- taxes, abortion, you name it -- from being solved.

"Until I draw my last breath, I will fight for it," he liked to say back then.

A couple of weeks ago, the Supreme Court issued a ruling that gutted the McCain-Feingold campaign-finance legislation, essentially destroying the cause that had been so dear to McCain.

His response: Whatever.

"I don't think there's much that can be done, to tell you the truth," he told CBS's Bob Schieffer. "It is what it is," he added.

"Reform is dead?" Schieffer asked.

"Oh, I think so," McCain answered, at least for now. "The Supreme Court has spoken. I respect their decision."

So much for that bit about "last breath."

vendredi 5 février 2010

Friday Plane Blogging

(cliquez pour agrandir)

El Blogo à New York

L'envoyé spécial du Blogo à New York a ramené une photo montrant que la "Tower 1" sort finalement de terre (sur le site de 9/11). On pourrait avoir une bonne idée de sa silouhette d'ici la fin de l'été.

Pour ceux qui veulent suivre l'avancée des travaux, c'est ici (voir plan ci-dessous).

A part ça la crise ne semble pas encore avoir altéré le paysage à Manhattan même si les locaux disent que c'est perceptible dans les rues. Comme déjà constaté en novembre 2008: "All is quiet on the Upper West Side front".Cela n'est pas étonnant quand on pense à la répartition géographique des aides de l'Etat qui ont suivi la faillite du système bancaire. Quelques zip codes à New York ont bénéficié d'une véritable avalanche de dollars.

A noter qu'un nouveau culte s'est emparé du monde et que New York ne fait pas exception. Certains lecteurs du blogo y voit un totalitarisme à visage "cool", d'autres une vérité révélée. Voici une photo d'un des nouveaux lieux de culte de ce mouvement à NYC:Alors secte abusant honteusement du pouvoir d'achat de ses adeptes? Nouveau mouvement spirituel conquérant apportant aux hommes des réponses? Le blogo ne veut se fâcher avec personne...

Pour ceux qui vont parfois à New York, j'ai testé l'A380 d'Air France. Grosse impression de stabilité. L'avion est extrêmement silencieux et très confortable. Du solide. Il vaut mieux être assis en haut de l'avion ou en bas vers l'avant pour le passage de la douane.(Note: c'est bien Friday mais ceci n'est pas le Friday Plane Blogging.)
Pour les vrais fans ou ceux qui sont sceptiques sur le silence, voici le décollage retransmis par la caméra située sur la queue de l'appareil. Ecoutez les voix, on ne se sent pas vraiment dans un avion mais plutôt dans un café...

jeudi 4 février 2010

The Bloomberg Identity

David Reilly de Bloomberg, l'ami du blogo qui considère qu' "on ne pourra jamais savoir si Goldman Sachs aurait survécu sans l'aide de l'Etat en 2008", se met à trouver étrange l'étendue du pouvoir des banques qui a apparu au grand jour lors du bailout de 2008. via Zero Hedge. Il prend la précaution oratoire (sans laquelle tout discours s'avanturant dans ces eaux est disqualifié) de se distancer des "conspiracy theorists" de tous poils mais quand même: il est intrigué.

Jan. 29 (Bloomberg) -- The idea of secret banking cabals that control the country and global economy are a given among conspiracy theorists who stockpile ammo, bottled water and peanut butter. After this week’s congressional hearing into the bailout of American International Group Inc., you have to wonder if those folks are crazy after all.

Wednesday’s hearing described a secretive group deploying billions of dollars to favored banks, operating with little oversight by the public or elected officials.
...
Yet when unelected and unaccountable agencies pick banking winners while trying to end-run Congress, even as taxpayers are forced to lend, spend and guarantee about $8 trillion to prop up the financial system, our collective blood should boil.

(David Reilly is a Bloomberg News columnist. The opinions expressed are his own.)


C'est une manière curieuse de poser le problème. Il n'y a pas de conspiration secrète. Tout est très clair. Il ne faut pas chercher plus loin que l'emprunt à conditions préférentielles de Countrywide à Chris Dodd ou les financements de campagne des politiciens en général. Ca n'est pas une conspiration qu'il faudrait exposer et déterrer à la "Jason Bourne" (cf le titre alambiqué du post), c'est une crise politique en pleine lumière. David Reilly constate qu'il y a un problème mais en rapprochant cette simple constatation de la nébuleuse conspirationniste, on se demande s'il ne protège pas une fois encore la power structure. Ce qui serait "absolutely shocking" dans une opinion Bloomberg...

Note sur Bloomberg: le fait d'arme de Bbg depuis le bailout a été une action en justice pour obtenir de la FED des informations sur les fonds engagés. Il faut quand même noter que cette action n'en finit pas et qu'au moment où la juge Loretta Preska devait décider d'enjoindre ou non avant appel à la FED de rendre publiques ces informations (septembre 2009), Bloomberg a levé le pied si je me souviens bien. La vérité est que Bloomberg semble suivre la logique de tous les agents économiques: ne pas prendre de front ceux qui assurent sa subsistance. Parmi eux, les banques de Wall Street sont en première ligne. A noter que le journaliste qui a intenté l'action est mort depuis (de mort naturelle). Comme "The Economist" ou le FT, Bloomberg est une des sources d'information les plus intéressantes en matière économique mais "at the end of the day", il n'y a aucun doute sur la loyauté de ces organes de presse envers l'imperium US. Nous n'avons d'ailleurs à peu près rien à leur opposer en terme de compréhension et d'analyse du monde contemporain. C'est une des raisons de notre (ROW - Rest Of the World) incapacité à organiser un système alternatif même face à un système en faillite totale.

Nous sommes typiquement dans une situation où la capacité d'influence compte autant sinon plus que la force brute des grands établissements bancaires. L'infrastructure ne tient plus qu'à un fil et ce fil pourrait bien être le triptyque (FT, The Economist, WSJ). Non pas la "regulatory capture" des banques sur les politiques mais l' "intellectual capture" d'un monde incapable de s'affranchir de la domination américaine. Plus que jamais, ce sont nos cerveaux (alimentés par le triptyque, les agences de notations et les prix nobels d'économie US en tout genre) qui sont le dernier et le meilleur refuge de la domination US. Tant que nous ne nous autoriserons même pas à penser le multilatéralisme, des Etats-Unis même très affaiblis pourront continuer à dominer et à tirer profit de leur domination à très bon compte. Alors Sarkozy parle d'un nouveau Bretton Woods (où la place US ne peut-être que downgradée par rapport à l'ancien), Putin suggère aux chinois de larguer de la dette Fannie/Freddie mais en gros les grandes manoeuvres n'ont pas commencé. Car tout le monde veut croire que le système va tenir.

Good luck with that...

Projection du trésor américain:

The economy is projected to expand by 2.7 percent in 2010, but then pull at an above-average 3.8 percent in 2011 and rise above 4 percent for the following 3 years.

Par quel miracle exactement? Ces niveaux de croissance n'ont pu être atteints ces dernières années qu'au prix d'ajout de nitroglycérine dans le moteur (taux bas, subprime, housing bubble). Le complexe Wall Street-US Gov-Fed applique les mêmes méthodes mais n'est-il pas d'ores et déjà clair que le moteur est cassé? Ils essayent de regonfler un ballon qui a déjà explosé (voir l'immobilier ici). Pour cela, il faut un flux d'air permanent qui est ici le déficit budgétaire et la politique laxiste (euphémisme) de la FED. Cela ne peut pas bien se terminer.

Le plan Obama qui allait faire mal aux banques?

Et que cette fois, c'était pas pour rigoler et tout et tout?

Il rencontre une sérieuse opposition au Congrès. Notamment du sénateur Chris Dodd, l'époux d'une executive d'AIG (cette simple connection n'est pas répréhensible en soi mais la lecture de sa fiche wikipédia vous montrera que ce seul élément se trouve être un bon raccourci pour présenter le bonhomme, au milieu d'emprunt immobilier particulièrement favorable de Countrywide ("friend of Angelo") et d'appui répété à Fannie et Freddie alors ostensiblement en faillite).

Papandréou

Quand le premier ministre grec réalise piteusement qu'il n'est pas du côté du manche...

Premier George Papandreou said the spike in Greek borrowing costs was "completely unjustified" and lashed out at the rating agencies, which precipitated this crisis by downgrading Greek bonds.

"Greece is at the centre of an unprecedented speculative attack: we cannot be at the mercy of creditors. Despite our tragic mistakes, our fate is today defined by rating agencies that bear responsibility for the 'bubble' that led to the global crisis in the first place," he said.


Alors évidemment le blogo compatit (un peu) mais ça fait maintenant un an que je suggère que l'Europe se dote d'une agence de notation qui lui soit propre. Le but n'est pas de redéfinir des standards d'intégrité dans la notation mais de renvoyer une image mirroir sur les agences américaines de bête bras armé d'une politique économique et monétaire (ce qu'elles sont sans que le doute ne soit permis). Le premier ministre grec aurait pu y penser vu qu'il était alors bien évident que la Grèce allait être une des premières nations menacées. L'autre moyen pour ne pas se faire emmerder en premier et de ne pas être le plus mauvais élève de la classe.

Il est primordial que le système de résolution de la crise des PIIGS soit crédible et applicable de manière systématique à toutes les nations en quasi-défaut. Les autres pays membres doivent être impitoyables. La sortie de la Grèce doit être examinée (j'étais contre son entrée, ruse de Jospin qui avait inclus le club med largement pour diluer le monétarisme allemand dans les eaux méditerrannéennes). La France avait payé cher l'union monétaire (récession de mid 90s), le club med l'a eue gratosse. Le laisser-aller grec ne mène qu'à l'asservissement. C'est malheureusement un penchant très humain. Les grecs n'ont plus qu'à espérer que les grands pays vont la rejoindre dans la crise le plus vite possible. Un voeu qui pourrait bien être exaucé. Car il est clair que la Grèce est à la crise monétaire ce que les deux hedge fund de Bears Stearns qui ont sauté en 2007 ont été à la crise financière: un prélude. (NB: il y a eu l'Islande avant)

Graphe de la FED

L'agitation et les spreads sur les marchés de taux à court terme ont disparu. On est dans la situation de 2007: le risque a été aboli. En 2007, c'était un consensus de marché. En 2010, c'est le produit d'un diktat de l'Etat. Le premier n'a pas tenu. Le second ne tiendra pas. Pourquoi? Parce qu'en vrai, le risque existe. En 2008, les Etats ont repris à leurs comptes les risques privés comme chroniqué sur le Blogo à longueur de posts. Ce faisant, ils n'ont plus laissé à la réalité économique qu'un seul moyen de se manifester: la crise monétaire et le défaut des nations. Sans surprise et suivant un timing sans doute manipulé par les Etats-Unis (non, la situation de la Grêce n'a pas radicalement changé dans les six derniers mois), ces deux derniers éléments font en ce moment leur apparition. Happy 2010. A noter que le blogo n'a cessé d'annoncer cette "final demise" qui n'arrive toujours pas... Si on compare la crise économique à un tsunami, on en est au moment où la mer se retire avant que la grande vague ne frappe. J'ai entendu Peter Schiff dire aujourd'hui que pour chaque dollar de recette fiscale, l'Etat américain dépensait $1,6 (c'est peut-être calculé de manière exagérée mais ça n'est pas loin du compte). Et là vous me dites: "Mais si c'est si grave, pourquoi Jean-Pierre Pernault n'en parle-t-il pas?". It's a lonnnnng story...

Si vous préférez la version calme et posée de ce post (et donc forcément peu alarmiste), vous avez Mohamed El-Erian de Pimco en vidéo: