vendredi 14 août 2009

Le puzzle chinois

Un des défis de la rentrée pour le Blogo est de se faire une opinion sur ce qui se passe en Chine. La plupart des sujets économiques sont traités de manière consternante par les commentateurs mais la Chine est une boîte noire sans équivalent. Elle a ceci d'intéressant qu'elle est devenue la béquille économique des Etats-Unis. Si elle casse maintenant, c'est l'économie mondiale qui devra être réorganisée. Pourtant, il est très difficile de se faire une idée sur ce qui s'y passe réellement et quand on voit ce à quoi la supposée "transparence" américaine a abouti, on se demande bien ce que nous réserve l'opacité chinoise.

Il semble que le gouvernement ait récemment lancé un stimulus dont une partie a servi à alimenter une bulle spéculative sur la bourse et l'immobilier. 15% du trillion de dollars dépensé aurait été détourné pour alimenter la bourse car le gouvernement serait incapable d'exercer le contrôle suffisant pour obliger les sociétés à respecter les directives gouvernementales (ce qui nous dévoile déjà une certaine faiblesse de l'Etat supposé être la clé de voûte de l'économie mondiale). D'où venait ce trillion? On nous dit que les chinois sont les fourmis et qu'ils ont fait des économies en période faste. Très bien mais ces économies sont pour une part importante en bon du trésor américain et ils ne peuvent donc pas les vendre sinon le Ponzi Scheme US s'effondre. Qui plus est, ils vont devoir augmenter leurs achats de dette US s'ils veulent laisser aux Etats-Unis une petite chance de s'en sortir. Alors d'où vient l'argent? On doit croire qu'il se trouvait là, prêt à être employé. Très bien. Mais il y a une moindre croissance en Chine aussi (cf électricité et importation de pétrole, les stats officielles sont moins claires). Alors d'où viendra l'argent pendant les quelques années où les Etats-Unis vont en avoir besoin? Et pour les stimulus nécessaires pour maintenir la croissance au-dessus de 8% comme on nous explique qu'il est impératif pour cette économie (encore un axiome absolument ridicule qui pollue le discours et qui fait immédiatement penser au "les prix de l'immobilier ne baissent jamais aux Etats-Unis" qui a rendu la crise possible), qui va payer?

Nous somme censés croire que la Chine va, avec ses petits bras musclés (son PIB n'a dépassé que récemment celui de l'Allemagne), sauver le monde à coup de trillions de stimulus à usage interne et de centaines de milliards d'obligations américaines. Le bullshit detector du Blogo commence à s'exciter mais je dois dire que je n'ai pas encore d'opinion définitive sur la question. Il y a une chose qui est sûre: ce n'est pas avec ses réserves en devise que la Chine finance son stimulus. Si cette politique était ne serait-ce qu'annoncée, cela ferait crasher le dollar à 0.50€ en 15 jours.

La Chine me semble jouer pour les Etats-Unis un rôle un peu similaire à celui qu'avait joué l'auditeur unipersonnel de Madoff: celui de la boîte noire qui permet de faire croire à la pérennité à long terme du Ponzi Scheme. Si, comme je l'envisage, le soutien financier de la Chine aux Etats-Unis est financé par une création monétaire aussi éhontée qu'aux Etats-Unis, alors la boucle est bouclée et le tic tac de la bombe à retardement va commencer à s'entendre de plus en plus distinctement au fur et à mesure que ces deux pays vont s'enfoncer dans la crise (les recettes fiscales doivent bien baisser en Chine également...).

C'est là que le Blogo a un petit avantage sur le reste du commentariat économique. Qui va en effet réellement prendre comme hypothèse de départ que la Chine et les Etats-Unis sont tous deux arc-boutés sur une politique monétaire intenable car ils sont pris au piège et que ni l'un ni l'autre ne peuvent se permettre d'avouer à leurs populations qu'il les a complètement planté? L'hypothèse est que ces deux pays ne sont pas dirigés par des gens compétents et soucieux du bien être de leurs concitoyens mais par des bandits en cavale qui n'ont de vrais soucis que d'effacer la trace de leurs exactions (le blogo a déjà depuis longtemps rendu ce verdict en ce qui concerne les Etats-Unis bien évidemment mais pour la Chine, il ne s'agit que de suspicions). Et si des Etats maîtrisant la création monétaire et prêts à toutes les compromissions marchent tous les deux dans la combine, comment ces problèmes peuvent-ils finir par faire surface? Comment les problèmes apparaissent-ils quand le comptable est dans la combine? Je n'ai pas la réponse mais j'imagine que c'est par la crise monétaire.

Note: un élément de la fiche wikipédia de Henry Paulson (l'homme au téléphone, ancien CEO de Goldman Sachs) m'a toujours surpris. Dans sa période où il était chez Goldman Sachs, il est rapporté qu'il s'est rendu 70 fois en Chine et qu'il est un grand ami des dignitaires chinois (on dit dans le Daily Telegraph 70 fois durant sa carrière, j'avais le souvenir que c'était 70 fois pendant qu'il était CEO ce qui serait inouï: sur 7 ans seulement - je l'avais vu parler à une conférence et c'est peut-être de là que je tiens l'info) . Si la Chine est allée à l'école Paulson, on peut s'attendre au pire. J'ai toujours été frappé par le caractère "génération spontanée" de la relation économique entre la Chine et les Etats-Unis. On nous la présente toujours comme un état de fait mais jamais comme un choix politique. On est censé l'accepter comme évidente au même titre que le soleil ou la lune. Et pourtant, les trillions n'ont pas volé au-dessus du pacifique sans que de part et d'autre il n'y ait eu une stratégie. Il y forcément eu des accords, un projet. Qui a proposé au peuple chinois de participer au Ponzi Scheme américain? Qui a proposé aux américains d'envoyer leurs capacités de production en Chine? Ou bien tout cela s'est-il réglé lors d'un ball-trap entre Paulson et un haut dignitaire chinois, "James Bond style"? Stay tuned.
(On en est pas loin: Paulson has been described as an avid nature lover. He has been a member of The Nature Conservancy for decades and was the organization's board chairman and co-chair of its Asia-Pacific Council. In that capacity, Paulson worked with former President of the People's Republic of China Jiang Zemin to preserve the Tiger Leaping Gorge in Yunnan province.)

Note 2: Etonnant comme les gouvernements américains et chinois arrivent à stimuler la bourse ou les prix de l'immobilier sans qu'il n'y ait pour autant d'inflation généralisée. La création monétaire est massive comme dans la période 2000-2007 aux Etats-Unis, l'asset bubble gigantesque, mais les prix à la consommation restent contenus. Il est clair en même temps qu'en donnant directement des milliards aux banques, ces milliards impactent directement leurs valorisations boursières (le point bas du mois de mars était surtout dû au fait que les banques commençaient à se rapprocher de plus en plus de zéro).

Bernanke complice de la bulle immobilière

En 2005, n'importe quel observateur de bonne foi aurait dû s'insurger sur les excès de certains marchés régionaux (Californie au moins). La question est précisément posée à Bernanke dans ce clip et il est extrêmement rassurant. Je dis souvent que les médias ont rassuré les gens en disant qu'il n'y avait pas de bulle dans l'immobilier mais ils n'ont fait finalement que répéter ce que disait la FED. Alors Bernanke, menteur ou imbécile? Le blogo dit menteur. The housing bubble is not a bug, it's a feature. (Via The Big Picture, aussi un recueil des déclarations de Bernanke sur la période ici)
Pour comprendre mon scepticisme sur la bonne foi de Bernanke voir les deux graphes suivants (NYT actualisé par TBP puis Calculated Risk):

Pour mémoire:Le pouvoir est évidemment du côté du premier. C'est tout le problème.

Y a Paulson au téléphone!

Durant la semaine cruciale où le sauvetage d'AIG a été décidé (donc en loucedé de Goldman Sachs qui a récupéré $13 milliards dans l'affaire) en septembre 2008, Paulson, Secrétaire au Trésor, a eu le CEO de GS 24 fois au téléphone de son bureau (on ne sait pas pour les portables où le domicile). Cet article de Gretchen Morgenson dans le NYT révèle la promiscuité entre l'ancien et le nouveau CEO de la firme, Lloyd Blankfein. Un scandale absolument sans nom. On touche là à l'épicentre de la corruption endémique qui frappe la politique américaine. Un soir, Paulson racroche d'un appel avec Bush et il appelle immédiatement Blankfein. Le lendemain, il arrive au bureau à 6H55 et il appelle... Blankfein. Pour commencer la journée d'un bon pied. Plein de détails consternants dans l'article. Ce n'est pas vraiment une nouvelle, il suffisait de voir le résultat pour imaginer que ce genre de contacts avaient eu lieu et que ce genre de relations existaient. Connaître les détails glace cependant un peu plus le sang.

Note: Henry Paulson était CEO de Goldman Sachs jusqu'en 2006 et il est ensuite devenu ministre des finances. A ce moment là, Lloyd Blankfein a pris sa place à la tête de Goldman. Ils ne pouvaient théoriquement se parler que s'ils y étaient autorisés par une dérogation qui a effectivement était accordée cette semaine là. Les contacts ont cependant été nombreux précédemment. Les apparences étaient en gros maintenues mais dès que la tempête s'est levée, toutes les digues ont sauté et l'axe Paulson-Blankfein s'est matérialisé: du béton armé.

Friday Plane Blogging

Retour sur l'article de Matt Taibbi

Critique positive dans la CJR (Columbia Journalism Review) avec un peu de recul de l'article assassin de Matt Taibbi sur Goldman Sachs. La description de la réaction outragée des vieux médias face à l'article est attendue mais amusante. Occasion pour le journaliste de préciser que la CJR touche $25000 de GS pour organiser un évènement annuel (rien de très surprenant).

Extraits:
"Conventional business-press investigations focus too often on marginal infractions, rulebreaking within the game, and too rarely on the game itself."
Mon expérience lors d'une discussion récente avec un journaliste. Il était friand d'affaires à la Kerviel mais n'avait aucun intérêt pour le fait que le système dans sa globalité soit à bout de souffle car corrompu jusqu'à la moëlle. Talk about missing the big story!

"One upside of Taibbi’s approach is its rejection of the false notion peddled by Wall Street and its defenders that crises are like natural disasters, unpreventable and uninfluenced by important actors, political and financial."

Mot pour mot l'argumentaire du blogo.

The lesson of Taibbi is that if conventional business journalism is unwilling or unable to step back and take in the sweep of this crisis, and the systemic distortions that underlie it, somebody else will.

Cette mise en garde ne sera pas écoutée par l'establishment journalistique. Espérons qu'elle s'avèrera prophétique.

Post It (2)

Le NYT encense le 7 août l'équipe économique qui a géré la crise de Paulson à Geithner. Le "rush to judgment" est toujours pathétique. Le cheerleading maximal. Un pouvoir en marche...

Les Etats-Unis en Afghanistan: $65 milliards dépensés en 1 an soit plus de 5 fois le PIB du pays ($12,5 milliards). Et c'est sans compter les dépenses de la coalition. Une guerre à laquelle les américains sont opposés à 54% contre 41% (CNN). Par ailleurs, il y a eu 39 morts américains en juillet en Afghanistan, le record depuis 2001.

Un petit tour dans le monde merveilleux du Commercial Real Estate en Californie:

Le feu a tous les étages. Cet article du Wapo explique comment les Etats américains sont "sous l'eau" d'un point de vue bugdgétaire et ne s'en sortent que grâce à l'Etat Fédéral. Beaucoup de municipalités ont aussi des difficultés. Alors l'Etat va augmenter ses déficits, l'Asie va les financer mais un jour, la bulle de la "solvabilité infinie" qu'on prête aux Etats-Unis va bien finir par éclater.

Tout le monde a raison

Le commentariat économique a quelque chose de "l'école des fans" en ce moment: tout le monde a gagné. La bourse reste l'indicateur qui est le plus corrélé avec le moral des ménages et qui donne le la de l'appréciation de l'économie en général. Les variations ont été telles récemment que les pessimistes ont raison (la crise est majeure) mais les optimistes aussi (le rebond est spectaculaire). Les optimistes sont évidemment toujours structurellement massivement surreprésentés dans les vieux médias, sponsorisés qu'ils sont par les pouvoirs de tout poil toujours prompts à chanter leurs propres louanges et leur infaillibilité sans oublier de s'exonérer de toute responsabilité quand tout va à vau-l'eau.

jeudi 13 août 2009

Post-It (1)

Je vais faire pas mal de "post-it" dans les jours qui viennent alors je les numérote pour qu'il n'y ait pas de confusion. Ces trois entrées ont été écrites il y a trois semaines.

Glenn Greenwald: Professor Nouriel Roubini argues in a New York Times Op-Ed today that actions by the Federal Reserve over the last nine months helped avert a Depression, while former Governor Eliot Spitzer said this week that the Fed has turned into a "Ponzi scheme" that relies on insider dealing and requires vastly increased scrutiny. Those claims aren't mutually exclusive. Indeed! Surtout, le "help avert a depression" nécessiterait un "so far". Bernanke a probablement posé les jalons de quelque chose de bien plus grave dans quelques mois, après que la force corrosive de ses interventions (ie: plus rien ne vaut plus rien) ait déstabilisé tout le système économique dans la masse. Les interventions de Bernanke se résumeront dans quelques années, non pas à avoir évité les problèmes, mais à avoir fait l'autruche quelques mois/années de plus qui auront à n'en pas douter été destructrices. Elles auront permis à quelques banquiers de "party like it's 2006!". Merci pour eux Ben...

Il y a assez de maisons vides aux Etats-Unis pour loger la population du Royaume-Uni (18,7 millions). Les miracles de l'allocation de capital "à l'américaine".

mardi 11 août 2009

L'ère du grand cover-up (dissimulation)

Atrios nous rappelle pour la n-ième fois que le Commercial Real Estate (CRE) est prêt à s'effondrer. Il s'agit de l'immobilier d'entreprise qui a connu des excès similaires à l'immobilier des particuliers mais dont les obligations pourries résultantes ont commencé à virer à l'aigre plus tardivement*. Déjà évoqué dans le blogo notamment ici et .

Le mécanisme est très similaire au subprime dans son inéluctabilité mais désormais, les Etats, les régulateurs et les banques centrales sont prêts: toutes les structures permettant d'amortir le coup sont en place. Au fur et à mesure que ces obligations ne paieront plus, il se trouvera toujours une banque centrale complaisante pour prendre en pension les titres vérolés, un régulateur pour assouplir ici et là les règles comptables et des Etats prêts à gager l'argent du contribuable pour éviter encore quelques mois d'avoir à prendre leurs responsabilités et de réformer radicalement le système financier vermoulu qui nous a amené jusque là.

Ce faisant, les établissements financiers qui auraient dû normalement prendre de plein fouet la dépréciation de ces actifs vont pouvoir faire bonne figure (et incidemment distribuer des bonus). La machine est en place. Le maquillage de pertes privées en ligne d'écriture dans la comptabilité publique (sans aucun financement à l'horizon) a désormais atteint son rythme de croisière. CDS foireux? No problem! CRE qui explosent? Bring them on! La réalité économique a été abolie. Pour combien de temps?

Les structures actuelles de l'économie mondiale ont quelque chose de Freddie Mercury:
"Inside my heart is breaking,
My make-up may be flaking,
But my smile, still, stays on!"


* le décalage entre l'immobilier d'entreprise et l'immobilier résidentiel est logique: la crise a d'abord impacté le consommateur en l'empêchant de se refinancer (une n-ième fois), celui-ci a levé le pied sur la consommation, les entreprises s'en sont alors ressenties ce qui a finalement impacté l'immobilier commercial. La crise financière a d'abord donné un coup d'accélérateur au tout mais mais ses effets ont été rapidement limités par l'abolition de la réalité économique par les gouvernements.

dimanche 9 août 2009

Capco?

Capco? Il s'agit d'une structure créée en 2003 par 13 banques dont Lehman Brothers. Pourquoi en parler maintenant? Il semble que cette structure ait $150 millions d'actifs à mettre en face de 11 milliards de passifs divers. Un mini AIG en quelque sorte.

Je ne cite pas beaucoup Donald Rumsfeld sur le blogo mais il avait fait des distinctions intéressantes entre les différents types d'inconnues auxquelles était confronté le département de la défense dans son aventure irakienne:
"There are known knowns. There are things we know that we know. There are known unknowns. That is to say, there are things that we now know we don’t know. But there are also unknown unknowns. There are things we do not know we don’t know."

Quelles sont les "unknown unknowns" de la crise financière? CAPCO rentrerait clairement dans cette catégorie. Tous conspirent aujourd'hui à mettre la poussière sous le tapis. Les gouvernements du monde entier ont érigé cette technique ménagère en méthode de gestion de la crise et ils sont prêts à tout mettre en oeuvre pour que les problèmes soient camouflés le plus longtemps possible. De concert avec les banques centrales, les gouvernements font tout pour brouiller la piste des responsabilités.

Les journalistes économiques, en plus d'être corrompus, n'ont tout simplement pas les ressources en homme qui seraient nécessaires à décortiquer le système. Il est tout à fait possible que nous passions à côté d'histoires majeures et que les spotlights soient dirigés vers des diversions sans intérêt (on pense à l'encre qui a coulé sur les $165 million de bonus d'AIG alors même que la vraie histoire était que l'entreprise bénéficiait de plus d'une centaine de milliards de renflouement dont $13 milliards passaient directement à Goldman Sachs et beaucoup incidemment à des banques françaises).

On pouvait avant compter sur l'aspect révélateur de la faillite mais désormais, le gouvernement et les banques centrales peuvent prévenir ces faillites sans même en tenir informés les citoyens (cf le TARP qui a été remboursé aux profits de moyens d'aides plus "furtifs"). Le brouillard n'a jamais été aussi épais. Face à la crise, les gouvernements ont choisi l'option de l'écran de fumée. Les banques ont créé une réalité tellement grave qu'elles ont obligé les banques centrales et les gouvernements à les aider à la maquiller.

Exemple de "Things we now know we don't know": la FED a augmenté son bilan de 2 trillions depuis le début de la crise sans que l'on sache quelles banques en ont bénéficié pour quels montants.
"Things we do not know we don't know": CAPCOs et autres facéties des banques d'investissement américaines.

vendredi 7 août 2009

Friday Plane Blogging

Approche de Chicago.

mercredi 5 août 2009

Greenwald et les "Corporate Media"

A la suite de la publication d'un article dans le NYT qui se voulait peu polémique décrivant les relations entre Newscorp et MSNBC, Glenn Greenwald a fait une explication de texte qui sème la panique au sein de NBC/MSNBC/GE. Il semble que Charlie Rose* ait fait les bons offices en mai entre GE et Newscorp en réunissant les CEOs autour d'une table. Il a été convenu lors de cette réunion que les attaques de Keith Olbermann (MSNBC) contre Bill O'Reilly (Fox News) cesseraient. En échange, O'Reilly cesserait de son côté de critiquer GE. Les corporate media dans leurs oeuvres: on ne va quand même pas se mettre des bâtons dans les roues puisqu'on est finalement tous du même bord...

Et Greenwald d'attaquer impitoyablement tous les acteurs de cette farce en se faisant une fois de plus le héraut des idéaux démocratiques foulés au pied quotidiennement par les élites américaines dans l'indifférence la plus totale. Et ça fait mal. Déjà, un contributeur de MSNBC a perdu son job (Richard Wolffe): Greenwald demande est-il normal qu'un "analyste politique" de MSNBC soit employé d'une société de PR pour grandes entreprises? Il suffit que la question soit posée pour que la réponse évidente ait entraîné la chute de l'intervenant. Encore faut-il qu'il y ait l'internet et que Greenwald soit là pour poser cette question. Il y a eu ensuite un pushback contre Greenwald avançant qu'il n'y avait pas de bases factuelles à ses accusations (il ne faisait que citer un article du NYT qui était en fait attaquer). Il semble qu'il ait reçu beaucoup de courrier lui demandant de revenir sur ses positions. C'est là qu'il a été secouru par Olbermann lui-même qui a dit qu'il n'avait pas passé d'accord avec Fox News (laissant entendre qu'on lui avait simplement ordonné de cesser les attaques et qu'il s'était exécuté en tant qu'employé - l'accord avait eu lieu au sommet). Greenwald a donc réussi à faire tomber Olbermann de son côté. Un présentateur star de MSNBC est désormais en porte-à-faux avec sa direction car Greenwald s'en est mélé. Le pouvoir de Greenwald s'affermit sans cesse et il est en passe de devenir l'un des individus les plus puissants du paysage médiatique. Sa force? Etre celui qui dit la vérité alors que le mensonge est devenu la norme. Etre celui qui s'en tient aux grands principes fondateurs de la démocratie américaine alors que ces grands principes, s'ils étaient respectés, conduiraient à l'incarcération de milliers de membres de la classe dirigeante américaine (guerre d'agression, torture, subprime...). Dans un cadre où la lâcheté ordinaire devient le ciment d'une société malade, l'émergence de Greenwald comme justicier solitaire est un vrai signe d'espoir que nous devons à l'internet.

Nos médias ont des rapports tellement incestueux avec les pouvoirs politiques et économiques que la simple énonciation des connexions entre les différents acteurs suffit à dévoiler le discours médiatique pour ce qu'il est: une vaste tartufferie. Je dis souvent que la situation américaine est pire et je le crois globalement mais je dois dire que la France est un bon exemple de ridicule et de servilité. On pense à Bouygues (qui comme GE dépend pour une part importante de contrats publics) comme illustration criante de cette dérive mais il y en a tellement d'autres (dénoncées déjà par Serge Halimi dans les années 90 dans "Les Nouveaux Chiens de Garde")...

Heureusement il y a l'internet et on peut espérer que les années qui viennent nous apportent une "Greenwaldisation" des esprits, qu'assez de citoyens avertis prennent conscience du caractère dérisoire des "garanties journalistiques" que leur promettent les corporate media pour qu'ils écoutent d'autres voix indépendantes capables de faire tomber des têtes et d'instiller la peur chez ces petits marquis poudrés qui nous abreuvent de leurs inanités depuis beaucoup trop longtemps.

Note: Un scandale a également atteint le Washington Post le mois dernier. Le journal proposait d'organiser des meetings "off the record" entre des membres de l'administration Obama et des responsables du Health Care. Moyennant finance évidemment. Vous avez dit "corporate media"?

Et la crise dans tout ça?

La situation est grave, mon dernier post un peu substantiel date du 23 juillet... J'entends déjà le lecteur désabusé:

"Le Blogo fait une pause mais la crise, elle, elle fait une pause peut-être?"

Et bien il semble précisément que oui! Ne vous en faites pas cependant: vous êtes bien sur le site le plus pessimiste du web sur la situation économique et ne comptez pas sur le blogo pour rester inerte alors que la situation s'améliore en contredisant au passage toutes ses prévisions apocalyptiques. Je vais continuer à apporter ma pierre à la morosité ambiante en faisant tout à ma modeste échelle pour qu'elle ne se transforme pas en neutralité voire (horreur!) en optimisme.

El Blogo: l'envers du décor

Publicité gratuite pour Asus. Je suis depuis quelques jours l'heureux (en gros...) possesseur d'un EEEPC 1101HA. A 400€, c'est une nouvelle génération de mini-PC (à la FNAC depuis vendredi) avec une puce atom Z520, 1Go de ram, 9,5 heures d'autonomie, un clavier de taille normal, un écran de 11,6 pouces avec une résolution de 1366x768. Il est pratique mais les capacités vidéos sont très nulles. Je ne l'achetais pas pour ça mais il aurait quand même été agréable de pouvoir regarder un fichier vidéo standard (un film de 700Mo) sans noter de dégradation sensible par rapport à mon vieux portable qui a 7 ans!

El Blogo, en route vers la gloire

Les lecteurs de la première heure se souviennent de mes émotions à la faveur de l'évolution du référencement Google du Blogo. J'avais considéré comme une grande victoire le fait qu "El Blogo" apparaisse en premier quand on le recherchait sur Google France. Il faut préciser que "blogo" n'est pas l'espagnol pour "blog" et que la concurrence n'est donc pas énorme (la consonance espagnole réduit tout de même l'utilisation pour un blog en français).

Bref, la nouvelle du jour est que la recherche "El Blogo" sur Google US renvoie désormais le blogo en premier résultat...

Note: La prochaine étape est que le premier résultat de la simple recherche "blogo" renvoie ici sur Google France, puis sur Google US. La lutte continue...

lundi 3 août 2009

Peu de posts

Le Blogo est un peu vide en ce moment. C'est dû à la période estivale: le nombre de posts par jour est en gros proportionnel à la distance qui me sépare d'une piscine. Je n'ai jamais essayé de contrôler la quantité de posts depuis le début (pas d'objectifs en termes de quantité ni de régularité) mais cette période de basses eaux ne durera pas toujours. Donc: stay tuned!

vendredi 31 juillet 2009

Friday Plane Blogging

A380 en croisière à nouveau.

lundi 27 juillet 2009

Bailout 101

Le sauvetage des banques illustré.

vendredi 24 juillet 2009

jeudi 23 juillet 2009

Post-It

Dites-moi que je rêve. S&P a baissé la note d'obligations basées sur de l'immobilier commercial de AAA à BBB- (un gouffre) il y a quinze jours mais vient de revenir en arrière. WTF? Et tous les investisseurs et les gouvernements du monde continuent comme des moutons à faire de ces ratings la pierre angulaire de leurs interventions sur les marchés à commencer par leurs appréciations sur la dette souveraine qui va être un élément décisif de la crise dans le futur. Plus ici.

The Economist évalue les dommages que la crise a infligé à la théorie économique. Verdict: les économistes doivent remettre leur ouvrage sur le métier pour se reconstituer une crédibilité. En vérité selon le Blogo, la crise n'a fait que valider le B-A BA de la théorie économique: une politique monétaire laxiste conduit à une "asset bubble". Cela n'a rien de particulièrement étonnant. On nous fait croire que tout est remis en cause mais il n'en est rien. Il suffirait que les économistes soient indépendants pour qu'ils percent ces mystères à jour en deux temps trois mouvements. La vérité est très simple: les universités, les journaux et les spécialistes de l'économie sont contrôlés d'une manière ou d'une autre par des intérêts qui s'efforcent de cantonner le discours à une approche naïve de l'économie. L'économie est supposément livrée à des forces indomptables qui comme les caprices de la météo ne peuvent réellement être maîtrisées.
La théorie économique ne pourra être complète et utile tant que l'on se s'autorisera pas à examiner la présence de comportements évidemment délictueux et de manipulations grotesques au plus haut niveau. Tant que cela ne fera pas partie du champ de l'envisageable et du questionnement, l'analyse des phénomènes économiques que nous traversons restera toujours aussi indigente que le coyote face au road runner. Que le discours sur l'économie soit contrôlé par ceux qui contrôlent l'économie est une évidence qui n'est jamais apparue aussi clairement que dans la période récente. Tant que cela ne sera pas reconnu, analysé et qu'il n'y sera pas remédié par des citoyens soucieux de contrôler leur destinée, les mêmes phénomènes ridicules seront voués à se reproduire à l'infini. Prenez 100 esprits brillants et donnez leur les moyens d'être indépendants d'une université, d'un Etat ou d'une banque et ils auront vite fait de résoudre le problème de ces afflictions récurrentes de nos économies. Le pouvoir qu'ils auront dès lors rendu aux citoyens, il est certain qu'ils l'auront enlevé quelque part.

Les nouvelles vont rarement dans ce sens alors il faut le souligner: Obama a gagné le combat pour limiter le nombre de F22 dans l'armée de l'air US. Il s'agit du "nouveau" (guillemets car le programme a commencé il y a bien longtemps) chasseur américain hors de prix adapté à la guerre froide et qui n'a été utilisé ni en Irak, ni en Afghanistan (selon Robert Gates). C'est une victoire contre le complexe militaro-industriel même si le budget va supposément aller à des avions plus petits.

Glenn Greenwald essaye toujours de sauver l'âme américaine avec son blog. More power to him!
There are few instances where the establishment media reveals more transparently what they are and what they do than when they demand that high-level Bush officials be endowed with immunity from the consequences of their crimes. Le Blogo est avec toi, Glenn.

Myles Spicer du Daily Kos pensait bien connaître la politique américaine. Il pensait que dans son Etat du Minnessota, il y avait environ quelques lobbyists en costume sombre qui dépensaient quelques centaines de milliers de dollars pour influencer les législations. Il a été surpris de constater qu'il y avait 1400 lobbyists qui avaient dépensé l'an dernier $61 millions. $300000 par législateur pour un état de 5 millions d'habitants. En 2006 à Washington (dernière année "on record"), c'était 15000 personnes pour $2.85 milliards. Il dit que cette enquête commencé presque sans qu'il le veuille et qu'elle a été une révélation pour lui.

Marrant. Un blogueur crée un post relatant le projet de reprise du Treasury Department par Goldman Sachs.

La nouvelle comission "Pecora" sur la crise économique va être presque certainement un coup d'épée dans l'eau selon TPM.

Vous souvenez vous de Maiden lane? Ces loans de garantie ont été faits à Bear Stearns pour les I et II et à AIG pour le III. $25 milliards à chaque fois sur le bilan de la FED (en gros). Il semble que au moins pour le III, l'essentiel va partir en fumée. Qui l'eût cru?

Ne pas perdre de vus le caractère régional extrêmement marqué de la crise de l'immobilier. Les 10 états les plus touchés représentent 75% des expropriations (foreclosures). Les 10 Etats les plus peuplés seulement 53% de la population.
A noter, la californie...

mercredi 22 juillet 2009

Le post "Big Picture"

Les emprunts du blogo au site "The Big Picture" sont nombreux et j'ai vu passer tellement de graphes intéressants ces derniers jours que cela mérite un post complet. Les graphes donc et des commentaires rapides à leurs suites:
J'avais cité dans le blogo le chiffre de David Brooks qui disait que depuis 1957, le taux de leverage global de l'économie américaine était passé de 150% à 350%. Comme je le supposais mais je n'avais pas cherché le chiffre, il fallait revenir beaucoup moins loin dans le temps pour que le chiffre soit vraiment impressionnant: on le voit à la période en gros stable entre 1957 et 1980. C'est vraiment en 25 ans qu'on est passé de 175% à 350%.
Il s'agit ici des taxes retenues à la source sur les salaires par les Etats américains. C'est l'effet ciseaux des budgets publics partout dans le monde: beaucoup plus de dépenses au nom de "la relance" et parallèlement des recettes en chute libre.
La sales tax nous montre que le même effet ciseau est à l'oeuvre pour toutes les recettes fiscales "across the board".
Parler de rebond dans le housing est très prématuré comme on le voit avec les ventes de maisons neuves depuis le haut du marché (division par 4. On s'approche du fond effectivement puisqu'on s'approche de zéro mais c'est à peu près tout.
Projection du budget américain. Comme déjà dénoncé, le retour à l'équilibre extrêmement rapide projeté par Obama est une blague. Selon toute probabilité, 2009 n'est que le début d'une cloche inversée qui ne trouvera son plus bas que dans deux ou trois ans (si la crise ne met pas un stop brutal à la capacité d'endettement américaine ce qui n'est pas l'hypothèse privilégiée par le blogo qui voit les Etats-Unis devant faire face à des restrictions de financement "IMF style" sauf qu'elles ne seront pas implémentées par le FMI mais par les marchés qui demanderont à être mieux rémunérés sur le risque US).

Le "posturing" mou d'Obama et de Summers

Les bons résultats des banques sous perfusion de fonds publics ont obligé Obama et Summers a prendre une posture réprobatrice. Quelle hypocrisie! Ouvrir la porte du poulailler aux renards et s'inquiéter des ravages....

Obama:
“The problem that I’ve seen, at least, is you don’t get a sense that folks on Wall Street feel any remorse for taking all these risks,” Obama said in an interview today on public television’s “The NewsHour with Jim Lehrer.” “You don’t get a sense that there’s been a change of culture and behavior as a consequence of what has happened.”

How weak...

Summers:
White House National Economic Council Director Lawrence Summers chastised some banks thatreceived government aid for not doing enough to reduce foreclosures, while declaring that next year’s economic growth pace is “in doubt.”
“Prudent financial institutions will recognize that the profits they’re enjoying are in part a reflection of the commitment government and the broader society have made to the financial system that has enabled them to enjoy those profits,” Summers said in an interview with Bloomberg News yesterday in Washington.

"Les banques prudentes reconnaîtront que leurs profits sont liés aux efforts du gouvernement et de la société dans son ensemble". Peut-on imaginer prise de position plus molle? Autrement dit, "si elles choisissent d'être prudentes", les banques reconnaîtront les efforts du contribuable...
Les contribuables américains saignés à blanc seront probablement ravis que leurs efforts soient "reconnus" (dans un futur hypothétique où l'augmentation de la dette finirait par se traduire par des hausses d'impôts - la fin du Ponzi scheme US autrement dit) et encore seulement si ces banques ont le bon goût de choisir d'être "prudentes". Ouch! That's gotta hurt!

He said financial companies have benefited from an “aura of government support,” as well as programs to guarantee debt,backstop commercial-paper issuance and “support weaker financial institutions that were their counterparties.”

Summers veut-il se faire respecter en rappelant l'arnaque AIG-Goldman ($13 milliards)? Un bon moyen pour lui d'avoir un peu de crédibilité aurait été de ne pas passer par la case départ en touchant "20000 francs" de Merrill Lynch pour une conférence alors qu'il était clair qu'il deviendrait conseiller économique (12 novembre 2008 - en avril 2008, il touchait $135000 de GS pour une intervention).

Quand Summers et Obama font une concession en fronçant les sourcils devant les banquiers pour calmer une opinion publique de toute façon amorphe et "brain dead".

Pendant ce temps-là, Spitzer essaye de sortir du trou dans lequel l'a placé son affaire de prostitution:
Spitzer said new rules proposed by President Barack Obama’s administration are irrelevant because regulators failed to enforce existing regulations.
“Regulatory agencies already had the power to do everything they needed to do,” he said. “They just affirmatively chose not to do it.”
“You don’t need new regs to do it, you just need the will to do what they were supposed to do,” he said.

Mitterrand et la licence globale

Etonnant de voir s'exprimer un ministre inexpérimenté:

Avis défavorable [à la participation de 2€], ont répondu le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et le rapporteur du texte Franck Riester (UMP). "C'est le retour de la licence globale qui a la vie dure. Les artistes n'en n'ont pas voulu", a déclaré M. Mitterrand.

On sait maintenant pour qui le gouvernement légifère exclusivement: "les artistes". Ils ont un droit de véto sur les dispositions de l'Hadopi. Et cela ne veut pas dire les citoyens qui entreprennent des activités artistiques évidemment. Il s'agit de la petite caste de ceux qui en vivent largement au moyen d'un système de distribution obsolète. Espérons que tous ceux qui n'appartiennent pas à cette caste se souviendront qu'on a légiféré exclusivement au profit de celle-ci et au mépris du bien commun (libertés individuelles et avancée globale de la société) au moment de voter.

mardi 21 juillet 2009

Le "brouillon de l'histoire" massacré

Si le journalisme est le brouillon de l'histoire, cette introduction de Charlie Rose à son émission "Update on Wall Street" fait vraiment froid dans le dos. Au sujet de JP Morgan et Goldman Sachs:

"Both banks received billions in government TARP loans last year but the funds were recently repaid." Les deux banques ont reçu de l'argent du TARP mais elles l'on remboursé récemment.
Fermez le ban.

JP et GS ont croqué de l'aide gouvernementale mais c'est bien fini. Sous-entendu: on ne peut pas leur reprocher dans le cadre de leurs annonces de résultats mirifiques. Quelle énormité! Quand on voit le "free pass" avec lequel les banques font avaler toutes les couleuvres à l'opinion, on se demande vraiment si ce qu'on a appris sur les crises passées a le moindre rapport avec ce qu'il s'est vraiment passé. Juste pour mémoire (au lecteur occasionel): toutes les banques doivent aujourd'hui leurs survies aux décisions du gouvernement et des banques centrales. C'est vrai depuis septembre et c'est toujours le cas aujourd'hui: si les banques centrales normalisaient leurs pratiques et les Etats supprimaient leurs garanties, tous les banquiers du monde pourraient éteindre leurs ordinateurs et rentrer chez eux dans la minute. Derrière les Etats, il y a les citoyens et surtout les contribuables. Les banquiers, non contents d'avoir planté leurs concitoyens une première fois en soudoyant les hommes politiques pour qu'ils autorisent des pratiques grotesquement frauduleuses, passent une seconde couche en leur extorquant des fonds publics pour pouvoir continuer à réaliser des profits factices. C'est sans conteste, de très très très très loin, le transfert de richesse le plus choquant de l'histoire et cela n'émeut pas plus que cela les journalistes des vieux médias...

Les invités de Charlie Rose sont cette fois Floyd Norris du New York Times et Dennis Berman du Wall Street Journal qui s'acquittent tous deux fort bien du cirage du pompe au système bancaire qui est ce pour quoi ils sont payés. Jusqu'à Berman qui finit par dire quelque chose dans le goût: on a tellement joué de malchance que là, vraiment, il serait normal que quelques choses aillent un peu mieux quelques temps (autour de la 22ème minute). Evidemment, la malchance n'a rien à voir à l'affaire. On ne sait pas s'il est vraiment idiot ou simplement menteur. A noter que Floyd Norris semble s'être abonné à la newsletter de Nouriel Roubini puisqu'il mentionne l'information selon laquelle la production d'électricité baisse en Chine et pas la croissance (vue dans le dernier "Post-It"). Ces hommes liges des banques commencent donc à s'informer sur les blogs et les sites sans légitimité historique, avant d'être balayés (espérons-le) par cette nouvelle concurrence.

Pour finir en apothéose, regardez la dernière minute où ces trois abrutis se donnent des airs importants en faisant des allusions au fait que "si vous voulez survivre dans le monde d'aujourd'hui, il faut avoir des contreparties importantes" (wink wink - clin d'oeil entendu). Ils font clairement allusion à la différence de traitement entre AIG et CIT, l'un ayant bénéficié d'être une contrepartie essentielle de GS. C'est effectivement intéressant mais pourquoi ces clins d'oeil entendus sans même citer les noms des sociétés dont ils parlent? C'est comme s'ils nous disaient: nous savons bien que le système est complètement pourri mais nous ne pouvons pas en parler et ça nous fait bien rigoler. WTF?

Et c'est le meilleur talk show aux US... A noter que l'émission est sponsorisée par Bloomberg et accessoirement tournée dans la tour Bloomberg à Manhattan. Il y défile à peu près tous ceux qui comptent dans la société américaine (et de temps en temps quelques étrangers, j'y ai vu Villepin, Sarkozy avant son élection et BHL par exemple). C'est le porte-voix des élites et il est donc normal que quand les élites faillisent collectivement, le show en pâtisse. Charlie Rose ne laisse pas transpirer ses inclinations politiques mais après des années de visionnage soutenu, j'ai échaffaudé qu'il était à la gauche du centre (!). Comme tout bon journaliste des vieux médias, il semble avoir une conscience très vive du côté sur lequel sa tartine est beurrée et il ne commet jamais d'impair. Les invités sont très respectueux, certains avouent: "je n'en reviens pas d'avoir été invité chez vous". En retour, ils ne sont jamais mis en difficulté. Tout cela reste toujours très civil, un talk-show entre "gens de bien". Quand une partie des "gens de bien" se met à voler et à tuer impunément, c'est un peu court.

Usual Suspects


Bush, Summers, Obama, Paulson et Geithner.

vendredi 17 juillet 2009

Post-It

Obama ne veut pas d'un amendement à sa loi de finance militaire exigeant que les "contractors" ne soient pas utilisés lors des interrogations de détenue.

Glenn Greenwald célèbre les profits énormes de Goldman Sachs avec une sélection d'extraits d'articles depuis septembre 2008. C'est cinglant comme toujours. Vous verrez beaucoup de choses qui ont été citées dans le blogo. La démonstration de la corruption totale de la première puissance mondiale. Ame sensible s'abstenir. A noter que même Greenwald ne semblait pas avoir noté initialement que c'est le programme de prêts de la FED qui a été l'élément le plus important du sauvetage des banques et donc aussi de Goldman Sachs, $2 trillion ont été utilisés sur lesquels le public ne sait rien. $1 trillion est peut-être allé directement chez GS pour "spieler", impossible de savoir.
Le mécanisme est de fournir de l'argent frais en échange d'un collatéral pourri - comme ça, la baisse de valeur des obligations que les banques détiennent ne les empêche pas de se financer (la BCE et la FED l'ont fait plus que de raison dans une très grande opacité). C'est entre autre pour ça que le blogo ne cesse de répéter que TOUTES les banques américaines et la plupart des banques dans le monde ont fait faillite et sont en "life support" depuis septembre 2008.

Je ne peux pas "linker" car ce sont des pubs qui vont et viennent mais je tombe très fréquemment en ce moment sur des pubs pour la scientologie dans des sites d'information US très mainstream...

Jusqu'à la fin 2008, la production d'électricité en Chine était très corrélée avec la croissance économique. Ca n'est plus le cas depuis le dernier trimestre 2008 selon Adam Wolfe et Rachel Ziemba (via RGE Monitor) avec une baisse de 6% puis 4,3% en Q4 et Q1 alors que la croissance restait supérieure à 6% ces deux trimestres. Cela pose la question de la fiabilité des statistiques chinoises en général et il semble que cela soit un vaste sujet à en croire les nombreux sceptiques qui s'expriment sur la question. J'ai vu un autre commentateur qui semblait être à son affaire et parler mandarin (sur RGE monitor) se demandait si l'endettement de l'Etat chinois était de 50% du GDP ou 70%. N'y a-t-il pas des stats officielles? La Chine m'apparaît de plus en plus comme la boîte noire de l'économie mondiale. Un peu comme si le "financeur" en dernier ressort des Etats-Unis avait des choses à cacher. La Chine est les Etats-Unis vont-ils devenir un autre couple célèbre comme Enron et Arthur Andersen, les banques et les agences de notation ou Madoff et son auditeur employant 3 personnes? J'y reviendrai.

Blair Président de l'Union Européenne?

Dites-moi que je rêve... Espérons que l'enquête au Royaume-Uni sur la participation à l'invasion de l'Irak mettra fin à ces élucubrations. Rien que le fait que l'hypothèse soit émise est choquant.

Friday Plane Blogging

mercredi 15 juillet 2009

Bullshit détecteur du blogo dans le rouge

Hier, Sarkozy a voulu justifier le déploiement français en Afghanistan par la volonté d'empêcher que des mains de "petites" filles ne soient coupées parce qu'elles portaient du vernis à ongles. Problème: il semble que cela n'ait jamais été observé.

Après 5 ans d'exposition intensive à la propagande bushiste, j'ai développé un "bullshit detector" extrêmement efficace dont l'aiguille s'est immédiatement mise à tressauter furieusement. Cela me vaut de grands moments de solitude car quelqu'un d'averti se sent extrêmement seul devant la capacité de ses contemporains à avaler sans broncher la propagande du jour quand le sujet tourne autour du supposé "clash de civilisations".

Rapide recherche sur internet. L'histoire serait adaptée d'un rapport d'Amnesty International de 1996 qui semble faire état d'une instance "au moins" où la dernière phalange d'un pouce d'une femme afghane aurait été coupée en raison de l'application de vernis à ongles. Alastair Campbell (propagandiste de Blair) a semble-t-il commandé une étude sur les exactions talibanes et a placé cette mutilation en avant dans le cadre d'une opération de propagande qui a été relayée par les épouses respectives de Blair et de Bush en 2001 (la cause des femmes musulmanes est un axe important pour gagner le sexe supposément le moins belliqueux à l'idée de la guerre d'autant qu'il a des fondements bien réels. L'idée que "l'ennemi" couperait de manière routinière les mains de "petites" filles portant du vernis à ongle semble en revanche n'en avoir aucun).

La généralisation de Sarkozy est donc inacceptable vu la faiblesse des preuves factuelles sur lesquelles elle repose (en plus d'être factuellement fausse - couper les mains n'est pas la même chose que couper une phallange même si le blogo ne défend ni l'un ni l'autre). Il est courant dans les pays totalitaires de stigmatiser l'adversaire en présentant des faits isolés comme la "vraie nature" de l'ennemi. Les iraniens ont dit le mois dernier aux Etats-Unis qu'ils n'avaient rien à reprocher aux iraniens sur le traitement des émeutes récentes en raison des évènements de Waco au Texas par exemple. A quand les accusations sur les français "congeleurs de bébés"?

L'idée que les Talibans coupent systématiquement les mains aux ongles vernis est donc un élément maladroit de propagande qui affaiblit considérablement le discours présidentiel. Ce genre de déclaration ne s'adresse pas à notre intelligence mais à notre cerveau reptilien et nous rappelle les heures les plus noires de la propagande bushiste/blairiste. Si on prend ce discours au mot, on a envie de prendre son fusil et d'aller dégommer du Taliban. Cela ressemble un peu aux "deux minutes de la haine" dans 1984. Plus généralement, le doute ou la gêne qu'on peut ressentir en imaginant des drones terroriser des populations civiles en notre nom à l'autre bout de la planète sont complètement éradiqués: plus de doute, plus de réflexion, plus de mesure! La vie est belle.

Rien ne me fait plus froid dans le dos que ces discours de haine (car la déshumanisation de l'adversaire prépare le terrain à son extermination - toujours un risque vu le rapport de force) semblant nous intimer de laisser notre sens critique au vestiaire et nous enjoindre d'acquiescer à toutes les décisions de notre bienveillant leader qui veut débarrasser le monde d'un mal absolu et qui a besoin pour ce faire de pouvoirs non moins absolus (cf Bush, George W.).

Sarkozy ment-il? A-t-il été simplement victime (comme nous tous) de dizaines d'années de désinformation** et en a-t-il gardé cet exemple précis comme un élément structurant de sa pensée sur les talibans? Le problème est qu'il n'est pas au café du commerce et que quand on est président on ne peut pas faire des déclarations incendiaires galvanisant l'opinion sans un minimum de "fact checking". Surtout quand il s'agit de guerre et de paix.

La vérité est que personne ne sait ce que nous faisons en Afghanistan et qu'il est plus facile de recourir à ce genre d'arguments que d'essayer d'expliquer une stratégie inexistante. Ce n'est pas vrai, il est plus juste de dire qu'il y a bien une stratégie mais qu'elle n'a rien de militaire: elle est de faire plaisir à Obama sur ce plan en espérant s'y retrouver sur d'autres plans politiques (j'espère que ce n'est pas seulement contre un sourire, merveilleux il est vrai).

*Combien s'étonnent de voir sur les ondes une jeune iranienne agonisant alors que des scènes de ce type au moins aussi horribles sont tournées tous les jours dans toutes les zones de conflit du monde et qu'elles sont systématiquement occultées de nos journaux télévisés? (cette scène est passée en boucle aux Etats Unis en tout cas, je ne suis pas sûr pour la France) Le simple fait de demander qu'on applique les principes de rationalité, d'objectivité et d'égalité de traitement (supposément à la base de nos sociétés) à ces sujets fait froncer des sourcils.
** Vous souvenez-vous des irakiens qui enlevaient les incubateurs dans les cliniques en arrivant au Koweit? C'était une invention du Rendon Group, fournisseur du pentagon en opération de "relations publiques".
Note 1: Si quelqu'un a des informations spécifiques sur des mains coupées à cause de vernis à ongle, le blogo fera une correction.
Note 2: Je pense que cette note n'est pas utile pour les lecteurs fidèles mais elle peut l'être pour quelqu'un qui tomberait sur ce post de manière isolée. Le propos du blogo n'est pas ici d'exonérer les talibans ou d'expliquer que les difficultés des femmes talibanes sont en réalité de l'ordre de celles dénoncées par Cookie Dingler. Il s'agit de tirer les leçons de l'Amérique bushiste et d'adopter une politique de tolérance zéro devant des embryons de dérive similaire.
Et tant qu'on est sur Cookie Dingler:

Guaino découvre l'Amérique

Le Blogo s'était réjoui de voir Guaino exécuté par Maître Eolas à la suite de déclarations ineptes sur l'hadopi. Cette fois-ci, je ne peux que louer la fermeté de Guaino sur Goldman Sachs.

“The question now is whether we decide to do something to fix that,” Guaino said today in an interview on France2 television. “No one in the U.S. or elsewhere can tolerate such a situation. Goldman Sachs wouldn’t exist had American taxpayers not come to its aid. To be drowning in dollars and bonus money today is utterly scandalous. It’s a problem the G-20 will have to deal with. Political leaders around the world are at the foot of a gigantic moral problem.”

Failure to act on bankers’ pay and bonuses could lead to “major political problems,” Guaino said.

“On the one hand, there’s this explosion in unemployment and social disintegration, and on the other, this perfectly indecent conduct continues,” Guaino said in the interview. “It’s the job of politicians to put an end to it."


Quand va-t-on commencer à s'interroger sur les causes structurelles de ces dérives? Pourquoi s'indigner seulement maintenant? Tout est normal pendant qu'on crée les conditions des abus et quand les abus se produisent, c'est l'indignation? Il faut quand même se réjouir de ces éructations Guainoesques: c'est beaucoup mieux que rien. Le blob de la corruption américaine recouvre désormais tellement le pays que même les observateurs étrangers ne peuvent plus faire semblant de ne pas le voir!

Note: cette dépêche bloomberg n'est plus mise en avant sur le site de bloomberg, son passage en "une" aura été remarquablement court.

lundi 13 juillet 2009

L'art du sauvetage des banques

Ce sauvetage des banques me pose beaucoup de problème car j'aime bien les analogies un peu fumeuses et je trouve difficile d'en trouver sur ce sujet. C'est pour ça que j'aime bien ce dessin qui a un peu une qualité "Alice au pays des merveilles". (via TBP)

samedi 11 juillet 2009

Sarkozy se fait remarquer

Post-It

Un édito de David Brooks du NYT (dont la fortune journalistique a été liée au fait d'avoir inventé le terme "bobo" à la fin des années 90, il a supporté la guerre et n'a aucune chance de figurer un jour sur la BCL) cite un chiffre cher à "Hubris Kills" qui résume très bien la crise: le total de la dette américain représentait 143% du PIB en 1951 mais 350% l'an dernier. Déjà évoqué sur le blogo ici et par le Financial Times ici (via Hubris Kills). La crise n'est que le début d'un lent deleveraging (réduction de la dette). Il est tellement lent qu'il n'a d'ailleurs pas encore commencé (la dette publique augmentant plus vite que la dette privée ne diminue) mais il semble aussi inéluctable que l'éclatement de la bulle de l'immobilier.

Si vous voulez savoir ce que donne l' "exact opposite" du discours du Blogo, c'est ici dans cet autre édito du NYT. En gros: la crise est la faute des régulateurs et il ne faut rien changer au système bancaire. Posner a été interviewé en juin par Charlie Rose. Il semble sucrer les fraises mais nous donne l'essence de son message à la fin de l'interview: "le plus dangereux est la précipitation dans la rerégulation". T'as raison, je suis terrifié.

Le wapo dans une nouvelle affaire. Ils proposaient d'organiser des rencontres entre lobbyists et responsables officiels au sujet du plan santé Obama. Des journalistes du Wapo devaient animer mais il était entendu que tout serait "off". Les vieux médias à leur meilleur!

Un grand nombre des programmes mis en place par la FED à l'automne 2008 pour sauver Wall Street ont été redimensionnés à la baisse fin juin suite à la normalisation des marchés. Alphabet soup anyone? AMLF, ABCP, CPPF, TSLF, TAF, TALF, currency swaps...

Le FMI veut vendre 12% de ses réserves d'or à partir du quatrième trimestre. 400 tonnes.

Deux pontes se prononcent contre l'extension des pouvoirs de la FED soutenue par l'oligarchie bancaire (qui contrôle la FED).

Les banques préparent une campagne publicitaire contre le projet d'Obama d'avoir une agence de protection des consommateurs sur les produits financiers. Le modèle est "Harry and Louise" utilisé en 1994 contre le plan santé des Clintons: le gouvernement veut décider à votre place. They have no shame.

Les SIVs ne sont plus selon le FT. RIP 2009.

Peter Schiff raconte son histoire et ses rapports avec les vieux médias

A voir. 5min.
(Le lien est réparé suite à une remarque de W. Il faut descendre un peu dans le texte pour voir la vidéo. L'article est probablement intéressant mais je ne l'ai pas lu pour le moment.)

As American as apple pie

Peanut butter and jelly... (via the big picture)

vendredi 10 juillet 2009

Friday Plane Blogging

Le premier A380 peint aux couleurs d'Air France est sorti du hangar cette semaine. Vol inaugural vers New York le 9 novembre. A noter: le nouveau logo Air France.

jeudi 9 juillet 2009

Post-It

Le taux de chômage US est à 9,6%. D'après les stress tests effectués fin mai, le scénario le pire était 8,8%. Just sayin...

La bourse atteint un plus bas depuis deux mois. Une nouvelle série de pertes massives semble se profiler à l'horizon (on reparle d'AIG). La situation est singulièrement similaire à celle de l'été dernier. La bourse également s'était remise d'aplomb jusqu'à fin juin puis s'était retournée pendant l'été, pour finalement exploser en vol à la rentrée. Le plus haut en mai 2008 avait été 13000 points, en juin 2009, c'est un plus modeste 8800.

Morgan Stanley veut à nouveau "trancher" des CDOs pour donner un bon rating à une partie d'entre eux. Good luck with that. C'est en gros le mécanisme de structuration qui a permis cette crise. L'idée est toujours de faire estampiller AAA ces titres par les agences qui n'hésiteront pas à apposer doctement leur sceau.

Bon article de David Reilly de Bloomberg News sur les efforts de relations publiques des banques après la crise. En tentant de se disculper en réécrivant l'histoire de la crise ("c'est la faute à pas de chance"), elles veulent empêcher un retour de bâton de la régulation. Pour étayer son propos, le journaliste cite un professeurs d'Harvard de "Louisiana State" (je n'ai rien contre Louisiana State mais il est quand même désespérant de voir que les "elite institutions" n'arrivent toujours pas à critiquer les banques comme elles le méritent). Citant le groupement pour les relations publiques des banques: In other words, no one will buy it if we say Wall Street isn’t to blame but our members want to try anyway. (Personne ne nous croira si nous disons que Wall Street n'est pas responsable mais nous alons quand même essayer.) Good luck with that too.

Goldman Sachs et le coup d'Etat économique

En 1953, le président de General Motors déclarait en gros: "Ce qui est bon pour GM est bon pour l'Amérique". On peut se demander aujourd'hui si la même formule légèrement adaptée ne peut pas être appliquée à Goldman Sachs: "Ce qui est mauvais pour l'Amérique est bon pour GS".

D'après un "analyste actions" de Bank of America (autant dire Mme Soleil mais le jugement est quand même intéressant en raison de l'énormité de ce qu'il révèle), Goldman serait dans les clous pour battre en 2009 son record de gains de trading établi en 2007 (record dans l'histoire de la finance, $25 milliards). Cette petite entreprise ne connaît pas la crise.

C'est en fait normal. Toutes les barrières entre l'Etat et les banques ont sauté avec la faillite de ces dernières. De manière complètement stupéfiante, les institutions financières ont utilisé leurs propres faillites comme "forcing device" pour lancer (et réussir) une OPA hostile sur l'Etat. Là où on aurait pu croire que l'inverse se produise (la reprise par l'Etat de banques en faillite), les banques ont jeté le masque et ont révélé l'emprise qu'elles avaient sur les rouages de l'Etat dans une forme inédite dans l'histoire de "coup d'Etat économique". Tout cela couvert par le sourire de l'affable Obama.

Les banques sont de fait encore plus puissantes qu'avant la crise car elles se financent désormais directement à partir de la meilleure source qui soit: les fonds publics. Elles avaient déjà plus ou moins le privilège de "battre monnaie" vu l'influence qu'elles ont par statut sur la FED. Elles se sont arrogées le droit de lever l'impôt (ce droit n'existe plus vraiment aux Etats-Unis, il vaut mieux parler du droit d'augmenter la dette). Cette usurpation ne va pas tarder à faire son chemin auprès des autres Etats et surtout des investisseurs du monde entier mais il faut bien reconnaître que pour l'instant, l'arnaque est passée comme une lettre à la poste. Il s'agit donc en réalité d'un chant du cygne* avant la chute finale (ce système a déjà magistralement échoué et ne trouvera évidemment pas de rédemption ni même d'équilibre dans sa nouvelle hypertrophie) mais tout de même: chapeaux bas!

* Un chant du cygne façon scène finale d' "Akira" dans laquelle le héro négatif se transforme en blob détruisant la moitié de la ville avant de reprendre forme humaine.
Note: j'en profite pour caser le lien vers l'article de Matt Taibbi finalement en ligne et déjà évoqué ici dans le blogo. Il s'agit d'une critique assassine de Goldman Sachs comme on n'en lit... jamais!

mercredi 8 juillet 2009

PPIP

Pour ceux qui se perdent dans l' "aphabet soup" qu'est devenue la litanie de programmes en tout genre destinés à sauver les banques américaines faillies avec l'argent du contribuable, le PPIP est le Public-Private Investment Program. Il s'agit d'écouler les actifs pourris des banques en créant un marché subventionné par l'Etat spécialement pour eux. Le TARP devait originellement fonctionner selon ce principe. Cela a toujours échoué. Les raisons sont multiples mais le problème essentiel est que les banques n'ont aucune idée du prix réel de ces actifs et préfèrent rester dans l'ignorance. L'Etat a donc proposé des mécanismes pour inciter les banques à ne pas s'asseoir sur leurs pertes mais à épurer le système.

Il semble que le plus gros obstacle au fonctionnement d'un tel programme ait été le gouvernement: en assouplissant les règles comptables juste à temps pour les publications des résultats du premier trimestre, elles ont créé un environnement économique qui encourage les banques à faire le dos rond au-dessus de leurs actifs pourris plutôt que de s'en débarasser. L'Etat est donc devenu un buffet où les banques viennent se servir en fonction de leurs besoins. Le TARP impose des contraintes sur les rémunérations des dirigeants? Personne n'en mange. Le PPIP oblige à réaliser des pertes qu'on peut repousser dans le futur? Idem. La réforme comptable permet de repousser les difficultés? Tout le monde en croque.

C'est le règne de l'Etat fantoche: face à des banques qui ont ruiné/ruinent des millions d'américains soit par leurs pratiques frauduleuses, soit à coup de fonds publics, l'Etat ne fait que proposer aux banquiers attablés un menu à la façon d'un maître d'hôtel. Alors que ce client devrait précisément être mis au régime sec et à la plonge car il ne paye pas ses dettes et qu'il a grugé tous les autres clients du restaurant.

L'administration a même fait savoir qu'elle n'avait pas l'intention d'utiliser ses actions de banques nouvellement acquises pour exercer une influence dans les conseils d'administration. Geithner et Summers ne sont que de pathétiques hommes liges du système bancaire mais Obama ne s'en apercevra que trop tard.

A noter pour terminer sur une note d'espoir qu'Obama a organisé un dîner avec son équipe économique d'un côté et Stiglitz, Krugman et autres "contrarian" de l'autre en avril ou mai (c'est un contexte très déséquilibré: il aurait fallu qu'Obama soit seul face à eux... En bonne société et à la maison blanche en particulier, on ne confronte pas les conseillers existants en disant qu'ils sont entre les mains de Wall Street). Il est donc conscient qu'il y a une dissidence mais il est bien trop prudent pour se jeter dans cette voie qui ulcèrerait Wall Street. Il faudrait pour cela que la crise s'agrave. Le problème est que maintenant que le système bancaire fait compte commun avec l'Etat, le moment de la crise où les banques étaient à genou est passé pour de bon. On imagine mal comment des évènements traumatiques pourraient arriver à faire suffisament masse pour recréer une situation où l'Etat a les banques "en joue" à nouveau (dans un contexte où la dette pourrie qui "dépasse" est reprise par l'Etat au fil de l'eau). C'est donc le sort d'un Etat-Banque qui se joue désormais (ou plutôt de Banques-Etat). La prochaine étape de la crise n'est donc pas des faillites bancaires mais bien des faillites souveraines ce qui veut dire des crises monétaires.

On loue beaucoup les Etats pour avoir évité le "risque systémique". C'est faux. Ils se sont seulement portés garants du système et nous vivons sur le capital de crédibilité qu'il leur reste. Ils rassurent mais ils sont complètement dépassés par ces évènements auquels ils ne comprenaient déjà absolument rien avant la crise. Ils n'ont entrepris aucune réforme de structure et se sont contentés de mettre un sarcophage d'argent public sur le problème, "Tchernobyl style". Ils sont conseillés par les savants fous qui ont créé la centrale et qui sont obsédés à l'idée de la remettre en route (elle les fait manger mais elle est inutile au reste de la population qui ne fait que subir ses radiations toxiques). A part ça, tout va bien.

L'euphémisme, allié indispensable de l'Amérique Bushiste et post-Bush

L'euphémisme le plus mémorable de l'Amérique bushiste a sans doute été d'appeler "Enhanced Interrogation Techniques" (technique d'interrogation améliorée) ce qui n'était pas autre chose que la bonne vieille torture. Utile pour tenter de réduire le fossé entre les valeurs proclamées et la réalité sur le terrain.

Dans l'Amérique post-Bush, un autre euphémisme est de plus en plus utilisé dans la sphère économique depuis un mois ou deux: "regulatory capture" (capture du régulateur par les intérêts qu'il régule). Le concept n'est pas nouveau comme me l'a fait remarquer "W.". Il y a même une entrée wikipédia à son sujet qui le fait remonter à Woodrow Wilson. Il a en tout cas une nouvelle vie dans le débat public depuis peu. Comment mieux décrire la réalité américaine actuelle que par la "capture" des régulateurs par les industries qu'ils sont censés réguler?

Il y a en réalité une bien meilleure description: on doit parler de corruption. Le problème c'est qu'en utilisant "corruption" (comme en utilisant "torture") on sort du débat policé et on ne laisse plus à la population la possibilité confortable de nier l'évidence et d'accepter l'inacceptable. Sans euphémisme, pas de bushisme.

Note: l'entrée wikipédia sur "regulatory capture" parle de "deep capture", stade plus avancé dont la description fait vraiment penser à la situation actuelle: Some economists, such as Jon Hansen and his co-authors, argue that the phenomenon extends beyond just political agencies and organizations. Businesses have an incentive to control anything that has power over them, including institutions from the media to academia to popular culture, and thus will try to capture them as well. When this happens, they call this phenomenon "deep capture." En plus de la complicité des régulateurs, la bulle de l'immobilier a eu besoin d'un soutien médiatique et académique pour suivre le cour grotesque qu'elle a suivi:
A la lecture de ce graphe, on ne peut que rester circonspect face aux "J'm'ai trompé" embarassés de la FED. N'y a-t-il personne dans cette institution qui n'ait été capable de lire un graphe?

Post-It

Les lecteurs assidus du blogo savent que les présidents américains remercient les gros donateurs avec des postes d'ambassadeur. Obama continue. Ce post décrivait le cas de six ambassadeurs dont un issu de Citigroup nommé à Londre. Un ancien de Goldman Sachs est nommé à Berlin.

Troubles en Chine. S'agit-il seulement de tensions inter-ethniques ou la crise économique a-t-elle un rôle dans le développement de ces émeutes? Il y a un contentieux économique entre les Hans et les Ouïghours semble-t-il. Est-il exacerbé par la crise?

Roubini ne voit pas de reprise avant 2010 et une reprise très faible d'ici là. Le point bas pour les prix de l'immobilier est prévu pour la mi-2010 (Newsletter d'aujourd'hui).

Il est déjà question d'un deuxième stimulus aux Etats-Unis. Il est vrai qu'il est communément admis que l'endettement n'a aucune conséquence. Dès lors, pourquoi s'en priver? A noter que la maison blanche indique que ces discussions sont prématurées.

mardi 7 juillet 2009

La City et Wall Street

Michel Rocard s'exprime sur la crise dans Le Monde et il a une vision assez noire. Il attribue les difficultés récentes de Gordon Brown à un putsch de la City qui n'apprécie pas ses nouvelles régulations. Je dois dire que j'y avais jeté un regard transversal mais que je n'avais pas identifié la City comme la principale force derrière ce coup raté. J'imagine que si on connaît les protagonistes, cela doit sauter aux yeux.

Je crois comprendre comment la volonté de Wall Street est relayée dans les lobbies du pouvoir à Washington mais le Royaume-Uni est un peu dans un angle mort pour le Blogo. J'ai déjà cité Jacques Attali disant que la City avait un poids considérable dans la politique britannique. Il semble que Michel Rocard ait les mêmes infos et je n'ai aucune raison de douter de leur analyse.

lundi 6 juillet 2009

Une récession pas comme les autres...

Graphe représentant les baisses d'emploi en pourcent à partir du mois où la récession a été déclarée. Hang on. (J'ai changé le graphe pour des raisons de clarté mais l'idée est la même, celui-là vient de "Calculated risk", l'autre était une version modifiée par "The Big Picture".)

samedi 4 juillet 2009

Ploutocratie

Ca ne s'invente pas. Illustration de la démesure des fortunes amassées aux Etats-Unis, cette enquête de l'université d'Harvard destinée à des anciens élèves: la dernière catégorie proposée pour faire état de ses revenus annuels est "$5,000,000 ou plus", la dernière catégorie pour le niveau de capital est "$50,000,000 ou plus".
(Par le biais d'un journaliste connu qui a reçu le questionnaire.)

C'est une réalité qui est difficile à appréhender si on n'a pas vécu aux Etats-Unis à proximité des classes privilégiées mais qui est au coeur du système social que dénonce le blogo. Il est très facile de déterminer des différences objectives de performances entre des individus mais beaucoup plus délicat de déterminer comment ces différences doivent se traduire en termes économiques. Il est souhaitable que la société rétribue l'effort. Il est également normal qu'en fonction de ses capacités, de ses efforts et de sa sensibilité, un individu puisse avoir le choix entre des carrières plus ou moins rémunératrices.

Une fois qu'on a dit ça, tout est affaire de degrés et c'est là que le bât a blessé aux Etats-Unis circa 90s-00s. Laisser des différences toujours croissantes s'instaurer entre les revenus des individus conduit tôt ou tard à la ploutocratie. Passé un certain point (qui peut varier selon les structures politiques d'un pays - rigueur des lois de financement de campagne par exemple) assez d'argent rassemblé dans assez peu de mains fini par être capable de corrompre les institutions d'un pays au service exclusif d'un petit groupe. Dès lors, une mécanique implacable se met en place visant à renforcer en permanence la richesse et l'influence de cette fraction de la population et cela se termine par ce à quoi on a assisté ces dernières années aux Etats-Unis (voir les "Bush tax cuts"). La concentration des richesses dans trop peu de mains est un risque qui peut s'avérer fatal pour les démocraties. C'est un risque insidieux car comme la proverbiale grenouille qui ne sent pas que l'eau dans laquelle elle se trouve est portée à ébullition, cette évolution est progressive et le moment exact du basculement n'est pas facilement identifiable (quand le parti de gauche se met à défendre les plus riches avec le même entrain que le parti de droite, comme sous Clinton par exemple, on peut dire en gros que la messe est dite). L'hypocrisie consistant à dire que des rémunérations extravagantes sont justifiées par un "mécanisme de marché" n'est que cela: un moyen spécieux de justifier tout et n'importe quoi dans un but idéologique. Les mécanismes de marché pur et parfait n'existent nulle-part dans nos sociétés*, les invoquer précisément en cette matière est une mascarade. L'idée que les inégalités débridées augmentent le bien commun ("trickle down economics" voir fin du post) est une ineptie en train d'être démentie par la crise (c'était une clé de voûte de l'argumentaire de vente néolibérale - RIP 2007).

Je n'ai d'ailleurs pour ma part jamais compris comment des actionnaires pouvaient accorder ces rémunérations astronomiques à des dirigeants. Assez vite, le dirigeant devient indépendant financièrement (les actionnaires n'ont plus de prises sur lui car à la fin des fins, il a fortune faite) et il ne trouvera donc plus de motivation financière que dans une surenchère permanente et une prise de risque maximale. Les actionnaires des banques ont payé au prix fort l'imbécilité des pratiques de rémunérations qu'ils avaient laissées se mettre en place (et encore, Obama leur a sauvé la mise en empêchant que leurs actions tombent à leurs niveaux réels: zéro).

* Laisser libre cours aux mécanismes de marché aboutit à la concentration et au monopole. L'Etat doit alors organiser la concurrence avec notamment des mesures anti-trust (jetées aux oubliettes sous la présidence Bush par exemple - il n'y a quasiment pas eu de procédures engagées). Sans Etat, pas de marchés. Evidemment, l'Etat organise bien trop souvent des oligopoles comme dans la téléphonie mobile ou dans l'audiovisuel en France au lieu d'une vraie concurrence qui bénéficie aux citoyens (le lecteur "W." me dit que l'internet fixe en France est un exemple plutôt réussi d'organisation du marché qui a abouti à une "saine émulation" conduisant à un taux d'équipement et à une vitesse d'internet plus élevée en France que dans d'autres pays). De toute façon, quel que soit le secteur, aucune bataille n'est gagnée une fois pour toute et il est primordial qu'en toute circonstance, un régulateur respecté ait la volonté et les moyens d'imposer les règles de marché qui bénéficient le plus possible aux consommateurs. Trouver les moyens de rendre ces régulateurs efficaces et indépendants des entreprises du secteur qu'ils pilotent est un des enjeux managériaux cruciaux du monde de l'après-crise. La lutte des régulés pour acheter le régulateur ne connaît aucun répit, le régulateur doit l'accepter et mener également une lutte sans répit pour l'empêcher. Il appartient aux représentants du peuple d'identifier et de rectifier toute situation qui dérape. On pourrait imaginer par exemple qu'un groupe d'une vingtaine de députés soit en mesure de déclencher des enquêtes sur un marché donné...

vendredi 3 juillet 2009

Friday Plane Blogging

Aérodrome de Venise (en arrière-plan, cliquez pour agrandir).