lundi 9 mars 2009

Problème de fonctionnement

Il semble que le blogo ne fonctionne pas idéalement ces jours-ci. Le site apparaît vide de posts par moment. Il semble que l'addition de ce nouveau post (celui que vous lisez) ait réglé le problème pour le moment.

Loufoque

Geithner semble avoir du mal à staffer le Treasury Department (ministère des finances) d'après le NYT. Il n'a pas encore d'adjoint par exemple ce qui est problématique pour un homme chargé de sauver la planète sans aucun super pouvoir. Il semble que tout le monde marche sur des oeufs car le même Geithner s'est vu reprocher d'avoir un arriéré d'impôts de $32,000 au moment de sa nomination. Depuis d'autres nominations ont dû être abandonnées en raison de problèmes fiscaux.

Tant et si bien qu'aujourd'hui, tout le monde est tétanisé à l'idée d'un nouveau ratage et les processus de "background check" et de confirmation pour tous les nouveaux membres de l'administration traînent en longueur (prix exorbitant à payer pour qu'Obama puisse nommer un "ami de Wall Street" déjà complètement embourbé dans les marécages du TARP 1 de Bush de Paulson de Goldman Sachs). En est-on au point où on ne peut plus supposer que l'écrasante majorité des gens pressentis pour être haut fonctionnaire au ministère des finances sont en règle avec le fisc?

A noter que selon le même article du NYT, il y a un département qui n'a pas perdu de staff malgré le changement de président, c'est celui qui est en charge de gérer le TARP* ! De manière complètement stupéfiante, Obama n'a pas encore repris en main l'organisme qui distribue les montants les plus colossaux avec le moins de contrôle et de transparence de toute l'administration (à part la FED, mais c'est une autre histoire). Il est toujours dirigé par le même Neel Kashkari débauché pour l'occasion de GS et dont la nomination m'avait à l'époque enthousiasmé (c'est ironique pour ceux qui ne suivront pas le lien). Preuve, s'il en était besoin, que les intérêts du système bancaire transcendent complètement les clivages politiques aux US. On se demande bien à quoi servent les élections. Si Obama n'a pas pris le TARP en main, doit-on supposer que c'est le TARP qui a pris Obama en main? Question moins bête qu'il n'y paraît.

*ou "bailout": les sommes distribuées par l'Etat selon les besoins des établissements financiers pour les empêcher de faire faillite dans l'opacité la plus totale depuis le mois de septembre. plusieurs centaines de milliards pour l'instant, on pourrait atteindre le trillion vers l'été.

Glenn Greenwald sur la "Blogo Compliant List"

Les lecteurs assidus s'étonneront que Glenn Greenwald ne rejoigne que maintenant la "Blogo Compliant List" étant donné que c'est probablement l'individu qui a été le plus référencé ici. C'est en partie un oubli mais c'est aussi lié au fait que son focus principal sont les atteintes répétées à la constitution perpétrées par l'administration Bush (couvertes et en partie continuées pour l'instant par Obama) et pas la crise économique per se.

Il déclare dans son dernier post que c'est cette même corruption (celle qui a permis les nombreux crimes de guerre sous Bush) qui autorise aujourd'hui les sauvetages frauduleux type AIG à non seulement se faire sous le sceau du secret mais à être en plus source de promotion pour ses concepteurs (référence assez transparente à Tim Geithner).

The accountability-free, self-loving mentality that demands that nothing be done about America's war crimes over the last eight years is hardly confined to America's detention, surveillance and interrogation policies. This is exactly the same bloated, insular corruption that allows multi-billion-dollar insider frauds like
this one not only to go unexamined but also to result in those responsible being further empowered with high government positions.

Welcome on the blogo compliant list, Glenn (where you belonged anyway).

Au passage:
Les rapports entre la guerre en Irak et la crise économique sont multiples. Le vrai révélateur du dérèglement de la politique américaine ces dernières années a été la guerre en Irak. L'observateur attentif aura su utiliser ce signe de dysfonctionnement majeur pour envisager que le pays pouvait se transformer en gigantesque Enron: la guerre en Irak a démontré à qui voulait le voir que les forces de rappel classiques dans une société saine ne fonctionnaient plus aux Etats-Unis. Les médias ne servaient plus le bien public et la mise à jour d'une forme de réalité objective (pas surprenant dans ces conditions qu'ils se soient tus alors que des millions d'américains se trouvaient engagés dans des contrats grotesques - subprime). Le congrès n'était pas non plus en mesure d'empêcher une guerre déclenchée pour des motifs risibles, réminiscents des pires dictatures fascistes. Le poisson était clairement en train de pourrir par la tête (je m'interroge sur la valeur de cette métaphore vu qu'il s'agit d'un poisson mort mais je fais confiance au lecteur affûté du blogo pour en comprendre l'essentiel et en rejeter l'accessoire). Si un pays peut se mentir sur des sujets aussi grave, pourquoi serait-il plus objectif sur un rating AAA? Si un système politique peut si aisément trahir son histoire et ses principes sur l'essentiel (le politique), que peut-on en espérer sur l'accessoire (l'économique)?

Le Blogo en profite donc au passage pour vous réitérer son mantra qui à force d'être répété va peut-être finir par devenir un slogan fluide: "Les Etats-Unis traversent d'abord une crise politique dont la crise économique n'est qu'un symptôme". Symptôme substantiel, je le concède.

samedi 7 mars 2009

The Obama Bear Market*

* "Le marché baissier d'Obama"

Un analyste (Dan Veru) a développé une idée qui a fait florès: la bourse ayant baissé de 20% depuis l'élection d'Obama, on peut désormais parler du "marché baissier d'Obama". En effet un "bear market" se définit par une baisse de 20% des cours de la bourse.

Cela a été repris assez largement, d'une manière qui laisse entrevoir combien les adversaires politiques d'Obama ont envie que le temps passe et que le public associe Obama à la crise (ce qui tôt ou tard finira bien par arriver). Le Wall Street Journal ici, Bloomberg . L'idée avancée est qu'Obama, quand il se départit un tant soi peu de la ligne souhaitée pas Wall Street, déstabilise le marché et qu'il est donc responsable de sa baisse. Barry Ritholtz remarque ici que la baisse du Nasdaq, qui avait commencé bien avant l'arrivée de Bush au pouvoir, ne lui a jamais été imputée par ces mêmes commentateurs (no surprise there). Media matters liste d'autres organes de presse ayant participé à cette campagne et démonte son présupposé (les actions d'Obama, plutôt que la situation économique préexistante, ont fait baisser la bourse depuis sa prise de fonction).

Cela montre encore une fois que quel que soit le capital politique d'Obama, l'entreprise de démolition est prête à commencer (ou a déjà commencé même si elle n'a aucune traction pour l'instant). On peut s'étonner de ce que la popularité d'Obama ne le préserve pas d'une campagne de dénigrement aussi cheap. Mais la popularité de Clinton tout au long du "scandale" Lewinski ne l'avait pareillement pas protégé de la férocité des médias. Inversement, l'impopularité extraordinaire de Bush ne lui a jamais valu d'attaques médiatiques véritablement déstabilisantes. W aurait pu être "impeached" pour 5 ou 6 raisons différentes... Clinton l'a été pour une raison ridicule. La totale déconnexion entre le discours (scripté) des médias aux Etats-Unis et le ressenti de la population est un des signes les plus flagrants de la crise politique qu'ils traversent. Qu'est-ce que ça aurait été si Obama n'avait pas d'ores et déjà donné de multiples gages de sa malléabilité (notamment au travers de ses nominations globalement consensuelles) au microcosme du beltway!

BofA préfère l'anonymat pour les voleurs de Merrill

Vous vous souvenez peut-être que Merrill Lynch avait avancé le paiement de $4 milliards de bonus avant le 1er janvier, date de sa reprise officielle par Bank of America (entérinée depuis septembre suite à des pertes colossales de Merrill).

Cela revient à du vol à la tire. Le procureur de l'Etat de New York a ouvert une enquète et les dirigeants de Bank of America ont refusé de donner la liste des bénéficaires et les montants de ces bonus prétextant qu'un "dommage grave et irréparable" serait causé à Bank of America si ces informations étaient révélées au public. On imagine ce que les dirigeants de Bank of America (qui sont aussi sous assistance respiratoire du gouvernement) ont concocté pour eux pour couvrir ainsi les voleurs de Merrill. Toujours selon BofA, la publication entraînerait "des dissensions internes et la consternation" au sein de l'entreprise ainsi que des risques de sécurité pour ces employés et leur famille (le vol est en effet mal vu par le reste de la société).

"The Big Picture" s'indigne

Barry Ritholtz du site "The Big Picture" s'indigne des révélations du Wall Street Journal qui dit aujourd'hui que $50 milliards des fonds distribués à AIG depuis septembre ont servi à payer des contreparties (on imagine qu'il s'agissait de CDS subprime en grande partie). Je ne comprends pas exactement pourquoi Ritholtz s'énerve maintenant car même si on ne le savait pas dans les détails, il était à peu près certain (et dans la logique des interventions du gouvernement) que cela se passait. Les seules nouveautés sont le montant (le double de ce que pensait Ritholtz) et le caractère quasi officiel (WSJ).

Enfin... Les indignations et les coups de gueule contre la mise à sac du trésor américain au profit du pouvoir de l'oligarchie bancaire sont trop rares pour ne pas être reproduits:

This is a giant FUCK YOU to the American taxpayer. Isn’t there some Congressmen (besides Ron Paul) who are morally offended by the Paulson plan, which is slowly becoming the Geithner plan? Isn’t there anything that can be done?

Aussi, on doit se demander "à qui profite la fuite?" Est-ce l'administration qui veut réaffirmer son pouvoir sur les banques en donnant des éléments sur l'étendue de l'aide accordée? Dans ce cas pourquoi transmettre l'information au Wall Street Journal qui apparaît plutôt "banques friendly" que pro-gouvernement?

vendredi 6 mars 2009

Friday Plane Blogging

Jon Stewart remet les journalistes éco à leur place

En particulier CNBC mais les autres méritent le même traitement.

jeudi 5 mars 2009

Kos et l'allégeance des médias à la ploutocratie

Kos demande aux médias US pourquoi ils ne cessent de parler d'une hausse des impôts alors que le plan d'Obama représente une baisse des impôts pour 95% de la population. C'est vrai ça, pourquoi? Why oh why? ;-)

Memo to the media
by kos
Wed Mar 04, 2009 at 09:50:04 AM PST

Dear media,

95 percent of Americans are getting a tax cut with Obama's budget. So framing this as a tax hike makes you look pretty stupid. And dishonest. And wrong. So stop it.

Hugs and kisses,

kos

* Permalink ::
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Le marketing du stimulus

Nouveau logo pour les projets financés par le "stimulus package" d'Obama qui vient d'être voté (O pour Obama?) :

Le logo en forme de O a déjà été utilisé pendant la campagne:

Je pense qu'il aurait mieux valu éviter l'ambiguïté.

Les engagements colossaux des américains face à la crise

Voici une news Bloomberg de la semaine dernière que je voulais poster dans sont intégralité (voir plus bas). Il s'agit d'un récapitulatif de tous les engagements pris par le gouvernement américain depuis le début de la crise. Il ne s'agit pas seulement de dépenses, ce sont pour beaucoup des garanties.

C'est énorme, $11,6 trillions ou plus de 80% du PIB*. C'est la bataille finale décrite ici qui se déroule devant nos yeux sur ce tableau. Elle voit l'Etat américain (les contribuables) se portait garant de la dette des acteurs privés qui ont fait défaut. Combien de temps avant que les investisseurs étrangers ne se rendent compte que les "contribuables" d'une part et "les acteurs privés qui ont fait défaut" d'autre part ne font en réalité qu'un? C'est le grand suspense. Ils siffleront alors la fin de la partie en limitant leurs achats de les bons du trésor américain ce qui enverra en rehab une fois pour toute. Le Blogo a parié que cela arriverait en 2009 et s'est même avancé jusqu'à dire que le premier semestre semblait le plus probable. Il faut noter cependant que la lenteur du déroulement de cette crise n'a pas cessé de surprendre depuis le début. Le pic dans l'immobilier américain se situe ainsi entre fin 2005 et début 2006.

* seul un tiers de cette somme ont été réalisé pour l'instant. L'augmentation (à la fois du total global et de la proportion réalisée) est extrèmement rapide.


U.S. Bailout, Stimulus Pledges Total $11.6 Trillion (Table)

By Mark Pittman and Bob Ivry

Feb. 24 (Bloomberg) -- The following table details how the U.S. government has pledged more than $11.6 trillion on behalf of American taxpayers over the past 19 months, according to data compiled by Bloomberg.

Changes from the previous table, published Feb. 9, include a $787 billion economic stimulus package. The Federal Reserve has new lending commitments totaling $1.8 trillion. It expanded the Term Asset-Backed Lending Facility, or TALF, by $800 billion to $1 trillion and announced a $1 trillion Public-Private Investment Fund to buy troubled assets from banks.

The U.S. Treasury also added $200 billion to its support commitment for Fannie Mae and Freddie Mac, the country’s two largest mortgage-finance companies.


                                  --- Amounts (Billions)---
Limit Current
===========================================================
Total $11,623.63 $3,800.18
-----------------------------------------------------------
Federal Reserve Total $7,565.63 $1,478.88
Primary Credit Discount $110.74 $65.14
Secondary Credit $0.19 $0.00
Primary dealer and others $147.00 $25.27
ABCP Liquidity $152.11 $12.72
AIG Credit $60.00 $37.36
Net Portfolio CP Funding $1,800.00 $248.67
Maiden Lane (Bear Stearns) $29.50 $28.82
Maiden Lane II (AIG) $22.50 $18.82
Maiden Lane III (AIG) $30.00 $24.34
Term Securities Lending $250.00 $115.28
Term Auction Facility $900.00 $447.56
Securities lending overnight $10.00 $5.59
Public-Private Investment Fund $1,000.00 $0.00
Term Asset-Backed Loan Facility $1,000.00 $0.00
Currency Swaps/Other Assets $606.00 $417.86
MMIFF $540.00 $0.00
GSE Debt Purchases $600.00 $33.58
Citigroup Bailout Fed Portion $220.40 $0.00
Bank of America Bailout $87.20 $0.00
-----------------------------------------------------------
FDIC Total $1,551.50 $400.30
FDIC Liquidity Guarantees $1,400.00 $261.30
GE $139.00 $139.00
Citigroup Bailout FDIC $10.00 $0.00
Bank of America Bailout FDIC $2.50 $0.00
-----------------------------------------------------------
Treasury Total $2,206.50 $1,621.00
TARP $700.00 $387.00
Tax Break for Banks $29.00 $29.00
Stimulus Package $168.00 $168.00
Stimulus II $787.00 $787.00
Treasury Exchange Stabilization $50.00 $50.00
Student Loan Purchases $60.00 $0.00
Citigroup Bailout $5.00 $0.00
Bank of America Bailout $7.50 $0.00
Support for Fannie/Freddie $400.00 $200.00
-----------------------------------------------------------
HUD Total $300.00 $300.00
Hope for Homeowners FHA $300.00 $300.00

To contact the reporters on this story: Mark Pittman in New York at mpittman@bloomberg.net; Bob Ivry in New York at bivry@bloomberg.net.

Last Updated: February 24, 2009 00:01 EST

Deux (petites) banques remboursent le TARP*

Deux banques ont décidé de rembourser l'argent qu'elles avaient reçu du gouvernement américain:

-Iberia Bank of Lafayette, Louisiana. Elle rembourse $90 millions reçus en décembre avant la fin mars.
- TCF Financial rembourse $361 millions.

Devant les exigences un peu plus importantes d'Obama envers les bénéficiaires des fonds, les broker-dealers de Wall Street (qui n'en sont plus) maugréent et laissent entendre qu'on ne les y reprendra pas. Elles n'ont qu'à suivre l'exemple de ces deux banques et rembourser l'argent. Et si elles ne le peuvent pas (ce qui est le cas), elles feraient mieux de se faire toute petite. Cette arrogance permanente est tout simplement inacceptable.

De toute façon comme décrit dans ce post, la finance américaine est à terre (many times over if I may say so) et ne perdure que grâce à ce qu'elle a investi dans le système politique depuis des années (décennies vraiment). Les grandes banques voudraient limiter le problème au seul fond du TARP qu'elles finiront peut-être par rembourser mais la réalité est qu'elles ont totalement explosé et qu'elles ne survivent que grâce aux garanties de l'Etat (plus de $200 milliards pour Citi seulement) et aux facilités de crédit apportées par la FED dans l'opacité la plus totale (plusieurs trillions). Enfin, l'Etat diffère l'exigibilité de trillions de CDS en empêchant tous les acteurs de poids de l'économie de faire défaut. Ce n'est que temporaire cependant car ce combat là est perdu d'avance.

Il n'y a plus aucune banque américaine debout.

* TARP = Bailout (clarification pour les lecteurs du blogo). La terminologie de TARP et de bailout n'est pas utilisée dans la presse française. Il s'agit de la même chose: les $700 milliards débloqués en octobre avec le soutien d'Obama pour aider les établissements financiers américains. La première tranche de $350 milliards a été complètement consommée par Bush sous la responsabilité d'un gars de Goldman sachs de 35 ans. La deuxième tranche a été débloquée par Obama. Une somme équivalente a été annoncée par Geithner. Ca n'est qu'un des aspects de l'aide de l'Etat aux établissements financiers.

Curieux

Le Blogo fait des pics d'audience les jours où je fais référence à Bernard Madoff. Ne vous étonnez si dans les jours qui viennent je mets le nom Madoff à la fin de certains posts avec un lien vers ce post explicatif. C'est une des rares concessions du Blogo à la course effrénée à l'audience. Concession plus expérimentale que stratégique d'ailleurs.

mercredi 4 mars 2009

"So am I."

Cette réplique va-t-elle devenir aussi célèbre que celle de Schwarzeneger déclarant "I'll be back." dans Terminator? Obama a encore choisi une tribune relativement discrète pour allumer les "special interests" qui combattent son budget: la "weekly address" du président qui dure cinq minutes, n'est pas télévisée et ne fait pas les gros titres en général.

I know these steps won’t sit well with the special interests and lobbyists who are invested in the old way of doing business, and I know they’re gearing up for a fight as we speak. My message to them is this:
"So am I."


Pour continuer dans les références hollywoodiennes, ça rappelle aussi Michael Corleone face à un sénateur véreux dans le Parrain 2: "My answer to you is this: "Nothing!".Vous pouvez voir l'intervention complète de cinq minutes ci-dessous. Je vous suggère de ne regarder qu'à partir de 3min 04s.

Première fois que je mets une vidéo de la maison blanche sur le blogo. Les temps changent...

O'Reilly et Cavuto mettent les pieds dans le plat

Il fut un temps où quand un critique des médias disait: "une des raisons pour lesquels les journalistes défendent instinctivement les politiques de droite est qu'au sommet de la hiérarchie, ils ont un intérêt personnel bien réel à payer moins d'impôts.", on lui rétorquait que pas du tout, les journalistes étaient de purs esprits, que ce type de considérations ne pourrait jamais influencer une rédaction etc... (je me souviens d'échanges de ce type après la publication des "Nouveaux Chiens De Garde" de Serge Halimi qui mettait violemment en cause la nomenklatura médiatique française à la fin des années 90).

Nous sommes en 2009 et maintenant Bill O'Reilly de Fox News nous dit droit dans les yeux qu'il n'a pas, à titre personnel envie de payer un système de santé protégeant les pauvres (presque verbatim...) et il embarque avec lui un autre ponte de Fox News qui semble quand même un peu gêné du tour que prend la discussion:

Obama plaît moins dans le sud

Ca fait un peu froid dans le dos mais le taux d'approbation d'Obama est de seulement 48/46 dans le sud alors qu'il est de 71/25 en moyenne dans tout le pays (d'après le nouveau sondage hebdomadaire de Daily Kos réalisé par un institut que je crois relativement nouveau).

A noter que sans avoir étudié les résultats électoraux à la loupe, je ne m'étais pas rendu compte d'un fort biais anti-Obama dans le sud. A suivre donc...

Obama et les russes

Si vous trouvez un vieux truc nul dans votre grenier vous allez d'abord être tenté de le mettre à la poubelle. Et puis en y réfléchissant, vous vous direz peut-être "Et si j'essayais de le mettre sur ebay?" ou "Et si je le vendais dans un vide-grenier?". Pourquoi après tout ne pas essayer d'en tirer quelque chose?

C'est ce que vient de faire Obama en proposant aux russes d'abandonner le projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est en échange de la collaboration russe sur l'Iran. Le bouclier anti-missile est en effet un programme extrêmement coûteux et hasardeux d'un point de vue technologique qu'Obama a sans doute décidé d'interrompre. Les russes on retoqué Obama. Difficile d'être maître du monde ces temps-ci. Les vieux trucs nuls valent zéro.

mardi 3 mars 2009

Que fument les analystes Actions?

Depuis le début de la crise les analystes "Equity" ne cessent de nous promettre monts et merveilles pour... dans un an. Bloomberg nous dit qu'après avoir interrogé 10 banques, le consensus semble être + 37% d'ici à la fin de l'année pour finir avec un S&P 500 vers 1010...

the prevailing view of Wall Street strategists, who forecast the S&P 500 will rebound 37 percent to end the year at 1,010, based on 10 estimates compiled by Bloomberg News.

Cette crise a démontré que les analystes des banques étaient aux marchés ce que les mainstream media (MSM) sont au système politique: des cheerleaders (pom-pom girls).

John Sununu "poster child" de l'Amérique début de siècle

John Sununu a perdu son siège de sénateur du New Hampshire en novembre 2008. Il est désormais membre du COP (Congressional Oversight Panel) pour les fonds du TARP. Il s'agit de l'organisme de contrôle des fonds d'urgence débloqués par le gouvernement US en faveur des établissements financiers. Il est dirigé par Elisabeth Warren que vous avez déjà vu sur le Blogo dans cet interview assez pathétique où elle parle du travail de son groupe et dit, en gros, "on ne sait rien sur rien et c'est pas bien".

Donc Sununu, chargé de contrôler les fonds du TARP, vient de rejoindre le conseil d'administration d'une société contrôlée par Bank of New York, récipiendaire de $3 milliards du même TARP. Pour parachever le tout, Bank of New York a été chargée d'assurer la comptabilité et divers aspects administratifs du TARP. Only in America. Peut-être pas "only" mais en tout cas, c'est seulement aux Etats-Unis que ça a atteint le stade où tout a explosé.

Obama ou pas, zéro transparence sur le bailout

AIG vient de recevoir une aide gouvernementale pour la quatrième fois depuis septembre. Un éditorial du NYT demande: à qui cela profite-t-il? D'abord à leurs contreparties (tout le monde pense qu'AIG est mort de toute façon) et il semble qu'avant la crise, leur principal partenaire de trading était Goldman Sachs*. Il y a eu des couvertures massives de positions dans les subprimes via des CDS (il semble qu'AIG ait été du mauvais côté de ces trades). Cela a pris de telles proportions que cela mettait en risque les établissements financiers qui vendaient cette protection (que la logique rendait dès lors illusoire). Un peu comme si vous vous assuriez auprès de votre voisin contre l'incendie de votre immeuble.

Si en revanche, vous êtes assez "politically connected" pour que votre contrepartie soit remplacée le moment venu (en tirant quelques ficelles) par le gouvernement américain alors oui, ça peut valoir le coût de se protéger.

Certaines banques comme JP Morgan, Morgan Stanley ou Goldman Sachs ont accepté l'argent de l'Etat du bout des lèvres. La bruit a couru (fort à propos) qu'elles ne le faisaient que pour éviter à leurs concurrentes au bord du gouffre d'être stigmatisées par les marchés. Cette rumeur paraissait déjà assez "self-serving" à l'époque et destinée à ce que personne n'ose leur demander de comptes. Certaines de ces banques ont même déclaré** quand l'Etat s'est mis à devenir un peu plus exigeant (notamment sur le contrôle de la rémunération des dirigeants): "on va vous rembourser le plus vite possible" sous-entendant que, vraiment, ils avaient accepté l'argent mais n'en avaient pas réellement besoin ("le plus vite possible" était quand même 2010...).

On est donc ici au coeur du réacteur nucléaire du bailout: en sauvant AIG, le trésor américain sauve en réalité Goldman et les autres. La destination finale des fonds est cachée par l'opacité (injustifiable) du bailout. Quelle excellente opération de communication pour JP, MS, GS et Bank of America! Vous rajoutez une dose de mauvaise foi et de morgue aristocratique et voilà, le sommet de la hiérarchie bancaire américaine est préservé après avoir perpétré le crime du millénaire. Nice!

Bon évidemment, ces apprentis sorciers donnent aujourd'hui l'impression d'être parfois dépassés par les évènements et leur laboratoire semble sur le point d'exploser mais vraiment chapeaux bas: quel final grandiose!

Il y a donc finalement trois types de banques/établissements financiers aux Etats-Unis, les banques faillies, les banques moribondes maintenues en vie par l'Etat dans le seul but de renflouer en loucedé le troisième type de banque: les banques "élues" qui ont été désignées comme devant survivre et servir à la réorganisation du système bancaire américain dans le bureau du Secretary of Treasury à l'automne 2008. Secretary of Treasury qui était alors le CEO sortant de Goldman Sachs donc on peut dire "autodésignées". Et en faisant référence (de façon peu académique) à l'astérisque ci-dessous, on peut même se demander si ce meeting n'a pas en réalité eu lieu à la FED de New York avec le CEO sortant ET le CEO en fonction de Goldman Sachs, pour faire bonne mesure. A noter qu'à ce meeting, il y avait aussi Tim Geithner, le président de la FED de NY devenu depuis le nouveau Secretary of Treasury. Cela en dit long sur l'influence réelle de l'élection d'Obama sur ces évènements: à peu près nulle. Il ne sera pas facile pour Obama de changer les choses. Etre élu président n'était qu'un échauffement comme annoncé dans les deux derniers paragraphes de ce post.

Note: TPM Media sur le sujet.

*Goldman Sachs a vraiment un statut particulier au sein des institutions financières américaines (souligné par l'éditorial du NYT référencé plus haut: What is certain is that Goldman has lots of friends in high places — yet one more reason why this bailout has to be as transparent as possible. Lloyd Blankfein, Goldman’s chief executive, was the only Wall Street executive at a September meeting at the New York Federal Reserve to discuss the initial A.I.G. bailout.) et notamment à cause de sa propension à disséminer ses anciens dans toutes les administrations, républicaines et démocrates. C'est un peu le mirroir privé de l'inspection des finances en France qui, elle, dissémine ses fonctionnaires à la tête des grands établissements financiers français. Ce qui renvoie au rôle respectif du privé et du public dans les deux pays.