mercredi 8 avril 2009

Le NYT et le Wapo servent la soupe aux banques

Les banques sont en difficulté? Comptez sur le gratin des éditorialistes du Washington Post et du NYT pour voler à leur secours. Je ne crois pas que ces éditoriaux grotesques soient faits pour convaincre. Je pense que l'idée est plutôt que pendant que les gens lisent ça, au moins, ils ne lisent pas autre chose de plus subversif...

David Brooks nous explique que Simon Johnson (qui figure sur la blogo compliant list) se trompe.

L'imbécile* Richard Cohen nous explique que Larry Summers était bien payé l'année dernière ($7,2 millions) et que les américains, au lieu de l'accuser de conflits d'intérêts, devrait le remercier d'avoir rejoint le service public en acceptant une baisse de salaire. Il fallait oser.

Note: j'essaierai d'ajouter d'autres op-eds ridiculement "pro-banques" comme ceux-ci dans la soirée. J'en lis beaucoup en ce moment.

*après le speech de Powell aux Nations-Unies en 2003 qui n'avait absolument rien démontré quant aux armes de destruction massive irakiennes, Richard Cohen déclarait la chose suivante dans un op-ed du wapo: "The evidence he [Powell] presented to the United Nations—some of it circumstantial, some of it absolutely bone-chilling in its detail—had to prove to anyone that Iraq not only hasn’t accounted for its weapons of mass destruction but without a doubt still retains them. Only a fool—or possibly a Frenchman—could conclude otherwise."

Le plan Geithner

La dernière version du plan Geithner repose sur un mensonge: il n'y aurait plus de marché pour un certain type d'obligations comme les Residential Morgage Backed Securities (obligations garanties par des emprunts hypothécaires résidentiels). C'est faux. Il existe un marché. Le problème est que les institutions financières refusent de faire des transactions aux niveaux de prix indiqués par le marché. Ainsi, j'ai entendu qu'en gros, Le RMBS AAA s'échangerait autour de 30 cents du dollar alors que les banques (et autres) en demandent 60 cents du dollar.

La différence pour les banques, c'est qu'à 30 cents du dollar, elles doivent redemander des aides à l'Etat avec un risque de retour de bâton politique qui pourrait mettre en danger leur management. Le problème pour les acheteurs potentiels, c'est qu'à 60 cents du dollar ils sont quasiment certains de perdre de l'argent.

L'idée de Geithner est donc de subventionner l'achat de ces obligations de telle sorte qu'un marché réapparaisse. Il ne s'agirait pas vraiment d'un marché mais plutôt d'une "one way street" ou seuls les acheteurs subventionnés achèteraient. Cela a le mérite de ressembler à un marché ce qui est une composante importante du plan média de cette opération: "Le free market, c'est tellement super bien que ça va même nous sortir de l'ornière de la crise et même qu'on est pas des communistes etc...".

Je dis "le plan média" car concrètement, la substance du plan Geithner est une subvention aux banques réalisée de telle sorte qu'elle ne remette pas politiquement en cause la structure du pouvoir financier aux Etats-Unis. C'est un plan des banques pour les banques dont le principe général avait été établi par Henry Paulson, CEO de Goldman Sachs de 1998 à 2006.

Un des mensonges qu'on essaye de faire avaler aux américains est que ce plan va rapporter de l'argent. Là, on est vraiment dans le boniment de foire. Beaucoup de gens pensait qu'à 95 cents du dollar ces obligations étaient une affaire, qu'à 80 cents ce n'était qu'un trou d'air qui se règlerait rapidement. Après tout, ces obligations n'étaient-elles pas adossées à de véritables maisons, construites en dur avec des vrais matériaux de construction? Les américains n'avaient-ils pas besoin de se loger quand même? And so the story went... Le problème est que le subprime n'est pas réparti uniformément sur le territoire américain. Il y a eu des complexes immobiliers entiers qui ont été construits pour alimenter la frénésie spéculative liée à ce type de financement. La fraude massive a conduit à des no man's land parsemés de maisons qui décrépissent. C'est comme ça qu'une maison avec de la plomberie, des vitres, des serrures peuvent avoir une valeur quasi nulle. Certaines d'entre elles n'ont d'ailleurs jamais été achetées pour être habitées mais simplement pour être revendues un peu plus tard.

Quatorze millions de maisons seraient vides aux Etats-Unis (une sur neuf). L'histoire est que même à 30 cents du dollar, on est sûr de rien. Tout le monde pousse pour qu'on trouve de la valeur à ces machins et ça n'est pas un bon contexte pour modélisez sereinement. De plus, on tente toujours de modéliser de l'immobilier alors qu'il faut désormais modéliser une bulle spéculative. Le sous-jacent et ses spécificités sont devenus secondaires. Le plan Geithner pousse à nouveau les modélisateurs à la surestimation de la valeur de ces obligations. C'est le même biais depuis le début du subprime: des PHDs de mathématiques et des stars de l'informatique en sont réduits à mettre du rouge à lèvre à un cochon. Et comme le remarquait Obama pendant sa campagne, le maquillage n'y fait rien: "It's still a pig".

Le plan Geithner est donc un artifice pour faire endosser les pertes aux contribuables américains sans que cela ne soit directement une recapitalisation. C'est un scandale sans nom.

Alors bien sûr, on peut faire l'inventaire des contributions des banques (et hedge funds etc...) aux campagnes politiques depuis dix ans (ou plus). On peut faire la liste des "whistle blowers" qui ont vu leurs avertissements ignorés ostensiblement par le régulateur. On peut aussi s'amuser à compter le nombre d'employés de Goldman Sachs qui sont venus éclairer de leurs lanternes le ministère des finances américain. On peut aussi observer les aller-retours entre Fannie/Freddie et le monde politique américain. Mais à l'heure de choisir un seul élément qui témoigne de la corruption des politiques par Wall Street dans la période récente, quel meilleur symbole que le plan (Paulson/) Geithner qui saigne à blanc les contribuables américains en échange d'absolument rien?

mardi 7 avril 2009

Le pire n'est pas passé

Depuis que le "plan Geithner" a été rendu public, les bourses mondiales ont progressé de manière telle qu'on peut se demander si, d'un point de vue boursier, le pire n'est pas derrière nous. Tout le monde s'accorde sur le fait que les dégâts macroéconomiques de la crise vont continuer à s'aggraver mais les marchés anticipent la reprise.

Avec un G20 qui semble avoir été une réussite médiatique, le scénario pourrait être le suivant: le plancher macroéconomique est atteint dans les 12 mois qui viennent et les cours de bourse ne redescendront pas en dessous du plus bas atteint il y a trois semaines.

Je ne crois pas à ce scénario pour de multiples raisons sur lesquelles je reviendrai dans les jours qui viennent. Rapidement:
- la correction des prix de l'immobilier aux Etats-Unis n'est pas finie,
- les programmes d'endettement massif des Etats ne font que commencer et nul ne sait si leur capacité à emprunter est réellement infinie comme ils le supposent,
- la résolution du problème de tous les CDS qui ont été vendus en période faste ($28 trillions, dit-on) avant la crise et qui ne pourront être honorés sera nécessairement un (le?) temps fort de la crise et il est encore devant nous,
- cette crise a des racines très profondes et beaucoup de "retours vers la moyenne" ne sont qu'amorcés*.

* Kevin Philipps avance par exemple ici que la part du secteur financier est passée de 10 à 20% du PIB entre 1980 et 2009. Cela fait beaucoup de reconversions en peu de temps pour ceux qui attendent la reprise "au second semestre".

"I'm the president. And you're not."

"I'm the president. And you're not."

C'est le message qu'aurait voulu faire passer Obama lors d'un rendez-vous avec les dirigeants des banques les plus importantes. Cet article du site "Politico" (faux-nez internet des MSM genre Huffington Post) nous donne un aperçu de l'ambiance entre Obama et les banquiers. Attention quand même, il ne s'agit pas d'une information de première main.

Extraits:

“These are complicated companies,” one CEO said. Offered another: “We’re competing for talent on an international market.”

But President Barack Obama wasn’t in a mood to hear them out. He stopped the conversation and offered a blunt reminder of the public’s reaction to such explanations. “Be careful how you make those statements, gentlemen. The public isn’t buying that.”

“My administration,” the president added, “is the only thing between you and the pitchforks.”

...

“The only way they could have sent a more Spartan message is if they had served bread along with the water,” says a person who attended the meeting. “The signal from Obama’s body language and demeanor was, ‘I’m the president, and you’re not.’”

According to the accounts of sources inside the room, President Obama told the CEOs exactly what he expects from them, and pushed back forcefully when they attempted to defend Wall Street’s legendarily high-paying ways.

HADOPI: à l'américaine

Quand le pouvoir se met au service d'une petite clique au détriment de l'intérêt général...

La loi HADOPI a donc été votée dans la nuit de jeudi à vendredi. Je ne connais pas les procédures parlementaires assez bien pour répondre mais est-il normal que seuls 16 députés aient pris part au vote? La gauche n'aurait-elle pas pu forcer plus de députés à jouer cartes sur table? Il semble qu'elle ne se soit pas vraiment battue.

Tout cela fleure bon les ententes de couloirs permettant au maximum d'élus individuels de rester amis avec tout le monde. C'est comme ça, en multipliant les instances où les élites se mettent d'accord entre elles sur le dos du peuple qu'elles représentent, qu'on se retrouve dans une situation à l'américaine. Ce type de collusion un peu honteuse entre les grands partis corrode les démocraties.

C'est précisément ce type d'alliance "droite dure/gauche faux-cul" (pas exactement la situation française en dehors de l'Hadopi) qui a réussi à tirer vers la droite le paysage politique américain sous W. On lui doit la guerre en Irak, les atteintes majeures à la constitution et aux libertés individuelles, l'expansion du pouvoir de l'exécutif, la soumission aux diktats de Wall Street sur tous les sujets ayant trait à la finance (et aux autres corporate interests dans les autres secteurs) etc...

Maintenant que les américains ont été clairs dans leur vote avec un président démocrate, un sénat largement démocrate et une chambre des représentants démocrate, on pourrait s'imaginer que la question est réglée. Et bien non: elle demeure encore et toujours. Figurez-vous que 16 sénateurs démocrates viennent de se regrouper pour revendiquer une position centriste! 16 c'est assez pour réduire la marjorité démocrate au sénat (59 élus sur 100) à... une minorité. C'est littéralement la cinquième colonne des démocrates au sénat qui menace de faire sécession si des politiques trop à gauche venaient à voir le jour... Inouï juste après une victoire électorale mais symptomatique de l'état de dégénérescence avancé du paysage politique américain.

Autre élément: quand 9 DEMOCRATES votent pour un allègement d'impôts de $250 milliards sur la transmission des patrimoines supérieurs à... $7 millions. En 2009!

lundi 6 avril 2009

El Blogo vindicated once more...

Larry Summers a été un des éminents "dérégulateurs fous" des dix dernières années. Fidèle de Robert Rubin, il est à Tim Geithner ce que Laurel est à Hardy. Il n'est pas un ami du blogo mais il est clairement un ami de Wall Street. On le savait déjà mais cette crise a le bon goût de donner en permanence des munitions aux adversaires des oligarques américains. It's the gift that keeps on giving. Voici le dernier motif de s'indigner en date:

Lawrence H. Summers, one of President Obama's top economic advisers, collected roughly $5.2 million in compensation from hedge fund D.E. Shaw over the past year and was paid more than $2.7 million in speaking fees by several troubled Wall Street firms and other organizations.

...

But Summers -- who, as chairman of the National Economic Council, is a leading architect of the administration's economic policies and helped shape the response to the global recession -- appears to have collected the most income. Financial institutions including JP Morgan Chase, Citigroup, Goldman Sachs, Lehman Brothers and Merrill Lynch paid Summers for speaking appearances in 2008. Fees ranged from $45,000 for a Nov. 12 Merrill Lynch appearance to $135,000 for an April 16 visit to Goldman Sachs, according to his disclosure form. Summers reported donating two fees totaling $70,000, including the payment from Merrill Lynch, to charity.

D'autres collaborateurs d'Obama ont déclaré des revenus pouvant suggérer des conflits d'intérêts. Espérons que cela lui fera franchir un pas de plus dans l'idée qu'il faut qu'il se débarasse des membres de son équipe économique qui ne sont loyaux qu'envers Wall Street. Cette affaire Summers va faire éclater au grand jour pour l'opinion américaine le fait qu'Obama a choisi pour l'épauler des auxiliaires à la botte d'un sytème failli. S'il croit qu'il va pouvoir passer entre les gouttes de la critique populaire pendant 4 ans et être réélu en ne proposant rien d'autre aux américains qu'une soumission totale à Wall Street, il commet une erreur stratégique. Il doit prendre le risque de s'allier au peuple américain contre les banques car s'il se contente de jouer la partition qui a été écrite pour lui, il est d'ores et déjà fini. Alors Barack? Perdu pour perdu, what's it gonna be?

A noter ce post de David Goldman:

There aren’t a lot of people making $5.2 million in the hedge fund business. Offhand, I can’t think of a precedent for a $5.2 million paycheck for a part-time employee. Normally to take down that kind of money, a trader would need a P&L in excess of $50 million. Given that Summers was spending enormous amounts of time giving speeches for money and serving on other boards, he could not have put in too many hours at D.E. Shaw. What was the money for? For general economic forecasting advice? That’s a joke. For a pitching a particular trade, or trades? What were they? For bringing in assets under management? The industry standard would be a point or so for AUM, so if Summers used his political contacts to get another $500 million into D.E. Shaw’s kitty, a $5 million ticket would not be unreasonable.

On February 5 I reported that Larry Summers had travelled through Asia in July 2007 pitching sovereign funds and other Asian investors on AAA-rated structured securities — the very same “toxic assets” that the Obama adminstration proposes to get off banks’ books. Was he paid for helping to shuffle assets around sovereign funds?

Autrement dit, en 18 mois, Summers serait passé de VRP en subprime auprès de pigeons internationaux à economic "intellectual power house" capable de sortir les Etats-Unis (et le monde) de la crise? Cela ressemblerait à une métamorphose mais pas en y regardant de plus près: il reste en effet dans les deux cas une cheville ouvrière de la stratégie du moment à Wall Street.

Note: Glenn Greenwald s'attaque au sujet: "Larry Summers, Tim Geithner and Wall Street ownership of government" (âmes sensibles ou heureux lecteurs du triptyque s'abstenir).

dimanche 5 avril 2009

Pourquoi pas de commission d'enquête sur la crise?

Les statistiques des prix de l'immobilier, la comparaisons entre la valeur des biens et leurs valeurs locatives et le concept d' "affordability" (comparaison du prix des biens et du salaire moyen) ont tous dévié de la norme dans des proportions qui ne peuvent être expliquées par la simple combinaison de banques imprudentes et de régulateurs "sleeping at the wheel" (endormis au volant).

L'essentiel de ce marché (au moins 75%) était contrôlé par des opérateurs semi-publics qui ont enfreint les règles qui les empêchaient (en théorie) de contribuer à des campagnes politiques. Tout le monde sur Capitol Hill "en a croqué" comme en témoigne la polémique entre Obama et McCain avant l'élection sur le point de savoir lequel des deuxs avait le plus d'anciens de Fannie/Freddie dans leurs équipes de campagne. Le subprime est clairement le lieu où la fraude a été la plus spectaculaire mais les prix de l'immobilier n'auraient pas pu dévier de la tendance historique de 30 à 40% sans que les mastodontes du financement de logements aux Etats-Unis ne soient de la partie.

Bill Moyers (toujours lui) donne la parole dans sa dernière édition à William K. Black, professeur associé en économie et en droit à l'université du Missouri qui a écrit un livre sur la crise des Savings & Loans en 2005. Il défend la thèse du caractère frauduleux des pratiques des banques, des agences de notation et du laisser-faire de l'appareil d'Etat dans la nouvelle crise que nous traversons. Il accuse Geithner de "cover-up" et demande pourquoi aucune enquête n’a été ouverte sur les causes de cette crise. C'est vrai ça, pourquoi?
L'émission dure 30 minutes mais elle réjouira tous les lecteurs fidèles:

Partie 2
Partie 3

vendredi 3 avril 2009

Friday Plane Blogging

iPhone contre BlackBerry

RIM a "vendu" 7,8 millions de BlackBerries au dernier trimestre, 1,1 millions de plus que le dernier record du troisième trimestre 2008. En comparaison, Apple a vendu 4,4 millions d'iPhones au quatrième trimestre 2008.

Difficile de commenter sur Berlusconi

mardi 31 mars 2009

Good news

We made it to Spring.

Le retour de "Client number 8"

Eliot Spitzer a dû démissionner de son poste de gouverneur de New York après qu'il ait été révélé qu'il était client d'un réseau de prostitution ("Emperors' Club VIP" pour le folklore). Il avait été identifié par les enquêteurs comme "Client N°8".

Cette révélation était intervenue trois semaines après qu'il ait impliqué l'administration Bush de manière implacable dans l'explosion des subprimes aux Etats-Unis dans une tribune du Wapo. Il n'y allait pas de main morte (à tel point qu'on voit bien comment les écoutes sans contrôle judiciaire pratiquées par Bush ont pu facilement déraper en police politique et comment la loi Hadopi menace bien réellement les libertés publiques en mettant en place les infrastructures nécessaires pour fliquer toute la population et pas simplement ceux pour qui il existe une raison de le faire). Extrait de ce que Spitzer avait à dire trois semaines avant sa démission:

Not only did the Bush administration do nothing to protect consumers, it embarked on an aggressive and unprecedented campaign to prevent states from protecting their residents from the very problems to which the federal government was turning a blind eye.

Let me explain: The administration accomplished this feat through an obscure federal agency called the Office of the Comptroller of the Currency (OCC). The OCC has been in existence since the Civil War. Its mission is to ensure the fiscal soundness of national banks. For 140 years, the OCC examined the books of national banks to make sure they were balanced, an important but uncontroversial function. But a few years ago, for the first time in its history, the OCC was used as a tool against consumers.

In 2003, during the height of the predatory lending crisis, the OCC invoked a clause from the 1863 National Bank Act to issue formal opinions preempting all state predatory lending laws, thereby rendering them inoperative. The OCC also promulgated new rules that prevented states from enforcing any of their own consumer protection laws against national banks. The federal government's actions were so egregious and so unprecedented that all 50 state attorneys general, and all 50 state banking superintendents, actively fought the new rules.

But the unanimous opposition of the 50 states did not deter, or even slow, the Bush administration in its goal of protecting the banks. In fact, when my office opened an investigation of possible discrimination in mortgage lending by a number of banks, the OCC filed a federal lawsuit to stop the investigation.

Throughout our battles with the OCC and the banks, the mantra of the banks and their defenders was that efforts to curb predatory lending would deny access to credit to the very consumers the states were trying to protect. But the curbs we sought on predatory and unfair lending would have in no way jeopardized access to the legitimate credit market for appropriately priced loans. Instead, they would have stopped the scourge of predatory lending practices that have resulted in countless thousands of consumers losing their homes and put our economy in a precarious position.

When history tells the story of the subprime lending crisis and recounts its devastating effects on the lives of so many innocent homeowners, the Bush administration will not be judged favorably. The tale is still unfolding, but when the dust settles, it will be judged as a willing accomplice to the lenders who went to any lengths in their quest for profits. So willing, in fact, that it used the power of the federal government in an unprecedented assault on state legislatures, as well as on state attorneys general and anyone else on the side of consumers.

The writer is governor of New York.

Aujourd'hui, Spitzer réapparaît et il semble qu'il ait des choses à dire (et plus grand chose à perdre*). D'abord avec trois "opinion pieces" dans le Wapo, Slate, et Newsweek. Aussi une interview avec un journaliste de Newsweek dans laquelle il ne ménage pas Goldman:

Partie 2
Partie 3
Finalement, la rédactrice en chef de The Nation finit de le réhabiliter avec un édito intitulé "Spitzer for Treasury?"**. Eliot Spitzer qui rejoint la "Blogo Compliant List".

* Il a en fait à perdre car on lui a refusé le maintien de son anonymat lors de l'enquête judiciaire. Des détails vont donc probablement apparaître sur ses rencontres avec les prostituées. S'il dérange beaucoup, ces détails risquent d'avoir beaucoup de retentissement dans les médias. C'est peut-être une raison pour laquelle il m'apparaît moins virulent qu'en février 2008.
** C'est aussi un appel de la gauche américaine à Obama pour qu'il se débarasse de l'attelage Geithner/Summers.

L'euro: un supplice chinois organisé à Washington

Le Blogo regrettait en janvier que les agences de notation aient conservé toute leur capacité de nuisance. Elles le prouvent une fois de plus en baissant la note de l'Irlande hier.

Il existe des arguments objectifs pour baisser la note de l'Irlande et le blogo essaye, autant que faire se peut, d'être du côté des arguments objectifs et pas contre eux (Facts are stubborn things.*). Le problème, c'est que l'Irlande fait partie de la zone euro et qu'à chaque fois que sa note est abaissée, cela affaiblit l'Euro. De l'autre côté, les Etats-Unis (dont l'Etat de Californie tutoie également le défaut) ne sont pas menacés d'un downgrade car les agences auraient bien trop peur des conséquences d'un tel choix (elles font de toute façon partie intégrante de la nébuleuse Wall Street-FED-US gvt). D'un côté le rating est inébranlable, de l'autre les agences ont toute lattitude pour affaiblir chacun des membres de la zone euro.

La solidité des différentes monnaies qui s'affrontent dans la crise va être déterminante dans la manière dont chaque zone économique respective en émergera. Il est dès lors assez désespérant de voir que des sociétés de rating ayant un forte loyauté envers les Etats-Unis conservent quasiment toute leur crédibilité en matière monétaire. De plus, Moody's et S&P peuvent se livrer à une véritable guerre d'usure en attaquant tous les pays de la périphérie européenne et en les baissant d'une note à la fois. Cela peut se terminer en véritable supplice chinois pour l'euro.

Il est de l'intérêt de l'Europe de décrédibiliser les agences de notation américaines au plus vite. Et/ou, comme il a été déjà suggéré ici, de créer une agence de toute pièce pour combattre le bruit par le bruit et faire prendre conscience à tous que ces agences sont avant tout des instruments politiques dans un contexte de crise.

* John Adams: "Facts are stubborn things; and whatever may be our wishes, our inclinations, or the dictates of our passions, they cannot alter the state of facts and evidence."

"The European Subprime"

Vous vous souvenez peut-être des doutes que le blogo avait exprimés sur l'idée que l'Europe continentale allait connaître une crise similaire à celle des subprimes en raison des prêts inconsidérés qui avaient été consentis aux pays d'Europe de l'Est. A l'origine de ce qui ressemble de plus en plus à une campagne concertée de désinformation, on retrouvait les usual suspects: le triptyque (WSJ, FT, The Economist), quelques "Murdoch owned news outlets" et autres publications ainsi que les agences de notations américaines. Le "bullshit" detector du blogo était dans le rouge.

J'ai fait une nouvelle recherche sur google news sur la question après la lecture d'un des articles qui a déclenché la polémique dans le Daily Telegraph le 15 février*. J'ai finalement trouvé ce que je cherchais à savoir un article un peu documenté qui défende la thèse de l' "opération de communication" et qui démonte cette dernière. Je n'ai jamais entendu parler de la source de l'article mais le contenu (et les notes de bas de page) parle de lui-même. L'accent y est mis sur le caractère biaisé des organes de presse et des institutions à l'origine de ce psychodrame et sur le caractère outré de la comparaison avec le subprime vu le faible poids de beaucoup des pays mis en cause par rapport à l'économie de l'Union Européenne (la Hongrie n'est pas la Californie).

Je vous conseille de lire la fin de l'article en entier (après avoir sauté les premiers paragraphes), voici néanmoins quelques extraits:

If we found this a relevant theme, it is because it represents in our opinion a deliberate attempt on the part of Wall Street and the City (2) to make the world believe in some rupture within the EU and to instil the idea that some « deadly » risk is weighing on the Eurozone, by endlessly conveying phony news on a “banking risk coming from Eastern Europe” and by stigmatizing a “cold-feeted” Eurozone as opposed to the “voluntarist” actions initiated by the Americans and the Bristish. One aim is also to divert the attention from the increasing financial problems encountered in New York and London, and to weaken the Europe position on the eve of the G20 summit.

For those who are not familiar with EU geography, a headline like « Hungary in bankruptcy » or « Latvia defaults on its debt » can compare to one like « California goes bankrupt ». For those who lose their jobs as a consequence, the problem is indeed similar. However, in terms of impact on a larger-scale, they have nothing in common. California, severely affected by the subprime crisis, is the most populated and richest state of the United States, while Latvia is a poor country with a population corresponding to 1 percent of the EU population (versus California’s 12 percent of the US population (11)). Hungary’s GDP represents less than 1.1 percent of the Eurozone’s GDP (in the case of Latvia, this figure is 0.2 percent) (12), that is to say the equivalent of Oklahoma (1% of US GDP (13)) rather than Florida. Eastern Europe is far from being able to bring problems of a similar magnitude to the subprime crisis. All the new Member-States put together comprise less than 10 percent of the EU GDP (among them, the biggest and richest ones, such as Poland and the Czech Republic, are hardly affected at all). As a worst-case scenario, the amounts at stake for the European financial system, are around EUR 100-billion (USD 130-billion) (14), that is to say a very modest sum on the scale of the EU financial system (15). In fact, the EU has taken the lead of a consortium which has already injected EUR 25-billion (i.e. 20 percent of the worst-case scenario) to stabilize the situation (16), and whose severity has already been diminished by the recent fall in value of the Swiss Franc.

A noter que la dénonciation de ce genre de campagne aurait toute sa place dans Le Monde ou le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Je ne suis pas sûr pour le second mais je doute de ce que Le Monde ait démonté cette triste histoire. Pourtant, enfoncer un coin dans la crédibilité de la presse économique économique anglo-saxonne serait légitime. Idem pour celle des statistiques économiques américaines ou des agences de notation. Le blogo a déjà redouté que nos têtes deviennent le refuge de la domination américaine alors même qu'elle n'aurait plus aucune raison d'être objective. Il faut que les européens (et les autres) arrivent à penser l'économie en s'affranchissant du discours anglo-saxon qui n'a rien d'une vérité révélée mais qui défend très clairement des intérêts. Pas les nôtres.

* Cet article était écrit par Ambrose Evans-Pritchard qui est un adversaire forcené de l'Union Européenne, de l'Euro et de tout ce qui n'est pas estampillé Wall Street ou la City. Il a commencé sa carrière à The Economist.

lundi 30 mars 2009

Les américains mentent sur leurs stats

C'est un des refrains du blogo. Au risque de lasser, les statistiques du mois de mars ont encore apporté de l'eau à mon moulin. Figurez-vous que les New Home Sales et les Durable Good Orders ont connu les plus forts ajustement saisonniers depuis respectivement 1982 et 1992. Ajustements positifs, vous l'aviez deviné... J'ai plusieurs fois traversé le mirroir sur d'autres chiffres comme la croissance ou l'emploi (entre autre) et j'ai depuis la certitude que les stats sont manipulées "as a matter of course". J'espère que nos politiques le savent non pas pour qu'ils pipotent également mais au moins pour qu'ils émettent des doutes sur le perpétuel miracle américain, dans la croissance comme dans la crise. Pour ce qui est de nos médias économiques, ça fait longtemps que je n'ai plus d'espoir.


Extrait de cet article de Barron's:

IT'S A COMFORT IN THIS wildly spinning world to find some things remain the same. We had feared that with the change in administrations, we'd have to revise our long-standing mistrust of government statistics. But, though it is still early days, the initial evidence gives us reason for hope. The numbers flowing out of Washington seem as dubious as ever, and so are the inferences being extracted from them by more than a smattering of investment strategists, money managers and, it pains us to say, even journalists.

The misleading figures cut across a wide swath of the economy, encompassing housing, manufacturing, employment -- you name it. The leading agent of deception, unintentional or otherwise, has been that old sly villain, seasonal adjustment. As it turns out, the seasons don't need adjustment as much as the adjustors need seasoning.

As Merrill Lynch's David Rosenberg (who, incidentally, is planning to do a bit of adjusting himself and moving back to his native Canada; our loss, Canada's gain) points out in a recent commentary, the official keepers of the books have been unusually aggressive in constructing seasonal adjustments for February's economic data.

To illustrate, the seasonal adjustment for new-home sales was the strongest since 1982; for durable-goods orders, the strongest since they were first released in 1992; the retail-sales figures for February were flat (or, as David says, flattering) after such adjustment, but unadjusted fell 3%, the biggest drop on record. He also notes dryly that the 40,000 raw non-seasonally adjusted housing-start total for February "all of a sudden becomes a headline-adjusted annual rate figure of 583,000."

Which makes David think that come the inevitably sharp downward revisions of such distorted data, first-quarter real GDP is likely to suffer a 7.2% drop. Which, together with the 6.3% skid in the fourth quarter of 2008, would be the worst back-to-back contraction in the economy in 50 years.

samedi 28 mars 2009

Obama and the "extraordinarily strong" dollar

Obama lors de sa conférence de presse de mardi:

The dollar is extraordinarily strong right now. And the reason why it is strong right now is that investors consider the Unite States the strongest economy in the world with the most stable political system in the world.

Pour combien de temps?

J'aime bien l'utilisation de "extraordinarily strong". Ca n'est pourtant pas vrai historiquement: le dollar est plutôt faible en ce moment. J'ai l'impression que l'usage de cette formule trahit la perception actuelle de la maison blanche: le dollar n'est "extraordinarily strong" que par rapport au nombre ahurissant de casseroles que les Etats-Unis ne cessent d'accumuler. Les responsables américains savent qu'ils marchent sur l'eau en ce moment avec le dollar mais comme pour l'immobilier précédemment, tout le monde prétend que cela sera sans fin. Obama chez Jay Leno la semaine dernière a déclaré qu'une partie de la croissance américaine ces dernières années avaient été une croissance de papier. Indeed. L'investisseur international va bien finir par percuter.

Je rappellerais donc à Obama que ce qu'on dit du dollar aujourd'hui a été dit il n'y a pas très longtemps de l'économie américaine, du marché de l'immobilier, du marché des actions, des firmes de Wall Street et j'en passe.

Pour l'histoire...

D'un contributeur du Wapo juste avant la publication de la liste des bénéficiaires du bailout d'AIG montrant la Socgen en deuxième position avec $12 milliards:

The international dimension of the Great Meltdown has been clear since then-Treasury Secretary Henry Paulson let it be known that an urgent telephone call from French Finance Minister Christine Lagarde helped force his decision not to let AIG follow Lehman Brothers into bankruptcy in September. Lagarde reportedly warned that AIG's collapse would endanger the world banking system, beginning with the French banks that had bought the toxic credit-default swaps AIG peddled through its hyperactive London marketing arm.

Certains Etats européens doivent une fière chandelle au Treasury dans cette affaire. Les américains ont-ils demandé des contreparties? Cela semblerait logique.

On s'était dit rendez-vous dans dix ans...

1999. Larry Summers est Treasury Secretary. Un de ses aides s'appellent Tim Geithner. C'est à ce moment là qu'une des législations conçues dans les années 30 pour qu'une telle crise ne se reproduise jamais, le Glass Steagle Act, est abandonnée. Cette loi empêchait aux banques d'investissement d'avoir des activités de banques commerciales et réciproquement. David Lindorff revisite ce moment d'histoire et nous rappelle qui disait quoi à l'époque. Je vous conseille de lire tout l'article mais voici les meilleurs extraits:

Back in November 1999, Congress passed legislation pushed by then Sen. Phil Gramm (R-TX), rescinding the Depression-era Glass-Steagall Act. The measure, backed by the Clinton administration, and overwhelmingly passed by the Senate (90-8) and the House (362-57), opened the way for banks to merge with investment banks and insurance companies, and led directly to the current financial cataclysm.

Here’s Larry Summers, a chief architect of the current financial industry multi-trillion-dollar bailout giveaway being orchestrated by the Obama administration, where he serves as director of President Obama’s National Economic Council:

''Today Congress voted to update the rules that have governed financial services since the Great Depression and replace them with a system for the 21st century. This historic legislation will better enable American companies to compete in the new economy.''

Sen. Byron Dorgan (D-ND), one of seven Senate Democrats who voted against revoking Glass-Steagall, said:

“I think we will look back in 10 years' time and say we should not have done this but we did because we forgot the lessons of the past, and that that which is true in the 1930's is true in 2010. I wasn't around during the 1930's or the debate over Glass-Steagall. But I was here in the early 1980's when it was decided to allow the expansion of savings and loans. We have now decided in the name of modernization to forget the lessons of the past, of safety and of soundness.''

And then there’s the late Sen. Paul Wellstone (D-MN), who died in a tragic and still unexplained plane crash near the end of his campaign for re-election in 2002. Congress, he said, seemed:

“…determined to unlearn the lessons from our past mistakes. Scores of banks failed in the Great Depression as a result of unsound banking practices, and their failure only deepened the crisis. Glass-Steagall was intended to protect our financial system by insulating commercial banking from other forms of risk. It was one of several stabilizers designed to keep a similar tragedy from recurring. Now Congress is about to repeal that economic stabilizer without putting any comparable safeguard in its place.''

Sen. Gramm:

'The world changes, and we have to change with it. We have a new century coming, and we have an opportunity to dominate that century the same way we dominated this century. Glass-Steagall, in the midst of the Great Depression, came at a time when the thinking was that the government was the answer. In this era of economic prosperity, we have decided that freedom is the answer.''

And then Sen. Kerrey, offering a line that should probably be etched someday on his tombstone as his most memorable quotation:

“The concerns that we will have a meltdown like 1929 are dramatically overblown.”

Note: Hubris Kills dément généralement que l'abandon du Glass Steagle Act ait eu un impact aussi mécanique qu'on le croit dans cette crise. Il est vrai que la chronologie des évènements nous pousse peut-être à en surestimer les effets. Il n'empêche: on peut au moins argumenter que cet abandon a permis l'émergence de plus d'institutions "Too big to fail" ce qui a aggravé la crise.

Ce sont les meilleurs qui s'en vont...

The Big Picture nous informe que le journaliste Dylan Ratigan quitte CNBC. Je ne le connaissais pas mais il y a également un lien qui montre qu'il semblait être du bon côté de la barrière en octobre 2008:

Il va sur ABC.

vendredi 27 mars 2009