mardi 7 juillet 2009

La City et Wall Street

Michel Rocard s'exprime sur la crise dans Le Monde et il a une vision assez noire. Il attribue les difficultés récentes de Gordon Brown à un putsch de la City qui n'apprécie pas ses nouvelles régulations. Je dois dire que j'y avais jeté un regard transversal mais que je n'avais pas identifié la City comme la principale force derrière ce coup raté. J'imagine que si on connaît les protagonistes, cela doit sauter aux yeux.

Je crois comprendre comment la volonté de Wall Street est relayée dans les lobbies du pouvoir à Washington mais le Royaume-Uni est un peu dans un angle mort pour le Blogo. J'ai déjà cité Jacques Attali disant que la City avait un poids considérable dans la politique britannique. Il semble que Michel Rocard ait les mêmes infos et je n'ai aucune raison de douter de leur analyse.

lundi 6 juillet 2009

Une récession pas comme les autres...

Graphe représentant les baisses d'emploi en pourcent à partir du mois où la récession a été déclarée. Hang on. (J'ai changé le graphe pour des raisons de clarté mais l'idée est la même, celui-là vient de "Calculated risk", l'autre était une version modifiée par "The Big Picture".)

samedi 4 juillet 2009

Ploutocratie

Ca ne s'invente pas. Illustration de la démesure des fortunes amassées aux Etats-Unis, cette enquête de l'université d'Harvard destinée à des anciens élèves: la dernière catégorie proposée pour faire état de ses revenus annuels est "$5,000,000 ou plus", la dernière catégorie pour le niveau de capital est "$50,000,000 ou plus".
(Par le biais d'un journaliste connu qui a reçu le questionnaire.)

C'est une réalité qui est difficile à appréhender si on n'a pas vécu aux Etats-Unis à proximité des classes privilégiées mais qui est au coeur du système social que dénonce le blogo. Il est très facile de déterminer des différences objectives de performances entre des individus mais beaucoup plus délicat de déterminer comment ces différences doivent se traduire en termes économiques. Il est souhaitable que la société rétribue l'effort. Il est également normal qu'en fonction de ses capacités, de ses efforts et de sa sensibilité, un individu puisse avoir le choix entre des carrières plus ou moins rémunératrices.

Une fois qu'on a dit ça, tout est affaire de degrés et c'est là que le bât a blessé aux Etats-Unis circa 90s-00s. Laisser des différences toujours croissantes s'instaurer entre les revenus des individus conduit tôt ou tard à la ploutocratie. Passé un certain point (qui peut varier selon les structures politiques d'un pays - rigueur des lois de financement de campagne par exemple) assez d'argent rassemblé dans assez peu de mains fini par être capable de corrompre les institutions d'un pays au service exclusif d'un petit groupe. Dès lors, une mécanique implacable se met en place visant à renforcer en permanence la richesse et l'influence de cette fraction de la population et cela se termine par ce à quoi on a assisté ces dernières années aux Etats-Unis (voir les "Bush tax cuts"). La concentration des richesses dans trop peu de mains est un risque qui peut s'avérer fatal pour les démocraties. C'est un risque insidieux car comme la proverbiale grenouille qui ne sent pas que l'eau dans laquelle elle se trouve est portée à ébullition, cette évolution est progressive et le moment exact du basculement n'est pas facilement identifiable (quand le parti de gauche se met à défendre les plus riches avec le même entrain que le parti de droite, comme sous Clinton par exemple, on peut dire en gros que la messe est dite). L'hypocrisie consistant à dire que des rémunérations extravagantes sont justifiées par un "mécanisme de marché" n'est que cela: un moyen spécieux de justifier tout et n'importe quoi dans un but idéologique. Les mécanismes de marché pur et parfait n'existent nulle-part dans nos sociétés*, les invoquer précisément en cette matière est une mascarade. L'idée que les inégalités débridées augmentent le bien commun ("trickle down economics" voir fin du post) est une ineptie en train d'être démentie par la crise (c'était une clé de voûte de l'argumentaire de vente néolibérale - RIP 2007).

Je n'ai d'ailleurs pour ma part jamais compris comment des actionnaires pouvaient accorder ces rémunérations astronomiques à des dirigeants. Assez vite, le dirigeant devient indépendant financièrement (les actionnaires n'ont plus de prises sur lui car à la fin des fins, il a fortune faite) et il ne trouvera donc plus de motivation financière que dans une surenchère permanente et une prise de risque maximale. Les actionnaires des banques ont payé au prix fort l'imbécilité des pratiques de rémunérations qu'ils avaient laissées se mettre en place (et encore, Obama leur a sauvé la mise en empêchant que leurs actions tombent à leurs niveaux réels: zéro).

* Laisser libre cours aux mécanismes de marché aboutit à la concentration et au monopole. L'Etat doit alors organiser la concurrence avec notamment des mesures anti-trust (jetées aux oubliettes sous la présidence Bush par exemple - il n'y a quasiment pas eu de procédures engagées). Sans Etat, pas de marchés. Evidemment, l'Etat organise bien trop souvent des oligopoles comme dans la téléphonie mobile ou dans l'audiovisuel en France au lieu d'une vraie concurrence qui bénéficie aux citoyens (le lecteur "W." me dit que l'internet fixe en France est un exemple plutôt réussi d'organisation du marché qui a abouti à une "saine émulation" conduisant à un taux d'équipement et à une vitesse d'internet plus élevée en France que dans d'autres pays). De toute façon, quel que soit le secteur, aucune bataille n'est gagnée une fois pour toute et il est primordial qu'en toute circonstance, un régulateur respecté ait la volonté et les moyens d'imposer les règles de marché qui bénéficient le plus possible aux consommateurs. Trouver les moyens de rendre ces régulateurs efficaces et indépendants des entreprises du secteur qu'ils pilotent est un des enjeux managériaux cruciaux du monde de l'après-crise. La lutte des régulés pour acheter le régulateur ne connaît aucun répit, le régulateur doit l'accepter et mener également une lutte sans répit pour l'empêcher. Il appartient aux représentants du peuple d'identifier et de rectifier toute situation qui dérape. On pourrait imaginer par exemple qu'un groupe d'une vingtaine de députés soit en mesure de déclencher des enquêtes sur un marché donné...

vendredi 3 juillet 2009

Friday Plane Blogging

Aérodrome de Venise (en arrière-plan, cliquez pour agrandir).

jeudi 2 juillet 2009

mardi 30 juin 2009

Roubini sur la Blogo Compliant List

Vous vous souvenez peut-être que j'avais passé son cas en revue et que j'hésitais car je le trouvais un peu indulgent avec le système bancaire et Geithner en particulier. Je lui prêtais l'intention de préserver ses chances de travailler un jour pour Obama. Dans sa newsletter, il déclare que le processus de fin de la domination du dollar a commencé. Welcome on the BCL, Nouriel.

Nouriel Roubini: The process that will lead - in the medium to long term - to a challenge of the U.S. dollar as the major global reserve currency has started. The U.S. creditors - the BRICs, the Gulf states and others - are becoming increasingly alarmed that the U.S. will deal with its unsustainable fiscal path via inflation and debasement of the value of the U.S. dollar via depreciation. So they will not sit idly waiting for this to happen: they are already diversifying into gold, into resources (as China purchases mines and energy, mineral and commodity resources all over the world)

Goldman Sachs bashing (avec de l'extra violence!)

Matt Taibbi se paye Goldman Sachs dans Rolling Stones Magazine (pas dans le NYT!). Ce long article n'est pas encore disponible sous un format très lisible. Il est long mais il mérite d'être lu ( il est en anglais).

Des années 20 au TARP en passant par la bulle internet et la bulle de l'immobilier, tout y passe. On est souvent tenté de remplacer "Goldman" par "Wall Street" dans l'article mais il faut bien reconnaître que s'il y a un barycentre des pôles de décision dans la sphère politico-financière (en incluant dans le mix la FED, le gouvernement et le congrès qui font désormais "compte commun" avec le système bancaire), il ne peut pas raisonnablement être très éloigné de 85, Broad Street*. Dans cet ensemble, Goldman a une place complètement centrale. Que ce soit en termes de résultats financiers, d'appuis politiques ou de soutiens médiatiques, Goldman est "second to none" (en première position). Rôle central illustré par exemple par la présence incongrue de son CEO en septembre 2008 dans une réunion sur le sauvetage d'AIG entre le gouvernement, la FED et les régulateurs. Ce sauvetage a été opéré selon des modalités qui allaient faire de GS son premier bénéficiaire ($13 milliards).

Selon Taibbi, tout est la faute de Goldman. Et si d'autres étaient également responsables, Goldman est encore plus coupable car ils ne se sont pas faits avoir. Alors excessif et délirant? Not so fast... Dans des marchés financiers qui déboussolent à peu près tout le monde, l'idée que le chaos puisse être organisé et que des firmes passent systématiquement par "la case départ en touchant 20,000 francs" est répandue. La crise a démontré que Wall Street n'a pas de fondations éthiques (contrairement à ce que voulait nous faire croire le conte moral relaté en 1987 dans le film éponyme qui a décidément vieilli). Les ententes, les manipulations de cours, les fraudes, la corruption y sont monnaie courante et presque jamais sanctionnées. Sans parler de l'extorsion pure et simple de fonds du gouvernement dans des proportions irréelles quand le besoin s'en est fait sentir. La SEC et les autres régulateurs sont des tigres de papier (Madoff, subprime etc...).

La crise aurait dû être l'occasion de la remise à plat de Wall Street et de son institution phare, Goldman Sachs. Leurs agissements ont causé assez de désolation pour justifier un examen plus approfondi que l'admiration béate que nous propose le tryptique (WSJ, FT, The Economist qui n'ont cessé de nous présenter depuis des années les responsables de la sphère financière comme des divinités grecques, des directeurs de la FED aux CEOs de banques). Plus d'articles critiques comme celui de Taibbi permettraient de créer le soutien nécessaire à la restructuration du système bancaire devenu un énorme boulet pour la démocratie américaine (et le contribuable). Pour l'instant, la crise a plutôt renforcé les (nombreux) acteurs qui ont été secourus en créant un magma comptable dans lequel on ne peut plus distinguer la dette des banques et la dette de l'Etat. Avec le trésor de guerre accumulé par les banques (et les banquiers) ces dernières années, il est clair qu'elles ont les moyens de faire la pluie et le beau temps à Washington pendant encore un certain temps. La crise s'aggravera-t-elle assez pour que l'Etat restructure finalement les institutions financières** et qu'on revienne à un système fonctionnant plus ou moins comme dans la période 1945-1985?

Si cela ne se produit pas, on peut compter sur les banques livrées à nouveau à elles-mêmes pour générer une nouvelle crise plus grave dans quelques années qui aboutira cette fois-ci aux restructurations et à l'assainissement nécessaires. La thèse du Blogo est que cette crise est "la bonne", celle qui va obliger à la réforme. Si cela s'avère vrai, ça n'est bien évidemment pas une bonne nouvelle car seule une crise très grave peut déstabiliser un système financier qui a une telle emprise sur le pouvoir politique. Comme le montre le sauvetage des banques, il est clair que la structure de pouvoir ne se rendra pas sans combattre et que sa déstabilisation apparaît comme une proposition politique très risquée. Il n'en demeure pas moins que ce genre de séïsme arrive comme l'a prouvé la fin de l'empire soviétique (ce sont bien les structures de l'empire américain qui sont testées aujourd'hui - notamment son financement par la dette en particulier de son armée).

*adresse de GS.
** La non-restructuration n'est pas forcément un mauvais choix pour l'instant du point de vue américain: que resterait-il de la puissance américaine (ie: de sa capacité à attirer des capitaux) si l'Etat avait été honnête sur la situation de l'industrie bancaire en l'envoyant à la casse? Le "rêve américain" des investisseurs n'y aurait sans doute pas résisté et les Etats-Unis auraient sans doute déjà connu une grave crise de financement (et nous aussi probablement). Les américains ont tout intérêt à maintenir les apparences le plus longtemps possible. La réforme ne pourra venir que de l'extérieur quand les créditeurs tireront l'échelle. Ne comptons pas sur les américains pour donner le coup de pied de l'âne à un système dont ils sont les bénéficiaires. Les MSM (vieux médias) nous disent que cette crise systémique a été évitée. El Blogo maintient qu'elle n'a été que repoussée. Pour combien de temps? J'avais mis beaucoup de jetons sur l'année 2009 et sur le premier semestre en particulier (qui se termine aujourd'hui... raté). Stay tuned.

La FED fuite...

Il semble que la FED fuite (ses communiqués sont précédés d'interventions substantielles sur les marchés quelques minutes avant). Rien de très surprenant pour une institution qui est au centre des déboires de l'économie mondiale. Il n'y a évidemment pas de réaction de la SEC, à l'américaine!

dimanche 28 juin 2009

Post-It

Les banques s'organisent autour d'une association, le SIFMA, pour lancer une opération de relations publiques pour améliorer leur image. Ca va être marrant d'essayer d'identifier les articles qui seront une conséquence directe de cet effort.

L'inflation prédite partout (sur le blogo aussi) n'arrive pas toujours pas.

La FED n'intéressait pas les lobbyists dans le passé. Maintenant qu'elle fait la pluie et le beau temps sur les marchés en décidant quelles obligations sont autorisées ou non dans ses programmes (TARP TALF PPIP and all this alphabet soup), les lobbyists fondent sur elle comme le décrit Caroline Baum de Bloomberg News. Cela me rappelle une émission de feu "La 5" de Berlusconi: "Mondo Dingo" (c'est pas beau l'internet? voir ci-dessous).

samedi 27 juin 2009

La face cachée du TARP

Vous vous souvenez que quand Paulson a fait passer le TARP (chèque en blanc pour Wall Street qui tenait sur trois pages...) devant le congrès en octobre dernier, il s'est d'abord fait retoquer par la chambre des représentants (le sénat, plus corrompu, ne s'est pas joint à cette opposition). La demande de Paulson était assez extravagante pour que les représentants la rejettent.

Deux semaines après, le TARP était accepté après une grosse pression médiatique pro-banques (dans le goût "nous allons tous mourir très prochainement si les banques ne sont pas innondées d'argent public" ou à peu près). Il s'avère que la seule pression médiatique n'y a pas suffi et que les votes ont été gagné à l'américaine, représentant par représentant, chacun monnayant son vote contre des dépenses bénéficiant à leurs soutiens de campagne (pas à leurs électeurs bien évidemment...).

Bloomberg évalue à $150 milliards les "tax breaks" (baisses d'impôts) qui ont été nécessaires pour faire passer les $700 milliards du TARP. On sera donc rassuré de voir que les dépenses insensées réalisées pour le sauvetage du banque n'ont été possibles qu'en autorisant en loucedé core plus de dépenses. $7 pour les banques coûtent ainsi $1,5 pour tous les autres lobbies. On se demande vraiment pourquoi plus de voix ne se font pas entendre pour exiger qu'il soit mis fin à l'impérium financier américain sur le monde quand on voit la réalité du fonctionnement du système politique. Cela montre également à quel point l'idée de responsabilité est éloignée des politiques américains: frappé par une crise financière qui, de manière évidente, annonce une période de vache maigre, les mesures de sauvetage du système (bonnes ou mauvaises - en l'occurrence mauvaises selon le blogo) sont l'occasion de diminuer encore les ressources de l'Etat. C'est toujours l'idéologie des trente dernières années de "la baisse d'impôts favorisant la croissance" qui domine. Son corollaire, la dette, est caché sous le tapis (qui commence à avoir une forme bombée).

Extrait de la news bloom:
The hurried legislation adopted by a Congress voting under the threat of sudden global economic collapse led to hidden tax breaks for firms in dozens of industries. They included builders of Nascar auto-racing tracks, restaurant chains such as Burger King Holdings Inc., movie and television producers — and London’s Diageo.

“It’s kind of like the magician’s sleight of hand,” says former House Ways and Means Committee Chairman William Thomas, a California Republican who ran the committee from 2001 to 2007 and oversaw all tax legislation. “They snuck these things in a bill that was focused on other things.”

Congress inserted the tax benefits for companies other than banks in a fog of confusion and panic after the House of Representatives rejected the first attempt to fund the bank support effort urged by then President George W. Bush and Treasury Secretary Henry Paulson

CRA et subprime

Le "Orange County Register" publie un article infirmant la thèse propagée par Wall Street en septembre dernier selon laquelle une régulation contraignant les banques à prêter dans des communautés moins favorisées (CRA - Community Reinvestment Act) était à l'origine des difficultés du subprime et de la crise financière. Il s'agissait à l'époque de rejeter la responsabilité de de la crise de manière voilée sur les minorités prépondérantes dans ces communautés. L'idée que les banques se soient laissées embarquer dans le "predatory lending" (prêts prédateurs) à cause d'un programme d'aide aux minorités était évidemment risible (il n'y a qu'à voir les forces en présence au congrès pour s'en persuader - l'argent du bailout ne s'est pas déversé sur les minorités, je vous l'assure).

Cet article remet les choses à leur place et met probablement aussi le doigt sur une campagne médiatique qu'il serait probablement intéressant d'analyser (éditorial du WSJ, Larry Kudlow sur CNBC... Où cet élément de désinformation est-il né? Qui l'a propagé? Quel a été son impact dans la déflection des reproches contre Wall Street alors qu'AIG, Lehman et Fannie Freddie périclitaient et que Paulson préparait le plus grand détournement de fonds de l'histoire?). Another day on Wall Street... (via The Big Picture)

Obama aussi opaque que Bush dans de nombreux domaines

Cela n'a pas échappé à Bob Herbert du New York Times qui l'erreinte dans un op-ed.

Ni à Jon Stewart:
The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Cheney Predacted
thedailyshow.com
Daily Show
Full Episodes
Political HumorJason Jones in Iran

vendredi 26 juin 2009

Friday Plane Blogging

A380 en croisière. (cliquez pour agrandir)

Michael Jackson est mort

Je dois dire que je ne me sens pas très souvent affecté par la mort de célébrités mais là, c'est un peu spécial. Pour la postérité.

jeudi 25 juin 2009

La dislocation du marché de l'immobilier US (suite)

Post d'Atrios qui fait écho à une vieille idée du blogo:

Free Rent

Loan servicers just aren't equipped to handle this many foreclosures.
-Atrios 12:48

Comments (313)

Traduction: les administrateurs d'emprunts immobiliers ne sont pas équipés pour gérer un tel nombre d'expropriations. Le lien va vers un article expliquant que des gens ayant quitté leur maison ne sont pas expropriés car personne ne s'occupe du dossier.

C'est une thèse défendue par le Blogo depuis longtemps: le marché de l'immobilier américain ne fait pas que baisser, il se disloque. Le système (pas sympathique mais crucial) qui fait qu'un individu qui arrête de payer son emprunt se fait exproprier est complètement engorgé. Dès lors, le non-paiement n'entraîne plus de sanction.

Les problèmes sont alors bien plus préoccupants qu'une simple baisse des prix (pourtant gravissime dans les proportions actuelles). On entre peu à peu dans une situation de non-droit où les contrats ne peuvent plus être respectés. Les banques n'arrivent plus à se réapproprier assez vite les propriétés, les emprunteurs ne quittent plus les lieux. C'est déjà comme ça que se terminait la confession du journaliste du NYT qui avait sombré dans l'engrenage du subprime suite à un divorce: il attendait depuis 8 mois que la banque lui propose quelque chose mais on lui répondait qu'elle était débordée.

Toutes les ressources privées qui ont permis de gérer administrativement le boom se nourrissaient (très grassement) sur la bête. Le crash ne génère évidemment pas les mêmes profits et on ne peut compter sur le secteur privé pour en administrer les conséquences (comme les expropriations massives). L'Etat est lui trop lent dans sa réflexion: il aurait évidemment dû créer une "administration de l'immobilier" qui empêche de laisser ce marché sombrer dans l'anarchie avec une partie de l'argent qui a été donné à Wall Street. Si Obama croit que Wall Street va faire du "service public" et dépenser de l'argent (possiblement distribuable en bonus!) dans le but d'assurer la stabilité du pays, il n'a rien compris à l'histoire récente...

On est un peu comme dans une ville après une coupure d'électricité (mémoire du black-out de 24H00 à NYC en août 2003): quelqu'un défonce une vitrine et se sert dans un magasin. La police complètement débordée ne se manifeste pas. Deux, trois, puis bientôt dix autres passants vont piquer dans le magasin. On a alors le sentiment bizarre que tout peut basculer.

Le problème est qu'il ne s'agit pas en l'espèce d'une coupure d'électricité mais de la faillite d'institutions critiques: Etat, Banques, médias. Pendant dix ans, elles ont laissé se créer une situation qui allait mettre à la rue des millions d'américains dans une période de temps assez courte pour risquer la cassure du marché de l'immobilier. Il n'est donc pas question de mettre cette rupture du cadre légal sur le dos des citoyens. Elle a d'ailleurs l'avantage d'éviter qu'une partie de la population se retrouve dans des tentes de fortune alors que des millions de maisons sont vides (le squattage est une autre solution que "la nature" a trouvé contre ce problème). Déterminer jusqu'où ces dérèglements peuvent aller et quelles politiques publiques peuvent en atténuer les effets est la difficile tâche d'Obama. Encore faut-il qu'il se pose la question assez tôt, occupé qu'il est à s'assurer que les banquiers qui ont causé ce désastre traversent la crise le plus agréablement possible.

mardi 23 juin 2009

Albanel out!

Victime de l'Hadopi. Frédéric Mitterrand in. Je trouve que c'est une bonne idée. Je veux bien l'ancien job de Frédéric Miterrand: directeur de la Villa Médicis à Rome...

La réforme de la finance US par Obama

Long story short: déception. Alors évidemment il y a des degrés dans la déception. Avec Summers et Geithner, que pouvait-on vraiment attendre? Obama avait signalé à maintes reprises qu'il était du côté des banques qui sont en retour de son côté: $40 millions de contribution de campagne pour Obama contre $34 millions à Bush en 2004 et surtout seulement $14 millions à John Kerry. Obama aurait pu faire le choix d'un financement essentiellement populaire grâce à ses contributeurs internets. Il ne l'a pas fait car cela aurait été une déclaration de guerre à tous les lobbys du pays qui auraient alors sans doute pu empêcher son élection ou rendre sa présidence impraticable. Or, Obama, comme nous le savons, n'est pas Spartacus: c'est un mandarin (si être éditeur de la Harvard Law Review quand on est étudiant ne vous donne pas ce statut aux Etats Unis, rien ne le fera). Il a donc mené sa campagne avec l'argent du "health care", des banques et autres industries "qui vous veulent du bien" alors qu'il avait l'opportunité pour la première fois dans l'histoire grâce à internet de bâtir sa présidence sur un soutien financier populaire qui aurait pu lui permettre de couper le cordon entre la présidence et les lobbies.

Donc cette réforme satisfait les banques. Il n'y a pas grand chose d'autre à ajouter. Quelques points ont suscité leurs "doutes ou interrogations" mais le blogo fait confiance à leurs armées de lobbyists pour aplanir les difficultés. Par exemple, l'idée qu'une agence s'occupe de protection du consommateur semble exorbitant à nombre d'institutions financières. Barney Frank et Chris Dodd (les récho et frigo des "banking comittee", le premier à la chambre des représentants et le second au sénat) semblent optimistes sur le fait que la majeure partie de cette loi devrait être adoptée sans difficulté. Après ce qui vient de se passer, on aurait plutôt imaginé des débats fracassants et une remise à plat totale du système mais non, c'est toujours l'ambiance "clubby" qui règne entre Wall Street et Washington.

La FED est portée aux nues, première responsable de la crise, elle hérite d'un certain nombre de prérogatives nouvelles comme celle d'analyser et de lutter contre les risques systémiques. C'est le nouveau pompier dont tout le monde sait qu'il est un dangereux pyromane. On le savait déjà mais tout le monde s'accorde sur le fait que casser le monolithe "Too Big Too Fail" ne peut-être une solution. Pour la bonne raison que tout le monde fait partie du monolithe. Krugman a même pris parti pour le monolithe (ticket d'entrée dans une prochaine administration?).

L'incapacité du système à se réformer face à une crise de cette ampleur est très inquiétante et montre son état de pourrissement avancé. Le monolithe avait précédemment recours aux méthodes les plus douteuses pour extraire de la population l'écot le plus important possible mais après le bailout, il a désormais le pouvoir de lever l'impôt et de puiser directement dans les finances publiques. Le "runaway train" continue donc inexorablement sa route. Personne n'essaye d'actionner les freins mais ils ne marchent sans doute plus de toute façon.

Après l'enrichissement des années fastes bâti sur le plus grand Ponzi Scheme de l'histoire (les capitaux du monde entier contribuaient à l'explosion des prix de l'immobilier orchestrée par la FED), on aurait pu penser que l'effondrement allait entraîner une remise à plat du système bancaire. Ca n'est pas encore le cas mais si on compare cette crise à celle de 29, nous ne sommes qu'en 1931. Cette capacité du système bancaire à préserver sa structure et son pouvoir jusqu'ici a en tout cas démontré le contrôle inouï qu'il a sur le système politique, et a fait de ce contrôle le premier suspect quand on essaye d'identifier les causes de la crise.

Money talks...

Un article du New Yorker (via TBP) retrace le parcours d'Angelo Mozilo, l'homme qui a dirigé Countrywide Financial Corp depuis 2000. Countrywide a été un des plus gros producteurs d'emprunts subprimes de la période.

In 2005, Fortune placed Countrywide on its list of “Most Admired Companies,” and Barron’s named Mozilo one of the thirty best C.E.O.s in the world. The following year, American Banker presented him with a lifetime-achievement award.
En 2005, Fortune a inclu Countrywide dans sa liste des sociétés les plus admirées. Le magazine Barron's a élu Mozilo un des 30 meilleurs dirigeants d'entreprise du monde. En 2006, le magazine American Banker lui a remis un prix d'honneur pour toute sa carrière.

Le Blogo déplore souvent les manquements des MSM (vieux médias) et leur incapacité à dénoncer les abus dans l'immobilier durant la dernière décennie. Comme le montre les différents honneurs qui ont été faits à Mozilo, cette critique ne rend pas justice à la complicité active de ces médias dans la frénésie immobilière qui a touché l'Amérique. Au moment où il reçoit ces honneurs, Countrywide est occuppée à corrompre toutes sortes de dignitaires américains avec des emprunts préférentiels dont les divers bénéficiaires (pas tous connus) allaient d'un sénateur (Chris Dodd - sénateur à la tête du "Banking, Housing and Urban Affairs comittee"* - ça ne s'invente pas) au président de Fannie Mae.

Surtout, Countrywide produit chaque année des millions d'emprunts dont le caractère radicalement abusif et financièrement suicidaire aurait sauté aux yeux de tout journaliste, régulateur ou homme politique qui s'y seraient arrêtés quelques minutes. Countrywide développe des call centers pour que le maximum de gens en croque. Des propriétaires ayant déjà remboursé leur logement rempilent avec un nouvel emprunt (c'est ainsi que des personnes âgées qui auraient dû être à l'abris se retrouvent aujourd'hui à la rue). Pendant ce temps-là les MSM, les régulateurs et les politiques (tous sous influence) n'ont pas cessé d'encourager ce mouvement destructeur.

Les plus consensuels ("on ne va pas se fâcher pour si peu...") y verront une hallucination collective et les plus belliqueux y verront le crime du siècle. La vérité est que c'est un mélange des deux. Un certain nombre d'idiots utiles n'ont fait qu'accompagner le mouvement mais énormément de responsables savaient que tout cela ne pouvait pas bien se terminer. Une bonne approximation est sans doute que la naïveté des acteurs était inversement proportionnelle au profit qu'ils tiraient de la situation. A noter que le profit n'a pas été que financier: cette injection de dopants dans l'économie a dégagé des marges de manoeuvre politiques importantes (tax cuts, guerres...)

*Chris Dodd est toujours à la tête de ce comité, on ne change pas une équipe qui gagne... La superstructure politico-financière n'a pas bougé d'un iota bien qu'elle soit responsable de la crise comme le déplore le blogo à longueur de posts. The future looks bright ahead!

lundi 22 juin 2009

Un petit dessin vaut mieux qu'un long discours...

L'indispensable Barry Ritholtz nous offre une illustration de la crise qui vaut toutes les éructations exaspérées, tous les soupirs désespérés et toutes les grognements ulcérés du Blogo. Ce qui vient de se passer ces 12 derniers mois est d'une gravité inouïe et nous ne sommes qu'au tout début des conséquences économiques et politiques de ce séïsme.
Il s'agit d'un diagramme des montants évalués à plusieurs reprises par Bloomberg (et linkés par le Blogo en mars) correspondant à tous les engagements pris par l'Etat américain depuis le début de la crise. Il ne s'agit bien évidemment pas de cash exigible immédiatement sinon la faillite serait d'ores et déjà avérée.
Il est clair qu'à la Maison Blanche (et en bonne société en général), on fait semblant de croire qu'une partie importante de ces "carrés" ne sont que des garanties apportées temporairement et qu'une fois l'orage passé (vous savez: après "la reprise du second semestre"), tout va rentrer dans l'ordre et que les actifs pourris vont reprendre du poil de la bête. En attendant, l'immobilier continue sa chute qui va être à la fin des fins le déterminant majeur de la profondeur de la cicatrice que laissera cette crise sur l'économie mondiale. Il est possible que certaines de ces lignes de crédit ne soient effectivement pas utilisées entièrement mais il est également possible que certains carrés explosent (Fannie/Freddie par exemple). Ce total évalué aujourd'hui à $15 trillions par Ritholz ne s'élevait ainsi qu'à $12,8 trillions fin mars selon Bloomberg et $11,6 trillions fin février toujours selon Bloomberg.

Ce dessin donne l'ordre de grandeur de ce qui est en train de se passer. Alors penser que cela n'est qu'un petit nid de poule sur l'autoroute de la croissance et de la prospérité relève de la méthode Coué, laquelle a été adoptée sans coup férir par l'Etat, les banques et les médias américains car elle leur permet à court terme d'échapper à leurs responsabilités. A noter qu'il ne s'agit en rien d'une crise de confiance mais bien de l'effondrement du "bridge to nowhere" financier que les autorités monétaires américaines ont décidé de construire à la suite des attentats du 11 septembre* en redéfinissant au passage le concept d' "apprentis sorciers".

El Blogo vous souhaite donc une joyeuse "reprise du second semestre" (plus qu'une grosse semaine à attendre!).

*Pour ceux qui se demandent ce que le 11 septembre vient faire là-dedans et qui pensent être tombés sur un site conspirationniste (9/11 "truthers"), je tiens à les rassurer sur le fait qu'il n'y a aucun lien entre El Blogo et Jean-Marie Bigard et je les invite à suivre le lien suggéré. Si vous n'êtes pas convaincus par le post (et même si vous l'êtes d'ailleurs), vos critiques et vos commentaires sont les bienvenus pour faire avancer la réflexion du Blogo.

vendredi 19 juin 2009