mercredi 2 septembre 2009
"Capitalism: A Love Story", dernier film de Michael Moore
Au vu de la bande-annonce, on a l'impression que le film a moins de moments forts que Fahrenheit 911. Espérons qu'il sera didactique. Le nombre d'entrées sera aussi un indicateur de l'état d'esprit des américains vis-à-vis de la crise.
Le Japon + digression "blogoesque"
Un peu comme quand les remous dans les pays de l'Est ont sonné le glas de l'empire soviétique, les ennuis peuvent commencer à la périphérie. L'émergence de gouvernements susceptibles d'abandonner des arrangements économiques passés est forcément un sujet de préoccupation très important des américains. S'il s'agit d'un pays de la taille du Japon, cela devient une priorité. A suivre donc...
Note: Comparer les Etats-Unis à l'URSS peut paraître dépasser les bornes. Pour rassurer le lecteur texan, je précise que je n'ignore pas qu'il faisait meilleur vivre du côté américain du rideau de fer après la guerre. L'esprit critique envers les Etats-Unis qui anime le Blogo date d'ailleurs essentiellement de la réaction des américains au 11 septembre d'un point de vue de politique étrangère (guerre en Irak) et de politique économique (baisse des taux jamais vue précédemment qui nous a emmené là où nous en sommes aujourd'hui). Les deux sont d'ailleurs liés comme vu ici. Certes les mécanismes de la domination américaine existaient avant le 11 septembre et l'avantage économique que les américains en tiraient était probablement déjà excessif mais il ne m'inquiétait pas. J'adhérais en gros aux valeurs dont les américains se réclamaient et je croyais que leurs prouesses économiques avaient des bases solides (ce qui était presque défendable à l'époque). J'ignorais la faiblesse de leur système de représentation démocratique et j'allais découvrir que la scène était prête pour que des élites irresponsables conduisent le pays à la catastrophe à la faveur des attentats du 11 septembre.
Où l'on reparle de la chute de l'URSS d'ailleurs car il est très probable que ce qui a fait perdre la tête aux élites américaines et conduit aux excès de l'ère Bush ait été principalement la disparition de l'adversaire communiste. On voit bien en effet l'intérêt qu'il y a à avoir une posture morale forte et sans ambiguïté pour emporter le soutien de son camp quand on est confronté à un adversaire qui pèche justement de ce côté là. Mais on peut très vite perdre de vue l'intérêt de cette posture morale s'il n'y a plus personne à convaincre.
On a dit aussi que le capitalisme, perdant son adversaire communiste en pleine révolution conservatrice "Reagan/Thatcher", n'a plus eu besoin de s'embarasser de sa composante sociale qui était un moyen de dissuader la population de se tourner vers l'alternative communiste. En gros, un modèle incontesté pouvait se montrer plus impitoyable et moins "avenant" vis à vis de ses consommateurs (les citoyens) qu'un modèle confronté à un challenger. C'est la loi du marché en politique: le monopole satisfait moins bien le consommateur que le duopole... Les élites occidentales ont donc pu capter une partie plus importante du gâteau économique après la chute du mur de Berlin car elles étaient débarassées de toute pression politique crédible qui les en auraient dissuadé (des masses revendicatrices et organisées qui les tiennent en respect par exemple).
En disparaissant, cette théorie voudrait que le communisme ait dégradé la qualité de notre capitalisme. Cela signifierait que nombre d'avantages sociaux obtenus dans la période d'après-guerre auraient été une conséquence de la douloureuse expérience communiste des peuples de l'Est. Voilà qui donne le vertige. Et comment créer aujourd'hui, sans menace externe (autant éviter de faire vivre la moitié de la planète dans l'obscurité), un système qui permette de canaliser les forces inquiétantes qui, livrées à elles-mêmes, viennent de planter l'économie mondiale?
On peut aussi voir cette histoire du point de vue des élites américaines qui se sont réveillées un beau matin avec entre les mains un pouvoir qu'elles ont cru absolu. Sans surprise, ce pouvoir absolu les a corrompu absolument. Je me dis souvent que les élites françaises, elles, sont bien vertueuses par rapport aux élites américaines: pas de guerre d'agression, pas de corruption hors de contrôle, pas d'entorses radicales aux grands principes démocratiques. Mais donnez à ces élites françaises la première armée du monde (sans opposant notable) et la monnaie de réserve mondiale (dont il est facile d'user et d'abuser comme en ce moment) et il n'est pas impossible que le film auquel nous venons d'assister se déroule en gros de la même manière. Et je prends la France en exemple mais l'idée est bien sûr généralisable à tous les Etats. En d'autres termes, la surexpansion impériale n'est-elle pas dans l'ordre des choses tant qu'elle ne rencontre pas d'opposition? C'est donc cette opposition qu'il nous revient de mettre en place aujourd'hui devant l'épuisement imminent de l'empire américain. Face à l'inefficacité et aux dangers que représentent une trop forte concentration de richesses et de pouvoirs, il faut que les nations du monde s'organisent pour trouver un mode de gouvernement moins centralisé et plus stable que l'ordre impérial*. Et tout cela en douceur pour que le dégrisement américain ne conduise pas dans un premier temps à encore plus d'aventurisme militaire. Une telle organisation collégiale et équilibrée est-elle possible? A part l'Union Européenne, on ne voit pas tellement d'exemple et on peut se demander si celle-ci ne doit pas son succès au fait qu'elle s'est développée dans le confort de l'ordre américain.
Désolé pour cette digression indigeste (ça faisait longtemps).
* Si la notion d'empire vous fait doucement sourire et évoque chez vous une rhétorique gauchiste très "20ème siècle", je vous renvoie au nombre de pays dans le monde qui ont une présence militaire américain et à la part des Etats-Unis dans le PIB mondial par rapport à leur population.
mardi 1 septembre 2009
L'hypertrophie des banques US renforcée par la crise
Beaucoup des critiques de la gestion de la crise financière par
Toujours est-il qu'à la faveur de la crise, les banques américaines sont devenues encore plus grosses que par le passé (par le biais de fusions et d'acquisitions) ce qui montre à quel point Bush puis Obama ont fait fausse route. Puisque leur enchevêtrement et leur taille leur permettent de tirer sur une ligne de crédit infinie de l'Etat Fédéral, il est certain que ces banques vont tenter de préserver ces deux caractéristiques comme un élément à part entière de leur business model et finalement une assurance-vie. C'est la banque 2.0, rejeton monstrueux de Hank Paulson et Tim Geithner, radicalement "citizen hostile" ("hostile au citoyen", adapté du plus courant "consumer hostile").
Cet article du Washington Post retrace cette évolution vers un système bancaire toujours plus consolidé. Extrait édifiant:
(Traduction résumée: 3 banques ont chacune 10% de tous les dépôts bancaires aux Etats-Unis, 4 banques font la moitié des prêts immobiliers et émettent 2 cartes de crédit sur trois).
J.P. Morgan Chase, an amalgam of some of Wall Street's most storied institutions, now holds more than $1 of every $10 on deposit in this country. So does Bank of America, scarred by its acquisition of Merrill Lynch and partly government-owned as a result of the crisis, as does Wells Fargo, the biggest West Coast bank. Those three banks, plus government-rescued and -owned Citigroup, now issue one of every two mortgages and about two of every three credit cards, federal data show.
lundi 31 août 2009
Post-It (2)
Réponse de Roubini: Necessary as the stimulus has been, it cannot go on indefinitely. Governments cannot run deficits of 10% or more of GDP, and they cannot go on doubling the monetary base, without eventually stoking inflation expectations, pushing up long-term interest rates and eventually eroding their very viability as sovereign borrowers. Not even the U.S. can do that.
L'argent facile permet à Wall Street de reprendre les bonnes habitudes. L'effet de levier revient à la mode. Voir également ça.
Selon Bloomberg, les banques chinoises ont accordé pour $1,1 trillion de prêts au premier semestre pour "soutenir" le stimulus de $585 milliards de l'Etat. Un record qui se ressent dans la formation d'une bulle spéculative dans les actions et l'immobilier. Selon un analyste chinois cité: "Les bulles, s'il y en a, sont tolérables puisque le gouvernement veut maintenir une croissance économique solide." Si ce genre de discours n'est pas tout droit issu de l'école Greenspan, j'y perds mon chinois. La Chine et les Etats-Unis sont les Laurel et Hardy du cycle économique des 15 dernières années, il serait étonnant que la déconfiture américaine ne finisse pas un jour par atteindre la Chine.
Cette dépêche Bloomberg récapitule certaines données sur la dette américaine détenue par la Chine. L'achat de dette US par la Chine a augmenté de 52% en 2008 et de 6% pour l'instant en 2009 notamment. Elle parle des "custodian holdings" qui ont augmenté de 20% cette année à $2 trillions contre +39% en 2008. La maturité moyenne passerait de 50 à 70 mois sur les dix prochaines années. Le déficit au 30 septembres est de $1,27 trillions en 2009 contre $389 milliards en 2008. Voir la news pour d'autres chiffres.
Les investissements étrangers en Chine ont baissé de 35,7% l'an dernier. Cela, comme le reste, ne diminuera en rien la capacité de la Chine à acheter de la dette américaine comme chacun sait.
Si seulement... Dans ce document, "Too Big Has Failed", le président de la réserve fédérale du Kansas, Thomas Hoenig, décrit et plaide pour la solution qui a été rejetée par les marionettes de Wall Street qui dirigent Washington: la nationalisation et la remise au carré des institutions financières faillies. C'était la solution préconisée par le Blogo. Dernière phrase du papier: "Finally, I would argue that creating a framework that can handle the failure of institutions of any size will restore an important element of market discipline to our financial system, limit moral hazard concerns and assure the fairness of treatment from the smallest to the largest organizations that is the hallmark of our economic system." Indeed.
Ca ferait également hurler à la mort les banquiers mais ceux-ci ne ne méritent absolument aucune compassion. Ils viennent de prouver au monde que la méthode "molle" conduisait à toujours plus d'abus (sans surprise quand on sait quels genre de prêts ces loustiks avaient financés). On se demande bien pourquoi on leur a laissé l'occasion d'en faire la démonstration vu leurs antécédents (ah oui! ils contrôlent Washington). Ils méritaient de perdre leurs jobs déjà à l'époque, tout ce qui s'est passé depuis montre que ça n'aurait pas seulement été juste, mais que c'était et que ça demeure la seule issue qui permettra un retour au fonctionnement normal de l'économie US. Laisser les crimes impunis ne peut conduire à moyen terme qu'à toujours plus d'exactions.
La chanson "C'est le bonheur", comme promis dans la première entrée du post.
dimanche 30 août 2009
Les mystères de la FED font-ils tenir le système?
La thèse de l'article est que pour continuer à faire tourner la machine, la FED se livre à des manipulations opaques lui permettant de monétiser de la dette sans le dire. Plus précisément, les banques centrales consommatrices de dettes US auraient diminué significativement leurs achats mais pour faire croire à une demande soutenue, elles recycleraient les montants provenants de la vente de leurs dettes d'agences (Fannie, Freddie) en achat de bons du trésor. A qui vendent-elles leurs dettes d'agences? A la FED qui monétise ainsi beaucoup plus de dette fédérale qu'annoncée dans le programme de $300 milliards destiné à l'achat de Treasuries.
Que dire? D'abord que le fait que cela n'ait pas attiré l'attention des vieux médias n'est pas du tout un signe de manque de crédibilité de cette analyse. J'espère que les lecteurs réguliers en sont persuadés. La FED a fait de l'opacité son fond de commerce. Elle a arrêté purement et simplement de publier un agrégat monétaire alors que celui-ci était en croissance rapide. Elle refuse de communiquer au public des informations sur les aides qu'elle a apportées aux institutions financières américaines. Elle appréhende l'audit proposé de ses activités. Elle se comporte comme un Etat dans l'Etat (ou peut-être comme l'Etat dans lequel se situe l'Etat officiel?). Cette institution a des statuts qui l'inféodent bien plus à Wall Street qu'à une quelconque notion d'intérêt général. Elle est responsable de la crise et elle ne songe dans ses actions actuelles qu'à se protéger d'une révolte bien légitime des citoyens plutôt qu'à "maximiser le profit" des américains.
Le gouvernement, la FED et Wall Street marchent main dans la main et cherchent à maquiller le plus gros scandale de l'histoire en quelque chose de vaguement acceptable. Les banques centrales et les Etats qui ont participé à l'arnaque cherchent également à se couvrir politiquement (la Chine en particulier). Si toutes ces forces concourent à occulter la réalité*, le moment est venu d'accorder une attention toute particulière à des gens qui seront allés un peu plus loin dans l'analyse des données disponibles pour mettre à jour des incohérences.
Il est possible que l'analyse présentée soit erronée ou qu'au contraire on réalise que ce n'est pas du tout un secret, seulement quelque chose sur lequel il a été décidé de ne pas insister. Comme pour l'article de Matt Taibbi sur Goldman Sachs, il faut encourager tous les regards différents qu'on pose sur la chose économique car les regards classiques du passé ne nous ont pas aidé. Cet article et les réponses qu'il génèrera (à commencer par la rubrique "commentaires") nous aideront à améliorer notre compréhension de phénomènes sur lesquels les citoyens n'ont aucune prise. Ils pouvaient par le passé se réfugier dans l'idée que ces questions étaient gérées par des gens compétents qui avaient leur intérêt à coeur. Ca n'est plus possible. Les voix dissonantes n'ont jamais été aussi intéressantes.
* Comment faire avancer une enquête financière si le coupable, le policier, le juge, le comptable, les témoins, les journalistes, les avocats, les experts sont tous de mèche et que la victime est complètement abrutie devant un écran de télé?
C'était pour rire
Je n'ose même pas imaginer les pressions auxquelles la juge, Loretta Preska, a été soumise. Sa décision, si elle avait été suivie d'effets, aurait levé une partie significative du voile sur la vraie étendue des soutiens de l'Etat aux banques lors de la crise. C'est en réalité un problème de sécurité nationale.
Note 1: L'info est sortie comme il se doit à 19H00 vendredi soir (le juge avait ordonné lundi 24 que l'information soit rendue publique le lundi 31). Bush s'était fait une spécialité de sortir les informations gênantes à ce moment stratégique du "news cycle": c'est le plus discret. Et d'ailleurs, Google News nous démontre que cela a bien marché en l'espèce. Le silence est assourdissant.
Note 2: Ritholtz sur le sujet (il pense que la FED va perdre son appel, je pense qu'il sous-estime l'aspect "sécurité nationale" du dossier, le ponzi scheme américain ne tient plus qu'à quelques secrets stratégiques comme celui-ci):
I suspect this is merely a delaying tactic, with the Fed eventually losing 3 to nothing on appeal.
It is one thing to grant immunity to sensitive defense secrets during wartime, it is something else entirely to avoid wanting to embarrass poorly run banks who needed cash, and keep crucial info from shareholders and taxpayers.
If the Appeals Court were to grant this request, then kiss the idea of an open society good bye. The slipperly slope downwards from this to anything else declared by any government agency to be “Important” or “Sensitive” or “Embarrassing” is the eventual result of the Fed winning their appeal.
My prediction: The Appeals court tells the Fed to go jump . . .
Note 3: cela rappelle (un peu) les photos sur la torture qui devaient être publiées fin mai. Obama en avait accepté puis refusé la publication. Les moyens d'intervention de l'exécutif sont moins évidents ici mais je serais surpris si le pouvoir qui transcende les trois formes classiques du pouvoir (exécutif, législatif, judiciaire), le pouvoir bancaire, se voyait battu au finish sur ce sujet.
vendredi 28 août 2009
Le retour des analogies fumeuses sur le blogo
La seconde analogie fumeuse est de comparer Bernanke à un électricien. Bernanke a conçu un système électrique complètement vicié qui a rendu l'âme en septembre 2008. Tous les plombs ont sauté et l'obscurité s'est faite dans la maison. L'électricien aurait dû être viré et le système électrique repensé. Au lieu de ça, l'électricien responsable de la catastrophe s'est vu chargé des réparations. Désireux de remettre le courant au plus vite pour que son installation ne puisse pas être remise en cause, il a pris deux gros fils de cuivre et il a fait une dérivation qui contourne le disjoncteur et la boîte à fusible. La lumière est revenue. Tout le monde est content et le félicite chaleureusement.
Le problème, c'est que le message que faisaient entendre les fusibles et le disjoncteur n'a pas été entendu et qu'il ne le sera plus désormais. L'électroménager consomme toujours beaucoup trop, des petits feux vont se déclarer un peu partout dans la maison... La prochaine fois, on le renommera en le félicitant pour son maniement de l'extincteur.
jeudi 27 août 2009
Post-It (1)
Stiglitz déclare que la crise est le signe de l'échec du capitalisme à l'américaine. Je dirais de la démocratie américaine plutôt car il s'agit d'une crise politique et pas d'une crise économique... Avez-vous déjà entendu ça quelque part?
Le point sur Trichet par Bloomberg. Article long et détaillé. J'avais oublié que les premières baisses de taux de la BCE en 2007 avaient eu lieu lors d'annonces conjointes avec la FED. Quel intérêt d'avoir une monnaie unique si c'est pour suivre les américains sans coup férir quand c'est important? Ah si, c'est plus facile pour eux: au lieu d'appeler 15 (je ne sais plus le nombre exactement) directeurs de banques centrales, un seul coup de fil suffit. Soumission you can believe in... Surtout que personne ne sait exactement à quoi sert de mettre les taux à zéro (ça n'a rien donné au Japon pendant très longtemps). Que pèse la stabilité de nos économies par rapport à une amélioration, même marginale, des chances de s'en sortir de nos banquiers? Pas grand chose.
Geithner répond à des questions très gênantes posées "sur internet". Ses réponses ne sont pas du tout convaincantes mais au moins c'est sur la table. Sur ses problèmes fiscaux, voir ça.
Je lis que les Etats-Unis sont comme un SIV qui emprunte court et prête long. Indeed.
Je me moquais des prévisions budgétaires américaines qui ressemblaient à ça:
C'est le retour à la normale que je trouvais trop rapide. Ces projections ont été révisées hier. A court terme, elles sont moins inquiétantes mais sur 10 ans, c'est $2 trillions en plus qui sont nécessaires. On reste à mon avis loin des déficits qui seront constatés notamment en raison des prévisions toujours roses (retour rapide à la croissance, chute limitée des recettes fiscales, pas de crise monétaire...) et au nombre d'entités qui vont s'en remettre à l'Etat fédéral pour combler des trous (nécessité de venir en aide aux états américains par exemple mais bien d'autres encore).Les grandes banques ont été sauvées mais les petites continuent à fermer leurs portes à un rythme très élevé qui amène le FDIC (organisme garantissant les dépôts) à manquer de cash. L'effet est désormais substantiel. C'est comme si une très grosse banque avait périclité. Quant à savoir ce qui a été provisionné de ce point de vue là dans les dernières projections budgétaires...
mardi 25 août 2009
Bonus supérieurs aux profits en 2008 dans les banques
Ils ne sont pas si malades que ça en réalité: ils agissent comme des acteurs rationnels. Les vrais malades sont les imbéciles qui les laissent faire: les politiques et les citoyens.
Mercenaires
Aussi, il y a 70000 "contractors" en Afghanistan pour 48000 soldats américains.
Sous Obama (au second trimestre 2009) les effectifs de ces opérateurs privés ont augmenté de +23% en Irak et +29% en Afghanistan. Change you can believe in! C'est le moment où l'on se demande si prendre Obama pour un gars bien intentionné mais impotent (et, de plus en plus, ridicule) face à la corruption du système politique américain n'est pas tout simplement naïf* (c'est en gros la ligne du blogo depuis le début sur Obama - rappel: je soutenais John Edwards).
Le silence médiatique sur ce sujet est assourdissant. Je suis généralement prompt à critiquer la corruption endémique du monde journalistique mais en l'espèce, je ne pense pas qu'on puisse leur reprocher de ne pas prendre de risques sur leurs vies en évoquant cet aspect sinistre de la "démocratie" américaine car il semble que des gens critiques de Blackwater (rebaptisé Xe) aient en effet été éliminés. J'ai déjà parlé de ces problèmes sur le blogo mais trop peu car, comme tout un chacun, je suis victime du discours ambiant et si un sujet est globalement peu évoqué, cela se ressent aussi ici même s'il est important voire crucial comme en l'espèce. Même chose pour les statuts de la FED ou son audit. On finit par perdre de vue les choses vraiment importantes.
Il faut quand même marquer une pause et réfléchir aux implications qu'il y a pour un Etat à voir son armée partiellement privatisée (la chaîne de commande n'est plus constitutionnelle selon Scahill sans parler des aspects budgétaires avec par exemple l'ex-entreprise de Dick Cheney profitant des guerres de... Dick Cheney). A quand le coup d'état militaire "privé"? (s'il n'a pas déjà eu lieu.)
* John Pilger qui est un journaliste de gauche britannique respecté jette le doute ici sur la première occupation professionnelle d'Obama pour la société "Business International Corporation" qu'il présente comme ayant parfois servi de couverture à la CIA. Seulement "gentil Community Organizer" Obama? On sait au moins qu'il n'est pas un "Skull & Bones" (cette fraternité secrète de Yale compte de nombreux membres fondateurs de la CIA comme décrit dans le film "The Good Shepherd") car il n'a pas fait Yale. Il a plus classiquement été éditeur de la Harvard Law Review ce qui l'inscrit tout de même dans l'ultra-élite académique américaine (c'est le cas du 1/3 des juges de la cour suprême par exemple et j'apprends aussi sur wikipédia que c'est le cas d'Eliot Spitzer pour la petite histoire (client number 8)) mais sans le côté mystérieux et inquiétant d'un skull & Bones. A-t-il cotoyé les milieux du renseignement chez Business International Corporation? S'est-il construit un pedigree "CIA"? (voir entre 1:25 et 2:05, les 5 minutes en entier valent le coup ceci dit)
Et à ceux qui objecteraient que cela serait forcément sorti dans les médias lors de l'élection je répondrais simplement: think again!
lundi 24 août 2009
Ca passe ou ça casse
1) L'édredon monétaire sous lequel les gouvernements et les banques centrales tentent de dissimuler les exactions bancaires tient le choc. La crise est longue et pénible mais les structures de pouvoir mondial perdurent à l'identique. Ca passe.
2) Les banques centrales n'arrivent pas à éponger les pertes (largement masquées) qui continuent à s'accumuler sans nouvelle crise financière et les grands déséquilibres mondiaux sont appelés à un rééquilibrage massif et rapide qui voit le rôle américain se normaliser. Ca casse.
Dans le premier cas les Etats-Unis continuent globalement à s'endetter. Dans le second cas, ils diminuent leur dette, contraints et forcés. A noter qu'un scénario où les Etats-Unis sont forcés de réduire leur endettement et où les européens peuvent continuer tranquillement semble improbable vu que les deux banques centrales sont sur la même ligne.
Suspense...
Précision: le blogo pense toujours que ça va casser même si je sous-estime pas la capacité d'enfumage de nos banques centrales.
dimanche 23 août 2009
Dylan Ratigan sur la Blogo Compliant List
Visit msnbc.com for Breaking News, World News, and News about the Economy
vendredi 21 août 2009
mardi 18 août 2009
Post-It (3)
Pour ceux qui veulent comprendre comment marchent les campagnes de désinformations des vieux médias américains destinées à formater l'opinion dans un sens toujours favorable aux conservateurs, un exemple saisissant (c'est toujours en gros le même schéma: des "corporates journalistes" relatent sans le dire des nouvelles (souvent fausses) scénarisées par des groupes d'intérêts). Ce phénomène est omniprésent.
Note: Greenwald en rajoute une couche sur un phénomène similaire: un lobbyist chevronné fait des éditoriaux et est reçu sur les plateaux télés comme s'il était un contributeur autonome au débat public.
Pour ceux qui veulent un résumé efficace sur les médias et la politique aux Etats-Unis, ces deux liens sont très efficaces.
Toujours Greenwald. Hier il attaque un ancien candidat à la présidentielle. Le candidat républicain se sent obligé de répondre. C'est assez inouï. Aujourd'hui Greenwald se demande ouvertement si sa réponse mérite une réponse. Il est devenu un des personnages les plus influents aux Etats-Unis, à la chasse des vampires de Washington avec son crucifix et son ail(il fallait oser la métaphore sur les vampires mais c'est le blogo ici: tout est permis). L'establishment est déstabilisé par Greenwald. La règle communément admise pour le moment semble être: "si vous êtes attaqué par Greenwald, répondez-lui" (c'est énorme comme impact). Je pense qu'ils vont assez vite passer à une autre stratégie qui sera d'essayer de l'ignorer. Il a tellement d'ennemis que des campagnes vont également être organisées contre lui. Etonnamment, pour l'instant, il y en a eu assez peu. Il fait peur. C'est très impressionnant.
Dur pour Obama. Encore une promesse de "faire de la politique autrement" qui n'aura pas survécu à quelques mois de pouvoir:
Frank Rich du NYT dénonce la corruption US en s'appuyant (beaucoup) sur Greenwald. Lecture fortement conseillée. Extraits:
But this mood isn’t just about the banks, Public Enemy No. 1. What the Great Recession has crystallized is a larger syndrome that Obama tapped into during the campaign. It’s the sinking sensation that the American game is rigged — that, as the president typically put it a month after his inauguration, the system is in hock to “the interests of powerful lobbyists or the wealthiest few” who have “run Washington far too long.” He promised to smite them.
The New Republic, l'équivalent démocrate du Weekly Standard, cire les pompes de l'axe Wall Street-Washington. Corporate cheerleading you can believe in!
Vous savez que le blogo accorde peu de crédits aux statistiques économiques car elles servent trop souvent des agendas politiques (la récession qui frappe l'Amérique au moment du 11 septembre n'a été "révélée" qu'après coup... on peut juger que c'était nécessaire, en tout cas, ça veut dire que la boîte de Pandore est grande ouverte). Je suis curieux de voir comment la croissance américaine va être révisée (dans les jours qui viennent) suite aux annonces positives de la France et de l'Allemagne... Les Etats-Unis tranquillement number 2? Nous verrons...
dimanche 16 août 2009
Inégalités
Captured
In many ways massive inequality is a symptom of an unjust system rather than something to be considered about in and of itself. Still, as we've seen recently it's rather obvious a wealthy class has managed to capture the apparatus of government for its own financial benefit.
L'article "linké" par Atrios est intéressant, il commente ce graphe:
Krugman sorti de la blogo compliant list? Non.
Ce genre de renvoi d'ascenseur est monnaie courante et il démontre s'il en était besoin à quel point les élites économiques américaines fonctionnent comme une caste. Pas étonnant que personne n'ait vu venir la bulle dans le monde journalistique ou académique: le conformisme prédomine. C'est aussi comme ça que j'explique le fait que Roubini ait été "seulement" prof à NYU: une critique radicale ne pouvait émaner des institutions "top tier" qui cautionnaient toutes le système. Plus un prof monte dans la structure et plus il est difficile pour lui de s'affranchir du politiquement correct.
De toute façon, la BCL est remplie de gens qui ont démontré par des déclarations ou des actes qu'ils semblaient avoir compris la radicalité de la cassure qui s'est produite. Pour beaucoup, ils sont loins d'avoir le couteau entre les dents. Donc Krugman reste sur la Blogo Compliant List, sachant qu'il a fait l'objet ici de louanges et de critiques virulentes.
vendredi 14 août 2009
Retour de vacances (post écrit mardi)
Cela fait maintenant deux ans que la crise a commencé. J'ai assisté à une conférence sur les produits titrisés basé sur des avions au printemps 2007. Dans une salle comprenant 200 à 250 personnes, un des intervenants a demandé à l'assistance combien de personnes anticipaient un retournement de la conjoncture en 2007. Trois ou quatre mains se sont levées. Il se trouve que l'organisme qui date les récessions aux Etats-Unis a fait démarrer celle-ci en décembre 2007. Après des années de record de prises de commande auprès d'Airbus et de Boeing, il pouvait sembler évident que le marché de l'aviation civile était chauffé à blanc. 1000 avions commandés par constructeur environ en 2005 et en 2006 alors que la capacité maximale de production n'avait jamais dépassé 500... Un avion à lui seul avait battu tous les records: le 787 de Boeing. Après plus de 15 ans sans avoir mené à bien un nouveau programme en partant d'une feuille blanche, Boeing allait simultanément révolutionner la technologie (composite) et la méthode de production (sous-traitance massive dans le monde entier, au Japon et en Italie notamment). Le tout en 4 ans. Toutes les compagnies aériennes du monde ont mordu à l'hameçon. L'Amérique toute puissante peut tout vendre, des avions en plastique au subprime, rien n'est impossible.
Il y a deux ans, la foi du Rest Of the World (ROW) dans l'hypercompétence américaine est totale. Oh bien sûr, il y a eu la guerre en Irak et il y avait George W. Bush. Mais déjà la vague républicaine était en retrait (perte de la majorité en 2006) et le vent politique a tourné. La guerre en Irak a déplu mais personne ne doute réellement du fait que les américains peuvent se la payer. Personne n'a encore compris que cette guerre est le symptôme du fait que la démocratie américaine est cassée. Depuis des décennies, l'extension du pouvoir des lobbies a fini par confisquer leur démocratie aux citoyens américains sans qu'ils en aient encore vraiment conscience. Cette conscience se forme en ce moment, dans la douleur comme il se doit.
Il faut dire qu'à l'époque, la vie est belle. La prospérité économique est réelle. Il est facile de trouver un emploi. Il est surtout extraordinairement facile d'emprunter. En attirant des ressources venues du monde entier, les élites américaines ont conçu un Ponzi scheme réellement prodigieux qui garantit au plus grand nombre un niveau de vie sans équivalent dans le monde. Evidemment, on peut d'ores et déjà se demander si les américains rembourseront un jour les sommes astronomiques qu'ils ont empruntées mais qui peut réellement mettre en doute l'hyperpuissance sans risquer le ridicule? (certains l'ont fait comme Emmanuel Todd).De quoi les citoyens américains peuvent-ils se plaindre? On leur prête sur leur bonne mine. En 1999, il faisait meilleur travailler pour Enron que pour EDF. Les américains travaillent métaphoriquement pour Enron: un système frauduleux et voué au crash mais qui rémunère beaucoup mieux que les alternatives. Les élites se rémunèrent grassement au passage avec du capital qui fait assez masse pour résister en partie à la crise qui vient (ce qui n'est pas le cas des américains dans leur ensemble) mais en tout cas, le confort est réellement partagé par presque tous.
Et peut-on blâmer les américains? Ces capitaux qui affluent vers eux sont la conséquence de leur domination de nos esprits. Le monde et les autres zones économiques n'auraient-elles pas dû échapper à cette logique du "winner takes all" qui les desservait évidemment? Fallait-il réellement des prix nobels d'économie dans les banques allemandes pour déterminer que les prix de l'immobilier aux Etats-Unis étaient aberrants? Non. Il fallait simplement plus de banquiers indépendant d'esprits qui n'aient pas l'impression de lire la vérité révélée dans les pages du triptyque (Wall Street Journal, The Economist et Financial Times). Si un pouvoir se déploie sans jamais rencontrer de contestation, il est normal qu'il devienne absolu puis corrompu. C'était la responsabilité du ROW de maintenir les Etats-Unis en respect et l'échec a été absolument lamentable. C'est toujours le cas aujourd'hui. La phase aigüe de la crise ne sera atteinte que quand le ROW tirera finalement les conséquences de l'ampleur du Ponzi Scheme américain. Pour l'instant, tout le monde tente de mettre la poussière sous le tapis et de faire comme si de rien n'était mais la conviction du Blogo et que le mal est trop profond pour que ces efforts inouïs suffisent à créer un nouvel équilibre sans qu'on passe par la case "réformes massives".
Car il ne faut pas se leurrer: la crise n'a donné lieu pour l'instant qu'à des réformes structurelles absolument risibles. Toutes les contraintes pesant sur les établissements financiers ont été relâchées contre absolument aucune concession en retour. Même le marché des CDS n'a pas évolué et fait l'objet d'une lutte aux coûteaux (ou au moins d'un débat) entre les lobbyists des banques et les hommes politiques (qui sont souvent les mêmes, c'est dire si le débat est compassé).
Et c'est tout le problème de la réaction des politiques à cette crise qui se pose désormais. Le système bancaire mondial a fait faillite. Il faut mesurer ce que cela représente pour le personnel politique. La plupart des politiques mondiaux (qui s'occupent de finance) lisent le Financial Times et The Economist. Autrement dit, ils n'ont aucune idée de ce qui se passe réellement. Steven Colbert se moquait de Fox News en disant: "On Fox News, you have both sides of every issue: the President side [Bush], and the Vice-President side [Cheney]". On pourrait dire la même chose du triptyque: " You have both sides of every issue, the Goldman Sachs side, and the Morgan Stanley side". Le pouvoir politico-financier qui a émergé ces trente dernières années a produit son propre discours auto-justificateur dont nous sommes abreuvés et dont nous acceptons, consciemment ou non, beaucoup de présupposés. La presse économique française a pour tête de file Les Echos qui appartient au même groupe que le Financial Times.
Que fallait-il faire? Beaucoup de gens pensent que les autorités américaines ont géré au mieux cette crise. Le triptyque nous dit que la seule erreur commise a été de laisser sombrer Lehman Brothers. (Ne pas sauver une bande de gars en costard Paul Smith? Quelle horreur!). C'est un sujet compliqué car nous laissons chaque jour au bord de la route des scénarios alternatifs sur lesquels nous ne saurons jamais rien en termes de résultats. Ce qu'on sait de façon certaine c'est que quand il s'est agi de faire quelque chose, une seule voie a été entendue par les responsables politiques : celle des banques. Le contrôle de l'exécutif américain par les banques (au moins sur le sujet des banques) est apparu au grand jour (cf Paulson et AIG) mais aussi du législatif car après avoir d'abord refusé de voter le TARP, les représentants politiques américains l'ont accepté à la condition qu'un septième de l'argent promis aux banques soit dépensé en plus pour leurs sponsors à eux (circonscriptions mais surtout lobbyists amis). Cela donne une idée du rapport de force. A noter que le Sénat s'est une fois de plus distingué par son caractère ridiculement pro-banques en autorisant le TARP immédiatement. On se demande bien ce que les sénateurs, ploutocrates parmi les ploutocrates ($8,9 millions en moyenne, 62% de millionaires contre 1% dans la population), auraient bien pu refuser à Wall Street.
Le pouvoir politique a également eu peur et les banques (Paulson en tête) ont tout fait pour les terroriser. D'abord en septembre, dans la panique, puis en mars en obtenant une reddition complète d'Obama avec une bourse tombée extrêmement bas (notamment les valeurs bancaires). Le relâchement des normes comptables a alors complètement détendu l'atmosphère. L'idée du blogo est que l'Etat, responsable en dernier ressort de la survie économique de la collectivité aurait dû nationaliser les banques. Il ne s'agissait pas d'une action mais plutôt d'un constat: les banques ont fait faillite. Leurs directions, leurs méthodes, leurs stratégies avaient conduit à un enrichissement sans borne puis à un échec patent qui condamnait le contribuable à casser des cailloux pendant des années (quelle que soit la méthode retenue pour aller de l'avant). Rechigner à épurer les banques fautives (criminelles souvent) n'était pas seulement un aveu de faiblesse politique, c'était aussi une simple erreur de gestion qui va poursuivre Obama pendant des mois ou des années selon la gravité de la crise. Le blogo pense toujours que le status quo et la renaissance des banques ne peut pas et ne va pas durer et, comme en juin 2007 j'ignorais que la crise allait faire les gros titres 2 mois plus tard, je ne serais pas étonné si nous étions assez proches d'évènements aussi spectaculaires. Je vais essayer d'étayer cette position dans les semaines qui viennent. A court terme, la stratégie d'Obama semble avoir fonctionné mais c'est un leurre.
Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit grand chose. La crise est entrée dans sa phase complexe. Avant (en 2007) il y avait une bulle de l'immobilier qui allait éclater. Le monde était simple. Désormais, la réalité et les scénarios possibles sont infiniment plus nombreux. Le but du blogo va donc être d'essayer d'interroger cette nouvelle réalité et d'essayer de déterminer quand et comment les choses vont brusquement s'aggraver. Il faut désormais partir du principe que les Etats, les banques centrales, les régulateurs et la presse économique conspirent à maquiller la réalité des pertes et de la solvabilité des Etats (à commencer par l'Etat américain) qui se sont portés garant d'absolument toutes les dettes pourries contractées pendant le boum. Les indicateurs seront notamment la facilité qu'auront les Etats à placer leur dette, la matérialisation de l'inflation longtemps annoncée (sur le blogo aussi) et toujours absente. L'idée de base est de ne faire confiance à personne. Le postulat est que les Etats (l'Etat américain en particulier) a pris en charge trop de risques et qu'avec la complicité d'un ROW vassal, tout va être entrepris pour que cette fiction perdure le plus longtemps possible en espérant qu'en faisant les équilibristes assez longtemps, le problème disparaîtra finalement sans que les élites responsables du marasme n'en soient affectées. Je postule donc que les Etats, les banques centrales, les banques (!) sont tous rentrés dans un jeu de poker menteur non pas par choix mais par obligation.
L'intérêt de l'Europe n'est pas évident. Le sens de l'histoire et sa diversité politique ne lui permet pas d'envisager un rôle hégémonique à l'américaine. On peut d'ailleurs se demander si elle doit embrasser le changement (la destitution des Etats-Unis pour un monde multi-polaire) ou si son intérêt est de rester le petit frère de l'empire (perd-elle plus d'influence en abandonnant le rôle de second de l'empire qu'elle ne gagnerait en partageant de manière égale avec le reste de la planète les prérogatives américaines?). De toute façon, l'heure n'est plus à pleurer sur le lait renversé et je pense pour ma part que l'Europe doit pousser dans le sens d'une nouvelle organisation mondiale. Pas par anti-américanisme mais parce que le système américano-centré NE MARCHE PAS*! Trop de capitaux sont détournés vers les Etats-Unis, la puissance militaire y est trop concentrée.
La vraie crise est donc devant nous. Ce que j'appelle la vraie crise n'est pas quantifiable par une chute du dow jones ou une baisse du dollar. C'est plus simple que ça. Deux éléments annonceront pour moi qu'on a passé la crise: la baisse de l'endettement américain (tout confondu) et la baisse du budget militaire. Tant que l'endettement continue (plus pour les particuliers mais par l'Etat pour soutenir essentiellement les banques) et que le budget militaire augmente, tant que le ROW n'aura pas dit non une bonne fois à l'Amérique, la situation ne pourra que s'agraver. Car c'est bien cela qui est testé: notre capacité à nous organiser collectivement au niveau mondial autrement qu'autour de l'hégémon. L'expérience de l'Union Européenne est très certainement digne d'intérêt dans cette perspective. Le système craque de toute part mais tant qu'on ne construira une alternative, la déliquescence et la faillite de la structure de pouvoir américaine peut nous entraîner très bas. Penser une seule seconde qu'elle va se réformer d'elle-même sans contrainte extérieure me paraît complètement irréaliste. Le retour sur terre risque cependant d'être douloureux et donc dangereux.
A la fin des fins, il faut que ces courbes baissent (bleue et verte - la rouge baisse déjà et il faudrait qu'elle monte...):
(comme pour toutes les images sur le blogo, cliquez pour agrandir)* Quelle ironie d'utiliser finalement contre l'empire l'argument (supposément pragmatique) qu'il a utilisé pendant des années pour justifier sa domination: mon système fonctionne mieux! Blair par exemple qui n'était "ni de droite, ni de gauche mais pour ce qui marche". Et bien il s'avère que ce qui marche ne marchait pas! How about that?



