mardi 25 août 2009

Mercenaires

Selon Jeremy Scahill sur "Real Time" de Bill Maher vendredi, il y a en Irak 130000 "private contractors" employés par 600 sociétés (sans doute pas tous des mercenaires mais en tout cas très majoritairement des gens qui auraient porté l'uniforme dans le passé). C'est équivalent au nombre de militaires (qui d'ailleurs ne devrait qu'à peine baisser en 2009, encore une arnaque d'Obama). Les morts ne sont pas comptabilisés par le Pentagon.

Aussi, il y a 70000 "contractors" en Afghanistan pour 48000 soldats américains.

Sous Obama (au second trimestre 2009) les effectifs de ces opérateurs privés ont augmenté de +23% en Irak et +29% en Afghanistan. Change you can believe in! C'est le moment où l'on se demande si prendre Obama pour un gars bien intentionné mais impotent (et, de plus en plus, ridicule) face à la corruption du système politique américain n'est pas tout simplement naïf* (c'est en gros la ligne du blogo depuis le début sur Obama - rappel: je soutenais John Edwards).

Le silence médiatique sur ce sujet est assourdissant. Je suis généralement prompt à critiquer la corruption endémique du monde journalistique mais en l'espèce, je ne pense pas qu'on puisse leur reprocher de ne pas prendre de risques sur leurs vies en évoquant cet aspect sinistre de la "démocratie" américaine car il semble que des gens critiques de Blackwater (rebaptisé Xe) aient en effet été éliminés. J'ai déjà parlé de ces problèmes sur le blogo mais trop peu car, comme tout un chacun, je suis victime du discours ambiant et si un sujet est globalement peu évoqué, cela se ressent aussi ici même s'il est important voire crucial comme en l'espèce. Même chose pour les statuts de la FED ou son audit. On finit par perdre de vue les choses vraiment importantes.

Il faut quand même marquer une pause et réfléchir aux implications qu'il y a pour un Etat à voir son armée partiellement privatisée (la chaîne de commande n'est plus constitutionnelle selon Scahill sans parler des aspects budgétaires avec par exemple l'ex-entreprise de Dick Cheney profitant des guerres de... Dick Cheney). A quand le coup d'état militaire "privé"? (s'il n'a pas déjà eu lieu.)

* John Pilger qui est un journaliste de gauche britannique respecté jette le doute ici sur la première occupation professionnelle d'Obama pour la société "Business International Corporation" qu'il présente comme ayant parfois servi de couverture à la CIA. Seulement "gentil Community Organizer" Obama? On sait au moins qu'il n'est pas un "Skull & Bones" (cette fraternité secrète de Yale compte de nombreux membres fondateurs de la CIA comme décrit dans le film "The Good Shepherd") car il n'a pas fait Yale. Il a plus classiquement été éditeur de la Harvard Law Review ce qui l'inscrit tout de même dans l'ultra-élite académique américaine (c'est le cas du 1/3 des juges de la cour suprême par exemple et j'apprends aussi sur wikipédia que c'est le cas d'Eliot Spitzer pour la petite histoire (client number 8)) mais sans le côté mystérieux et inquiétant d'un skull & Bones. A-t-il cotoyé les milieux du renseignement chez Business International Corporation? S'est-il construit un pedigree "CIA"? (voir entre 1:25 et 2:05, les 5 minutes en entier valent le coup ceci dit)
Et à ceux qui objecteraient que cela serait forcément sorti dans les médias lors de l'élection je répondrais simplement: think again!

lundi 24 août 2009

Ca passe ou ça casse

Il y a deux scénarios possibles pour l'économie mondiale:

1) L'édredon monétaire sous lequel les gouvernements et les banques centrales tentent de dissimuler les exactions bancaires tient le choc. La crise est longue et pénible mais les structures de pouvoir mondial perdurent à l'identique. Ca passe.

2) Les banques centrales n'arrivent pas à éponger les pertes (largement masquées) qui continuent à s'accumuler sans nouvelle crise financière et les grands déséquilibres mondiaux sont appelés à un rééquilibrage massif et rapide qui voit le rôle américain se normaliser. Ca casse.

Dans le premier cas les Etats-Unis continuent globalement à s'endetter. Dans le second cas, ils diminuent leur dette, contraints et forcés. A noter qu'un scénario où les Etats-Unis sont forcés de réduire leur endettement et où les européens peuvent continuer tranquillement semble improbable vu que les deux banques centrales sont sur la même ligne.

Suspense...

Précision: le blogo pense toujours que ça va casser même si je sous-estime pas la capacité d'enfumage de nos banques centrales.

dimanche 23 août 2009

Dylan Ratigan sur la Blogo Compliant List

J'avais vu son nom souvent sur le site de The Big Picture mais je n'avais jamais vu de vidéos avec lui. C'est un copain de Barry Ritholtz. Dylan Ratigan met en cause radicalement le système de représentation dans la "démocratie" américaine. Cela lui vaut d'entrer dans la BCL. Il ne lui reste plus qu'à dire que c'est une crise politique et pas une crise économique! Regardez à partir de la 6ème minute, cela commence par une analogie entre les Etats-Unis et Pompéi par Arianna Huffington, passionaria très bien fundée du web de gauche américain.

Sunday Plane Blogging

vendredi 21 août 2009

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir)

mardi 18 août 2009

Post-It (3)

Il n'y a jamais eu autant d'enclenchement de procédure d'éviction (foreclosures) qu'au mois de juillet aux Etats-Unis. 360000 (contre 60000 environ par mois en 2006). Pas exactement un signe de reprise.

Pour ceux qui veulent comprendre comment marchent les campagnes de désinformations des vieux médias américains destinées à formater l'opinion dans un sens toujours favorable aux conservateurs, un exemple saisissant (c'est toujours en gros le même schéma: des "corporates journalistes" relatent sans le dire des nouvelles (souvent fausses) scénarisées par des groupes d'intérêts). Ce phénomène est omniprésent.
Note: Greenwald en rajoute une couche sur un phénomène similaire: un lobbyist chevronné fait des éditoriaux et est reçu sur les plateaux télés comme s'il était un contributeur autonome au débat public.
Pour ceux qui veulent un résumé efficace sur les médias et la politique aux Etats-Unis, ces deux liens sont très efficaces.

Toujours Greenwald. Hier il attaque un ancien candidat à la présidentielle. Le candidat républicain se sent obligé de répondre. C'est assez inouï. Aujourd'hui Greenwald se demande ouvertement si sa réponse mérite une réponse. Il est devenu un des personnages les plus influents aux Etats-Unis, à la chasse des vampires de Washington avec son crucifix et son ail(il fallait oser la métaphore sur les vampires mais c'est le blogo ici: tout est permis). L'establishment est déstabilisé par Greenwald. La règle communément admise pour le moment semble être: "si vous êtes attaqué par Greenwald, répondez-lui" (c'est énorme comme impact). Je pense qu'ils vont assez vite passer à une autre stratégie qui sera d'essayer de l'ignorer. Il a tellement d'ennemis que des campagnes vont également être organisées contre lui. Etonnamment, pour l'instant, il y en a eu assez peu. Il fait peur. C'est très impressionnant.

Dur pour Obama. Encore une promesse de "faire de la politique autrement" qui n'aura pas survécu à quelques mois de pouvoir:


Frank Rich du NYT dénonce la corruption US en s'appuyant (beaucoup) sur Greenwald. Lecture fortement conseillée. Extraits:
But this mood isn’t just about the banks, Public Enemy No. 1. What the Great Recession has crystallized is a larger syndrome that Obama tapped into during the campaign. It’s the sinking sensation that the American game is rigged — that, as the president typically put it a month after his inauguration, the system is in hock to “the interests of powerful lobbyists or the wealthiest few” who have “run Washington far too long.” He promised to smite them.

The New Republic, l'équivalent démocrate du Weekly Standard, cire les pompes de l'axe Wall Street-Washington. Corporate cheerleading you can believe in!

Vous savez que le blogo accorde peu de crédits aux statistiques économiques car elles servent trop souvent des agendas politiques (la récession qui frappe l'Amérique au moment du 11 septembre n'a été "révélée" qu'après coup... on peut juger que c'était nécessaire, en tout cas, ça veut dire que la boîte de Pandore est grande ouverte). Je suis curieux de voir comment la croissance américaine va être révisée (dans les jours qui viennent) suite aux annonces positives de la France et de l'Allemagne... Les Etats-Unis tranquillement number 2? Nous verrons...

dimanche 16 août 2009

Inégalités

Atrios a un post qui ressemble à ce qu'on lit ici (pour sensibiliser le lecteur sur le fait que d'autres commentateurs relativement mainstream sont sur la même ligne que le Blogo - on se sent moins seul):

Captured
In many ways massive inequality is a symptom of an unjust system rather than something to be considered about in and of itself. Still, as we've seen recently it's rather obvious a wealthy class has managed to capture the apparatus of government for its own financial benefit.

L'article "linké" par Atrios est intéressant, il commente ce graphe:

Krugman sorti de la blogo compliant list? Non.

W. suggère que j'enlève Paul Krugman de la BCL (Blogo Compliant List). L'argument est clair: Krugman vient d'appeler au renouvellement du mandat de Bernanke et devinez qui est intervenu autour de 2000 pour obtenir au non-encore-nobélisé Krugman un poste extrêmement prestigieux à Princeton? Ben Bernanke.

Ce genre de renvoi d'ascenseur est monnaie courante et il démontre s'il en était besoin à quel point les élites économiques américaines fonctionnent comme une caste. Pas étonnant que personne n'ait vu venir la bulle dans le monde journalistique ou académique: le conformisme prédomine. C'est aussi comme ça que j'explique le fait que Roubini ait été "seulement" prof à NYU: une critique radicale ne pouvait émaner des institutions "top tier" qui cautionnaient toutes le système. Plus un prof monte dans la structure et plus il est difficile pour lui de s'affranchir du politiquement correct.

De toute façon, la BCL est remplie de gens qui ont démontré par des déclarations ou des actes qu'ils semblaient avoir compris la radicalité de la cassure qui s'est produite. Pour beaucoup, ils sont loins d'avoir le couteau entre les dents. Donc Krugman reste sur la Blogo Compliant List, sachant qu'il a fait l'objet ici de louanges et de critiques virulentes.

vendredi 14 août 2009

Let's try it again!

(cliquez pour agrandir)

Retour de vacances (post écrit mardi)

Bon, j'ai deux semaines de retard de lectures et je ne garantis pas que les nouvelles dans ce post seront de première fraîcheur. De plus, je suis dans le train sans internet ce qui est une excuse pour laisser vagabonder son esprit et ne pas faire de liens pour renforcer ses assertions. So here it is...

Cela fait maintenant deux ans que la crise a commencé. J'ai assisté à une conférence sur les produits titrisés basé sur des avions au printemps 2007. Dans une salle comprenant 200 à 250 personnes, un des intervenants a demandé à l'assistance combien de personnes anticipaient un retournement de la conjoncture en 2007. Trois ou quatre mains se sont levées. Il se trouve que l'organisme qui date les récessions aux Etats-Unis a fait démarrer celle-ci en décembre 2007. Après des années de record de prises de commande auprès d'Airbus et de Boeing, il pouvait sembler évident que le marché de l'aviation civile était chauffé à blanc. 1000 avions commandés par constructeur environ en 2005 et en 2006 alors que la capacité maximale de production n'avait jamais dépassé 500... Un avion à lui seul avait battu tous les records: le 787 de Boeing. Après plus de 15 ans sans avoir mené à bien un nouveau programme en partant d'une feuille blanche, Boeing allait simultanément révolutionner la technologie (composite) et la méthode de production (sous-traitance massive dans le monde entier, au Japon et en Italie notamment). Le tout en 4 ans. Toutes les compagnies aériennes du monde ont mordu à l'hameçon. L'Amérique toute puissante peut tout vendre, des avions en plastique au subprime, rien n'est impossible.

Il y a deux ans, la foi du Rest Of the World (ROW) dans l'hypercompétence américaine est totale. Oh bien sûr, il y a eu la guerre en Irak et il y avait George W. Bush. Mais déjà la vague républicaine était en retrait (perte de la majorité en 2006) et le vent politique a tourné. La guerre en Irak a déplu mais personne ne doute réellement du fait que les américains peuvent se la payer. Personne n'a encore compris que cette guerre est le symptôme du fait que la démocratie américaine est cassée. Depuis des décennies, l'extension du pouvoir des lobbies a fini par confisquer leur démocratie aux citoyens américains sans qu'ils en aient encore vraiment conscience. Cette conscience se forme en ce moment, dans la douleur comme il se doit.

Il faut dire qu'à l'époque, la vie est belle. La prospérité économique est réelle. Il est facile de trouver un emploi. Il est surtout extraordinairement facile d'emprunter. En attirant des ressources venues du monde entier, les élites américaines ont conçu un Ponzi scheme réellement prodigieux qui garantit au plus grand nombre un niveau de vie sans équivalent dans le monde. Evidemment, on peut d'ores et déjà se demander si les américains rembourseront un jour les sommes astronomiques qu'ils ont empruntées mais qui peut réellement mettre en doute l'hyperpuissance sans risquer le ridicule? (certains l'ont fait comme Emmanuel Todd).De quoi les citoyens américains peuvent-ils se plaindre? On leur prête sur leur bonne mine. En 1999, il faisait meilleur travailler pour Enron que pour EDF. Les américains travaillent métaphoriquement pour Enron: un système frauduleux et voué au crash mais qui rémunère beaucoup mieux que les alternatives. Les élites se rémunèrent grassement au passage avec du capital qui fait assez masse pour résister en partie à la crise qui vient (ce qui n'est pas le cas des américains dans leur ensemble) mais en tout cas, le confort est réellement partagé par presque tous.

Et peut-on blâmer les américains? Ces capitaux qui affluent vers eux sont la conséquence de leur domination de nos esprits. Le monde et les autres zones économiques n'auraient-elles pas dû échapper à cette logique du "winner takes all" qui les desservait évidemment? Fallait-il réellement des prix nobels d'économie dans les banques allemandes pour déterminer que les prix de l'immobilier aux Etats-Unis étaient aberrants? Non. Il fallait simplement plus de banquiers indépendant d'esprits qui n'aient pas l'impression de lire la vérité révélée dans les pages du triptyque (Wall Street Journal, The Economist et Financial Times). Si un pouvoir se déploie sans jamais rencontrer de contestation, il est normal qu'il devienne absolu puis corrompu. C'était la responsabilité du ROW de maintenir les Etats-Unis en respect et l'échec a été absolument lamentable. C'est toujours le cas aujourd'hui. La phase aigüe de la crise ne sera atteinte que quand le ROW tirera finalement les conséquences de l'ampleur du Ponzi Scheme américain. Pour l'instant, tout le monde tente de mettre la poussière sous le tapis et de faire comme si de rien n'était mais la conviction du Blogo et que le mal est trop profond pour que ces efforts inouïs suffisent à créer un nouvel équilibre sans qu'on passe par la case "réformes massives".

Car il ne faut pas se leurrer: la crise n'a donné lieu pour l'instant qu'à des réformes structurelles absolument risibles. Toutes les contraintes pesant sur les établissements financiers ont été relâchées contre absolument aucune concession en retour. Même le marché des CDS n'a pas évolué et fait l'objet d'une lutte aux coûteaux (ou au moins d'un débat) entre les lobbyists des banques et les hommes politiques (qui sont souvent les mêmes, c'est dire si le débat est compassé).

Et c'est tout le problème de la réaction des politiques à cette crise qui se pose désormais. Le système bancaire mondial a fait faillite. Il faut mesurer ce que cela représente pour le personnel politique. La plupart des politiques mondiaux (qui s'occupent de finance) lisent le Financial Times et The Economist. Autrement dit, ils n'ont aucune idée de ce qui se passe réellement. Steven Colbert se moquait de Fox News en disant: "On Fox News, you have both sides of every issue: the President side [Bush], and the Vice-President side [Cheney]". On pourrait dire la même chose du triptyque: " You have both sides of every issue, the Goldman Sachs side, and the Morgan Stanley side". Le pouvoir politico-financier qui a émergé ces trente dernières années a produit son propre discours auto-justificateur dont nous sommes abreuvés et dont nous acceptons, consciemment ou non, beaucoup de présupposés. La presse économique française a pour tête de file Les Echos qui appartient au même groupe que le Financial Times.

Que fallait-il faire? Beaucoup de gens pensent que les autorités américaines ont géré au mieux cette crise. Le triptyque nous dit que la seule erreur commise a été de laisser sombrer Lehman Brothers. (Ne pas sauver une bande de gars en costard Paul Smith? Quelle horreur!). C'est un sujet compliqué car nous laissons chaque jour au bord de la route des scénarios alternatifs sur lesquels nous ne saurons jamais rien en termes de résultats. Ce qu'on sait de façon certaine c'est que quand il s'est agi de faire quelque chose, une seule voie a été entendue par les responsables politiques : celle des banques. Le contrôle de l'exécutif américain par les banques (au moins sur le sujet des banques) est apparu au grand jour (cf Paulson et AIG) mais aussi du législatif car après avoir d'abord refusé de voter le TARP, les représentants politiques américains l'ont accepté à la condition qu'un septième de l'argent promis aux banques soit dépensé en plus pour leurs sponsors à eux (circonscriptions mais surtout lobbyists amis). Cela donne une idée du rapport de force. A noter que le Sénat s'est une fois de plus distingué par son caractère ridiculement pro-banques en autorisant le TARP immédiatement. On se demande bien ce que les sénateurs, ploutocrates parmi les ploutocrates ($8,9 millions en moyenne, 62% de millionaires contre 1% dans la population), auraient bien pu refuser à Wall Street.

Le pouvoir politique a également eu peur et les banques (Paulson en tête) ont tout fait pour les terroriser. D'abord en septembre, dans la panique, puis en mars en obtenant une reddition complète d'Obama avec une bourse tombée extrêmement bas (notamment les valeurs bancaires). Le relâchement des normes comptables a alors complètement détendu l'atmosphère. L'idée du blogo est que l'Etat, responsable en dernier ressort de la survie économique de la collectivité aurait dû nationaliser les banques. Il ne s'agissait pas d'une action mais plutôt d'un constat: les banques ont fait faillite. Leurs directions, leurs méthodes, leurs stratégies avaient conduit à un enrichissement sans borne puis à un échec patent qui condamnait le contribuable à casser des cailloux pendant des années (quelle que soit la méthode retenue pour aller de l'avant). Rechigner à épurer les banques fautives (criminelles souvent) n'était pas seulement un aveu de faiblesse politique, c'était aussi une simple erreur de gestion qui va poursuivre Obama pendant des mois ou des années selon la gravité de la crise. Le blogo pense toujours que le status quo et la renaissance des banques ne peut pas et ne va pas durer et, comme en juin 2007 j'ignorais que la crise allait faire les gros titres 2 mois plus tard, je ne serais pas étonné si nous étions assez proches d'évènements aussi spectaculaires. Je vais essayer d'étayer cette position dans les semaines qui viennent. A court terme, la stratégie d'Obama semble avoir fonctionné mais c'est un leurre.

Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit grand chose. La crise est entrée dans sa phase complexe. Avant (en 2007) il y avait une bulle de l'immobilier qui allait éclater. Le monde était simple. Désormais, la réalité et les scénarios possibles sont infiniment plus nombreux. Le but du blogo va donc être d'essayer d'interroger cette nouvelle réalité et d'essayer de déterminer quand et comment les choses vont brusquement s'aggraver. Il faut désormais partir du principe que les Etats, les banques centrales, les régulateurs et la presse économique conspirent à maquiller la réalité des pertes et de la solvabilité des Etats (à commencer par l'Etat américain) qui se sont portés garant d'absolument toutes les dettes pourries contractées pendant le boum. Les indicateurs seront notamment la facilité qu'auront les Etats à placer leur dette, la matérialisation de l'inflation longtemps annoncée (sur le blogo aussi) et toujours absente. L'idée de base est de ne faire confiance à personne. Le postulat est que les Etats (l'Etat américain en particulier) a pris en charge trop de risques et qu'avec la complicité d'un ROW vassal, tout va être entrepris pour que cette fiction perdure le plus longtemps possible en espérant qu'en faisant les équilibristes assez longtemps, le problème disparaîtra finalement sans que les élites responsables du marasme n'en soient affectées. Je postule donc que les Etats, les banques centrales, les banques (!) sont tous rentrés dans un jeu de poker menteur non pas par choix mais par obligation.

L'intérêt de l'Europe n'est pas évident. Le sens de l'histoire et sa diversité politique ne lui permet pas d'envisager un rôle hégémonique à l'américaine. On peut d'ailleurs se demander si elle doit embrasser le changement (la destitution des Etats-Unis pour un monde multi-polaire) ou si son intérêt est de rester le petit frère de l'empire (perd-elle plus d'influence en abandonnant le rôle de second de l'empire qu'elle ne gagnerait en partageant de manière égale avec le reste de la planète les prérogatives américaines?). De toute façon, l'heure n'est plus à pleurer sur le lait renversé et je pense pour ma part que l'Europe doit pousser dans le sens d'une nouvelle organisation mondiale. Pas par anti-américanisme mais parce que le système américano-centré NE MARCHE PAS*! Trop de capitaux sont détournés vers les Etats-Unis, la puissance militaire y est trop concentrée.

La vraie crise est donc devant nous. Ce que j'appelle la vraie crise n'est pas quantifiable par une chute du dow jones ou une baisse du dollar. C'est plus simple que ça. Deux éléments annonceront pour moi qu'on a passé la crise: la baisse de l'endettement américain (tout confondu) et la baisse du budget militaire. Tant que l'endettement continue (plus pour les particuliers mais par l'Etat pour soutenir essentiellement les banques) et que le budget militaire augmente, tant que le ROW n'aura pas dit non une bonne fois à l'Amérique, la situation ne pourra que s'agraver. Car c'est bien cela qui est testé: notre capacité à nous organiser collectivement au niveau mondial autrement qu'autour de l'hégémon. L'expérience de l'Union Européenne est très certainement digne d'intérêt dans cette perspective. Le système craque de toute part mais tant qu'on ne construira une alternative, la déliquescence et la faillite de la structure de pouvoir américaine peut nous entraîner très bas. Penser une seule seconde qu'elle va se réformer d'elle-même sans contrainte extérieure me paraît complètement irréaliste. Le retour sur terre risque cependant d'être douloureux et donc dangereux.

A la fin des fins, il faut que ces courbes baissent (bleue et verte - la rouge baisse déjà et il faudrait qu'elle monte...):
(comme pour toutes les images sur le blogo, cliquez pour agrandir)
* Quelle ironie d'utiliser finalement contre l'empire l'argument (supposément pragmatique) qu'il a utilisé pendant des années pour justifier sa domination: mon système fonctionne mieux! Blair par exemple qui n'était "ni de droite, ni de gauche mais pour ce qui marche". Et bien il s'avère que ce qui marche ne marchait pas! How about that?

Le puzzle chinois

Un des défis de la rentrée pour le Blogo est de se faire une opinion sur ce qui se passe en Chine. La plupart des sujets économiques sont traités de manière consternante par les commentateurs mais la Chine est une boîte noire sans équivalent. Elle a ceci d'intéressant qu'elle est devenue la béquille économique des Etats-Unis. Si elle casse maintenant, c'est l'économie mondiale qui devra être réorganisée. Pourtant, il est très difficile de se faire une idée sur ce qui s'y passe réellement et quand on voit ce à quoi la supposée "transparence" américaine a abouti, on se demande bien ce que nous réserve l'opacité chinoise.

Il semble que le gouvernement ait récemment lancé un stimulus dont une partie a servi à alimenter une bulle spéculative sur la bourse et l'immobilier. 15% du trillion de dollars dépensé aurait été détourné pour alimenter la bourse car le gouvernement serait incapable d'exercer le contrôle suffisant pour obliger les sociétés à respecter les directives gouvernementales (ce qui nous dévoile déjà une certaine faiblesse de l'Etat supposé être la clé de voûte de l'économie mondiale). D'où venait ce trillion? On nous dit que les chinois sont les fourmis et qu'ils ont fait des économies en période faste. Très bien mais ces économies sont pour une part importante en bon du trésor américain et ils ne peuvent donc pas les vendre sinon le Ponzi Scheme US s'effondre. Qui plus est, ils vont devoir augmenter leurs achats de dette US s'ils veulent laisser aux Etats-Unis une petite chance de s'en sortir. Alors d'où vient l'argent? On doit croire qu'il se trouvait là, prêt à être employé. Très bien. Mais il y a une moindre croissance en Chine aussi (cf électricité et importation de pétrole, les stats officielles sont moins claires). Alors d'où viendra l'argent pendant les quelques années où les Etats-Unis vont en avoir besoin? Et pour les stimulus nécessaires pour maintenir la croissance au-dessus de 8% comme on nous explique qu'il est impératif pour cette économie (encore un axiome absolument ridicule qui pollue le discours et qui fait immédiatement penser au "les prix de l'immobilier ne baissent jamais aux Etats-Unis" qui a rendu la crise possible), qui va payer?

Nous somme censés croire que la Chine va, avec ses petits bras musclés (son PIB n'a dépassé que récemment celui de l'Allemagne), sauver le monde à coup de trillions de stimulus à usage interne et de centaines de milliards d'obligations américaines. Le bullshit detector du Blogo commence à s'exciter mais je dois dire que je n'ai pas encore d'opinion définitive sur la question. Il y a une chose qui est sûre: ce n'est pas avec ses réserves en devise que la Chine finance son stimulus. Si cette politique était ne serait-ce qu'annoncée, cela ferait crasher le dollar à 0.50€ en 15 jours.

La Chine me semble jouer pour les Etats-Unis un rôle un peu similaire à celui qu'avait joué l'auditeur unipersonnel de Madoff: celui de la boîte noire qui permet de faire croire à la pérennité à long terme du Ponzi Scheme. Si, comme je l'envisage, le soutien financier de la Chine aux Etats-Unis est financé par une création monétaire aussi éhontée qu'aux Etats-Unis, alors la boucle est bouclée et le tic tac de la bombe à retardement va commencer à s'entendre de plus en plus distinctement au fur et à mesure que ces deux pays vont s'enfoncer dans la crise (les recettes fiscales doivent bien baisser en Chine également...).

C'est là que le Blogo a un petit avantage sur le reste du commentariat économique. Qui va en effet réellement prendre comme hypothèse de départ que la Chine et les Etats-Unis sont tous deux arc-boutés sur une politique monétaire intenable car ils sont pris au piège et que ni l'un ni l'autre ne peuvent se permettre d'avouer à leurs populations qu'il les a complètement planté? L'hypothèse est que ces deux pays ne sont pas dirigés par des gens compétents et soucieux du bien être de leurs concitoyens mais par des bandits en cavale qui n'ont de vrais soucis que d'effacer la trace de leurs exactions (le blogo a déjà depuis longtemps rendu ce verdict en ce qui concerne les Etats-Unis bien évidemment mais pour la Chine, il ne s'agit que de suspicions). Et si des Etats maîtrisant la création monétaire et prêts à toutes les compromissions marchent tous les deux dans la combine, comment ces problèmes peuvent-ils finir par faire surface? Comment les problèmes apparaissent-ils quand le comptable est dans la combine? Je n'ai pas la réponse mais j'imagine que c'est par la crise monétaire.

Note: un élément de la fiche wikipédia de Henry Paulson (l'homme au téléphone, ancien CEO de Goldman Sachs) m'a toujours surpris. Dans sa période où il était chez Goldman Sachs, il est rapporté qu'il s'est rendu 70 fois en Chine et qu'il est un grand ami des dignitaires chinois (on dit dans le Daily Telegraph 70 fois durant sa carrière, j'avais le souvenir que c'était 70 fois pendant qu'il était CEO ce qui serait inouï: sur 7 ans seulement - je l'avais vu parler à une conférence et c'est peut-être de là que je tiens l'info) . Si la Chine est allée à l'école Paulson, on peut s'attendre au pire. J'ai toujours été frappé par le caractère "génération spontanée" de la relation économique entre la Chine et les Etats-Unis. On nous la présente toujours comme un état de fait mais jamais comme un choix politique. On est censé l'accepter comme évidente au même titre que le soleil ou la lune. Et pourtant, les trillions n'ont pas volé au-dessus du pacifique sans que de part et d'autre il n'y ait eu une stratégie. Il y forcément eu des accords, un projet. Qui a proposé au peuple chinois de participer au Ponzi Scheme américain? Qui a proposé aux américains d'envoyer leurs capacités de production en Chine? Ou bien tout cela s'est-il réglé lors d'un ball-trap entre Paulson et un haut dignitaire chinois, "James Bond style"? Stay tuned.
(On en est pas loin: Paulson has been described as an avid nature lover. He has been a member of The Nature Conservancy for decades and was the organization's board chairman and co-chair of its Asia-Pacific Council. In that capacity, Paulson worked with former President of the People's Republic of China Jiang Zemin to preserve the Tiger Leaping Gorge in Yunnan province.)

Note 2: Etonnant comme les gouvernements américains et chinois arrivent à stimuler la bourse ou les prix de l'immobilier sans qu'il n'y ait pour autant d'inflation généralisée. La création monétaire est massive comme dans la période 2000-2007 aux Etats-Unis, l'asset bubble gigantesque, mais les prix à la consommation restent contenus. Il est clair en même temps qu'en donnant directement des milliards aux banques, ces milliards impactent directement leurs valorisations boursières (le point bas du mois de mars était surtout dû au fait que les banques commençaient à se rapprocher de plus en plus de zéro).

Bernanke complice de la bulle immobilière

En 2005, n'importe quel observateur de bonne foi aurait dû s'insurger sur les excès de certains marchés régionaux (Californie au moins). La question est précisément posée à Bernanke dans ce clip et il est extrêmement rassurant. Je dis souvent que les médias ont rassuré les gens en disant qu'il n'y avait pas de bulle dans l'immobilier mais ils n'ont fait finalement que répéter ce que disait la FED. Alors Bernanke, menteur ou imbécile? Le blogo dit menteur. The housing bubble is not a bug, it's a feature. (Via The Big Picture, aussi un recueil des déclarations de Bernanke sur la période ici)
Pour comprendre mon scepticisme sur la bonne foi de Bernanke voir les deux graphes suivants (NYT actualisé par TBP puis Calculated Risk):

Pour mémoire:Le pouvoir est évidemment du côté du premier. C'est tout le problème.

Y a Paulson au téléphone!

Durant la semaine cruciale où le sauvetage d'AIG a été décidé (donc en loucedé de Goldman Sachs qui a récupéré $13 milliards dans l'affaire) en septembre 2008, Paulson, Secrétaire au Trésor, a eu le CEO de GS 24 fois au téléphone de son bureau (on ne sait pas pour les portables où le domicile). Cet article de Gretchen Morgenson dans le NYT révèle la promiscuité entre l'ancien et le nouveau CEO de la firme, Lloyd Blankfein. Un scandale absolument sans nom. On touche là à l'épicentre de la corruption endémique qui frappe la politique américaine. Un soir, Paulson racroche d'un appel avec Bush et il appelle immédiatement Blankfein. Le lendemain, il arrive au bureau à 6H55 et il appelle... Blankfein. Pour commencer la journée d'un bon pied. Plein de détails consternants dans l'article. Ce n'est pas vraiment une nouvelle, il suffisait de voir le résultat pour imaginer que ce genre de contacts avaient eu lieu et que ce genre de relations existaient. Connaître les détails glace cependant un peu plus le sang.

Note: Henry Paulson était CEO de Goldman Sachs jusqu'en 2006 et il est ensuite devenu ministre des finances. A ce moment là, Lloyd Blankfein a pris sa place à la tête de Goldman. Ils ne pouvaient théoriquement se parler que s'ils y étaient autorisés par une dérogation qui a effectivement était accordée cette semaine là. Les contacts ont cependant été nombreux précédemment. Les apparences étaient en gros maintenues mais dès que la tempête s'est levée, toutes les digues ont sauté et l'axe Paulson-Blankfein s'est matérialisé: du béton armé.

Friday Plane Blogging

Retour sur l'article de Matt Taibbi

Critique positive dans la CJR (Columbia Journalism Review) avec un peu de recul de l'article assassin de Matt Taibbi sur Goldman Sachs. La description de la réaction outragée des vieux médias face à l'article est attendue mais amusante. Occasion pour le journaliste de préciser que la CJR touche $25000 de GS pour organiser un évènement annuel (rien de très surprenant).

Extraits:
"Conventional business-press investigations focus too often on marginal infractions, rulebreaking within the game, and too rarely on the game itself."
Mon expérience lors d'une discussion récente avec un journaliste. Il était friand d'affaires à la Kerviel mais n'avait aucun intérêt pour le fait que le système dans sa globalité soit à bout de souffle car corrompu jusqu'à la moëlle. Talk about missing the big story!

"One upside of Taibbi’s approach is its rejection of the false notion peddled by Wall Street and its defenders that crises are like natural disasters, unpreventable and uninfluenced by important actors, political and financial."

Mot pour mot l'argumentaire du blogo.

The lesson of Taibbi is that if conventional business journalism is unwilling or unable to step back and take in the sweep of this crisis, and the systemic distortions that underlie it, somebody else will.

Cette mise en garde ne sera pas écoutée par l'establishment journalistique. Espérons qu'elle s'avèrera prophétique.

Post It (2)

Le NYT encense le 7 août l'équipe économique qui a géré la crise de Paulson à Geithner. Le "rush to judgment" est toujours pathétique. Le cheerleading maximal. Un pouvoir en marche...

Les Etats-Unis en Afghanistan: $65 milliards dépensés en 1 an soit plus de 5 fois le PIB du pays ($12,5 milliards). Et c'est sans compter les dépenses de la coalition. Une guerre à laquelle les américains sont opposés à 54% contre 41% (CNN). Par ailleurs, il y a eu 39 morts américains en juillet en Afghanistan, le record depuis 2001.

Un petit tour dans le monde merveilleux du Commercial Real Estate en Californie:

Le feu a tous les étages. Cet article du Wapo explique comment les Etats américains sont "sous l'eau" d'un point de vue bugdgétaire et ne s'en sortent que grâce à l'Etat Fédéral. Beaucoup de municipalités ont aussi des difficultés. Alors l'Etat va augmenter ses déficits, l'Asie va les financer mais un jour, la bulle de la "solvabilité infinie" qu'on prête aux Etats-Unis va bien finir par éclater.

Tout le monde a raison

Le commentariat économique a quelque chose de "l'école des fans" en ce moment: tout le monde a gagné. La bourse reste l'indicateur qui est le plus corrélé avec le moral des ménages et qui donne le la de l'appréciation de l'économie en général. Les variations ont été telles récemment que les pessimistes ont raison (la crise est majeure) mais les optimistes aussi (le rebond est spectaculaire). Les optimistes sont évidemment toujours structurellement massivement surreprésentés dans les vieux médias, sponsorisés qu'ils sont par les pouvoirs de tout poil toujours prompts à chanter leurs propres louanges et leur infaillibilité sans oublier de s'exonérer de toute responsabilité quand tout va à vau-l'eau.

jeudi 13 août 2009

Post-It (1)

Je vais faire pas mal de "post-it" dans les jours qui viennent alors je les numérote pour qu'il n'y ait pas de confusion. Ces trois entrées ont été écrites il y a trois semaines.

Glenn Greenwald: Professor Nouriel Roubini argues in a New York Times Op-Ed today that actions by the Federal Reserve over the last nine months helped avert a Depression, while former Governor Eliot Spitzer said this week that the Fed has turned into a "Ponzi scheme" that relies on insider dealing and requires vastly increased scrutiny. Those claims aren't mutually exclusive. Indeed! Surtout, le "help avert a depression" nécessiterait un "so far". Bernanke a probablement posé les jalons de quelque chose de bien plus grave dans quelques mois, après que la force corrosive de ses interventions (ie: plus rien ne vaut plus rien) ait déstabilisé tout le système économique dans la masse. Les interventions de Bernanke se résumeront dans quelques années, non pas à avoir évité les problèmes, mais à avoir fait l'autruche quelques mois/années de plus qui auront à n'en pas douter été destructrices. Elles auront permis à quelques banquiers de "party like it's 2006!". Merci pour eux Ben...

Il y a assez de maisons vides aux Etats-Unis pour loger la population du Royaume-Uni (18,7 millions). Les miracles de l'allocation de capital "à l'américaine".

mardi 11 août 2009

L'ère du grand cover-up (dissimulation)

Atrios nous rappelle pour la n-ième fois que le Commercial Real Estate (CRE) est prêt à s'effondrer. Il s'agit de l'immobilier d'entreprise qui a connu des excès similaires à l'immobilier des particuliers mais dont les obligations pourries résultantes ont commencé à virer à l'aigre plus tardivement*. Déjà évoqué dans le blogo notamment ici et .

Le mécanisme est très similaire au subprime dans son inéluctabilité mais désormais, les Etats, les régulateurs et les banques centrales sont prêts: toutes les structures permettant d'amortir le coup sont en place. Au fur et à mesure que ces obligations ne paieront plus, il se trouvera toujours une banque centrale complaisante pour prendre en pension les titres vérolés, un régulateur pour assouplir ici et là les règles comptables et des Etats prêts à gager l'argent du contribuable pour éviter encore quelques mois d'avoir à prendre leurs responsabilités et de réformer radicalement le système financier vermoulu qui nous a amené jusque là.

Ce faisant, les établissements financiers qui auraient dû normalement prendre de plein fouet la dépréciation de ces actifs vont pouvoir faire bonne figure (et incidemment distribuer des bonus). La machine est en place. Le maquillage de pertes privées en ligne d'écriture dans la comptabilité publique (sans aucun financement à l'horizon) a désormais atteint son rythme de croisière. CDS foireux? No problem! CRE qui explosent? Bring them on! La réalité économique a été abolie. Pour combien de temps?

Les structures actuelles de l'économie mondiale ont quelque chose de Freddie Mercury:
"Inside my heart is breaking,
My make-up may be flaking,
But my smile, still, stays on!"


* le décalage entre l'immobilier d'entreprise et l'immobilier résidentiel est logique: la crise a d'abord impacté le consommateur en l'empêchant de se refinancer (une n-ième fois), celui-ci a levé le pied sur la consommation, les entreprises s'en sont alors ressenties ce qui a finalement impacté l'immobilier commercial. La crise financière a d'abord donné un coup d'accélérateur au tout mais mais ses effets ont été rapidement limités par l'abolition de la réalité économique par les gouvernements.

dimanche 9 août 2009

Capco?

Capco? Il s'agit d'une structure créée en 2003 par 13 banques dont Lehman Brothers. Pourquoi en parler maintenant? Il semble que cette structure ait $150 millions d'actifs à mettre en face de 11 milliards de passifs divers. Un mini AIG en quelque sorte.

Je ne cite pas beaucoup Donald Rumsfeld sur le blogo mais il avait fait des distinctions intéressantes entre les différents types d'inconnues auxquelles était confronté le département de la défense dans son aventure irakienne:
"There are known knowns. There are things we know that we know. There are known unknowns. That is to say, there are things that we now know we don’t know. But there are also unknown unknowns. There are things we do not know we don’t know."

Quelles sont les "unknown unknowns" de la crise financière? CAPCO rentrerait clairement dans cette catégorie. Tous conspirent aujourd'hui à mettre la poussière sous le tapis. Les gouvernements du monde entier ont érigé cette technique ménagère en méthode de gestion de la crise et ils sont prêts à tout mettre en oeuvre pour que les problèmes soient camouflés le plus longtemps possible. De concert avec les banques centrales, les gouvernements font tout pour brouiller la piste des responsabilités.

Les journalistes économiques, en plus d'être corrompus, n'ont tout simplement pas les ressources en homme qui seraient nécessaires à décortiquer le système. Il est tout à fait possible que nous passions à côté d'histoires majeures et que les spotlights soient dirigés vers des diversions sans intérêt (on pense à l'encre qui a coulé sur les $165 million de bonus d'AIG alors même que la vraie histoire était que l'entreprise bénéficiait de plus d'une centaine de milliards de renflouement dont $13 milliards passaient directement à Goldman Sachs et beaucoup incidemment à des banques françaises).

On pouvait avant compter sur l'aspect révélateur de la faillite mais désormais, le gouvernement et les banques centrales peuvent prévenir ces faillites sans même en tenir informés les citoyens (cf le TARP qui a été remboursé aux profits de moyens d'aides plus "furtifs"). Le brouillard n'a jamais été aussi épais. Face à la crise, les gouvernements ont choisi l'option de l'écran de fumée. Les banques ont créé une réalité tellement grave qu'elles ont obligé les banques centrales et les gouvernements à les aider à la maquiller.

Exemple de "Things we now know we don't know": la FED a augmenté son bilan de 2 trillions depuis le début de la crise sans que l'on sache quelles banques en ont bénéficié pour quels montants.
"Things we do not know we don't know": CAPCOs et autres facéties des banques d'investissement américaines.

vendredi 7 août 2009

Friday Plane Blogging

Approche de Chicago.

mercredi 5 août 2009

Greenwald et les "Corporate Media"

A la suite de la publication d'un article dans le NYT qui se voulait peu polémique décrivant les relations entre Newscorp et MSNBC, Glenn Greenwald a fait une explication de texte qui sème la panique au sein de NBC/MSNBC/GE. Il semble que Charlie Rose* ait fait les bons offices en mai entre GE et Newscorp en réunissant les CEOs autour d'une table. Il a été convenu lors de cette réunion que les attaques de Keith Olbermann (MSNBC) contre Bill O'Reilly (Fox News) cesseraient. En échange, O'Reilly cesserait de son côté de critiquer GE. Les corporate media dans leurs oeuvres: on ne va quand même pas se mettre des bâtons dans les roues puisqu'on est finalement tous du même bord...

Et Greenwald d'attaquer impitoyablement tous les acteurs de cette farce en se faisant une fois de plus le héraut des idéaux démocratiques foulés au pied quotidiennement par les élites américaines dans l'indifférence la plus totale. Et ça fait mal. Déjà, un contributeur de MSNBC a perdu son job (Richard Wolffe): Greenwald demande est-il normal qu'un "analyste politique" de MSNBC soit employé d'une société de PR pour grandes entreprises? Il suffit que la question soit posée pour que la réponse évidente ait entraîné la chute de l'intervenant. Encore faut-il qu'il y ait l'internet et que Greenwald soit là pour poser cette question. Il y a eu ensuite un pushback contre Greenwald avançant qu'il n'y avait pas de bases factuelles à ses accusations (il ne faisait que citer un article du NYT qui était en fait attaquer). Il semble qu'il ait reçu beaucoup de courrier lui demandant de revenir sur ses positions. C'est là qu'il a été secouru par Olbermann lui-même qui a dit qu'il n'avait pas passé d'accord avec Fox News (laissant entendre qu'on lui avait simplement ordonné de cesser les attaques et qu'il s'était exécuté en tant qu'employé - l'accord avait eu lieu au sommet). Greenwald a donc réussi à faire tomber Olbermann de son côté. Un présentateur star de MSNBC est désormais en porte-à-faux avec sa direction car Greenwald s'en est mélé. Le pouvoir de Greenwald s'affermit sans cesse et il est en passe de devenir l'un des individus les plus puissants du paysage médiatique. Sa force? Etre celui qui dit la vérité alors que le mensonge est devenu la norme. Etre celui qui s'en tient aux grands principes fondateurs de la démocratie américaine alors que ces grands principes, s'ils étaient respectés, conduiraient à l'incarcération de milliers de membres de la classe dirigeante américaine (guerre d'agression, torture, subprime...). Dans un cadre où la lâcheté ordinaire devient le ciment d'une société malade, l'émergence de Greenwald comme justicier solitaire est un vrai signe d'espoir que nous devons à l'internet.

Nos médias ont des rapports tellement incestueux avec les pouvoirs politiques et économiques que la simple énonciation des connexions entre les différents acteurs suffit à dévoiler le discours médiatique pour ce qu'il est: une vaste tartufferie. Je dis souvent que la situation américaine est pire et je le crois globalement mais je dois dire que la France est un bon exemple de ridicule et de servilité. On pense à Bouygues (qui comme GE dépend pour une part importante de contrats publics) comme illustration criante de cette dérive mais il y en a tellement d'autres (dénoncées déjà par Serge Halimi dans les années 90 dans "Les Nouveaux Chiens de Garde")...

Heureusement il y a l'internet et on peut espérer que les années qui viennent nous apportent une "Greenwaldisation" des esprits, qu'assez de citoyens avertis prennent conscience du caractère dérisoire des "garanties journalistiques" que leur promettent les corporate media pour qu'ils écoutent d'autres voix indépendantes capables de faire tomber des têtes et d'instiller la peur chez ces petits marquis poudrés qui nous abreuvent de leurs inanités depuis beaucoup trop longtemps.

Note: Un scandale a également atteint le Washington Post le mois dernier. Le journal proposait d'organiser des meetings "off the record" entre des membres de l'administration Obama et des responsables du Health Care. Moyennant finance évidemment. Vous avez dit "corporate media"?

Et la crise dans tout ça?

La situation est grave, mon dernier post un peu substantiel date du 23 juillet... J'entends déjà le lecteur désabusé:

"Le Blogo fait une pause mais la crise, elle, elle fait une pause peut-être?"

Et bien il semble précisément que oui! Ne vous en faites pas cependant: vous êtes bien sur le site le plus pessimiste du web sur la situation économique et ne comptez pas sur le blogo pour rester inerte alors que la situation s'améliore en contredisant au passage toutes ses prévisions apocalyptiques. Je vais continuer à apporter ma pierre à la morosité ambiante en faisant tout à ma modeste échelle pour qu'elle ne se transforme pas en neutralité voire (horreur!) en optimisme.

El Blogo: l'envers du décor

Publicité gratuite pour Asus. Je suis depuis quelques jours l'heureux (en gros...) possesseur d'un EEEPC 1101HA. A 400€, c'est une nouvelle génération de mini-PC (à la FNAC depuis vendredi) avec une puce atom Z520, 1Go de ram, 9,5 heures d'autonomie, un clavier de taille normal, un écran de 11,6 pouces avec une résolution de 1366x768. Il est pratique mais les capacités vidéos sont très nulles. Je ne l'achetais pas pour ça mais il aurait quand même été agréable de pouvoir regarder un fichier vidéo standard (un film de 700Mo) sans noter de dégradation sensible par rapport à mon vieux portable qui a 7 ans!

El Blogo, en route vers la gloire

Les lecteurs de la première heure se souviennent de mes émotions à la faveur de l'évolution du référencement Google du Blogo. J'avais considéré comme une grande victoire le fait qu "El Blogo" apparaisse en premier quand on le recherchait sur Google France. Il faut préciser que "blogo" n'est pas l'espagnol pour "blog" et que la concurrence n'est donc pas énorme (la consonance espagnole réduit tout de même l'utilisation pour un blog en français).

Bref, la nouvelle du jour est que la recherche "El Blogo" sur Google US renvoie désormais le blogo en premier résultat...

Note: La prochaine étape est que le premier résultat de la simple recherche "blogo" renvoie ici sur Google France, puis sur Google US. La lutte continue...

lundi 3 août 2009

Peu de posts

Le Blogo est un peu vide en ce moment. C'est dû à la période estivale: le nombre de posts par jour est en gros proportionnel à la distance qui me sépare d'une piscine. Je n'ai jamais essayé de contrôler la quantité de posts depuis le début (pas d'objectifs en termes de quantité ni de régularité) mais cette période de basses eaux ne durera pas toujours. Donc: stay tuned!

vendredi 31 juillet 2009

Friday Plane Blogging

A380 en croisière à nouveau.

lundi 27 juillet 2009

Bailout 101

Le sauvetage des banques illustré.

vendredi 24 juillet 2009

jeudi 23 juillet 2009

Post-It

Dites-moi que je rêve. S&P a baissé la note d'obligations basées sur de l'immobilier commercial de AAA à BBB- (un gouffre) il y a quinze jours mais vient de revenir en arrière. WTF? Et tous les investisseurs et les gouvernements du monde continuent comme des moutons à faire de ces ratings la pierre angulaire de leurs interventions sur les marchés à commencer par leurs appréciations sur la dette souveraine qui va être un élément décisif de la crise dans le futur. Plus ici.

The Economist évalue les dommages que la crise a infligé à la théorie économique. Verdict: les économistes doivent remettre leur ouvrage sur le métier pour se reconstituer une crédibilité. En vérité selon le Blogo, la crise n'a fait que valider le B-A BA de la théorie économique: une politique monétaire laxiste conduit à une "asset bubble". Cela n'a rien de particulièrement étonnant. On nous fait croire que tout est remis en cause mais il n'en est rien. Il suffirait que les économistes soient indépendants pour qu'ils percent ces mystères à jour en deux temps trois mouvements. La vérité est très simple: les universités, les journaux et les spécialistes de l'économie sont contrôlés d'une manière ou d'une autre par des intérêts qui s'efforcent de cantonner le discours à une approche naïve de l'économie. L'économie est supposément livrée à des forces indomptables qui comme les caprices de la météo ne peuvent réellement être maîtrisées.
La théorie économique ne pourra être complète et utile tant que l'on se s'autorisera pas à examiner la présence de comportements évidemment délictueux et de manipulations grotesques au plus haut niveau. Tant que cela ne fera pas partie du champ de l'envisageable et du questionnement, l'analyse des phénomènes économiques que nous traversons restera toujours aussi indigente que le coyote face au road runner. Que le discours sur l'économie soit contrôlé par ceux qui contrôlent l'économie est une évidence qui n'est jamais apparue aussi clairement que dans la période récente. Tant que cela ne sera pas reconnu, analysé et qu'il n'y sera pas remédié par des citoyens soucieux de contrôler leur destinée, les mêmes phénomènes ridicules seront voués à se reproduire à l'infini. Prenez 100 esprits brillants et donnez leur les moyens d'être indépendants d'une université, d'un Etat ou d'une banque et ils auront vite fait de résoudre le problème de ces afflictions récurrentes de nos économies. Le pouvoir qu'ils auront dès lors rendu aux citoyens, il est certain qu'ils l'auront enlevé quelque part.

Les nouvelles vont rarement dans ce sens alors il faut le souligner: Obama a gagné le combat pour limiter le nombre de F22 dans l'armée de l'air US. Il s'agit du "nouveau" (guillemets car le programme a commencé il y a bien longtemps) chasseur américain hors de prix adapté à la guerre froide et qui n'a été utilisé ni en Irak, ni en Afghanistan (selon Robert Gates). C'est une victoire contre le complexe militaro-industriel même si le budget va supposément aller à des avions plus petits.

Glenn Greenwald essaye toujours de sauver l'âme américaine avec son blog. More power to him!
There are few instances where the establishment media reveals more transparently what they are and what they do than when they demand that high-level Bush officials be endowed with immunity from the consequences of their crimes. Le Blogo est avec toi, Glenn.

Myles Spicer du Daily Kos pensait bien connaître la politique américaine. Il pensait que dans son Etat du Minnessota, il y avait environ quelques lobbyists en costume sombre qui dépensaient quelques centaines de milliers de dollars pour influencer les législations. Il a été surpris de constater qu'il y avait 1400 lobbyists qui avaient dépensé l'an dernier $61 millions. $300000 par législateur pour un état de 5 millions d'habitants. En 2006 à Washington (dernière année "on record"), c'était 15000 personnes pour $2.85 milliards. Il dit que cette enquête commencé presque sans qu'il le veuille et qu'elle a été une révélation pour lui.

Marrant. Un blogueur crée un post relatant le projet de reprise du Treasury Department par Goldman Sachs.

La nouvelle comission "Pecora" sur la crise économique va être presque certainement un coup d'épée dans l'eau selon TPM.

Vous souvenez vous de Maiden lane? Ces loans de garantie ont été faits à Bear Stearns pour les I et II et à AIG pour le III. $25 milliards à chaque fois sur le bilan de la FED (en gros). Il semble que au moins pour le III, l'essentiel va partir en fumée. Qui l'eût cru?

Ne pas perdre de vus le caractère régional extrêmement marqué de la crise de l'immobilier. Les 10 états les plus touchés représentent 75% des expropriations (foreclosures). Les 10 Etats les plus peuplés seulement 53% de la population.
A noter, la californie...

mercredi 22 juillet 2009

Le post "Big Picture"

Les emprunts du blogo au site "The Big Picture" sont nombreux et j'ai vu passer tellement de graphes intéressants ces derniers jours que cela mérite un post complet. Les graphes donc et des commentaires rapides à leurs suites:
J'avais cité dans le blogo le chiffre de David Brooks qui disait que depuis 1957, le taux de leverage global de l'économie américaine était passé de 150% à 350%. Comme je le supposais mais je n'avais pas cherché le chiffre, il fallait revenir beaucoup moins loin dans le temps pour que le chiffre soit vraiment impressionnant: on le voit à la période en gros stable entre 1957 et 1980. C'est vraiment en 25 ans qu'on est passé de 175% à 350%.
Il s'agit ici des taxes retenues à la source sur les salaires par les Etats américains. C'est l'effet ciseaux des budgets publics partout dans le monde: beaucoup plus de dépenses au nom de "la relance" et parallèlement des recettes en chute libre.
La sales tax nous montre que le même effet ciseau est à l'oeuvre pour toutes les recettes fiscales "across the board".
Parler de rebond dans le housing est très prématuré comme on le voit avec les ventes de maisons neuves depuis le haut du marché (division par 4. On s'approche du fond effectivement puisqu'on s'approche de zéro mais c'est à peu près tout.
Projection du budget américain. Comme déjà dénoncé, le retour à l'équilibre extrêmement rapide projeté par Obama est une blague. Selon toute probabilité, 2009 n'est que le début d'une cloche inversée qui ne trouvera son plus bas que dans deux ou trois ans (si la crise ne met pas un stop brutal à la capacité d'endettement américaine ce qui n'est pas l'hypothèse privilégiée par le blogo qui voit les Etats-Unis devant faire face à des restrictions de financement "IMF style" sauf qu'elles ne seront pas implémentées par le FMI mais par les marchés qui demanderont à être mieux rémunérés sur le risque US).

Le "posturing" mou d'Obama et de Summers

Les bons résultats des banques sous perfusion de fonds publics ont obligé Obama et Summers a prendre une posture réprobatrice. Quelle hypocrisie! Ouvrir la porte du poulailler aux renards et s'inquiéter des ravages....

Obama:
“The problem that I’ve seen, at least, is you don’t get a sense that folks on Wall Street feel any remorse for taking all these risks,” Obama said in an interview today on public television’s “The NewsHour with Jim Lehrer.” “You don’t get a sense that there’s been a change of culture and behavior as a consequence of what has happened.”

How weak...

Summers:
White House National Economic Council Director Lawrence Summers chastised some banks thatreceived government aid for not doing enough to reduce foreclosures, while declaring that next year’s economic growth pace is “in doubt.”
“Prudent financial institutions will recognize that the profits they’re enjoying are in part a reflection of the commitment government and the broader society have made to the financial system that has enabled them to enjoy those profits,” Summers said in an interview with Bloomberg News yesterday in Washington.

"Les banques prudentes reconnaîtront que leurs profits sont liés aux efforts du gouvernement et de la société dans son ensemble". Peut-on imaginer prise de position plus molle? Autrement dit, "si elles choisissent d'être prudentes", les banques reconnaîtront les efforts du contribuable...
Les contribuables américains saignés à blanc seront probablement ravis que leurs efforts soient "reconnus" (dans un futur hypothétique où l'augmentation de la dette finirait par se traduire par des hausses d'impôts - la fin du Ponzi scheme US autrement dit) et encore seulement si ces banques ont le bon goût de choisir d'être "prudentes". Ouch! That's gotta hurt!

He said financial companies have benefited from an “aura of government support,” as well as programs to guarantee debt,backstop commercial-paper issuance and “support weaker financial institutions that were their counterparties.”

Summers veut-il se faire respecter en rappelant l'arnaque AIG-Goldman ($13 milliards)? Un bon moyen pour lui d'avoir un peu de crédibilité aurait été de ne pas passer par la case départ en touchant "20000 francs" de Merrill Lynch pour une conférence alors qu'il était clair qu'il deviendrait conseiller économique (12 novembre 2008 - en avril 2008, il touchait $135000 de GS pour une intervention).

Quand Summers et Obama font une concession en fronçant les sourcils devant les banquiers pour calmer une opinion publique de toute façon amorphe et "brain dead".

Pendant ce temps-là, Spitzer essaye de sortir du trou dans lequel l'a placé son affaire de prostitution:
Spitzer said new rules proposed by President Barack Obama’s administration are irrelevant because regulators failed to enforce existing regulations.
“Regulatory agencies already had the power to do everything they needed to do,” he said. “They just affirmatively chose not to do it.”
“You don’t need new regs to do it, you just need the will to do what they were supposed to do,” he said.

Mitterrand et la licence globale

Etonnant de voir s'exprimer un ministre inexpérimenté:

Avis défavorable [à la participation de 2€], ont répondu le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand et le rapporteur du texte Franck Riester (UMP). "C'est le retour de la licence globale qui a la vie dure. Les artistes n'en n'ont pas voulu", a déclaré M. Mitterrand.

On sait maintenant pour qui le gouvernement légifère exclusivement: "les artistes". Ils ont un droit de véto sur les dispositions de l'Hadopi. Et cela ne veut pas dire les citoyens qui entreprennent des activités artistiques évidemment. Il s'agit de la petite caste de ceux qui en vivent largement au moyen d'un système de distribution obsolète. Espérons que tous ceux qui n'appartiennent pas à cette caste se souviendront qu'on a légiféré exclusivement au profit de celle-ci et au mépris du bien commun (libertés individuelles et avancée globale de la société) au moment de voter.

mardi 21 juillet 2009

Le "brouillon de l'histoire" massacré

Si le journalisme est le brouillon de l'histoire, cette introduction de Charlie Rose à son émission "Update on Wall Street" fait vraiment froid dans le dos. Au sujet de JP Morgan et Goldman Sachs:

"Both banks received billions in government TARP loans last year but the funds were recently repaid." Les deux banques ont reçu de l'argent du TARP mais elles l'on remboursé récemment.
Fermez le ban.

JP et GS ont croqué de l'aide gouvernementale mais c'est bien fini. Sous-entendu: on ne peut pas leur reprocher dans le cadre de leurs annonces de résultats mirifiques. Quelle énormité! Quand on voit le "free pass" avec lequel les banques font avaler toutes les couleuvres à l'opinion, on se demande vraiment si ce qu'on a appris sur les crises passées a le moindre rapport avec ce qu'il s'est vraiment passé. Juste pour mémoire (au lecteur occasionel): toutes les banques doivent aujourd'hui leurs survies aux décisions du gouvernement et des banques centrales. C'est vrai depuis septembre et c'est toujours le cas aujourd'hui: si les banques centrales normalisaient leurs pratiques et les Etats supprimaient leurs garanties, tous les banquiers du monde pourraient éteindre leurs ordinateurs et rentrer chez eux dans la minute. Derrière les Etats, il y a les citoyens et surtout les contribuables. Les banquiers, non contents d'avoir planté leurs concitoyens une première fois en soudoyant les hommes politiques pour qu'ils autorisent des pratiques grotesquement frauduleuses, passent une seconde couche en leur extorquant des fonds publics pour pouvoir continuer à réaliser des profits factices. C'est sans conteste, de très très très très loin, le transfert de richesse le plus choquant de l'histoire et cela n'émeut pas plus que cela les journalistes des vieux médias...

Les invités de Charlie Rose sont cette fois Floyd Norris du New York Times et Dennis Berman du Wall Street Journal qui s'acquittent tous deux fort bien du cirage du pompe au système bancaire qui est ce pour quoi ils sont payés. Jusqu'à Berman qui finit par dire quelque chose dans le goût: on a tellement joué de malchance que là, vraiment, il serait normal que quelques choses aillent un peu mieux quelques temps (autour de la 22ème minute). Evidemment, la malchance n'a rien à voir à l'affaire. On ne sait pas s'il est vraiment idiot ou simplement menteur. A noter que Floyd Norris semble s'être abonné à la newsletter de Nouriel Roubini puisqu'il mentionne l'information selon laquelle la production d'électricité baisse en Chine et pas la croissance (vue dans le dernier "Post-It"). Ces hommes liges des banques commencent donc à s'informer sur les blogs et les sites sans légitimité historique, avant d'être balayés (espérons-le) par cette nouvelle concurrence.

Pour finir en apothéose, regardez la dernière minute où ces trois abrutis se donnent des airs importants en faisant des allusions au fait que "si vous voulez survivre dans le monde d'aujourd'hui, il faut avoir des contreparties importantes" (wink wink - clin d'oeil entendu). Ils font clairement allusion à la différence de traitement entre AIG et CIT, l'un ayant bénéficié d'être une contrepartie essentielle de GS. C'est effectivement intéressant mais pourquoi ces clins d'oeil entendus sans même citer les noms des sociétés dont ils parlent? C'est comme s'ils nous disaient: nous savons bien que le système est complètement pourri mais nous ne pouvons pas en parler et ça nous fait bien rigoler. WTF?

Et c'est le meilleur talk show aux US... A noter que l'émission est sponsorisée par Bloomberg et accessoirement tournée dans la tour Bloomberg à Manhattan. Il y défile à peu près tous ceux qui comptent dans la société américaine (et de temps en temps quelques étrangers, j'y ai vu Villepin, Sarkozy avant son élection et BHL par exemple). C'est le porte-voix des élites et il est donc normal que quand les élites faillisent collectivement, le show en pâtisse. Charlie Rose ne laisse pas transpirer ses inclinations politiques mais après des années de visionnage soutenu, j'ai échaffaudé qu'il était à la gauche du centre (!). Comme tout bon journaliste des vieux médias, il semble avoir une conscience très vive du côté sur lequel sa tartine est beurrée et il ne commet jamais d'impair. Les invités sont très respectueux, certains avouent: "je n'en reviens pas d'avoir été invité chez vous". En retour, ils ne sont jamais mis en difficulté. Tout cela reste toujours très civil, un talk-show entre "gens de bien". Quand une partie des "gens de bien" se met à voler et à tuer impunément, c'est un peu court.

Usual Suspects


Bush, Summers, Obama, Paulson et Geithner.

vendredi 17 juillet 2009

Post-It

Obama ne veut pas d'un amendement à sa loi de finance militaire exigeant que les "contractors" ne soient pas utilisés lors des interrogations de détenue.

Glenn Greenwald célèbre les profits énormes de Goldman Sachs avec une sélection d'extraits d'articles depuis septembre 2008. C'est cinglant comme toujours. Vous verrez beaucoup de choses qui ont été citées dans le blogo. La démonstration de la corruption totale de la première puissance mondiale. Ame sensible s'abstenir. A noter que même Greenwald ne semblait pas avoir noté initialement que c'est le programme de prêts de la FED qui a été l'élément le plus important du sauvetage des banques et donc aussi de Goldman Sachs, $2 trillion ont été utilisés sur lesquels le public ne sait rien. $1 trillion est peut-être allé directement chez GS pour "spieler", impossible de savoir.
Le mécanisme est de fournir de l'argent frais en échange d'un collatéral pourri - comme ça, la baisse de valeur des obligations que les banques détiennent ne les empêche pas de se financer (la BCE et la FED l'ont fait plus que de raison dans une très grande opacité). C'est entre autre pour ça que le blogo ne cesse de répéter que TOUTES les banques américaines et la plupart des banques dans le monde ont fait faillite et sont en "life support" depuis septembre 2008.

Je ne peux pas "linker" car ce sont des pubs qui vont et viennent mais je tombe très fréquemment en ce moment sur des pubs pour la scientologie dans des sites d'information US très mainstream...

Jusqu'à la fin 2008, la production d'électricité en Chine était très corrélée avec la croissance économique. Ca n'est plus le cas depuis le dernier trimestre 2008 selon Adam Wolfe et Rachel Ziemba (via RGE Monitor) avec une baisse de 6% puis 4,3% en Q4 et Q1 alors que la croissance restait supérieure à 6% ces deux trimestres. Cela pose la question de la fiabilité des statistiques chinoises en général et il semble que cela soit un vaste sujet à en croire les nombreux sceptiques qui s'expriment sur la question. J'ai vu un autre commentateur qui semblait être à son affaire et parler mandarin (sur RGE monitor) se demandait si l'endettement de l'Etat chinois était de 50% du GDP ou 70%. N'y a-t-il pas des stats officielles? La Chine m'apparaît de plus en plus comme la boîte noire de l'économie mondiale. Un peu comme si le "financeur" en dernier ressort des Etats-Unis avait des choses à cacher. La Chine est les Etats-Unis vont-ils devenir un autre couple célèbre comme Enron et Arthur Andersen, les banques et les agences de notation ou Madoff et son auditeur employant 3 personnes? J'y reviendrai.

Blair Président de l'Union Européenne?

Dites-moi que je rêve... Espérons que l'enquête au Royaume-Uni sur la participation à l'invasion de l'Irak mettra fin à ces élucubrations. Rien que le fait que l'hypothèse soit émise est choquant.

Friday Plane Blogging

mercredi 15 juillet 2009

Bullshit détecteur du blogo dans le rouge

Hier, Sarkozy a voulu justifier le déploiement français en Afghanistan par la volonté d'empêcher que des mains de "petites" filles ne soient coupées parce qu'elles portaient du vernis à ongles. Problème: il semble que cela n'ait jamais été observé.

Après 5 ans d'exposition intensive à la propagande bushiste, j'ai développé un "bullshit detector" extrêmement efficace dont l'aiguille s'est immédiatement mise à tressauter furieusement. Cela me vaut de grands moments de solitude car quelqu'un d'averti se sent extrêmement seul devant la capacité de ses contemporains à avaler sans broncher la propagande du jour quand le sujet tourne autour du supposé "clash de civilisations".

Rapide recherche sur internet. L'histoire serait adaptée d'un rapport d'Amnesty International de 1996 qui semble faire état d'une instance "au moins" où la dernière phalange d'un pouce d'une femme afghane aurait été coupée en raison de l'application de vernis à ongles. Alastair Campbell (propagandiste de Blair) a semble-t-il commandé une étude sur les exactions talibanes et a placé cette mutilation en avant dans le cadre d'une opération de propagande qui a été relayée par les épouses respectives de Blair et de Bush en 2001 (la cause des femmes musulmanes est un axe important pour gagner le sexe supposément le moins belliqueux à l'idée de la guerre d'autant qu'il a des fondements bien réels. L'idée que "l'ennemi" couperait de manière routinière les mains de "petites" filles portant du vernis à ongle semble en revanche n'en avoir aucun).

La généralisation de Sarkozy est donc inacceptable vu la faiblesse des preuves factuelles sur lesquelles elle repose (en plus d'être factuellement fausse - couper les mains n'est pas la même chose que couper une phallange même si le blogo ne défend ni l'un ni l'autre). Il est courant dans les pays totalitaires de stigmatiser l'adversaire en présentant des faits isolés comme la "vraie nature" de l'ennemi. Les iraniens ont dit le mois dernier aux Etats-Unis qu'ils n'avaient rien à reprocher aux iraniens sur le traitement des émeutes récentes en raison des évènements de Waco au Texas par exemple. A quand les accusations sur les français "congeleurs de bébés"?

L'idée que les Talibans coupent systématiquement les mains aux ongles vernis est donc un élément maladroit de propagande qui affaiblit considérablement le discours présidentiel. Ce genre de déclaration ne s'adresse pas à notre intelligence mais à notre cerveau reptilien et nous rappelle les heures les plus noires de la propagande bushiste/blairiste. Si on prend ce discours au mot, on a envie de prendre son fusil et d'aller dégommer du Taliban. Cela ressemble un peu aux "deux minutes de la haine" dans 1984. Plus généralement, le doute ou la gêne qu'on peut ressentir en imaginant des drones terroriser des populations civiles en notre nom à l'autre bout de la planète sont complètement éradiqués: plus de doute, plus de réflexion, plus de mesure! La vie est belle.

Rien ne me fait plus froid dans le dos que ces discours de haine (car la déshumanisation de l'adversaire prépare le terrain à son extermination - toujours un risque vu le rapport de force) semblant nous intimer de laisser notre sens critique au vestiaire et nous enjoindre d'acquiescer à toutes les décisions de notre bienveillant leader qui veut débarrasser le monde d'un mal absolu et qui a besoin pour ce faire de pouvoirs non moins absolus (cf Bush, George W.).

Sarkozy ment-il? A-t-il été simplement victime (comme nous tous) de dizaines d'années de désinformation** et en a-t-il gardé cet exemple précis comme un élément structurant de sa pensée sur les talibans? Le problème est qu'il n'est pas au café du commerce et que quand on est président on ne peut pas faire des déclarations incendiaires galvanisant l'opinion sans un minimum de "fact checking". Surtout quand il s'agit de guerre et de paix.

La vérité est que personne ne sait ce que nous faisons en Afghanistan et qu'il est plus facile de recourir à ce genre d'arguments que d'essayer d'expliquer une stratégie inexistante. Ce n'est pas vrai, il est plus juste de dire qu'il y a bien une stratégie mais qu'elle n'a rien de militaire: elle est de faire plaisir à Obama sur ce plan en espérant s'y retrouver sur d'autres plans politiques (j'espère que ce n'est pas seulement contre un sourire, merveilleux il est vrai).

*Combien s'étonnent de voir sur les ondes une jeune iranienne agonisant alors que des scènes de ce type au moins aussi horribles sont tournées tous les jours dans toutes les zones de conflit du monde et qu'elles sont systématiquement occultées de nos journaux télévisés? (cette scène est passée en boucle aux Etats Unis en tout cas, je ne suis pas sûr pour la France) Le simple fait de demander qu'on applique les principes de rationalité, d'objectivité et d'égalité de traitement (supposément à la base de nos sociétés) à ces sujets fait froncer des sourcils.
** Vous souvenez-vous des irakiens qui enlevaient les incubateurs dans les cliniques en arrivant au Koweit? C'était une invention du Rendon Group, fournisseur du pentagon en opération de "relations publiques".
Note 1: Si quelqu'un a des informations spécifiques sur des mains coupées à cause de vernis à ongle, le blogo fera une correction.
Note 2: Je pense que cette note n'est pas utile pour les lecteurs fidèles mais elle peut l'être pour quelqu'un qui tomberait sur ce post de manière isolée. Le propos du blogo n'est pas ici d'exonérer les talibans ou d'expliquer que les difficultés des femmes talibanes sont en réalité de l'ordre de celles dénoncées par Cookie Dingler. Il s'agit de tirer les leçons de l'Amérique bushiste et d'adopter une politique de tolérance zéro devant des embryons de dérive similaire.
Et tant qu'on est sur Cookie Dingler:

Guaino découvre l'Amérique

Le Blogo s'était réjoui de voir Guaino exécuté par Maître Eolas à la suite de déclarations ineptes sur l'hadopi. Cette fois-ci, je ne peux que louer la fermeté de Guaino sur Goldman Sachs.

“The question now is whether we decide to do something to fix that,” Guaino said today in an interview on France2 television. “No one in the U.S. or elsewhere can tolerate such a situation. Goldman Sachs wouldn’t exist had American taxpayers not come to its aid. To be drowning in dollars and bonus money today is utterly scandalous. It’s a problem the G-20 will have to deal with. Political leaders around the world are at the foot of a gigantic moral problem.”

Failure to act on bankers’ pay and bonuses could lead to “major political problems,” Guaino said.

“On the one hand, there’s this explosion in unemployment and social disintegration, and on the other, this perfectly indecent conduct continues,” Guaino said in the interview. “It’s the job of politicians to put an end to it."


Quand va-t-on commencer à s'interroger sur les causes structurelles de ces dérives? Pourquoi s'indigner seulement maintenant? Tout est normal pendant qu'on crée les conditions des abus et quand les abus se produisent, c'est l'indignation? Il faut quand même se réjouir de ces éructations Guainoesques: c'est beaucoup mieux que rien. Le blob de la corruption américaine recouvre désormais tellement le pays que même les observateurs étrangers ne peuvent plus faire semblant de ne pas le voir!

Note: cette dépêche bloomberg n'est plus mise en avant sur le site de bloomberg, son passage en "une" aura été remarquablement court.

lundi 13 juillet 2009

L'art du sauvetage des banques

Ce sauvetage des banques me pose beaucoup de problème car j'aime bien les analogies un peu fumeuses et je trouve difficile d'en trouver sur ce sujet. C'est pour ça que j'aime bien ce dessin qui a un peu une qualité "Alice au pays des merveilles". (via TBP)