mardi 3 mars 2009

Que fument les analystes Actions?

Depuis le début de la crise les analystes "Equity" ne cessent de nous promettre monts et merveilles pour... dans un an. Bloomberg nous dit qu'après avoir interrogé 10 banques, le consensus semble être + 37% d'ici à la fin de l'année pour finir avec un S&P 500 vers 1010...

the prevailing view of Wall Street strategists, who forecast the S&P 500 will rebound 37 percent to end the year at 1,010, based on 10 estimates compiled by Bloomberg News.

Cette crise a démontré que les analystes des banques étaient aux marchés ce que les mainstream media (MSM) sont au système politique: des cheerleaders (pom-pom girls).

John Sununu "poster child" de l'Amérique début de siècle

John Sununu a perdu son siège de sénateur du New Hampshire en novembre 2008. Il est désormais membre du COP (Congressional Oversight Panel) pour les fonds du TARP. Il s'agit de l'organisme de contrôle des fonds d'urgence débloqués par le gouvernement US en faveur des établissements financiers. Il est dirigé par Elisabeth Warren que vous avez déjà vu sur le Blogo dans cet interview assez pathétique où elle parle du travail de son groupe et dit, en gros, "on ne sait rien sur rien et c'est pas bien".

Donc Sununu, chargé de contrôler les fonds du TARP, vient de rejoindre le conseil d'administration d'une société contrôlée par Bank of New York, récipiendaire de $3 milliards du même TARP. Pour parachever le tout, Bank of New York a été chargée d'assurer la comptabilité et divers aspects administratifs du TARP. Only in America. Peut-être pas "only" mais en tout cas, c'est seulement aux Etats-Unis que ça a atteint le stade où tout a explosé.

Obama ou pas, zéro transparence sur le bailout

AIG vient de recevoir une aide gouvernementale pour la quatrième fois depuis septembre. Un éditorial du NYT demande: à qui cela profite-t-il? D'abord à leurs contreparties (tout le monde pense qu'AIG est mort de toute façon) et il semble qu'avant la crise, leur principal partenaire de trading était Goldman Sachs*. Il y a eu des couvertures massives de positions dans les subprimes via des CDS (il semble qu'AIG ait été du mauvais côté de ces trades). Cela a pris de telles proportions que cela mettait en risque les établissements financiers qui vendaient cette protection (que la logique rendait dès lors illusoire). Un peu comme si vous vous assuriez auprès de votre voisin contre l'incendie de votre immeuble.

Si en revanche, vous êtes assez "politically connected" pour que votre contrepartie soit remplacée le moment venu (en tirant quelques ficelles) par le gouvernement américain alors oui, ça peut valoir le coût de se protéger.

Certaines banques comme JP Morgan, Morgan Stanley ou Goldman Sachs ont accepté l'argent de l'Etat du bout des lèvres. La bruit a couru (fort à propos) qu'elles ne le faisaient que pour éviter à leurs concurrentes au bord du gouffre d'être stigmatisées par les marchés. Cette rumeur paraissait déjà assez "self-serving" à l'époque et destinée à ce que personne n'ose leur demander de comptes. Certaines de ces banques ont même déclaré** quand l'Etat s'est mis à devenir un peu plus exigeant (notamment sur le contrôle de la rémunération des dirigeants): "on va vous rembourser le plus vite possible" sous-entendant que, vraiment, ils avaient accepté l'argent mais n'en avaient pas réellement besoin ("le plus vite possible" était quand même 2010...).

On est donc ici au coeur du réacteur nucléaire du bailout: en sauvant AIG, le trésor américain sauve en réalité Goldman et les autres. La destination finale des fonds est cachée par l'opacité (injustifiable) du bailout. Quelle excellente opération de communication pour JP, MS, GS et Bank of America! Vous rajoutez une dose de mauvaise foi et de morgue aristocratique et voilà, le sommet de la hiérarchie bancaire américaine est préservé après avoir perpétré le crime du millénaire. Nice!

Bon évidemment, ces apprentis sorciers donnent aujourd'hui l'impression d'être parfois dépassés par les évènements et leur laboratoire semble sur le point d'exploser mais vraiment chapeaux bas: quel final grandiose!

Il y a donc finalement trois types de banques/établissements financiers aux Etats-Unis, les banques faillies, les banques moribondes maintenues en vie par l'Etat dans le seul but de renflouer en loucedé le troisième type de banque: les banques "élues" qui ont été désignées comme devant survivre et servir à la réorganisation du système bancaire américain dans le bureau du Secretary of Treasury à l'automne 2008. Secretary of Treasury qui était alors le CEO sortant de Goldman Sachs donc on peut dire "autodésignées". Et en faisant référence (de façon peu académique) à l'astérisque ci-dessous, on peut même se demander si ce meeting n'a pas en réalité eu lieu à la FED de New York avec le CEO sortant ET le CEO en fonction de Goldman Sachs, pour faire bonne mesure. A noter qu'à ce meeting, il y avait aussi Tim Geithner, le président de la FED de NY devenu depuis le nouveau Secretary of Treasury. Cela en dit long sur l'influence réelle de l'élection d'Obama sur ces évènements: à peu près nulle. Il ne sera pas facile pour Obama de changer les choses. Etre élu président n'était qu'un échauffement comme annoncé dans les deux derniers paragraphes de ce post.

Note: TPM Media sur le sujet.

*Goldman Sachs a vraiment un statut particulier au sein des institutions financières américaines (souligné par l'éditorial du NYT référencé plus haut: What is certain is that Goldman has lots of friends in high places — yet one more reason why this bailout has to be as transparent as possible. Lloyd Blankfein, Goldman’s chief executive, was the only Wall Street executive at a September meeting at the New York Federal Reserve to discuss the initial A.I.G. bailout.) et notamment à cause de sa propension à disséminer ses anciens dans toutes les administrations, républicaines et démocrates. C'est un peu le mirroir privé de l'inspection des finances en France qui, elle, dissémine ses fonctionnaires à la tête des grands établissements financiers français. Ce qui renvoie au rôle respectif du privé et du public dans les deux pays.

dimanche 1 mars 2009

Les médias US et la "Class Warfare"

Les "corporate media" sont bien évidemment dans la poche de la ploutocratie. Ca ne va pas être une révélation pour un lecteur attentif du blogo. Exemple de Jamison Foser de "Media Matters". La totalité de l'article est (via Atrios) et oui, vous avez déjà lu la citation de Warren Buffet dans le blogo.

Warren Buffett, who knows a thing or two about wealth, has noted that because of the way the tax code is structured, he effectively pays taxes at a lower rate than the secretaries who work for him, concluding: "There's class warfare, all right. But it's my class, the rich class, that's making war, and we're winning."

One reason they're winning is that the news media do not use the loaded phrases "class warfare" and "redistribution of wealth" to describe things like the Bush tax cuts for the wealthy, or the home mortgage deduction (which favors those who are wealthy enough to buy homes over those who are not) or countless other policies that benefit wealthier Americans at the expense of those who are less fortunate. Instead, the media pretend this is a one-sided war -- as though the wealthy are being unfairly assaulted by an army of bullying waitresses and janitors and farmers and teachers.

Another reason is articles like today's Washington Post front-pager. The Post tells us in paragraph one that Obama plans to raise taxes on the wealthy and waits until paragraph 18 to reveal that he plans to make permanent a tax credit for low- and middle-income workers. A tax increase that applies to almost nobody -- that leads the article. A tax credit that applies to much of the nation's workforce? Buried 18 paragraphs in.

And like this Los Angeles Times article, which announces near the beginning that Obama's budget "would raise taxes, redistribute income, spend more on social programs than on defense" and quotes House Republican leader John Boehner saying, "The era of big government is back, and Democrats are asking you to pay for it" -- without making clear that this is true only if you are among the very small number of very wealthy people whose taxes would go up. In the process, the Times twice refers to income "redistribution" and quotes another Republican congressman invoking the specter of "class warfare."

They're winning, in large part, because they have the media on their side.

Jamison Foser is Executive Vice President at Media Matters for America.

Il y est dit que le parti pris d'Obama de ramener la taxation des hauts revenus au niveau des années 90 et d'alléger les impôts pour "95% de la population" est taillé en pièce dans les MSM (mainstream media). Obama ne réussira que s'il arrive à établir une relation avec le peuple américain qui "bypass" les mainstream media. Il semble que cela ait déjà un peu commencé car le débat sur le stimulus notamment a été très critiqué dans les médias sans impact sur le taux d'approbation du plan dans la population. Aussi, avec l'internet, de nouvelles formes de communication peuvent apparaître. Par exemple, le Press Corps de la maison blanche publie chaque jour un "résumé des évènements de la journée". Au début de la présidence Obama, la maison blanche a dit: nous allons rédiger le nôtre. Après des cris d'orfraie des journalistes, les conseillers présidentiels ont reculé mais si la situation venait à s'envenimer (et elle s'envenimera), la maison blanche pourra trouver de nouveaux moyens de s'adresser à la population. Aussi, des blogueurs ont été accrédités à la maison blanche ce qui est, je crois, une nouveauté.

samedi 28 février 2009

bailout hearings

Via The Big Picture

Obama sur la "Blogo compliant" list

J'ai rajouté Barack Obama à la "Blogo Compliant" list. C'est à cause de cette déclaration (écrite):

"This crisis is neither the result of a normal turn of the business cycle nor an accident of history. We arrived at this point as a result of an era of profound irresponsibility that engulfed both private and public institutions from some of our largest companies' executive suites to the seats of power in Washington, D.C"

"Prudent investments in education, clean energy, health care, and infrastructure were sacrificed for huge tax cuts for the wealthy and well-connected. In the face of these trade-offs, Washington has ignored the squeeze on middle-class families that is making it harder for them to get ahead… There's nothing wrong with making money, but there is something wrong when we allow the playing field to be tilted so far in the favor of so few."

Commentaire du blogo: It's war!
Les républicains sont tout de suite montés au créneau en dénonçant la nouvelle "class warfare" d'Obama (lutte des classes). Il ne s'agit en réalité (si le président arrive à ses fins) que d'une réponse à une lutte des classes engagée depuis belle lurette par les plus riches contre le reste de la population (à en croire Warren Buffet). On devrait en fait parler de "class counter strike".

A noter qu'il n'a pas déclaré ça devant le congrès mais par écrit dans l'introduction d'un document présentant le nouveau budget. Je pense que ces déclarations écrites d'Obama constituent une menace voilée pour l'establishment de Washington: soit vous me suivez, soit ces déclarations écrites (donc non médiatiques) deviendront télévisées sous peu. I can't wait.

Je ne sais pas ce qu'Obama arrivera à faire mais ce genre de déclaration me laisse penser qu'il a une bonne idée des origines de cette crise qui est une crise politique avant d'être une crise économique (leitmotiv du blogo: j'utilise la répétition, entre autre méthode de propagande, pour convaincre mes lecteurs).

A noter que cette semaine a également vu une nomination audacieuse pour la direction du National Intelligence Council. Cette nomination est un véritable camouflet pour toute la clique nouvelle conne de Washington ce qui est, en gros, une bonne chose pour le reste de la planète.

Go Barack!

vendredi 27 février 2009

Première révision de la croissance américaine Q4

La croissance américaine a été de -6,2% au quatrième trimestre et pas -3,8% comme annoncé précédemment. Les -3,8% m'avaient un consterné et j'y voyais une manoeuvre destinée à créer l'illusion que, dans la croissance ou dans la crise, les Etats-Unis étaient toujours "Number 1". Ils n'ont pas tenu sur cette ligne plus d'une révision (il y en a en théorie trois par annonce mais ils ont fait des révisions sur trois ans en 2007 donc en gros c'est n'importe quoi). Il y en a encore une le mois prochain. On se demande bien à quoi sert le premier chiffre s'il peut-être révisé dans ces proportions. Enfin bon: Don't get me started!

Comment les Etats-Unis qui sont l'épicentre de cette crise pourrait ne pas en subir les conséquences les plus dramatiques? Leur économie reposait sur la consommation à crédit et le crédit a disparu... C'est leurs institutions et leur modèle de croissance qui sont remis en cause au premier chef. Alors on va encore tenter de nous expliquer qu'ils "marchent sur l'eau" mais c'est ce qu'on nous dit depuis dix ans et il est maintenant avéré que c'était un mensonge. Je serais surpris que cela devienne vrai dans les deux ans qui viennent.La vérité, c'est que je n'ai aucune confiance dans les stats éco américaines et que je suis persuadé qu'elles seront manipulées sans vergogne dans le but de faire croire à la possibilité de la continuation du leadership américain.

Le marché des capitaux a donné depuis 15 ans une prime inouïe à la première économie mondiale en matière d'afflux de capitaux. Cet afflux a eu un effet d'entraînement car grâce à lui c'est effectivement aux Etats-Unis qu'on avait la plus forte croissance (il y avait des raisons structurelles pour qu'ils aient plus de croissance mais pas du tout dans ces proportions). C'était vraiment "The winner takes it all". Les américains sont devenus accrocs au capital étranger et doivent maintenant aller en rehab. Ils sont pour l'instant en salle de dégrisement et ils ont encore l'impression qu'en soudoyant leurs gardiens, ils obtiendront encore un fix. D'où les pipos statistiques actuels et à venir.

Note: c'est peut-être en voyant que les chiffres européens et japonais publiés après leur première annonce étaient tellement mauvais qu'ils se sont dits qu'ils pouvaient s'en tirer avec moins de contorsions statistiques. Ils sont toujours, à les en croire, dans le peloton de tête des pays "les moins mauvais". How convenient.

Friday Plane Blogging

mercredi 25 février 2009

Bill Moyers ne l'emportera pas au paradis...

Bill Moyers est un journaliste de PBS (Public Broadcasting System) que j'ai référencé assez souvent. Il a interviewé Simon Johnson (ancien économiste du FMI qui ose parler "d' oligarchie" aux Etats-Unis). Il offre depuis l'élection une tribune à Glenn Greenwald qui donne des cauchemards à tout l'establishment de Washington (il a quasiment empêché à lui tout seul que Tom Daschle devienne ministre de la santé alors que sa confirmation par le congrès semblait acquise et que nombre de dignitaires washingtoniens s'étaient prononcés en sa faveur). Il a invité la semaine dernière l'auteur de "So Much Damn Money - The triumph of lobbying and the corrosion of American Government"*. Il a aussi réalisé un documentaire extraordinaire en 2007, "Buying the war", qui s'en prenait à la complicité des médias avec le "Bush Regime" pour la guerre en Irak. Moyers est donc complètement "Blogo Compliant" (je vais d'ailleurs l'ajouter derechef à la liste des gens qui le sont).

Toujours est-il qu'il fait l'objet d'une attaque conjointe dans "Slate" (nouveau refuge de Colombani si j'ai bien compris), le Wall Street Journal et "The Atlantic". Moyers aurait contribué dans les années 60 à des actions gouvernementales qui visaient des homosexuels parce qu'ils étaient homosexuels. Cela se serait passé quand Moyers travaillait comme aide à la maison blanche dans l'administration Johnson. Je n'ai pas d'opinions sur le fond du dossier pour l'instant.

Ce qui est sûr, c'est que quelqu'un a payé quelqu'un pour aller déterrer des trucs sur Moyers. Standard Operating Procedure. Le fait qu'ils aient dû remonter 40 ans en arrière me laisse plutôt penser qu'ils n'ont pas trouvé grand chose.

* Vous retrouverez les posts correspondants à ces diverses émission de Moyers en tapant "Moyers" dans la fonction "recherche" du blogo (dans la barre d'outils tout en haut).

lundi 23 février 2009

Barry Ritholtz écrit un livre...

Barry Ritholtz est le créateur du site "The Big Picture". Il a écrit un livre qui s'appelle "Bailout Nation" et qui devait être publié par Mc Graw Hill. Il y est extrêmement virulent envers les agences de notation dont Standard & Poors qui appartient à... Mc Graw Hill. Après plusieurs tentatives de l'éditeur pour édulcorer le bouquin sur les agences de notation, Ritholtz a décidé de le faire publier ailleurs.

L'histoire est racontée .

Clinton aux chinois: Payez, vous n'avez pas le choix

Il semble que Clinton inaugure un nouveau style dans les relations internationales: la candeur. Elle s'en explique en déclarant:

“Maybe this is unusual because you’re supposed to be so careful that you spend hours avoiding stating the obvious, but you know, that’s just not productive in my view,”

Traduction du blogo:"Peut-être que c'est inhabituel car on est censé être tellement prudent qu'il faut passer sont temps à éviter de dire ce qui est évident pour tout le monde mais ça n'est pas très productif selon moi."

Elle a appliqué cela à sa visite en Chine en enjoignant aux chinois de continuer à financer la dette américaine et en ajoutant: “we are truly going to rise or fall together.” Autrement dit: "si vous nous lâchez, vous êtes finis".

Pourquoi la Chine devrait-elle continuer à prêter à un emprunteur devenu soudainement massivement dispendieux avec un revenu en chute libre? Clinton ne le dit pas. Elle ne dit pas non plus s'il y aurait une limite raisonable à l'engagement financier chinois face à l'énormité des nouveaux besoins américains. La crise a vu beaucoup de déséquilibres qui devaient "durer toujours" revenir brutalement vers des normes historiques. Les Etats sont devenus le dernier refuge de la fiction selon laquelle des entités, quelque part, étaient solvables et paieraient pour les années d'abus qui ont vu quelques uns s'enrichir massivement à coups de produits financiers ultra toxiques qui ont finalement détruit le système financier international*. Clinton essaye pareillement de se persuader du fait que les chinois ont consenti une ligne de crédit infinie aux américains. Elle prend, autrement dit, ses désirs pour des réalités.

Les relations financières entre la Chine et les Etats-Unis sont un des éléments centraux de cette crise. J'ai toujours été étonné de constater qu'elles étaient souvent décrites comme un phénomène naturel à génération spontanée qui s'imposerait à nous (et de manière non-démocratique aux peuples chinois et américains) plutôt que comme le produit d'une vision politique et stratégique (ce qu'elles sont certainement). Quoi qu'il en soit, la crise fait entrer le pacte sino-américain dans une nouvelle phase durant laquelle "l'équilibre" supposément "mutuellement bénéfique" va être bousculé par des urgences domestiques de part et d'autre du Pacifique. Qui va sortir gagnant de ce changement? Il est à peu près sûr que les chinois vont perdre financièrement (soit défaut des Etats-Unis ou de Fannie/Freddie soit érosion des obligations américaines par l'inflation du dollar ou mélange des deux). La vraie question pour les chinois est: auront-ils réussi à modifier le rapport de force sino-américain** et à élargir leur sphère d'influence d'une manière qui puisse justifier le manque à gagner financier? A court terme, le plus probable est que Clinton ait raison et que les deux compères "s'effondrent ensemble".

* case in point: Avec les défauts en cascade que la crise va engendrer, qui va payer les trilliards rendus exigibles par les Credit Default Swaps vendus à la grande époque? Il paraît qu'une des raisons invoquées pour éviter un "évènement de défaut" des constructeurs automobiles américains est que $1,2 trillions seraient devenus exigibles par des gens ayant acheté de la protection. On peut d'ailleurs se demander pourquoi, après 18 mois de crise qui ont démontré par A+B l'extrême toxicité de ces produits, ils sont encore légaux et se traitent quotidiennement. L'idée que l'on peut assurer un risque sans poster aucun collatéral est une des grandes idioties (lucratives comme toutes les autres) de la finance récente. Les CDS ont donné aux défauts qui vont être entraînés par la crise (et qui étaient catastrophiques en eux-mêmes) une véritable dimension cataclysmique. Alors pour l'instant, les Etats essayent de nous faire croire le plus longtemps possible que ces défauts n'auront pas lieu. Le moindre mal sera sans doute de déclarer tous ces contrats viciés du jour au lendemain. Cela causera des dégâts majeurs mais probablement moins graves que si les montants supposément exigibles en cas défaut le devenait vraiment. C'est d'ailleurs en y réfléchissant ce qui se passe déjà: en faisant des contorsions pour empêcher les défauts, les Etats ne font pas autre chose que de rendre caduque ces contrats sans le dire. Le problème c'est qu'ils ne tiendront pas le coup et qu'il faudra un jour annuler purement et simpleme ces contrats.
Mais en tout cas, interdisons ce type de produits. Now!

** Il semble que Clinton ait usé de son nouveau style (la candeur) pour minimiser les problèmes de droits de l'homme en Chine sur le thème: "Je vais leur en parler mais je sais déjà ce qu'ils vont répondre donc passons à autre chose." Cela a consterné les activistes et les spécialistes de politique étrangère qui ont dit que Clinton n'avait rien obtenu en échange. Je crois qu'on ne sait pas si Clinton a obtenu des choses en échange. Je crois même qu'il s'agit peut-être d'un premier exemple de modification du rapport de force en faveur des chinois dont je parle plus haut. Les chinois continuent à payer mais ont peut-être obtenu que les américains leur parlent poliment sur les droits de l'homme. Ce qui bien le moins pour le pays qui nous a apporté Abu Ghraib et Guantanamo.

Madoff et Stanford semblent avoir été protégés

De nombreuses personnes avaient émis des doutes sur les activités de Madoff au fil des années. Certains en avaient même fait part à la SEC qui était restée inerte. Il semble que les appuis politiques de Stanford lui aient également permis de jouer les prolongations quelques temps: une agence fédérale non précisée a demandé à la SEC de suspendre son enquête en 2006.

Le NYT y fait allusion à la fin de cet article sans dire pourquoi l'enquête a recommencé (changement de président?):

The current S.E.C. charges stem from an inquiry opened in October 2006 after a routine exam of Stanford Group, according to Stephen J. Korotash, an associate regional director of enforcement with the agency’s Fort Worth office.

He said the S.E.C. “stood down” on its investigation at the time at the request of another federal agency, which he declined to name, but resumed the inquiry in December 2008.

Update: à ce jour, ni Madoff ni Stanford ne sont en prison. Cela est à mettre en perspective avec le fait que la justice américaine est une des plus dures du monde envers les criminels de bas étages comme rappelé par Glenn Greenwald ici. Cela se traduit notamment par une population carcérale massive de 2,4 millions d'individus. A noter que les noirs comptent pour 40% des détenus alors qu'ils ne représentent que 12,4% de la population.

dimanche 22 février 2009

De la corruption en Amérique

C'est probablement l'ouvrage que Tocqueville aurait écrit aujourd'hui. Voici l'introduction de Bill Moyers à une émission (que le blogo vous recommande) dans laquelle il recevait l'auteur d'un livre sur le lobbying. Voici les meilleurs morceaux de l'introduction à l'émission que vous pouvez lire entièrement ici (où l'on reparle de "Sir" Allen Stanford). Désolé c'est en anglais...

February 20, 2009
BILL MOYERS: Welcome to the Journal. That great movie comic and professional curmudgeon W.C. Fields once said, "you can fool some of the people some of the time — and that's enough to make a decent living."

Watching the news unfold this week about Robert Allen Stanford — he prefers "Sir Allen" as befits a true Texas charlatan — I was reminded how right the old comedian was.

This story is the gift that just keeps on giving.
Sir Allen Stanford was knighted by the Governor-General of the Caribbean island of Antigua, off-shore headquarters for his alleged, multi-billion dollar con game. He bankrolled junkets to its balmy shores for several members of Congress including Texas Republican Senator John Cornyn and New York Democratic Congressman Charlie Rangel, chair of the powerful House Ways and Means Committee. Stanford partied with Nancy Pelosi and Bill Clinton at the Democratic National Convention last summer. And when Tom DeLay was still House Majority Leader, he flew the friendly skies in Stanford's private jet 16 times in three years, including a trip to Houston for DeLay's arraignment on money-laundering charges. I am not making this up!

Sir Allen also showered millions of dollars on political campaigns; much of it in the very year Congress was debating a bill to curb financial fraud. Two of the biggest recipients were Democratic Senator Bill Nelson and Republican John McCain, one of the original Keating Five. Three key Democrats on the Senate Banking Committee got checks from Stanford, too. Surprise, surprise — the reform bill never got out of the Senate.

Never an industry to let opportunity pass by, lobbyists already are jumping all over Obama's economic stimulus, so much so the independent newspaper, "The Washington Examiner" newspaper, renamed the bill "The Lobbyist Enrichment Act."

A native Washingtonian, Bob Kaiser says the problem in D.C. is that there's just "So Damn Much Money." That's the title of his new book on the corrosion of American government.
Welcome, Bob, to the Journal.

Les banques menacées par la radicalité de... Rahm Emanuel

Vous pouvez me croire sur parole ou regarder les 40 minutes de cette émission sur les réactions d'un panel d'économistes américains aux dernières mesures du gouvernement. Il y est dit qu'il y a une ligne de fracture au sein des conseillers d'Obama entre Geithner et Summers qui sont en gros les porte-paroles de l'industrie bancaire (no surprise there) et Axelrod et Emanuel qui insistent sur des mesures politiques comme le gel des rémunérations etc... Emanuel, présenté comme un "radical" dans ce débat, a touché $18 millions en travaillant 2 ans dans une banque d'investissement (interlude dans une carrière à part ça politique). Il a dans la foulée siégé au board de Freddie Mac. Non vraiment, face à ce genre de tigre de papier, à la place des banques US, je serais mort de trouille.

Charlie Rose demande aussi si les Etats-Unis ne sont pas mieux placés qu'il y a un an par rapport aux autres zones économiques (conséquence des derniers chiffres de croissance où nos amis américains semblent mieux résister à la crise que les autres). L'idée d'une Amérique plus résistante à la crise que les autres zones économiques fait donc son chemin... Ca tombe à point nommé alors que le leadership économique américain n'a jamais été si fragile. Tant pis si cette perception va contre les chiffres de l'emploi, contre les chiffres de vente de voitures, contre les chiffres de l'immobilier et la baisse beaucoup plus rapide de la richesse des américains (plus de gens sont investis en bourse, les prix immobiliers ont déjà baissé de 20% pas en Europe etc...). Tout cela en se basant sur un appareil statistique qui a déjà été utilisé de manière politique aux Etats-Unis (après le 11 septembre) et qui est probablement de toute façon dépassé partout dans le monde par la nouveauté de la situation actuelle. Peu importe la réalité, l'important est qu'on puisse diffuser des communiqués de victoire yankee que le monde entier avale docilement et idiotement.

Dernier point dans cette émission, un ancien prof à moi qui a été au board de la FED de 2006 à 2008 se fait l'écho d'une thèse qu'on entend de plus en plus: la crise est l'occasion de modifier les "entitlements" et d'attaquer les programmes medicare et medicaid bien évidemment trop coûteux pour l'oligarchie. On connaissait l'axe précédent de la droite américaine: baisser les impôts et hurler à la mort ensuite sur le thème "on ne pourra jamais financer les engagements (redistributeurs) de l'Etat à cause des déficits" (ou la tax cut comme "forcing device" de la régression du niveau de vie de la majorité de la population au profit des plus aisés). Voici donc une nouvelle version actualisée: "avec la crise, il faut absolument mettre fin à toute pratique redistributive". Après des années de dérive droitière, il ne se rend même pas compte de l'énormité de ce qu'il avance. C'est pour ça qu'on en est arrivé là. La crise devient le nouveau facteur de légitimation des politiques de l'oligarchie alors même qu'elle en est responsable. Les oligarques ne peuvent pas perdre.

samedi 21 février 2009

Soros lit-il El Blogo?

Reuters:

Renowned investor George Soros said on Friday the world financial system has effectively disintegrated, adding that there is yet no prospect of a near-term resolution to the crisis.

Soros said the turbulence is actually more severe than during the Great Depression, comparing the current situation to the demise of the Soviet Union.

Je ne sais pas si Soros lit le blogo mais la comparaison de la situation actuelle à la chute de l'Union Soviétique y a déjà été faite le 25 novembre:

On fait tout le temps des analogies avec la crise de 29 mais c'est à se demander si on est pas plus proche en réalité de la fin de l'Union Soviétique...

vendredi 20 février 2009

Friday Plane Blogging

Plus gros que Madoff!

J'ai hésité à faire un post sur "Sir"* Allen Stanford parce qu'il n'avait perdu que $8 milliards ce qui après Madoff faisait un peu "petits bras". The Independent a trouvé possiblement mieux que Madoff. And the winner is... l'armée américaine. En Irak.

In what could turn out to be the greatest fraud in US history, American authorities have started to investigate the alleged role of senior military officers in the misuse of $125bn (£88bn) in a US -directed effort to reconstruct Iraq after the fall of Saddam Hussein. The exact sum missing may never be clear, but a report by the US Special Inspector General for Iraq Reconstruction (SIGIR) suggests it may exceed $50bn, making it an even bigger theft than Bernard Madoff's notorious Ponzi scheme.
(les autorités ont commencé à enquêter sur l'utilisation de $125 milliards censés avoir financé l'effort de reconstruction avec peu de résultats)

La corruption en Irak a été un des phénomènes annonciateurs (avec la guerre bien évidemment) du déraillement complet de l'Etat américain. L'usage de "palettes" de cash fraîchement imprimées pour organiser l'occupation avec peu ou pas de comptabilité laisse rêveur. J'espère que tout cet argent a fait l'objet d'une entrée dans la comptabilité nationale...

* Le titre de "Sir" d'Allen Stanford lui vient d'Antigua et pas de la reine d'Angleterre.

jeudi 19 février 2009

Mini Madoff

Sir Allen Stanford a fait une petite arnaque de $8 milliards. Après Madoff tout le monde est blasé. Stanford a dépensé $7,2Mln en soutiens politiques (contributions de campagnes et lobbying) depuis 1999. Encore un pièce à charge (s'il en était besoin) montrant que le congrès américain n'est plus aujourd'hui qu'une gigantesque grande surface qui vend de la législation au plus offrant, en gros ou au détail. Madoff avait aussi des connections politiques mais il semble que Stanford ait eu des résultats concrets sur l'abandon d'une législation sur le blanchiment comme décrit ici. Extrait:

(Traduction/résumé: ça dit que Stanford a contribué notamment à financer Phil Gramm, sénateur qui s'est targué ensuite d'avoir "tué la législation anti-blanchîment).

The Stanford Financial Group hired its first Washington lobbyists in 1999, at the time the anti-money laundering drive was gathering steam. And the company quickly learned how to cultivate pull in the Capitol -- between July 2000 and July 2001, Stanford and his employees doled out $448,000 in "soft money" contributions to senior lawmakers in both parties, according to a report by watchdog group Public Citizen.

Among the lawmakers benefiting from Stanford's largesse was Senate Banking Committee Chairman Phil Gramm (R-TX), who let a House-passed money laundering bill die a quiet death in his panel in the last months of the Clinton administration.

According to Public Citizen's report, "Gramm later publicly boasted to a group of bankers that 'I killed the administration's anti-money-laundering legislation.'" But Stanford's attention was by no means limited to Republicans, who happened to control the Senate at the time. Stanford made a splash at the 2000 Democratic National Convention in Los Angeles, a tale that we'll pick up in Part Two of Mr. Stanford Goes to Washington ...

mercredi 18 février 2009

Pourquoi ne suis-je pas surpris?

Les chiffres qui sont tombés pour le 4ème trimestre sont désastreux pour la zone euro. Alors que le PIB Américain a reculé de 3,8% en rythme annuel, il a baissé de 4,8% en France, de 6% au Royaume Uni, de 7,2% en Italie et de 8,4% en Allemagne.

Dans tous ces pays, les résultats ont été pires qu'attendus. Sauf un. Les Etats-Unis. C'est pas beautiful? Et pas "de peu": -5.5% attendus et -3.8% annoncés (il va y avoir évidemment les sempiternelles révisions - jusque trois après ans comme ils l'ont fait en 2007!). Ca tombe à pic: alors que l'on rentre dans l'épaisseur de la crise, tous les médias (européens ou pas) se ruent dans le "narrative" qui positionne l'Europe encore et toujours à la remorque. C'est aussi répétitif que Titi et Gros Minet, le coyotte et le "road runner" ou le chasseur et Bugs Bunny...

Les américains bâtissent sur du sable depuis 20 ans une économie "baudruche" qui est en train de s'écrouler. Le mécanisme qui a rendu cela possible a été un mensonge systématique sur les stats économiques qui présentait en permanence les Etats-Unis comme le lieu où l'investissement serait le plus sûr et le plus rentable. C'était la publicité mensongère qui est à la base de tous les "Ponzi scheme".

Maintenant que le monde s'enfonce dans la crise, devinez quoi: les chiffres de croissance américains sont encore deux fois meilleurs (lire "moins pires") que les chiffres européens ou japonais. Depuis que ces chiffres ont été publiés, l'euro et le yen ont perdu énormément de terrain par rapport au dollar.

Qui va dire stop? Comment ce repère de margoulins que constituent Wall Street et Washington peut-il avoir encore un tant soit peu de crédibilité? La vérité, c'est que les Etats-Unis sont pourris dans la masse (doublement démontré: d'abord par la création des conditions de la crise et ensuite par la réponse grotesque apportée à celle-ci par un pouvoir politique ostensiblement "yes man" des banques - en laissant de côté les autres problèmes) alors que l'Europe a une structure de pouvoir relativement saine (en comparaison) et des citoyens qui n'ont pas encore complètement jeté l'éponge sur le contrôle démocratique de leurs dirigeants.

Il paraît que la crise économique est aujourd'hui perçue par les Etats-Unis comme la première menace pesant sur leurs intérêts stratégiques. Avant c'était le terrorisme et ils n'ont pas hésité alors à piétiner toutes les valeurs dont ils se réclament pour supposément "mieux" le combattre. Comment peut-on dès lors imaginer dans ce contexte que des données comme les chiffres de la croissance ne soient pas manipulées? La diversité des nations européennes est une défense naturelle contre la manipulation centralisée de ce type de données. Je ne l'approuverais pas de toute façon. En revanche, avoir une task force qui passe en revue précisément les stats américaines (il n'y a pas beaucoup à gratter pour lever des loups: rien que les révisions sont complètement hors normes pour un français et donnent à un instant t beaucoup de lattitude pour des effets d'annonce qui pourront être rectifiés plus tard - cf la récession déclarée après coup en 2001) et des dirigeants qui émettent à haute voix des doutes sur les performances annoncées et le caractère baroque du track record de ces annonces américaines paraît aujourd'hui indispensable (voire des opérations de communication plus sophistiquées - les américains ne s'en privent pas).

Et nos médias de répéter tous ces chiffres comme s'il s'agissait de communications divines complètement irréfutables. Qui a donné aux américains ce "capital mensonge" qui semble apparemment inépuisable? La réponse est simple: c'est nous. Pour conclure donc, ce proverbe américain: ‘Fool me once, shame on you; fool me twice, shame on me.’ qui n'a jamais été aussi bien dit que par W:

Note: Le Monde l'AFP et Reuters combinent leurs forces pour sortir cette dépêche: "Le produit intérieur brut (PIB) de l'Allemagne s'est contracté de 2,1 % au quatrième trimestre, un recul sans précédent depuis la réunification en 1990." suivi de "En rythme annuel, le PIB allemand accuse une baisse 1,6% au quatrième trimestre, contre +1,4% sur la période juillet-septembre." N'y a-t-il pas un gars à l'AFP, chez Reuters ou au Monde qui comprend ce qu'il écrit? Sur LE chiffre économique devenu (à tort ou à raison) le métre étalon de nos économies, serait-il possible d'avoir une dépêche qui ne s'emmèle pas les pinceaux? Ca n'est pas compliqué: c'est la même tous les trimestres. Bon enfin c'est pas grave, ils n'en ont plus pour longtemps.

mardi 17 février 2009

Vivons nous vraiment dans une union monétaire?

On ne le saura qu'une fois la crise passée.

Le blogo a évoqué le possible stress test de l'Euro il y a quelques mois déjà. Il semble que cela se rapproche. Il est probable que nous ne soyons qu'au début de la crise et l'idée que l'Euro soit d'ores et déjà si faible est un peu décourageant. Les américains envoient délibérément leur monnaie à la cave et l'Europe qui devraient logiquement moins souffrir de la crise (la logique s'applique-t-elle en cette matière?) n'en tire aucun bénéfice du point de vue monétaire (il faut dire que la BCE n'a pas clairement signalé qu'elle serait autre chose qu'une FED un peu plus pataude dans cette crise).

C'est la veillée d'arme avant le genre de péripéties monétaires qui rentre dans les livres d'histoire. J'espère que l'Euro en sortira aguerri et pas défait. En tout état de cause, voir que les deux membres les plus en difficulté sur les déficits publics sont ceux qui ont cédé aux sirènes du subprime (Espagne et Irlande) n'incite pas vraiment à la clémence. Si nous les aidons, on pourrait au moins leur demander de nous filer les écrans plats qu'ils ont achetés avec leurs crédits revolving garantis par leurs maisons préfabriquées.