mardi 24 mars 2009

Matt Taibbi dans Rolling Stone

Cet article mérite d'être lu. Il s'intéresse aux origines de la crise, puis plus spécifiquement à AIG et finalement à la gestion de la crise par le gouvernement Goldman Sachs depuis septembre. Son auteur, Matt Taibbi, est ajouté derechef à la "blogo compliant list".

Alors bien sûr, c'est "Rolling Stone" et pas le wapo ni le NYT. Evidemment, ça ne nous vient pas du triptyque (FT, WSJ et The Economist). Il est quand même important que cette analyse de la crise sorte de la blogosphère et rejoigne les MSM. Gageons que cet article va être beaucoup lu sur internet et espérons qu'il constituera un tournant dans l'approche de la crise des autres médias.

Résumé: Les banques ont acheté aux hommes politiques américains un univers dérégulé depuis 15 ans à coup de lobbying et de contributions de campagne (pour des sommes ridiculement faibles par rapport aux enjeux, sans doute moins de $10 milliards en tout). Elles ont usé et abusé du fait qu'elles contrôlaient leur environnement juridique et les régulateurs pour faire des profits sans précédents en mettant en péril la société. Après avoir planté le pays, elles sont encore aux manettes et veillent à être toujours les premières bénéficiaires de toutes les initiatives du gouvernement censées apporter des solutions à la crise. Cela se fait dans l'opacité la plus totale grâce notamment aux statuts obscurs de la FED et au fait que personne à Washington ne puisse réellement lui demander de comptes.

L'article ne tire pas la conclusion naturelle de ces évènements mais le blogo s'en charge: la crise économique est avant tout la conséquence d'une crise politique préexistante. Tant qu'on ne rendra pas aux américains leur démocratie en réformant le système politique, l'économie ne pourra revenir à un fonctionnement sain. Il faut attaquer le problème à sa racine en modifiant les lois de financement de campagnes et en neutralisant les lobbyists.

lundi 23 mars 2009

Greenwald parle de la crise

Et ça ressemble au blogo:

The financial crisis has merely unmasked the corruption and rot in our establishment institutions that are staggering in magnitude and reach. Just as the Iraq War was not the by-product of wrongdoing by a few stray bad political and media actors but instead was reflective of our broken institutions generally, the financial crisis is a fundamental indictment on the way the country functions and of its ruling class. What would be unhealthy is if there weren't substantial amounts of public rage in the face of these revelations.

* * * * *

Matt Taibbi's new Rolling Stone article perfectly summarizes what the AIG scandal reveals about our political and economic system, and should be read in full. In sum: financial elites own the Government and both political parties. Their money drowns Washington and their lobbyists control it. They used that ownership of Government to abolish decades-old legal and regulatory protections which previously constrained what they could do. In the lawless environment which they literally purchased from our political leaders, they were able to pillage and pilfer and steal without limit. And even now that everything has come crashing down, they continue to dictate what the Government's response is, to ensure that they -- the prime authors of the disaster -- are the prime beneficiaries, at the public's expense, of the "solutions," solutions which preserve their ill-gotten gains and heighten even further their power and influence.

Deriliction of duty du Blogo

Après trois jours durant lesquels je n'ai suivi que d'un oeil l'évolution de l'actualité, je viens de prendre la mesure de ce qu'il s'est passé jeudi soir à la chambre des représentants: un projet de loi a été voté avec le soutien des démocrates et de la moitié des républicains pour taxer rétroactivement à 90% tous les bonus distribués dans les sociétés bénéficiaires du bailout(j'avais cru jusque là que cela ne visait que les $165 millions d'AIG).

Je m'en veux de ne pas en avoir parlé plutôt parce que cela va à l'encontre de la notion abondamment documentée dans le blogo selon laquelle les politiques US ne sont que le faux-nez des banques dans la gestion de la crise. Or le blogo, loin de passer sous silence les nouveaux éléments qui bousculent ses idées établies, les accueillent à bras ouverts comme autant de stimulations et de raisons de continuer à s'interroger pour finalement changer d'avis s'il le faut (je n'en suis pas là en la matière).

Ce projet de loi est un assaut majeur contre Wall Street même s'il ne sera très probablement que symbolique car un projet de loi voté par la chambre des représentants peut être très largement altéré avant d'être finalement promulguée (Obama vient de se distancier de cette mesure dans "60 minutes"...). Il est aussi assez courant que dans leur première forme, les projets de loi dévient assez largement de l'orthodoxie habituelle du congrès. C'est quand même un symbole fort et la marche-arrière (puisque marche-arrière il y aura ou alors le blogo mangera son chapeau) va se faire sous le regard d'électeurs en colère. Cela marque-t-il vraiment une évolution politique du rapport entre le congrès et Wall Street ou n'est-ce que le début d'une "good cop/bad cop routine"* convenue qui ne changera rien au sort réservé au contribuable?

Update 1: Obama déclare à 60 minutes: "And one of the things that I have to do is to communicate to Wall Street that, given the current crisis that we're in, they can't expect help from taxpayers and enjoy all the benefits that they enjoyed before the crisis happened. You get a sense that, in some institutions that has not sunk in." Effectivement, ça n'a pas "sunk in" mais il faut voir l'aspect sociologique de l'histoire. Cette crise remet en cause l'aristocratie bancaire américaine qui avait connu une croissance champignonesque ces dernières années. C'est un séïsme sociologique. Il peut paraître incroyable que Wall Street ne soit pas capable de revenir à ses esprits toute seul face à l'étendue du désastre mais le degré d' "entitlement" ressenti là-bas et l'arrogance qu'ont engendrée les années d'oppulence n'enjoignent pas vraiment à la mesure et à la retenue. Faire feu de tout bois pour maximiser sa rémunération n'est pas réfléchi, cela relève du réflexe. Ainsi, faire jouer ses appuis politiques pour substituer le contribuable à sa source de revenu (déjà suspecte) n'est pas quelque chose qui crée des cas de conscience. Personne ne renonce spontanément à ses privilèges, ce sont des tiers qui les abolissent et les Robber Barrons façon 2007 ne feront pas exception. L'idée que le moindre bonus ait été distribué à Wall Street cette année est ridicule en soi**. Et pourtant, $18,4 milliards ont été distribués...

Update2: Cette mesure semble constitutionnelle au LA Times.

*le good cop serait le congrès et le bad cop Wall Street.
** Josh Marshall de TPM media note que pour des raisons fiscales, les bonus sont surpondérés dans les rémunération en finance et que la part de "récompense" est moins importante qu'il n'y paraît (une bonne part du bonus est du fixe maquillée). Cela rend le "haro sur le bonus" et leurs baisses voire leur disparition encore plus désagréable mais c'est aussi se faire prendre à son propre piège pour les robber barrons.

Recent reality

Encore un journaliste de CNBC qui se comporte en porte-parole de Wall Street en agitant l'épouvantail du "systemic risk" pour justifier les politiques pro-banques et en prenant un air de Droopy désolé face à la perspective d'une limitation des salaires dans les banques. En face, un député américain qui le remet à sa place: "For you to assume that Wall street is acting in the national interest flies in the face of recent reality". Indeed. And not so recent reality as well, I might add. 1min30.
Voici l'interview de 6 minutes en entier pour ceux qui, comme moi, ont été mis en apétit par cette introduction.

dimanche 22 mars 2009

Geithner out? Dimon in?

Une news Bloom dans la catégorie "Opinion" pose Jamie Dimon (CEO de JP Morgan) comme possible remplaçant de Geithner dont la position s'affaiblit tous les jours. Dimon n'a pas bonne presse sur le blogo parce qu'il fait mine de s'indigner des attaques dont Corporate America fait l'objet (ce qui laisse rêveur sur sa sensibilité politique en ce moment) et tente de charger le gouvernement sur la crise alors que ce dernier est dans la main des banques (sa nomination ne manquerait pas de rendre cette main-mise une n-ième fois évidente).

A noter que j'ai vu Dimon sur Charlie Rose pendant une heure en décembre et qu'il avait beaucoup plus de charisme que Geithner qui est attaqué précisément sur ce point. J'avais été plutôt séduit à l'époque mais il n'avait pas encore adopté son nouveau credo "self-serving" et outraging sur les banques "injustement montrées du doigt". Un petit message pour Jamie à qui il faut décidément tout expliquer: Tu payes des journalistes pour dire ça, Jamie. C'est parce que si tu le dis toi-même, tu as l'air ridicule. Alors laisse-les faire!

Il est toujours étonnant de voir des noms suggérés dans les médias pour occuper des fonctions dans le futur. Cela crée-t-il réellement un buzz autour d'une personne? Les buzz font-ils parfois les nominations? Les rumeurs sont-elles parfois générées par les candidats eux-mêmes? En tout cas, choisir un militant contre "l'injustice faite aux banques" comme Treasury Secretary serait encore plus spectaculaire que le choix de Geithner dans le registre de l'allégeance à l'industrie bancaire.

vendredi 20 mars 2009

Friday Plane Blogging

Pubs sur le Blogo

Le blogo teste les pubs via google. Je ferai un sondage sur les pubs... Je vais aussi essayer de rajouter des petits gizmos comme des boutons "digg" et autres trucs du genre. Ca va faire un peu arbre de Noël dans un premier temps. Vous aurez été prévenus.

Roubini toujours pas sur la "blogo compliant list"

Je commence à me dire que c'est une erreur mais je ne suis pas prêt à la corriger (je devrais peut-être bosser pour une agence de notation). Voici en tout cas un post de Roubini dont le titre ne figurera jamais en couverture du triptyque (FT, WSJ et The Economist pour ceux qui ne suivent pas). Cela montre aussi pourquoi Roubini a vu la crise venir là où tout le consensus mou de "US academia" s'autocongratulait idiotement: il est capable d'indépendance d'esprit. Ce genre de déclaration tonitruante ne le rapproche pas d'un poste dans l'administration Obama mais le rapproche de la "blogo compliant list". Dans la vie, il faut choisir.

Je vous conseille de suivre le lien vers le Q&A du FT qui est lumineux. c'est sa marque de fabrique.

Roubini: Anglo-Saxon model has failed

Nouriel Roubini | Feb 9, 2009

The Anglo-Saxon model of supervision and regulation of the financial system has failed, Nouriel Roubini, chairman of RGE Monitor and professor of economics at New York University, told the Financial Times on Monday.

Answering questions from FT.com readers, Prof Roubini, who is widely credited with having predicted the current financial crisis, said the supervisory system “relied on self-regulation that, in effect, meant no regulation; on market discipline that does not exist when there is euphoria and irrational exuberance; on internal risk management models that fail because – as a former chief executive of Citi put it – when the music is playing you gotta stand up and dance.”

Les marchés des changes ouvrent les yeux sur la FED

Chute rapide du dollar (la plus forte en 9 ans) suite aux largesses de la FED, l'euro atteint $1,37. Comme si le dernier trillion d'hier n'était pas dans la continuité de ce qui se passe depuis six mois... Evidemment, on va nous expliquer dans une semaine que le dollar remonte car c'est une valeur refuge en dépit de la détermination des autorités américaines à l'envoyer à la casse. Les américains doivent déprécier leur monnaie en faisant de l'inflation pour réduire leur endettement et ils vont y arriver. La persistance des investisseurs internationaux à tenir le dollar à bout de bras dans ce contexte est complètement stupéfiante. Au lieu de prendre les devants de la politique complètement téléphonée de la FED, les investisseurs continuent à remonter le courant. C'est étrange.

En 2006, tellement de gens répétaient depuis tellement longtemps que la bulle immobilière allait éclater qu'on finissait par se demander si elle ne pouvait pas finalement tenir le coup encore un temps. On en est à peu près au même point pour le dollar aujourd'hui: il semble toujours évident que quelque chose de grave va se passer mais c'est le cas depuis tellement longtemps qu'on n'ose plus s'avancer sur le timing.

Pourtant, le blogo (qui n'a peur de rien) s'est déjà un peu mouillé sur la question en promettant à ses lecteurs un "run" contre le risque de crédit de l'Etat américain (qu'on imagine mal sans crise monétaire) en 2009 et je suis même allé jusqu'à dire que le premier semestre semblait un meilleur candidat que le second (en janvier). Plus qu'une incursion dans le domaine réservé de Madame Soleil, cela traduisait essentiellement mon sentiment d'alors que les choses s'accéléraient et qu'on se rapprochait du dénouement. Ca n'est typiquement pas le sentiment que l'on retire de l'actualité récente mais est-ce le calme avant la tempète? Il est évident qu'on ne peut savoir aujourd'hui d'où viendra le coup de grâce (pour la bonne raison que les fragilités évidentes du système comme la relation sino-américaine par exemple sont probablement sécurisées) et qu'il arrivera de manière impromptue.

L'évolution récente du marché des obligations d'Etat américaines laisse pourtant penser qu'on se rapproche du moment de vérité. Ce marché a été qualifié de bulle spéculative jusqu'au début 2009, puis il s'est détendue jusqu'à l'annonce hier de l'achat par la FED de $300 milliards de treasuries. On peut faire une analogie entre le boom de l'origination des emprunts subprime dans les trois dernières années avant la débacle (2004-2006) à la croissance de la taille des émissions d'emprunts d'Etat américains que nous vivons actuellement. Dans les deux cas, l'innondation du marché s'est accompagnée d'un resserrement des spreads laissant penser qu'il n'y avait pas de limite à la demande. Cette croissance exubérante n'est-elle pas typique de la fin d'un phénomène de bulle?

Quel que soit le timing exact de cette crise de confiance, il s'agira du moment où les investisseurs du monde entier enverront une fois pour toute les américains en rehab de leur addiction à la dette et cesseront d'augmenter sans cesse la ligne de crédit qui leur est octroyée. Les américains ont en réalité déjà fait défaut sur leur dette et il ne reste plus qu'à en tirer les conséquences pratiques. C'est ce que le reste du monde, peu préparé intellectuellement à conceptualiser l'après-empire, se refuse à faire (pour l'instant). Au lieu de ça, nous faisons semblant de croire au coup de bonneteau des autorités américaines qui nous disent que ce que les agents économiques américains n'ont pas pu rembourser comme emprunteurs à titre privé, ils le pourront dès qu'ils mettront leurs casquettes de contribuables (l'Etat n'ayant cessé depuis le début de la crise de se porter garant d'une manière ou d'une autre de toutes les dettes privées qui faisaient défaut). C'était le sujet de ce post.

jeudi 19 mars 2009

Marrant

1) Un des premiers sondages pour 2012 donne Obama battant Palin de 20 points.

2) Vikram Pandit, le PDG de Citi, fait son cookie monster. D'après le WSJ :
Citigroup also disclosed on Monday that Chief Executive Vikram Pandit got a pay package valued at $38.2 million in 2008, according to a Securities and Exchange Commission filing. Most of that amount was in stock and options whose value has withered with the firm's share price.

C'est un scandale en soi mais en plus il y a ça:

Heureusement que le dollar ne vaudra bientôt plus rien car sinon ce serait un peu crispant.

Et ça continue encore et encore...

C'est que le début. D'accord, d'accord.

Au moins, on ne s'ennuie pas. La Fed s'apprête à acheter pour $700 milliards d'obligations Fannie Freddie et $300 milliards de treasuries. Plus besoin des chinois, le trésor américain vend directement ses obligations à la banque centrale.

Le Treasury ne nous déçoit pas non plus. Geithner avait du mal à staffer son ministère. Il a au moins trouvé un gars pour s'occuper des "domestic financial issues". Atrios nous signale que le nouveau venu se caractérisait en 2007 par... son optimisme:

Mr. Alexander's role as Citigroup's chief economist didn't entail significant management responsibilities. But his optimistic economic forecasts colored executives' views that the U.S. was unlikely to face a prolonged slump.

"I think that's not going to spill over more broadly into the economy, and so I think we're going to have a normal kind of housing cycle that's going to last through the middle of this year," Mr. Alexander said in a 2007 interview on PBS.

Toujours via Atrios, Harold Meyerson au Wapo:
But Geithner's indulgence of bankers' indulgences is fast becoming the Obama administration's Achilles' heel. The AIG debacle is the latest in a series of bewildering Geithner decisions that threaten to undermine the administration's efforts to restart the economy. So long as it's Be Kind to Bankers Week at Treasury -- and we've had eight straight such weeks since the president was inaugurated -- American banking, and the economy it is supposed to serve, will remain paralyzed. The Geithner plan to restart the banks provides huge taxpayer subsidies to hedge funds, investment banks and private equity companies to buy the banks' toxic assets without really having to assume the risk.
...
It's certainly not because Americans are dead set against bank nationalization: A Newsweek poll this month found that 56 percent of respondents supported it. Hell, Alan Greenspan supports it. But Geithner seems unable to imagine a banking system not run by its current leaders or owned by its current shareholders or engaged in the same arcane securitization practices that led to its collapse. An administration that is busily creating alternatives to our health-care system and our energy policies is being dragged down by a Treasury secretary who cannot conceive of an alternative to our ca:tastrophic system of banking.

Glenn Greenwald, le constitutionnaliste, commence à faire la loi sur ce qui concerne la crise économique également. Sur AIG, Summers, Emanuel et Geithner (l'équipe qui gagne!) ont essayé de faire porter le chapeau du paiement des bonus au sénateur Chris Dodd avec des fuites anonymes dûment répétées par la presse du beltway. Greenwald s'est attaché à remettre les choses à leur place (la réalité était strictement l'inverse - standard). Branle-bas de combat dans les rédactions des "journaux de référence" qui ont rectifié à la hâte. Greenwald est en train de devenir le personnage le plus redouté de tous les médias américains. L'honnêteté est tellement rare dans les médias aux Etats-Unis que quand elle apparaît, elle emporte tout sur son passage. Au milieu d'un système politico-médiatique en décomposition, sa bonne foi militante et son honnêteté intransigeante le font naturellement ressortir. Son impact est ahurissant. Il représente l'avenir. Plus de bonimenteurs vendus à des marchands d'arme, des entreprises de BTP ou de distribution d'eaux qui nous gavent de leurs opinions évidemment "indépendantes" mais des gens sérieux qui bâtissent leur réputation en étant sur chaque sujet irréprochables factuellement et sûrs dans leurs jugements. Et si ces nouvelles références venaient à nous trahir? Pas de problème: elles seront remplacées. Le même processus qui leur aura permis d'apparaître fera peser sur eux une pression concurentielle continue. The future looks bright ahead!

mercredi 18 mars 2009

Les dirigeants d'AIG se trompe de film

Michael Hudson (un commentateur obscur que je viens de découvrir et dont vous n'entendrez parler que dans le Blogo) trouve étrange que les médias et le monde politique américain s'indignent des bonus distribués chez AIG ($135 millions) alors qu'ils ne représentent que 0.1% des sommes débloquées pour aider l'entreprise à remplir ses engagements face à ses contreparties ($184 milliards). Combien ces contreparties ont-elles distribué en bonus grâce à ces sommes obtenues d'AIG? Sûrement beaucoup plus que $135 millions. Il faut bien dire que cette histoire est "front and center" dans tous les médias américains depuis le début du week-end. Obama et beaucoup d'hommes politiques sont venus porter leurs pierres à l'édifice de cet "outrage across the board".

Hudson s'indigne du fait qu'à l'occasion de cet emballement médiatique devenu cathartique, des politiques dans la poche des banques comme le sénateur Charles Schumer ou le député Barney Frank se donnent des airs de pourfendeurs de Wall Street alors qu'ils en sont en réalité les courroies de transmission au congrès.

Pour Hudson, cet "haro sur les bonus d'AIG" n'est qu'une diversion qui permet de canaliser la colère populaire contre un épouvantail afin de la détourner d'une cible plus évidente: l'ensemble du système bancaire. D'où la surenchère dans la dénonciation et le "posturing". Je suis globalement d'accord avec lui mais Hudson commet une erreur cruciale dans sa narration des faits car il attribue la révélation de la liste des contreparties qui a eu lieu dimanche soir au gouvernement alors que ce sont les dirigeants d'AIG qui ont "lâché le morceau" dans un communiqué de presse.

Voici la chronologie des évènements telle que je les comprends:
D'abord des attaques répétées tout le week-end suite à la révélation du paiement de $135 millions de bonus chez AIG. On rappellera pour mémoire que $4 milliards de bonus avaient été distribués chez la défunte Merrill en décembre juste avant son acte de décès officiel et après des renflouements massifs de l'Etat. La réaction médiatique avait été moindre (en gros, personne n'avait jamais réclamé sérieusement la restitution de l'argent ce qui commençait à être le cas pour AIG - your Wall Street type will gladly take abuse but will frown upon letting any money on the table). Se sentant injustement mis à l'index par rapport à tous leurs amis de Wall Street qui sont systématiquement épargnés par les médias, les dirigeants d'AIG sont amers. Ils savent à quel point leur sauvetage a été utile au reste de Wall Street et ils ne comprennent pas pourquoi ils sont livrés à la vindicte populaire. Par dépit et pour menacer tacitement l'establishment bancaire d'encore plus de révélations, ils rendent public la liste des contreparties qui ont bénéficié des quatre renflouements successifs d'AIG. Ils se croient à la fin de Reservoir Dogs (les deux clips ci-dessous contiennent des images très violentes - âmes sensibles s'abstenir).

Le problème c'est que leur coup n'a pas porté car comme le signale Hudson, les médias ne se sont pas intéressés à ces révélations (what a shocker!). En revanche, les dirigeants d'AIG se sont retrouvés comme dans la scène de Pulp Fiction où un personnage (AIG) décharge son révolver contre Jules et Vincent (Wall Street) sans les toucher: en situation de vulnérabilité.
(voir les 20 premières secondes de ce clip encore une fois très violent).

En brisant l'omerta sur le secret le mieux gardé de Wall Street (les petits arrangements entre amis liés au bailout plan) les dirigeants d'AIG ont accéléré la disparition de leur firme qui a de toute façon fait son office. D'où le ramdam encore amplifié depuis le début de la semaine.

Note: Il s'est passé des choses depuis que j'ai écrit ce post. Le président d'AIG a demandé à ses employés de restituer la moitié de leur bonus. Je serais étonné que cela règle le problème. Peut-être que cela aurait fonctionné le week-end dernier, mais depuis qu'ils ont publié la liste des contreparties, la question n'a plus rien à voir avec les bonus. Un système maffieux sain se débarrasse des balances.

Test: sondage sur le blogo

Je vais commencer à faire des sondages du lectorat du blogo. Si vous pouvez répondre à cette question, cela me permettra de vérifier le bon fonctionnement du sondage.

Quelle est votre couleur preferee?
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Nouvelle incursion du blogo dans le "sociétal"

J'apprends en lisant Glenn Greenwald que le Portugal a décriminalisé les drogues en 2001 (usage? commerce?). Greenwald y est allé en mission pour la Cato Institute et il présente l'initiative portugaise comme un succès. Je ne suis pas très attentivement les médias français mais je dois dire que je n'avais jamais entendu parler de cette expérience portugaise. Si les résultats sont bons, pourquoi des politiques en France ne se saisissent-ils pas du sujet?

A noter, pour faire quand même un lien avec le sujet du blogo*, que l'abandon de la prohibition date de 1933. Les dépressions sont-elles les moments idoines pour relâcher la pression sur ce genre de sujets? Attali semble aller dans ce sens quand il regrette (démagogiquement) au sujet de la loi Hadopi: "pour une fois qu’on pouvait donner quelque chose gratuitement à la jeunesse, première victime de la crise". Les crises entraînent-elles des périodes de plus grande permissivité?

Note: Après la loi Hadopi, le blogo se coltine la dépénalisation de la drogue. A quand des posts enflammés sur les "droits des malades enfin de vie"? Tant que j'y suis: je ne reproche pas au Pape ne pas vanter l'usage du préservatif sur des panneaux publicitaires "4 par 3" en Afrique. De là à ce qu'il déclare que les préservatifs "augmentent le problème" du sida comme il vient de le faire, il y a un pas. Ce genre de discours met franchement mal à l'aise.

* Le "sujet" du blogo est une notion un peu fluctuante. J'ai mis dès le début "Chronique d'une crise annoncée" en sous-titre mais je pensais démarrer un blog généraliste. J'ai pensé changer le sous-titre pour, par exemple, "Chronique de la chute de l'empire" (que j'aime bien). Rien n'est inscrit dans le marbre de toute façon. Il y a cinq ans, c'est la guerre américaine en Irak qui captivait mon attention. C'était le fait politique majeur du moment. Aujourd'hui c'est la crise économique. C'est également le fait politique du moment. Je vais essayer de faire du Blogo un blog sur ce qui est important, "a blog about what matters". Dans notre monde qu'on peut encore sans trop de risque qualifier d'empire américain, beaucoup des choses importantes se passent aux Etats-Unis. Mais si des pays se distinguent en bien (drogue au Porgugal) ou en mal (loi Hadopi en France) en prenant des chemins susceptibles d'être suivis par le reste du monde, cela mérite également d'être évoqué. Sans compter que si l'empire s'effondre, tous les pays le constituant auront joué un rôle dans son effondrement. Voilà, j'en ai fini avec ce qui à la relecture ressemble un peu à un "mission statement" du blogo. Long overdue anyway.

Au passage et pour que ce post puisse prétendre au titre de post le plus "gloubi-boulga", deux images tirées de l'entrée wikipédia française sur "empire américain" que j'ai trouvées impressionnantes:
George Lucas n'a pas autant d'imagination qu'on le croie:
Les guignols de l'info ont à peine modifié la vraie carte d'Etat-Major du commandant Sylvestre:

Le Blogo contre la loi Hadopi

Cette loi Hadopi est imbécile. Elle va échouer. La place logique de la France est aux avant-postes des nouvelles libertés numériques. Après des siècles de contrôle de la culture et des médias par un nombre limité d'individus surveillés de très près par les pouvoirs politiques et économiques, la technologie permet enfin un éclatement du pouvoir médiatique. Il est fort à parier que les démocraties pré-internet resteront dans l'histoire comme de simples esquisses (ou comme des farces pour certaines).

L'internet menace beaucoup de structures de pouvoir. Parmi celles qui sont menacées, les maisons de disques et de productions cinématographiques sont du menu fretin. Qu'elles aient réussi en France à s'attirer les faveurs des pouvoirs publics au détriment de l'immense majorité des citoyens du pays me rappelle précisément le fonctionnement routinier d'un autre pays où le pouvoir politique est devenu sourd au peuple et servile envers les "politically connected": les Etats-Unis (suprise! ;-) ).

Nous sommes donc, contrairement aux apparences, complètement dans le sujet du Blogo. J'ai lu sur Wikipédia qu'on suggérait aux blogs de s'habiller de noir pour s'opposer à la loi Hadopi. Le bandeau en haut du blogo devient donc noir aujourd'hui.

Cette loi va sans doute passer mais il est possible qu'elle se retourne contre ses auteurs. Il y a en effet une approche cynique de la loi Hadopi: en organisant une ségrégation entre les oeuvres "libres" et les oeuvres copyrightées, elle crée un marché où les premières ont un avantage déterminant sur les secondes. Combien de temps avant que les oeuvres libres ne se diffusent plus que les oeuvres payantes? Les "majors" ne perdront-elles pas plus vite leur influence en s'arc-boutant sur leurs copyrights? En se ghettoïsant dans le payant? (c'est exactement ce qu'a fait le NYT en faisant payer ses éditos pendant deux ans avant d'y renoncer). Quelle que soit la manière dont se manifestera finalement son échec, cette loi n'est qu'un château de sable devant la marée montante.

Sur l'internet en général, je pense que notre attention est une rémunération suffisante pour quelque oeuvre que ce soit. A charge pour l'artiste de trouver des moyens de se rémunérer à partir de l'attention que je lui ai consacré ou de vivre d'un autre travail si son activité artistique est bénévole.

Pour ceux que ça intéresse, je recommande la chronique de Jaques Attali sur la loi Hadopi dont voici la conclusion:

Cette loi sera sans doute votée, parce qu’elle est le pitoyable résultat d’une connivence passagère entre des hommes politiques, de gauche comme de droite, toujours soucieux de s’attirer les bonnes grâces d’artistes vieillissants et des chefs d’entreprises bien contents de protéger leurs profits sans rien changer à leurs habitudes.

Cela échouera, naturellement. Pour le plus grand ridicule de tous.

Et un petit message personnel pour finir aux sympathiques "gens du spectacles", "troubadours" et autres "saltimbanques" qui ont soutenu cette loi en dépit de la régression évidente qu'elle entraîne pour les libertés individuelles: GFY.

mardi 17 mars 2009

Le patrimoine des français serait en baisse de 3%

Selon l'Insee, le patrimoine des ménages aurait baissé de 3% en 2008. La FED donne -18% aux Etats-Unis en 2008 comme signalé récemment sur le blogo. A part ça, les performances économiques des deux pays sont similaires. On se demande vraiment par quel miracle (même si ces chiffres ne sont pas forcément calculés de la même manière - la différence semble assez significative).

Le retour du cookie monster

Le cookie monster avait fait son apparition sur le blogo à l'improviste dans ce post d'une manière qui m'avait moi-même surpris. Le revoilà pour nous expliquer le scandale Madoff (via The Big Picture).

lundi 16 mars 2009

La Socgen peut remercier le contribuable américain

Sur un total de $105 milliards versé à des contreparties, le sauvetage d'AIG a bénéficié à hauteur de $13 milliards à Goldman Sachs, plus gros bénéficiaire (chiffres AIG via Bloomberg). On pouvait supposer que des banques étrangères avaient bénéficié du sauvetage mais il se trouve qu'en position deux et trois parmi les récipiendaires, on trouve la Société Générale et la Deutsche Bank pour $12 milliards chacune!

Je me demande:
1) Pourquoi ces informations que la Fed refusait de dévoiler ont fait l'objet d'une fuite* d'AIG? Cela a-t-il à voir avec la polémique sur les bonus des dirigeants d'AIG? Est-ce un chantage de la direction d'AIG au monde financier: "Si vous n'êtes pas solidaires avec nous sur nos bonus, on dévoilera toutes les infos que vous préfèreriez confidentielles". Ce serait marrant: un début de dissension au sein du monolithe bancaire qui pourrait entraîner la fin de l'omerta sur certains aspects du "bailout plan". Les banques ont clairement intérêt à rester soudées mais ne serait-il pas moral que l'avidité exacerbée qui les unit finisse par causer leur perte? Nous n'en sommes pas là.
2) Comment les américains vont-ils prendre le fait que les choix de leurs représentants politiques les conduisent à donner des milliards à des banques étrangères dans le seul but de préserver un pouvoir financier qui n'a de cesse de les plumer?
* Ce que j'appelle une fuite est en fait un communiqué de presse...

Irréel: JPM joue au casino avec l'argent des autres

(cette news a deux semaines déjà, j'ai un peu tardé avant de faire le post)

Alors que l'année 2008 a été exécrable pour Wall Street dans son ensemble, JP Morgan a annoncé un profit de $5 milliards sur ses trades de dérivés de crédit. Revoilà donc une fois de plus des golden boys qui ont été plus plus intelligents que tout le monde et qui méritent à la fois gloire et richesse. A n'en pas douter, l'équipe de Matt Zames va être rémunérée à la hauteur de ses performances.

Il y a cependant un problème. Avant septembre 2008, si JP Morgan faisait de mauvais trades, elle aurait subi le sort de la Barings (coulée par Nick Leeson). La faillite était la sanction naturelle qui incitait les banques à ne pas laisser leurs trading desks faire n'importe quoi. C'est fini. Les oligarques américains ont créé depuis septembre 2008 un nouveau concept: la banque insubmersible car recapitalisée au fil de l'eau de manière illimitée par le contribuable.

Le "bailout plan" (TARP) et les interventions de la FED ont rendu le système bancaire de fait irresponsable. Dès lors, la prise de risque qui a permis ces $5 milliards de profits s'est faite aux dépens du contribuable. De plus, ces trades n'ont payé que parce que le même contribuable a empêché les contreparties de JP Morgan de faire faillite... La "banque-en-faillite-et-soutenue-par-l'Etat" A a fait $5 milliards de profits sur le dos des "banques-en-faillite-et-soutenues-par-l'Etat" B, C et D. Ce serait drôle si ça n'était pas tragique*. Les grandes banques de la place sont désormais comme des joueurs dans un casino qui ne jouent pas leur argent mais auxquels on donne des jetons en leur disant qu'ils peuvent jouer et garder les profits. Les banques avaient déjà du mal à contrôler leurs traders quand elles risquaient vraiment d'y laisser des plumes mais maintenant qu'elles vivent dans l'irresponsabilité la plus totale, on se demande bien ce qui va pouvoir instiller un peu de "fear of god" sur les marchés.

C'est ce que Jim Rogers dit depuis le début de la crise: empêcher les banques de faire faillite n'est pas seulement révoltant d'un point de vue moral, c'est aussi créer un précédent dont les conséquences sont forcément incalculables et désastreuses à moyen terme. Des banquiers qui savent qu'ils ont le droit de "lever l'impôt" en cas de difficultés seront beaucoup plus difficiles à contrôler et infiniment plus toxiques que des banquiers qui sont persuadés que le moindre écart sera impitoyablement (et logiquement) sanctionné par une faillite. A noter que ces banquiers (qui avaient en principe peur de la faillite) se sont déjà révélées extrêmement toxiques. Etait-il vraiment nécessaire de leur enlever toute raison de s'inquiéter?

Après l'échec pitoyable et grotesque de la banque 1.0, voici donc la banque 2.0: la banque sans risque. Devant l'incapacité des banques à gérer leurs risques, le contribuable compatissant a décidé de les abolir. Et puisqu'en plus d'être compatissant, notre contribuable est généreux, il n'a absolument rien demandé en échange.

* Et please, dans le contexte actuel, interdisons le "prop trading" dans ces institutions. Il y a quand même des limites au ridicule. Mais pour cela, il faut na-tio-na-li-ser. Cela rejoint l'appel précédent du Blogo à l'interdiction des CDS. Et aussi l'appel à l'annulation des CDS existants. J'imagine que certains lecteurs ouvrent de grands yeux mais nous y arriverons, je ne vois pas d'autres solutions. Si vous en avez, vos commentaires sont les bienvenus.

Note: Pour les CEOs de banque vraiment anxieux, l'assurance tout risque contre la faillite semble être de faire massivement des trades pourris avec GS. Devoir énormément d'argent à GS est la meilleure garantie de voir l'argent du TARP se déverser sur votre institution à coups de dizaine de milliards de dollars.

Où l'on reparle de Judith Miller

J'ai déjà évoqué sur le blogo le peu de considération que j'avais pour Judith "aluminium tube" Miller, ex-journaliste du NYT qui avait été la propagandiste en chef de l'administration Bush avant (et après) l'invasion de l'Irak. Marc Andreesen, fondateur de Netscape, dit à Charlie Rose dans le clip suivant que la pilule "Judith" n'est pas passée chez lui non plus et qu'il en a conçu une certaine hostilité envers son journal, allant jusqu'à créer un "NYT Deathwatch" sur son blog. Cela convaincra le lecteur que les fixations du blogo ne sont pas si insolites que ça. Voir à partir de 28min50s.

A noter que l'interview est intéressante pour les gens qui s'intéresse à la technologie. Andreesen considère également que les journaux vont disparaître sous peu. Music to my hears.