vendredi 21 août 2009

Friday Plane Blogging

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mardi 18 août 2009

Post-It (3)

Il n'y a jamais eu autant d'enclenchement de procédure d'éviction (foreclosures) qu'au mois de juillet aux Etats-Unis. 360000 (contre 60000 environ par mois en 2006). Pas exactement un signe de reprise.

Pour ceux qui veulent comprendre comment marchent les campagnes de désinformations des vieux médias américains destinées à formater l'opinion dans un sens toujours favorable aux conservateurs, un exemple saisissant (c'est toujours en gros le même schéma: des "corporates journalistes" relatent sans le dire des nouvelles (souvent fausses) scénarisées par des groupes d'intérêts). Ce phénomène est omniprésent.
Note: Greenwald en rajoute une couche sur un phénomène similaire: un lobbyist chevronné fait des éditoriaux et est reçu sur les plateaux télés comme s'il était un contributeur autonome au débat public.
Pour ceux qui veulent un résumé efficace sur les médias et la politique aux Etats-Unis, ces deux liens sont très efficaces.

Toujours Greenwald. Hier il attaque un ancien candidat à la présidentielle. Le candidat républicain se sent obligé de répondre. C'est assez inouï. Aujourd'hui Greenwald se demande ouvertement si sa réponse mérite une réponse. Il est devenu un des personnages les plus influents aux Etats-Unis, à la chasse des vampires de Washington avec son crucifix et son ail(il fallait oser la métaphore sur les vampires mais c'est le blogo ici: tout est permis). L'establishment est déstabilisé par Greenwald. La règle communément admise pour le moment semble être: "si vous êtes attaqué par Greenwald, répondez-lui" (c'est énorme comme impact). Je pense qu'ils vont assez vite passer à une autre stratégie qui sera d'essayer de l'ignorer. Il a tellement d'ennemis que des campagnes vont également être organisées contre lui. Etonnamment, pour l'instant, il y en a eu assez peu. Il fait peur. C'est très impressionnant.

Dur pour Obama. Encore une promesse de "faire de la politique autrement" qui n'aura pas survécu à quelques mois de pouvoir:


Frank Rich du NYT dénonce la corruption US en s'appuyant (beaucoup) sur Greenwald. Lecture fortement conseillée. Extraits:
But this mood isn’t just about the banks, Public Enemy No. 1. What the Great Recession has crystallized is a larger syndrome that Obama tapped into during the campaign. It’s the sinking sensation that the American game is rigged — that, as the president typically put it a month after his inauguration, the system is in hock to “the interests of powerful lobbyists or the wealthiest few” who have “run Washington far too long.” He promised to smite them.

The New Republic, l'équivalent démocrate du Weekly Standard, cire les pompes de l'axe Wall Street-Washington. Corporate cheerleading you can believe in!

Vous savez que le blogo accorde peu de crédits aux statistiques économiques car elles servent trop souvent des agendas politiques (la récession qui frappe l'Amérique au moment du 11 septembre n'a été "révélée" qu'après coup... on peut juger que c'était nécessaire, en tout cas, ça veut dire que la boîte de Pandore est grande ouverte). Je suis curieux de voir comment la croissance américaine va être révisée (dans les jours qui viennent) suite aux annonces positives de la France et de l'Allemagne... Les Etats-Unis tranquillement number 2? Nous verrons...

dimanche 16 août 2009

Inégalités

Atrios a un post qui ressemble à ce qu'on lit ici (pour sensibiliser le lecteur sur le fait que d'autres commentateurs relativement mainstream sont sur la même ligne que le Blogo - on se sent moins seul):

Captured
In many ways massive inequality is a symptom of an unjust system rather than something to be considered about in and of itself. Still, as we've seen recently it's rather obvious a wealthy class has managed to capture the apparatus of government for its own financial benefit.

L'article "linké" par Atrios est intéressant, il commente ce graphe:

Krugman sorti de la blogo compliant list? Non.

W. suggère que j'enlève Paul Krugman de la BCL (Blogo Compliant List). L'argument est clair: Krugman vient d'appeler au renouvellement du mandat de Bernanke et devinez qui est intervenu autour de 2000 pour obtenir au non-encore-nobélisé Krugman un poste extrêmement prestigieux à Princeton? Ben Bernanke.

Ce genre de renvoi d'ascenseur est monnaie courante et il démontre s'il en était besoin à quel point les élites économiques américaines fonctionnent comme une caste. Pas étonnant que personne n'ait vu venir la bulle dans le monde journalistique ou académique: le conformisme prédomine. C'est aussi comme ça que j'explique le fait que Roubini ait été "seulement" prof à NYU: une critique radicale ne pouvait émaner des institutions "top tier" qui cautionnaient toutes le système. Plus un prof monte dans la structure et plus il est difficile pour lui de s'affranchir du politiquement correct.

De toute façon, la BCL est remplie de gens qui ont démontré par des déclarations ou des actes qu'ils semblaient avoir compris la radicalité de la cassure qui s'est produite. Pour beaucoup, ils sont loins d'avoir le couteau entre les dents. Donc Krugman reste sur la Blogo Compliant List, sachant qu'il a fait l'objet ici de louanges et de critiques virulentes.

vendredi 14 août 2009

Let's try it again!

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Retour de vacances (post écrit mardi)

Bon, j'ai deux semaines de retard de lectures et je ne garantis pas que les nouvelles dans ce post seront de première fraîcheur. De plus, je suis dans le train sans internet ce qui est une excuse pour laisser vagabonder son esprit et ne pas faire de liens pour renforcer ses assertions. So here it is...

Cela fait maintenant deux ans que la crise a commencé. J'ai assisté à une conférence sur les produits titrisés basé sur des avions au printemps 2007. Dans une salle comprenant 200 à 250 personnes, un des intervenants a demandé à l'assistance combien de personnes anticipaient un retournement de la conjoncture en 2007. Trois ou quatre mains se sont levées. Il se trouve que l'organisme qui date les récessions aux Etats-Unis a fait démarrer celle-ci en décembre 2007. Après des années de record de prises de commande auprès d'Airbus et de Boeing, il pouvait sembler évident que le marché de l'aviation civile était chauffé à blanc. 1000 avions commandés par constructeur environ en 2005 et en 2006 alors que la capacité maximale de production n'avait jamais dépassé 500... Un avion à lui seul avait battu tous les records: le 787 de Boeing. Après plus de 15 ans sans avoir mené à bien un nouveau programme en partant d'une feuille blanche, Boeing allait simultanément révolutionner la technologie (composite) et la méthode de production (sous-traitance massive dans le monde entier, au Japon et en Italie notamment). Le tout en 4 ans. Toutes les compagnies aériennes du monde ont mordu à l'hameçon. L'Amérique toute puissante peut tout vendre, des avions en plastique au subprime, rien n'est impossible.

Il y a deux ans, la foi du Rest Of the World (ROW) dans l'hypercompétence américaine est totale. Oh bien sûr, il y a eu la guerre en Irak et il y avait George W. Bush. Mais déjà la vague républicaine était en retrait (perte de la majorité en 2006) et le vent politique a tourné. La guerre en Irak a déplu mais personne ne doute réellement du fait que les américains peuvent se la payer. Personne n'a encore compris que cette guerre est le symptôme du fait que la démocratie américaine est cassée. Depuis des décennies, l'extension du pouvoir des lobbies a fini par confisquer leur démocratie aux citoyens américains sans qu'ils en aient encore vraiment conscience. Cette conscience se forme en ce moment, dans la douleur comme il se doit.

Il faut dire qu'à l'époque, la vie est belle. La prospérité économique est réelle. Il est facile de trouver un emploi. Il est surtout extraordinairement facile d'emprunter. En attirant des ressources venues du monde entier, les élites américaines ont conçu un Ponzi scheme réellement prodigieux qui garantit au plus grand nombre un niveau de vie sans équivalent dans le monde. Evidemment, on peut d'ores et déjà se demander si les américains rembourseront un jour les sommes astronomiques qu'ils ont empruntées mais qui peut réellement mettre en doute l'hyperpuissance sans risquer le ridicule? (certains l'ont fait comme Emmanuel Todd).De quoi les citoyens américains peuvent-ils se plaindre? On leur prête sur leur bonne mine. En 1999, il faisait meilleur travailler pour Enron que pour EDF. Les américains travaillent métaphoriquement pour Enron: un système frauduleux et voué au crash mais qui rémunère beaucoup mieux que les alternatives. Les élites se rémunèrent grassement au passage avec du capital qui fait assez masse pour résister en partie à la crise qui vient (ce qui n'est pas le cas des américains dans leur ensemble) mais en tout cas, le confort est réellement partagé par presque tous.

Et peut-on blâmer les américains? Ces capitaux qui affluent vers eux sont la conséquence de leur domination de nos esprits. Le monde et les autres zones économiques n'auraient-elles pas dû échapper à cette logique du "winner takes all" qui les desservait évidemment? Fallait-il réellement des prix nobels d'économie dans les banques allemandes pour déterminer que les prix de l'immobilier aux Etats-Unis étaient aberrants? Non. Il fallait simplement plus de banquiers indépendant d'esprits qui n'aient pas l'impression de lire la vérité révélée dans les pages du triptyque (Wall Street Journal, The Economist et Financial Times). Si un pouvoir se déploie sans jamais rencontrer de contestation, il est normal qu'il devienne absolu puis corrompu. C'était la responsabilité du ROW de maintenir les Etats-Unis en respect et l'échec a été absolument lamentable. C'est toujours le cas aujourd'hui. La phase aigüe de la crise ne sera atteinte que quand le ROW tirera finalement les conséquences de l'ampleur du Ponzi Scheme américain. Pour l'instant, tout le monde tente de mettre la poussière sous le tapis et de faire comme si de rien n'était mais la conviction du Blogo et que le mal est trop profond pour que ces efforts inouïs suffisent à créer un nouvel équilibre sans qu'on passe par la case "réformes massives".

Car il ne faut pas se leurrer: la crise n'a donné lieu pour l'instant qu'à des réformes structurelles absolument risibles. Toutes les contraintes pesant sur les établissements financiers ont été relâchées contre absolument aucune concession en retour. Même le marché des CDS n'a pas évolué et fait l'objet d'une lutte aux coûteaux (ou au moins d'un débat) entre les lobbyists des banques et les hommes politiques (qui sont souvent les mêmes, c'est dire si le débat est compassé).

Et c'est tout le problème de la réaction des politiques à cette crise qui se pose désormais. Le système bancaire mondial a fait faillite. Il faut mesurer ce que cela représente pour le personnel politique. La plupart des politiques mondiaux (qui s'occupent de finance) lisent le Financial Times et The Economist. Autrement dit, ils n'ont aucune idée de ce qui se passe réellement. Steven Colbert se moquait de Fox News en disant: "On Fox News, you have both sides of every issue: the President side [Bush], and the Vice-President side [Cheney]". On pourrait dire la même chose du triptyque: " You have both sides of every issue, the Goldman Sachs side, and the Morgan Stanley side". Le pouvoir politico-financier qui a émergé ces trente dernières années a produit son propre discours auto-justificateur dont nous sommes abreuvés et dont nous acceptons, consciemment ou non, beaucoup de présupposés. La presse économique française a pour tête de file Les Echos qui appartient au même groupe que le Financial Times.

Que fallait-il faire? Beaucoup de gens pensent que les autorités américaines ont géré au mieux cette crise. Le triptyque nous dit que la seule erreur commise a été de laisser sombrer Lehman Brothers. (Ne pas sauver une bande de gars en costard Paul Smith? Quelle horreur!). C'est un sujet compliqué car nous laissons chaque jour au bord de la route des scénarios alternatifs sur lesquels nous ne saurons jamais rien en termes de résultats. Ce qu'on sait de façon certaine c'est que quand il s'est agi de faire quelque chose, une seule voie a été entendue par les responsables politiques : celle des banques. Le contrôle de l'exécutif américain par les banques (au moins sur le sujet des banques) est apparu au grand jour (cf Paulson et AIG) mais aussi du législatif car après avoir d'abord refusé de voter le TARP, les représentants politiques américains l'ont accepté à la condition qu'un septième de l'argent promis aux banques soit dépensé en plus pour leurs sponsors à eux (circonscriptions mais surtout lobbyists amis). Cela donne une idée du rapport de force. A noter que le Sénat s'est une fois de plus distingué par son caractère ridiculement pro-banques en autorisant le TARP immédiatement. On se demande bien ce que les sénateurs, ploutocrates parmi les ploutocrates ($8,9 millions en moyenne, 62% de millionaires contre 1% dans la population), auraient bien pu refuser à Wall Street.

Le pouvoir politique a également eu peur et les banques (Paulson en tête) ont tout fait pour les terroriser. D'abord en septembre, dans la panique, puis en mars en obtenant une reddition complète d'Obama avec une bourse tombée extrêmement bas (notamment les valeurs bancaires). Le relâchement des normes comptables a alors complètement détendu l'atmosphère. L'idée du blogo est que l'Etat, responsable en dernier ressort de la survie économique de la collectivité aurait dû nationaliser les banques. Il ne s'agissait pas d'une action mais plutôt d'un constat: les banques ont fait faillite. Leurs directions, leurs méthodes, leurs stratégies avaient conduit à un enrichissement sans borne puis à un échec patent qui condamnait le contribuable à casser des cailloux pendant des années (quelle que soit la méthode retenue pour aller de l'avant). Rechigner à épurer les banques fautives (criminelles souvent) n'était pas seulement un aveu de faiblesse politique, c'était aussi une simple erreur de gestion qui va poursuivre Obama pendant des mois ou des années selon la gravité de la crise. Le blogo pense toujours que le status quo et la renaissance des banques ne peut pas et ne va pas durer et, comme en juin 2007 j'ignorais que la crise allait faire les gros titres 2 mois plus tard, je ne serais pas étonné si nous étions assez proches d'évènements aussi spectaculaires. Je vais essayer d'étayer cette position dans les semaines qui viennent. A court terme, la stratégie d'Obama semble avoir fonctionné mais c'est un leurre.

Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit grand chose. La crise est entrée dans sa phase complexe. Avant (en 2007) il y avait une bulle de l'immobilier qui allait éclater. Le monde était simple. Désormais, la réalité et les scénarios possibles sont infiniment plus nombreux. Le but du blogo va donc être d'essayer d'interroger cette nouvelle réalité et d'essayer de déterminer quand et comment les choses vont brusquement s'aggraver. Il faut désormais partir du principe que les Etats, les banques centrales, les régulateurs et la presse économique conspirent à maquiller la réalité des pertes et de la solvabilité des Etats (à commencer par l'Etat américain) qui se sont portés garant d'absolument toutes les dettes pourries contractées pendant le boum. Les indicateurs seront notamment la facilité qu'auront les Etats à placer leur dette, la matérialisation de l'inflation longtemps annoncée (sur le blogo aussi) et toujours absente. L'idée de base est de ne faire confiance à personne. Le postulat est que les Etats (l'Etat américain en particulier) a pris en charge trop de risques et qu'avec la complicité d'un ROW vassal, tout va être entrepris pour que cette fiction perdure le plus longtemps possible en espérant qu'en faisant les équilibristes assez longtemps, le problème disparaîtra finalement sans que les élites responsables du marasme n'en soient affectées. Je postule donc que les Etats, les banques centrales, les banques (!) sont tous rentrés dans un jeu de poker menteur non pas par choix mais par obligation.

L'intérêt de l'Europe n'est pas évident. Le sens de l'histoire et sa diversité politique ne lui permet pas d'envisager un rôle hégémonique à l'américaine. On peut d'ailleurs se demander si elle doit embrasser le changement (la destitution des Etats-Unis pour un monde multi-polaire) ou si son intérêt est de rester le petit frère de l'empire (perd-elle plus d'influence en abandonnant le rôle de second de l'empire qu'elle ne gagnerait en partageant de manière égale avec le reste de la planète les prérogatives américaines?). De toute façon, l'heure n'est plus à pleurer sur le lait renversé et je pense pour ma part que l'Europe doit pousser dans le sens d'une nouvelle organisation mondiale. Pas par anti-américanisme mais parce que le système américano-centré NE MARCHE PAS*! Trop de capitaux sont détournés vers les Etats-Unis, la puissance militaire y est trop concentrée.

La vraie crise est donc devant nous. Ce que j'appelle la vraie crise n'est pas quantifiable par une chute du dow jones ou une baisse du dollar. C'est plus simple que ça. Deux éléments annonceront pour moi qu'on a passé la crise: la baisse de l'endettement américain (tout confondu) et la baisse du budget militaire. Tant que l'endettement continue (plus pour les particuliers mais par l'Etat pour soutenir essentiellement les banques) et que le budget militaire augmente, tant que le ROW n'aura pas dit non une bonne fois à l'Amérique, la situation ne pourra que s'agraver. Car c'est bien cela qui est testé: notre capacité à nous organiser collectivement au niveau mondial autrement qu'autour de l'hégémon. L'expérience de l'Union Européenne est très certainement digne d'intérêt dans cette perspective. Le système craque de toute part mais tant qu'on ne construira une alternative, la déliquescence et la faillite de la structure de pouvoir américaine peut nous entraîner très bas. Penser une seule seconde qu'elle va se réformer d'elle-même sans contrainte extérieure me paraît complètement irréaliste. Le retour sur terre risque cependant d'être douloureux et donc dangereux.

A la fin des fins, il faut que ces courbes baissent (bleue et verte - la rouge baisse déjà et il faudrait qu'elle monte...):
(comme pour toutes les images sur le blogo, cliquez pour agrandir)
* Quelle ironie d'utiliser finalement contre l'empire l'argument (supposément pragmatique) qu'il a utilisé pendant des années pour justifier sa domination: mon système fonctionne mieux! Blair par exemple qui n'était "ni de droite, ni de gauche mais pour ce qui marche". Et bien il s'avère que ce qui marche ne marchait pas! How about that?

Le puzzle chinois

Un des défis de la rentrée pour le Blogo est de se faire une opinion sur ce qui se passe en Chine. La plupart des sujets économiques sont traités de manière consternante par les commentateurs mais la Chine est une boîte noire sans équivalent. Elle a ceci d'intéressant qu'elle est devenue la béquille économique des Etats-Unis. Si elle casse maintenant, c'est l'économie mondiale qui devra être réorganisée. Pourtant, il est très difficile de se faire une idée sur ce qui s'y passe réellement et quand on voit ce à quoi la supposée "transparence" américaine a abouti, on se demande bien ce que nous réserve l'opacité chinoise.

Il semble que le gouvernement ait récemment lancé un stimulus dont une partie a servi à alimenter une bulle spéculative sur la bourse et l'immobilier. 15% du trillion de dollars dépensé aurait été détourné pour alimenter la bourse car le gouvernement serait incapable d'exercer le contrôle suffisant pour obliger les sociétés à respecter les directives gouvernementales (ce qui nous dévoile déjà une certaine faiblesse de l'Etat supposé être la clé de voûte de l'économie mondiale). D'où venait ce trillion? On nous dit que les chinois sont les fourmis et qu'ils ont fait des économies en période faste. Très bien mais ces économies sont pour une part importante en bon du trésor américain et ils ne peuvent donc pas les vendre sinon le Ponzi Scheme US s'effondre. Qui plus est, ils vont devoir augmenter leurs achats de dette US s'ils veulent laisser aux Etats-Unis une petite chance de s'en sortir. Alors d'où vient l'argent? On doit croire qu'il se trouvait là, prêt à être employé. Très bien. Mais il y a une moindre croissance en Chine aussi (cf électricité et importation de pétrole, les stats officielles sont moins claires). Alors d'où viendra l'argent pendant les quelques années où les Etats-Unis vont en avoir besoin? Et pour les stimulus nécessaires pour maintenir la croissance au-dessus de 8% comme on nous explique qu'il est impératif pour cette économie (encore un axiome absolument ridicule qui pollue le discours et qui fait immédiatement penser au "les prix de l'immobilier ne baissent jamais aux Etats-Unis" qui a rendu la crise possible), qui va payer?

Nous somme censés croire que la Chine va, avec ses petits bras musclés (son PIB n'a dépassé que récemment celui de l'Allemagne), sauver le monde à coup de trillions de stimulus à usage interne et de centaines de milliards d'obligations américaines. Le bullshit detector du Blogo commence à s'exciter mais je dois dire que je n'ai pas encore d'opinion définitive sur la question. Il y a une chose qui est sûre: ce n'est pas avec ses réserves en devise que la Chine finance son stimulus. Si cette politique était ne serait-ce qu'annoncée, cela ferait crasher le dollar à 0.50€ en 15 jours.

La Chine me semble jouer pour les Etats-Unis un rôle un peu similaire à celui qu'avait joué l'auditeur unipersonnel de Madoff: celui de la boîte noire qui permet de faire croire à la pérennité à long terme du Ponzi Scheme. Si, comme je l'envisage, le soutien financier de la Chine aux Etats-Unis est financé par une création monétaire aussi éhontée qu'aux Etats-Unis, alors la boucle est bouclée et le tic tac de la bombe à retardement va commencer à s'entendre de plus en plus distinctement au fur et à mesure que ces deux pays vont s'enfoncer dans la crise (les recettes fiscales doivent bien baisser en Chine également...).

C'est là que le Blogo a un petit avantage sur le reste du commentariat économique. Qui va en effet réellement prendre comme hypothèse de départ que la Chine et les Etats-Unis sont tous deux arc-boutés sur une politique monétaire intenable car ils sont pris au piège et que ni l'un ni l'autre ne peuvent se permettre d'avouer à leurs populations qu'il les a complètement planté? L'hypothèse est que ces deux pays ne sont pas dirigés par des gens compétents et soucieux du bien être de leurs concitoyens mais par des bandits en cavale qui n'ont de vrais soucis que d'effacer la trace de leurs exactions (le blogo a déjà depuis longtemps rendu ce verdict en ce qui concerne les Etats-Unis bien évidemment mais pour la Chine, il ne s'agit que de suspicions). Et si des Etats maîtrisant la création monétaire et prêts à toutes les compromissions marchent tous les deux dans la combine, comment ces problèmes peuvent-ils finir par faire surface? Comment les problèmes apparaissent-ils quand le comptable est dans la combine? Je n'ai pas la réponse mais j'imagine que c'est par la crise monétaire.

Note: un élément de la fiche wikipédia de Henry Paulson (l'homme au téléphone, ancien CEO de Goldman Sachs) m'a toujours surpris. Dans sa période où il était chez Goldman Sachs, il est rapporté qu'il s'est rendu 70 fois en Chine et qu'il est un grand ami des dignitaires chinois (on dit dans le Daily Telegraph 70 fois durant sa carrière, j'avais le souvenir que c'était 70 fois pendant qu'il était CEO ce qui serait inouï: sur 7 ans seulement - je l'avais vu parler à une conférence et c'est peut-être de là que je tiens l'info) . Si la Chine est allée à l'école Paulson, on peut s'attendre au pire. J'ai toujours été frappé par le caractère "génération spontanée" de la relation économique entre la Chine et les Etats-Unis. On nous la présente toujours comme un état de fait mais jamais comme un choix politique. On est censé l'accepter comme évidente au même titre que le soleil ou la lune. Et pourtant, les trillions n'ont pas volé au-dessus du pacifique sans que de part et d'autre il n'y ait eu une stratégie. Il y forcément eu des accords, un projet. Qui a proposé au peuple chinois de participer au Ponzi Scheme américain? Qui a proposé aux américains d'envoyer leurs capacités de production en Chine? Ou bien tout cela s'est-il réglé lors d'un ball-trap entre Paulson et un haut dignitaire chinois, "James Bond style"? Stay tuned.
(On en est pas loin: Paulson has been described as an avid nature lover. He has been a member of The Nature Conservancy for decades and was the organization's board chairman and co-chair of its Asia-Pacific Council. In that capacity, Paulson worked with former President of the People's Republic of China Jiang Zemin to preserve the Tiger Leaping Gorge in Yunnan province.)

Note 2: Etonnant comme les gouvernements américains et chinois arrivent à stimuler la bourse ou les prix de l'immobilier sans qu'il n'y ait pour autant d'inflation généralisée. La création monétaire est massive comme dans la période 2000-2007 aux Etats-Unis, l'asset bubble gigantesque, mais les prix à la consommation restent contenus. Il est clair en même temps qu'en donnant directement des milliards aux banques, ces milliards impactent directement leurs valorisations boursières (le point bas du mois de mars était surtout dû au fait que les banques commençaient à se rapprocher de plus en plus de zéro).

Bernanke complice de la bulle immobilière

En 2005, n'importe quel observateur de bonne foi aurait dû s'insurger sur les excès de certains marchés régionaux (Californie au moins). La question est précisément posée à Bernanke dans ce clip et il est extrêmement rassurant. Je dis souvent que les médias ont rassuré les gens en disant qu'il n'y avait pas de bulle dans l'immobilier mais ils n'ont fait finalement que répéter ce que disait la FED. Alors Bernanke, menteur ou imbécile? Le blogo dit menteur. The housing bubble is not a bug, it's a feature. (Via The Big Picture, aussi un recueil des déclarations de Bernanke sur la période ici)
Pour comprendre mon scepticisme sur la bonne foi de Bernanke voir les deux graphes suivants (NYT actualisé par TBP puis Calculated Risk):

Pour mémoire:Le pouvoir est évidemment du côté du premier. C'est tout le problème.

Y a Paulson au téléphone!

Durant la semaine cruciale où le sauvetage d'AIG a été décidé (donc en loucedé de Goldman Sachs qui a récupéré $13 milliards dans l'affaire) en septembre 2008, Paulson, Secrétaire au Trésor, a eu le CEO de GS 24 fois au téléphone de son bureau (on ne sait pas pour les portables où le domicile). Cet article de Gretchen Morgenson dans le NYT révèle la promiscuité entre l'ancien et le nouveau CEO de la firme, Lloyd Blankfein. Un scandale absolument sans nom. On touche là à l'épicentre de la corruption endémique qui frappe la politique américaine. Un soir, Paulson racroche d'un appel avec Bush et il appelle immédiatement Blankfein. Le lendemain, il arrive au bureau à 6H55 et il appelle... Blankfein. Pour commencer la journée d'un bon pied. Plein de détails consternants dans l'article. Ce n'est pas vraiment une nouvelle, il suffisait de voir le résultat pour imaginer que ce genre de contacts avaient eu lieu et que ce genre de relations existaient. Connaître les détails glace cependant un peu plus le sang.

Note: Henry Paulson était CEO de Goldman Sachs jusqu'en 2006 et il est ensuite devenu ministre des finances. A ce moment là, Lloyd Blankfein a pris sa place à la tête de Goldman. Ils ne pouvaient théoriquement se parler que s'ils y étaient autorisés par une dérogation qui a effectivement était accordée cette semaine là. Les contacts ont cependant été nombreux précédemment. Les apparences étaient en gros maintenues mais dès que la tempête s'est levée, toutes les digues ont sauté et l'axe Paulson-Blankfein s'est matérialisé: du béton armé.

Friday Plane Blogging

Retour sur l'article de Matt Taibbi

Critique positive dans la CJR (Columbia Journalism Review) avec un peu de recul de l'article assassin de Matt Taibbi sur Goldman Sachs. La description de la réaction outragée des vieux médias face à l'article est attendue mais amusante. Occasion pour le journaliste de préciser que la CJR touche $25000 de GS pour organiser un évènement annuel (rien de très surprenant).

Extraits:
"Conventional business-press investigations focus too often on marginal infractions, rulebreaking within the game, and too rarely on the game itself."
Mon expérience lors d'une discussion récente avec un journaliste. Il était friand d'affaires à la Kerviel mais n'avait aucun intérêt pour le fait que le système dans sa globalité soit à bout de souffle car corrompu jusqu'à la moëlle. Talk about missing the big story!

"One upside of Taibbi’s approach is its rejection of the false notion peddled by Wall Street and its defenders that crises are like natural disasters, unpreventable and uninfluenced by important actors, political and financial."

Mot pour mot l'argumentaire du blogo.

The lesson of Taibbi is that if conventional business journalism is unwilling or unable to step back and take in the sweep of this crisis, and the systemic distortions that underlie it, somebody else will.

Cette mise en garde ne sera pas écoutée par l'establishment journalistique. Espérons qu'elle s'avèrera prophétique.

Post It (2)

Le NYT encense le 7 août l'équipe économique qui a géré la crise de Paulson à Geithner. Le "rush to judgment" est toujours pathétique. Le cheerleading maximal. Un pouvoir en marche...

Les Etats-Unis en Afghanistan: $65 milliards dépensés en 1 an soit plus de 5 fois le PIB du pays ($12,5 milliards). Et c'est sans compter les dépenses de la coalition. Une guerre à laquelle les américains sont opposés à 54% contre 41% (CNN). Par ailleurs, il y a eu 39 morts américains en juillet en Afghanistan, le record depuis 2001.

Un petit tour dans le monde merveilleux du Commercial Real Estate en Californie:

Le feu a tous les étages. Cet article du Wapo explique comment les Etats américains sont "sous l'eau" d'un point de vue bugdgétaire et ne s'en sortent que grâce à l'Etat Fédéral. Beaucoup de municipalités ont aussi des difficultés. Alors l'Etat va augmenter ses déficits, l'Asie va les financer mais un jour, la bulle de la "solvabilité infinie" qu'on prête aux Etats-Unis va bien finir par éclater.

Tout le monde a raison

Le commentariat économique a quelque chose de "l'école des fans" en ce moment: tout le monde a gagné. La bourse reste l'indicateur qui est le plus corrélé avec le moral des ménages et qui donne le la de l'appréciation de l'économie en général. Les variations ont été telles récemment que les pessimistes ont raison (la crise est majeure) mais les optimistes aussi (le rebond est spectaculaire). Les optimistes sont évidemment toujours structurellement massivement surreprésentés dans les vieux médias, sponsorisés qu'ils sont par les pouvoirs de tout poil toujours prompts à chanter leurs propres louanges et leur infaillibilité sans oublier de s'exonérer de toute responsabilité quand tout va à vau-l'eau.

jeudi 13 août 2009

Post-It (1)

Je vais faire pas mal de "post-it" dans les jours qui viennent alors je les numérote pour qu'il n'y ait pas de confusion. Ces trois entrées ont été écrites il y a trois semaines.

Glenn Greenwald: Professor Nouriel Roubini argues in a New York Times Op-Ed today that actions by the Federal Reserve over the last nine months helped avert a Depression, while former Governor Eliot Spitzer said this week that the Fed has turned into a "Ponzi scheme" that relies on insider dealing and requires vastly increased scrutiny. Those claims aren't mutually exclusive. Indeed! Surtout, le "help avert a depression" nécessiterait un "so far". Bernanke a probablement posé les jalons de quelque chose de bien plus grave dans quelques mois, après que la force corrosive de ses interventions (ie: plus rien ne vaut plus rien) ait déstabilisé tout le système économique dans la masse. Les interventions de Bernanke se résumeront dans quelques années, non pas à avoir évité les problèmes, mais à avoir fait l'autruche quelques mois/années de plus qui auront à n'en pas douter été destructrices. Elles auront permis à quelques banquiers de "party like it's 2006!". Merci pour eux Ben...

Il y a assez de maisons vides aux Etats-Unis pour loger la population du Royaume-Uni (18,7 millions). Les miracles de l'allocation de capital "à l'américaine".

mardi 11 août 2009

L'ère du grand cover-up (dissimulation)

Atrios nous rappelle pour la n-ième fois que le Commercial Real Estate (CRE) est prêt à s'effondrer. Il s'agit de l'immobilier d'entreprise qui a connu des excès similaires à l'immobilier des particuliers mais dont les obligations pourries résultantes ont commencé à virer à l'aigre plus tardivement*. Déjà évoqué dans le blogo notamment ici et .

Le mécanisme est très similaire au subprime dans son inéluctabilité mais désormais, les Etats, les régulateurs et les banques centrales sont prêts: toutes les structures permettant d'amortir le coup sont en place. Au fur et à mesure que ces obligations ne paieront plus, il se trouvera toujours une banque centrale complaisante pour prendre en pension les titres vérolés, un régulateur pour assouplir ici et là les règles comptables et des Etats prêts à gager l'argent du contribuable pour éviter encore quelques mois d'avoir à prendre leurs responsabilités et de réformer radicalement le système financier vermoulu qui nous a amené jusque là.

Ce faisant, les établissements financiers qui auraient dû normalement prendre de plein fouet la dépréciation de ces actifs vont pouvoir faire bonne figure (et incidemment distribuer des bonus). La machine est en place. Le maquillage de pertes privées en ligne d'écriture dans la comptabilité publique (sans aucun financement à l'horizon) a désormais atteint son rythme de croisière. CDS foireux? No problem! CRE qui explosent? Bring them on! La réalité économique a été abolie. Pour combien de temps?

Les structures actuelles de l'économie mondiale ont quelque chose de Freddie Mercury:
"Inside my heart is breaking,
My make-up may be flaking,
But my smile, still, stays on!"


* le décalage entre l'immobilier d'entreprise et l'immobilier résidentiel est logique: la crise a d'abord impacté le consommateur en l'empêchant de se refinancer (une n-ième fois), celui-ci a levé le pied sur la consommation, les entreprises s'en sont alors ressenties ce qui a finalement impacté l'immobilier commercial. La crise financière a d'abord donné un coup d'accélérateur au tout mais mais ses effets ont été rapidement limités par l'abolition de la réalité économique par les gouvernements.

dimanche 9 août 2009

Capco?

Capco? Il s'agit d'une structure créée en 2003 par 13 banques dont Lehman Brothers. Pourquoi en parler maintenant? Il semble que cette structure ait $150 millions d'actifs à mettre en face de 11 milliards de passifs divers. Un mini AIG en quelque sorte.

Je ne cite pas beaucoup Donald Rumsfeld sur le blogo mais il avait fait des distinctions intéressantes entre les différents types d'inconnues auxquelles était confronté le département de la défense dans son aventure irakienne:
"There are known knowns. There are things we know that we know. There are known unknowns. That is to say, there are things that we now know we don’t know. But there are also unknown unknowns. There are things we do not know we don’t know."

Quelles sont les "unknown unknowns" de la crise financière? CAPCO rentrerait clairement dans cette catégorie. Tous conspirent aujourd'hui à mettre la poussière sous le tapis. Les gouvernements du monde entier ont érigé cette technique ménagère en méthode de gestion de la crise et ils sont prêts à tout mettre en oeuvre pour que les problèmes soient camouflés le plus longtemps possible. De concert avec les banques centrales, les gouvernements font tout pour brouiller la piste des responsabilités.

Les journalistes économiques, en plus d'être corrompus, n'ont tout simplement pas les ressources en homme qui seraient nécessaires à décortiquer le système. Il est tout à fait possible que nous passions à côté d'histoires majeures et que les spotlights soient dirigés vers des diversions sans intérêt (on pense à l'encre qui a coulé sur les $165 million de bonus d'AIG alors même que la vraie histoire était que l'entreprise bénéficiait de plus d'une centaine de milliards de renflouement dont $13 milliards passaient directement à Goldman Sachs et beaucoup incidemment à des banques françaises).

On pouvait avant compter sur l'aspect révélateur de la faillite mais désormais, le gouvernement et les banques centrales peuvent prévenir ces faillites sans même en tenir informés les citoyens (cf le TARP qui a été remboursé aux profits de moyens d'aides plus "furtifs"). Le brouillard n'a jamais été aussi épais. Face à la crise, les gouvernements ont choisi l'option de l'écran de fumée. Les banques ont créé une réalité tellement grave qu'elles ont obligé les banques centrales et les gouvernements à les aider à la maquiller.

Exemple de "Things we now know we don't know": la FED a augmenté son bilan de 2 trillions depuis le début de la crise sans que l'on sache quelles banques en ont bénéficié pour quels montants.
"Things we do not know we don't know": CAPCOs et autres facéties des banques d'investissement américaines.

vendredi 7 août 2009

Friday Plane Blogging

Approche de Chicago.

mercredi 5 août 2009

Greenwald et les "Corporate Media"

A la suite de la publication d'un article dans le NYT qui se voulait peu polémique décrivant les relations entre Newscorp et MSNBC, Glenn Greenwald a fait une explication de texte qui sème la panique au sein de NBC/MSNBC/GE. Il semble que Charlie Rose* ait fait les bons offices en mai entre GE et Newscorp en réunissant les CEOs autour d'une table. Il a été convenu lors de cette réunion que les attaques de Keith Olbermann (MSNBC) contre Bill O'Reilly (Fox News) cesseraient. En échange, O'Reilly cesserait de son côté de critiquer GE. Les corporate media dans leurs oeuvres: on ne va quand même pas se mettre des bâtons dans les roues puisqu'on est finalement tous du même bord...

Et Greenwald d'attaquer impitoyablement tous les acteurs de cette farce en se faisant une fois de plus le héraut des idéaux démocratiques foulés au pied quotidiennement par les élites américaines dans l'indifférence la plus totale. Et ça fait mal. Déjà, un contributeur de MSNBC a perdu son job (Richard Wolffe): Greenwald demande est-il normal qu'un "analyste politique" de MSNBC soit employé d'une société de PR pour grandes entreprises? Il suffit que la question soit posée pour que la réponse évidente ait entraîné la chute de l'intervenant. Encore faut-il qu'il y ait l'internet et que Greenwald soit là pour poser cette question. Il y a eu ensuite un pushback contre Greenwald avançant qu'il n'y avait pas de bases factuelles à ses accusations (il ne faisait que citer un article du NYT qui était en fait attaquer). Il semble qu'il ait reçu beaucoup de courrier lui demandant de revenir sur ses positions. C'est là qu'il a été secouru par Olbermann lui-même qui a dit qu'il n'avait pas passé d'accord avec Fox News (laissant entendre qu'on lui avait simplement ordonné de cesser les attaques et qu'il s'était exécuté en tant qu'employé - l'accord avait eu lieu au sommet). Greenwald a donc réussi à faire tomber Olbermann de son côté. Un présentateur star de MSNBC est désormais en porte-à-faux avec sa direction car Greenwald s'en est mélé. Le pouvoir de Greenwald s'affermit sans cesse et il est en passe de devenir l'un des individus les plus puissants du paysage médiatique. Sa force? Etre celui qui dit la vérité alors que le mensonge est devenu la norme. Etre celui qui s'en tient aux grands principes fondateurs de la démocratie américaine alors que ces grands principes, s'ils étaient respectés, conduiraient à l'incarcération de milliers de membres de la classe dirigeante américaine (guerre d'agression, torture, subprime...). Dans un cadre où la lâcheté ordinaire devient le ciment d'une société malade, l'émergence de Greenwald comme justicier solitaire est un vrai signe d'espoir que nous devons à l'internet.

Nos médias ont des rapports tellement incestueux avec les pouvoirs politiques et économiques que la simple énonciation des connexions entre les différents acteurs suffit à dévoiler le discours médiatique pour ce qu'il est: une vaste tartufferie. Je dis souvent que la situation américaine est pire et je le crois globalement mais je dois dire que la France est un bon exemple de ridicule et de servilité. On pense à Bouygues (qui comme GE dépend pour une part importante de contrats publics) comme illustration criante de cette dérive mais il y en a tellement d'autres (dénoncées déjà par Serge Halimi dans les années 90 dans "Les Nouveaux Chiens de Garde")...

Heureusement il y a l'internet et on peut espérer que les années qui viennent nous apportent une "Greenwaldisation" des esprits, qu'assez de citoyens avertis prennent conscience du caractère dérisoire des "garanties journalistiques" que leur promettent les corporate media pour qu'ils écoutent d'autres voix indépendantes capables de faire tomber des têtes et d'instiller la peur chez ces petits marquis poudrés qui nous abreuvent de leurs inanités depuis beaucoup trop longtemps.

Note: Un scandale a également atteint le Washington Post le mois dernier. Le journal proposait d'organiser des meetings "off the record" entre des membres de l'administration Obama et des responsables du Health Care. Moyennant finance évidemment. Vous avez dit "corporate media"?

Et la crise dans tout ça?

La situation est grave, mon dernier post un peu substantiel date du 23 juillet... J'entends déjà le lecteur désabusé:

"Le Blogo fait une pause mais la crise, elle, elle fait une pause peut-être?"

Et bien il semble précisément que oui! Ne vous en faites pas cependant: vous êtes bien sur le site le plus pessimiste du web sur la situation économique et ne comptez pas sur le blogo pour rester inerte alors que la situation s'améliore en contredisant au passage toutes ses prévisions apocalyptiques. Je vais continuer à apporter ma pierre à la morosité ambiante en faisant tout à ma modeste échelle pour qu'elle ne se transforme pas en neutralité voire (horreur!) en optimisme.

El Blogo: l'envers du décor

Publicité gratuite pour Asus. Je suis depuis quelques jours l'heureux (en gros...) possesseur d'un EEEPC 1101HA. A 400€, c'est une nouvelle génération de mini-PC (à la FNAC depuis vendredi) avec une puce atom Z520, 1Go de ram, 9,5 heures d'autonomie, un clavier de taille normal, un écran de 11,6 pouces avec une résolution de 1366x768. Il est pratique mais les capacités vidéos sont très nulles. Je ne l'achetais pas pour ça mais il aurait quand même été agréable de pouvoir regarder un fichier vidéo standard (un film de 700Mo) sans noter de dégradation sensible par rapport à mon vieux portable qui a 7 ans!