mercredi 20 janvier 2010

Après son âme, Obama perd le Massachussets

Le Blogo argumente depuis l'élection qu'Obama aurait dû prendre de front la "power structure" car il n'a aucune chance d'être réélu en se contentant de servir de paravent à la faillite de celle-ci. Il aurait dû au contraire s'en dissocier et lui faire porter le chapeau (mérité) de la crise au lieu de s'y associer et de faire tout pour la préserver. Las. En bon mandarin, il a choisi de ne rien bousculer et de croiser les doigts pour que "ça passe". Ca ne passera pas. Il ne fera qu'un mandat et restera dans l'histoire comme un politicien "potiche": sexy, certes, mais effroyablement lâche, manquant d'expérience et sans aucune vision.

Il faut dire que le timing de la crise ne l'a pas aidé (ce qui met de l'eau au moulin de ceux qui pensent que la date de la faillite de Lehman était calculée pour graver dans le marbre les grandes lignes de la politique anti-crise avant l'arrivée du nouveau président). Perdu pour perdu, Obama aurait dû faire "what's right" en résolvant la crise politique qui frappe les Etats-Unis. Il aurait probablement perdu les élections et déchaîné la furie des "special interests" mais il aurait laissé une marque historique en éveillant les citoyens à la capture totale de la démocratie américaine par des intérêts qui ont très peu en commun avec ceux des citoyens. En entraînant la population dans un mouvement populiste contre des élites faillies, il aurait peut-être eu une chance, faible, d'obtenir un second mandat. Au lieu de cela, il s'est laissé balotter de lobby en lobby en ne tenant tête à absolument personne.

Avec sa ligne "Bush sans le stetson", il a démobilisé les démocrates. Et aujourd'hui, il perd le Massachussets. Cette perte du siège de sénateur de Ted Kennedy est un "defining moment" de la politique américaine: en désavouant Obama, les électeurs du Massachussets viennent de sonner le glas de l'innocence américaine et l'entrée dans une ère de turbulences. Tous les citoyens savent désormais que le système tel qu'il existe aujourd'hui ne leur proposera jamais de véritable alternative, de véritable choix politique. Le "change we can believe in" ne viendra jamais de ce pseudo-bipartisme à bout de souffle qui n'offre qu'un simulacre de démocratie. Tant que la crise politique sous-jacente à la crise économique ne sera pas réglée, les réponses apportées à cette dernière ne seront que des cautères sur une jambe de bois. En attendant, chaque jour qui passe, les Etats-Unis font la démonstration au monde que la corruption radicale qui les afflige les rend incapables (et franchement, indignes) d'assurer le leadership mondial qu'ils considèrent comme un droit acquis.

Note: Il est fait beaucoup de cas du fait que les démocrates perdent leur majorité de 60 sénateurs qui leur permettait supposément de faire échec à un "fillibuster" républicain (obstruction pure et simple rendue romantique par le film "Mr Smith au Sénat"). Cet évènement fait grand bruit et on enterre déjà la réforme du système de santé à cause de cela.

Si le système politique américain n'était pas irrémédiablement biaisé, cela ne devrait avoir aucun impact: Bush n'a-t-il pas toujours fait ce qu'il voulait sans jamais avoir une telle majorité? (comme le note Jon Stewart). Pourquoi dit-on que les démocrates perdent leur capacité de réforme? Why? Oh why?

Note sur la note: En pratique, la perte de capacité de réforme est réelle et elle s'explique. Les républicains sont désormais effectivement capables de faire de l'obstruction. Ce qui est difficile à comprendre, c'est pourquoi avec les mêmes règles, les républicains sous Bush ont pu déployer leurs mesures sans redouter des fillibusters démocrates (ce qui aurait conduit à l'impasse et logiquement à une modification de cette règle). C'est en fait la dissymétrie du système politique qui est mise en lumière ici. Les républicains peuvent agir librement car ils ont face à eux une pseudo opposition croupionne (spineless) et divisée qui ne montre jamais les dents. A l'inverse, les démocrates ne peuvent passer aucune législation car ils ont face à eux des républicains intransigeants et soudés. Pourquoi cette différence? A cause de l'argent qui inonde les deux partis et qui détermine les résultats de toutes les confrontations politiques. Et voilà pourquoi, en pratique, la démocratie américaine n'en est plus une.

Note sur la "note sur la note": La barrière des 60 sénateurs laissent penser que l'issue du débat dépend du résultat des élections. S'il y avait 65 démocrates, ces derniers auraient un boulevard et appliqueraient une politique démocrate. Right? Pas du tout. Les special interests monteraient un groupe de 7 ou 8 démocrates qui se déclareraient indépendants et qui feraient basculer le contenu des lois dans un sens favorable. C'est ce rôle qu'avait Joe Lieberman en faisant céder à lui tout seul (mais en fait avec l'appui de la maison blanche) l'ensemble des démocrates sur la "public option" et d'autres points de la loi sur le système de santé. Le système est complètement capturé. Si on baisse la limite du fillibuster à 51, les special interests auront tôt fait de débaucher 11 ou 12 démocrates pour que le rapport de force soit toujours le même. C'est pour ça qu'in fine, ces limites procédurales sont hautement symboliques. Pour savoir comment la politique américaine fonctionne, il ne faut pas s'intéresser aux procédures parlementaires et aux résultats des élections. Il faut regarder quels intérêts, implacablement, immanquablement, gagnent à la fin.

lundi 18 janvier 2010

Post-It

Greenwald dénonce l'hypocrisie des dirigeants américains, prompts à dénoncer le monitoring d'internet par la Chine alors que le track record de ces mêmes dirigeants sur le sujet est effroyable. Le livre de Greenwald ne s'appelle-t-il pas "The Great American Hypocrites"?

ABC is reporting that soldiers in Iraq and Afghanistan have been using rifle scopes that bear abbreviated references to Bible verses, including lines like "For God, who commanded the light to shine out of darkness, hath shined in our hearts, to give the light of the knowledge of the glory of God in the face of Jesus Christ."
Des extraits de la bible sont inscrits en minuscule sur des viseurs de fusils militaires américains. Tout va bien. (via TPM)

La croissance Q4 attendue entre 4% et 6% aux US. Il y a des explications techniques (stabilisation des stocks) mais ça commence à ressembler aux chiffres chinois. Wild guess: il n'y a pas du y avoir beaucoup de période dans l'histoire avec une croissance supérieure à 4% et des pertes d'emplois... (Note: c'est en fait arrivé en 81, croissance de 5,6% via Calculated Risk)

Steven Colbert. Marrant mais surtout au début pour la déclaration de Jamie Dimon, ce banquier sans remord qui dirige JP Morgan. "Ma fille m'a demandé ce que c'était que cette histoire de crise financière et je lui ai répondu, en essayant d'être drôle, oh ça arrive tous les 5 à 7 ans!"
The Colbert ReportMon - Thurs 11:30pm / 10:30c
The Word - Honor Bound
www.colbertnation.com
Colbert Report Full EpisodesPolitical HumorEconomy


Time Magazine, après avoir décerné à Bernanke le titre d'homme de l'année s'indigne des attaques contre Geithner. Et le Blogo reste sur sa ligne: le traitement des autorités monétaires US dans les médias ressemble à celui de Kim-Jong Il enCorée du Nord (Geithner est au Treasury mais vient de la FED de NY). Cette fois-ci, Geithner est comparé à Lassie (chien fidèle) à qui on reprocherait "d'avoir mis de la terre sur la moquette après qu'il ait sauvé un enfant". Sans rire. Quand la stupidité le dispute à l'obséquiosité... (via Naked Capitalism qui démonte la thèse).

Tout le monde parie sur le pays qui va faire défaut en premier et entraîner tous les autres dans l'ère de la crise monétaire. La mythique "phase 2" de la crise financière que le blogo vous promet depuis sa création. La Grèce? Le Japon? L'Angleterre? La Chine qui explose en vol? Les Etats-Unis? Un pays d'Europe continental? La roue tourne toujours. Elle s'est arrêtée un temps sur Dubaï mais c'était une fausse alerte. Mc Kinsey se demande si ce n'est pas le Royaume-Uni qui n'est pas sur le point de tourner à l'islandaise.

"State ending"

Le "narrative" occidental sur le chaos qui a existé en Irak après l'invasion américaine est en gros le suivant: la guerre civile entre factions fanatiques a entraîné la destruction du pays malgré la bonne volonté d'une puissance occupante bienveillante. Subtext: "si les arabes étaient un peu moins fanatiques, tout cela ne serait pas arrivé" => eau au moulin du "clash des civilisations indépassable" => justification des guerres américaines.

Beaucoup d'éléments sont cependant suspects. Et si le chaos irakien n'était pas une catatastrophe mais le plan? On a beaucoup glosé sur l'impréparation américaine avant l'invasion mais il est également possible que le chaos qui s'en est suivi ait été planifié par les forces occupantes. Si on prend l'Allemagne et le Japon par exemple, on voit bien que les américains savaient que maintenir en place l'administration était une condition du succès du processus de reconstruction. Pourquoi cette simple leçon a-t-elle été ignorée dans le cas de l'Irak? Pourquoi les cadres du régime Baath et l'armée dans son ensemble ont ils été passés par pertes et profits? Le pays n'a pas été seulement décapité comme il était normal, tout s'est passé comme si on avait voulu méticuleusement en casser tous les os un par un. Il aurait fallu détruire l'Irak comme puissance. Check.

Bon alors ceci n'est évidemment pas une démonstration et ne vaudrait pas plus qu'une "divagation blogoesque" si des gens semblent-ils compétents ne venaient de produire un livre qui soutient à peu près cette thèse d'après cette critique du Irish Times (extraits):

THIS BOOK argues convincingly that the post- war cultural cleansing of Iraq is intentional rather than random and haphazard, the result of chaos and anarchy.
...
The 13 authors of this work say the US set out to destroy Iraq’s national identity, reduce and marginalise the educated class and wipe the Iraqi slate clean in order to build from ground zero a weak state which would be dependent on the US. This experiment in “state ending” has left a black hole at the heart of the eastern Arab world.

(Le gras vient du blogo, je trouve l'expression "state ending" saisissante. C'est le cousin du plus "feel-good" et consensuel "state building" ou "nation building" des américains au grand coeur)

Note: je n'ai pas fait de "background-check" sur la maison d'édition ni sur les auteurs. Je m'en remets au Irish Times qui est selon Wikipédia le "paper of records" en Irlande.

vendredi 15 janvier 2010

jeudi 14 janvier 2010

Les menteurs qui créent le consensus

David Reilly, de Bloomberg, trouve qu'on a trop cherché de noises à Goldman Sachs lors de la journée inaugurale de la commission d'enquête sur la crise financière. Il essaye sournoisement de diffuser des mensonges par la bande en faisant mine de ne pas y toucher. What a weasel! (Quelle fouine!)

Similarly, the commission needed to spend less time grappling with Blankfein over whether Goldman would have survived without government assistance. That’s an unanswerable question that does little more than let Dimon chuckle over how easy a ride he gets compared with Blankfein.
(Il dit qu'on ne pourra jamais répondre à la question de savoir si GS aurait survécu sans assistance de l'Etat.)

Quel mensonge absolument éhonté. Il est complètement certain que tous les établissements financiers de Wall Street auraient mis la clé sous la porte si la FED/US Gov n'étaient pas intervenus. C'est évident. Rien qu'AIG en donne une bonne idée mais la vraie solution au problème se trouve dans les interventions de la FED sur le marché des obligations pourries (mortgage bien sûr avec $1,3 trillion mais aussi treasuries qui ne sont à près tout que des junk bonds). Le TARP, encore une fois, n'est que l'arbre qui cache la forêt en matière d'assistance aux établissements financiers américains et il faut bien le dire, mondiaux (maintenir pour un temps l'ordre impérial US était à ce prix). Quand la FED porte sur ses épaules le marché des MBS, elle sauve tous les établissements financiers de la planète (et quelques hedge funds au passage). Sans parler évidemment de toutes les garanties qui ont été apportées à un moment où à un autre et qui ont pu atteindre selon le décompte de Neil Barofsky ("contrôleur" du TARP) $23 trillions (la moitié environ selon les décomptes de The Big Picture).

Ce genre d'inanité est absolument inqualifiable. On peut répondre à cette question sans aucune incertitude. Summers et Geithner, l'ont d'ailleurs fait ponctuellement pour faire croire à un semblant d'indépendance. David Reilly. Weasel.

Jon Stewart sur les bonus

The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Clusterf#@k to the Poor House - Wall Street Bonuses
www.thedailyshow.com
Daily Show
Full Episodes
Political HumorHealth Care Crisis

Etrange équilibre, en effet

Qui n'est que le calme avant la tempête according to your favorite blog: El Blogo!

Glenn Greenwald:

Indeed, given the extraordinary disparity between the government-enabled Wall Street bonanzas and the government-caused financial suffering for most everyone else, it really is somewhat mystifying that there's not only so little populist rage, but no outright disruptive protests.

La télé explique-t-elle a elle seule cet abrutissement? Sommes-nous rentrés dans l'ère de l'apathie radicale? Des citoyens sous Prozac ou devant les MSM incapables ne serait-ce que d'envisager une mobilisation? Stay tuned.

lundi 11 janvier 2010

Notre monde cartoonesque

Ce sont encore les cartoons qui rendent le mieux compte de notre monde devenu cartoonesque.(via TBP)

Bill Moyers sur la crise

Une heure d'émission (en deux parties) de Moyers sur PBS qui n'apprendra pas grand chose de nouveau au lecteur assidu du blogo mais qui témoigne de ce qui se fait de plus radical dans le mainstream media (MSM) US au sujet de la crise. A noter que si c'est bien "MSM", ça n'est pas "corporate media" (networks + Cable News). De toute façon, Moyers arrête son émission (il part a priori en retraite). C'est de très loin l'émission que j'ai le plus "linkée" sur le blogo.

David Corn et Kevin Drum, de Mother Jones, sont interviewés au sujet de la crise financière.


vendredi 8 janvier 2010

Friday Plane Blogging

(Cliquez pour agrandir)

Roulements de tambour...

Cet après-midi, premier Non-Farm Payroll positif? Cela pourrait annoncer le début de la fin pour la phase "accomodative" de la FED. Le problème est que ce n'est pas une phase accomodative classique dont il va falloir sortir. Les taux d'intérêts ne sont presqu'un side show cette fois-ci. Le problème est plutôt l'énorme échaffaudage que la FED a construit dans l'urgence et qui empêche pour l'instant à l'édifice économique de s'écrouler. Cet échaffaudage a modifié de manière radicale la manière de fonctionner de l'économie. A tel point que beaucoup (dont le blogo) pensent que le soulagement temporaire qu'il a apporté sera peu de chose au regard de la désorganisation qu'il engendrera dans les années à venir (économique, politique et aléas moraux "to put it mildly").

A noter que Ben Bernanke s'est encore ridiculisé avec un mensonge honteux: les faibles taux d'intérêts n'auraient pas eu de rôle dans la bulle de l'immobilier. Il incrimine essentiellement les régulateurs (dont il faisait également partie mais à la responsabilité plus nébuleuse que le lien simple FED-taux d'intérêts). Barry Ritholtz règle son compte à cette ineptie. Toujours le même dilemme avec Ben: mauvaise foi ou imbécilité? Le Blogo penche comme précédemment pour la mauvaise foi.

Addendum: Le roulement de tambour fait pschitt avec un chiffre en dessous des prévisions. le chiffre de novembre a cependant été révisé à la hausse, de -11000 à +4000. On tient donc la première statistique positive depuis le plongeon.

Les politiciens se vendent pour pas cher

Commentaire de Bill Gross de Pimco qui débarque sur la BCL:

Our government doesn't work anymore, or perhaps more accurately, when it does, it works for special interests and not the American people... What amazes me most of all is that politicians can be bought so cheaply.

C'est une observation que je pense avoir déjà faite sur le blogo mais je n'en suis pas certain: quand on s'intéresse aux sommes en jeu dans le système de corruption des politiciens américains, on constate qu'elles ne sont pas si élevées que ça.

C'est normal: il n'y a pas de concurrence! Qui va payer des sommes importantes pour que la législation sur les télécoms soient favorables aux telcos? Les telcos. Who else? Une fois que le système est bien en main par chaque "special interest", il suffit de veiller à ce que personne ne surenchérisse. Mais qui viendrait surenchérir? Corporate America, c'est ce système qui fait que chaque special interest contrôle la partie du système politique qui s'intéresse à lui (regulatory capture). Vu qu'ils sont les seuls en compétition pour s'arroger ce contrôle (puisque les citoyens sont maintenus dans l'ignorance/la résignation), ils n'ont pas à débourser beaucoup pour se l'assurer.

Si les politiciens américains étaient malins, ils se feraient payer un pourcentage de l'avantage économique que leur collaboration procure, pas seulement de quoi se faire réélire. Là, ce serait véritablement le jackpot mais ils n'ont pas les épaules pour cela. S'ils devenaient trop avides, leurs "corporate masters" auraient tôt fait de les remettre à leurs places.

Note: le système électoral se caractérise en général par la prime très forte qu'il donne aux "incumbents" (sortants) à chaque élection. Une fois les élections gagnées, un élu qui ne se fait pas remarquer (contrairement à Alan Grayson par exemple) a de grandes chances d'être réélu. Cela aussi permet de diminuer les coûts: corporate america n'a qu'à monter des challenges contre ceux qui sortent du rang et ne doit pas financer des combats de coqs plus ou moins factices à n'en plus finir. Non le poulet élu une première fois peut ensuite tout doucement s'engraisser au fil des mandats. Grayson au contraire va avoir droit dès novembre à un challenge "ultra-fundé". Standard.

Geithner forever

C'est un peu comme les 28 coups de fils entre Paulson et Blankfein (seulement par ligne fixe, on est pas au courant pour les portables) la semaine où Lehman a fait faillite: on sait bien que des choses comme ça se sont passées mais ça fait toujours drôle de l'apprendre "pour de vrai".

On a appris hier qu'il existait un email où Geithner demandait à AIG de ne pas dire que des banques avaient été indemnisées à 100% pour leurs paris grotesques* sur des CDS de subprime à l'occasion du sauvetage de l'assureur. Alors président de la FED de New York et en instance de devenir Secretary of Treasury, Geithner commande donc à AIG de faire le silence sur un certain nombre d'informations qu'on peut considérer que la société devait aux marchés et peut-être surtout aux contribuables...

Ne jamais perdre de vue que nous avons assisté à un sauvetage des banques par les banques. Elles ont utilisé leurs hommes liges Geithner et Summers (et il faut bien rajouter Obama), pour traduire leur influence politique en avantage économique. C'était le moment "bas les masques" de la politique américaine où le pays a compris que la politique des Etats-Unis se faisaient littéralement "à la corbeille" (à Wall Street) (de Gaulle avait soutenu l'inverse au sujet de la France dans les années 60). Le soucis de ménager le contribuable a quasiment été inexistant depuis septembre 2008. Il faut bien reconnaître que, pour l'instant, ce n'est pas lui directement qu'on a fait travailler (avec des hausses d'impôts par exemple) pour boucher le trou. Non, c'est à coup d'écritures dans la comptabilité publique, indolores pour l'instant, que le problème a été réglé. Mais la douloureuse va finir par arriver. C'est certain. Surtout quand on met en regard les difficultés économiques majeures qui frappent la popuplation et les agappes bancaire qui n'en finissent pas, voire qui redoublent d'intensité.

Zero Hedge évoque l'affaire et résume: "Moral hazard reigning supreme, regulatory capture, incompetence, misdirection, and outright fraud, auditor complicity, broken equity markets, and an administration whose only answer to every problem is to stuff it ever deeper under the carpet and throw ever increasing amounts of money... This is what this once great nation has become."

* Ces paris n'étaient pas grotesques dans leur direction. Ils l'étaient en revanche par rapport à la qualité de la contrepartie qui devaient payer en cas de succès. Un peu comme si vous pariiez avec quelqu'un qu'il allait se retrouver sur la paille. Qui va vous payez?

jeudi 7 janvier 2010

Drôle de photo!

Assez incroyable s'il n'y a pas de trucage... (via Naked Capitalism)

mercredi 6 janvier 2010

Post-It

Paul Volcker interviewé par Charlie Rose.
"The American political process is about as broken as the financial system."

Matt Taibbi s'attaque à Fannie et Freddie et au consensus bipartisan qui les a soutenus.

Pending home sales decrease sharply

Personal Bankruptcy Filings Increase Sharply in 2009

Et pour finir Kevin Drum qui décrit comment Wall Street a acheté Washington. Sous-titre: "A year after the biggest bailout in US history, Wall Street lobbyists don't just have influence in Washington. They own it lock, stock, and barrel."
NO SHIT!

mardi 5 janvier 2010

Zero Hedge "Best of"

Voici le "Best of" de Zero Hedge, par Zero Hedge.
Avec le post présenté comme le meilleur selon Tyler Durden himself:
"How The Federal Reserve Bailed Out The World"

Et une sélection des posts de la période des fêtes.
Avec le choix du blogo: Brace For Impact: In 2010, Demand For US Fixed Income Has To Increase Elevenfold... Or Else

Le Wapo déclare que la crise financière est finie

A la fin de cet article qui explique pourquoi la dernière décennie est la pire que l'économie américaine ait connue depuis 70 ans, le Washington Post déclare la crise financière terminée. Olé!

The financial crisis is, for all practical purposes, over, and forecasters are now generally expecting the job market to turn around early in 2010 and begin creating jobs. The task ahead for the next generation of economists is to figure out how, in a decade that began with such economic promise, things went so wrong.

Sans surprise...

D'après Emma Coleman Jordan de Georgetown University, 92% du management des 17 récipiendaires des largesses du TARP sont restés en place. (via TBP)

Jordan notes that the folks who run the major banks today — the senior executives, directors, managers, etc. — are essentially the same exact folks who ran them (into the ground) 5 and 10 years ago:

“The prospects for a robust prudently guided financial sector have been substantially clouded by the fact that the both the corporate governance structure and the executive leadership of the financial sector remain largely unchanged—92% of the management and directors of the top 17 recipients of TARP funds are still in office.”

You read that correctly — 92% of the TARP recipients’ senior management remains essentially unchanged post-crisis . . .

lundi 4 janvier 2010

Roue libre (crazy free-wheeling du Blogo!)

Bonne année 2010 aux lecteurs du Blogo qui n'ont pas été découragés par le faible volume de post pendant les fêtes. Il y aura moins de posts en général en 2010, cette interruption est donc l'occasion d'ajuster à la baisse votre rythme de fréquentation du site.

Ce début d'année est l'occasion de faire le point sur le Blogo et le sujet dont il traite. Vous remarquerez que j'ai supprimé "Chronique d'une crise annoncée". Depuis qu'elle le temps qu'elle était annoncée, le fait qu'elle l'ait été présentait moins d'intérêt. Il est désormais établi que la crise avait des racines profondes qui n'ont été ignorées que grâce à la complicité active des régulateurs et de la presse qui ne s'est pas contenté d'éviter le sujet mais qui a au contraire fait l'article sans interruption de la housing Frenzy jusqu'en 2007.

Le Blogo est donc né en octobre 2008 suite à l'effondrement du système bancaire américain et mondial. En réponse à cela, le Blogo défendait la solution "suédoise" qui consistait à nationaliser les banques faillies puis à les revendre par compartiments à des banques plus petites ou régionales. Ca n'était pas une solution hors du commun même si elle apparaît comme telle aujourd'hui. C'est généralement ce qui se passe dans une économie de marché quand un acteur économique fait faillite. Non, l'extraordinaire est la solution qui a été retenue (qui apparaît aujourd'hui comme normale): la préservation de la structure de pouvoir faillie au prix de la fusion effective de l'Etat américain, de la banque centrale et du secteur financier aboutissant à la création d'un Frankenstein économique qui n'a pas de précédent dans l'histoire.

Depuis, le Frankenstein semble avoir emporté la partie. La solution suédoise aurait consisté à reconnaître que le mode de développement des Etats-Unis se heurtait au mur d'une réalité économique indépassable. Dans ce contexte, c'est tout le chateau de carte du Ponzi Scheme américain qui s'effondrait. Qui aurait continué à prêter de l'argent à ce pays failli? (on se demande déjà qui continue à prêter dans l'autre scénario...) La solution Frankenstein visait à préserver la structure actuelle au prix de toutes les contorsions possibles. L'important est de maintenir les apparences.

Cela est censé du point de vue américain. La prospérité américaine ces dernières années relevait en grande partie du statut de ce pays dans l'ordre international (monnaie de réserve mondiale, première destination des investissements etc...). Il n'y a pas d'autre état du monde aussi favorable aux américains que celui dans lequel ils ont vécu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Dans ces conditions, ils ont fait ce qu'il fallait pour préserver dans la tête des habitants de la planète l'image d'un pays qui tient debout. Et ils n'ont pas lésiné. Les autorités américaines n'ont pas simplement sauvé Wall Street, elles ont sauvé le système financier international (voir les places de Socgen, Deutsche Bank et BNP dans le bailout d'AIG). Celui-ci représentait un noeud inextricable d'obligations fantaisistes d'établissements financiers les uns envers les autres qui n'aurait pas résisté au moindre ralentissement économique (sans parler de l'effondrement de la plus grande bulle de l'immobilier de l'histoire)? Qu'à cela ne tienne, les règles comptables ont été assouplies et l'implication de l'Etat dans le système financier n'a pas cessé d'augmenter. Passé le coup du TARP et des renflouements spectaculaires dans l'urgence, il y a maintenant une infrastructure mise en place pour permettre à l'Etat de financer les errements des établissements financiers en intraveineuse. La levée des limites d'aides à Fannie Mae et Freddie Mac et la prise de participation majoritaire dans GMAC sont les derniers évènements qui vont dans ce sens. L'idée qui a flotté avant d'être pour l'instant repoussé de donner à l'exécutif le moyen de faire des "bailouts" sans l'autorisation du Congrès correspond à cette tendance.

Quand on voit la relative quiétude qui a conquis le commentariat, on en arrive à se demander si la solution retenue n'était pas la bonne et cela doit être observé de plusieurs points de vue.

D'abord du point de vue américain, il est probable que cela était la meilleure solution. La croissance américaine est illusoire mais ne l'est-elle pas depuis au moins dix ans (référence d'Obama à la "paper growth")? Oui, les Etats-Unis jouissent d'une position économique ultraprivilégiée dont ils abusent de manière éhontée. Mais pourquoi compter sur eux pour y mettre bon ordre? Au contraire, ils en abuseront de plus en plus jusqu'à ce que cela ne devienne intolérable pour le reste de la planète qui pour l'instant a bon dos. Nous sommes d'ailleurs très probablement dans la phase ultime de ce phénomène en raison de l'irréalité économique dans laquelle nous a fait basculer la crise. J'y reviendrai. Il n'en reste pas moins que je ne comprends pas bien les gens comme Peter Schiff qui réclame une immédiate mise au carré de l'économie américaine. Sur le principe je suis d'accord: il serait plus rationnel et plus juste que les américains aient des finances publiques saines, des citoyens moins endettés qui ne vivent pas "au-dessus de leurs moyens" etc... Sur le papier. Mais la domination américaine et la prospérité (désormais relative) qu'elle permet n'est pas rationnelle. C'est un Ponzi Scheme (pour preuve, demander aux chinois s'ils peuvent utiliser leur $2 trillions de dettes US pour un plan de relance chez eux: ils ne le peuvent pas car cela les obligeraient à vendre et mettrait à bas le Ponzi Scheme US, cet argent est donc perdu) et comme tout les Ponzi Scheme, il doit suivre leur cours jusqu'à la chute finale. Peter Schiff est un peu comme un employé de Madoff qui déciderait en 2007 à la manière de Jean-Yves Lafesse que "ça peut plus durer" et qu'il faut que tout le monde se rende à la police. Les Ponzi Scheme ne peuvent pas s'effondrer comme cela. Quand trop de gens ont intérêt à l'illusion, l'illusion perdure. C'est pour cela que des "whistle blower" ont tiré la manche de la SEC depuis 10 ans au sujet de Madoff sans aucun succès. Cet employé de Madoff aurait perdu une année de prospérité (ce qui pour certains voulaient dire vacances à l'autre bout du monde, jets privés, honneur et respectabilité à mettre en balance avec la prison et l'opprobre - c'est un "no-brainer"). Schiff ne fait que se positionner pour le futur mais je crois vraiment que la politique "raisonnable" qu'il propose n'est pas dans l'intérêt de ses concitoyens.

Vient alors l'intérêt du reste du monde. Celui-ci a besoin d'ordre mais son essentiel pourvoyeur d'ordre, les Etats-Unis, gouvernés par des élites "néronesques", ne sont plus en mesure de l'assurer. Politique étrangère inflammatoire et irrationnelle, ordre financier grotesque (AAA anyone?), organisation économique mondiale prédatrice (ressources, conditions de travail). Et surtout un pouvoir absolu américain qui est en train de finir de corrompre absolument (toujours plus de guerres, n'importe quoi monétaire...). Il semble temps pour les vassaux de changer de seigneur.

Et l'Europe spécifiquement? Il y a là un dilemme: si pour une grande partie du monde, l'ordre américain est osbolète, l'Europe n'a-t-elle pas intérêt à ce qu'il perdure le plus longtemps possible en raison des bénéfices qu'elle en tire? L'Europe n'a pas certes pas d'ambitions impériales mais elle vit paisiblement et confortablement dans la Pax Americana. Quel prix du pétrole pour l'Europe en l'absence de "troops on the ground" US dans la péninsule arabique? Il est plus cher en Europe qu'aux Etats-Unis mais "better the devil you know". L'Europe, qui a une démographie désastreuse, serait-elle capable de se défendre ou de préserver son influence sans le parapluie américain?

Le Blogo pense qu'en fait les jeux sont faits: le gouvernement américain n'est plus capable d'opérer avec la rationnalité suffisante pour assurer le bien-être de sa population et il est donc bien incapable d'assurer un ordre fonctionnel sur la planète entière. Faut-il pour autant accélérer le processus en faisant preuve de défiance? Je crois qu'il faut une voie médiane qui aboutisse à préparer les fondations d'un monde multi-polaire en constatant que la structure de pouvoir américaine est inepte. Il faut préparer un plan B. Il y a même urgence à le concevoir dans le domaine financier car le système actuel pourrait s'avérer être de courte durée.

Donc en gros en première analyse: les américains ont eu raison de sauver leur système financier car il est essentiel au maintien de leur place prépondérante dans l'ordre mondial. C'est un peu la même chose que pour les agences de notation: elles sont discréditées mais les Etats-Unis ont intérêt les protéger car elles sont vecteurs d'influence (alors qu'elles devraient être dissoutes - rappelons au passage le sort réservé à la vénérable société d'audit Arthur Andersen, autres temps, autres moeurs).

Il ne faut cependant pas sous-estimer tous les coûts cachés du sauvetage entrepris. Le premier coût est l'entrée dans l'ère de l'irréalité économique. Le monde ne donne l'impression de tourner rond que grâce à de multiples manipulations. Le plus grand "window dressing" de l'histoire à l'échelle de l'économie mondiale. Les banquiers se sont enrichis en faisant croire que des dettes astronomiques seront un jour remboursé. Après avoir pendant des années touché des bonus ahurissants indexés sur la taille du mensonge, le moment de réalisation en 2007 a conduit les banques centrales à nier la réalité en bouchant le trou avec de la création monétaire. Seule l'explosion de la dette publique témoigne encore de cet énorme passif et l'infrastructure. On veut nous faire croire que dans un contexte de credit crunch généralisé, les Etats vont continuer à financer leur dette publique en pleine explosion sans problème. THINK AGAIN! Des esprits chagrins repris par Zero Hedge commencent à douter du bien fondé des chiffres que la FED publie. Pensez-vous que votre presse économique vous dira un jour que les ventes aux enchères de dette US ne sont que le dialogue par téléphone entre deux traders de la FED portant un chapeau différent sur deux trading floors différents? THINK AGAIN! Par contre, des lecteurs attentifs qui postent sur des blogs connus peuvent aujourd'hui soulever ce genre de lièvres.

Dans l'univers alternatif, il est désormais admis que la FED intervient sur les marchés boursiers. Vrai ou pas, cela témoigne d'un coût caché de l'opération de sauvetage à fonds perdus des banquiers: la perte de la confiance. Même si les MSM ne le disent pas, la situation est assez extrême pour que personne n'ait confiance dans les autorités. Les statistiques économiques, les interventions de la FED sur les marchés, les liens entre Wall Street et Washington, tout est l'objet d'une suspicion et d'un dégoût généralisé. Quelles sont les conséquences à moyen et longt terme de cette nouvelle défiance de la population envers ses institutions financières? Pour l'instant, tout semble sous contrôle mais bien que cela ait été très mal exprimé, les banques porteront le poids des évènements économiques à venir sur leurs épaules. Les chanteurs, les enfants dans les cours d'école semblent tous avoir retenu que les banquiers étaient des pourris. J'ai reçu un prospectus dans la rue qui disait: "I 8 Wall Street". Je ne chantais pas des chansons anti-banques dans la cour de mon école quand j'avais dix ans (exemple vécu). Wall Street n'a jamais été un sujet de haine dans mon expérience. On peut donc se frotter les mains dans les banques des bonus records de 2009 mais quel sera le coût à long terme de ce scandale qui dépasse l'entendement.

Il y a donc un passif économique au plan de sauvetage: la finance est devenue une sorte de "strawberry field" psychédélique où tout le monde est sous psychotrope et voit la vie en rose. En dehors, des citoyens ont une terrible défiance qui se développe et qui ne fera que s'exacerber si la situation économique se dégrade encore. Le scénario rose qui voit tout le monde repartir d'un bon pied (l'économie américaine va croître de 4% par an ou plus pour les 10 prochaines années nous dit les projections budgétaires américaines) est une chimère. Les banques semblent pour le moment à l'abri d'un backlash politique très violent mais qu'en sera-t-il après que le bailout ait traumatisé la population? L'idée donc de dire que le sauvetage était la bonne chose à faire d'un point de vue strictement américain est peut-être de courte vue. Le problème est que cela est la voie qui a été choisie et qu'on ne sera jamais en mesure d'explorer les autres possibles. Si les Etats-Unis, et le monde repartent pendant deux ans et que tout s'effondre avec grand fracas avec l'apparition concommitante de remous sociaux majeurs et d'instabilité politique, on pourra sans doute dire que le sauvetage était une erreur. Si les Etats-Unis repartent pendant 5, 10 ou 15 ans et arrivent à maintenir leur magistère sur le monde, cette voie aura sans contexte était validé (d'un point de vue américain s'entend).

Bon voilà donc encore une grande diatribe indigest qui sera poursuivie et arrangée cette semaine. Ne vous étonnez donc pas d'en voir le texte changé, l'écriture améliorée, les fautes supprimées et des liens ajoutés. Il s'agit en fait de faire ce que j'avais promis aux lecteurs de faire en novembre à savoir deux parties d'un texte qui répondaient à ces questions:
- Pourquoi l'effondrement promis n'a pas eu lieu
- Etait-il possible de faire autrement que de créer le Frankenstein économique rapidement décrit ici.
Le sujet est vaste donc voici une autre pierre. Je pense clôturer cet effort bientôt.
Le Blogo prendra ensuite une forme que j'espère un peu nouvelle: plus télégraphique, moins verbeuse avec globalement moins de contenu mais peut-être plus de liens. Pour l'instant "Chronique d'une crise amorcée" mais ça pourrait changer... Car, voyez-vous, tout change.

vendredi 1 janvier 2010

Friday Plane Blogging

Big boys down under. Deux A380, un 747. Bonne année.

vendredi 25 décembre 2009

Friday Plane Blogging

Les lecteurs très attentifs auront constaté que le Friday Plane Blogging n'a pas été publié vendredi mais tôt samedi. La date et l'heure de publication ont donc été honteusement modifiées pour faire croire à l'infaillibilité Blogoïstique. C'est mal, mais pas grand chose au regard de ce qui se passe quotidiennement dans nos banques et nos gouvernements qui ont choisi de fusionner avec elles. Trust me on this.

Note

Je repense à l'absence totale de Bush lors de la crise financière. Et aussi au fait que des rumeurs ont circulé sur le fait qu'il avait "fallen off the wagon again" (qu'il s'était remis à boire) dans les derniers mois/années de son mandat.

Ce n'est pas une démonstration mais il faut bien reconnaître que ces évènements vont très bien ensemble. Même comme véhicule fantomatique et pitoyable d'une politique dont il ne décidait pas, il n'était plus utilisable. Pourquoi?

dimanche 20 décembre 2009

Ratigan s'énerve

Dylan Ratigan s'indigne de voir le cours de bourse des assureurs de santé US progresser de 10 à 15% depuis un mois devant le sell-out (capitulation) des démocrates devant leurs lobbyistes. Il est critiqué pour avoir été si virulent. Il a déclaré qu'il allait s'excuser sur la forme mais pas sur le fond. A mon avis, il ne va pas pouvoir tenir très longtemps à l'antenne sur ce rythme. "The revolution will not be televised". Peut-être veut-il se lancer dans la politique?

La BCE s'en remet encore et toujours à Moody's. Ridicule.

La BCE est moins critiquée sur le Blogo que la FED car le focus du Blogo est essentiellement américain. Je passe beaucoup plus de temps dans la blogosphère américaine que dans la blogosphère européenne que je connais mal (ou française).

Cela ne doit pas faire oublier que la BCE a ouvert la voie de la FED au début de la crise dans la prise en pension de papiers extrêmement douteux dont elle n'a aucune maîtrise. Aux Etats-Unis, un mouvement au Congrès et un recours devant la justice demandent au moins à la FED une plus grande transparence. En Europe, c'est dans l'indifférence à peu près générale que la BCE a pris des mesures extraordinaires sans qu'on lui demande de comptes.

Ceci étant dit, le but de ce post est de dénoncer le ridicule absolu de la BCE qui se trouve tributaire des agences de rating américaines discréditées dans la définition de sa propre politique vis à vis de la Grèce notamment. Arrêtons le massacre.

Une des idées que je défends sur ce blog est que le leadership américain (qu'on peut aussi appeler "domination" ou "empire" selon vos préférences lexicales) n'a plus qu'un dernier refuge: nos têtes. La volonté de s'en remettre aux américains pour organiser le monde ne tient plus que par la force de l'habitude. Tout indique que le système politique américain est cassé et qu'il n'est plus en mesure d'assurer cette fonction. Plutôt que de prendre les devants, le monde entier attend dans l'angoisse l'effondrement total des Etats-Unis plutôt que d'assurer une transition plus douce vers un monde multi-polaire, en essayant de se persuader que rien n'est arrivé et que c'est "business as usual".

Case in point: le rôle encore accordé par la BCE aux agences de notation américaines, parties intégrantes du complexe "Wall Street-US Gov-FED", dans ses décisions de prise ou non en collatéral de la dette souveraine grecque. S&P ayant déjà fait passer la note de la Grèce en "spéculatif", la BCE s'en remet en principe à Moody's pour décider de la prise en pension de la dette grecque en 2011.

Au nom de quoi peut-on laisser ce genre de décision à une société américaine corrompue jusqu'à la moelle? Cela va sans nul doute être modifié mais ne pourrait-on pas espérer un peu plus de réactivité de la BCE dans le contexte actuel? (via ZH)

Bonne nouvelle

Un quatrième opérateur mobile en France. Le "narrative" était que la proximité inquiétante entre Martin Bouygues et Sarkozy allait empêcher qu'un quatrième opérateur bouscule l'oligopole. Ca n'est pas le cas. Bonne nouvelle pour la France où les communications étaient, paraît-il, parmi les plus chères d'Europe. C'est le rôle de l'Etat dans une économie de marché: déstabiliser ceux qui se retrouvent dans une situation trop confortable. Il convient désormais d'être attentif à l'implémentation.

Pas de bonus pour BO

(via TBP)

Agree with that

Edward Harrisson à Credit Write-down commentant la dilution systématique des réformes financières aux US:

Folks, this is how the U.S. government now operates. You would think this steep downturn would have some effect. But the legislative reform process is broken. Industry lobbyists have too much influence on every major industry issue. Apparently, the only thing that will fix the process is a major depression that galvanizes enough popular support for draconian solutions.No shit! Oh! But wait... It's happening!

vendredi 18 décembre 2009

Friday Plane Blogging

Premier vol du 787 mardi. Avec un des deux avions suiveurs qui prennent des photos.(Cliquez pour agrandir)

jeudi 17 décembre 2009

Double comptabilité sur tous les sujets

Sur l'Afghanistan aussi (de TPM Media):

Contractor Creep
David Kurtz | December 15, 2009, 9:51AM

The escalation in Afghanistan will increase the number of private contractors who are part of the war effort by 16,000 to 56,000, for a total of 120,000-160,000 in country, according to the Congressional Research Service.

Les patrons de banque snobbent BO

Cette crise offre trop d'occasion de s'indigner pour que j'évoque chacune d'elles sur le blogo. Jon Stewart revient sur une petite leçon d'humilité administrée à Barack Obama par ses patrons banquiers lundi dernier: il les avait convié à une réunion à La Maison Blanche mais les CEO de Citi, GS et MS n'ont pas pu venir "à cause du brouillard". (Rappel: il y a 1 an, on leur reprochait l'usage des jets d'affaire... On en est clairement plus là. On leur demande simplement aujourd'hui de prendre le temps de remercier quand ils pillent le trésor américain. Sans plus de succès.)

The Daily Show With Jon StewartMon - Thurs 11p / 10c
Clusterf#@k to the Poor House - Flight Delay
www.thedailyshow.com
Daily Show
Full Episodes
Political HumorHealth Care Crisis

Death by a thousand cuts

(la mort par mille petites coupures)

Le blogo appelait ça un supplice chinois qui menaçait l'Euro mais dont le dollar était structurellement préservé. L'abaissement de la note, degré par degré, de la solvabilité des pays les plus faibles de la zone Euro constitue une vulnérabilité très importante de la monnaie unique. Quand on sait que les agences de notation les plus importantes ne sont que le bras armé du complexe "Wall Street - US gov - FED", il n'est pas difficile d'imaginer comment ces abaissements de note peuvent devenir l'outil de la politique monétaire américaine. La BCE peut bien essayer d'être "plus vertueuse": elle ne pourra jamais faire réellement d'ombre à la FED tant qu'on pourra lui mettre à peu de frais des peaux de bananes sous chacun de ses pas.

Alors, oui, la situation de la Grèce n'est pas florissante (déficit de 13% du PIB et dette de plus de 100%). Néanmoins, il faut que l'Europe dénonce le caractère partisan des agences de notation et conteste formellement leur légitimité. Elles n'en ont pas. C'est le moment de frapper au coeur ces agences discréditées, vestige loufoque de l'infaillibilité naguère supposée des pratiques financières anglo-saxonnes.

Une avancée considérable serait qu'on puisse trouver un moyen crédible (ie: contraignant) de bailout (ou d'exclusion) des pays de la zone Euro qui donnent des signes de faiblesse. Plus facile à dire qu'à faire et c'est sur cette difficulté que repose le bras de levier des agences de notation. On peut d'ailleurs considérer que l'union monétaire n'a été jusqu'à maintenant qu'en construction et que seule l'adjonction d'un processus efficace de résolution de crise la parachèvera - ou pas. L'efficacité de ce processus déterminera la solidité de la monnaie et plus simplement sa survie. Paradoxalement, les années de stabilité qu'a permis la bulle de l'immobilier américain aura permis au ciment de l'Euro de prendre ce qui est déjà pas mal. Nous allons maintenant constater si les fondations étaient assez profondes.

Note: "Pour une poignée de Gulfos". Le gulfo est la monnaie unique décidée par les pays du golfe persique hier. Comme on le voit avec l'Euro, c'est une longue marche. “The US dollar has failed. We need to delink,” said Nahed Taher, chief executive of Bahrain’s Gulf One Investment Bank. Ouch! Je ne sais pas si ce genre de déclaration va aider le Gulfo mais en tout cas c'est divertissant.

L'absurdité inégalitaire...

Qui peut dire que la société fonctionne mieux grâce à ça? (via Huffington Post)

In 1970 the ratio of the compensation of the top 100 CEOs compared to the average production worker was 45 to 1. By 2006 it was an astounding 1,723 to one! We didn't get there by accident.
Ecart entre rémunération des grands patrons et des ouvriers multiplié par 40 en 40 ans.

C'est toujours la même histoire des 100 habitants d'une île. Ils ont tous des dons et des qualités différentes. On peut argumenter qu'un certain niveau d'inégalité entre eux est raisonnable pour influencer les comportements dans un sens qui profite à tous les habitants. Mais jusqu'où? Peut-on donner toutes les ressources de l'île à celui qui réfléchit le plus vite? Qui court le plus vite? Qui jongle avec le plus de balles? Qu'est-ce qui représente trop d'inégalités? En 2006, le consensus aurait répondu: "RIEN. Il faut les laisser se développer sans limite aucune."

En 2009, le blogo affirme que les inégalités ne peuvent atteindre un niveau qui rende impossible un fonctionnement démocratique comme les Etats-Unis en font la démonstration. Il faut une théorie de "l'inégalité juste". Par quartile, par quintile, qu'est-ce qui va permettre d'organiser efficacement une société? Quelle part des revenus, quelle part du capital au top 1%? 2%? 20%? etc...

Et surtout dans la durée. Le modèle anglo-saxon en est venu à nous persuader que les inégalités pouvaient et devaient être sans limite. C'était une imposture. Mais comment résister à cette imposture si elle permet à un modèle d'être plus efficace pendant 20 ou 30 ans? A-t-on le choix? Est-on obligé de suivre? Cette crise est notre chance, en Europe continentale, de proposer autre chose au monde. Si on continue à suivre comme des moutons le modèle américain dans la réussite (c'est compréhensible) comme dans l'échec (c'est ridicule) sans essayer d'y opposer nos manières de faire, on peut tout aussi bien mettre la clé sous la porte et partir en RTT (c'est d'ailleurs ce qu'on fait). Jusqu'à ce que nos retraites soient dans des fonds de pension qui font pschittttt et que notre système de santé oublie 15% de la population. Wake-up people!

Autre point: qui peut dire que le ratio de 1 à 45 qui passe de 1 à 1723 a amélioré d'une quelconque manière nos sociétés? On mesure bien que l'inégalité est un choix politique. Elles s'exacerbent quand les élites font assez "masse" pour détourner toutes les ressources à leur profit (comme en ce moment de manière stupéfiante et glaçante aux Etats-Unis). Elles doivent-être tenues en respect par un système démocratique. Illusoire? Utopique? Pas du tout. Il n'y a qu'à voir la période d'après-guerre aux Etats-Unis: taux marginal d'imposition supérieur à 80% et inégalités bien moindre. Ca peut arriver et ça fonctionne très bien (la société tenait debout si je me souviens bien et on est même allé sur la Lune). Est-ce seulement l'effondrement du communisme qui a fait réapparaître cette face sombre du capitalisme? Peut-être bien. Il faut désormais trouver une méthode durable pour la maîtrise des inégalités ne repose pas sur l'aliénation d'une bonne moitié de la planète (le capitalisme n'aurait eu visage humain que sous la menace d'une alternative communiste - déjà développé sur le blogo à la fin de ce post). On ne peut donner toutes les ressources à un seul habitant de l'île. Sinon de toute façon, tôt ou tard, il se prendra un coup de pelle dans la tête. Ca n'est donc même pas dans l'intérêt de l'heureux élu.

Il faut trouver des modèles pour essayer de quantifier une "sustainable inequality" sur le moyen et long terme. Il faut des cibles. Pourquoi le PS ne met-il pas ça quelque part dans son programme? A oui, ils sont trop occupés à se ridiculiser.

Kim Jong Il

I kid you not.

Ne dites pas à ma mère que je suis trader chez Goldman...

Elle croit que je suis pianiste dans un bordel.

Sujet évoqué dans les sessions de training chez Goldman Sachs: "Comment parler de Goldman aux membres de votre famille".

Still, Goldman’s tarnished reputation has become a hot topic inside the bank. A few months ago, at a meeting of Goldman’s in-house leadership program, known as the Pine Street Group, the bank’s image came up. The group of 30-odd people wrestled with questions like how to talk to family members about Goldman and its role in the financial world.

Another question that came up was what to do if someone at a cocktail party started criticizing Goldman. Mr. van Praag, who ran the meeting, suggested that the executives should explain how Goldman made its money. But another Goldman executive offered a different answer: change the subject.

Imaginez-vous que vous bossez chez Goldman, quelle solution choisissez-vous?
Si vous bossiez chez GS, que choisiriez-vous?
explain how GS makes money
change the subject
  
pollcode.com free polls

Post-It

Howard Dean, ancien candidat marqué à gauche aux primaires démocrates de 2004, en appelle à l'abandon de la réforme de santé dans le Washington Post. "Kill the health bill" est le titre. Les dernières concessions aux lobbies font déborder le vase. La crise politique continue. Tout ce qui peut gêner Corporate America, même à la marge, est impitoyablement purgé de toutes les lois. Obama ou pas (il a même encouragé de manière furtive les concessions sur la santé semble-t-il).

Un classement de blogs. Les quatre blogs financiers désignés sont les quatre que je lis. Good or bad?

Un psychologue très à gauche s'interroge sur la passivité de la population américaine face à l'avalanche de désastres qui s'abat sur elle. La réponse est un peu "lourde" mais la question est intéressante: A psychologist asks: Have consumerism, suburbanization and a malevolent corporate-government partnership so beaten us down that we no longer have the will to save ourselves?

Le gouvernement US change une règle fiscale en loucedé, résultat: $38 milliards d'exemption pour Citigroup. Par for the course. Voilà qui va aider cette banque à vertueusement rembourser son TARP pour pouvoir payer des bonus illimités. Change you can believe in.

Ludwig Von Mises (économiste de l'école autrichienne mort en 1974): "There is no means of avoiding a final collapse of a boom brought about by credit expansion. The alternative is only whether the crisis should come sooner as a result of a voluntary abandonment of further credit expansion, or later as a final and total catastrophe of the currency system involved."

Food for thought: la croissance américaine était de 10% en 1934.

La hausse du plafond du déficit américain a été votée. Seulement $290 milliars au lieu des $1,9 trillions qui ne passaient pas et qui auraient préservé les démocrates d'un nouveau vote avant les midterm. Il va donc y avoir un vote toutes les six semaines à ce rythme là. Olé!

Krugman dézingué. Il soutenait en 2001/2002 la création d'une nouvelle bulle pour remplacer la précédente du NASDAQ. Et cette bulle, il la voyait... dans l'immobilier! Il faut le lire pour le croire. Le débat dans les cercles économiques sur la création d'une bulle a donc bien eu lieu mais pas en catimini. Au vu et au su de tous. Evidemment, personne ne s'en souvient car les conséquences semblaient alors lointaines. Il parle tranquillement d'une bulle dans l'immobilier comme l'objectif naturel de Greenspan dans la situation donnée. Krugman circa 2002 dans le NYT: "To fight this recession the Fed needs…soaring household spending to offset moribund business investment. [So] Alan Greenspan needs to create a housing bubble to replace the Nasdaq bubble."
Can you believe that? Voir ici aussi. (via ZH)
THE BUBBLE WAS NOT A BUG, IT WAS A FEATURE.

Le vote de confirmation de Bernanke est demain! Le Sénateur Merkley l'avait lâché et McCain s'apprêtait à le faire. Le "man of the year" de Time peut-il briser le momentum? Il serait intéressant de voir à quelle date ont été nommé les autres "men of the year".

mercredi 16 décembre 2009

Time Magazine nomme Bernanke "Person of the year"

Quand je comparais le culte de la personnalité qui l'entoure à celui de Kim Jong Il... C'est à nuancer un peu car même des personnages très négatifs peuvent être nommés mais cela va sans doute l'aider dans sa course à la confirmation. Il n'en avait de toute façon pas besoin.

Cet homme est un de ceux qui portent la responsabilité la plus grande dans cette crise (pas étonnant que chacune de ses actions vise précisément à en dissimuler l'étendue le plus longtemps possible). Avant d'être à la FED, il a été président du "Council of Economic Advisors" de Bush. Toujours fidèle sidekick de Greenspan. C'est une catastrophe ambulante. Il symbolise à lui tout seul un système en faillite. "Man of the year"? Not quite. I'd rather crown him: "Disaster of the decade"!

Note: J'ai lu le début de l'article et il s'agit bien d'une apologie. Irréel.

mardi 15 décembre 2009

Le mépris de la démocratie dans l'intelligensia US

Au sujet de l'Aghanistan, le New York Times explique à ces idiots de dirigeants européens "How it's done."

Germany’s chancellor, Angela Merkel, and France’s president, Nicolas Sarkozy, have repeatedly stated that their countries have a stake in the future of Afghanistan and the future of NATO. But both are wary of pushing their voters too far, too fast. (Both have essentially postponed their decisions on further troop contributions until late next month.) Democratically elected leaders cannot ignore public skepticism, but they should not surrender to it when they know better.
(Il est conseillé aux dirigeants européens d'être sourds à leurs opinions publiques en ce qui concerne l'Aghanistan.)

On est au coeur du mépris de la démocratie par les élites américaines. C'est vrai sur tous les sujets mais en particulier sur les guerres. Les "gueux" ne sont là que pour payer les rêves de grandeur de leurs élites et donner leurs vies (pour les militaires). Absolument méprisable. (relevé par Glenn Greenwald)

lundi 14 décembre 2009

Obama redéfinit l'hypocrisie

Barack Obama dimanche soir sur CBS:

"I Did Not Run For Office To Be Helping Out A Bunch Of Fat Cat Bankers On Wall Street. Some people on Wall Street still don't get it."

Comme dit un "comment" de Zero Hedge, ça ressemble à l'URSS où on ne pouvait "rien croire avant que cela ne soit officiellement démenti". Il est trop tard pour ces accents populistes auxquels Summers s'est également essayé hier dans les "Sunday Talk Shows" ainsi que Geithner la semaine dernière. Ca ne trompe plus personne. Par contre, ce discours montre qu'ils ont compris qu'ils avaient un gros problème. Les sondeurs de la Maison Blanche avaient-ils omis la question jusque là? Est-ce une réponse à Matt Taibbi qui a encore frappé avec un article retentissant mettant en cause les connivences entre l'équipe économique d'Obama et Wall Street? La saison des bonus arrive et Obama a choisi d'y faire face avec des larmes de crocodile.

Note: Pourquoi s'oppose-t-il à une taxe sur les bonus similaire à celles qui se préparent au Royaume-Uni et en France? Quel hypocrite!

dimanche 13 décembre 2009

The largest guilt trip ever*

(* La plus grande opération de culpabilisation jamais conçue)

Felix Salmon, ancien de l'équipe de Roubini qui tient désormais un blog pour Reuters, décrit dans ce post comment à peu près toutes les institutions américaines (Obama y compris) essayent de faire en sorte que les américains ne quittent pas leurs maisons et continuent à payer leurs mensualités en les culpabilisant alors que cela n'est pas du tout à leur avantage. Mais ça marche. Seuls 3% des américains recoureraient au "défaut stratégique" alors que 32% auraient un emprunt supérieur à la valeur de leur maison.

Salmon explique que tous les acteurs économiques rationnels dans cette situation rendraient leurs clés mais que la culpabilisation parvient à convaincre la population d'agir contre son intérêt. Il note par exemple qu'Hank Paulson recommandait aux particuliers un comportement qui aurait conduit un employé de Goldman Sachs à être licencié s'il avait appliqué ces préceptes dans son travail*. Je crois l'argument recevable et je pense que tous les politiques ou journalistes qui donnent des conseils financiers fallacieux aux américains sous prétexte de préserver "le système" devraient être dénoncés. Cette culpabilisation n'est probablement pas le seul facteur ceci dit. On peut quand même imaginer que de nombreux américains n'ont tout simplement pas envie de partir de chez eux (ou de ce qu'ils croyaient être chez eux).

Quoi qu'il en soit, mon rapide résumé ne fait pas vraiment justice à ce post et aux liens qui y figurent. Je vous le recommande (en anglais).

* Hank Paulson était ministre des finances mais aussi ancien CEO de GS.

Je suis rassuré...

De Bloomberg:

“Steps can be taken to re-launch securitization, but to re-launch it on a sound basis so as to facilitate the provision of credit to the economy and the better distribution of risk among market participants,” Papademos said.

The ECB can influence the asset-backed bond market because it accepts the securities as collateral for loans to banks. It said on Nov. 20 that from March, newly issued asset-backed securities it is presented as collateral must be graded AAA/Aaa from two ratings companies instead of just one.

En gros, la BCE a compris que les agences de notation racontaient n'importe quoi en matière de produits titrisés (notamment) alors elle a décidé de régler le problème en demandant leur avis à deux agences plutôt qu'une (ce qui me semblait déjà être la norme). C'est affligeant. Le problème est évidemment le conflit d'intérêts de ces agences, pas le nombre d'avis sollicités! Et cela représente de plus une manne pour ces acteurs faillis.

A noter: la plupart des deals aux Etats-Unis étaient notés par deux agences ce qui n'apportait évidemment aucune garantie. L'impatience qu'ont tous les gens qui en vivent de relancer la titrisation sans réfléchir une seule seconde aux défauts structurels du produit est compréhensible. Ce qui est surtout fascinant, c'est qu'on les laisse faire avec Sarkozy par exemple qui, influencé par les acteurs du secteur, a déclaré au printemps qu'il fallait "relancer la titrisation car elle permet la croissance". Et ce alors qu'il dirige un pays plutôt épargné par ce fléau... Les "talking points" des banques ont encore un écho étonnnant dans la sphère politique à qui il incombe pourtant de faire le ménage.

Obamania no more

Selon Gallup, la popularité d'Obama vient de toucher un point bas qui n'avait jamais été enregistré précédemment à ce stade d'un premier mandat. Dès l'élection d'Obama je me disais qu'il ne pourrait s'en sortir (et encore avec beaucoup de chance) qu'en s'appuyant sur le peuple contre les lobbyists et ceux qu'ils représentent. S'il ne faisait pas de réformes profondes en entraînant avec lui la population, il serait balayé en raison des conditions économiques extrêmement adverses qu'il devait affronter. L'idée était finalement que "perdu pour perdu", autant essayer de "do the right thing". Obama étant plus mandarin que Spartacus, ça n'est évidemment pas la solution qu'il a retenue. Et le piège est maintenant en train de se refermer sur lui: il est fort à parier qu'il ne fera qu'un seul mandat.

Je ne me base pas seulement sur sa faible popularité (à ce stade du mandat selon Gallup) mais sur un chiffre plus inquiétant encore (DailyKos/Research 2000) qui montre que la tiédeur de l'ambition réformatrice d'Obama semble fortement démobiliser la base démocrate (alors même que les républicains sont galvanisés). 81% des républicains se déclarent enclins à aller voter aux prochaines "midterm elections" contre seulement 56% des démocrates. Ceux qui manquent sont ceux que Bush avait radicalisés et qui jugent qu'Obama est trop dans la continuité (crise financière, militarisme, réforme a priori "washi washa" du Health Care, libertés publiques...). C'est la rupture liée à l'incapacité du système politique américain à offrir une véritable alternance. Les américains viennent de tourner le volant et ils réalisent avec effroi que la direction ne répond plus. C'est pour ça que le Blogo dit que le système politique américain est cassé et que la crise est d'abord politique avant d'être économique. La crise économique ne peut d'ailleurs être finie puisque sa cause, la crise politique, n'a pas encore été résolue ni même identifiée (figurez-vous que les bien-nommés "Corporate Media" ne sont pas en pointe là-dessus...).

De Daily Kos:

But a bigger indicator of peril comes from a new survey question added the DK tracking poll for the first time this week. The poll now includes a rather simple indicator of baseline voter enthusiasm for the year 2010. The question offered to respondents is a simple question about their intentions for 2010:

QUESTION: In the 2010 Congressional elections will you definitely vote, probably vote, not likely vote, or definitely will not vote?

The results were, to put it mildly, shocking:

Voter Intensity: Definitely + Probably Voting/Not Likely + Not Voting

Republican Voters: 81/14
Independent Voters: 65/23
DEMOCRATIC VOTERS: 56/40

Two in five Democratic voters either consider themselves unlikely to vote at this point in time, or have already made the firm decision to remove themselves from the 2010 electorate pool. Indeed, Democrats were three times more likely to say that they will "definitely not vote" in 2010 than are Republicans.

vendredi 11 décembre 2009

"Carbon rights". It's so 2006...

Possible fraude en France sur le marché des "droits à polluer".

L'idée que les marchés financiers pouvaient être une solution au réchauffement climatique est "So 2006!". Cela a en tout cas rallié une "powerful constituency" (la finance) à la cause de l' "irrémédiable réchauffement qui va nous faire rôtir très rapidement si nous ne tradons pas des dérivés de droits carbones ASAP et sans modération".

On peut être sûr qu'une fois que les banques se goinfreront là-dessus, la science ne sera pas victime d'influence indue ou de manipulation... (nous en sommes d'ailleurs sans doute déjà là - les intérêts financiers liés au réchauffement ont probablement déjà une influence sur le débat).

Déjà cité récemment sur le blogo mais éclairant en l'espèce. Paul Volcker: "I wish somebody would give me one shred of evidence linking financial innovation with a benefit to the economy." Mr Volcker's favorite innovation in the last 25 years? The ATM "It really helps people. It's useful." (ATM = Distributeur de billets). Avait-on vraiment besoin d'associer les banques à cette danse? Ne devrait-on pas revenir en arrière maintenant que les marchés financiers, tels qu'ils se sont développés dans les 15 dernières années, sont totalement discrédités*?

Why do I smell a rat? Serais-je trop méfiant? Les banquiers sont des gens responsables qui souhaitent simplement améliorer les choses. On peut leur faire confiance. Right?

* Totalement discrédités? Est-ce exagéré? Je ne le pense pas. Les banques centrales essayent de nous faire croire que "ça n'est pas si grave" et qu' "on s'en remettra" mais le blogo begs to differ.

Note 1: Le Blogo n'ignore pas que sur ce sujet précis, il se situe politiquement au centre de la mouvance bushiste. Curieuse et inhabituelle compagnie. Ceci dit, l'idée que l'ensemble des opinions d'un individu doit être gouverné par son allégeance (ou son opposition) à un homme, un groupe ou une idéologie m'a toujours semblé être une insulte à son intelligence et une aliénation.

Note 2: Influence majeure sur le débat dans la décennie écoulée: Al Gore et son film (avec le vent dans le dos de l'aversion à Bush d'à peu près tout le monde - Al Gore aurait dû être président à sa place, remember?). Mais aussi la hausse du pétrole et le mythe du "peak oil" que les propagandistes ont avancé pour rationnaliser la manipulation du marché du pétrole de 2008 (Brown et Sarkozy demandent d'ailleurs fort justement que les pratiques sur ce marché soient encadrées dans leur récent édito conjoint sur la finance). L'influence de cette manipulation sur le débat climatique est oblique mais à mon avis majeure.

Note 3: Food for thought pour les lecteurs du Blogo. Josh Marshall de TPM nous livre ses impressions qui à mon avis sont similaires à un grand nombre de "bobos de base":

For years I hoped that the climate skeptics (and in the past there was still a decent amount of legit scientific skepticism) might have a point since the reality of global warming is so frightening and I have my doubts about the world's ability to get its act together to do something about it.

Unfortunately, virtually all the skeptics being freaks and eccentrics brought me little solace.

Avant de discréditer les sceptiques, il avait écrit cela dans un post précédent (il révèle malgré lui à quel point la pression sociale est centrale dans sa prise de parti "réchaufiste"):

I can't say that I really have any sophisticated understanding of the science of climate change. I don't think that most people I know who are pro-cap and trade do either. For me, the fact that the vast majority of people with specialized knowledge in the field think there's a problem is good enough for me.

Put baldly like that, perhaps it suggests a certain incuriousness. But I can't be knowledgeable about everything. And I'm comfortable with the modern system in which the opinions of really knowledgeable people with expertise counts more in cases like this than people who know nothing at all.

I would not be terribly shocked if the predictions we're getting today about the climate turned out to be dramatically off. (Of course, it could be dramatically worse as well as dramatically better.) For political reasons, because there's so much nonsense in the air, you're not supposed to say that I guess. But there's inevitable uncertainty about how such a complex system as the global climate functions.

Quelle part de bien-pensance dans l'ambiance actuelle? Ces sentiments (militant convaincu par mimétisme le jour mais un peu moins assuré quand il se réveille au milieu de la nuit) ne sont-ils pas extrêmement répandus? Comment peut-on, après la guerre en Irak, après la crise financière, s'en remettre au consensus? A l'opinion générale? Just the facts, please. Qui expertise les experts et surtout leurs conflits d'intérêts?

Le réchauffement climatique? "It's a slam dunk!" (c'est ce qu'avait affirmé le directeur de la CIA sur les armes de destruction massives de Saddam Hussein - ça veut dire "c'est certain"). C'est précisément dans ce genre de contexte que la dissidence est primordiale. Elle ne devrait pas être redoutée mais embrassée. L'incapacité à la tolérer est l'élément essentiel qui fait toujours vibrer le bullshit detector du blogo. Mon problème essentiel, comme je l'ai dit déjà est que j'ai l'impression que les scientifiques qui nous parlent de climat n'ont pas établi assez clairement leur maîtrise du sujet. Pour cela, il faut des prévisions réalisées. Un modèle validé par la réalité. Qui a réussi cette performance? Qui a eu un prix Nobel pour cela? Et si rien n'est démontrable scientifiquement, de quoi parle-t-on exactement? Ce brouhaha vaguement intégriste me déplaît. La science ne marche pas par consensus. La théorie de la relativité était-elle le fruit d'un "consensus" politisé par des scientifiques aux intérêts convergents (self agrandizement)? Non, elle était l'oeuvre identifiable d'un individu. Elle était palpable, réfutable. Cette théorie du climat au nom de laquelle on exige des changements politiques substantiels n'a pas de visage. Elle est insaisissable.

Est-il déraisonnable de demander aux scientifiques qui soutiennent la thèse du réchauffement lié à l'activité de l'homme de nous donner des niveaux de température observables dans les dix ans qui viennent qui corroboreraient ou infirmeraitent leurs thèses? Pourquoi ne veulent-ils pas jouer à ce jeu là? Soutiennent-ils agressivement une thèse (climategate) ou bien analysent-ils une réalité objective sans prendre parti? De combien ont augmenté leurs crédits et leur influence dans les années qui viennent de s'écouler? Que rapporte l'alarmisme? Quelles mesures ont-ils pris pour que cet évident conflit d'intérêt ne vienne pas perturber leurs recherches? ;-) Ont-ils identifié ce conflit d'intérêt? L'ont-ils analysé?

Premier vol de l'A400M

Il n'y a pas de photos d'avions militaires dans le Friday Plane Blogging mais il peut y en avoir sur le Blogo. La preuve:C'était donc le premier vol de l'A400M ce matin. A venir dans le mois qui vient: premier vol du 787 (croisons les doigts) et de la version allongée du 747. Les premiers vols sont très rares. Trois en un mois, c'est assez exceptionnel. Et tant que j'y suis, cette photo que j'aime bien et qui n'a jamais figuré dans le Friday Plane Blogging. (Cliquez pour agrandir, très bonne définition)

Friday Plane Blogging

Bientôt l'hiver et sa contrepartie positive: le rallongement des journées. Premier vol de l'A400M aujourd'hui également. Je ne mets pas de photo car il n'y a pas de photos d'avions militaires dans le Friday Plane Blogging. (Cliquez pour agrandir)

The sky is the limit!

Les Etats-Unis ont une tradition législative: la dette du pays est toujours plafonnée et augmenter le plafond nécessite un vote duCongrès. Le plafond ne cesse d'être repoussé. La prochaine augmentation était dans les starting-blocks, la procédure d'adoption vient de commencer avec un vote d'ici à la fin de l'année (voir Politico ici, via ZH). Elle est massive avec $1,8 trillion. L'idée est de tenir jusqu'aux élections de novembre prochain (midterm elections: la "House of Representative" est intégralement renouvelée, le 1/3 du Sénat). L'ancien plafond, tout près d'être dépassé, était de $12 trillion. Olé!

Les représentants n'ont pas d'autres choix que de voter cette augmentation. Comme ils ont finalement voté le TARP, il n'y a guère de doute sur le fait que cela passera. En revanche, le débat est un mauvais moment à passer pour tout le monde et des efforts de maîtrise des dépenses pourraient être demandés.

mercredi 9 décembre 2009

Post-It

David Plouffe, un pilier de la campagne Obama, révèle dans son livre "The Audacity to Win" paru il y a quelques jours qu'Obama n'aimait pas initialement le slogan "Change We Can Believe In!". Peut-être avait-il du mal à y croire lui-même.

Paul Volcker: "I wish somebody would give me one shred of evidence linking financial innovation with a benefit to the economy." Mr Volcker's favorite innovation in the last 25 years? The ATM "It really helps people. It's useful." (ATM = Distributeur de billets)

No Comment:

Census Bureau Reports Collapse In State Tax Revenue, Liquor Stores Only Bright Spot (via ZH)


De Naked capitalism: I am not sure whether Potemkin reform is worse than no reform at all, except the latter makes it abundantly clear that America is in the hands of a corrupt plutocratic elite. Au sujet des derniers amendements d'une bande de démocrates dans la main des banques visant à émasculer une loi sur la protection des consommateurs.

Plus de deux ans après le subprime, toujours aucune réforme des agences de notation. Pourquoi les Etats-Unis déstabiliseraient-ils le moyen d'influence le plus formidable qu'ils ont à leur disposition? Elles leur permettent de faire autant de dégâts que l'armée pour un coût bien moindre! (voir la Grèce) La vraie question est : pourquoi l'Union Européenne n'a pas créé son agence pour contrebalancer la propagande asservissante venant de S&P et Moody's?

La discussion avec un chauffeur de taxi

La commission d'enquête sur la guerre en Irak suit son petit bonhomme de chemin au Royaume-Uni (pour ceux qui se demandent, cette commission est construite pour faire le moins de vagues possibles mais les témoignages publics réservent toujours leur surprises). En coulisse, des langues se délient également pour orienter les questions des membres de la commission. Vous vous souvenez de l'affirmation de Blair selon laquelle des armes de destruction massive pouvaient être lancées en 45 minutes? L'information venait d'un chauffeur de taxi.

Le soutien à la guerre en Irak est indissociable du soutien aux mensonges qui l'ont rendu possible. Sans mensonge, pas de guerre. On pouvait éventuellement soutenir la guerre et s'en remettre au processus démocratique pour en décider mais on ne pouvait pas soutenir le mensonge sans être profondément opposé aux idéaux démocratiques. Un démocrate (au sens français) aurait pu soutenir l'invasion en principe mais aurait dû s'y opposer farouchement en raison des méthodes utilisées pour la déclencher. Parmi les partisans de la guerre, ce profil était inexistant. D'où la crispation fascisante qui était très nettement perceptible aux Etats-Unis à cette époque et qui ne les a pas lâché depuis. Le peuple est d'ailleurs toujours autant méprisé par le pouvoir américain avec la "surge" d'Obama en Afghanistan qui n'est pas soutenue par la population en général (on n'ose imaginer les sondages à ce sujet au sein du sous-groupe d'électeurs qu'Obama est censé représenter - quelle blague!).

Note: Après vérification, il semble que la décision d'Obama ait fait changer la position des américains sur l'augmentation de troupe en Afghanistan. Ils la soutiennent désormais. Obama vaut de l'or! Cela ne change rien au fait qu'elle n'avait pas leur préférence initialement et sans doute pas du tout parmi les démocrates. Le niveau de popularité d'Obama est tombée simultanément au plus bas enregistré à ce jour pour un président à ce stade de son mandat selon Gallup. L'effet Obama s'use (il faut dire qu'il ne s'économise pas: les couleuvres qu'il permet de faire passer sont majeures). Comme déjà dit ici, vu l'animosité qu'il déclenche chez une partie de la droite, si une partie de la gauche le lâche, il pourrait tomber très bas très vite (son socle de soutien "irréductible" est moins important que Bush).

Addendum: Sans surprise, Greenwald se déchaîne sur le sujet. Utile pour avoir une idée du mensonge inouï (et aux conséquences monstrueuses) qui a été servi aux américains par leurs élites.

Climate change? Sceptiques contre fans

L'idée même de donner aux deux points de vue la même importance est iconoclaste. Mais vous lisez "El Blogo" après tout... (via TBP)
A noter qu'on dit que l'année 2009 va être la plus chaude "on record". Whatevah...
(cliquez pour lire - si ça n'est pas assez gros, suivre ce lien)