mercredi 4 février 2009

Le Connecticut, cas d'école

Extrait d'un article de 2004 sur l'argent dans le monde politique de l'Etat du Connecticut.

"With all the money flowing through government, the politicians are easy prey," says Michael Sklaire, the former U.S. attorney who last year helped convict former Bridgeport mayor Joseph Ganim on racketeering charges. "The people around an elected official can make millions of dollars and have it be perfectly legal. And then you've got a guy like Ganim, who liked the good life-the fancy wines and fancy shirts, the expensive trips. You can't afford that on a mayor's salary." So the stage is set for the drama to begin.

Government at the state and city level is saturated with money, promises, dangled freebies and an opportunistic cast of characters-lobbyists, contractors, consultants-who haunt the Capitol and city halls as elected officials cycle through office. The fat cats soften up candidates with campaign donations and then systematically work to extract favors and paybacks in return.

Alors bien sûr, ça n'est pas une démonstration. Il s'agit d'un seul Etat. Il s'agit d'un seul article. De plus en France, nous avons eu Roland Dumas président du conseil constitutionnel (beautiful!), le Crédit Lyonnais etc... On a pu voir à l'occasion de l'Angolagate que beaucoup d'argent circulait dans toutes sortes de milieux. Nous avons nos André Santini, nos Julien Dray. Notre président affiche son goût pour le luxe d'une manière que beaucoup préfèrerait plus "profil bas". On décrit parfois comme ses meilleurs amis des gens comme Bouygues, Bolloré ou Arnault ce qui ne peut que déranger quand on voit comment Pierre Bergé "aidait" Julien Dray (à trouver son chemin dans la boutique Vuitton?). Je pourrais aussi évoquer nos marchés de distribution d'eau etc...

La raison pour laquelle je pense que tout cela est plus grave aux Etats-Unis est que l'argent (qui "corrompt jusqu'à la conscience des hommes" dixit F. Mitterrand of Crédit Lyonnais fame!) y est culturellement plus important (prédominant) et qu'une part importante des activités de lobbying y sont légales (si tout le monde autour des politiques est rémunéré très grassement comme le dit l'extrait plus haut, il est plus difficile de créer des limites). Enfin, la corruption se mesure aussi par ses résultats et le succès de la guerre menée par les riches contre le reste de la population aux USA (dixit Warren Buffet) montre que la corruption fausse efficacement le processus démocratique (les riches restent par définition en infériorité numérique!).

Retour vers le futur

1981 (via Daily Kos):

The truth

Subitement, au détour d'un click, la vérité (extrait du wapo via Daily Kos):

But fixing the budget would require a kind of joint political suicide, with Democrats agreeing to trim costly social programs and Republicans acquiescing to a major tax hike. That kind of bargain has eluded previous administrations and seems highly unlikely now, even for a hugely popular new president.
S'attaquer aux problèmes budgétaires nécessiterait un suicide politique conjoint des démocrates et des républicains et a donc peu de chance d'arriver.

C'est pour ça que les américains ne sortiront pas de leur dépendance à la dette volontairement, guidés par des élites éclairées et prévoyantes . Ils ne le feront que contraints et forcés par des prêteurs qui tireront le tapis. Et à ce moment là, la douleur sera telle qu'il est difficile aujourd'hui d'imaginer la suite. Il est à peu près sûr néanmoins que quand on en sera là, le sourire d'Obama ne sera pas suffisant pour éteindre l'incendie. C'est dommage car il aurait pu mieux que d'autres promettre "du sang, des larmes et la victoire" mais il a été élu quatre ans trop tôt.

Note: un graphe était associé à l'article du wapo qui fait vraiment sourire (la manière dont tout semble plus ou moins sous contrôle après le dérapage 2009):

Mais qui fait plutôt froid dans le dos si on le met en perspective (ce que le wapo évite de faire) avec l'évolution passée (il y a un facteur de presque quatre entre 2007 et 2009 mais les données viennent de sources différentes, c'est juste pour donner une idée):

mardi 3 février 2009

Le plongeon américain

Les statistiques éco américaines sont très mauvaises. Voici par exemple l'évolution de la consommation des ménages en dollars courants:

Ces chiffres sont beaucoup plus mauvais que ce que j'ai pu entendre pour la France jusqu'ici. La baisse des ventes de voitures est beaucoup plus marquée. Les pertes des banques sont plus importantes. Le conservatisme des sociétés d'Europe continentale en matière financière (sauf l'Espagne) et la présence forte de l'Etat sont des mécanismes stabilisateurs qui devraient nous favoriser dans les années à venir (les français ont toujours une retraite par exemple, beaucoup d'anglo-saxons ont vu leurs économies divisées par deux avec l'évolution de la bourse, nos systèmes sociaux devraient rendre nos sociétés plus stables). Enfin, nous avons beaucoup moins vécu à crédit que les américains. Nous avons aussi beaucoup moins de dépenses militaires (budget du Pentagon $527 milliards - cela ne prend pas en compte le coût des différentes guerres).

Les médias devraient expliquer que ce scénario d'une crise moins profonde chez nous est possible. Sarkozy aussi pourrait s'en faire l'écho. Il est toujours pris dans sa volonté de jouer au tennis avec l'actualité et donne parfois l'impression de remuer de l'air. Quand je vois les 1000 mesures de la relance dans le TGV de la relance avec le nouveau ministre de la relance, je suis pris d'une légère fatigue. Je préfèrerais que certaines des ressources qui sont allouées à ce show permanent soient dédiées à la réflexion à moyen terme (voire long terme). Je suis particulièrement dépité par la volonté de singer les américains dans la gestion de la crise. Pourquoi s'est on occuppé des banques avant qu'elles ne le demandent et alors qu'elles font des profits? Ne valait-il pas mieux que l'Etat déclare qu'il garantirait les obligations des banques en dernier ressort mais qu'il laisse le marché discriminer entre les acteurs et nationalise pour rien les banques en faillite? Il n'y aurait alors pas eu d'ambiguïtés sur le fait qu'elles (et leurs dirigeants) avaient échoué? Aussi, le tout début de la récession est-il vraiment le meilleur moment pour faire de la relance massivement? N'est-il pas plus efficace d'attendre qu'un tremblement de terre soit fini avant d'envoyer les secours?

Les récessions "élaguent" les économies. Elles permettent de garder les éléments les plus sains pour le prochain cycle de croissance. Je pense par exemple que si la FED avait laissé la récession de 2001 suivre son cours au lieu de baisser les taux, le marché du subprime aurait été dévoilé pour ce qu'il était: une imposture. Le marché de l'immobilier aurait également marquer le pas. Au lieu de ça, on a mis de l'engrais sur de mauvaises herbes et nous en subissons aujourd'hui les conséquences.

Je suis pour que l'Etat amortisse l'effet des récessions sur la population. Dans ce cas précis, il semble que l'intervention de l'Etat soit d'autant plus nécessaire que la crise a présenté un risque systèmique pour les banques. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que le rôle de l'Etat n'est pas d'abolir les cycles économiques et qu'il doit laisser le marché décider quels acteurs économiques ont gagné le droit de participer à la prochaine phase d'expansion. Je ne crois pas que ce soit cela qui ait préoccupé Sarkozy dans sa gestion de la crise bancaire française.

Note: Pour le caractère sans précédent de ce qui se passe aux Etats-Unis, j'ai lu que la consommation alimentaire avait baissé de 14% en rythme annuel au dernier trimestre et de 7% le trimestre précédent. La conclusion de cet ami économiste sur son blog était: "Food is not supposed to do this unless there is a severe harvest shortfall. We are no longer normal business cycle territory." (la consommation alimentaire n'est pas censée se comporter comme cela normalement sauf en cas de récoltes insuffisantes. Nous ne sommes plus dans une dynamique de cycle économique classique).

Ce graphe est également instructif:

lundi 2 février 2009

Robert Reich s'interroge sur le bailout

Robert Reich (ancien secrétaire à l'emploi de Clinton) est sur la ligne du blogo et dénonce la circularité des transferts de fonds entre les banques et le monde politique: une partie de l'argent donnée aux banques est utilisée par celles-ci pour faire du lobbying auprès du congrès.

How You and I Are Paying Wall Street to Lobby Congress to Go Easy on Wall Street

Corruption et corruption

Le Blogo peste souvent contre la corruption aux Etats-Unis. Je voulais préciser que je ne fais pas référence nécessairement à des actes illégaux qui devraient être réprimés par la loi (un peu vaudevillesques, genre Julien Dray). Je mets en cause le système de lobbying qui a longtemps été considéré comme une spécificité culturelle et une forme d'expression démocratique dans la politique américaine. C'est à la faillite de ce système parfaitement légal que nous assistons actuellement. Ce n'est pas la seule forme de corruption qui existe bien évidemment mais de telles dispositions ont posé les bases de l'absence de séparation entre les pouvoirs économiques et politiques qui apparaît au grand jour avec la crise et la manière dont elle est gérée (à l'avantage de ceux-là même qui se sont formidablement enrichis en en créant les conditions).

Si vous voulez avoir un aperçu sur l'envers du décor, je vous conseille ce post de Glenn Greenwald qui s'en prend à Tom Daschle, nouveau secrétaire à la santé d'Obama, et à sa femme présentés comme un symbole de ce système. Citation de Matt Taibbi:
"In Washington there are whores and there are whores, and then there is Tom Daschle."

Note: pour ceux qui s'étonneraient de ce qu'un "liberal" comme Greenwald reproche à Daschle d'avoir quitté sa femme (et ses trois enfants) pour épouser Miss Kansas en 1976, il faut prendre en compte le fait que Greenwald revendique son homosexualité et qu'il est extrêmement sensible aux prises de positions publiques sur le mariage homosexuel (et autres causes gays). Daschle s'étant opposé au mariage homosexuel sur la base du caractère "sacrosaint" du mariage, il l'allume. Fair enough. Mais cela pose la question: Greenwald aurait-il été aussi cinglant si Daschle avait partagé ses vues sur ce point? S'il en avait été l'avocat flamboyant?

Pourquoi? PARCE QUE!

Krugman hausse le ton dans son éditorial du NYT.

Il cite Geithner:
“We have a financial system that is run by private shareholders, managed by private institutions, and we’d like to do our best to preserve that system,” says Timothy Geithner.

Dans cette petite phrase, on retrouve beaucoup des accusations du Blogo: les mesures prises contre la crise ne visent pas d'abord l'intérêt général mais elles visent à préserver la continuité du pouvoir financier. Elles n'émanent pas d'un pouvoir politique indépendant et pragmatique face à la faillite des banques mais bien des banques elles-mêmes. Tout pouvoir vise normalement à se renforcer et à s'étendre. Pourquoi les politiques américains ne saisissent-ils donc pas l'occasion de la faillite des banques pour en prendre le contrôle alors que cela semble aller de soi? La seule explication plausible de cette bizarrerie n'est-elle pas que ces politiques ont déjà fait l'objet d'une OPA par les banques (et d'autres secteurs économiques) il y quelques années déjà?

Qu'on se s'y trompe pas: Geithner ne parle pas seulement de préserver le fonctionnement du système financier, il défend la propriété (donc les structures) d'un système en échec et à certains égards criminels (subprimes...). Et pourquoi donc M. Geithner? Il semble que la réponse soit "PARCE QUE!". La réponse qu'on attend de tous pouvoirs sans réelle légitimité.

Krugman souligne donc que tout semble être organisé pour que les victimes (les américains) soient les dindons de la farce et que les coupables passent à travers l'orage. Prochain arrêt, la révolution? Les américains vont-ils finir par se lasser de leurs fantasques ploutocrates?

Note: Geithner dit: "We'd like to do our best to preserve that system". Qui dit qu'on ne peut pas croire les hommes politiques?

Auditions au congrès sur la finance

Pour ceux que ça intéresse. Un témoignage d'un des pontes de la FED devant la chambre des représentants. Glenn Greenwald recommande les 5 premières minutes (en anglais):


Aussi cette vidéo de Fox News (pas ma tasse de thé) qui met en évidence le caractère sans précédent de la politique de la FED (en anglais aussi).

samedi 31 janvier 2009

L'euro encore en baisse

L'€ en dessous de $1,28. Un de mes regrets durant cette crise est que la BCE semble emboîter le pas à la FED sur la mise des taux à 0%. Personne ne sait exactement dans quelle mesure des taux si bas ne font pas plus de mal que de bien. On a peu de points de référence. Des taux aussi bas au Japon dans les années 90 n'ont pas relancé l'économie. Les taux à 1% aux USA en 2003 nous ont conduit au marasme. On a l'impression que les banques centrales pilotent un A380 en utilisant les débattements de surface de contrôles similaires à un avion de voltige. Le résultat dans les airs, c'est que les commandes cassent et que l'avion se crashe (ou si les commandes ne cassent pas, c'est l'avion qui explose - le résultat est le même).

Pour moi, les banques centrales se comportent un peu comme des médecins qui prendraient énormément de risque avec la santé du patient, non pas pour que celui-ci ait plus de chance de s'en sortir mais pour que leur responsabilité ne puisse pas être mise en cause sur le thème: "vous voyez bien, on a tout essayé". L'ironie (en continuant à filer cette métaphore médicale) est que la maladie du patient a été innoculée par les médecins et que personne ne semble le remarquer.

On peut aussi argumenter que les banques centrales prennent le maximum de risques pour tenter de préserver leur pouvoir. Mettre les taux à zéro est leur dernier pari pour que le système reparte et que le monde financier conserve les mêmes structures. Et tant pis si on prend le risque de l'hyperinflation et de la destruction de la monnaie. Si tout se passe "selon le plan" le malade ne saura jamais qu'on a risqué sa vie inutilement pour préserver la réputation du médecin. Et si tout ne se passe pas selon le plan, il n'y aura plus ni médecin, ni malade. Perdu pour perdu...

Les banques centrales (la FED en particulier) savent que leur pouvoir sera remis en cause si les choses ne s'arrangent pas relativement rapidement. C'est une course contre la montre. Elles ne cherchent pas à nous sauver mais plutôt à se sauver elles-mêmes. Et contrairement à nous, elles n'ont plus rien à perdre! C'est un peu comme le TARP: on nous fait croire que des institutions bienveillantes mettent tout en oeuvre pour nous éviter une catastrophe mais la réalité est qu'elles mettent tout en oeuvre pour perdurer en l'état. Et dans la poursuite de cet objectif, elle se croit absolument tout permis.

Après la métaphore aéronautique et la métaphore médicale, j'ose la métaphore routière: nous sommes les passagers d'un bus dont le conducteur est poursuivi par la police. Je m'arrête là néanmoins avec l'inquiétude d'être peut-être allé un peu trop loin dans la métaphore! Je veux dire et si c'était le blogo le bus et que les lecteurs soient les passagers? Cela ferait-il de moi le conducteur? Et dans ce cas, pourquoi diable la police serait-elle à mes trousses?

Nemo auditur propriam turpitudinem allegans

Pas mal le latin! C'est la magie de l'internet: on peut se donner des airs de latiniste sans avoir jamais étudié le latin. Il s'agit de l'adage juridique: "Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude". C'est pourtant ce que fait le CEO de JP Morgan, Jamie Dimon, quand il dit ça (à Davos):

Regulators, he said, should share some of the blame.

“God knows, some really stupid things were done by American banks,” Dimon said. “To policy makers, I say where were they? They approved all these banks.”

Traduction: Les banques ont fait énormément de choses stupides mais où étaient les régulateurs?

Tu sais parfaitement où étaient les régulateurs, Jamie. Ils étaient dans ta poche et ça a permis ça. Et ne dis pas que tu ne l'avais pas remarqué car cela t'as quand même coûté pas mal d'argent (même si ça a beaucoup plus rapporté). Les politiciens ont été coupables de s'être laissés corrompre. C'est tout. Pour ce qui est des régulations (et plus encore de leur absence), il faut rendre à César ce qui est à César, et reconnaître que les banques s'en sont arrogées la responsabilité. Alors quand Dimon se défausse en partie sur les régulations pour expliquer cette crise, il ne fait que se prévaloir de ses propres turpitudes.

vendredi 30 janvier 2009

Putin moque la finance US hier à Davos...

Et le rouble baisse de 3,5% dans la foulée. Bien qu'il ait déjà perdu 30% en cinq mois, cette news bloom n'hésite pas à lier les deux évènements. C'est intéressant parce que ça voudrait dire qu'un simple discours de défiance serait désormais sanctionné. Ca voudrait dire que le roi sait qu'il est nu et qu'il en est désormais au point où il empêche à qui que ce soit d'ouvrir la bouche. Perilous Times.

Cela me conforte en tout cas dans l'idée que Sarkozy prenait un risque en attaquant la capacité d'endettement des Etats-Unis et le rôle du dollar. Je n'ai rien contre cette position en soi et si on souhaite que le monde soit plus équilibré beaucoup de déclarations courageuses vont être nécessaires. J'avais juste l'impression que Sarkozy menaçait les Etats-Unis de l'équivalent économique d'une guerre nucléaire de manière inconsidérée et mal préparé. Avant de sortir du bois, il faut se construire des soutiens et quand vient le moment de sortir du bois, autant le faire en masse. Dévoiler au détour d'une phrase une stratégie agressive ou des revendications remettant en cause de manière trop radicale l'ordre établi peut-être contre-productif (comme Mo Green dans "Le Parrain" - voir ici à la fin). Ce n'est pas parce que le monde a des griefs complètement légitimes envers le leadership américain que les Etats-Unis ne vont pas se battre becs et ongles pour conserver leurs privilèges. So if you shoot, shoot to kill. Les coups de semonce où les gesticulations ne servent à rien.

La Russie lève donc la voix aujourd'hui. La Chine s'est opposée avec virulence au "coaching" américain en matière monétaire cette semaine. Merkel et ses ministres ont été cinglants à plusieurs reprises. Partout dans le monde le mécontentement grandit et tout laisse penser que cela ne fait que commencer. Plutôt que de faire des déclarations tonitruantes, Sarkozy devrait essayer de donner une cohérence et une unité à cette contestation du rôle des Etats-Unis. Ca n'est que comme ça que l'on pourra progresser vers l'objectif stratégique d'émancipation. Cet objectif n'est pas de l'ordre du "nice to have" qui se traduirait simplement par plus d'écrans plats chez nous et moins chez eux. Avec leur système politique cassé, les américains ne peuvent plus assurer la stabilité de la planète. Il faut donc que nos dirigeants mettent en place rapidement un système de gouvernance mondiale décentralisé qui puisse leur succéder et garantir une forme de stabilité. Le temps jouait de toute façon contre la domination américaine. L'impérium aurait sans doute pu durer encore quelques années ou même décennies mais la présidence W ne lui a laissé aucune chance. Comme le dit le pseudo d'un lecteur du blogo : "Hubris kills."

D'accord avec Paul Krugman (cette fois)

Je suis d'accord avec Paul Krugman qui fait ce commentaire désabusé (présenté comme une plaisanterie) sur son blog:

"Under Bush, financial policy consisted of Wall Street types cutting sweet deals, at taxpayer expense, for Wall Street types. Under Obama, it’s precisely the reverse."
Traduction: "Sous Bush, la politique en matière de finance se résumait à des gars de Wall Street faisant des faveurs à des gars de Wall Street aux dépens du contribuable. Sous Obama, c'est l'inverse."

Ceci dit, je ne comprends pas comment cela peut-être compatible avec ce que le même Krugman avait écrit et que j'avais vivement critiqué ici. Dans un cas il dit que Wall Street légifère pour Wall Street ce qui résume l'état déplorable de la démocratie américaine. Dans l'autre, il dit (je résume): "Les hommes politiques, possiblement sans s'en rendre compte, font des cadeaux énormes aux actionnaires des banques au détriment des contribuables". Les hommes politiques sont donc "possiblement" blancs comme neige, peut-être juste un peu distraits. Dans un cas la corruption est totale, dans l'autre, les politiciens sont des gars de bonne foi juste un peu patauds et maladroits. What's it gonna be, Paul?

Deux explications pour réconcilier ces deux perspectives:
- Krugman pense que les hommes politiques font ce que leur demandent les banquiers sans en comprendre les tenants et les aboutissants. On se demande alors pourquoi il se donne la peine de les mentionner.
- Krugman avait écrit quelque chose de plus cinglant mais il a été gentiment remis dans la droite ligne par un éditeur du New York Times avec une formule laissant une porte de sortie à la classe politique (le manque de vigilance). Cela semble possible dans la mesure où l'affirmation cinglante a été publiée sur son blog (hébergé par le NYT) et que l'éditorial "consens mou" respectueux du pouvoir a été publié dans la version papier du journal et a donc fait l'objet d'un "editing".

Donc Krugman nous donne deux versions de la réalité, une ou les hommes politiques ont disparu du système et des Wall Street guys font des sweet deals aux Wall Street guys (Obama ou pas). L'autre où des hommes politiques inattentifs mais toujours un peu aux commandes font ces mêmes cadeaux en raison de leur naïveté. Le premier est destiné à son blog, le second à "un journal de référence". La conclusion est donc comme toujours: vivement la fin des "journaux de référence" (ça n'est pas une vue de l'esprit: beaucoup de ces publications traversent des difficultés financières qui mettent leur survie en question, comme le Chicago Tribune et le LA Times par exemple mis en danger par la faillite de leur maison mère, la Tribune Company).

Friday Plane Blogging

jeudi 29 janvier 2009

The world according to TARP*

Katrina vanden Heuvel, l'éditrice de "The Nation" (magazine mythique, le plus à gauche à large diffusion aux US), a trouvé un sens différent à l'acronyme TARP.

"The Act Rewarding Plutocracy"

C'est bien plus proche de la réalité que le pourtant réel "Troubled Asset Relief Program" qui n'a finalement pas servi à racheter des "troubled asset" mais à recapitaliser les banques. Ce changement de destination a révélé ce qu'il était vraiment: un chèque en blanc dont les bénéficiaires ont été déterminés par Paulson et ses jeunes aides de Goldman Sachs dans l'opacité la plus totale. Il est aujourd'hui paré de la légitimité que confère la loi mais gageons qu'il restera dans l'histoire comme le plus grand scandale financier de tous les temps. Un des derniers spasmes (espérons-le!) d'un organisme complètement gangréné par la corruption.

* J'ai googlé ce titre et il a été utilisé en septembre 2008 par Paul Krugman que j'avais dû lire à l'époque.

Entendu sur BFM

Je rentre chez moi ce soir et j'entends ça sur BFM avant de couper le moteur:

"Cette crise est arrivée très vite. Ecoutez, il y a six mois, personne n'en parlait. Si elle est arrivée très vite, elle peut également s'arrêter très vite."

CQFD. J'ajouterais: "j'ai cassé cet oeuf en un dixième de seconde, je vais le reconstituer dans le même temps".

lundi 26 janvier 2009

"and nonbelievers."

Retour sur le discours d'Obama. Après avoir été plus ou moins passée sous silence depuis des décennies (des siècles?), une nouvelle catégorie de citoyens américains a fait son apparition dans le discours d'inauguration d'Obama, les "nonbelievers".

We are a nation of Christians and Muslims, Jews and Hindus, and nonbelievers.

Un motif de réjouissance pour tous les américains qui appartiennent à cette catégorie. Tant que j'y suis, je me réjouissais du fait qu'Obama n'ait pas utilisé l'expression symbole du bushisme de "war on terror" dans son discours. Il s'en rapproche dangereusement avec des trucs dans le goût "war on terrorist forces"...

Les agences de notation mènent toujours le bal

Les agences de notation demeurent écoutées bien qu'elles aient rendu cette crise possible en vendant leur crédibilité au plus offrant.

Elles ont sonné le début de la crise en downgradant plusieurs centaines d'obligations pourries en juin 2007. Ce faisant elles ont démontré qu'elles pouvaient influer sur le timing de la crise. Les marchés restent suspendus à leur avis en matière de dette souveraine. Ainsi, ce sont les agences de notation qui vont pouvoir déterminer quel pays mérite ou non d'être downgradé, quelle monnaie mérite ou non de plonger. Elles pourront aussi en décider le moment. Ce pouvoir serait déjà inquiétant s'il était exercé par des institutions honnêtes et indépendantes mais là, vu leurs antécédents, c'est tout simplement terrifiant. Souvenons-nous qu'elles n'ont pas seulement noté AAA des trillions d'obligations pourries très majoritairement américaines, elles ont également, pour être agréable au gouvernement américain, maintenu le rating de certains monoliners bien plus longtemps qu'il n'aurait été raisonnable. Elle regarde avec bienveillance la faillite totale de l'économie américaine en downgradant tranquillement l'Equateur ou l'Espagne.

En dépit de la faillite totale du système financier impérial américain, les arbitres ultimes de la solvabilité des nations restent des institutions privées qui mangent dans la main de l'Etat US. Le monde arrivera-t-il à s'affranchir de cette tutelle qui après avoir longtemps été injustifiée est aujourd'hui devenue grotesque?

Note: Faut-il d'urgence créer une agence européenne capable de noter les Etats et les grandes entreprises? (pour la dette structurée, on va dire que ça n'est pas prioritaire!) Pas crédible me direz-vous? Mais Moody's et S&P ne sont pas plus crédibles dans le contexte actuel. Il faut contrer le bruit par le bruit. Cela aurait aussi la vertu de poser le problème de la légitimité politique de ces agences. Arrêtons de croire au mythe de l'impartialité et du jugement objectif. La crise l'a complètement démonté. Il faut torpiller ces institutions. Les américains ne le feront pas d'eux-mêmes car ce sont des instruments de puissance.

dimanche 25 janvier 2009

La Californie proche de la faillite

Le problème du contribuable américain, c'est que l'Etat fédéral ne va pas être le seul à frapper à sa porte avec la récession. Continuer à faire des tax cuts dans ce contexte, c'est un saut dans l'inconnu.

The controller says California is down to Plan D on its checklist of paying bills. Its cash reserves are piddling; the special funds it borrows from are tapped out, and no one in the private sector is going to lend it any cash at a reasonable interest rate.

Voir article ici (via Atrios).

"Obama Style" par Obama

Je n'ai pas trouvé d'où venait cet extrait. J'ai l'impression que c'était avant qu'il soit élu. Un poil autosatisfait mais c'est vrai qu'avec son sourire, ça passe en douceur! (via DailyKos)

Note: en regardant plus attentivement, il semble que ce soit il y a un an pendant les primaires du New Hampshire. C'est vrai que cette tactique de n'être pas à l'origine des affrontements s'est répétée au travers de la campagne.

samedi 24 janvier 2009

Obama garde son blackberry

Répondant à une question que se posait le blogo, Obama s'est arrangé pour conserver l'accès à un blackberry. Le président n'avait pour l'instant jamais eu d'emails. Seules des personnes autorisées pourront lui envoyer des emails. Ses copains pourront lui envoyer des articles... Le président sortira-t-il de la réalité officielle qu'on construit pour lui? S'informera-t-il en partie lui-même? Exciting times.