jeudi 26 mars 2009

...

La cour suprême vient d'annuler des sentences rendues contre des centaines d'enfants. Les juges qui avaient rendu ces sentences avaient été corrompus (à coups de millions de dollars) pour, semble-t-il, remplir des prisons privées. Jamais entendu parler d'un truc pareil... Il est curieux que cela semble apparaître tout à coup, longtemps après que la cour suprême (de l'Etat) en ait été saisie.

C'est un peu obscur et je ne sais pas si j'ai bien compris tous les tenants et les aboutissants mais disons que ça semble plaider en faveur de prisons publiques! (vias Atrios)

Note 1: une recherche google news (qui historise pendant un mois) donne une première entrée sur cette histoire le 3 mars et l'article en question laisse penser que l'histoire venait de sortir.
Note 2: ne voyez pas dans ce post une attaque contre les USofA ou une n-ième dénonciation de leur corruption dans le Blogo. Il y a assez de choses substantielles à critiquer pour ne pas aller puiser des éléments supplémentaires dans les "faits divers". J'ai posté cela uniquement parce que je suis tombé en arrêt sur la news.

So true!

Je crois qu'on est loin d'avoir épuisé les analogies entre cette crise économique et celle de 29. Que la FED ait dans les deux cas joué un rôle similaire et destructeur est un problème majeur. Le peu de hauteur de vue du commentariat économique en général est complètement désespérant. Tant que les citoyens ne se seront pas appropriés la politique monétaire (ça peut paraître absurde de vouloir que le citoyen se rende maître d'un sujet apparemment technique mais c'est la situation allemande d'une certaine manière: tout le monde est d'accord pour simplement ne pas faire n'importe quoi - et cela leur vient de... 1929), elle sera pafois utilisée au profit d'une poignée d'initiés (comme les appelle Jacques Attali) et au détriment du plus grand nombre comme dans les dernières années. Bloomberg News interviewe George Cooper qui semble avoir écrit un livre intéressant sur la question: “The Origin of Financial Crises”.

Extrait (right on!) de l'interview:

Pressley: Bernanke’s book on the Great Depression offers a different take on asset bubbles and crashes, doesn’t it?

Cooper: The traditional analysis -- and it’s safe to say Bernanke’s -- is that the Great Depression in the U.S. was caused by the Fed running monetary policy too tight in the 1930s. I think the problem actually came with running monetary policy too loose in the ‘20s. Many of the problems we have now were baked in the cake by policy in the run-up to this crisis.

La partie surlignée est pour moi au coeur du débat. Avoir la meilleure politique possible une fois que la crise a commencé est en effet un but louable et un sujet de débat mais il est relativement secondaire. Pour comprendre la crise (et en prévenir d'autres), on peut s'arrêter en 1929. La suite est inutile. La leçon qu'on a tiré de la crise de 1929 est: "la prochaine fois, il faudra faire du déficit budgétaire et une politique monétaire ultra-laxiste et tout ira bien". On n'a pas mis l'accent sur les années folles (expression que je comprends mieux après être passé par 2000-2007).

C'est un peu comme si la leçon qu'on tirait de l'ouragan Katrina était qu'il fallait organiser les secours de manière plus efficace la prochaine fois alors que la vraie leçon est évidemment qu'il ne faut pas laisser pourrir les digues mais les entretenir.

Evidemment, quand on voit le champs de forces actuel, on comprend comment l'histoire a pu oublier d'incriminer le système bancaire et la banque centrale de l'époque. Les journaux écrivent, paraît-il, "le brouillon de l'histoire" et on voit aujourd'hui comment (à part un article dans Rolling Stone) le "brouillon" des MSM (mainstream media) est biaisé en faveur des pouvoirs établis. A noter qu'aujourd'hui il y a l'internet et des cerveaux intelligents peuvent se connecter sans passer par la médiation de censeurs. Cela va changer le "brouillon de l'histoire", l'écriture de l'histoire et peut-être même l'histoire tout court. Nous verrons.

Les chinois continuent à bousculer les américains

La Chine s'énerve. Après avoir demandé des garanties aux américains sur leur solvabilité, le gouverneur de la banque centrale chinoise en appelle à la création d'une monnaie de réserve mondiale. C'est exactement ce pour quoi milite le Blogo: le contournement des Etats-Unis et de leur dangereuse incompétence/corruption. Il est clair que beaucoup de gens sont prêts à une sérieuse discussion au G20 (que voudront éviter les américains). Il est temps pour le ROTW (rest of the world) de s'organiser.

Extrait:
China Takes Aim at Dollar
By Andrew Batson

BEIJING -- China called for the creation of a new currency to eventually replace the dollar as the world's standard, proposing a sweeping overhaul of global finance that reflects developing nations' growing unhappiness with the U.S. role in the world economy.

The unusual proposal, made by central bank governor Zhou Xiaochuan in an essay released Monday in Beijing, is part of China's increasingly assertive approach to shaping the global response to the financial crisis.

Les chinois ont-ils trop confiance dans le dollar pour le déstabiliser de la sorte? Sont-ils prêts pour le final showdown? Mieux, en est-on au final countdown pour le final showdown? ( je n'ai pas pu résister*)

* L'occasion pour moi de constater que si on tape "Europe" sur Youtube, le premier choix qui apparaît est "Europe Final Countdown". Inattendu.

Stiglitz, Atrios and the Geithner Plan

Reproduction d'un post d'Atrios sur le "Geithner Plan" (que le blogo condamne avec force btw mais j'y reviendrai):

Robbery

Stiglitz:


The U.S. government is basically using the taxpayer to guarantee against downside risk on the value of these assets, while giving the upside, or potential profits, to private investors, he said.

"Quite frankly, this amounts to robbery of the American people. I don't think it's going to work because I think there'll be a lot of anger about putting the losses so much on the shoulder of the American taxpayer."


I think he's wrong that anger will matter. The Banksters own the country now.

-Atrios 09:12

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Bernanke fait sa pub sur CBS

Je ne sais pas combien coûte une heure de pub sur CBS le dimanche soir à 20H30 mais c'est clairement ce que la FED aurait dû payer à CBS pour diffuser ça (c'était il y a dix jours). La FED n'a pas de soucis à se faire avec les MSM. Ca dure 25 minutes et ça n'est intéressant que pour constater le degré de complaisance.



Partie 2
Partie 3

mercredi 25 mars 2009

Cocaïne, Prozac et économie

Vous allez dire que je devrais penser à autre chose de temps en temps mais quand j'ai vu ce graphe, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que les 4 pays qui ont produit des emprunts subprimes étaient dans les cinq premières positions. (il y a sans doute un lien mais sûrement dans l'autre sens: l'argent très facile pour certains a favorisé cette consommation)

Aussi et j'en finis avec ce thème (je n'y reviendrais probablement pas): doit-on prendre en compte l'utilisation massive de psychotropes comme le prozac dans nos sociétés ces dernières années comme pouvant avoir des impacts politiques/sociaux/économiques? Quel impact la coke a-t-elle sur Wall Street? La City? Est-ce juste culturel comme la consommation de bière où cela peut-il avoir une influence sur les comportements (si tant est que la bière n'en est pas)?

Autant de questions auxquelles je n'ai pas de réponses mais que je trouve intéressantes.

Pubs pour The Economist sur le blogo

Je n'ai évidemment aucun contrôle sur les publicités que vous voyez sur le blogo au cas où vous vous demandiez...

Le discours impossible

Il y a dans le discours sur la crise qu'on entend outre-atlantique une croyance dans une solution "magique" à la crise. Je vise en particulier Krugman qui est une des seules voies réellement écoutées sur le plan de relance et qui réclament toujours plus de dépenses publiques (aux US et en Europe) sans jamais évoquer les risques que cela comporte. Exemple un peu daté ici. L'idée est que nos aînés en 1929 se sont comlètement trompés et que nous savons aujourd'hui de manière certaine qu'une relance massive nous permettra de retomber sur nos pieds. Cela ressemble à un Gosplan: il va y avoir un manque à gagner dans l'output du pays de tant de trillions alors l'Etat prend le relais et comble le trou. L'idée que "l'activité économique ne se décrète" pas (surtout pas dans un pays aussi corrompu que les Etats-Unis où une industrie financière hypertrophiée et des armées de lobbyists d'autres secteurs se sont faits une spécialité d'utiliser leurs appuis politiques pour faire des profits faciles - je n'ose même pas imaginer les pertes en ligne dans le cadre d'un plan de relance! - Who says "there is no free lunch on Wall Street" anymore?) n'est plus du tout à la mode. Le discours prédominant veut nous convaincre que rectifier les excès accumulés sur 15 ans ne demandera pas des efforts et du temps mais juste de l'audace bugdétaire. Et la croissance reviendra au second semestre 2009!

La vérité est qu'un discours plus austère qui mettrait en garde contre l'accumulation excessive de dettes aurait l'inconvénient de remettre en cause le modèle de croissance américain des quinze dernières années et que, understandably, nobody wants to go there. Ce modèle reposait sur un mensonge dont beaucoup savait que le monde ferait finalement les frais mais qui a entre-temps énormément profité au niveau de vie des américains. La seule possibilité pour les eux de maintenir ce niveau de vie est de trouver un moyen de faire subsister ce modèle d'une manière ou d'une autre. Alors peut-on réellement leur reprocher de vouloir prolonger ce ponzi scheme qui leur a tant réussi et dont nous avons été, comme les investisseurs de Madoff, des victimes consentantes (cf l'auditeur de Madoff*)? Selon moi, pas vraiment. On ne peut pas s'attendre à ce que les américains s'auto-condamnent aux travaux forcés pour rembourser leur dette accumulée dans la période faste. Ils ne le feront que contraints et forcés par le reste du monde qui aura arrêté de croire aux contes de fées. Aussi, ils peuvent arguer comme tous les surendettés du fait que leurs prêteurs savaient exactement ce à quoi ils s'exposaient et ils n'auront pas tout à fait tort. Ils ne s'en priveront pas le moment venu.

Ce n'est donc pas d'eux que viendra le changement nécessaire. On ne doit donc pas espérer qu'ils tiennent un discours de raison qui les desservirait mais agir pour les forcer à revoir à la baisse leurs niveaux de vie. Le monde ne peut pas continuer à leur prêter à fonds perdus sans même évaluer les alternatives.



* La firme qui auditait les $65 milliards de Madoff n'avait qu'un auditeur.

Qui va prêter?

Le postulat des américains dans la gestion de la crise (postulat un peu contraint car c'est leur seule porte de sortie) est que l'endettement des Etats ne sera limité en aucune manière. Tous les acteurs économiques doivent se serrer la ceinture car l'accès au crédit est devenu plus difficile mais les Etats échapperont à cette règle. On peut néanmoins se demander qui va continuer à prêter dans ce contexte de contraction économique. Les chinois vont-ils continuer à trouver les emprunts d'Etats américains si attractifs si une partie de leur population retombe dans la misère et que les américains, en plus, n'achètent plus leurs produits? Et les investisseurs privés? Vont-ils continuer à croire les portraits qu'ils lisent dans le triptyque (WSJ, FT et The Economist) présentant les Geithner et autre Summers comme "the best economic team ever assembled" et continuer à considérer le dollar comme une valeur refuge alors que ces pieds nickelés ne cessent se se prendre les pieds dans le tapis?

En tout cas, il semble que le Royaume-Uni commence à avoir du mal à écouler sa dette avec une "failed auction" (enchères ratées) durant laquelle toute la dette offerte n'a pas trouvé preneur. C'est la première fois depuis 1995 qu'une enchère échoue et cela se produit alors que le Royaume-Uni se lance dans le plus grand programme d'émission de dette jamais entrepris (£146 milliards cette année). Pas très rassurant. Dans le même registre, la perte de valeur de la dette d'Etat américaine a conduit la FED a acheté $300 milliards de Treasuries la semaine dernière ce qui est la toute dernière péripétie dans les tentatives américaines de "se soulever en tirant sur leurs lacets" ("pull themselves up by their own boostraps"*). Voir cet article également sur la difficulté de maintenir les taux bas en innondant simultanément le marché d'obligations.

Alors que les pays anglo-saxons se lancent dans un grand programme de blanchiment de dettes pourries (faire de la dette privée en défaut de la dette d'Etat blanche comme neige), on se demande vraiment qui va vouloir (ou même pouvoir en pensant aux vaillants petits soldats de l'empire qui se jetteraient sous un train sans hésiter pour le préserver - il y en a) s'offrir ces obligations.

Le problème est que si un mouvement général de défiance envers la dette souveraine des Etats devait finalement apparaître, il ne s'arrêterait probablement pas aux seuls pays anglo-saxons. Il risque de peser également sur les pays qui auront fait preuve de plus de retenue dans la gestion de la crise. Comment faire pour ne pas être entraîné dans la chute des Etats-Unis? On aurait pu commencer par avoir une politique monétaire qui marque plus de distance vis à vis de la FED mais ça, ça semble raté. On pourrait ensuite faire dans la mesure en ce qui concerne le déficit budgétaire et les plans de relance de tous poils mais là encore il n'y a pas de garantie de succès (à noter le poids des anglo-saxons dans ce débat alors qu'ils ne devraient plus être écoutés).

L'Europe doit se démarquer assez nettement des Etats-Unis si elle ne veut pas être entraîner dans leur chute (si tant est que cela soit évitable). Les investisseurs qui achètent des dollars quand les choses s'agravent sur les marchés ne disent pas autre chose. Si les choses s'agravent, autant faire confiance au boss même si tout est de sa faute. Pour l'heure, l'Europe est le passager effrayé d'un véhicule conduit par un brigand en cavale et tant qu'elle ne fera pas mine de vouloir reprendre le volant avec les autres passagers, tous continueront à s'en remettre au conducteur actuel.

* cette expression a un sens positif en anglais en dépit du caractère illogique de la proposition. Cela signifie "se débrouiller par soi-même pour améliorer son sort". Je l'utilise ici au premier degré pour signifier le caractère illusoire de la tentative.

mardi 24 mars 2009

Matt Taibbi dans Rolling Stone

Cet article mérite d'être lu. Il s'intéresse aux origines de la crise, puis plus spécifiquement à AIG et finalement à la gestion de la crise par le gouvernement Goldman Sachs depuis septembre. Son auteur, Matt Taibbi, est ajouté derechef à la "blogo compliant list".

Alors bien sûr, c'est "Rolling Stone" et pas le wapo ni le NYT. Evidemment, ça ne nous vient pas du triptyque (FT, WSJ et The Economist). Il est quand même important que cette analyse de la crise sorte de la blogosphère et rejoigne les MSM. Gageons que cet article va être beaucoup lu sur internet et espérons qu'il constituera un tournant dans l'approche de la crise des autres médias.

Résumé: Les banques ont acheté aux hommes politiques américains un univers dérégulé depuis 15 ans à coup de lobbying et de contributions de campagne (pour des sommes ridiculement faibles par rapport aux enjeux, sans doute moins de $10 milliards en tout). Elles ont usé et abusé du fait qu'elles contrôlaient leur environnement juridique et les régulateurs pour faire des profits sans précédents en mettant en péril la société. Après avoir planté le pays, elles sont encore aux manettes et veillent à être toujours les premières bénéficiaires de toutes les initiatives du gouvernement censées apporter des solutions à la crise. Cela se fait dans l'opacité la plus totale grâce notamment aux statuts obscurs de la FED et au fait que personne à Washington ne puisse réellement lui demander de comptes.

L'article ne tire pas la conclusion naturelle de ces évènements mais le blogo s'en charge: la crise économique est avant tout la conséquence d'une crise politique préexistante. Tant qu'on ne rendra pas aux américains leur démocratie en réformant le système politique, l'économie ne pourra revenir à un fonctionnement sain. Il faut attaquer le problème à sa racine en modifiant les lois de financement de campagnes et en neutralisant les lobbyists.

lundi 23 mars 2009

Greenwald parle de la crise

Et ça ressemble au blogo:

The financial crisis has merely unmasked the corruption and rot in our establishment institutions that are staggering in magnitude and reach. Just as the Iraq War was not the by-product of wrongdoing by a few stray bad political and media actors but instead was reflective of our broken institutions generally, the financial crisis is a fundamental indictment on the way the country functions and of its ruling class. What would be unhealthy is if there weren't substantial amounts of public rage in the face of these revelations.

* * * * *

Matt Taibbi's new Rolling Stone article perfectly summarizes what the AIG scandal reveals about our political and economic system, and should be read in full. In sum: financial elites own the Government and both political parties. Their money drowns Washington and their lobbyists control it. They used that ownership of Government to abolish decades-old legal and regulatory protections which previously constrained what they could do. In the lawless environment which they literally purchased from our political leaders, they were able to pillage and pilfer and steal without limit. And even now that everything has come crashing down, they continue to dictate what the Government's response is, to ensure that they -- the prime authors of the disaster -- are the prime beneficiaries, at the public's expense, of the "solutions," solutions which preserve their ill-gotten gains and heighten even further their power and influence.

Deriliction of duty du Blogo

Après trois jours durant lesquels je n'ai suivi que d'un oeil l'évolution de l'actualité, je viens de prendre la mesure de ce qu'il s'est passé jeudi soir à la chambre des représentants: un projet de loi a été voté avec le soutien des démocrates et de la moitié des républicains pour taxer rétroactivement à 90% tous les bonus distribués dans les sociétés bénéficiaires du bailout(j'avais cru jusque là que cela ne visait que les $165 millions d'AIG).

Je m'en veux de ne pas en avoir parlé plutôt parce que cela va à l'encontre de la notion abondamment documentée dans le blogo selon laquelle les politiques US ne sont que le faux-nez des banques dans la gestion de la crise. Or le blogo, loin de passer sous silence les nouveaux éléments qui bousculent ses idées établies, les accueillent à bras ouverts comme autant de stimulations et de raisons de continuer à s'interroger pour finalement changer d'avis s'il le faut (je n'en suis pas là en la matière).

Ce projet de loi est un assaut majeur contre Wall Street même s'il ne sera très probablement que symbolique car un projet de loi voté par la chambre des représentants peut être très largement altéré avant d'être finalement promulguée (Obama vient de se distancier de cette mesure dans "60 minutes"...). Il est aussi assez courant que dans leur première forme, les projets de loi dévient assez largement de l'orthodoxie habituelle du congrès. C'est quand même un symbole fort et la marche-arrière (puisque marche-arrière il y aura ou alors le blogo mangera son chapeau) va se faire sous le regard d'électeurs en colère. Cela marque-t-il vraiment une évolution politique du rapport entre le congrès et Wall Street ou n'est-ce que le début d'une "good cop/bad cop routine"* convenue qui ne changera rien au sort réservé au contribuable?

Update 1: Obama déclare à 60 minutes: "And one of the things that I have to do is to communicate to Wall Street that, given the current crisis that we're in, they can't expect help from taxpayers and enjoy all the benefits that they enjoyed before the crisis happened. You get a sense that, in some institutions that has not sunk in." Effectivement, ça n'a pas "sunk in" mais il faut voir l'aspect sociologique de l'histoire. Cette crise remet en cause l'aristocratie bancaire américaine qui avait connu une croissance champignonesque ces dernières années. C'est un séïsme sociologique. Il peut paraître incroyable que Wall Street ne soit pas capable de revenir à ses esprits toute seul face à l'étendue du désastre mais le degré d' "entitlement" ressenti là-bas et l'arrogance qu'ont engendrée les années d'oppulence n'enjoignent pas vraiment à la mesure et à la retenue. Faire feu de tout bois pour maximiser sa rémunération n'est pas réfléchi, cela relève du réflexe. Ainsi, faire jouer ses appuis politiques pour substituer le contribuable à sa source de revenu (déjà suspecte) n'est pas quelque chose qui crée des cas de conscience. Personne ne renonce spontanément à ses privilèges, ce sont des tiers qui les abolissent et les Robber Barrons façon 2007 ne feront pas exception. L'idée que le moindre bonus ait été distribué à Wall Street cette année est ridicule en soi**. Et pourtant, $18,4 milliards ont été distribués...

Update2: Cette mesure semble constitutionnelle au LA Times.

*le good cop serait le congrès et le bad cop Wall Street.
** Josh Marshall de TPM media note que pour des raisons fiscales, les bonus sont surpondérés dans les rémunération en finance et que la part de "récompense" est moins importante qu'il n'y paraît (une bonne part du bonus est du fixe maquillée). Cela rend le "haro sur le bonus" et leurs baisses voire leur disparition encore plus désagréable mais c'est aussi se faire prendre à son propre piège pour les robber barrons.

Recent reality

Encore un journaliste de CNBC qui se comporte en porte-parole de Wall Street en agitant l'épouvantail du "systemic risk" pour justifier les politiques pro-banques et en prenant un air de Droopy désolé face à la perspective d'une limitation des salaires dans les banques. En face, un député américain qui le remet à sa place: "For you to assume that Wall street is acting in the national interest flies in the face of recent reality". Indeed. And not so recent reality as well, I might add. 1min30.
Voici l'interview de 6 minutes en entier pour ceux qui, comme moi, ont été mis en apétit par cette introduction.

dimanche 22 mars 2009

Geithner out? Dimon in?

Une news Bloom dans la catégorie "Opinion" pose Jamie Dimon (CEO de JP Morgan) comme possible remplaçant de Geithner dont la position s'affaiblit tous les jours. Dimon n'a pas bonne presse sur le blogo parce qu'il fait mine de s'indigner des attaques dont Corporate America fait l'objet (ce qui laisse rêveur sur sa sensibilité politique en ce moment) et tente de charger le gouvernement sur la crise alors que ce dernier est dans la main des banques (sa nomination ne manquerait pas de rendre cette main-mise une n-ième fois évidente).

A noter que j'ai vu Dimon sur Charlie Rose pendant une heure en décembre et qu'il avait beaucoup plus de charisme que Geithner qui est attaqué précisément sur ce point. J'avais été plutôt séduit à l'époque mais il n'avait pas encore adopté son nouveau credo "self-serving" et outraging sur les banques "injustement montrées du doigt". Un petit message pour Jamie à qui il faut décidément tout expliquer: Tu payes des journalistes pour dire ça, Jamie. C'est parce que si tu le dis toi-même, tu as l'air ridicule. Alors laisse-les faire!

Il est toujours étonnant de voir des noms suggérés dans les médias pour occuper des fonctions dans le futur. Cela crée-t-il réellement un buzz autour d'une personne? Les buzz font-ils parfois les nominations? Les rumeurs sont-elles parfois générées par les candidats eux-mêmes? En tout cas, choisir un militant contre "l'injustice faite aux banques" comme Treasury Secretary serait encore plus spectaculaire que le choix de Geithner dans le registre de l'allégeance à l'industrie bancaire.

vendredi 20 mars 2009

Friday Plane Blogging

Pubs sur le Blogo

Le blogo teste les pubs via google. Je ferai un sondage sur les pubs... Je vais aussi essayer de rajouter des petits gizmos comme des boutons "digg" et autres trucs du genre. Ca va faire un peu arbre de Noël dans un premier temps. Vous aurez été prévenus.

Roubini toujours pas sur la "blogo compliant list"

Je commence à me dire que c'est une erreur mais je ne suis pas prêt à la corriger (je devrais peut-être bosser pour une agence de notation). Voici en tout cas un post de Roubini dont le titre ne figurera jamais en couverture du triptyque (FT, WSJ et The Economist pour ceux qui ne suivent pas). Cela montre aussi pourquoi Roubini a vu la crise venir là où tout le consensus mou de "US academia" s'autocongratulait idiotement: il est capable d'indépendance d'esprit. Ce genre de déclaration tonitruante ne le rapproche pas d'un poste dans l'administration Obama mais le rapproche de la "blogo compliant list". Dans la vie, il faut choisir.

Je vous conseille de suivre le lien vers le Q&A du FT qui est lumineux. c'est sa marque de fabrique.

Roubini: Anglo-Saxon model has failed

Nouriel Roubini | Feb 9, 2009

The Anglo-Saxon model of supervision and regulation of the financial system has failed, Nouriel Roubini, chairman of RGE Monitor and professor of economics at New York University, told the Financial Times on Monday.

Answering questions from FT.com readers, Prof Roubini, who is widely credited with having predicted the current financial crisis, said the supervisory system “relied on self-regulation that, in effect, meant no regulation; on market discipline that does not exist when there is euphoria and irrational exuberance; on internal risk management models that fail because – as a former chief executive of Citi put it – when the music is playing you gotta stand up and dance.”

Les marchés des changes ouvrent les yeux sur la FED

Chute rapide du dollar (la plus forte en 9 ans) suite aux largesses de la FED, l'euro atteint $1,37. Comme si le dernier trillion d'hier n'était pas dans la continuité de ce qui se passe depuis six mois... Evidemment, on va nous expliquer dans une semaine que le dollar remonte car c'est une valeur refuge en dépit de la détermination des autorités américaines à l'envoyer à la casse. Les américains doivent déprécier leur monnaie en faisant de l'inflation pour réduire leur endettement et ils vont y arriver. La persistance des investisseurs internationaux à tenir le dollar à bout de bras dans ce contexte est complètement stupéfiante. Au lieu de prendre les devants de la politique complètement téléphonée de la FED, les investisseurs continuent à remonter le courant. C'est étrange.

En 2006, tellement de gens répétaient depuis tellement longtemps que la bulle immobilière allait éclater qu'on finissait par se demander si elle ne pouvait pas finalement tenir le coup encore un temps. On en est à peu près au même point pour le dollar aujourd'hui: il semble toujours évident que quelque chose de grave va se passer mais c'est le cas depuis tellement longtemps qu'on n'ose plus s'avancer sur le timing.

Pourtant, le blogo (qui n'a peur de rien) s'est déjà un peu mouillé sur la question en promettant à ses lecteurs un "run" contre le risque de crédit de l'Etat américain (qu'on imagine mal sans crise monétaire) en 2009 et je suis même allé jusqu'à dire que le premier semestre semblait un meilleur candidat que le second (en janvier). Plus qu'une incursion dans le domaine réservé de Madame Soleil, cela traduisait essentiellement mon sentiment d'alors que les choses s'accéléraient et qu'on se rapprochait du dénouement. Ca n'est typiquement pas le sentiment que l'on retire de l'actualité récente mais est-ce le calme avant la tempète? Il est évident qu'on ne peut savoir aujourd'hui d'où viendra le coup de grâce (pour la bonne raison que les fragilités évidentes du système comme la relation sino-américaine par exemple sont probablement sécurisées) et qu'il arrivera de manière impromptue.

L'évolution récente du marché des obligations d'Etat américaines laisse pourtant penser qu'on se rapproche du moment de vérité. Ce marché a été qualifié de bulle spéculative jusqu'au début 2009, puis il s'est détendue jusqu'à l'annonce hier de l'achat par la FED de $300 milliards de treasuries. On peut faire une analogie entre le boom de l'origination des emprunts subprime dans les trois dernières années avant la débacle (2004-2006) à la croissance de la taille des émissions d'emprunts d'Etat américains que nous vivons actuellement. Dans les deux cas, l'innondation du marché s'est accompagnée d'un resserrement des spreads laissant penser qu'il n'y avait pas de limite à la demande. Cette croissance exubérante n'est-elle pas typique de la fin d'un phénomène de bulle?

Quel que soit le timing exact de cette crise de confiance, il s'agira du moment où les investisseurs du monde entier enverront une fois pour toute les américains en rehab de leur addiction à la dette et cesseront d'augmenter sans cesse la ligne de crédit qui leur est octroyée. Les américains ont en réalité déjà fait défaut sur leur dette et il ne reste plus qu'à en tirer les conséquences pratiques. C'est ce que le reste du monde, peu préparé intellectuellement à conceptualiser l'après-empire, se refuse à faire (pour l'instant). Au lieu de ça, nous faisons semblant de croire au coup de bonneteau des autorités américaines qui nous disent que ce que les agents économiques américains n'ont pas pu rembourser comme emprunteurs à titre privé, ils le pourront dès qu'ils mettront leurs casquettes de contribuables (l'Etat n'ayant cessé depuis le début de la crise de se porter garant d'une manière ou d'une autre de toutes les dettes privées qui faisaient défaut). C'était le sujet de ce post.

jeudi 19 mars 2009

Marrant

1) Un des premiers sondages pour 2012 donne Obama battant Palin de 20 points.

2) Vikram Pandit, le PDG de Citi, fait son cookie monster. D'après le WSJ :
Citigroup also disclosed on Monday that Chief Executive Vikram Pandit got a pay package valued at $38.2 million in 2008, according to a Securities and Exchange Commission filing. Most of that amount was in stock and options whose value has withered with the firm's share price.

C'est un scandale en soi mais en plus il y a ça:

Heureusement que le dollar ne vaudra bientôt plus rien car sinon ce serait un peu crispant.

Et ça continue encore et encore...

C'est que le début. D'accord, d'accord.

Au moins, on ne s'ennuie pas. La Fed s'apprête à acheter pour $700 milliards d'obligations Fannie Freddie et $300 milliards de treasuries. Plus besoin des chinois, le trésor américain vend directement ses obligations à la banque centrale.

Le Treasury ne nous déçoit pas non plus. Geithner avait du mal à staffer son ministère. Il a au moins trouvé un gars pour s'occuper des "domestic financial issues". Atrios nous signale que le nouveau venu se caractérisait en 2007 par... son optimisme:

Mr. Alexander's role as Citigroup's chief economist didn't entail significant management responsibilities. But his optimistic economic forecasts colored executives' views that the U.S. was unlikely to face a prolonged slump.

"I think that's not going to spill over more broadly into the economy, and so I think we're going to have a normal kind of housing cycle that's going to last through the middle of this year," Mr. Alexander said in a 2007 interview on PBS.

Toujours via Atrios, Harold Meyerson au Wapo:
But Geithner's indulgence of bankers' indulgences is fast becoming the Obama administration's Achilles' heel. The AIG debacle is the latest in a series of bewildering Geithner decisions that threaten to undermine the administration's efforts to restart the economy. So long as it's Be Kind to Bankers Week at Treasury -- and we've had eight straight such weeks since the president was inaugurated -- American banking, and the economy it is supposed to serve, will remain paralyzed. The Geithner plan to restart the banks provides huge taxpayer subsidies to hedge funds, investment banks and private equity companies to buy the banks' toxic assets without really having to assume the risk.
...
It's certainly not because Americans are dead set against bank nationalization: A Newsweek poll this month found that 56 percent of respondents supported it. Hell, Alan Greenspan supports it. But Geithner seems unable to imagine a banking system not run by its current leaders or owned by its current shareholders or engaged in the same arcane securitization practices that led to its collapse. An administration that is busily creating alternatives to our health-care system and our energy policies is being dragged down by a Treasury secretary who cannot conceive of an alternative to our ca:tastrophic system of banking.

Glenn Greenwald, le constitutionnaliste, commence à faire la loi sur ce qui concerne la crise économique également. Sur AIG, Summers, Emanuel et Geithner (l'équipe qui gagne!) ont essayé de faire porter le chapeau du paiement des bonus au sénateur Chris Dodd avec des fuites anonymes dûment répétées par la presse du beltway. Greenwald s'est attaché à remettre les choses à leur place (la réalité était strictement l'inverse - standard). Branle-bas de combat dans les rédactions des "journaux de référence" qui ont rectifié à la hâte. Greenwald est en train de devenir le personnage le plus redouté de tous les médias américains. L'honnêteté est tellement rare dans les médias aux Etats-Unis que quand elle apparaît, elle emporte tout sur son passage. Au milieu d'un système politico-médiatique en décomposition, sa bonne foi militante et son honnêteté intransigeante le font naturellement ressortir. Son impact est ahurissant. Il représente l'avenir. Plus de bonimenteurs vendus à des marchands d'arme, des entreprises de BTP ou de distribution d'eaux qui nous gavent de leurs opinions évidemment "indépendantes" mais des gens sérieux qui bâtissent leur réputation en étant sur chaque sujet irréprochables factuellement et sûrs dans leurs jugements. Et si ces nouvelles références venaient à nous trahir? Pas de problème: elles seront remplacées. Le même processus qui leur aura permis d'apparaître fera peser sur eux une pression concurentielle continue. The future looks bright ahead!