lundi 27 avril 2009

Modification des règles comptables

Une tentative de chiffrage de l'impact des nouvelles règles comptables dans les résultats Q1 des banques par RGE Monitor:

FASB easing of mark-to-market rules is effective starting Q1--> Robert Willens (former Lehman): rule change could boost capital balances by 20% and earnings by as much as 15%. Edward Jones: Under the new rules banks will also be allowed to exclude from net income any losses they deem “temporary,” making it easier to provide a flattering earnings picture --> see also: Use and Abuse of Fair Value Accounting: Watch Inflated Trading Revenues

For further reference

Je poste les deux documents ci-dessous pour y faire référence dans le futur. Ils viennent du site "Zero hedge" par le biais de RGE Monitor:

1)Un récapitulatif chronologique des mesures anti-crises prises par la FED et le gouvernement

2) La description du relâchement de la contrainte en matière de collatéral accepté par la FED au fil du temps

They would have my head for saying that...

Kate Kelly du WSJ trahit dans cet interview les règles non-écrites du financial reporting (au sujet de savoir si le régulateur va ou non autoriser Goldman Sachs à rembourser la "TARP money"):

The Fed was very worried about the economy having another leg down and then having Goldman coming back to them with a tin cup. Not that Goldman did that the first time. They would have my head for saying that...

Thanks for sharing, Kate. Et un petit conseil de carrière du blogo inspiré de Stephen Colbert:
Write that novel you got kicking around in your head. You know, the one about the intrepid Wall Street reporter with the courage to stand up to Goldman Sachs? You know, fiction!

Extrait de cette émission (30min13s).

Les lecteurs sont aussi des blogueurs

Un des atouts des blogs sont les commentaires laissés par les lecteurs. Les blogueurs leur font plus ou moins de place mais TPM media a l'habitude de les citer régulièrement. Voici donc un commentaire d'un lecteur de TPM auquel j'adhère:

Let's say that all of the sudden, due to the catastrophic onset of a once-in-a-generation crisis, it no longer becomes possible to deny that the elites at the head of a societally important institution have a record of rampant violation not just of the law, but of our most cherished American ideals. Do you:

A) acknowledge that the institution itself has failed in fundamental ways, name and prosecute the true bad apples to the fullest extent of the law, and overhaul the system in a way that essentially wipes out many of the vested interests that have kept it going; or

B) attempt to patch up the existing system by agreeing to keep up various now-discredited fictions and illusions in exchange for a few hard concessions from the elites, all in the hope that the whole monstrosity can limp along until the crisis has passed, at which point it can recover and all of the elites can go back to business as usual

Obama is, by nature, a consensus seeker with inhuman levels of ambition and talent, which means that on both torture and on Wall St. bankster criminality he instinctively reaches for B), which is the (impossible) option that attempts to please everybody at least a little. But what we really need is A), which would seem to someone like Obama to be the most dangerous option, necessitating as it does the social trauma of genuine collective soul searching. You'd have to be able to gamble that America can tolerate this kind of huge rupture -- like the lancing of a boil -- and come through it all intact, and Obama is not a gambler.

Je crois que le problème est posé correctement et c'est la question du blogo depuis l'élection d'Obama. Obama n'est initialement capable que de B mais arrivera-t-il, avec l'aggravation de la crise, à bâtir les circonstances politiques nécessaires à l'exécution de A? Le président pèse en réalité assez peu par rapport aux pouvoirs constitués qui ont intérêt au status quo. La manière dont Obama s'est entouré (a été entouré?) a plutôt refermé la fenêtre d'opportunité pour A. Le seul scénario pour le moment est une rupture majeure similaire à celle réalisée par la gauche française en 1983. Cette dernière avait alors trahi sa base au nom du "réalisme". Il va sûrement être plus difficile pour Obama de trahir les élites au nom de leur ineptitude/corruption. On ne mesure sans doute pas assez (pour les rares personnes qui se posent la question de la possibilité de A) à quel point Obama est un produit du système malgré le "narrative" à la Spartacus qu'on entend à son sujet.

samedi 25 avril 2009

J'en rajoute une couche...

Je me rends compte que j'ai crédité Atrios pour un bon post (voir post précédent) alors qu'il n'avait fait que répéter celui de Krugman que je reproduis ci-dessous:

April 24, 2009, 11:00 am

The defining moment

One addendum to today’s column: the truth, which I think everyone in the political/media establishments knows in their hearts, is that the nine months or so between the summer of 2002 and the beginning of the Iraq insurgency were a great national moral test — a test that most people in influential positions failed.

The Bush administration was obviously — yes, obviously — telling tall tales in order to promote the war it wanted: the constant insinuations of an Iraq-9/11 link, the hyping of discredited claims about a nuclear program, etc.. And the question was, should you stand up against that? Not many did — and those who did were treated as if they were crazy.

For me and many others that was a radicalizing experience; I’ll never trust “sensible” opinion again. But for those who stayed “sensible” through the test, it’s a moment they’d like to see forgotten. That, I believe, is the real reason so many want to let torture and everything else go down the memory hole.

Let’s hope that doesn’t happen.

Cette idée exprimée par Krugman est puissante car ces 9 mois dont il parle ont sûrement contribué à l'éveil politique d'une génération dont on n'a pas fini d'entendre parler. Comme Krugman, comme Atrios, j'avais construit au fil des années une espèce de foi dans l'opinion des élites. J'en étais même devenu parfois le perroquet. Tout à coup, la radicalité de la propagande servie à l'opinion faisait réellement peur aux gens habitant aux Etats-Unis. J'imaginais précédemment que le discours des élites américaines était contraint par un principe de réalité, par une forme de rationalité à laquelle des gens éduqués se devaient d'adhérer. Mais non: les élites politiques et médiatiques s'étaient simultanément mises d'accord sur le même mensonge (à première vue magiquement) et elles le répétaient systématiquement de manière orwellienne. Toute voie dissonante était impitoyablement réduite au silence.

C'est le moment où les gens qui ont fait cette expérience inouïe aux Etats-Unis ont eu à choisir entre la pilule bleue et la pilule rouge*. Chaque citoyen a dû trouver une solution face à cette "cognitive dissonance" qui faisait que l' "empire du bien" (gagnant de la guerre froide contre l' "empire du mal") agissait tout à coup contre ses principes fondateurs. Il est certain que ceux qui ont pris la pilule rouge ont été plus nombreux à envisager qu'une crise économique majeure pouvait se tramer "in plain sight" (au vu et au su de tous), en dépit du ronron rassurant des MSM (mainstream media). Car le mensonge sur la guerre en Irak est parent du mensonge sur l'économie. Cela sera l'objet d'un autre blog, un jour.

* Référence à cette scène du film Matrix:

Note: Ce post de Krugman est en fait une after-thought après un édito brillant dans le NYT où il demande une enquète sur les tortures et sur la "march to war" dans le but de "regagner la conscience de l'Amérique". Indeed. Moment d'humilité pour le blogo quand l'appréciation du post d'un blogueur finit par l'éloge d'un édito du NYT.
Note 2: Krugman qui était déjà sur la Blogo Compliant List.

Les grands blogueurs...

Il est parfois irritant d'aller sur le site d'un blogueur très connu: quelques phrases moyennement écrites avec un lien vers un autre site et voilà: plusieurs centaines de milliers de visites par jour. On essaye de comprendre. Bien sûr, il y a l'avantage d'avoir fait parti des premiers. Peut-être quelques connections dans les vieux médias "to get things going"? Parfois, mais c'est plutôt rare, il y a une vraie expertise et une ligne éditoriale claire comme Glenn Greenwald. Parfois il y a un réel talent d'écriture.

Et puis parfois on se rend compte que ce qu'on lit décrit exactement sa propre expérience et c'est sans doute cela qui fait que les grands blogueurs sont fédérateurs et ont un "huge following". Case in point, Atrios:

Radicalizing

As Krugman says, the period leading up to the Iraq war was indeed a radicalizing experience. I think there were plenty of people like me who had a degree of faith in elite opinion, in the sensible people in nice suits, which I never will again.

And those people hate the dirty fucking hippies more than ever for the simple crime of being correct.

vendredi 24 avril 2009

Friday Plane Blogging


Je suis en vacances. Faible posting ces jours-ci. Les avions se sont quand même améliorés depuis les années 60!

mercredi 22 avril 2009

Une commission sur la crise

Le Blogo se demandait avec William Black pourquoi il n'y avait pas de commission sur la crise. Et bien on en prend le chemin: Nancy Pelosi va demander à ce qu'une enquète soit mise en place sur le modèle de la commission Pecora* en 1929. Bloomberg News s'interroge immédiatement sur la portée réelle que peut avoir cette enquête vu l'organisation de la "structure de pouvoir". On se demande en effet...

extrait:

Members of Congress may be reluctant to tackle the recommendations of such an inquiry because of financial industry donations to political campaigns, said Wall Street historian Charles Geisst.

Financial services has been the biggest contributor in every U.S. election cycle in the last 20 years, according to the Center for Responsive Politics, a Washington research group that tracks campaign money. Its individual and political action committee donations in 2007 and 2008 totaled $463.5 million, compared with $163.8 million from the health-care industry and $75.6 million from energy companies.

Goldman and Citigroup

Individual and PAC donations from Goldman Sachs Group Inc. which totaled $30.9 million, and Citigroup Inc., at $25.8 million, were higher than those from any other company except AT&T Inc.’s $40.9 million over the last 20 years, the center’s compilation of Federal Election Commission data shows.

“How can you seriously propose a law when you’ve been taking money from ‘The American Poodles for Wall Street’ or whatever fund for the past 10 years,” said Geisst, a professor of finance and economics at Manhattan College in New York and author of “Wall Street: A History” (Oxford University Press, 488 pages, $24.99).

samedi 18 avril 2009

Sarkozy et la titrisation

"Il faut la faire repartir". C'est ce qu'a dit Sarkozy sur la titrisation lors du déjeuner dont les médias du monde entier se font les gorges chaudes (et c'est beaucoup plus important que les remarques montées en épingle sur Zapatero et Obama).

Selon Libération, il aurait répondu à Emmanuelli qui objectait «Henri, toi qui as été banquier, tu le sais très bien. La titrisation a permis le développement du monde depuis vingt ans».

C'est justement ça le problème... Les dirigeants politiques ont l'impression que la titrisation a permis l'essentiel de la croissance récente. Ils soupèsent 20 ans de croissance contre 18 mois de crise et la balance penche encore en faveur de la croissance selon eux. Rendez-vous dans 3 ans. On verra alors si le modèle de croissance par la titrisation est vraiment souhaitable. C'est probablement ce que leur sussurent à l'oreille des banquiers soucieux de cacher l'étendue du désastre pour préserver leurs postes: "Vous voulez de la croissance pour être réélus? Titrisons, titrisons et titrisons encore!".

Il ne faut pas "relancer" cette machine infernale. Il est vraiment extrêmement décourageant que les dirigeants du monde (Sarkozy adhère sûrement à un consensus puisque le plan américain est complètement sur cette ligne de relance de la titrisation) n'aient pas au moins des doutes sur ce système. J'espérais que les allemands et les français (et les autres) avaient plus de hauteur de vue sur la question.

Alors quoi? Faut-il que l'Europe continentale qui était en retrait se mette à titriser jusqu'à plus soif? Va-t-on vers une loi favorisant la titrisation en France? On croit vraiment rêver... Les américains ont toujours cette capacité à nous faire avaler n'importe quoi! La titrisation est un système d'allocation du capital vicié car celui qui prête n'est pas intéressé au remboursement de l'emprunteur. Si personne en France ne comprend que ce discours pro-titrisation est une dernière arnaque de banquiers américains désespérés pour gagner un peu de temps et garder leurs jobs jusqu'au prochain bonus, on est pas rendus. Les américains ont planté l'économie mondiale en titrisant à tour de bras mais la morale de l'histoire n'est pas que le système bancaire américain doit revenir à des pratiques plus conservatrices à l'européenne, c'est qu'il faut "relancer la titrisation". Même Obama a parlé de "croissance factice" ("paper growth") sur Jay Leno. Comment Sarkozy peut-il défendre un système failli qui n'est même pas prédominant en France? Il aurait au contraire toutes les raisons de donner des leçons de conservatisme financier aux américains. Si l'idée qui ressort du G20 est que les "20" doivent aider à relancer la titrisation car cela permet la croissance, l'heure est vraiment très très grave.

C'est en tout cas une raison de plus pour que beaucoup de têtes tombent dans la finance américaine. Les mêmes ne pourront jamais se réformer et revenir sur leurs erreurs. Ils ne sauront que maximiser leur bonus en persuadant les politiques qu'il n'y a pas d'autres solutions que de continuer comme avant, aux frais du contribuable.

La titrisation est le problème. Pas la solution.*

* Sauf à inventer de nouvelles techniques de titrisation radicalement différentes mais Sarkozy n'a pas fait mention de la nécessité d'un tel préalable.

Friday Plane Blogging


Encore raté... Voici donc le FPB avec un jour de retard. Merci au lecteur qui m'a fait remarquer cet oubli. Décollage de Los Angeles.

vendredi 17 avril 2009

Obama et l'héritage Bush

Obama a donc choisi de publier les "torture memos" et il faut bien reconnaître que l'atmosphère est du coup bien moins pesante que s'il les avait tenus secret. Simultanément, il a rassuré les exécutants en les soustrayant par avance à toute poursuite judiciaire. La CIA est un pouvoir et Obama pense qu'il doit le ménager. Il n'en demeure pas moins que le gouvernement américain est tenu juridiquement à poursuivre les commanditaires de la torture et les tortionnaires. Glenn Greenwald le rappelle succintement au travers des textes juridiques suivants:

Convention Against Torture -- signed by Reagan in 1988, ratified in 1994 by Senate:

Each State Party shall ensure that all acts of torture are offences under its criminal law (Article 4) . . . . The State Party in territory under whose jurisdiction a person alleged to have committed any offence referred to in article 4 is found, shall in the cases contemplated in article 5, if it does not extradite him, submit the case to its competent authorities for the purpose of prosecution.

No exceptional circumstances whatsoever, whether a state of war or a threat or war, internal political instability or any other public emergency, may be invoked as a justification of torture. . . . An order from a superior officer or a public authority may not be invoked as a justification of torture.

Geneva Conventions, Article 146:

Each High Contracting Party shall be under the obligation to search for persons alleged to have committed, or to have ordered to be committed, such grave breaches, and shall bring such persons, regardless of their nationality, before its own courts.

Charter of the International Tribunal at Nuremberg, Article 8:

The fact that the Defendant acted pursuant to order of his Government or of a superior shall not free him from responsibility, but may be considered in mitigation of punishment if the Tribunal determines that justice so requires.

U.S. Constitution, Article VI:

[A]ll Treaties made, or which shall be made, under the Authority of the United States, shall be the supreme Law of the Land.

mercredi 15 avril 2009

L'imposture comptable: change you can believe in

Les politiques font souvent le contraire de ce qu'ils annoncent et l'administration Obama ne fait pas exception. On annonce "des choix difficiles et de la transparence" et on se retrouve avec des expédients favorisant le très court terme et toujours plus d'opacité. Il y a quinze jours (j'ai un peu tardé pour en parler), l'organisme chargé des normes comptables a fait une énorme concession aux banques: elles peuvent désormais évaluer leurs actifs aux prix qu'elles souhaitent et plus aux prix de marché. Cet article explique la mesure qui intervient juste à temps pour embellir les annonces de résultats du premier trimestre.

L'idée générale qui sous-tend ce changement est la même que pour le TALF (ou Public Private Initiative qui vise à subventionner l'achat d'obligations pourries): les obligations basées sur les mortgage n'ont pas perdu de valeur parce que le marché de l'immobilier est en chute libre après dix ans d'excès, il y a juste un problème de confiance momentané et tout va rentrer dans l'ordre sous peu.

Plus rien ne vaut donc rien dans l'amérique d'Obama. Les trillions volent au-dessus des têtes des contribuables américains sans qu'ils puissent en tenir le compte. Un pouvoir politique aux ordres est déterminé à sauver l'oligarchie financière quel qu'en soit le coût. S'il faut sacrifier des principes comptables garantissant l'intégrité des acteurs économiques et faire basculer toute l'économie dans les eaux marécageuses de la manipulation comptable, so be it. Rien ne compte aux yeux du pouvoir américain au-delà de ses trois priorités essentielles: les banques, les banques et les banques (dans leur forme actuelle). Les agissements des élites économiques depuis le début de la crise nous dispensent d'une enquète approfondie sur les causes de la crise: la corruption endémique du système apparaît désormais en pleine lumière et elle ne laisse aucun doute sur les responsabilités dans ce désastre. Il est clair que la culture au sommet depuis des années est qu'on peut sacrifier le bien commun pour $1 de bonus. Alors pour des milliards...

Goldman se moque du monde

GS a décidé de rembourser l'argent du TARP pour s'affranchir à bon compte des contraintes que cet argent engendrait. Le but est également plus généralement de se distinguer du reste des banques en faisant passer GS pour "une banque qui s'en sort sans aide de l'Etat". Pour rembourser cet argent, il a été nécessaire de faire une augmentation de capital de $5,5 milliards dans des conditions inespérées il y a à peine 15 jours: $123 l'action. Le jour suivant, l'action a baissé de 11% - à se demander si ce genre de choses ne se produisent pas.

Le problème est que GS a bénéficié des interventions de l'Etats de bien d'autres manières que par le seul argent du TARP. Les seuls montants clairement identifiés pour l'instant sont les $13 milliards perçus par l'intermédiaire du sauvetage d'AIG mais il est probable que cela ne soit qu'une goutte d'eau par rapport au total des aides touchées à ce jour (sans parler du futur avec notamment le TALF). Comme toutes les autres banques américaines d'importance, GS ne doit sa survie q'aux largesses du contribuable américain, argent du TARP ou pas. Le bailout stricto sensu n'est vraiment que du "small change" par rapport aux engagements de l'Etat dans leur globalité (le compte de Bloomberg est à $13 trillions de garantie). Le bilan de la FED a plus que doublé depuis le début de la crise (augmentation de plus d'un trillion) et une partie importante de cette augmentation a été utilisée pour maintenir le système financier à flot. Goldman a n'en pas douter en a été bénéficiaire même si l'opacité générale des mesures prises ne permettent pas d'en connaître le détail.

La ruse téléphonée de GS qui consiste à rembourser l'argent du TARP pour faire croire à son autonomie est une absurdité (qu'aucun MSM ne va bien sûr dénoncer). GS pense pouvoir échapper à la responsabilité collective des banques en remboursant $10 milliards. C'est risible.

Les banques américaines ont failli collectivement. Elles ont soudoyé les représentants du peuple pour qu'ils légifèrent contre son intérêt. Elles ont utilisé leurs relais politiques et médiatiques pour condamner "légalement" à la misère un grand nombre de citoyens. Elles utilisent aujourd'hui ces mêmes appuis politiques pour échapper aux conséquences de leurs actions et faire porter au peuple le poids financier de leur quête de profits démesurés. Ces banques doivent-être nationalisées, leur management doit être limogé. Elles doivent de plus être coupées en petits morceaux comme conseillé ici dans l'idée que "too big to fail is too big to exist". Les produits comme les CDS qui les transforment en entités interdépendantes et finalement en un seul bloc monolithique doivent être interdits.

En sous-entendant qu'après avoir remboursé $10 malheureux milliards GS aura réglé ses comptes avec le contribuable américain, la banque insulte son intelligence. Comme Michael Corleone dans "Le Parrain", le contribuable devrait lui dire: "It insults my intelligence and it makes me very angry."
Voir ce clip à 2min15s:

mardi 14 avril 2009

La fin de la publication de l'agrégat monétaire M3

Comme signalé à diverses reprises sur le Blogo, la FED a décidé unilatéralement de ne plus publier son agrégat monétaire le plus large, l'agrégat M3. Au moment de l'interruption en 2006, la croissance de l'aggrégat était en pleine accélération et s'établissait autour de 11% par an. Cela renforçait les suspicions sur la volonté de la FED de jeter un écran de fumée sur ces données.

A l'époque , la croissance de M2 (un indicateur moins large) était de l'ordre de 7% par an. Dans cette news Bloom, il est indiqué que M2 est aujourd'hui à 14% (contre une moyenne à 6% sur les dix dernières années)... Bienvenue donc dans un monde d'inflation.

La reprise de l'inflation va d'ailleurs probablement devenir le meilleur indicateur du fait que la crise a atteint un point bas. La chute libre de l'activité économique crée pour l'instant des pressions déflationnistes qui contrebalancent le saut "Thelma et Louise" des banques centrales dans l'inconnu de la création monétaire. La politique monétaire est tellement inflationniste que dès que cette chute ralentira ou qu'un plancher sera atteint, cela sera immédiatement perceptible dans les chiffres de l'inflation.

lundi 13 avril 2009

Annuler et interdire les Credit Default Swaps

Il faut annuler les CDS existants et interdire la production de nouveaux CDS dans le futur.

(Avant de continuer, rapide didacticiel sur les CDS.)

Le Blogo a défendu cette position (radicale - je ne l'ai jamais vue défendue*) pour la première fois le 23 février. Comme pour la nationalisation des banques (défendue depuis le 9 octobre à un moment où ça n'était pas encore à la mode) je pense que ce thème va devenir important dans les mois à venir. La raison en est simple: ces contrats ne pourront pas être honorés. L'annulation de ces contrats n'est pas simplement nécessaire pour éviter la faillite des banques (elles sont déjà en faillite), c'est la seule solution pour éviter la faillite des Etats qui se sont portés garants de ces banques. Ils sont devenus à ce moment là des heureux participants du marché des CDS. Il aurait fallu dès cet instant que les gouvernements fassent place nette en mettant fin à tout trading de CDS (notamment) mais ils ont préféré faire confiance aux traders (qui avaient fait leurs preuves...) pour gérer au mieux l'argent des contribuables (voir ici).

L'idée d'annuler les contrats est délicate d'un point de vue juridique mais je crois que l'on va très vite se rendre compte qu'essayer de les honorer ne va pas être simplement "délicat" mais réellement impossible. Pour le moment, le gouvernement américain a démontré qu'il était déterminé à payer comme dans le cas d'AIG où les contreparties de CDS "subprime" ont toutes vu leurs paiements effectués rubis sur l'ongle. Une autre stratégie (qui revient à l'annulation des contrats sans le dire) a été de prévenir les faillites dans le système bancaire mais aussi dans l'automobile. En empêchant les évènements de défaut d'intervenir pour BS, ML, Wachovia etc..., l'Etat a épargné pour l'instant aux CDS d'apparaître pour ce qu'ils sont: des "financial weapons of mass destruction" (Warren Buffet).

Cette stratégie de boucher les fissures une par une fasse à un barrage sur le point de céder ne peut pas durer toujours et il va arriver un moment où le coût de ces pis-allers va devenir exorbitant. Enters the "annulation scheme"! (à prononcer en anglais même si "annulation" ne l'est guère). Il n'est pas impossible d'imaginer que cette révolution copernicienne se produira précisément au moment où Goldman Sachs n'estimera plus judicieux de faire face à ses obligations en matière de CDS. Just sayin...

Comme d'habitude depuis le début de la crise, l'anticipation est nulle car on confond "identifier une difficulté" et "créer une difficulté". Comme un enfant qui croit faire disparaître son interlocuteur en se cachant les yeux, les banquiers font disparaître la difficulté en l'évitant du regard.

D'une certaine manière, un des problèmes que posent les Credit Default Swaps (voir le didacticiel sommaire du Blogo sur les CDS dans le post précédent) touchait déjà les pools d'emprunts dans le subprime. Sur 1000 emprunts, on considérait que dans le pire des cas, 40 feraient défaut simultanément et pas 250 (ou plus) comme on le voit actuellement. Pour les CDS, le problème est similaire: les banques ont calculé qu'un certains nombre de sociétés pouvait faire défaut en même temps mais elles n'ont pas envisagé une crise comme celle que nous traversons. Loin d'imaginer une crise de cette ampleur, elles ont au contraire essayer de rationaliser l'idée selon laquelle les crises à venir seraient moins graves que par le passé. C'est ainsi qu'on lisait régulièrement avant 2007 que, dorénavant, les "technologies" de gestion du risque étaient arrivées à un niveau de sophistication jamais atteint, que le risque n'avait jamais été aussi bien maîtrisé dans l'histoire et qu'il était de plus réparti de manière homogène sur toute la planète (grâce à la sécuritisation). Cela a permis de rationaliser la plupart des excès de la période et il y avait peu d'esprit indépendant comme Stephen Roach de Morgan Stanley qui osait pointer du doigt qu'on était, bien au contraire, en train de constituer la plus grosse bombe financière de tous les temps (dire cela était mauvais pour les bonus ce qui ne faisait pas que des amis).

Le nombre de défauts possibles simultanément a été sous-estimé mais ça n'est pas le seul problème. Les CDS ont ceci de magique qu'à court terme, ils rapportent de l'argent à ceux qui en émettent. C'est typiquement ce qu'a fait AIG avant sa faillite mais il s'agit juste d'un cas particulier du mécanisme qui a poussé tout le système financier à produire des CDS à tour de bras depuis dix ans: on génère immédiatement du revenu sans immobilisation de capital. Après, on démontre à son département "risque" en prenant un historique de deux ans que l'on a pris un risque epsilonesque et on vient de trouver la poule aux oeufs d'or. Alors, on imprime des CDS "En veux-tu? En voilà." sans aucune limite. Dix ans plus tard, tout le monde est condamné à ce que tout se passe bien car sinon des montants à proprement parler astronomiques deviendraient exigibles si quelques évènements de défaut seulement se produisaient (on évalue entre $25 et $60 trilliards le notionnel de tous les CDS existants). Le seul défaut de General Motors pourrait rendre exigible 6 à 7 fois la dette de GM ($40 billion) selon Nouriel Roubini. D'autres parlent d'un trillion. On ne sait pas vraiment car ces produits ne sont pas traités sur un marché mais "over the counter" ce qui veut dire que deux intervenants de marché se mettent d'accord et qu'ils sont les deux seuls à être au courant de la transaction. De plus, cet engagement est hors-bilan.

Il faut noter ici que beaucoup de ces engagements se compensent les uns les autres car deux grandes institutions peuvent quotidiennement faire des trades qui annulent leurs effets en cas de défaut. Il n'en demeure pas moins qu'en raison des montants en jeux, un défaut à l'instant t peut mettre à terre une banque qui aurait été sauvée par un autre défaut à t+1 mais qui ne sera plus là pour le voir. C'est dans ce contexte que les CDS peuvent être considérés comme des "weapons of mass destruction". Sur le subprime, AIG était clairement la plus exposée et on a vu le résultat (même si elle avait en plus d'autres faiblesses).

Nous en sommes là. Les Etats font des pieds et des mains depuis le début de la crise pour qu'aucun "évènement de défaut" déstabilisateur ne vienne perturber ce système instable en rendant exigibles les garanties théoriquement apportées par les CDS. Le défaut est devenu interdit. Des faillites à répétition dans les banques auraient par exemple déclenché cette spirale infernale. Les gouvernements du monde entier tiennent le système à bout de bras, ici en évitant la faillite d'une banque, là en prenant à son compte les obligations d'une société d'assurance (AIG par exemple).

Le cas d'AIG est particulièrement intéressant car AIG a émis massivement des CDS sur les obligations "subprime". L'intérêt pour eux était probablement d'obtenir des cashflows à court terme. En face, des institutions en meilleure posture ont clairement profité du fait qu'AIG était aux abois. Les CDS subprime n'existent que depuis 2005 (contre fin des années 90 pour le risque "corporate" et le risque souverain). Peu après leur apparition en 2005, la crise du subprime est apparue inévitable. Il semble qu'AIG ait offert de la protection sur ces bonds toxiques à un moment où tout le marché cherchait à prendre l'autre sens de ce trade. Et Goldman l' a fait particulièrement massivement. En toute logique, "shorter" le subprime à ce moment là n'aurait jamais dû rapporter: toute institution trop impliquée dans la vente de protection n'y résisterait pas et le risque de contrepartie aurait dû dissuader tout acteur raisonable de se couvrir de cette façon. Ce cas est également intéressant car si le marché des CDS corporate (plus vieux et plus important) dans son ensemble n'a pas encore connu beaucoup d'évènements de défaut, il y en a eu dans le subprime (sur des BBB par exemple même si j'ai aussi lu que l'évènement de défaut pouvait être un downgrade***). Les sommes importantes qui sont devenus dès lors exigibles ont coulé AIG mais elles ont été payées grâce à Uncle Sam (le gouvernement américain ayant payé les obligations AIG). Cela a permis à des intervenants qui avaient pris un risque idiot (le risque de contrepartie d'AIG) de se retrouver complètement protégées par des politiciens corrompus et des contribuables inertes.

Cela constitue donc un précédent: si une institution financière ne peut honorer les CDS qu'elle a vendus, l'Etat viendra à son secours. En réalité, les montants seront plus importants la prochaine fois et le gouvernement ne pourra pas faire face (si tant est qu'il ne soit pas d'ores et déjà "way over its head" mais ça, c'est une autre histoire pas directement liée aux CDS).

Vous souvenez-vous de la "Doomsday Machine" (machine infernale) du docteur folamour qui devait faire exploser la planète entière si une seule explosion atomique intervenait? C'est un peu ce que les CDS ont créé en matière de défaut dans le système financier international. Quelques défauts pourraient rendre exigibles des sommes tellement faramineuses que les ressources financières des Etats ne suffiraient pas à ramener la confiance. Annuler les CDS revient à désamorcer la Doomsday Machine. Dans le film, toute tentative de désamorçage conduit à son explosion une fois qu'elle est mise en route. Il est clair que l'annulation de tous les CDS causerait des remous importants mais je pense qu'ils seraient bien moindre que de laisser se dérouler passivement le jeu de massacre que nous avons devant nous.


* J'ai vu des articles où on suggérait de les interdire mais pas de les annuler.
** C'est un des nombreux sujets sur lesquels j'aimerais trouver des éclaircissments. Le rythme effréné de la crise ainsi que l'opacité des actions de la FED n'ont pas permis d'avoir des réponses sur les sujets suivants (si vous en avez, ça m'intéresse): Sur quels types de sous-jacents ont eu lieu ces paiement d'AIG-FP? Pour quels montants? Pour les CDS, quel a été l'évènement de défaut? Le paiement complet du notionel du CDS était-il la seule solution? Sinon, pourquoi a-t-elle été retenue? Vu l'état d'AIG-FP, n'était-il pas raisonable de ne payer qu'une partie des sommes exigibles par les contreparties (voire rien du tout)? etc...
Je me souviens par exemple que quand on m'a expliqué les CDS subprime, on m'a dit que l'évènement de défaut était que les cum loss se mettaient à rogner une tranche et qu'à partir de là, c'était "pay as you go" indépendamment des casflows prévus dans la structure (ce qui est énorme quand on y pense car cela veut dire que la structure compterait pour le cash mais pas pour le CDS). Depuis, j'ai lu que c'était le downgrade qui avait rendu ces notionnels de CDS exigibles... Vos éclairages/commentaires sont les bienvenus si vous en avez.

Qu'est-ce qu'un CDS?

Un CDS est un contrat entre deux parties qui vise à inverser les paiements d'une obligation classique. Vous payez la prime liée au risque de crédit de l'emprunteur et si celui-ci fait défaut, votre contrepartie vous paye le principal. Le paiement du principal est en général déclenché par la faillite qu'on appelle "évènement de défaut".

Si, par exemple, vous achetez une obligation émise par El Blogo, vous lui donnez 100 millions de votre argent puis El Blogo vous paye 5% par an par exemple et vous rembourse à maturité. Si El Blogo fait défaut avant la maturité, vous perdez l'argent que vous avez prêté.
Si vous achetez une protection contre une faillite d'El Blogo (autrement dit, un CDS), vous payez 5% par an sur un notionel de votre choix (qui n'est pas contraint par le principal de la dette sous-jacente) et en cas de faillite ("évènement de défaut"), on vous paye 100% de ce montant .

(L'exemple précédent est simplifié, notamment parce que le prêteur récupère généralement une partie du principal.)

Il y a une limite au volume d'obligations qu'une société peut émettre: à partir d'un certain niveau, les analystes financiers vont se dire que le niveau de dettes est trop élevé par rapport aux actifs et les marchés vont couper le robinet de la dette (en la rendant plus chère). Ainsi, si une société fait défaut, elle peut "planter" ses créditeurs d'un nombre de milliards limités, proportionnel à son réel poids économique (des dizaines de milliards au maximum). C'est le "défaut à papa". Dans le cas des CDS, cette "real world" limite n'existe pas et on entre dans le défaut "New Age": l'évènement de défaut rend exigible un montant illimité. Etant donné qu'il n'y aucune limite aux transactions entre participants, l'évènement de défaut peut rendre exigible des dizaines ou des centaines de fois les montants perdus par les prêteurs originaux. C'est comme ça qu'une banque peut soutenir une société en difficulté car elle se sait très exposée à cette faillite en particulier à cause de son book de CDS. Une banque ayant fait le pari inverse peu quant à elle avoir intérêt au défaut...


On voit bien dans le fonctionnement de base d'un CDS qu'il représente une aubaine pour celui qui est en mesure d'en créer: à court terme, il reçoit du cash et il n'a pas à immobiliser de capital en collatéral. C'est la martingale. De l'autre côté du trade, un zozo paye l'illusion de la sécurité mais il sait qu'au risque de défaut contre lequel il se couvre s'ajoute un risque de contrepartie. Dans un contexte où les défauts sur des grands noms avaient quasiment disparu de la carte depuis l'an 2000, les CDS ont explosé. L'emprunteur subprime a du mal à résister à la notion de "cash immédiat" et le vendeur de CDS peut d'une certaine manière tomber dans le même panneau s'il est en difficulté comme cela semble avoir été le cas pour AIG.

Pour les conséquences néfastes de ces produits, voir ici. Le Blogo défend leur annulation et leur interdiction.

dimanche 12 avril 2009

"Pessimism porn"

Voici la "catch phrase" trouvée par un journaliste de ABCNews pour catégoriser Peter Schiff et Gerald Celente (un autre prophète de malheur similaire à Peter Schiff mais dont je n'ai pas parlé sur le Blogo jusqu'à maintenant parce que je crois me souvenir qu'il avait des affiliations un peu plus suspecte). Ce journaliste explique que l'attrait du "pessimism porn" est lié au fait que "les gens se croient plus intelligents en écoutant des prédictions apocalyptiques". Peut-être est-ce lié à ce phénomène: "les gens se croient débiles en s'entendant dire que tout va bien alors que tout est sur le point d'exploser"? Il a complètement raison: la bêtise crasse est un allié essentiel des propagandistes dans son genre.

Extrait: "Now I should be clear: most mainstream economists don't agree wit Celente and Schiff at all."

I feel better already!

Blogging Goldman Sachs

Un blogueur américain a commencé un blog le 26 mars qui se veut "anti-Goldman". Le nom est goldmansachs666 à www. goldmansachs666.com. Merci à W. pour me l'avoir signalé. Le contenu du blog est moins "loony" que ne le laisse présager son nom qui comprend malheureusement le chiffre du diable: "666". Le blogueur suggère qu'il fait plutôt référence au point bas du S&P 500 qui est également 666. Pas très crédible en tout cas.

Ce qui est crédible en revanche, c'est que ce site s'est déjà attiré les foudres de Goldman qui le menace de poursuite en demandant qu'il change de nom. Le blogueur lance une forme d'appel à témoin et de travail coopératif qui ne doit pas réjouir les services de sécurité de la firme. Il y a un hit counter sur le site qui est à 32500 et qui était à 1000 de moins il y a 10 minutes.

Espérons que de nombreuses initiatives de ce genre nous permettrons d'apporter sur cette crise un éclairage différent de l'imbécilité complice dont nous gratifie les MSM. J'ai eu l'idée d'un site où tous les gens qui ont eu un rôle dans la crise pourrait venir témoigner (parfois anonymement) et apporter leurs explications mais je ne sais pas par où commencer (pour ceux qui ont des suggestions...). A noter dans NY Magazine, le témoignage du créateur d'Intex (société d'informatique central dans le trading d'ABS).

Note: c'est du délire, 1500 hits de plus en 10 minutes pour GoldmanSachs666. Plus de 34000!
Update: 77000 le nombre de hits a presque triplé. Le blowback internet contre Goldman se met en place.

vendredi 10 avril 2009

Friday Madonna Blogging

Voir ci-dessous le dernier clip de Madonna. Il y a un thème récurrent qui ressemble à un sujet de préoccupation du vendredi pour le blogo. Un peu répétitif et pas cher, c'est la crise aussi pour Madonna.

Obama: le rêve s'estompe

Obama avait dénoncé l'utilisation abusive par Bush des "State Secret privileges" pendant la campagne. Il s'agit pour le président de pouvoir mettre fin à des enquêtes ou à un procès unilatéralement en invoquant, en gros, l'équivalent du secret défense. Bush s'en est servi pour empêcher les poursuites contre son administration de manière assez transparente. Obama a décidé de poursuivre ces pratiques et se voit assez violemment critiqué à gauche pour cette raison. Keith Olbermann, un journaliste qui a redonné une voix à la gauche à la télévision ces dernières années, a attaqué Obama sur ce point mercredi soir. Glenn Greenwald qui a tenu longtemps à laisser le bénéfice du doute à la nouvelle administration n'est plus très loin de tirer le tapis. Voir TPM également.

Obama est par ailleurs toujours dans l'idée de laisser de 35000 à 50000 militaires en Irak "indéfiniment" pour "aider les irakiens et protéger les intérêts américains". Le projet colonial néoconservateur demeure donc là-bas (avec la plus grande ambassade du monde notamment) et il n'est pas difficile d'imaginer un scénario où à la faveur d'un "réchauffement" de la situtation là-bas, Obama termine son mandat avec un niveau de troupe équivalent au niveau actuel (si la situation économique le permet). En attendant, des dizaines de milliers de manifestants irakiens se sont rassemblés contre l'occupation hier. Le premier budget militaire sous Obama est encore en augmentation.

Si on ajoute à cela le soutien indéfectible aux banques de l'administration qui n'a fait que renommer le "plan Paulson" en "plan Geithner" en gardant les mêmes transfuges de Goldman Sachs pour l'administrer, on doit reconnaître qu'Obama débute plus sa présidence en gardien du temple (vermoulu) qu'en agent du "change we can believe in". Obama n'a jamais vraiment troublé le sommeil de quiconque à Washington et cela ne semble pas à être à son programme anytime soon.

Friday Plane Blogging

Obama hypocrite sur les limites de salaires

Les programmes d'aides illimitées aux banques qui ont débuté en octobre dernier comprennent généralement des provisions imposant des contraintes sur les établissements financiers qui en bénéficient. Une fois l'effet d'annonce passé, toutes ces contraintes sont décortiquées puis vidées de leur substance par les lobbyists des banques (ce qui inclut Geithner et Summers). Certaines contraintes font l'objet de plus d'attention que d'autres et on compte parmi elles (sans surprise) les restrictions portant sur les rémunérations des CEO de ces banques.

Cela est illustré dans cet article du wapo de samedi dernier. Il y est expliqué comment l'administration envisage de faire passer l'aide par des entités juridiques créées précisément dans le but de déjouer les provisions limitant la rémunération dans les banques participantes. Pretty depressing, no?

Axelrod (un conseiller d'Obama) et Geithner se sont vus poser cette question dimanche dans les "Sunday Talk Shows". Axelrod a admis et essayé de faire passer la valda tant bien que mal mais Geithner a simplement annoncé "That's not true". Problème de communication au sein de l'administration relevé ici. Cela donne aussi l'impression que Geithner n'hésite pas à mentir en regardant le public "droit dans les yeux" (façon Vikram Pandit) ce qui confirme l'idée que me faisais de lui (a real weasel).

Le goudron et les plumes?

Le personnage dans la vidéo est Larry Summers. Jeudi 9 avril:

jeudi 9 avril 2009

Too good to be true

J'ai du mal à y croire mais même si cette pub est une blague, c'est marrant. Et si ça n'est pas une blague, c'est hilarant.

J'en profite pour faire un petit sondage:

Cette publicite KPMG est elle un canular?
Oui
Non
pollcode.com free polls

Addendum: Cette pub est sur le site de boursorama. C'est donc bien une vraie pub. Elle est clairement ridicule mais elle va avoir un grand retentitssement. Faire rire de soi à gorge déployée, est-ce une stratégie de communication répertoriée? Y a-t-il des précédents?

HADOPI rejetée...

En lisant ce titre ("L'Assemblée Nationale rejette la loi HADOPI"), je me suis dit que j'allais me lancer dans un éloge de la démocratie française. En lisant le détaitl, il semble que ce rejet soit plus lié à la nullité de notre ministre de la culture qu'au bon fonctionnement de notre démocratie.

A tout prendre, c'est quand même une bonne nouvelle car cela déstabilise un peu les soutiens de cette loi qui n'avaient pas besoin de cela (voir sondage plus bas). Même si nous ne devons ce rejet qu'à l'audace d'une poignée et pas à une majorité indignée comme je l'avais d'abord espéré, il est quand même rafraîchissant de voir certain nombre de nos représentants s'insurger contre une loi "citizen hostile".

Au passage: je m'étais étonné de ne pas avoir trouvé beaucoup de sondages disponibles quand je m'étais penché sur la loi HADOPI la semaine dernière. Un nouveau sondage est sorti. Sans surprise, 60% des internautes sont contre la loi. On se demande cependant pourquoi le sondage ne s'intéresse qu'aux internautes. Difficile d'imaginer les conséquences électorales possibles si le sondage ne porte que sur les internautes.

"Twitter Revolution"? Give me a break...

Le NYT trouve un moldave qui a un compte "twitter" et nous voilà partis dans une "Twitter Revolution". Ridicule absolu du NYT une fois de plus mais impact considérable dans les médias internationaux. La CIA a simplement épuisé toutes les couleurs de l'arc-en-ciel pour ses révolutions sponsorisées et est donc passée à autre chose.

Le buzz "twitter" est un des phénomènes médiatiques les plus intriguants de ces derniers mois. Les intérêts financiers autour de twitter sont-ils à l'origine de cela où le concept mérite-t-il vraiment ce niveau d'attention? Il semble que le trafic SMS généré soit payant ce qui met déjà une grosse "constituency" dans la boucle: les telcos.

Si j'ai bien compris, il s'agit de diffuser et de s'inscrire à des "newsletters" de 140 caractères sur son téléphone mobile. Je ne sais pas qui paye pour le SMS: est-ce le récepteur? Cela ressemble un peu à une souscription volontaire à du spam. J'ai du mal à entrevoir exactement quels types de messages j'aurais envie de recevoir de manière automatique sous le format 140 caractères (et peut-être payants!). Je trouve déjà fastidieux de consulter mes mails, mes SMS et ma messagerie vocale (surtout ma messagerie vocale - quelle horreur!)... En plus, avec les nouveaux téléphones permettant les emails, le SMS n'est-il pas voué à l'extinction? Suis-je déjà trop vieux pour ce genre de trucs? Am I missing something here?

Note: Twitter est entré sur mon radar après les attentats de Bombay car on a fait grand cas à l'époque du rôle de Twitter (???). Des gens ont-ils créé des listes de diffusion Twitter "spéciales attentat"? Des gens pris en otage ont-ils twitté à des listes préexistantes? N'enverriez-vous pas plutôt des sms à vos proches dans ce genre de situation? Vraiment, on se demande... Ou bien est-ce un envoyé spécial de CNN qui en a profité pour faire la pub pour son flux? Twitter fait clairement vibrer l'aiguille du bullshit detector du Blogo. Stay tuned.

La crise du CRE est là

Le Blogo vous avait promis la crise du Commercial Real Estate (immobilier d'entreprise). La voilà.
Il ne s'agit ici que des surfaces commerciales louées dans les centres commerciaux mais la chute est sévère. La diminution de la surface louée au premier trimestre surpasse la baisse pour toute l'année 2008.

Deep thought

La crise ne va pas aider la lutte contre la prolifération nucléaire.

La commission d'enquête sur la crise de 29

Bill Moyers partage une tribune avec Michael Winship. Ils reviennent sur l'allégeance de Summers à Wall Street (il a déclaré $7,2 millions de revenus de Wall Street en 2008) et se demandent comment on peut compter sur lui pour donner une image objective de la crise à Obama. Ils évoquent aussi l'interview de William H. black que j'ai déjà référencée ici.

La raison pour laquelle je parle de cette tribune est qu'il cite Ferdinand Pecora qui a mené la commission d'enquête sur la crise de 1929. L'extrait de l'introduction de son livre "Wall Street Under Oath" paru en 1939 semble intemporel:

"That its leaders are eminently fitted to guide our nation, and that they would make a much better job of it than any other body of men, Wall Street does not for a moment doubt," Pecora wrote. "Indeed, if you now hearken to the Oracles of The Street, you will hear now and then that the money-changers have been much maligned.

“You will be told that a whole group of high-minded men, innocent of social or economic wrongdoing, were expelled from the temple because of the excesses of a few. You will be assured that they had nothing to do with the misfortunes that overtook the country in 1929-1933; that they were simply scapegoats, sacrificed on the altar of unreasoning public opinion to satisfy the wrath of a howling mob...."

Cela indique en tout cas que Wall Street en 1939 avait été sévèrement sanctionné. En sera-t-il de même en 2018? Ca n'en prend pas le chemin pour l'instant.

mercredi 8 avril 2009

Le NYT et le Wapo servent la soupe aux banques

Les banques sont en difficulté? Comptez sur le gratin des éditorialistes du Washington Post et du NYT pour voler à leur secours. Je ne crois pas que ces éditoriaux grotesques soient faits pour convaincre. Je pense que l'idée est plutôt que pendant que les gens lisent ça, au moins, ils ne lisent pas autre chose de plus subversif...

David Brooks nous explique que Simon Johnson (qui figure sur la blogo compliant list) se trompe.

L'imbécile* Richard Cohen nous explique que Larry Summers était bien payé l'année dernière ($7,2 millions) et que les américains, au lieu de l'accuser de conflits d'intérêts, devrait le remercier d'avoir rejoint le service public en acceptant une baisse de salaire. Il fallait oser.

Note: j'essaierai d'ajouter d'autres op-eds ridiculement "pro-banques" comme ceux-ci dans la soirée. J'en lis beaucoup en ce moment.

*après le speech de Powell aux Nations-Unies en 2003 qui n'avait absolument rien démontré quant aux armes de destruction massive irakiennes, Richard Cohen déclarait la chose suivante dans un op-ed du wapo: "The evidence he [Powell] presented to the United Nations—some of it circumstantial, some of it absolutely bone-chilling in its detail—had to prove to anyone that Iraq not only hasn’t accounted for its weapons of mass destruction but without a doubt still retains them. Only a fool—or possibly a Frenchman—could conclude otherwise."

Le plan Geithner

La dernière version du plan Geithner repose sur un mensonge: il n'y aurait plus de marché pour un certain type d'obligations comme les Residential Morgage Backed Securities (obligations garanties par des emprunts hypothécaires résidentiels). C'est faux. Il existe un marché. Le problème est que les institutions financières refusent de faire des transactions aux niveaux de prix indiqués par le marché. Ainsi, j'ai entendu qu'en gros, Le RMBS AAA s'échangerait autour de 30 cents du dollar alors que les banques (et autres) en demandent 60 cents du dollar.

La différence pour les banques, c'est qu'à 30 cents du dollar, elles doivent redemander des aides à l'Etat avec un risque de retour de bâton politique qui pourrait mettre en danger leur management. Le problème pour les acheteurs potentiels, c'est qu'à 60 cents du dollar ils sont quasiment certains de perdre de l'argent.

L'idée de Geithner est donc de subventionner l'achat de ces obligations de telle sorte qu'un marché réapparaisse. Il ne s'agirait pas vraiment d'un marché mais plutôt d'une "one way street" ou seuls les acheteurs subventionnés achèteraient. Cela a le mérite de ressembler à un marché ce qui est une composante importante du plan média de cette opération: "Le free market, c'est tellement super bien que ça va même nous sortir de l'ornière de la crise et même qu'on est pas des communistes etc...".

Je dis "le plan média" car concrètement, la substance du plan Geithner est une subvention aux banques réalisée de telle sorte qu'elle ne remette pas politiquement en cause la structure du pouvoir financier aux Etats-Unis. C'est un plan des banques pour les banques dont le principe général avait été établi par Henry Paulson, CEO de Goldman Sachs de 1998 à 2006.

Un des mensonges qu'on essaye de faire avaler aux américains est que ce plan va rapporter de l'argent. Là, on est vraiment dans le boniment de foire. Beaucoup de gens pensait qu'à 95 cents du dollar ces obligations étaient une affaire, qu'à 80 cents ce n'était qu'un trou d'air qui se règlerait rapidement. Après tout, ces obligations n'étaient-elles pas adossées à de véritables maisons, construites en dur avec des vrais matériaux de construction? Les américains n'avaient-ils pas besoin de se loger quand même? And so the story went... Le problème est que le subprime n'est pas réparti uniformément sur le territoire américain. Il y a eu des complexes immobiliers entiers qui ont été construits pour alimenter la frénésie spéculative liée à ce type de financement. La fraude massive a conduit à des no man's land parsemés de maisons qui décrépissent. C'est comme ça qu'une maison avec de la plomberie, des vitres, des serrures peuvent avoir une valeur quasi nulle. Certaines d'entre elles n'ont d'ailleurs jamais été achetées pour être habitées mais simplement pour être revendues un peu plus tard.

Quatorze millions de maisons seraient vides aux Etats-Unis (une sur neuf). L'histoire est que même à 30 cents du dollar, on est sûr de rien. Tout le monde pousse pour qu'on trouve de la valeur à ces machins et ça n'est pas un bon contexte pour modélisez sereinement. De plus, on tente toujours de modéliser de l'immobilier alors qu'il faut désormais modéliser une bulle spéculative. Le sous-jacent et ses spécificités sont devenus secondaires. Le plan Geithner pousse à nouveau les modélisateurs à la surestimation de la valeur de ces obligations. C'est le même biais depuis le début du subprime: des PHDs de mathématiques et des stars de l'informatique en sont réduits à mettre du rouge à lèvre à un cochon. Et comme le remarquait Obama pendant sa campagne, le maquillage n'y fait rien: "It's still a pig".

Le plan Geithner est donc un artifice pour faire endosser les pertes aux contribuables américains sans que cela ne soit directement une recapitalisation. C'est un scandale sans nom.

Alors bien sûr, on peut faire l'inventaire des contributions des banques (et hedge funds etc...) aux campagnes politiques depuis dix ans (ou plus). On peut faire la liste des "whistle blowers" qui ont vu leurs avertissements ignorés ostensiblement par le régulateur. On peut aussi s'amuser à compter le nombre d'employés de Goldman Sachs qui sont venus éclairer de leurs lanternes le ministère des finances américain. On peut aussi observer les aller-retours entre Fannie/Freddie et le monde politique américain. Mais à l'heure de choisir un seul élément qui témoigne de la corruption des politiques par Wall Street dans la période récente, quel meilleur symbole que le plan (Paulson/) Geithner qui saigne à blanc les contribuables américains en échange d'absolument rien?

mardi 7 avril 2009

Le pire n'est pas passé

Depuis que le "plan Geithner" a été rendu public, les bourses mondiales ont progressé de manière telle qu'on peut se demander si, d'un point de vue boursier, le pire n'est pas derrière nous. Tout le monde s'accorde sur le fait que les dégâts macroéconomiques de la crise vont continuer à s'aggraver mais les marchés anticipent la reprise.

Avec un G20 qui semble avoir été une réussite médiatique, le scénario pourrait être le suivant: le plancher macroéconomique est atteint dans les 12 mois qui viennent et les cours de bourse ne redescendront pas en dessous du plus bas atteint il y a trois semaines.

Je ne crois pas à ce scénario pour de multiples raisons sur lesquelles je reviendrai dans les jours qui viennent. Rapidement:
- la correction des prix de l'immobilier aux Etats-Unis n'est pas finie,
- les programmes d'endettement massif des Etats ne font que commencer et nul ne sait si leur capacité à emprunter est réellement infinie comme ils le supposent,
- la résolution du problème de tous les CDS qui ont été vendus en période faste ($28 trillions, dit-on) avant la crise et qui ne pourront être honorés sera nécessairement un (le?) temps fort de la crise et il est encore devant nous,
- cette crise a des racines très profondes et beaucoup de "retours vers la moyenne" ne sont qu'amorcés*.

* Kevin Philipps avance par exemple ici que la part du secteur financier est passée de 10 à 20% du PIB entre 1980 et 2009. Cela fait beaucoup de reconversions en peu de temps pour ceux qui attendent la reprise "au second semestre".

"I'm the president. And you're not."

"I'm the president. And you're not."

C'est le message qu'aurait voulu faire passer Obama lors d'un rendez-vous avec les dirigeants des banques les plus importantes. Cet article du site "Politico" (faux-nez internet des MSM genre Huffington Post) nous donne un aperçu de l'ambiance entre Obama et les banquiers. Attention quand même, il ne s'agit pas d'une information de première main.

Extraits:

“These are complicated companies,” one CEO said. Offered another: “We’re competing for talent on an international market.”

But President Barack Obama wasn’t in a mood to hear them out. He stopped the conversation and offered a blunt reminder of the public’s reaction to such explanations. “Be careful how you make those statements, gentlemen. The public isn’t buying that.”

“My administration,” the president added, “is the only thing between you and the pitchforks.”

...

“The only way they could have sent a more Spartan message is if they had served bread along with the water,” says a person who attended the meeting. “The signal from Obama’s body language and demeanor was, ‘I’m the president, and you’re not.’”

According to the accounts of sources inside the room, President Obama told the CEOs exactly what he expects from them, and pushed back forcefully when they attempted to defend Wall Street’s legendarily high-paying ways.

HADOPI: à l'américaine

Quand le pouvoir se met au service d'une petite clique au détriment de l'intérêt général...

La loi HADOPI a donc été votée dans la nuit de jeudi à vendredi. Je ne connais pas les procédures parlementaires assez bien pour répondre mais est-il normal que seuls 16 députés aient pris part au vote? La gauche n'aurait-elle pas pu forcer plus de députés à jouer cartes sur table? Il semble qu'elle ne se soit pas vraiment battue.

Tout cela fleure bon les ententes de couloirs permettant au maximum d'élus individuels de rester amis avec tout le monde. C'est comme ça, en multipliant les instances où les élites se mettent d'accord entre elles sur le dos du peuple qu'elles représentent, qu'on se retrouve dans une situation à l'américaine. Ce type de collusion un peu honteuse entre les grands partis corrode les démocraties.

C'est précisément ce type d'alliance "droite dure/gauche faux-cul" (pas exactement la situation française en dehors de l'Hadopi) qui a réussi à tirer vers la droite le paysage politique américain sous W. On lui doit la guerre en Irak, les atteintes majeures à la constitution et aux libertés individuelles, l'expansion du pouvoir de l'exécutif, la soumission aux diktats de Wall Street sur tous les sujets ayant trait à la finance (et aux autres corporate interests dans les autres secteurs) etc...

Maintenant que les américains ont été clairs dans leur vote avec un président démocrate, un sénat largement démocrate et une chambre des représentants démocrate, on pourrait s'imaginer que la question est réglée. Et bien non: elle demeure encore et toujours. Figurez-vous que 16 sénateurs démocrates viennent de se regrouper pour revendiquer une position centriste! 16 c'est assez pour réduire la marjorité démocrate au sénat (59 élus sur 100) à... une minorité. C'est littéralement la cinquième colonne des démocrates au sénat qui menace de faire sécession si des politiques trop à gauche venaient à voir le jour... Inouï juste après une victoire électorale mais symptomatique de l'état de dégénérescence avancé du paysage politique américain.

Autre élément: quand 9 DEMOCRATES votent pour un allègement d'impôts de $250 milliards sur la transmission des patrimoines supérieurs à... $7 millions. En 2009!

lundi 6 avril 2009

El Blogo vindicated once more...

Larry Summers a été un des éminents "dérégulateurs fous" des dix dernières années. Fidèle de Robert Rubin, il est à Tim Geithner ce que Laurel est à Hardy. Il n'est pas un ami du blogo mais il est clairement un ami de Wall Street. On le savait déjà mais cette crise a le bon goût de donner en permanence des munitions aux adversaires des oligarques américains. It's the gift that keeps on giving. Voici le dernier motif de s'indigner en date:

Lawrence H. Summers, one of President Obama's top economic advisers, collected roughly $5.2 million in compensation from hedge fund D.E. Shaw over the past year and was paid more than $2.7 million in speaking fees by several troubled Wall Street firms and other organizations.

...

But Summers -- who, as chairman of the National Economic Council, is a leading architect of the administration's economic policies and helped shape the response to the global recession -- appears to have collected the most income. Financial institutions including JP Morgan Chase, Citigroup, Goldman Sachs, Lehman Brothers and Merrill Lynch paid Summers for speaking appearances in 2008. Fees ranged from $45,000 for a Nov. 12 Merrill Lynch appearance to $135,000 for an April 16 visit to Goldman Sachs, according to his disclosure form. Summers reported donating two fees totaling $70,000, including the payment from Merrill Lynch, to charity.

D'autres collaborateurs d'Obama ont déclaré des revenus pouvant suggérer des conflits d'intérêts. Espérons que cela lui fera franchir un pas de plus dans l'idée qu'il faut qu'il se débarasse des membres de son équipe économique qui ne sont loyaux qu'envers Wall Street. Cette affaire Summers va faire éclater au grand jour pour l'opinion américaine le fait qu'Obama a choisi pour l'épauler des auxiliaires à la botte d'un sytème failli. S'il croit qu'il va pouvoir passer entre les gouttes de la critique populaire pendant 4 ans et être réélu en ne proposant rien d'autre aux américains qu'une soumission totale à Wall Street, il commet une erreur stratégique. Il doit prendre le risque de s'allier au peuple américain contre les banques car s'il se contente de jouer la partition qui a été écrite pour lui, il est d'ores et déjà fini. Alors Barack? Perdu pour perdu, what's it gonna be?

A noter ce post de David Goldman:

There aren’t a lot of people making $5.2 million in the hedge fund business. Offhand, I can’t think of a precedent for a $5.2 million paycheck for a part-time employee. Normally to take down that kind of money, a trader would need a P&L in excess of $50 million. Given that Summers was spending enormous amounts of time giving speeches for money and serving on other boards, he could not have put in too many hours at D.E. Shaw. What was the money for? For general economic forecasting advice? That’s a joke. For a pitching a particular trade, or trades? What were they? For bringing in assets under management? The industry standard would be a point or so for AUM, so if Summers used his political contacts to get another $500 million into D.E. Shaw’s kitty, a $5 million ticket would not be unreasonable.

On February 5 I reported that Larry Summers had travelled through Asia in July 2007 pitching sovereign funds and other Asian investors on AAA-rated structured securities — the very same “toxic assets” that the Obama adminstration proposes to get off banks’ books. Was he paid for helping to shuffle assets around sovereign funds?

Autrement dit, en 18 mois, Summers serait passé de VRP en subprime auprès de pigeons internationaux à economic "intellectual power house" capable de sortir les Etats-Unis (et le monde) de la crise? Cela ressemblerait à une métamorphose mais pas en y regardant de plus près: il reste en effet dans les deux cas une cheville ouvrière de la stratégie du moment à Wall Street.

Note: Glenn Greenwald s'attaque au sujet: "Larry Summers, Tim Geithner and Wall Street ownership of government" (âmes sensibles ou heureux lecteurs du triptyque s'abstenir).

dimanche 5 avril 2009

Pourquoi pas de commission d'enquête sur la crise?

Les statistiques des prix de l'immobilier, la comparaisons entre la valeur des biens et leurs valeurs locatives et le concept d' "affordability" (comparaison du prix des biens et du salaire moyen) ont tous dévié de la norme dans des proportions qui ne peuvent être expliquées par la simple combinaison de banques imprudentes et de régulateurs "sleeping at the wheel" (endormis au volant).

L'essentiel de ce marché (au moins 75%) était contrôlé par des opérateurs semi-publics qui ont enfreint les règles qui les empêchaient (en théorie) de contribuer à des campagnes politiques. Tout le monde sur Capitol Hill "en a croqué" comme en témoigne la polémique entre Obama et McCain avant l'élection sur le point de savoir lequel des deuxs avait le plus d'anciens de Fannie/Freddie dans leurs équipes de campagne. Le subprime est clairement le lieu où la fraude a été la plus spectaculaire mais les prix de l'immobilier n'auraient pas pu dévier de la tendance historique de 30 à 40% sans que les mastodontes du financement de logements aux Etats-Unis ne soient de la partie.

Bill Moyers (toujours lui) donne la parole dans sa dernière édition à William K. Black, professeur associé en économie et en droit à l'université du Missouri qui a écrit un livre sur la crise des Savings & Loans en 2005. Il défend la thèse du caractère frauduleux des pratiques des banques, des agences de notation et du laisser-faire de l'appareil d'Etat dans la nouvelle crise que nous traversons. Il accuse Geithner de "cover-up" et demande pourquoi aucune enquête n’a été ouverte sur les causes de cette crise. C'est vrai ça, pourquoi?
L'émission dure 30 minutes mais elle réjouira tous les lecteurs fidèles:

Partie 2
Partie 3

vendredi 3 avril 2009

Friday Plane Blogging

iPhone contre BlackBerry

RIM a "vendu" 7,8 millions de BlackBerries au dernier trimestre, 1,1 millions de plus que le dernier record du troisième trimestre 2008. En comparaison, Apple a vendu 4,4 millions d'iPhones au quatrième trimestre 2008.

Difficile de commenter sur Berlusconi

mardi 31 mars 2009

Good news

We made it to Spring.

Le retour de "Client number 8"

Eliot Spitzer a dû démissionner de son poste de gouverneur de New York après qu'il ait été révélé qu'il était client d'un réseau de prostitution ("Emperors' Club VIP" pour le folklore). Il avait été identifié par les enquêteurs comme "Client N°8".

Cette révélation était intervenue trois semaines après qu'il ait impliqué l'administration Bush de manière implacable dans l'explosion des subprimes aux Etats-Unis dans une tribune du Wapo. Il n'y allait pas de main morte (à tel point qu'on voit bien comment les écoutes sans contrôle judiciaire pratiquées par Bush ont pu facilement déraper en police politique et comment la loi Hadopi menace bien réellement les libertés publiques en mettant en place les infrastructures nécessaires pour fliquer toute la population et pas simplement ceux pour qui il existe une raison de le faire). Extrait de ce que Spitzer avait à dire trois semaines avant sa démission:

Not only did the Bush administration do nothing to protect consumers, it embarked on an aggressive and unprecedented campaign to prevent states from protecting their residents from the very problems to which the federal government was turning a blind eye.

Let me explain: The administration accomplished this feat through an obscure federal agency called the Office of the Comptroller of the Currency (OCC). The OCC has been in existence since the Civil War. Its mission is to ensure the fiscal soundness of national banks. For 140 years, the OCC examined the books of national banks to make sure they were balanced, an important but uncontroversial function. But a few years ago, for the first time in its history, the OCC was used as a tool against consumers.

In 2003, during the height of the predatory lending crisis, the OCC invoked a clause from the 1863 National Bank Act to issue formal opinions preempting all state predatory lending laws, thereby rendering them inoperative. The OCC also promulgated new rules that prevented states from enforcing any of their own consumer protection laws against national banks. The federal government's actions were so egregious and so unprecedented that all 50 state attorneys general, and all 50 state banking superintendents, actively fought the new rules.

But the unanimous opposition of the 50 states did not deter, or even slow, the Bush administration in its goal of protecting the banks. In fact, when my office opened an investigation of possible discrimination in mortgage lending by a number of banks, the OCC filed a federal lawsuit to stop the investigation.

Throughout our battles with the OCC and the banks, the mantra of the banks and their defenders was that efforts to curb predatory lending would deny access to credit to the very consumers the states were trying to protect. But the curbs we sought on predatory and unfair lending would have in no way jeopardized access to the legitimate credit market for appropriately priced loans. Instead, they would have stopped the scourge of predatory lending practices that have resulted in countless thousands of consumers losing their homes and put our economy in a precarious position.

When history tells the story of the subprime lending crisis and recounts its devastating effects on the lives of so many innocent homeowners, the Bush administration will not be judged favorably. The tale is still unfolding, but when the dust settles, it will be judged as a willing accomplice to the lenders who went to any lengths in their quest for profits. So willing, in fact, that it used the power of the federal government in an unprecedented assault on state legislatures, as well as on state attorneys general and anyone else on the side of consumers.

The writer is governor of New York.

Aujourd'hui, Spitzer réapparaît et il semble qu'il ait des choses à dire (et plus grand chose à perdre*). D'abord avec trois "opinion pieces" dans le Wapo, Slate, et Newsweek. Aussi une interview avec un journaliste de Newsweek dans laquelle il ne ménage pas Goldman:

Partie 2
Partie 3
Finalement, la rédactrice en chef de The Nation finit de le réhabiliter avec un édito intitulé "Spitzer for Treasury?"**. Eliot Spitzer qui rejoint la "Blogo Compliant List".

* Il a en fait à perdre car on lui a refusé le maintien de son anonymat lors de l'enquête judiciaire. Des détails vont donc probablement apparaître sur ses rencontres avec les prostituées. S'il dérange beaucoup, ces détails risquent d'avoir beaucoup de retentissement dans les médias. C'est peut-être une raison pour laquelle il m'apparaît moins virulent qu'en février 2008.
** C'est aussi un appel de la gauche américaine à Obama pour qu'il se débarasse de l'attelage Geithner/Summers.

L'euro: un supplice chinois organisé à Washington

Le Blogo regrettait en janvier que les agences de notation aient conservé toute leur capacité de nuisance. Elles le prouvent une fois de plus en baissant la note de l'Irlande hier.

Il existe des arguments objectifs pour baisser la note de l'Irlande et le blogo essaye, autant que faire se peut, d'être du côté des arguments objectifs et pas contre eux (Facts are stubborn things.*). Le problème, c'est que l'Irlande fait partie de la zone euro et qu'à chaque fois que sa note est abaissée, cela affaiblit l'Euro. De l'autre côté, les Etats-Unis (dont l'Etat de Californie tutoie également le défaut) ne sont pas menacés d'un downgrade car les agences auraient bien trop peur des conséquences d'un tel choix (elles font de toute façon partie intégrante de la nébuleuse Wall Street-FED-US gvt). D'un côté le rating est inébranlable, de l'autre les agences ont toute lattitude pour affaiblir chacun des membres de la zone euro.

La solidité des différentes monnaies qui s'affrontent dans la crise va être déterminante dans la manière dont chaque zone économique respective en émergera. Il est dès lors assez désespérant de voir que des sociétés de rating ayant un forte loyauté envers les Etats-Unis conservent quasiment toute leur crédibilité en matière monétaire. De plus, Moody's et S&P peuvent se livrer à une véritable guerre d'usure en attaquant tous les pays de la périphérie européenne et en les baissant d'une note à la fois. Cela peut se terminer en véritable supplice chinois pour l'euro.

Il est de l'intérêt de l'Europe de décrédibiliser les agences de notation américaines au plus vite. Et/ou, comme il a été déjà suggéré ici, de créer une agence de toute pièce pour combattre le bruit par le bruit et faire prendre conscience à tous que ces agences sont avant tout des instruments politiques dans un contexte de crise.

* John Adams: "Facts are stubborn things; and whatever may be our wishes, our inclinations, or the dictates of our passions, they cannot alter the state of facts and evidence."

"The European Subprime"

Vous vous souvenez peut-être des doutes que le blogo avait exprimés sur l'idée que l'Europe continentale allait connaître une crise similaire à celle des subprimes en raison des prêts inconsidérés qui avaient été consentis aux pays d'Europe de l'Est. A l'origine de ce qui ressemble de plus en plus à une campagne concertée de désinformation, on retrouvait les usual suspects: le triptyque (WSJ, FT, The Economist), quelques "Murdoch owned news outlets" et autres publications ainsi que les agences de notations américaines. Le "bullshit" detector du blogo était dans le rouge.

J'ai fait une nouvelle recherche sur google news sur la question après la lecture d'un des articles qui a déclenché la polémique dans le Daily Telegraph le 15 février*. J'ai finalement trouvé ce que je cherchais à savoir un article un peu documenté qui défende la thèse de l' "opération de communication" et qui démonte cette dernière. Je n'ai jamais entendu parler de la source de l'article mais le contenu (et les notes de bas de page) parle de lui-même. L'accent y est mis sur le caractère biaisé des organes de presse et des institutions à l'origine de ce psychodrame et sur le caractère outré de la comparaison avec le subprime vu le faible poids de beaucoup des pays mis en cause par rapport à l'économie de l'Union Européenne (la Hongrie n'est pas la Californie).

Je vous conseille de lire la fin de l'article en entier (après avoir sauté les premiers paragraphes), voici néanmoins quelques extraits:

If we found this a relevant theme, it is because it represents in our opinion a deliberate attempt on the part of Wall Street and the City (2) to make the world believe in some rupture within the EU and to instil the idea that some « deadly » risk is weighing on the Eurozone, by endlessly conveying phony news on a “banking risk coming from Eastern Europe” and by stigmatizing a “cold-feeted” Eurozone as opposed to the “voluntarist” actions initiated by the Americans and the Bristish. One aim is also to divert the attention from the increasing financial problems encountered in New York and London, and to weaken the Europe position on the eve of the G20 summit.

For those who are not familiar with EU geography, a headline like « Hungary in bankruptcy » or « Latvia defaults on its debt » can compare to one like « California goes bankrupt ». For those who lose their jobs as a consequence, the problem is indeed similar. However, in terms of impact on a larger-scale, they have nothing in common. California, severely affected by the subprime crisis, is the most populated and richest state of the United States, while Latvia is a poor country with a population corresponding to 1 percent of the EU population (versus California’s 12 percent of the US population (11)). Hungary’s GDP represents less than 1.1 percent of the Eurozone’s GDP (in the case of Latvia, this figure is 0.2 percent) (12), that is to say the equivalent of Oklahoma (1% of US GDP (13)) rather than Florida. Eastern Europe is far from being able to bring problems of a similar magnitude to the subprime crisis. All the new Member-States put together comprise less than 10 percent of the EU GDP (among them, the biggest and richest ones, such as Poland and the Czech Republic, are hardly affected at all). As a worst-case scenario, the amounts at stake for the European financial system, are around EUR 100-billion (USD 130-billion) (14), that is to say a very modest sum on the scale of the EU financial system (15). In fact, the EU has taken the lead of a consortium which has already injected EUR 25-billion (i.e. 20 percent of the worst-case scenario) to stabilize the situation (16), and whose severity has already been diminished by the recent fall in value of the Swiss Franc.

A noter que la dénonciation de ce genre de campagne aurait toute sa place dans Le Monde ou le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Je ne suis pas sûr pour le second mais je doute de ce que Le Monde ait démonté cette triste histoire. Pourtant, enfoncer un coin dans la crédibilité de la presse économique économique anglo-saxonne serait légitime. Idem pour celle des statistiques économiques américaines ou des agences de notation. Le blogo a déjà redouté que nos têtes deviennent le refuge de la domination américaine alors même qu'elle n'aurait plus aucune raison d'être objective. Il faut que les européens (et les autres) arrivent à penser l'économie en s'affranchissant du discours anglo-saxon qui n'a rien d'une vérité révélée mais qui défend très clairement des intérêts. Pas les nôtres.

* Cet article était écrit par Ambrose Evans-Pritchard qui est un adversaire forcené de l'Union Européenne, de l'Euro et de tout ce qui n'est pas estampillé Wall Street ou la City. Il a commencé sa carrière à The Economist.

lundi 30 mars 2009

Les américains mentent sur leurs stats

C'est un des refrains du blogo. Au risque de lasser, les statistiques du mois de mars ont encore apporté de l'eau à mon moulin. Figurez-vous que les New Home Sales et les Durable Good Orders ont connu les plus forts ajustement saisonniers depuis respectivement 1982 et 1992. Ajustements positifs, vous l'aviez deviné... J'ai plusieurs fois traversé le mirroir sur d'autres chiffres comme la croissance ou l'emploi (entre autre) et j'ai depuis la certitude que les stats sont manipulées "as a matter of course". J'espère que nos politiques le savent non pas pour qu'ils pipotent également mais au moins pour qu'ils émettent des doutes sur le perpétuel miracle américain, dans la croissance comme dans la crise. Pour ce qui est de nos médias économiques, ça fait longtemps que je n'ai plus d'espoir.


Extrait de cet article de Barron's:

IT'S A COMFORT IN THIS wildly spinning world to find some things remain the same. We had feared that with the change in administrations, we'd have to revise our long-standing mistrust of government statistics. But, though it is still early days, the initial evidence gives us reason for hope. The numbers flowing out of Washington seem as dubious as ever, and so are the inferences being extracted from them by more than a smattering of investment strategists, money managers and, it pains us to say, even journalists.

The misleading figures cut across a wide swath of the economy, encompassing housing, manufacturing, employment -- you name it. The leading agent of deception, unintentional or otherwise, has been that old sly villain, seasonal adjustment. As it turns out, the seasons don't need adjustment as much as the adjustors need seasoning.

As Merrill Lynch's David Rosenberg (who, incidentally, is planning to do a bit of adjusting himself and moving back to his native Canada; our loss, Canada's gain) points out in a recent commentary, the official keepers of the books have been unusually aggressive in constructing seasonal adjustments for February's economic data.

To illustrate, the seasonal adjustment for new-home sales was the strongest since 1982; for durable-goods orders, the strongest since they were first released in 1992; the retail-sales figures for February were flat (or, as David says, flattering) after such adjustment, but unadjusted fell 3%, the biggest drop on record. He also notes dryly that the 40,000 raw non-seasonally adjusted housing-start total for February "all of a sudden becomes a headline-adjusted annual rate figure of 583,000."

Which makes David think that come the inevitably sharp downward revisions of such distorted data, first-quarter real GDP is likely to suffer a 7.2% drop. Which, together with the 6.3% skid in the fourth quarter of 2008, would be the worst back-to-back contraction in the economy in 50 years.