dimanche 15 mars 2009

Bullshit detector dans le rouge

Depuis quelques semaines, un nouveau concept est apparu dans le commentariat financier international: il y a un pendant européen à la crise du subprime américain: les engagements des banques d'Europe de l'Ouest dans les pays de l'Est. C'est le "subprime européen".

A lire le triptyque (WSJ, FT, The Economist), c'est: "1 partout, balle au centre".

Alors qui a tiré la sonnette d'alarme? Ce sont les agences de notations S&P et Moody's dans des recherches publiées mi-février. Il s'agit bien des agences dont le discrédit total n'a (magiquement) pas entamé l'influence comme je le regrettais ici en encourageant à ce qu'on les considère pour ce qu'elles sont dans cette crise: des agents américains.

Je parlais de cette situation hier avec un ami et je lui faisais part de mon scepticisme sur la question. C'était un peu un cas d'école de "bullshit detecting" car j'avais peu lu sur le sujet. Le caractère "sorti de nulle part" du concept, l'outrance de la proposition* et surtout la manière complètement transparente avec laquelle ce nouveau concept servait des intérêts facilement identifiables (les Etats-Unis, notamment dans la perspective du G20) ont tous contribué à me faire douter.

J'ai donc fait une recherche extrêmement sommaire et j'ai trouvé cet article du Christian Science Monitor. Alors ne nous trompons pas: cet article contribue à créer le buzz sur le "subprime européen". Il laisse cependant apparaître que des gouvernements d'Europe de l'Est ont commencé à allumer des contre-feux contre ce qui semble être une campagne médiatique et il nous rappelle comment cette question est arrivée sur le devant de la scène. Extraits:

Some in Eastern Europe ask: What economic crisis?
...

On the eve of a meeting of G-20 finance ministers near London Friday and Saturday, Poland, Slovakia, and Slovenia have also been campaigning to set the record straight. This is no mere public relations exercise. At stake is the foreign investment so crucial for financing much of the rebuilding in the former communist East since the fall of the Berlin Wall in 1989.

“While no country has been unaffected by the economic crisis, in terms of the CEE [Central and Eastern European] countries, the Czech Republic, Poland, Slovakia, and Slovenia are faring far better than other economies in the region,” explains Elizabeth Stephens, head of credit and political risk analysis at London’s Jardine Lloyd Thompson (JLT).

Specifically, experts cite the following factors as signs of relative economic health:

- The banking sectors in both Poland and the Czech Republic are regarded as healthy, carrying little if any “toxic debt.”
- Auto plants in the region, like the Czech carmaker Skoda, are witnessing an uptick in production.
- Slovenia and Slovakia are now part of the eurozone, which offers a currency buffered from the worst of the crisis.
- Relatively low-wage, highly skilled workforces make the region more likely to recover faster than Western Europe.

...

The Central Bank released the figures partially in response to erroneous information in Western media, and in particular stories in The Economist and Financial Times, which suggested the Czech Republic was facing serious debt issues.
In a letter to the Financial Times, the Czech National Bank’s vice governor, Mojmir Hampl, pointed out that “since the fall of communism 20 years ago, countries in the region have taken different paths in regard to economic policy.”

...

At about the same time in mid-February, Moody’s, the credit ratings agency, issued a report warning that the banking system in Eastern Europe is more and more vulnerable to the economic downturn. Another ratings agency, Standard & Poor’s, issued a similar warning.

...

“As a result of these warnings, CEE [Central and Eastern European] economies witnessed severe investor flight and currencies fell even more,” explains Ms. Stephens at JLT.

Polish, Czech, Romanian, Bulgarian, and Slovak bank supervisors have complained about the negative press over their financial sectors.

In an rare move, the supervisors issued a statement on March 4, saying “The published information … are often oversimplified and misleading, and it can have a negative impact on banks that are operating in these countries.”

Political analyst Gergely Boszormenyi-Nagy, from Budapest’s Perspective Institute, told the Associated Press that the lack of unity between Eastern European countries may have contributed to the EU’s rejection of Mr. Gyurcsany’s proposals.
“It seemed that some of the other countries, like Poland and the Czech Republic, were offended at Hungary’s attempt to lump them all in the same group with it,” Mr. Boszormenyi-Nagy said.

Away from the halls of power and number crunchers, average Czechs say all the talk about the crisis has remained more or less just that, talk. About two-thirds of respondents to a recent opinion poll say the crisis hasn’t impacted their lives, but many in the poll say they expect conditions to worsen.


Ce concept de "subprime européen" dans les pays de l'Est semble nous avoir été vendu comme de la savonnette au travers d'une campagne de communication. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème et peut-être y a-t-il des problèmes graves. Il n'en demeure pas moins que nos médias doivent faire attention à ne pas répéter un discours prémâché sans comprendre d'où il vient et quels intérêts il sert. Si un de ces pays avait fait défaut, cela aurait sans doute justifié un réexamen de la situation. En l'espèce, il semble que rien n'ait suscité cet emballement sur l'Europe de l'Est à ce moment précis à part ces institutions à l'intégrité insoupçonnable que sont le FT, The Economist et les agences de notation.

Nous avons vu récemment qu'Obama avait désormais un briefing quotidien de la CIA sur l'économie en plus de son briefing classique sur des aspects politiques. Les américains ont identifié la crise économique comme le risque essentiel pesant sur l'influence américaine (menace plus grave que le terrorisme selon eux) et ils ont modifié les briefings au président pour faire face à cette nouvelle réalité. Je serais surpris si ce nouveau briefing était la seule instance où les lignes se brouillent entre le militaire et l'économique à la faveur de la crise.

Les opérations de "psy-ops" pourraient être un nouveau lieu d'application de méthodes militaires au "théâtre d'opération" économique. Vous vous souvenez peut-être de ces soldats irakiens qui avaient enlevé les incubateurs de prématurés dans les cliniques Koweitiennes lors de la première guerre du golfe? C'était un mensonge mis au point par une agence de com commanditée par le pentagon (Rendon group) que les médias du monde entier avaient dûment avalé. Attendez-vous à des opérations dans ce goût sur des sujets économiques dans les années qui viennent.

*Le subprime est le produit du comportement frauduleux de tous les agents économiques américains concernés, publics et privés. Quel rapport avec l'octroi de prêts aux pays de l'Est? De plus, avec la différence de poids économique qui demeure entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est, jusqu'où la seconde peut-elle déstabiliser la première? Finalement, beaucoup de maisons aux Etats-Unis ne valent plus rien - peut-on imaginer que les pays de l'Est ne remboursent aucun principal sur la dette qu'ils ont contractée?

La richesse des américains en baisse

Selon la FED (ça vaut ce que ça vaut...), la richesse agrégée des foyers américains aurait baissé de 18% en 2008. Vu la baisse des actions et des prix de l'immobilier, une baisse significative semble en effet raisonnable. On peut aussi dire que les européens n'ont pas vu leur richesse s'effondrer dans les mêmes proportions (moins de gens sont investis en bourse, l'immobilier n'y est pas en chute libre). Dans ce contexte, et vu l'impact très important qu'a "l'effet richesse" sur la consommation et donc la croissance aux Etats-Unis, on peut s'étonner que la croissance américaine reste dans la bonne moyenne par rapport aux européens. Au 4ème trimestre de 2008, les Etats-Unis ont vu leur PIB supposément baisser de -6,2% (première annonce -3,8%!) alors que l'Allemagne baissait de plus de -8,4% (annualisés).

Les allemands sont-ils réellement les moins performants ou simplement ceux qui pipautent le moins?

vendredi 13 mars 2009

Cramer - Stewart

Hier, Jon Stewart recevait Jim Cramer. Je n'ai pas encore vu l'émission. Suivre ce lien pour ceux que ça intéresse.

Friday Plane Blogging

jeudi 12 mars 2009

Les bras m'en tombent...

L'unanimité des cheerleaders...

The consensus of the 51 forecasters surveyed looks for U.S. gross domestic product to tumble at a sharp 5.3 percent annual rate in the first quarter and to decline at a 2 percent pace in the second quarter.(Reuters)
(51 économistes consultés sont unanimes pour dire que la croissance va repartir au second semestre)

La vérité c'est qu'ils n'en savent rien alors pourquoi ces incantations permanentes? Les "économistes" sont à l'économie ce que Jim Cramer est à la bourse: une pom-pom girl. Vivement qu'ils se trouvent leur Jon Stewart.

Experts: Financial crisis threatens US security

Experts: "La crise financière menace la sécurité des Etats-Unis"

Vous pouvez lire tout l'article ici.

Extrait:
"The most important effect of the financial crisis and subsequent recession may be the least tangible — a serious worldwide erosion of confidence in American competence, a confidence which previously almost carried a sense of invincibility," Richard Cooper, an international economist at Harvard University and former chairman of the National Intelligence Council, told the House Armed Services Committee.

No shit! Ceci dit "l'incompétence" a bon dos. Dit-on de Madoff qu'il était incompétent? Le pauvre Bernie ne s'y retrouvait pas avec tous ces chiffres!

Pour les Etats-Unis, c'est pareil. N'importe quel gouvernement/banque centrale honnête aurait empêché et corrigé les excès criants des années Bush. J'en veux pour preuve les chiffres délirants dans l'immobilier depuis des années qui n'ont entraîné aucune mesure correctrice alors même que les contrats qu'on faisait signer à des millions d'américains étaient évidemment frauduleux. Ces deux aveuglements simultanés face à l'évolution aberrante des prix de l'immobilier (de 35% supérieurs aux normes historiques au haut de la bulle) d'une part, et aux pratiques honteuses des banques d'autre part n'ont pas pu être le fruit du hasard. On voudrait nous faire croire que c'est un problème de compétence alors qu'il est clair que c'est un problème d'honnêteté et d'élites qui ont sacrifié l'intérêt général à leurs propres intérêts sans aucun état d'âme depuis des années. Que penser ainsi du "J'm'ai trompé" de Greenspan avec son air de droopy alors qu'il a encouragé le subprime au pire moment et qu'il a lui même appelé les américains à s'endetter à taux variables* au moment précis où tout le monde savait que lui, Greenspan, allait monter les taux? Carton plein.

Selon William McChesney Martin, le rôle d'une banque centrale est de “take away the punch bowl just when the party starts getting interesting” (retirer le bol de ponch quand la fête commence à s'échauffer). Pourquoi en 2001 la FED décide-t-elle de faire précisément l'inverse? Le 11 septembre semble être la réponse mais pourquoi une baisse des taux aussi drastique (taux à 1% pour la première fois) face à une attaque spectaculaire mais aux conséquences matérielles limitées? Pourquoi cet évènement a-t-il conduit à la perte totale de tous les repères des américains en matière de politique étrangère mais aussi de politique économique? (même si dans ce dernier cas on ne s'en apperçoit que maintenant)

* Extrait de la fiche wikipédia de Greenspan ou pourquoi la Fed est clairement l'institution qui a la responsabilité la plus importante dans la crise actuelle. Elle l'a rendue possible. Elle n'a pas agi seule ceci dit, et a été influencée par Wall Street, le gouvernement et le congrès, les uns utilisant les autres pour arriver à leurs fins. Une déclaration récente de Greenspan nous en donne d'ailleurs un aperçu: “If we tried to suppress the expansion of the subprime market, do you think that would have gone over very well with the Congress?”

In a speech in February 2004, [6] Greenspan suggested that more homeowners should consider taking out Adjustable Rate Mortgages (ARMs) where the interest rate adjusts itself to the current interest in the market.[53] The fed own funds rate was at an all-time-low of 1%. A few months after his recommendation, Greenspan began raising interest rates, in a series of rate hikes that would bring the funds rate to 5.25% about two years later.[54] A triggering factor in the 2007 subprime mortgage financial crisis is believed to be the many subprime ARMs that reset at much higher interest rates than what the borrower paid during the first few years of the mortgage.

In 2008, Greenspan expressed great frustration that his 23 February 2004 speech was used to criticize him on ARMs and the subprime mortgage crisis, and stated that he had made countervailing comments eight days after it that praised traditional fixed-rate mortgages.[55]

In that speech on February 23, 2004, Greenspan had suggested that lenders should offer to home purchasers a greater variety of "mortgage product alternatives" other than traditional fixed-rate mortgages.[56] Greenspan also praised the rise of the subprime mortgage industry and the tools which it uses to assess credit-worthiness in an April 2005 speech:

Innovation has brought about a multitude of new products, such as subprime loans and niche credit programs for immigrants. Such developments are representative of the market responses that have driven the financial services industry throughout the history of our country … With these advances in technology, lenders have taken advantage of credit-scoring models and other techniques for efficiently extending credit to a broader spectrum of consumers. … Where once more-marginal applicants would simply have been denied credit, lenders are now able to quite efficiently judge the risk posed by individual applicants and to price that risk appropriately. These improvements have led to rapid growth in subprime mortgage lending; indeed, today subprime mortgages account for roughly 10 percent of the number of all mortgages outstanding, up from just 1 or 2 percent in the early 1990s.[57]

The subprime mortgage industry collapsed in March 2007, with many of the largest lenders filing for bankruptcy protection in the face of spiraling foreclosure rates. For these reasons, Greenspan has been criticized for his role in the rise of the housing bubble and the subsequent problems in the mortgage industry,[58][59] as well as "engineering" the housing bubble itself:

It was the Federal Reserve-engineered decline in rates that inflated the housing bubble … the most troublesome aspect of the price runup is that many recent buyers are squeezing into houses that they can barely afford by taking advantage of the lower rates available from adjustable-rate mortgages. That leaves them fully exposed to rising rates. —BusinessWeek, July 19, 2004, Is A Housing Bubble About To Burst?[60]

George Soros and Warren Buffett criticized derivatives while Greenspan defended them.[61]

Jon Stewart en guerre contre NBC/CNBC/MSNBC

Jon Stewart a pris à partie CNBC la semaine dernière. L'affrontement continue cette semaine. Voici le dernier épisode:

Stupid Idiot: Jamie Dimon

Jamie Dimon, le CEO de JP Morgan, en appelle à l'arrêt de la vilification de corporate america.

“When I hear the constant vilification of corporate America, I personally don’t understand it,”
Traduction du blogo: "Quand j'entends la vilification constante de corporate America, je ne la comprends pas personnellement."

Les mots me manquent... Ce n'est pas la première fois que le Blogo prend Jamie Dimon en flagrant délit mauvaise foi aggravée ceci dit.

"Tent cities" à Sacramento

Cet article d'un "blog" du New York Times nous signale l'augmentation de la population d'un bidonville dans les environs de Sacramento (voir aussi le reportage de NBC un peu plus bas). On parlait dans la crise des années 30 des "Hoovervilles" et Atrios nous propose la dénomination de "Bushvilles" cette fois-ci.

A noter qu'une maison sur 9 est supposément vide aux Etats-Unis. Cela représente 14 millions de maisons. Inoccupées, elles vont tomber en ruine en quelques années. Les financiers justifient souvent leur rôle social (et leurs richesses) en arguant du fait qu'ils permettent une meilleure allocation du capital. L'histoire récente montre qu'elle n'est "meilleure" que dans la mesure où les banquiers en ont plus...



Le blogo se targue de porter un regard critique sur les vieux corporate media et ce post ne fera pas exception. On peut s'interroger sur l'irruption d'une telle misère sur les écrans de télé américains. On sort en effet d'une période d'indifférence totale au sort des losers dans la société américaine. Le taux délirant de gens incarcérés et la dureté du discours envers les pauvres (notamment dans le débat sur le système de santé) sont le signe d'une société réellement indifférente à la souffrance de ses éléments défavorisés*. Alors on peut se demander: pourquoi soudainement cette sensibilité compasionnelle sur NBC News? Si la misère a été complètement passée sous silence pendant trente ans, on peut sûrement en rendre compte mezza voce pendant la crise. Le reportage sur la clochardisation de certains a une vertu: il permet à tous de tout à coup s'estimer heureux de ses difficultés si elles sont moindres.

Il y a une probabilité pour que ces journalistes n'aient eu pour intention que de rendre compte d'une nouvelle réalité sociale. Ceci dit, les médias participeront tôt ou tard à des opérations destinées à maintenir l'ordre social face aux difficultés économiques en créant de la résignation ou du consentement** (comme ils l'ont fait de manière spectaculaire pour la guerre ou le TARP notamment). Vous en serez tenus au courant sur le Blogo.

* Il y a une dimension raciale à ce problème car cette indifférence s'explique sûrement en partie par l'importance des minorités ethniques parmi les plus défavorisées. Il faut donc relativiser le miracle de l'élection d'Obama et des Etats-Unis qui nous donneraient supposément "une leçon de tolérance". La réalité est aussi que les minorités aux Etats-Unis sont massivement surreprésentées dans les prisons et parmi les gens qui n'ont pas d'assurance maladie. Alors je pose la question: est-il plus important que le dirigeant d'un pays soit issu d'une minorité où que cette minorité ait le même accès aux soins que le reste de la population? Je ne veux pas minimiser l'importance de l'élection d'Obama. Elle est réelle et quel meilleur moyen pour faire avancer la condition de ces minorités défavorisées que d'avoir un président qui en est issu? Il ne faut pas cependant tout confondre comme l'ont fait beaucoup de médias français. Voter pour un métis qui a été rédacteur en chef de la Harvard Law Review et qui se pose en garant de l'ordre établi est une chose. Dépenser ses "hard earned tax dollars" pour donner une chance à des minorités défavorisées d'échapper à un avenir écrit d'avance est autre chose. Et les attaques répétées contre l'Affirmative Action et les programmes sociaux en général depuis trente ans nous présentent une amérique qui ne tend pas la main à ses minorités en souffrance mais qui les ghettoïsent impitoyablement. Donc please: plus de leçons.
** "créer du consentement" est assez proche de la formule "Manufacturing Consent" popularisée par Noam Chomsky pour que je le signale.

mardi 10 mars 2009

Le Non Farm Payroll avance toujours masqué

Le Non Farm Payroll (chiffres de l'emploi) de février a été très mauvais mais conforme aux attentes. L'occasion de l'indignation mensuelle du blogo contre ces chiffres qui bien que désastreux nous sont toujours présentés de manière scandaleusement positives. La technique est simple: le "headline number" (littéralement "chiffre qui fait la une") est systématiquement optimiste. Il est révisé dans les mois qui suivent mais ce dont on parle alors est d'un nouvel "headline number" qui lui est toujours optimiste par rapport à la réalité. C'est un des éléments qui fait douter de la sincérité de l'appareil statistique américain et qui révèle l'utilisation politique qui en est faite*.

Je le répète depuis le début du blogo mais cette fois vous n'avez plus à me croire sur parole, un journaliste du NYT a listé les révisions récentes (via The Big Picture):

Here are the total job losses reported for recent months, as originally reported and as shown in the latest revisions.

August 2008: Initially 84,000, revised to 175,000

September 2008: Initially 159,000, revised to 321,000

October 2008: Initially 240,000, revised to 380,000

November 2008: Initially 533,000, revised to 597,000

December 2008: Initially 524,000, revised to 681,000

January 2009: Initially 598,000, revised to 655,000

February 2009: Initially 651,000, as released today.

On average, from August through January, the first estimate was too optimistic by 112,000 jobs.

* On citera dans ce registre les chiffres de la croissance mais aussi l'arrêt de la publication par la FED de données génantes pour la solidité du dollar en 2006 ("l'agrégat M3", un peu comme si une société côtée annonçait qu'elle ne publierait plus ses comptes sauf que là, il n'y a pas eu de conséquence sur le cours de bourse). Cet arrêt injustifiable n'a évidemment fait ciller aucun journaliste chez ces modèles d'indépendance et d'intégrité que sont le WSJ, le FT et The Economist, les trois cheerleaders de la catastrophe économique que nous avons sur les bras. Alors je ne sais pas ce qu'ont dit les presses françaises et allemandes sur le sujet en 2006 mais ma wild guess est que c'est passé complètement "below the radar" vu que notre commentariat économique ne fait pour l'essentiel que répéter le gospel économique de la presse anglo-saxonne. Peut-on compter sur Jean-Marc Sylvestre pour avoir une opinion qui sorte du cadre défini par le triptyque? You be the judge...

lundi 9 mars 2009

Problème de fonctionnement

Il semble que le blogo ne fonctionne pas idéalement ces jours-ci. Le site apparaît vide de posts par moment. Il semble que l'addition de ce nouveau post (celui que vous lisez) ait réglé le problème pour le moment.

Loufoque

Geithner semble avoir du mal à staffer le Treasury Department (ministère des finances) d'après le NYT. Il n'a pas encore d'adjoint par exemple ce qui est problématique pour un homme chargé de sauver la planète sans aucun super pouvoir. Il semble que tout le monde marche sur des oeufs car le même Geithner s'est vu reprocher d'avoir un arriéré d'impôts de $32,000 au moment de sa nomination. Depuis d'autres nominations ont dû être abandonnées en raison de problèmes fiscaux.

Tant et si bien qu'aujourd'hui, tout le monde est tétanisé à l'idée d'un nouveau ratage et les processus de "background check" et de confirmation pour tous les nouveaux membres de l'administration traînent en longueur (prix exorbitant à payer pour qu'Obama puisse nommer un "ami de Wall Street" déjà complètement embourbé dans les marécages du TARP 1 de Bush de Paulson de Goldman Sachs). En est-on au point où on ne peut plus supposer que l'écrasante majorité des gens pressentis pour être haut fonctionnaire au ministère des finances sont en règle avec le fisc?

A noter que selon le même article du NYT, il y a un département qui n'a pas perdu de staff malgré le changement de président, c'est celui qui est en charge de gérer le TARP* ! De manière complètement stupéfiante, Obama n'a pas encore repris en main l'organisme qui distribue les montants les plus colossaux avec le moins de contrôle et de transparence de toute l'administration (à part la FED, mais c'est une autre histoire). Il est toujours dirigé par le même Neel Kashkari débauché pour l'occasion de GS et dont la nomination m'avait à l'époque enthousiasmé (c'est ironique pour ceux qui ne suivront pas le lien). Preuve, s'il en était besoin, que les intérêts du système bancaire transcendent complètement les clivages politiques aux US. On se demande bien à quoi servent les élections. Si Obama n'a pas pris le TARP en main, doit-on supposer que c'est le TARP qui a pris Obama en main? Question moins bête qu'il n'y paraît.

*ou "bailout": les sommes distribuées par l'Etat selon les besoins des établissements financiers pour les empêcher de faire faillite dans l'opacité la plus totale depuis le mois de septembre. plusieurs centaines de milliards pour l'instant, on pourrait atteindre le trillion vers l'été.

Glenn Greenwald sur la "Blogo Compliant List"

Les lecteurs assidus s'étonneront que Glenn Greenwald ne rejoigne que maintenant la "Blogo Compliant List" étant donné que c'est probablement l'individu qui a été le plus référencé ici. C'est en partie un oubli mais c'est aussi lié au fait que son focus principal sont les atteintes répétées à la constitution perpétrées par l'administration Bush (couvertes et en partie continuées pour l'instant par Obama) et pas la crise économique per se.

Il déclare dans son dernier post que c'est cette même corruption (celle qui a permis les nombreux crimes de guerre sous Bush) qui autorise aujourd'hui les sauvetages frauduleux type AIG à non seulement se faire sous le sceau du secret mais à être en plus source de promotion pour ses concepteurs (référence assez transparente à Tim Geithner).

The accountability-free, self-loving mentality that demands that nothing be done about America's war crimes over the last eight years is hardly confined to America's detention, surveillance and interrogation policies. This is exactly the same bloated, insular corruption that allows multi-billion-dollar insider frauds like
this one not only to go unexamined but also to result in those responsible being further empowered with high government positions.

Welcome on the blogo compliant list, Glenn (where you belonged anyway).

Au passage:
Les rapports entre la guerre en Irak et la crise économique sont multiples. Le vrai révélateur du dérèglement de la politique américaine ces dernières années a été la guerre en Irak. L'observateur attentif aura su utiliser ce signe de dysfonctionnement majeur pour envisager que le pays pouvait se transformer en gigantesque Enron: la guerre en Irak a démontré à qui voulait le voir que les forces de rappel classiques dans une société saine ne fonctionnaient plus aux Etats-Unis. Les médias ne servaient plus le bien public et la mise à jour d'une forme de réalité objective (pas surprenant dans ces conditions qu'ils se soient tus alors que des millions d'américains se trouvaient engagés dans des contrats grotesques - subprime). Le congrès n'était pas non plus en mesure d'empêcher une guerre déclenchée pour des motifs risibles, réminiscents des pires dictatures fascistes. Le poisson était clairement en train de pourrir par la tête (je m'interroge sur la valeur de cette métaphore vu qu'il s'agit d'un poisson mort mais je fais confiance au lecteur affûté du blogo pour en comprendre l'essentiel et en rejeter l'accessoire). Si un pays peut se mentir sur des sujets aussi grave, pourquoi serait-il plus objectif sur un rating AAA? Si un système politique peut si aisément trahir son histoire et ses principes sur l'essentiel (le politique), que peut-on en espérer sur l'accessoire (l'économique)?

Le Blogo en profite donc au passage pour vous réitérer son mantra qui à force d'être répété va peut-être finir par devenir un slogan fluide: "Les Etats-Unis traversent d'abord une crise politique dont la crise économique n'est qu'un symptôme". Symptôme substantiel, je le concède.

samedi 7 mars 2009

The Obama Bear Market*

* "Le marché baissier d'Obama"

Un analyste (Dan Veru) a développé une idée qui a fait florès: la bourse ayant baissé de 20% depuis l'élection d'Obama, on peut désormais parler du "marché baissier d'Obama". En effet un "bear market" se définit par une baisse de 20% des cours de la bourse.

Cela a été repris assez largement, d'une manière qui laisse entrevoir combien les adversaires politiques d'Obama ont envie que le temps passe et que le public associe Obama à la crise (ce qui tôt ou tard finira bien par arriver). Le Wall Street Journal ici, Bloomberg . L'idée avancée est qu'Obama, quand il se départit un tant soi peu de la ligne souhaitée pas Wall Street, déstabilise le marché et qu'il est donc responsable de sa baisse. Barry Ritholtz remarque ici que la baisse du Nasdaq, qui avait commencé bien avant l'arrivée de Bush au pouvoir, ne lui a jamais été imputée par ces mêmes commentateurs (no surprise there). Media matters liste d'autres organes de presse ayant participé à cette campagne et démonte son présupposé (les actions d'Obama, plutôt que la situation économique préexistante, ont fait baisser la bourse depuis sa prise de fonction).

Cela montre encore une fois que quel que soit le capital politique d'Obama, l'entreprise de démolition est prête à commencer (ou a déjà commencé même si elle n'a aucune traction pour l'instant). On peut s'étonner de ce que la popularité d'Obama ne le préserve pas d'une campagne de dénigrement aussi cheap. Mais la popularité de Clinton tout au long du "scandale" Lewinski ne l'avait pareillement pas protégé de la férocité des médias. Inversement, l'impopularité extraordinaire de Bush ne lui a jamais valu d'attaques médiatiques véritablement déstabilisantes. W aurait pu être "impeached" pour 5 ou 6 raisons différentes... Clinton l'a été pour une raison ridicule. La totale déconnexion entre le discours (scripté) des médias aux Etats-Unis et le ressenti de la population est un des signes les plus flagrants de la crise politique qu'ils traversent. Qu'est-ce que ça aurait été si Obama n'avait pas d'ores et déjà donné de multiples gages de sa malléabilité (notamment au travers de ses nominations globalement consensuelles) au microcosme du beltway!

BofA préfère l'anonymat pour les voleurs de Merrill

Vous vous souvenez peut-être que Merrill Lynch avait avancé le paiement de $4 milliards de bonus avant le 1er janvier, date de sa reprise officielle par Bank of America (entérinée depuis septembre suite à des pertes colossales de Merrill).

Cela revient à du vol à la tire. Le procureur de l'Etat de New York a ouvert une enquète et les dirigeants de Bank of America ont refusé de donner la liste des bénéficaires et les montants de ces bonus prétextant qu'un "dommage grave et irréparable" serait causé à Bank of America si ces informations étaient révélées au public. On imagine ce que les dirigeants de Bank of America (qui sont aussi sous assistance respiratoire du gouvernement) ont concocté pour eux pour couvrir ainsi les voleurs de Merrill. Toujours selon BofA, la publication entraînerait "des dissensions internes et la consternation" au sein de l'entreprise ainsi que des risques de sécurité pour ces employés et leur famille (le vol est en effet mal vu par le reste de la société).

"The Big Picture" s'indigne

Barry Ritholtz du site "The Big Picture" s'indigne des révélations du Wall Street Journal qui dit aujourd'hui que $50 milliards des fonds distribués à AIG depuis septembre ont servi à payer des contreparties (on imagine qu'il s'agissait de CDS subprime en grande partie). Je ne comprends pas exactement pourquoi Ritholtz s'énerve maintenant car même si on ne le savait pas dans les détails, il était à peu près certain (et dans la logique des interventions du gouvernement) que cela se passait. Les seules nouveautés sont le montant (le double de ce que pensait Ritholtz) et le caractère quasi officiel (WSJ).

Enfin... Les indignations et les coups de gueule contre la mise à sac du trésor américain au profit du pouvoir de l'oligarchie bancaire sont trop rares pour ne pas être reproduits:

This is a giant FUCK YOU to the American taxpayer. Isn’t there some Congressmen (besides Ron Paul) who are morally offended by the Paulson plan, which is slowly becoming the Geithner plan? Isn’t there anything that can be done?

Aussi, on doit se demander "à qui profite la fuite?" Est-ce l'administration qui veut réaffirmer son pouvoir sur les banques en donnant des éléments sur l'étendue de l'aide accordée? Dans ce cas pourquoi transmettre l'information au Wall Street Journal qui apparaît plutôt "banques friendly" que pro-gouvernement?

vendredi 6 mars 2009

Friday Plane Blogging

Jon Stewart remet les journalistes éco à leur place

En particulier CNBC mais les autres méritent le même traitement.

jeudi 5 mars 2009

Kos et l'allégeance des médias à la ploutocratie

Kos demande aux médias US pourquoi ils ne cessent de parler d'une hausse des impôts alors que le plan d'Obama représente une baisse des impôts pour 95% de la population. C'est vrai ça, pourquoi? Why oh why? ;-)

Memo to the media
by kos
Wed Mar 04, 2009 at 09:50:04 AM PST

Dear media,

95 percent of Americans are getting a tax cut with Obama's budget. So framing this as a tax hike makes you look pretty stupid. And dishonest. And wrong. So stop it.

Hugs and kisses,

kos

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Le marketing du stimulus

Nouveau logo pour les projets financés par le "stimulus package" d'Obama qui vient d'être voté (O pour Obama?) :

Le logo en forme de O a déjà été utilisé pendant la campagne:

Je pense qu'il aurait mieux valu éviter l'ambiguïté.

Les engagements colossaux des américains face à la crise

Voici une news Bloomberg de la semaine dernière que je voulais poster dans sont intégralité (voir plus bas). Il s'agit d'un récapitulatif de tous les engagements pris par le gouvernement américain depuis le début de la crise. Il ne s'agit pas seulement de dépenses, ce sont pour beaucoup des garanties.

C'est énorme, $11,6 trillions ou plus de 80% du PIB*. C'est la bataille finale décrite ici qui se déroule devant nos yeux sur ce tableau. Elle voit l'Etat américain (les contribuables) se portait garant de la dette des acteurs privés qui ont fait défaut. Combien de temps avant que les investisseurs étrangers ne se rendent compte que les "contribuables" d'une part et "les acteurs privés qui ont fait défaut" d'autre part ne font en réalité qu'un? C'est le grand suspense. Ils siffleront alors la fin de la partie en limitant leurs achats de les bons du trésor américain ce qui enverra en rehab une fois pour toute. Le Blogo a parié que cela arriverait en 2009 et s'est même avancé jusqu'à dire que le premier semestre semblait le plus probable. Il faut noter cependant que la lenteur du déroulement de cette crise n'a pas cessé de surprendre depuis le début. Le pic dans l'immobilier américain se situe ainsi entre fin 2005 et début 2006.

* seul un tiers de cette somme ont été réalisé pour l'instant. L'augmentation (à la fois du total global et de la proportion réalisée) est extrèmement rapide.


U.S. Bailout, Stimulus Pledges Total $11.6 Trillion (Table)

By Mark Pittman and Bob Ivry

Feb. 24 (Bloomberg) -- The following table details how the U.S. government has pledged more than $11.6 trillion on behalf of American taxpayers over the past 19 months, according to data compiled by Bloomberg.

Changes from the previous table, published Feb. 9, include a $787 billion economic stimulus package. The Federal Reserve has new lending commitments totaling $1.8 trillion. It expanded the Term Asset-Backed Lending Facility, or TALF, by $800 billion to $1 trillion and announced a $1 trillion Public-Private Investment Fund to buy troubled assets from banks.

The U.S. Treasury also added $200 billion to its support commitment for Fannie Mae and Freddie Mac, the country’s two largest mortgage-finance companies.


                                  --- Amounts (Billions)---
Limit Current
===========================================================
Total $11,623.63 $3,800.18
-----------------------------------------------------------
Federal Reserve Total $7,565.63 $1,478.88
Primary Credit Discount $110.74 $65.14
Secondary Credit $0.19 $0.00
Primary dealer and others $147.00 $25.27
ABCP Liquidity $152.11 $12.72
AIG Credit $60.00 $37.36
Net Portfolio CP Funding $1,800.00 $248.67
Maiden Lane (Bear Stearns) $29.50 $28.82
Maiden Lane II (AIG) $22.50 $18.82
Maiden Lane III (AIG) $30.00 $24.34
Term Securities Lending $250.00 $115.28
Term Auction Facility $900.00 $447.56
Securities lending overnight $10.00 $5.59
Public-Private Investment Fund $1,000.00 $0.00
Term Asset-Backed Loan Facility $1,000.00 $0.00
Currency Swaps/Other Assets $606.00 $417.86
MMIFF $540.00 $0.00
GSE Debt Purchases $600.00 $33.58
Citigroup Bailout Fed Portion $220.40 $0.00
Bank of America Bailout $87.20 $0.00
-----------------------------------------------------------
FDIC Total $1,551.50 $400.30
FDIC Liquidity Guarantees $1,400.00 $261.30
GE $139.00 $139.00
Citigroup Bailout FDIC $10.00 $0.00
Bank of America Bailout FDIC $2.50 $0.00
-----------------------------------------------------------
Treasury Total $2,206.50 $1,621.00
TARP $700.00 $387.00
Tax Break for Banks $29.00 $29.00
Stimulus Package $168.00 $168.00
Stimulus II $787.00 $787.00
Treasury Exchange Stabilization $50.00 $50.00
Student Loan Purchases $60.00 $0.00
Citigroup Bailout $5.00 $0.00
Bank of America Bailout $7.50 $0.00
Support for Fannie/Freddie $400.00 $200.00
-----------------------------------------------------------
HUD Total $300.00 $300.00
Hope for Homeowners FHA $300.00 $300.00

To contact the reporters on this story: Mark Pittman in New York at mpittman@bloomberg.net; Bob Ivry in New York at bivry@bloomberg.net.

Last Updated: February 24, 2009 00:01 EST

Deux (petites) banques remboursent le TARP*

Deux banques ont décidé de rembourser l'argent qu'elles avaient reçu du gouvernement américain:

-Iberia Bank of Lafayette, Louisiana. Elle rembourse $90 millions reçus en décembre avant la fin mars.
- TCF Financial rembourse $361 millions.

Devant les exigences un peu plus importantes d'Obama envers les bénéficiaires des fonds, les broker-dealers de Wall Street (qui n'en sont plus) maugréent et laissent entendre qu'on ne les y reprendra pas. Elles n'ont qu'à suivre l'exemple de ces deux banques et rembourser l'argent. Et si elles ne le peuvent pas (ce qui est le cas), elles feraient mieux de se faire toute petite. Cette arrogance permanente est tout simplement inacceptable.

De toute façon comme décrit dans ce post, la finance américaine est à terre (many times over if I may say so) et ne perdure que grâce à ce qu'elle a investi dans le système politique depuis des années (décennies vraiment). Les grandes banques voudraient limiter le problème au seul fond du TARP qu'elles finiront peut-être par rembourser mais la réalité est qu'elles ont totalement explosé et qu'elles ne survivent que grâce aux garanties de l'Etat (plus de $200 milliards pour Citi seulement) et aux facilités de crédit apportées par la FED dans l'opacité la plus totale (plusieurs trillions). Enfin, l'Etat diffère l'exigibilité de trillions de CDS en empêchant tous les acteurs de poids de l'économie de faire défaut. Ce n'est que temporaire cependant car ce combat là est perdu d'avance.

Il n'y a plus aucune banque américaine debout.

* TARP = Bailout (clarification pour les lecteurs du blogo). La terminologie de TARP et de bailout n'est pas utilisée dans la presse française. Il s'agit de la même chose: les $700 milliards débloqués en octobre avec le soutien d'Obama pour aider les établissements financiers américains. La première tranche de $350 milliards a été complètement consommée par Bush sous la responsabilité d'un gars de Goldman sachs de 35 ans. La deuxième tranche a été débloquée par Obama. Une somme équivalente a été annoncée par Geithner. Ca n'est qu'un des aspects de l'aide de l'Etat aux établissements financiers.

Curieux

Le Blogo fait des pics d'audience les jours où je fais référence à Bernard Madoff. Ne vous étonnez si dans les jours qui viennent je mets le nom Madoff à la fin de certains posts avec un lien vers ce post explicatif. C'est une des rares concessions du Blogo à la course effrénée à l'audience. Concession plus expérimentale que stratégique d'ailleurs.

mercredi 4 mars 2009

"So am I."

Cette réplique va-t-elle devenir aussi célèbre que celle de Schwarzeneger déclarant "I'll be back." dans Terminator? Obama a encore choisi une tribune relativement discrète pour allumer les "special interests" qui combattent son budget: la "weekly address" du président qui dure cinq minutes, n'est pas télévisée et ne fait pas les gros titres en général.

I know these steps won’t sit well with the special interests and lobbyists who are invested in the old way of doing business, and I know they’re gearing up for a fight as we speak. My message to them is this:
"So am I."


Pour continuer dans les références hollywoodiennes, ça rappelle aussi Michael Corleone face à un sénateur véreux dans le Parrain 2: "My answer to you is this: "Nothing!".Vous pouvez voir l'intervention complète de cinq minutes ci-dessous. Je vous suggère de ne regarder qu'à partir de 3min 04s.

Première fois que je mets une vidéo de la maison blanche sur le blogo. Les temps changent...

O'Reilly et Cavuto mettent les pieds dans le plat

Il fut un temps où quand un critique des médias disait: "une des raisons pour lesquels les journalistes défendent instinctivement les politiques de droite est qu'au sommet de la hiérarchie, ils ont un intérêt personnel bien réel à payer moins d'impôts.", on lui rétorquait que pas du tout, les journalistes étaient de purs esprits, que ce type de considérations ne pourrait jamais influencer une rédaction etc... (je me souviens d'échanges de ce type après la publication des "Nouveaux Chiens De Garde" de Serge Halimi qui mettait violemment en cause la nomenklatura médiatique française à la fin des années 90).

Nous sommes en 2009 et maintenant Bill O'Reilly de Fox News nous dit droit dans les yeux qu'il n'a pas, à titre personnel envie de payer un système de santé protégeant les pauvres (presque verbatim...) et il embarque avec lui un autre ponte de Fox News qui semble quand même un peu gêné du tour que prend la discussion:

Obama plaît moins dans le sud

Ca fait un peu froid dans le dos mais le taux d'approbation d'Obama est de seulement 48/46 dans le sud alors qu'il est de 71/25 en moyenne dans tout le pays (d'après le nouveau sondage hebdomadaire de Daily Kos réalisé par un institut que je crois relativement nouveau).

A noter que sans avoir étudié les résultats électoraux à la loupe, je ne m'étais pas rendu compte d'un fort biais anti-Obama dans le sud. A suivre donc...

Obama et les russes

Si vous trouvez un vieux truc nul dans votre grenier vous allez d'abord être tenté de le mettre à la poubelle. Et puis en y réfléchissant, vous vous direz peut-être "Et si j'essayais de le mettre sur ebay?" ou "Et si je le vendais dans un vide-grenier?". Pourquoi après tout ne pas essayer d'en tirer quelque chose?

C'est ce que vient de faire Obama en proposant aux russes d'abandonner le projet de bouclier antimissile en Europe de l'Est en échange de la collaboration russe sur l'Iran. Le bouclier anti-missile est en effet un programme extrêmement coûteux et hasardeux d'un point de vue technologique qu'Obama a sans doute décidé d'interrompre. Les russes on retoqué Obama. Difficile d'être maître du monde ces temps-ci. Les vieux trucs nuls valent zéro.

mardi 3 mars 2009

Que fument les analystes Actions?

Depuis le début de la crise les analystes "Equity" ne cessent de nous promettre monts et merveilles pour... dans un an. Bloomberg nous dit qu'après avoir interrogé 10 banques, le consensus semble être + 37% d'ici à la fin de l'année pour finir avec un S&P 500 vers 1010...

the prevailing view of Wall Street strategists, who forecast the S&P 500 will rebound 37 percent to end the year at 1,010, based on 10 estimates compiled by Bloomberg News.

Cette crise a démontré que les analystes des banques étaient aux marchés ce que les mainstream media (MSM) sont au système politique: des cheerleaders (pom-pom girls).

John Sununu "poster child" de l'Amérique début de siècle

John Sununu a perdu son siège de sénateur du New Hampshire en novembre 2008. Il est désormais membre du COP (Congressional Oversight Panel) pour les fonds du TARP. Il s'agit de l'organisme de contrôle des fonds d'urgence débloqués par le gouvernement US en faveur des établissements financiers. Il est dirigé par Elisabeth Warren que vous avez déjà vu sur le Blogo dans cet interview assez pathétique où elle parle du travail de son groupe et dit, en gros, "on ne sait rien sur rien et c'est pas bien".

Donc Sununu, chargé de contrôler les fonds du TARP, vient de rejoindre le conseil d'administration d'une société contrôlée par Bank of New York, récipiendaire de $3 milliards du même TARP. Pour parachever le tout, Bank of New York a été chargée d'assurer la comptabilité et divers aspects administratifs du TARP. Only in America. Peut-être pas "only" mais en tout cas, c'est seulement aux Etats-Unis que ça a atteint le stade où tout a explosé.

Obama ou pas, zéro transparence sur le bailout

AIG vient de recevoir une aide gouvernementale pour la quatrième fois depuis septembre. Un éditorial du NYT demande: à qui cela profite-t-il? D'abord à leurs contreparties (tout le monde pense qu'AIG est mort de toute façon) et il semble qu'avant la crise, leur principal partenaire de trading était Goldman Sachs*. Il y a eu des couvertures massives de positions dans les subprimes via des CDS (il semble qu'AIG ait été du mauvais côté de ces trades). Cela a pris de telles proportions que cela mettait en risque les établissements financiers qui vendaient cette protection (que la logique rendait dès lors illusoire). Un peu comme si vous vous assuriez auprès de votre voisin contre l'incendie de votre immeuble.

Si en revanche, vous êtes assez "politically connected" pour que votre contrepartie soit remplacée le moment venu (en tirant quelques ficelles) par le gouvernement américain alors oui, ça peut valoir le coût de se protéger.

Certaines banques comme JP Morgan, Morgan Stanley ou Goldman Sachs ont accepté l'argent de l'Etat du bout des lèvres. La bruit a couru (fort à propos) qu'elles ne le faisaient que pour éviter à leurs concurrentes au bord du gouffre d'être stigmatisées par les marchés. Cette rumeur paraissait déjà assez "self-serving" à l'époque et destinée à ce que personne n'ose leur demander de comptes. Certaines de ces banques ont même déclaré** quand l'Etat s'est mis à devenir un peu plus exigeant (notamment sur le contrôle de la rémunération des dirigeants): "on va vous rembourser le plus vite possible" sous-entendant que, vraiment, ils avaient accepté l'argent mais n'en avaient pas réellement besoin ("le plus vite possible" était quand même 2010...).

On est donc ici au coeur du réacteur nucléaire du bailout: en sauvant AIG, le trésor américain sauve en réalité Goldman et les autres. La destination finale des fonds est cachée par l'opacité (injustifiable) du bailout. Quelle excellente opération de communication pour JP, MS, GS et Bank of America! Vous rajoutez une dose de mauvaise foi et de morgue aristocratique et voilà, le sommet de la hiérarchie bancaire américaine est préservé après avoir perpétré le crime du millénaire. Nice!

Bon évidemment, ces apprentis sorciers donnent aujourd'hui l'impression d'être parfois dépassés par les évènements et leur laboratoire semble sur le point d'exploser mais vraiment chapeaux bas: quel final grandiose!

Il y a donc finalement trois types de banques/établissements financiers aux Etats-Unis, les banques faillies, les banques moribondes maintenues en vie par l'Etat dans le seul but de renflouer en loucedé le troisième type de banque: les banques "élues" qui ont été désignées comme devant survivre et servir à la réorganisation du système bancaire américain dans le bureau du Secretary of Treasury à l'automne 2008. Secretary of Treasury qui était alors le CEO sortant de Goldman Sachs donc on peut dire "autodésignées". Et en faisant référence (de façon peu académique) à l'astérisque ci-dessous, on peut même se demander si ce meeting n'a pas en réalité eu lieu à la FED de New York avec le CEO sortant ET le CEO en fonction de Goldman Sachs, pour faire bonne mesure. A noter qu'à ce meeting, il y avait aussi Tim Geithner, le président de la FED de NY devenu depuis le nouveau Secretary of Treasury. Cela en dit long sur l'influence réelle de l'élection d'Obama sur ces évènements: à peu près nulle. Il ne sera pas facile pour Obama de changer les choses. Etre élu président n'était qu'un échauffement comme annoncé dans les deux derniers paragraphes de ce post.

Note: TPM Media sur le sujet.

*Goldman Sachs a vraiment un statut particulier au sein des institutions financières américaines (souligné par l'éditorial du NYT référencé plus haut: What is certain is that Goldman has lots of friends in high places — yet one more reason why this bailout has to be as transparent as possible. Lloyd Blankfein, Goldman’s chief executive, was the only Wall Street executive at a September meeting at the New York Federal Reserve to discuss the initial A.I.G. bailout.) et notamment à cause de sa propension à disséminer ses anciens dans toutes les administrations, républicaines et démocrates. C'est un peu le mirroir privé de l'inspection des finances en France qui, elle, dissémine ses fonctionnaires à la tête des grands établissements financiers français. Ce qui renvoie au rôle respectif du privé et du public dans les deux pays.

dimanche 1 mars 2009

Les médias US et la "Class Warfare"

Les "corporate media" sont bien évidemment dans la poche de la ploutocratie. Ca ne va pas être une révélation pour un lecteur attentif du blogo. Exemple de Jamison Foser de "Media Matters". La totalité de l'article est (via Atrios) et oui, vous avez déjà lu la citation de Warren Buffet dans le blogo.

Warren Buffett, who knows a thing or two about wealth, has noted that because of the way the tax code is structured, he effectively pays taxes at a lower rate than the secretaries who work for him, concluding: "There's class warfare, all right. But it's my class, the rich class, that's making war, and we're winning."

One reason they're winning is that the news media do not use the loaded phrases "class warfare" and "redistribution of wealth" to describe things like the Bush tax cuts for the wealthy, or the home mortgage deduction (which favors those who are wealthy enough to buy homes over those who are not) or countless other policies that benefit wealthier Americans at the expense of those who are less fortunate. Instead, the media pretend this is a one-sided war -- as though the wealthy are being unfairly assaulted by an army of bullying waitresses and janitors and farmers and teachers.

Another reason is articles like today's Washington Post front-pager. The Post tells us in paragraph one that Obama plans to raise taxes on the wealthy and waits until paragraph 18 to reveal that he plans to make permanent a tax credit for low- and middle-income workers. A tax increase that applies to almost nobody -- that leads the article. A tax credit that applies to much of the nation's workforce? Buried 18 paragraphs in.

And like this Los Angeles Times article, which announces near the beginning that Obama's budget "would raise taxes, redistribute income, spend more on social programs than on defense" and quotes House Republican leader John Boehner saying, "The era of big government is back, and Democrats are asking you to pay for it" -- without making clear that this is true only if you are among the very small number of very wealthy people whose taxes would go up. In the process, the Times twice refers to income "redistribution" and quotes another Republican congressman invoking the specter of "class warfare."

They're winning, in large part, because they have the media on their side.

Jamison Foser is Executive Vice President at Media Matters for America.

Il y est dit que le parti pris d'Obama de ramener la taxation des hauts revenus au niveau des années 90 et d'alléger les impôts pour "95% de la population" est taillé en pièce dans les MSM (mainstream media). Obama ne réussira que s'il arrive à établir une relation avec le peuple américain qui "bypass" les mainstream media. Il semble que cela ait déjà un peu commencé car le débat sur le stimulus notamment a été très critiqué dans les médias sans impact sur le taux d'approbation du plan dans la population. Aussi, avec l'internet, de nouvelles formes de communication peuvent apparaître. Par exemple, le Press Corps de la maison blanche publie chaque jour un "résumé des évènements de la journée". Au début de la présidence Obama, la maison blanche a dit: nous allons rédiger le nôtre. Après des cris d'orfraie des journalistes, les conseillers présidentiels ont reculé mais si la situation venait à s'envenimer (et elle s'envenimera), la maison blanche pourra trouver de nouveaux moyens de s'adresser à la population. Aussi, des blogueurs ont été accrédités à la maison blanche ce qui est, je crois, une nouveauté.

samedi 28 février 2009

bailout hearings

Via The Big Picture

Obama sur la "Blogo compliant" list

J'ai rajouté Barack Obama à la "Blogo Compliant" list. C'est à cause de cette déclaration (écrite):

"This crisis is neither the result of a normal turn of the business cycle nor an accident of history. We arrived at this point as a result of an era of profound irresponsibility that engulfed both private and public institutions from some of our largest companies' executive suites to the seats of power in Washington, D.C"

"Prudent investments in education, clean energy, health care, and infrastructure were sacrificed for huge tax cuts for the wealthy and well-connected. In the face of these trade-offs, Washington has ignored the squeeze on middle-class families that is making it harder for them to get ahead… There's nothing wrong with making money, but there is something wrong when we allow the playing field to be tilted so far in the favor of so few."

Commentaire du blogo: It's war!
Les républicains sont tout de suite montés au créneau en dénonçant la nouvelle "class warfare" d'Obama (lutte des classes). Il ne s'agit en réalité (si le président arrive à ses fins) que d'une réponse à une lutte des classes engagée depuis belle lurette par les plus riches contre le reste de la population (à en croire Warren Buffet). On devrait en fait parler de "class counter strike".

A noter qu'il n'a pas déclaré ça devant le congrès mais par écrit dans l'introduction d'un document présentant le nouveau budget. Je pense que ces déclarations écrites d'Obama constituent une menace voilée pour l'establishment de Washington: soit vous me suivez, soit ces déclarations écrites (donc non médiatiques) deviendront télévisées sous peu. I can't wait.

Je ne sais pas ce qu'Obama arrivera à faire mais ce genre de déclaration me laisse penser qu'il a une bonne idée des origines de cette crise qui est une crise politique avant d'être une crise économique (leitmotiv du blogo: j'utilise la répétition, entre autre méthode de propagande, pour convaincre mes lecteurs).

A noter que cette semaine a également vu une nomination audacieuse pour la direction du National Intelligence Council. Cette nomination est un véritable camouflet pour toute la clique nouvelle conne de Washington ce qui est, en gros, une bonne chose pour le reste de la planète.

Go Barack!

vendredi 27 février 2009

Première révision de la croissance américaine Q4

La croissance américaine a été de -6,2% au quatrième trimestre et pas -3,8% comme annoncé précédemment. Les -3,8% m'avaient un consterné et j'y voyais une manoeuvre destinée à créer l'illusion que, dans la croissance ou dans la crise, les Etats-Unis étaient toujours "Number 1". Ils n'ont pas tenu sur cette ligne plus d'une révision (il y en a en théorie trois par annonce mais ils ont fait des révisions sur trois ans en 2007 donc en gros c'est n'importe quoi). Il y en a encore une le mois prochain. On se demande bien à quoi sert le premier chiffre s'il peut-être révisé dans ces proportions. Enfin bon: Don't get me started!

Comment les Etats-Unis qui sont l'épicentre de cette crise pourrait ne pas en subir les conséquences les plus dramatiques? Leur économie reposait sur la consommation à crédit et le crédit a disparu... C'est leurs institutions et leur modèle de croissance qui sont remis en cause au premier chef. Alors on va encore tenter de nous expliquer qu'ils "marchent sur l'eau" mais c'est ce qu'on nous dit depuis dix ans et il est maintenant avéré que c'était un mensonge. Je serais surpris que cela devienne vrai dans les deux ans qui viennent.La vérité, c'est que je n'ai aucune confiance dans les stats éco américaines et que je suis persuadé qu'elles seront manipulées sans vergogne dans le but de faire croire à la possibilité de la continuation du leadership américain.

Le marché des capitaux a donné depuis 15 ans une prime inouïe à la première économie mondiale en matière d'afflux de capitaux. Cet afflux a eu un effet d'entraînement car grâce à lui c'est effectivement aux Etats-Unis qu'on avait la plus forte croissance (il y avait des raisons structurelles pour qu'ils aient plus de croissance mais pas du tout dans ces proportions). C'était vraiment "The winner takes it all". Les américains sont devenus accrocs au capital étranger et doivent maintenant aller en rehab. Ils sont pour l'instant en salle de dégrisement et ils ont encore l'impression qu'en soudoyant leurs gardiens, ils obtiendront encore un fix. D'où les pipos statistiques actuels et à venir.

Note: c'est peut-être en voyant que les chiffres européens et japonais publiés après leur première annonce étaient tellement mauvais qu'ils se sont dits qu'ils pouvaient s'en tirer avec moins de contorsions statistiques. Ils sont toujours, à les en croire, dans le peloton de tête des pays "les moins mauvais". How convenient.

Friday Plane Blogging

mercredi 25 février 2009

Bill Moyers ne l'emportera pas au paradis...

Bill Moyers est un journaliste de PBS (Public Broadcasting System) que j'ai référencé assez souvent. Il a interviewé Simon Johnson (ancien économiste du FMI qui ose parler "d' oligarchie" aux Etats-Unis). Il offre depuis l'élection une tribune à Glenn Greenwald qui donne des cauchemards à tout l'establishment de Washington (il a quasiment empêché à lui tout seul que Tom Daschle devienne ministre de la santé alors que sa confirmation par le congrès semblait acquise et que nombre de dignitaires washingtoniens s'étaient prononcés en sa faveur). Il a invité la semaine dernière l'auteur de "So Much Damn Money - The triumph of lobbying and the corrosion of American Government"*. Il a aussi réalisé un documentaire extraordinaire en 2007, "Buying the war", qui s'en prenait à la complicité des médias avec le "Bush Regime" pour la guerre en Irak. Moyers est donc complètement "Blogo Compliant" (je vais d'ailleurs l'ajouter derechef à la liste des gens qui le sont).

Toujours est-il qu'il fait l'objet d'une attaque conjointe dans "Slate" (nouveau refuge de Colombani si j'ai bien compris), le Wall Street Journal et "The Atlantic". Moyers aurait contribué dans les années 60 à des actions gouvernementales qui visaient des homosexuels parce qu'ils étaient homosexuels. Cela se serait passé quand Moyers travaillait comme aide à la maison blanche dans l'administration Johnson. Je n'ai pas d'opinions sur le fond du dossier pour l'instant.

Ce qui est sûr, c'est que quelqu'un a payé quelqu'un pour aller déterrer des trucs sur Moyers. Standard Operating Procedure. Le fait qu'ils aient dû remonter 40 ans en arrière me laisse plutôt penser qu'ils n'ont pas trouvé grand chose.

* Vous retrouverez les posts correspondants à ces diverses émission de Moyers en tapant "Moyers" dans la fonction "recherche" du blogo (dans la barre d'outils tout en haut).

lundi 23 février 2009

Barry Ritholtz écrit un livre...

Barry Ritholtz est le créateur du site "The Big Picture". Il a écrit un livre qui s'appelle "Bailout Nation" et qui devait être publié par Mc Graw Hill. Il y est extrêmement virulent envers les agences de notation dont Standard & Poors qui appartient à... Mc Graw Hill. Après plusieurs tentatives de l'éditeur pour édulcorer le bouquin sur les agences de notation, Ritholtz a décidé de le faire publier ailleurs.

L'histoire est racontée .

Clinton aux chinois: Payez, vous n'avez pas le choix

Il semble que Clinton inaugure un nouveau style dans les relations internationales: la candeur. Elle s'en explique en déclarant:

“Maybe this is unusual because you’re supposed to be so careful that you spend hours avoiding stating the obvious, but you know, that’s just not productive in my view,”

Traduction du blogo:"Peut-être que c'est inhabituel car on est censé être tellement prudent qu'il faut passer sont temps à éviter de dire ce qui est évident pour tout le monde mais ça n'est pas très productif selon moi."

Elle a appliqué cela à sa visite en Chine en enjoignant aux chinois de continuer à financer la dette américaine et en ajoutant: “we are truly going to rise or fall together.” Autrement dit: "si vous nous lâchez, vous êtes finis".

Pourquoi la Chine devrait-elle continuer à prêter à un emprunteur devenu soudainement massivement dispendieux avec un revenu en chute libre? Clinton ne le dit pas. Elle ne dit pas non plus s'il y aurait une limite raisonable à l'engagement financier chinois face à l'énormité des nouveaux besoins américains. La crise a vu beaucoup de déséquilibres qui devaient "durer toujours" revenir brutalement vers des normes historiques. Les Etats sont devenus le dernier refuge de la fiction selon laquelle des entités, quelque part, étaient solvables et paieraient pour les années d'abus qui ont vu quelques uns s'enrichir massivement à coups de produits financiers ultra toxiques qui ont finalement détruit le système financier international*. Clinton essaye pareillement de se persuader du fait que les chinois ont consenti une ligne de crédit infinie aux américains. Elle prend, autrement dit, ses désirs pour des réalités.

Les relations financières entre la Chine et les Etats-Unis sont un des éléments centraux de cette crise. J'ai toujours été étonné de constater qu'elles étaient souvent décrites comme un phénomène naturel à génération spontanée qui s'imposerait à nous (et de manière non-démocratique aux peuples chinois et américains) plutôt que comme le produit d'une vision politique et stratégique (ce qu'elles sont certainement). Quoi qu'il en soit, la crise fait entrer le pacte sino-américain dans une nouvelle phase durant laquelle "l'équilibre" supposément "mutuellement bénéfique" va être bousculé par des urgences domestiques de part et d'autre du Pacifique. Qui va sortir gagnant de ce changement? Il est à peu près sûr que les chinois vont perdre financièrement (soit défaut des Etats-Unis ou de Fannie/Freddie soit érosion des obligations américaines par l'inflation du dollar ou mélange des deux). La vraie question pour les chinois est: auront-ils réussi à modifier le rapport de force sino-américain** et à élargir leur sphère d'influence d'une manière qui puisse justifier le manque à gagner financier? A court terme, le plus probable est que Clinton ait raison et que les deux compères "s'effondrent ensemble".

* case in point: Avec les défauts en cascade que la crise va engendrer, qui va payer les trilliards rendus exigibles par les Credit Default Swaps vendus à la grande époque? Il paraît qu'une des raisons invoquées pour éviter un "évènement de défaut" des constructeurs automobiles américains est que $1,2 trillions seraient devenus exigibles par des gens ayant acheté de la protection. On peut d'ailleurs se demander pourquoi, après 18 mois de crise qui ont démontré par A+B l'extrême toxicité de ces produits, ils sont encore légaux et se traitent quotidiennement. L'idée que l'on peut assurer un risque sans poster aucun collatéral est une des grandes idioties (lucratives comme toutes les autres) de la finance récente. Les CDS ont donné aux défauts qui vont être entraînés par la crise (et qui étaient catastrophiques en eux-mêmes) une véritable dimension cataclysmique. Alors pour l'instant, les Etats essayent de nous faire croire le plus longtemps possible que ces défauts n'auront pas lieu. Le moindre mal sera sans doute de déclarer tous ces contrats viciés du jour au lendemain. Cela causera des dégâts majeurs mais probablement moins graves que si les montants supposément exigibles en cas défaut le devenait vraiment. C'est d'ailleurs en y réfléchissant ce qui se passe déjà: en faisant des contorsions pour empêcher les défauts, les Etats ne font pas autre chose que de rendre caduque ces contrats sans le dire. Le problème c'est qu'ils ne tiendront pas le coup et qu'il faudra un jour annuler purement et simpleme ces contrats.
Mais en tout cas, interdisons ce type de produits. Now!

** Il semble que Clinton ait usé de son nouveau style (la candeur) pour minimiser les problèmes de droits de l'homme en Chine sur le thème: "Je vais leur en parler mais je sais déjà ce qu'ils vont répondre donc passons à autre chose." Cela a consterné les activistes et les spécialistes de politique étrangère qui ont dit que Clinton n'avait rien obtenu en échange. Je crois qu'on ne sait pas si Clinton a obtenu des choses en échange. Je crois même qu'il s'agit peut-être d'un premier exemple de modification du rapport de force en faveur des chinois dont je parle plus haut. Les chinois continuent à payer mais ont peut-être obtenu que les américains leur parlent poliment sur les droits de l'homme. Ce qui bien le moins pour le pays qui nous a apporté Abu Ghraib et Guantanamo.

Madoff et Stanford semblent avoir été protégés

De nombreuses personnes avaient émis des doutes sur les activités de Madoff au fil des années. Certains en avaient même fait part à la SEC qui était restée inerte. Il semble que les appuis politiques de Stanford lui aient également permis de jouer les prolongations quelques temps: une agence fédérale non précisée a demandé à la SEC de suspendre son enquête en 2006.

Le NYT y fait allusion à la fin de cet article sans dire pourquoi l'enquête a recommencé (changement de président?):

The current S.E.C. charges stem from an inquiry opened in October 2006 after a routine exam of Stanford Group, according to Stephen J. Korotash, an associate regional director of enforcement with the agency’s Fort Worth office.

He said the S.E.C. “stood down” on its investigation at the time at the request of another federal agency, which he declined to name, but resumed the inquiry in December 2008.

Update: à ce jour, ni Madoff ni Stanford ne sont en prison. Cela est à mettre en perspective avec le fait que la justice américaine est une des plus dures du monde envers les criminels de bas étages comme rappelé par Glenn Greenwald ici. Cela se traduit notamment par une population carcérale massive de 2,4 millions d'individus. A noter que les noirs comptent pour 40% des détenus alors qu'ils ne représentent que 12,4% de la population.

dimanche 22 février 2009

De la corruption en Amérique

C'est probablement l'ouvrage que Tocqueville aurait écrit aujourd'hui. Voici l'introduction de Bill Moyers à une émission (que le blogo vous recommande) dans laquelle il recevait l'auteur d'un livre sur le lobbying. Voici les meilleurs morceaux de l'introduction à l'émission que vous pouvez lire entièrement ici (où l'on reparle de "Sir" Allen Stanford). Désolé c'est en anglais...

February 20, 2009
BILL MOYERS: Welcome to the Journal. That great movie comic and professional curmudgeon W.C. Fields once said, "you can fool some of the people some of the time — and that's enough to make a decent living."

Watching the news unfold this week about Robert Allen Stanford — he prefers "Sir Allen" as befits a true Texas charlatan — I was reminded how right the old comedian was.

This story is the gift that just keeps on giving.
Sir Allen Stanford was knighted by the Governor-General of the Caribbean island of Antigua, off-shore headquarters for his alleged, multi-billion dollar con game. He bankrolled junkets to its balmy shores for several members of Congress including Texas Republican Senator John Cornyn and New York Democratic Congressman Charlie Rangel, chair of the powerful House Ways and Means Committee. Stanford partied with Nancy Pelosi and Bill Clinton at the Democratic National Convention last summer. And when Tom DeLay was still House Majority Leader, he flew the friendly skies in Stanford's private jet 16 times in three years, including a trip to Houston for DeLay's arraignment on money-laundering charges. I am not making this up!

Sir Allen also showered millions of dollars on political campaigns; much of it in the very year Congress was debating a bill to curb financial fraud. Two of the biggest recipients were Democratic Senator Bill Nelson and Republican John McCain, one of the original Keating Five. Three key Democrats on the Senate Banking Committee got checks from Stanford, too. Surprise, surprise — the reform bill never got out of the Senate.

Never an industry to let opportunity pass by, lobbyists already are jumping all over Obama's economic stimulus, so much so the independent newspaper, "The Washington Examiner" newspaper, renamed the bill "The Lobbyist Enrichment Act."

A native Washingtonian, Bob Kaiser says the problem in D.C. is that there's just "So Damn Much Money." That's the title of his new book on the corrosion of American government.
Welcome, Bob, to the Journal.

Les banques menacées par la radicalité de... Rahm Emanuel

Vous pouvez me croire sur parole ou regarder les 40 minutes de cette émission sur les réactions d'un panel d'économistes américains aux dernières mesures du gouvernement. Il y est dit qu'il y a une ligne de fracture au sein des conseillers d'Obama entre Geithner et Summers qui sont en gros les porte-paroles de l'industrie bancaire (no surprise there) et Axelrod et Emanuel qui insistent sur des mesures politiques comme le gel des rémunérations etc... Emanuel, présenté comme un "radical" dans ce débat, a touché $18 millions en travaillant 2 ans dans une banque d'investissement (interlude dans une carrière à part ça politique). Il a dans la foulée siégé au board de Freddie Mac. Non vraiment, face à ce genre de tigre de papier, à la place des banques US, je serais mort de trouille.

Charlie Rose demande aussi si les Etats-Unis ne sont pas mieux placés qu'il y a un an par rapport aux autres zones économiques (conséquence des derniers chiffres de croissance où nos amis américains semblent mieux résister à la crise que les autres). L'idée d'une Amérique plus résistante à la crise que les autres zones économiques fait donc son chemin... Ca tombe à point nommé alors que le leadership économique américain n'a jamais été si fragile. Tant pis si cette perception va contre les chiffres de l'emploi, contre les chiffres de vente de voitures, contre les chiffres de l'immobilier et la baisse beaucoup plus rapide de la richesse des américains (plus de gens sont investis en bourse, les prix immobiliers ont déjà baissé de 20% pas en Europe etc...). Tout cela en se basant sur un appareil statistique qui a déjà été utilisé de manière politique aux Etats-Unis (après le 11 septembre) et qui est probablement de toute façon dépassé partout dans le monde par la nouveauté de la situation actuelle. Peu importe la réalité, l'important est qu'on puisse diffuser des communiqués de victoire yankee que le monde entier avale docilement et idiotement.

Dernier point dans cette émission, un ancien prof à moi qui a été au board de la FED de 2006 à 2008 se fait l'écho d'une thèse qu'on entend de plus en plus: la crise est l'occasion de modifier les "entitlements" et d'attaquer les programmes medicare et medicaid bien évidemment trop coûteux pour l'oligarchie. On connaissait l'axe précédent de la droite américaine: baisser les impôts et hurler à la mort ensuite sur le thème "on ne pourra jamais financer les engagements (redistributeurs) de l'Etat à cause des déficits" (ou la tax cut comme "forcing device" de la régression du niveau de vie de la majorité de la population au profit des plus aisés). Voici donc une nouvelle version actualisée: "avec la crise, il faut absolument mettre fin à toute pratique redistributive". Après des années de dérive droitière, il ne se rend même pas compte de l'énormité de ce qu'il avance. C'est pour ça qu'on en est arrivé là. La crise devient le nouveau facteur de légitimation des politiques de l'oligarchie alors même qu'elle en est responsable. Les oligarques ne peuvent pas perdre.

samedi 21 février 2009

Soros lit-il El Blogo?

Reuters:

Renowned investor George Soros said on Friday the world financial system has effectively disintegrated, adding that there is yet no prospect of a near-term resolution to the crisis.

Soros said the turbulence is actually more severe than during the Great Depression, comparing the current situation to the demise of the Soviet Union.

Je ne sais pas si Soros lit le blogo mais la comparaison de la situation actuelle à la chute de l'Union Soviétique y a déjà été faite le 25 novembre:

On fait tout le temps des analogies avec la crise de 29 mais c'est à se demander si on est pas plus proche en réalité de la fin de l'Union Soviétique...

vendredi 20 février 2009

Friday Plane Blogging

Plus gros que Madoff!

J'ai hésité à faire un post sur "Sir"* Allen Stanford parce qu'il n'avait perdu que $8 milliards ce qui après Madoff faisait un peu "petits bras". The Independent a trouvé possiblement mieux que Madoff. And the winner is... l'armée américaine. En Irak.

In what could turn out to be the greatest fraud in US history, American authorities have started to investigate the alleged role of senior military officers in the misuse of $125bn (£88bn) in a US -directed effort to reconstruct Iraq after the fall of Saddam Hussein. The exact sum missing may never be clear, but a report by the US Special Inspector General for Iraq Reconstruction (SIGIR) suggests it may exceed $50bn, making it an even bigger theft than Bernard Madoff's notorious Ponzi scheme.
(les autorités ont commencé à enquêter sur l'utilisation de $125 milliards censés avoir financé l'effort de reconstruction avec peu de résultats)

La corruption en Irak a été un des phénomènes annonciateurs (avec la guerre bien évidemment) du déraillement complet de l'Etat américain. L'usage de "palettes" de cash fraîchement imprimées pour organiser l'occupation avec peu ou pas de comptabilité laisse rêveur. J'espère que tout cet argent a fait l'objet d'une entrée dans la comptabilité nationale...

* Le titre de "Sir" d'Allen Stanford lui vient d'Antigua et pas de la reine d'Angleterre.