lundi 12 janvier 2009

Madoff reste libre...

Après avoir envoyé pour plus d'un million de dollars de bijoux à de la famille et des amis...

Gool ol' US of A! On est jamais déçu...

Update: Toujours délicat d'abuser des "...". Là, clairement, j'ai abusé.

"Tous les économistes disent que..."

Obama fait souvent référence au consensus des économistes sur la nécessité d'un plan de relance très important. Peut-on juste rappeler que "Tous les économistes disent que..." a perdu toute valeur depuis 18 mois? "Tous les économistes disent n'importe quoi" est la seule formule acceptable. J'ajouterais même "Tous les économistes disent n'importe quoi car ils sont tous pétrifiés à l'idée d'examiner honnêtement la situation est d'évaluer si oui ou non, le ponzi scheme américain touche à sa fin". La croyance dans le bailout plan et le stimulus est du même ordre: on y croit car on refuse d'imaginer l'alternative. Et celui qui met en garde contre l'alternative (qui ne cesse d'avoir raison depuis 18 mois) est toujours considéré comme un fâcheux. On a l'impression que les choses ont changé en 18 mois? Que l'on a appris? Pas du tout. Les clivages sont toujours les mêmes. J'ai juste l'impression que certains économistes "alternatifs" comme Roubini qui se sont montrés pessimistes à juste titre mettent maintenant de l'eau dans leur vin en espérant monnayer leur nouvelle notoriété/crédibilité pour rejoindre la nomenklatura (et peut-être un jour l'équipe Obama?). Le commentariat est toujours incapable de faire des anticipations négatives sur le court/moyen terme. Le problème, c'est que cela empêche de comprendre la crise, d'en examiner les causes et d'en déterminer les responsables. Comme un boxeur dans les cordes, le citoyen ne peut que se prendre les mauvaises statistiques dans la figure sans qu'on lui propose réellement une compréhension et une mise en perspective des évènements.

Cette idée que plus de dettes et plus de dépenses sont à la fois la cause et la solution de la crise est absurde. C'est pour ça qu'Obama a été élu un peu tôt. Il aurait mieux valu qu'il soit élu après la faillite du système que juste avant. Enfin... Cette faillite est déjà assez avancée pour qu'au moins on ne lui en attribue pas la paternité. On lui reprochera en revanche de l'avoir mal gérée. Et aussi rafraîchissant qu'il soit par rapport au président précédent, je ne donne pas cher de ses marges de manoeuvre quand le pays se sera enfoncé dans la crise.

J'ai entendu Peter Schiff faire l'analogie entre les grands travaux qu'on nous promet en amérique et la situation suivante pour un ménage: "Si vous rencontrez des difficultés financières à titre personnel allez-vous décider d'emprunter pour faire des travaux dans votre maison?". Alors, c'est vrai, les Etats-Unis ne sont pas exactement dans cette situation: ils empruntent dans leur propre monnaie et ils sont les seuls du quartier à avoir un révolver mais combien de temps cela va-t-il être suffisant pour les faire vivre dans l'irresponsabilité financière? Le postulat des "stimulateurs" est que la capacité d'emprunt des Etats-Unis ne faiblira pas. Que l'inflation ne menace pas. Ce sont les mêmes qui se sont trompés sur le subprime, sur Fannie Mae et Freddie Mac, sur Wall Street, sur l'immobilier commercial... Ils seront démentis cette année.

Update: à bien y réfléchir, les américains font un choix complètement rationnel en niant le plus longtemps possible leurs difficultés et en essayant de continuer à vivre aux crochets du monde. Il est très probable qu'ils vont devoir y renoncer mais pourquoi rendre cette issue certaine en reconnaissant d'eux-mêmes qu'ils ont fait fausse route? S'ils n'ont qu'une chance sur 100 de l'éviter en recréant une situation plus ou moins stable où les capitaux affluent chez eux, il doive la jouer car les conséquences de la perte de ces capitaux vont être très négatives pour leur économie. Il ne faut donc pas espérer qu'ils remettent leur maison en ordre d'eux-mêmes, ils ne le feront que sous la pression extérieure. On ne renonce à ses privilèges que sous la contrainte. Mais l'idée qu'ils accréditent depuis le début de la crise selon laquelle "la prospérité se décrète" et à laquelle "tous les économistes" font semblant de croire, n'a pas plus de sens que tous les autres contes de fées qu'on entend sur l'économie américaine depuis 20 ans et qui nous ont emmené là où nous en sommes.

samedi 10 janvier 2009

Rubin quitte Citigroup

Rubin part de Citigroup. Atrios commente ironiquement cette news bloom:

Saturday, January 10, 2009
Nice Work

Such a shame it all went bad. Hoocoodanode?
Jan. 10 (Bloomberg) -- Robert Rubin, the former Treasury secretary who advised Citigroup Inc. as it lost $20 billion in the subprime mortgage crisis, resigned his position as senior counselor and won’t stand for re-election to the board.
...
Rubin, who served at the Treasury’s helm from 1995 to 1999 under President Bill Clinton, was criticized by investors for collecting more than $150 million in pay in a decade while failing to steer Citigroup away from subprime securities. The investments led to four straight quarterly losses and prompted the bank to turn to the government for a rescue package.

“His reputation has very much been damaged by what has happened at Citi,” Bert Ely, chief executive officer of Ely & Co., a bank consulting firm in Alexandria, Virginia, said in a Bloomberg TV interview. “Fair or not, Citi’s problems do reflect negatively on him.”
It's all so unfair.
Comme déjà signalé ici, si vous regardez la fiche Wikipedia du nouveau Secretary of Treasury, Tim Geithner, vous constatez qu'il est présenté par certains comme un "Rubin protégé" (en anglais dans le texte). On est donc bien dans la sempiternelle farce dénoncée par le blogo: en dépit de la faillite la plus spectaculaire de l'histoire pour les américains, l'équipe dirigeante reste inchangée.
Pour mémoire, Geithner n'est pas seulement compromis par ses affinités avec des gens comme Rubin et Summers qui ont été des "cheerleaders" (pom pom girls) de la "debt economy" des 20 dernières années, il a pris une part active à la mise au point et à l'implémentation du bailout plan qui se révèle avoir été à l'économie américaine ce que la guerre en Irak a été à la politique étrangère US: le moment de vérité où, sous la menace, la corruption d'un pan entier de la politique de la nation éclate au grand jour.

El Globo Blogo

J'ai commencé à poster (en anglais) sur El Globo Blogo. Chaque post (ou groupe de posts) apparaissant sur El Globo Blogo sera référencé avec un lien sur El Blogo.

vendredi 9 janvier 2009

Dernier scandale pour Bush?

Bush a tout raté. C'est un imbécile meurtrier sans conscience. La question est: peut-il encore nuire alors qu'il ne lui reste que 10 jours comme président?

La réponse est oui. Un des pouvoirs du président qu'il exerce avant son départ est la grâce présidentielle. Bill Clinton avait grâcié des personnages peu savoureux sans qu'on en comprenne vraiment la raison si ce n'est la corruption pure et dure (ce gars vient à l'esprit par exemple). Le problème de Bush est qu'un certain nombre d'individus ont commis des exactions en servant le président ce qui n'était pas forcément le cas avec Clinton (cet homme, dont la peine a déjà été commuée, est un exemple). S'il les gracie, il crée un précédent: les subordonnés d'un président peuvent faire n'importe quoi car ils seront grâciés subséquemment par le Président.

Bush pourra-t-il résister à faire cette dernière insulte aux institutions (anciennement) démocratiques des Etats-Unis? On ne peut pas compter sur ses aides pour lui éviter cette dernière honte. Ces huit ans auront été un long dîner de con durant lequel on aura fait porter à cet imbécile un nombre de crimes jusqu'au quel il ne sait sans doute pas compter. Pourquoi s'arrêter en si bon chemin? Let's humiliate this idiot one last time.

Qui paye la fête de l'inauguration d'Obama?

Voir cet article du Wall Street Journal. Barack a empêché que les agappes ne soient payées par des entreprises directement (contrairement à W). Résultat ce sont des fundraisers: des individus membres d'une société (le plus souvent) côtisent et l'argent est donné au nom de la société (limite individuelle à $50000, limite des agrégats à $30000). Pas très différent. Sur les $27 mln collectés, $6 mln viennent de Wall Street constituant la plus grosse contribution. 378 individus ont fourni 70% des fonds collectés. Ploutocratie disions-nous?

Le système est le même (à une autre échelle) pendant les élections présidentielles: la limite des dons individuels est $2300. Alors des gens d'une banque rassemblent de l'argent et donnent au nom de la société (ou des cabinets d'avocats, ou des lobbyists). Bien sûr, les broker dealers de Wall Street sont les sociétés qui comptent le plus d'individus capables de donner le maximum.

Dans le cas d'Obama il y a eu une nouveauté: il a obtenu énormément de fonds par le biais de petites donations et via internet. Mais les banquiers ont fini par abonder massivement dans le sens du vainqueur des primaires démocrates. Cela a eu deux conséquences: Obama est de loin le candidat qui a levé le plus d'argent dans l'histoire et il n'est que marginalement plus libre de ses mouvements que les présidents précédents.

Swinging London

La banque d'Angleterre a mis ses taux hier au niveau le plus bas depuis sa fondation (1694). Tout va bien. L'idée que la solution à cette crise est de faire disparaître la monnaie est complètement hallucinante. A noter que cette idée nous vient précisément de ceux qui nous ont apporté cette crise. On peut leur faire confiance. Espérons que la BCE ne se laisse pas entraîner sur cette pente. C'est là qu'il va falloir compter sur la corde de rappel allemande.

En gros, il est communément admis que cette crise est venue de la baisse des taux américains à 1% autour de la fin 2003. On a alors fait marcher la planche à billets à plein pour éviter une récession substantielle aux Etats-Unis. Et pourtant, la FED juge raisonnable de baisser les taux, non pas à 1% mais à 0.25%. Les fous ont les clés de l'asile.

Non Farm Payrolls -524K

Les "Non Farm Payrolls" sont les chiffres de l'emploi reportés chaque mois par le Bureau of Labor Statistics. Le chiffre du mois de décembre est -524000 (pertes d'emplois). Comme maintes fois dénoncés sur le blogo (ici et ici par exemple), ces chiffres sont sujets à caution: chaque mois, le chiffre annoncé est minimisé et se voit corrigé les mois suivants à la hausse. Ainsi on nous annonce pour novembre et octobre une correction de -154000 sur un total de -853000 d'abord estimé pour la période (18% en + sachant que le mois de novembre sera encore révisé une fois et on sait déjà dans quel sens...).

Cela fait deux ans que je suis ces chiffres avec attention et ça a été une constante. En gros, si on prenait toutes les corrections vers le bas sur l'année et qu'on les annonce d'un coup un mois donné en les intégrant dans le "headline number" (chiffre mis en avant dans les medias), la bourse ferait -5% ce jour là.

Cela ne peut pas être par hasard. Je maintiens donc qu'en dépit des nouvelles gravissimes qu'on nous annonce, tout est fait pour limiter l'impact de cette crise sur les esprits, y compris la manipulation des chiffres même si cela va devenir de plus en plus dérisoire. Je suis persuadé que ce n'est pas la seule statistique qui fait les frais de ce "massaging" (voir les chiffres de la croissance ici). Quand on voit les énergumènes aux commandes, on ne peut pas s'attendre à autre chose.

Friday Plane Blogging

jeudi 8 janvier 2009

La croyance mystique du jour

Le monde financier va de croyance mystique en croyance mystique et se voit à chaque fois complètement démenti par les faits. D'abord, l'essentiel de la dette subprime était AAA, après Fannie et Freddie étaient solides, puis les broker dealers de Wall Street avaient les reins solides...

Aujourd'hui, ces mystiques se sont réfugiés dans la dernière place forte: les Etats sont des emprunteurs fiables et leur capacité d'emprunt est sans limite (d'où l'entourloupe: nous nous sortirons de la crise en endettant le contribuable, alors qu'il a déjà fait défaut à titre privé... tout cela est développé ici).

Les petits Etats ont déjà des difficultés importantes (Islande, Equateur, certains pays de l'est) mais les ventes aux enchères de dette des grands pays commencent à être accueilli avec circonspection: UK et de l'Allemagne.

Aussi pour la première fois (selon moi), des voix sceptiques commencent à se faire entendre sur l'énormité de l'endettement américain prévisible à moyen terme. Extrait:

“CBO’s deficit projections are jaw-dropping,” said Senate Budget Committee Chairman Kent Conrad, a North Dakota Democrat. “This is one of the worst budget forecasts I have seen in my lifetime. President-elect Obama is being handed an absolute fiscal disaster.”

Madoff toujours libre...

Ca pourrait se terminer ceci dit car il a envoyé à sa famille et ses amis pour plus d'un million de dollars de bijoux. Il ne pensait pas que cela allait contre le gel de ses actifs car lui et sa femme ne voyaient dans ces bijoux qu'une valeur sentimentale (dixit son avocat).

Et de l'or? Et du cash? Tout a-t-il été intercepté? Ce maintien en liberté de Madoff est un scandale. Il est clair qu'il a dû tout faire, en coordination avec des membres de son entourage plus mobiles (il est quand même assigné à résidence), pour sauver ce qui peut l'être et brouiller les pistes. Comment les juges ont-ils pu imaginer qu'il puisse en être autrement?

mercredi 7 janvier 2009

Le blackberry d'Obama

L'exercice de la fonction présidentielle change-t-il avec l'avènement de l'internet? Le président a-t-il une adresse email?

Il paraît qu'un ajustement difficile pour Obama dans son nouvel habit de président a été de renoncer à son blackberry. Comme à l'Elysée au début de la présidence Sarkozy, le blackberry ne semble pas avoir les faveurs des services de sécurité des Etats.

Cela pose la question du rapport des dirigeants avec les nouvelles technologies. Je soupçonne que nous n'avons pas fait un grand pas en avant en cette matière en passant du "mulot" de Chirac (inoffensif) à la charge méthodique de Sarkozy contre les échanges de fichiers sur internet. L'un comme l'autre doivent être incompétents en matière informatique.

L'attachement d'Obama à son blackberry montre un niveau de familiarité différent avec l'internet. Obama est trop vieux pour avoir eu un ordinateur portable pendant ses études. Il est possible qu'il ait eu en revanche un ordinateur fixe comme étudiant à Harvard entre 1987 et 1990. Qui peut dire qu'en 1999, alors qu'il n'avait que 38 ans, il n'ait pas téléchargé de musiques sur Napster?

Il est très probablement comme un poisson dans l'eau sur internet. Il a sûrement ses habitudes, des blogueurs en qui il a confiance. Son engagement politique est très récent, il ne vit "dans une bulle" que depuis qu'il est sénateur (2004). Il a vraiment un côté "sorti des rangs" de la société civile. Peut-on envisager un président partiellement autonome en matière d'information? Un président qui participe à un forum sous un pseudo (il y a un épisode de West Wing où un conseiller du président se prend au jeu de défendre ses mesures directement sur un forum)? Un président qui laisse un commentaire sur un blog?

Sort-on d'une période où le président se contentait des revues de presse compilées par des aides et du "journal de référence" local pour rentrer dans un monde où, s'il y a un débat sur la torture par exemple, le président va directement aller sur le site de Glenn Greenwald parce qu'il sait que ça en vaut la peine? Tous les gens qui utilisent l'internet vont régulièrement sur wikipédia pour vérifier telle date ou se remémorer tel évènement. Obama ira-t-il sur Wikipédia? Cela serait-il dangereux? En sera-t-il dissuadé? Etre président est plus susceptible de confronter quelqu'un régulièrement à son ignorance que beaucoup d'autres professions (surtout pour W, certes). A quand un ordinateur portable sur le bureau de l'Oval Office? Sous le bras d'Obama? Exciting times...

Update: Et qui pourra demander au président d'arrêter de zoner sur internet pendant les heures de bureau s'il en était besoin?

Greenwald se réjouit d'une autre nomination

Dès avant la possible nomination de Leon Panetta comme directeur de la CIA, Glenn Greenwald (blogueur très influent à Salon.com) se réjouissait de la nomination d'un autre adversaire intransigeant de Bush au Office of Legal Counsel.

Il semble que les dernières nominations laissent enfin la place autour d'Obama à des gens qui ne se sont compromis en aucune manière pendant les années Bush et qui sont finalement assez rares. Ces gens inquiètent l'establishment de Washington. Espérons que dans deux ans, plus de radicalité dans les nominations apparaîtra naturelle.

Buffett n'échappe pas à la crise

L'oracle d'Omaha qui se proposait quasiment à lui tout seul de "call the bottom" de la crise (déclarer que la crise avait atteint son plancher) en investissant dans Goldman Sachs en octobre 2008 n'est pas épargné par la crise.

Il fait partie de ces américains qui, quoique prescients sur un certain nombre de causes de la crise, n'ont pas pu se résoudre à tirer l'échelle au système. D'autres investisseurs, comme Jim Rogers, n'ont pas eu cette faiblesse nostalgique. Rogers conseille à qui veut l'entendre de se débarasser des actifs en dollar. Il est parti vivre à Singapour avec ses deux jeunes enfants (pour leur avenir dit-il, depuis quelques années déjà). Buffet semble, lui, américain à la vie à la mort ce qui se comprend tout à fait et ce que le Blogo ne lui reprochera pas. Il faut aussi dire que si quelques centaines de millions de dollars ou même quelques milliards se délocalisent assez facilement, Buffett est tellement plus riche et ses actifs tellement imbriqués dans l'économie américaine que le simple "virement" n'est pas une option. Son romantisme supposé n'en est donc pas nécessairement un.

J'ai une faiblesse pour cet homme, notamment parce qu'en dépit de sa situation, il a été capable de déclarer ça. J'ai toujours du respect pour les gens qui arrivent à exprimer des points de vue qui ne sont pas purement et simplement ce qu'on attend d'eux en cartographiant leurs intérêts. (Il est évidemment plus facile d'éblouïr par sa liberté de ton quand on se trouve dans une telle position de force.)

Meredith is back

Meredith Whitney, analyste star depuis l'automne 2007 quand elle avait déclaré que le roi (Citigroup) était nu, chiffre les provisions à passer par les banques en 2009 à $40 milliards. More fun to come.

A noter qu'elle n'est toujours pas tellement concurrencée sur son credo: la description de la dure réalité.

Crise économique ou crise politique?

Lire cet article (en anglais) pour une petite illustration du rôle de l'argent dans la politique américaine. L'élu est en recherche de fonds permanente. Pour en obtenir, il met son influence "en vente" au plus offrant. Pour toutes les causes et tous les business.

Clinton ici a possiblement fait une faveur à un magnat de l'immobilier commercial, apportant sa pierre au dérèglement économique de la nation et du monde (l'immobilier commercial n'est pas aussi connu que le subprime pour l'instant mais les mêmes mécanismes y ont abouti aux mêmes effets et l'effondrement approche). Ce qu' a peut-être fait Clinton en l'espèce n'est ni spectaculaire ni même probablement illégal. Cela donne simplement une idée de la manière dont les choses se passent dans les deux partis et dans tous les secteurs de l'activité économique.

Ce système de mise aux enchères de l'influence des élus est pour une bonne part légal. On peut supposer que cette partie légale met en place des contacts et des relations qui favorisent l'apparition d'une autre couche de corruption souterraine massive également comme on l'entrevoit ici (via Atrios qui vit à Philadelphie). Chaque élu américain est en fait une grosse PME. Une chose qui m'a frappé est le coût finalement assez modique pour lequel on pouvait acheter de l'influence. Le marché est très liquide.

Il y a un moment dans la vie politique d'un pays où les corrupteurs ont tout à coup assez d'influence pour écrire des lois de financement permettant d'accroître leur influence. Ce point de non retour a été atteint il y a bien longtemps aux Etats-Unis. Les politiciens ne deviennent alors que des pantins ridicules, courroies de transmission de la volonté politique non pas de leurs électeurs mais de leurs donateurs. Une fois que ce mécanisme atteint ce point de non-retour, il s'auto-entretient et se renforce sans cesse jusqu'à ce que le système cède sous le poids de sa propre corruption. C'est là où les américains en sont aujourd'hui.

C'est pourquoi ce que tout le monde décrit aujourd'hui comme une crise économique est en réalité une crise politique et que sa réelle solution passe par une réforme du système politique et plus précisément des lois de financement de la vie publique. Tant que la réforme politique est repoussée, les pansements (encore lucratifs pour certains, les payeurs) aposés sur l'économie (bailout plan) ne seront que l'émanation du même système failli et ne seront pas le produit d'une réelle volonté de réforme.

Cela était évoqué dans le blogo ici. J'ai copié le passage correspondant:
Comment évaluer une présidence Obama alors? Le noeud gordien de la politique américaine est la loi de financement des campagnes électorales. C'est ce système vermoulu qui fait qu'aujourd'hui chaque grand secteur économique écrit lui-même ses lois (on a vu ce que ça donnait dans les mortgage) et que l'intérêt général est perdu corps et bien. Obama peut faire beaucoup de bonnes choses en deux mandats mais pour que son action soit durablement transformatrice, il faut qu'il change radicalement le financement de la politique aux USA.

Change we can believe in!

Je m'interrogeais sur la nomination de Leon Panetta (directeur de cabinet de Clinton pendant 2 ans et demi). Je n'arrivais pas trop à me faire une opinion jusqu'à que je tombe sur Daily Kos sur un article écrit pas Panetta il y a un an:

According to the latest polls, two-thirds of the American public believes that torturing suspected terrorists to gain important information is justified in some circumstances. How did we transform from champions of human dignity and individual rights into a nation of armchair torturers? One word: fear.

Fear is blinding, hateful, and vengeful. It makes the end justify the means. And why not? If torture can stop the next terrorist attack, the next suicide bomber, then what's wrong with a little waterboarding or electric shock?

The simple answer is the rule of law....

Those who support torture may believe that we can abuse captives in certain select circumstances and still be true to our values. But that is a false compromise. We either believe in the dignity of the individual, the rule of law, and the prohibition of cruel and unusual punishment, or we don't. There is no middle ground.

We cannot and we must not use torture under any circumstances.

This is definitely change we can believe in! Go Barack!

Voilà quand même un élément majeur de satisfaction: à un poste qui représentera ses yeux et ses oreilles de président en matière internationale, Obama à placer un outsider (pas un ancien du renseignement) qui n'aura de loyauté qu'envers lui. Qui plus est, un homme qui représente un "clean break" avec les années Bush (contrairement à Clinton et à Geithner). Je vais peut-être apprendre des choses dans les jours qui viennent sur Panetta qui me rendront moins enthousiaste mais cet article a bien été écrit et ça, ça ne changera pas. Champagne!

Les démocrates toujours un peu mous face aux républicains...

Un éditorial de Krugman super déprimant. Vous pensiez que tout allait mal? Et bien c'est pire. Bien pire. Il se base sur la rapidité de la dégradation économique pour catégoriser cette crise dans la classe "possible crise de 29". C'est donc à l'aune de cette dernière qu'on doit essayer d'étudier, de comprendre et de traiter les problèmes actuels. Bonne journée...

Au passage, il est caustique sur le désir des démocrates d'avoir un soutien "bipartisan" pour leur plan de relance:

"News reports say that Democrats hope to pass an economic plan with broad bipartisan support. Good luck with that."

On peut quand même se demander pourquoi après une présidence républicaine désastreuse pour le pays qui se termine dans le chaos le plus total, alors même qu'ils viennent de gagner la présidence et des majorités massives au congrès, les démocrates se comportent comme des enfants qui auraient besoin de la validation de leurs aînés républicains. Non seulement cette validation leur est inutile mais elle va selon toute probabilité leur être refusée quelles que soient les concessions consenties. C'est toujours à sens unique: les républicains n'ont jamais fait de tels efforts de conciliation sous Bush quand ils avaient la majorité (même après 2006, les démocrates devenus majoritaire n'ont jamais vraiment affirmé leur pouvoir...).

Ce complexe démocrate est un mystère de la vie politique américaine évoqué sur le Blogo pendant les élections (surtout vers la fin de ce post). C'est un des résultats de la "révolution conservatrice" entamée sous Reagan qui se termine en ce moment.

lundi 5 janvier 2009

Attali sur les démocraties anglo-saxonnes

Attali sans illusion sur la faible qualité représentative des démocraties US et britannique aujourd'hui (cheval de bataille central du Blogo). Il faut regarder de 13min10s à 15min00s pour voir ce à quoi je fais référence. Ca fait du bien un peu de soutien d’une tête connue car la dysfonctionnalité de la démocratie US semble avoir été démentie (à l’œil non exercé) par l’élection d’Obama. Il n’en est rien (sauf si Obama arrivait à réaliser un exploit personnel à la faveur de la crise comme évoqué souvent dans le Blogo – voir notamment à la fin de ce post).

Je trouve au passage que ce qui paraît évident au Blogo et à Attali (cette faiblesse démocratique) est extrêmement peu débattue dans la presse française. Si vous avez des exemples infirmant ce point, merci de les mettre dans les commentaires ou de m'envoyer des liens à la nouvelle adresse email du blogo: mail.el.blogo@gmail.com

Conseils de visionnage : N’essayez pas de comprendre ce que dit l’irritant Zemmour (un peu piqué et qui part en vrille) ni le débat sous-jacent sur l'immigration: il faudrait remonter un peu avant dans la vidéo et ça n’a aucun intérêt. Zemmour est manifestement très peu informé sur ces questions.
Aussi pour ceux que ça amuse, Attali saoûlé par ces clowns, met fin à l'interview et quitte le plateau à la fin. Moment de télé toujours marrant (tout à la fin).

dimanche 4 janvier 2009

Peter Schiff

Peter Schiff sur Bloomberg News. Selon lui, la crise devrait être moins grave dans le reste du monde qu'aux Etats-Unis. Espérons qu'il ait raison. Ce serait un juste retour des choses car ils en sont responsables et qu'ils ont également beaucoup plus bénéficié que les autres de la croissance par la dette qui a conduit au désastre. Il est encore trop tôt pour voir une telle tendance se dégager. Pour lui, le dollar va à la cave. "We need a recession: America must stop borrowing and spending and start saving and producing". Indeed.