vendredi 10 avril 2009

Obama: le rêve s'estompe

Obama avait dénoncé l'utilisation abusive par Bush des "State Secret privileges" pendant la campagne. Il s'agit pour le président de pouvoir mettre fin à des enquêtes ou à un procès unilatéralement en invoquant, en gros, l'équivalent du secret défense. Bush s'en est servi pour empêcher les poursuites contre son administration de manière assez transparente. Obama a décidé de poursuivre ces pratiques et se voit assez violemment critiqué à gauche pour cette raison. Keith Olbermann, un journaliste qui a redonné une voix à la gauche à la télévision ces dernières années, a attaqué Obama sur ce point mercredi soir. Glenn Greenwald qui a tenu longtemps à laisser le bénéfice du doute à la nouvelle administration n'est plus très loin de tirer le tapis. Voir TPM également.

Obama est par ailleurs toujours dans l'idée de laisser de 35000 à 50000 militaires en Irak "indéfiniment" pour "aider les irakiens et protéger les intérêts américains". Le projet colonial néoconservateur demeure donc là-bas (avec la plus grande ambassade du monde notamment) et il n'est pas difficile d'imaginer un scénario où à la faveur d'un "réchauffement" de la situtation là-bas, Obama termine son mandat avec un niveau de troupe équivalent au niveau actuel (si la situation économique le permet). En attendant, des dizaines de milliers de manifestants irakiens se sont rassemblés contre l'occupation hier. Le premier budget militaire sous Obama est encore en augmentation.

Si on ajoute à cela le soutien indéfectible aux banques de l'administration qui n'a fait que renommer le "plan Paulson" en "plan Geithner" en gardant les mêmes transfuges de Goldman Sachs pour l'administrer, on doit reconnaître qu'Obama débute plus sa présidence en gardien du temple (vermoulu) qu'en agent du "change we can believe in". Obama n'a jamais vraiment troublé le sommeil de quiconque à Washington et cela ne semble pas à être à son programme anytime soon.

Friday Plane Blogging

Obama hypocrite sur les limites de salaires

Les programmes d'aides illimitées aux banques qui ont débuté en octobre dernier comprennent généralement des provisions imposant des contraintes sur les établissements financiers qui en bénéficient. Une fois l'effet d'annonce passé, toutes ces contraintes sont décortiquées puis vidées de leur substance par les lobbyists des banques (ce qui inclut Geithner et Summers). Certaines contraintes font l'objet de plus d'attention que d'autres et on compte parmi elles (sans surprise) les restrictions portant sur les rémunérations des CEO de ces banques.

Cela est illustré dans cet article du wapo de samedi dernier. Il y est expliqué comment l'administration envisage de faire passer l'aide par des entités juridiques créées précisément dans le but de déjouer les provisions limitant la rémunération dans les banques participantes. Pretty depressing, no?

Axelrod (un conseiller d'Obama) et Geithner se sont vus poser cette question dimanche dans les "Sunday Talk Shows". Axelrod a admis et essayé de faire passer la valda tant bien que mal mais Geithner a simplement annoncé "That's not true". Problème de communication au sein de l'administration relevé ici. Cela donne aussi l'impression que Geithner n'hésite pas à mentir en regardant le public "droit dans les yeux" (façon Vikram Pandit) ce qui confirme l'idée que me faisais de lui (a real weasel).

Le goudron et les plumes?

Le personnage dans la vidéo est Larry Summers. Jeudi 9 avril:

jeudi 9 avril 2009

Too good to be true

J'ai du mal à y croire mais même si cette pub est une blague, c'est marrant. Et si ça n'est pas une blague, c'est hilarant.

J'en profite pour faire un petit sondage:

Cette publicite KPMG est elle un canular?
Oui
Non
pollcode.com free polls

Addendum: Cette pub est sur le site de boursorama. C'est donc bien une vraie pub. Elle est clairement ridicule mais elle va avoir un grand retentitssement. Faire rire de soi à gorge déployée, est-ce une stratégie de communication répertoriée? Y a-t-il des précédents?

HADOPI rejetée...

En lisant ce titre ("L'Assemblée Nationale rejette la loi HADOPI"), je me suis dit que j'allais me lancer dans un éloge de la démocratie française. En lisant le détaitl, il semble que ce rejet soit plus lié à la nullité de notre ministre de la culture qu'au bon fonctionnement de notre démocratie.

A tout prendre, c'est quand même une bonne nouvelle car cela déstabilise un peu les soutiens de cette loi qui n'avaient pas besoin de cela (voir sondage plus bas). Même si nous ne devons ce rejet qu'à l'audace d'une poignée et pas à une majorité indignée comme je l'avais d'abord espéré, il est quand même rafraîchissant de voir certain nombre de nos représentants s'insurger contre une loi "citizen hostile".

Au passage: je m'étais étonné de ne pas avoir trouvé beaucoup de sondages disponibles quand je m'étais penché sur la loi HADOPI la semaine dernière. Un nouveau sondage est sorti. Sans surprise, 60% des internautes sont contre la loi. On se demande cependant pourquoi le sondage ne s'intéresse qu'aux internautes. Difficile d'imaginer les conséquences électorales possibles si le sondage ne porte que sur les internautes.

"Twitter Revolution"? Give me a break...

Le NYT trouve un moldave qui a un compte "twitter" et nous voilà partis dans une "Twitter Revolution". Ridicule absolu du NYT une fois de plus mais impact considérable dans les médias internationaux. La CIA a simplement épuisé toutes les couleurs de l'arc-en-ciel pour ses révolutions sponsorisées et est donc passée à autre chose.

Le buzz "twitter" est un des phénomènes médiatiques les plus intriguants de ces derniers mois. Les intérêts financiers autour de twitter sont-ils à l'origine de cela où le concept mérite-t-il vraiment ce niveau d'attention? Il semble que le trafic SMS généré soit payant ce qui met déjà une grosse "constituency" dans la boucle: les telcos.

Si j'ai bien compris, il s'agit de diffuser et de s'inscrire à des "newsletters" de 140 caractères sur son téléphone mobile. Je ne sais pas qui paye pour le SMS: est-ce le récepteur? Cela ressemble un peu à une souscription volontaire à du spam. J'ai du mal à entrevoir exactement quels types de messages j'aurais envie de recevoir de manière automatique sous le format 140 caractères (et peut-être payants!). Je trouve déjà fastidieux de consulter mes mails, mes SMS et ma messagerie vocale (surtout ma messagerie vocale - quelle horreur!)... En plus, avec les nouveaux téléphones permettant les emails, le SMS n'est-il pas voué à l'extinction? Suis-je déjà trop vieux pour ce genre de trucs? Am I missing something here?

Note: Twitter est entré sur mon radar après les attentats de Bombay car on a fait grand cas à l'époque du rôle de Twitter (???). Des gens ont-ils créé des listes de diffusion Twitter "spéciales attentat"? Des gens pris en otage ont-ils twitté à des listes préexistantes? N'enverriez-vous pas plutôt des sms à vos proches dans ce genre de situation? Vraiment, on se demande... Ou bien est-ce un envoyé spécial de CNN qui en a profité pour faire la pub pour son flux? Twitter fait clairement vibrer l'aiguille du bullshit detector du Blogo. Stay tuned.

La crise du CRE est là

Le Blogo vous avait promis la crise du Commercial Real Estate (immobilier d'entreprise). La voilà.
Il ne s'agit ici que des surfaces commerciales louées dans les centres commerciaux mais la chute est sévère. La diminution de la surface louée au premier trimestre surpasse la baisse pour toute l'année 2008.

Deep thought

La crise ne va pas aider la lutte contre la prolifération nucléaire.

La commission d'enquête sur la crise de 29

Bill Moyers partage une tribune avec Michael Winship. Ils reviennent sur l'allégeance de Summers à Wall Street (il a déclaré $7,2 millions de revenus de Wall Street en 2008) et se demandent comment on peut compter sur lui pour donner une image objective de la crise à Obama. Ils évoquent aussi l'interview de William H. black que j'ai déjà référencée ici.

La raison pour laquelle je parle de cette tribune est qu'il cite Ferdinand Pecora qui a mené la commission d'enquête sur la crise de 1929. L'extrait de l'introduction de son livre "Wall Street Under Oath" paru en 1939 semble intemporel:

"That its leaders are eminently fitted to guide our nation, and that they would make a much better job of it than any other body of men, Wall Street does not for a moment doubt," Pecora wrote. "Indeed, if you now hearken to the Oracles of The Street, you will hear now and then that the money-changers have been much maligned.

“You will be told that a whole group of high-minded men, innocent of social or economic wrongdoing, were expelled from the temple because of the excesses of a few. You will be assured that they had nothing to do with the misfortunes that overtook the country in 1929-1933; that they were simply scapegoats, sacrificed on the altar of unreasoning public opinion to satisfy the wrath of a howling mob...."

Cela indique en tout cas que Wall Street en 1939 avait été sévèrement sanctionné. En sera-t-il de même en 2018? Ca n'en prend pas le chemin pour l'instant.

mercredi 8 avril 2009

Le NYT et le Wapo servent la soupe aux banques

Les banques sont en difficulté? Comptez sur le gratin des éditorialistes du Washington Post et du NYT pour voler à leur secours. Je ne crois pas que ces éditoriaux grotesques soient faits pour convaincre. Je pense que l'idée est plutôt que pendant que les gens lisent ça, au moins, ils ne lisent pas autre chose de plus subversif...

David Brooks nous explique que Simon Johnson (qui figure sur la blogo compliant list) se trompe.

L'imbécile* Richard Cohen nous explique que Larry Summers était bien payé l'année dernière ($7,2 millions) et que les américains, au lieu de l'accuser de conflits d'intérêts, devrait le remercier d'avoir rejoint le service public en acceptant une baisse de salaire. Il fallait oser.

Note: j'essaierai d'ajouter d'autres op-eds ridiculement "pro-banques" comme ceux-ci dans la soirée. J'en lis beaucoup en ce moment.

*après le speech de Powell aux Nations-Unies en 2003 qui n'avait absolument rien démontré quant aux armes de destruction massive irakiennes, Richard Cohen déclarait la chose suivante dans un op-ed du wapo: "The evidence he [Powell] presented to the United Nations—some of it circumstantial, some of it absolutely bone-chilling in its detail—had to prove to anyone that Iraq not only hasn’t accounted for its weapons of mass destruction but without a doubt still retains them. Only a fool—or possibly a Frenchman—could conclude otherwise."

Le plan Geithner

La dernière version du plan Geithner repose sur un mensonge: il n'y aurait plus de marché pour un certain type d'obligations comme les Residential Morgage Backed Securities (obligations garanties par des emprunts hypothécaires résidentiels). C'est faux. Il existe un marché. Le problème est que les institutions financières refusent de faire des transactions aux niveaux de prix indiqués par le marché. Ainsi, j'ai entendu qu'en gros, Le RMBS AAA s'échangerait autour de 30 cents du dollar alors que les banques (et autres) en demandent 60 cents du dollar.

La différence pour les banques, c'est qu'à 30 cents du dollar, elles doivent redemander des aides à l'Etat avec un risque de retour de bâton politique qui pourrait mettre en danger leur management. Le problème pour les acheteurs potentiels, c'est qu'à 60 cents du dollar ils sont quasiment certains de perdre de l'argent.

L'idée de Geithner est donc de subventionner l'achat de ces obligations de telle sorte qu'un marché réapparaisse. Il ne s'agirait pas vraiment d'un marché mais plutôt d'une "one way street" ou seuls les acheteurs subventionnés achèteraient. Cela a le mérite de ressembler à un marché ce qui est une composante importante du plan média de cette opération: "Le free market, c'est tellement super bien que ça va même nous sortir de l'ornière de la crise et même qu'on est pas des communistes etc...".

Je dis "le plan média" car concrètement, la substance du plan Geithner est une subvention aux banques réalisée de telle sorte qu'elle ne remette pas politiquement en cause la structure du pouvoir financier aux Etats-Unis. C'est un plan des banques pour les banques dont le principe général avait été établi par Henry Paulson, CEO de Goldman Sachs de 1998 à 2006.

Un des mensonges qu'on essaye de faire avaler aux américains est que ce plan va rapporter de l'argent. Là, on est vraiment dans le boniment de foire. Beaucoup de gens pensait qu'à 95 cents du dollar ces obligations étaient une affaire, qu'à 80 cents ce n'était qu'un trou d'air qui se règlerait rapidement. Après tout, ces obligations n'étaient-elles pas adossées à de véritables maisons, construites en dur avec des vrais matériaux de construction? Les américains n'avaient-ils pas besoin de se loger quand même? And so the story went... Le problème est que le subprime n'est pas réparti uniformément sur le territoire américain. Il y a eu des complexes immobiliers entiers qui ont été construits pour alimenter la frénésie spéculative liée à ce type de financement. La fraude massive a conduit à des no man's land parsemés de maisons qui décrépissent. C'est comme ça qu'une maison avec de la plomberie, des vitres, des serrures peuvent avoir une valeur quasi nulle. Certaines d'entre elles n'ont d'ailleurs jamais été achetées pour être habitées mais simplement pour être revendues un peu plus tard.

Quatorze millions de maisons seraient vides aux Etats-Unis (une sur neuf). L'histoire est que même à 30 cents du dollar, on est sûr de rien. Tout le monde pousse pour qu'on trouve de la valeur à ces machins et ça n'est pas un bon contexte pour modélisez sereinement. De plus, on tente toujours de modéliser de l'immobilier alors qu'il faut désormais modéliser une bulle spéculative. Le sous-jacent et ses spécificités sont devenus secondaires. Le plan Geithner pousse à nouveau les modélisateurs à la surestimation de la valeur de ces obligations. C'est le même biais depuis le début du subprime: des PHDs de mathématiques et des stars de l'informatique en sont réduits à mettre du rouge à lèvre à un cochon. Et comme le remarquait Obama pendant sa campagne, le maquillage n'y fait rien: "It's still a pig".

Le plan Geithner est donc un artifice pour faire endosser les pertes aux contribuables américains sans que cela ne soit directement une recapitalisation. C'est un scandale sans nom.

Alors bien sûr, on peut faire l'inventaire des contributions des banques (et hedge funds etc...) aux campagnes politiques depuis dix ans (ou plus). On peut faire la liste des "whistle blowers" qui ont vu leurs avertissements ignorés ostensiblement par le régulateur. On peut aussi s'amuser à compter le nombre d'employés de Goldman Sachs qui sont venus éclairer de leurs lanternes le ministère des finances américain. On peut aussi observer les aller-retours entre Fannie/Freddie et le monde politique américain. Mais à l'heure de choisir un seul élément qui témoigne de la corruption des politiques par Wall Street dans la période récente, quel meilleur symbole que le plan (Paulson/) Geithner qui saigne à blanc les contribuables américains en échange d'absolument rien?

mardi 7 avril 2009

Le pire n'est pas passé

Depuis que le "plan Geithner" a été rendu public, les bourses mondiales ont progressé de manière telle qu'on peut se demander si, d'un point de vue boursier, le pire n'est pas derrière nous. Tout le monde s'accorde sur le fait que les dégâts macroéconomiques de la crise vont continuer à s'aggraver mais les marchés anticipent la reprise.

Avec un G20 qui semble avoir été une réussite médiatique, le scénario pourrait être le suivant: le plancher macroéconomique est atteint dans les 12 mois qui viennent et les cours de bourse ne redescendront pas en dessous du plus bas atteint il y a trois semaines.

Je ne crois pas à ce scénario pour de multiples raisons sur lesquelles je reviendrai dans les jours qui viennent. Rapidement:
- la correction des prix de l'immobilier aux Etats-Unis n'est pas finie,
- les programmes d'endettement massif des Etats ne font que commencer et nul ne sait si leur capacité à emprunter est réellement infinie comme ils le supposent,
- la résolution du problème de tous les CDS qui ont été vendus en période faste ($28 trillions, dit-on) avant la crise et qui ne pourront être honorés sera nécessairement un (le?) temps fort de la crise et il est encore devant nous,
- cette crise a des racines très profondes et beaucoup de "retours vers la moyenne" ne sont qu'amorcés*.

* Kevin Philipps avance par exemple ici que la part du secteur financier est passée de 10 à 20% du PIB entre 1980 et 2009. Cela fait beaucoup de reconversions en peu de temps pour ceux qui attendent la reprise "au second semestre".

"I'm the president. And you're not."

"I'm the president. And you're not."

C'est le message qu'aurait voulu faire passer Obama lors d'un rendez-vous avec les dirigeants des banques les plus importantes. Cet article du site "Politico" (faux-nez internet des MSM genre Huffington Post) nous donne un aperçu de l'ambiance entre Obama et les banquiers. Attention quand même, il ne s'agit pas d'une information de première main.

Extraits:

“These are complicated companies,” one CEO said. Offered another: “We’re competing for talent on an international market.”

But President Barack Obama wasn’t in a mood to hear them out. He stopped the conversation and offered a blunt reminder of the public’s reaction to such explanations. “Be careful how you make those statements, gentlemen. The public isn’t buying that.”

“My administration,” the president added, “is the only thing between you and the pitchforks.”

...

“The only way they could have sent a more Spartan message is if they had served bread along with the water,” says a person who attended the meeting. “The signal from Obama’s body language and demeanor was, ‘I’m the president, and you’re not.’”

According to the accounts of sources inside the room, President Obama told the CEOs exactly what he expects from them, and pushed back forcefully when they attempted to defend Wall Street’s legendarily high-paying ways.

HADOPI: à l'américaine

Quand le pouvoir se met au service d'une petite clique au détriment de l'intérêt général...

La loi HADOPI a donc été votée dans la nuit de jeudi à vendredi. Je ne connais pas les procédures parlementaires assez bien pour répondre mais est-il normal que seuls 16 députés aient pris part au vote? La gauche n'aurait-elle pas pu forcer plus de députés à jouer cartes sur table? Il semble qu'elle ne se soit pas vraiment battue.

Tout cela fleure bon les ententes de couloirs permettant au maximum d'élus individuels de rester amis avec tout le monde. C'est comme ça, en multipliant les instances où les élites se mettent d'accord entre elles sur le dos du peuple qu'elles représentent, qu'on se retrouve dans une situation à l'américaine. Ce type de collusion un peu honteuse entre les grands partis corrode les démocraties.

C'est précisément ce type d'alliance "droite dure/gauche faux-cul" (pas exactement la situation française en dehors de l'Hadopi) qui a réussi à tirer vers la droite le paysage politique américain sous W. On lui doit la guerre en Irak, les atteintes majeures à la constitution et aux libertés individuelles, l'expansion du pouvoir de l'exécutif, la soumission aux diktats de Wall Street sur tous les sujets ayant trait à la finance (et aux autres corporate interests dans les autres secteurs) etc...

Maintenant que les américains ont été clairs dans leur vote avec un président démocrate, un sénat largement démocrate et une chambre des représentants démocrate, on pourrait s'imaginer que la question est réglée. Et bien non: elle demeure encore et toujours. Figurez-vous que 16 sénateurs démocrates viennent de se regrouper pour revendiquer une position centriste! 16 c'est assez pour réduire la marjorité démocrate au sénat (59 élus sur 100) à... une minorité. C'est littéralement la cinquième colonne des démocrates au sénat qui menace de faire sécession si des politiques trop à gauche venaient à voir le jour... Inouï juste après une victoire électorale mais symptomatique de l'état de dégénérescence avancé du paysage politique américain.

Autre élément: quand 9 DEMOCRATES votent pour un allègement d'impôts de $250 milliards sur la transmission des patrimoines supérieurs à... $7 millions. En 2009!

lundi 6 avril 2009

El Blogo vindicated once more...

Larry Summers a été un des éminents "dérégulateurs fous" des dix dernières années. Fidèle de Robert Rubin, il est à Tim Geithner ce que Laurel est à Hardy. Il n'est pas un ami du blogo mais il est clairement un ami de Wall Street. On le savait déjà mais cette crise a le bon goût de donner en permanence des munitions aux adversaires des oligarques américains. It's the gift that keeps on giving. Voici le dernier motif de s'indigner en date:

Lawrence H. Summers, one of President Obama's top economic advisers, collected roughly $5.2 million in compensation from hedge fund D.E. Shaw over the past year and was paid more than $2.7 million in speaking fees by several troubled Wall Street firms and other organizations.

...

But Summers -- who, as chairman of the National Economic Council, is a leading architect of the administration's economic policies and helped shape the response to the global recession -- appears to have collected the most income. Financial institutions including JP Morgan Chase, Citigroup, Goldman Sachs, Lehman Brothers and Merrill Lynch paid Summers for speaking appearances in 2008. Fees ranged from $45,000 for a Nov. 12 Merrill Lynch appearance to $135,000 for an April 16 visit to Goldman Sachs, according to his disclosure form. Summers reported donating two fees totaling $70,000, including the payment from Merrill Lynch, to charity.

D'autres collaborateurs d'Obama ont déclaré des revenus pouvant suggérer des conflits d'intérêts. Espérons que cela lui fera franchir un pas de plus dans l'idée qu'il faut qu'il se débarasse des membres de son équipe économique qui ne sont loyaux qu'envers Wall Street. Cette affaire Summers va faire éclater au grand jour pour l'opinion américaine le fait qu'Obama a choisi pour l'épauler des auxiliaires à la botte d'un sytème failli. S'il croit qu'il va pouvoir passer entre les gouttes de la critique populaire pendant 4 ans et être réélu en ne proposant rien d'autre aux américains qu'une soumission totale à Wall Street, il commet une erreur stratégique. Il doit prendre le risque de s'allier au peuple américain contre les banques car s'il se contente de jouer la partition qui a été écrite pour lui, il est d'ores et déjà fini. Alors Barack? Perdu pour perdu, what's it gonna be?

A noter ce post de David Goldman:

There aren’t a lot of people making $5.2 million in the hedge fund business. Offhand, I can’t think of a precedent for a $5.2 million paycheck for a part-time employee. Normally to take down that kind of money, a trader would need a P&L in excess of $50 million. Given that Summers was spending enormous amounts of time giving speeches for money and serving on other boards, he could not have put in too many hours at D.E. Shaw. What was the money for? For general economic forecasting advice? That’s a joke. For a pitching a particular trade, or trades? What were they? For bringing in assets under management? The industry standard would be a point or so for AUM, so if Summers used his political contacts to get another $500 million into D.E. Shaw’s kitty, a $5 million ticket would not be unreasonable.

On February 5 I reported that Larry Summers had travelled through Asia in July 2007 pitching sovereign funds and other Asian investors on AAA-rated structured securities — the very same “toxic assets” that the Obama adminstration proposes to get off banks’ books. Was he paid for helping to shuffle assets around sovereign funds?

Autrement dit, en 18 mois, Summers serait passé de VRP en subprime auprès de pigeons internationaux à economic "intellectual power house" capable de sortir les Etats-Unis (et le monde) de la crise? Cela ressemblerait à une métamorphose mais pas en y regardant de plus près: il reste en effet dans les deux cas une cheville ouvrière de la stratégie du moment à Wall Street.

Note: Glenn Greenwald s'attaque au sujet: "Larry Summers, Tim Geithner and Wall Street ownership of government" (âmes sensibles ou heureux lecteurs du triptyque s'abstenir).

dimanche 5 avril 2009

Pourquoi pas de commission d'enquête sur la crise?

Les statistiques des prix de l'immobilier, la comparaisons entre la valeur des biens et leurs valeurs locatives et le concept d' "affordability" (comparaison du prix des biens et du salaire moyen) ont tous dévié de la norme dans des proportions qui ne peuvent être expliquées par la simple combinaison de banques imprudentes et de régulateurs "sleeping at the wheel" (endormis au volant).

L'essentiel de ce marché (au moins 75%) était contrôlé par des opérateurs semi-publics qui ont enfreint les règles qui les empêchaient (en théorie) de contribuer à des campagnes politiques. Tout le monde sur Capitol Hill "en a croqué" comme en témoigne la polémique entre Obama et McCain avant l'élection sur le point de savoir lequel des deuxs avait le plus d'anciens de Fannie/Freddie dans leurs équipes de campagne. Le subprime est clairement le lieu où la fraude a été la plus spectaculaire mais les prix de l'immobilier n'auraient pas pu dévier de la tendance historique de 30 à 40% sans que les mastodontes du financement de logements aux Etats-Unis ne soient de la partie.

Bill Moyers (toujours lui) donne la parole dans sa dernière édition à William K. Black, professeur associé en économie et en droit à l'université du Missouri qui a écrit un livre sur la crise des Savings & Loans en 2005. Il défend la thèse du caractère frauduleux des pratiques des banques, des agences de notation et du laisser-faire de l'appareil d'Etat dans la nouvelle crise que nous traversons. Il accuse Geithner de "cover-up" et demande pourquoi aucune enquête n’a été ouverte sur les causes de cette crise. C'est vrai ça, pourquoi?
L'émission dure 30 minutes mais elle réjouira tous les lecteurs fidèles:

Partie 2
Partie 3

vendredi 3 avril 2009

Friday Plane Blogging

iPhone contre BlackBerry

RIM a "vendu" 7,8 millions de BlackBerries au dernier trimestre, 1,1 millions de plus que le dernier record du troisième trimestre 2008. En comparaison, Apple a vendu 4,4 millions d'iPhones au quatrième trimestre 2008.

Difficile de commenter sur Berlusconi

mardi 31 mars 2009

Good news

We made it to Spring.

Le retour de "Client number 8"

Eliot Spitzer a dû démissionner de son poste de gouverneur de New York après qu'il ait été révélé qu'il était client d'un réseau de prostitution ("Emperors' Club VIP" pour le folklore). Il avait été identifié par les enquêteurs comme "Client N°8".

Cette révélation était intervenue trois semaines après qu'il ait impliqué l'administration Bush de manière implacable dans l'explosion des subprimes aux Etats-Unis dans une tribune du Wapo. Il n'y allait pas de main morte (à tel point qu'on voit bien comment les écoutes sans contrôle judiciaire pratiquées par Bush ont pu facilement déraper en police politique et comment la loi Hadopi menace bien réellement les libertés publiques en mettant en place les infrastructures nécessaires pour fliquer toute la population et pas simplement ceux pour qui il existe une raison de le faire). Extrait de ce que Spitzer avait à dire trois semaines avant sa démission:

Not only did the Bush administration do nothing to protect consumers, it embarked on an aggressive and unprecedented campaign to prevent states from protecting their residents from the very problems to which the federal government was turning a blind eye.

Let me explain: The administration accomplished this feat through an obscure federal agency called the Office of the Comptroller of the Currency (OCC). The OCC has been in existence since the Civil War. Its mission is to ensure the fiscal soundness of national banks. For 140 years, the OCC examined the books of national banks to make sure they were balanced, an important but uncontroversial function. But a few years ago, for the first time in its history, the OCC was used as a tool against consumers.

In 2003, during the height of the predatory lending crisis, the OCC invoked a clause from the 1863 National Bank Act to issue formal opinions preempting all state predatory lending laws, thereby rendering them inoperative. The OCC also promulgated new rules that prevented states from enforcing any of their own consumer protection laws against national banks. The federal government's actions were so egregious and so unprecedented that all 50 state attorneys general, and all 50 state banking superintendents, actively fought the new rules.

But the unanimous opposition of the 50 states did not deter, or even slow, the Bush administration in its goal of protecting the banks. In fact, when my office opened an investigation of possible discrimination in mortgage lending by a number of banks, the OCC filed a federal lawsuit to stop the investigation.

Throughout our battles with the OCC and the banks, the mantra of the banks and their defenders was that efforts to curb predatory lending would deny access to credit to the very consumers the states were trying to protect. But the curbs we sought on predatory and unfair lending would have in no way jeopardized access to the legitimate credit market for appropriately priced loans. Instead, they would have stopped the scourge of predatory lending practices that have resulted in countless thousands of consumers losing their homes and put our economy in a precarious position.

When history tells the story of the subprime lending crisis and recounts its devastating effects on the lives of so many innocent homeowners, the Bush administration will not be judged favorably. The tale is still unfolding, but when the dust settles, it will be judged as a willing accomplice to the lenders who went to any lengths in their quest for profits. So willing, in fact, that it used the power of the federal government in an unprecedented assault on state legislatures, as well as on state attorneys general and anyone else on the side of consumers.

The writer is governor of New York.

Aujourd'hui, Spitzer réapparaît et il semble qu'il ait des choses à dire (et plus grand chose à perdre*). D'abord avec trois "opinion pieces" dans le Wapo, Slate, et Newsweek. Aussi une interview avec un journaliste de Newsweek dans laquelle il ne ménage pas Goldman:

Partie 2
Partie 3
Finalement, la rédactrice en chef de The Nation finit de le réhabiliter avec un édito intitulé "Spitzer for Treasury?"**. Eliot Spitzer qui rejoint la "Blogo Compliant List".

* Il a en fait à perdre car on lui a refusé le maintien de son anonymat lors de l'enquête judiciaire. Des détails vont donc probablement apparaître sur ses rencontres avec les prostituées. S'il dérange beaucoup, ces détails risquent d'avoir beaucoup de retentissement dans les médias. C'est peut-être une raison pour laquelle il m'apparaît moins virulent qu'en février 2008.
** C'est aussi un appel de la gauche américaine à Obama pour qu'il se débarasse de l'attelage Geithner/Summers.

L'euro: un supplice chinois organisé à Washington

Le Blogo regrettait en janvier que les agences de notation aient conservé toute leur capacité de nuisance. Elles le prouvent une fois de plus en baissant la note de l'Irlande hier.

Il existe des arguments objectifs pour baisser la note de l'Irlande et le blogo essaye, autant que faire se peut, d'être du côté des arguments objectifs et pas contre eux (Facts are stubborn things.*). Le problème, c'est que l'Irlande fait partie de la zone euro et qu'à chaque fois que sa note est abaissée, cela affaiblit l'Euro. De l'autre côté, les Etats-Unis (dont l'Etat de Californie tutoie également le défaut) ne sont pas menacés d'un downgrade car les agences auraient bien trop peur des conséquences d'un tel choix (elles font de toute façon partie intégrante de la nébuleuse Wall Street-FED-US gvt). D'un côté le rating est inébranlable, de l'autre les agences ont toute lattitude pour affaiblir chacun des membres de la zone euro.

La solidité des différentes monnaies qui s'affrontent dans la crise va être déterminante dans la manière dont chaque zone économique respective en émergera. Il est dès lors assez désespérant de voir que des sociétés de rating ayant un forte loyauté envers les Etats-Unis conservent quasiment toute leur crédibilité en matière monétaire. De plus, Moody's et S&P peuvent se livrer à une véritable guerre d'usure en attaquant tous les pays de la périphérie européenne et en les baissant d'une note à la fois. Cela peut se terminer en véritable supplice chinois pour l'euro.

Il est de l'intérêt de l'Europe de décrédibiliser les agences de notation américaines au plus vite. Et/ou, comme il a été déjà suggéré ici, de créer une agence de toute pièce pour combattre le bruit par le bruit et faire prendre conscience à tous que ces agences sont avant tout des instruments politiques dans un contexte de crise.

* John Adams: "Facts are stubborn things; and whatever may be our wishes, our inclinations, or the dictates of our passions, they cannot alter the state of facts and evidence."

"The European Subprime"

Vous vous souvenez peut-être des doutes que le blogo avait exprimés sur l'idée que l'Europe continentale allait connaître une crise similaire à celle des subprimes en raison des prêts inconsidérés qui avaient été consentis aux pays d'Europe de l'Est. A l'origine de ce qui ressemble de plus en plus à une campagne concertée de désinformation, on retrouvait les usual suspects: le triptyque (WSJ, FT, The Economist), quelques "Murdoch owned news outlets" et autres publications ainsi que les agences de notations américaines. Le "bullshit" detector du blogo était dans le rouge.

J'ai fait une nouvelle recherche sur google news sur la question après la lecture d'un des articles qui a déclenché la polémique dans le Daily Telegraph le 15 février*. J'ai finalement trouvé ce que je cherchais à savoir un article un peu documenté qui défende la thèse de l' "opération de communication" et qui démonte cette dernière. Je n'ai jamais entendu parler de la source de l'article mais le contenu (et les notes de bas de page) parle de lui-même. L'accent y est mis sur le caractère biaisé des organes de presse et des institutions à l'origine de ce psychodrame et sur le caractère outré de la comparaison avec le subprime vu le faible poids de beaucoup des pays mis en cause par rapport à l'économie de l'Union Européenne (la Hongrie n'est pas la Californie).

Je vous conseille de lire la fin de l'article en entier (après avoir sauté les premiers paragraphes), voici néanmoins quelques extraits:

If we found this a relevant theme, it is because it represents in our opinion a deliberate attempt on the part of Wall Street and the City (2) to make the world believe in some rupture within the EU and to instil the idea that some « deadly » risk is weighing on the Eurozone, by endlessly conveying phony news on a “banking risk coming from Eastern Europe” and by stigmatizing a “cold-feeted” Eurozone as opposed to the “voluntarist” actions initiated by the Americans and the Bristish. One aim is also to divert the attention from the increasing financial problems encountered in New York and London, and to weaken the Europe position on the eve of the G20 summit.

For those who are not familiar with EU geography, a headline like « Hungary in bankruptcy » or « Latvia defaults on its debt » can compare to one like « California goes bankrupt ». For those who lose their jobs as a consequence, the problem is indeed similar. However, in terms of impact on a larger-scale, they have nothing in common. California, severely affected by the subprime crisis, is the most populated and richest state of the United States, while Latvia is a poor country with a population corresponding to 1 percent of the EU population (versus California’s 12 percent of the US population (11)). Hungary’s GDP represents less than 1.1 percent of the Eurozone’s GDP (in the case of Latvia, this figure is 0.2 percent) (12), that is to say the equivalent of Oklahoma (1% of US GDP (13)) rather than Florida. Eastern Europe is far from being able to bring problems of a similar magnitude to the subprime crisis. All the new Member-States put together comprise less than 10 percent of the EU GDP (among them, the biggest and richest ones, such as Poland and the Czech Republic, are hardly affected at all). As a worst-case scenario, the amounts at stake for the European financial system, are around EUR 100-billion (USD 130-billion) (14), that is to say a very modest sum on the scale of the EU financial system (15). In fact, the EU has taken the lead of a consortium which has already injected EUR 25-billion (i.e. 20 percent of the worst-case scenario) to stabilize the situation (16), and whose severity has already been diminished by the recent fall in value of the Swiss Franc.

A noter que la dénonciation de ce genre de campagne aurait toute sa place dans Le Monde ou le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Je ne suis pas sûr pour le second mais je doute de ce que Le Monde ait démonté cette triste histoire. Pourtant, enfoncer un coin dans la crédibilité de la presse économique économique anglo-saxonne serait légitime. Idem pour celle des statistiques économiques américaines ou des agences de notation. Le blogo a déjà redouté que nos têtes deviennent le refuge de la domination américaine alors même qu'elle n'aurait plus aucune raison d'être objective. Il faut que les européens (et les autres) arrivent à penser l'économie en s'affranchissant du discours anglo-saxon qui n'a rien d'une vérité révélée mais qui défend très clairement des intérêts. Pas les nôtres.

* Cet article était écrit par Ambrose Evans-Pritchard qui est un adversaire forcené de l'Union Européenne, de l'Euro et de tout ce qui n'est pas estampillé Wall Street ou la City. Il a commencé sa carrière à The Economist.

lundi 30 mars 2009

Les américains mentent sur leurs stats

C'est un des refrains du blogo. Au risque de lasser, les statistiques du mois de mars ont encore apporté de l'eau à mon moulin. Figurez-vous que les New Home Sales et les Durable Good Orders ont connu les plus forts ajustement saisonniers depuis respectivement 1982 et 1992. Ajustements positifs, vous l'aviez deviné... J'ai plusieurs fois traversé le mirroir sur d'autres chiffres comme la croissance ou l'emploi (entre autre) et j'ai depuis la certitude que les stats sont manipulées "as a matter of course". J'espère que nos politiques le savent non pas pour qu'ils pipotent également mais au moins pour qu'ils émettent des doutes sur le perpétuel miracle américain, dans la croissance comme dans la crise. Pour ce qui est de nos médias économiques, ça fait longtemps que je n'ai plus d'espoir.


Extrait de cet article de Barron's:

IT'S A COMFORT IN THIS wildly spinning world to find some things remain the same. We had feared that with the change in administrations, we'd have to revise our long-standing mistrust of government statistics. But, though it is still early days, the initial evidence gives us reason for hope. The numbers flowing out of Washington seem as dubious as ever, and so are the inferences being extracted from them by more than a smattering of investment strategists, money managers and, it pains us to say, even journalists.

The misleading figures cut across a wide swath of the economy, encompassing housing, manufacturing, employment -- you name it. The leading agent of deception, unintentional or otherwise, has been that old sly villain, seasonal adjustment. As it turns out, the seasons don't need adjustment as much as the adjustors need seasoning.

As Merrill Lynch's David Rosenberg (who, incidentally, is planning to do a bit of adjusting himself and moving back to his native Canada; our loss, Canada's gain) points out in a recent commentary, the official keepers of the books have been unusually aggressive in constructing seasonal adjustments for February's economic data.

To illustrate, the seasonal adjustment for new-home sales was the strongest since 1982; for durable-goods orders, the strongest since they were first released in 1992; the retail-sales figures for February were flat (or, as David says, flattering) after such adjustment, but unadjusted fell 3%, the biggest drop on record. He also notes dryly that the 40,000 raw non-seasonally adjusted housing-start total for February "all of a sudden becomes a headline-adjusted annual rate figure of 583,000."

Which makes David think that come the inevitably sharp downward revisions of such distorted data, first-quarter real GDP is likely to suffer a 7.2% drop. Which, together with the 6.3% skid in the fourth quarter of 2008, would be the worst back-to-back contraction in the economy in 50 years.

samedi 28 mars 2009

Obama and the "extraordinarily strong" dollar

Obama lors de sa conférence de presse de mardi:

The dollar is extraordinarily strong right now. And the reason why it is strong right now is that investors consider the Unite States the strongest economy in the world with the most stable political system in the world.

Pour combien de temps?

J'aime bien l'utilisation de "extraordinarily strong". Ca n'est pourtant pas vrai historiquement: le dollar est plutôt faible en ce moment. J'ai l'impression que l'usage de cette formule trahit la perception actuelle de la maison blanche: le dollar n'est "extraordinarily strong" que par rapport au nombre ahurissant de casseroles que les Etats-Unis ne cessent d'accumuler. Les responsables américains savent qu'ils marchent sur l'eau en ce moment avec le dollar mais comme pour l'immobilier précédemment, tout le monde prétend que cela sera sans fin. Obama chez Jay Leno la semaine dernière a déclaré qu'une partie de la croissance américaine ces dernières années avaient été une croissance de papier. Indeed. L'investisseur international va bien finir par percuter.

Je rappellerais donc à Obama que ce qu'on dit du dollar aujourd'hui a été dit il n'y a pas très longtemps de l'économie américaine, du marché de l'immobilier, du marché des actions, des firmes de Wall Street et j'en passe.

Pour l'histoire...

D'un contributeur du Wapo juste avant la publication de la liste des bénéficiaires du bailout d'AIG montrant la Socgen en deuxième position avec $12 milliards:

The international dimension of the Great Meltdown has been clear since then-Treasury Secretary Henry Paulson let it be known that an urgent telephone call from French Finance Minister Christine Lagarde helped force his decision not to let AIG follow Lehman Brothers into bankruptcy in September. Lagarde reportedly warned that AIG's collapse would endanger the world banking system, beginning with the French banks that had bought the toxic credit-default swaps AIG peddled through its hyperactive London marketing arm.

Certains Etats européens doivent une fière chandelle au Treasury dans cette affaire. Les américains ont-ils demandé des contreparties? Cela semblerait logique.

On s'était dit rendez-vous dans dix ans...

1999. Larry Summers est Treasury Secretary. Un de ses aides s'appellent Tim Geithner. C'est à ce moment là qu'une des législations conçues dans les années 30 pour qu'une telle crise ne se reproduise jamais, le Glass Steagle Act, est abandonnée. Cette loi empêchait aux banques d'investissement d'avoir des activités de banques commerciales et réciproquement. David Lindorff revisite ce moment d'histoire et nous rappelle qui disait quoi à l'époque. Je vous conseille de lire tout l'article mais voici les meilleurs extraits:

Back in November 1999, Congress passed legislation pushed by then Sen. Phil Gramm (R-TX), rescinding the Depression-era Glass-Steagall Act. The measure, backed by the Clinton administration, and overwhelmingly passed by the Senate (90-8) and the House (362-57), opened the way for banks to merge with investment banks and insurance companies, and led directly to the current financial cataclysm.

Here’s Larry Summers, a chief architect of the current financial industry multi-trillion-dollar bailout giveaway being orchestrated by the Obama administration, where he serves as director of President Obama’s National Economic Council:

''Today Congress voted to update the rules that have governed financial services since the Great Depression and replace them with a system for the 21st century. This historic legislation will better enable American companies to compete in the new economy.''

Sen. Byron Dorgan (D-ND), one of seven Senate Democrats who voted against revoking Glass-Steagall, said:

“I think we will look back in 10 years' time and say we should not have done this but we did because we forgot the lessons of the past, and that that which is true in the 1930's is true in 2010. I wasn't around during the 1930's or the debate over Glass-Steagall. But I was here in the early 1980's when it was decided to allow the expansion of savings and loans. We have now decided in the name of modernization to forget the lessons of the past, of safety and of soundness.''

And then there’s the late Sen. Paul Wellstone (D-MN), who died in a tragic and still unexplained plane crash near the end of his campaign for re-election in 2002. Congress, he said, seemed:

“…determined to unlearn the lessons from our past mistakes. Scores of banks failed in the Great Depression as a result of unsound banking practices, and their failure only deepened the crisis. Glass-Steagall was intended to protect our financial system by insulating commercial banking from other forms of risk. It was one of several stabilizers designed to keep a similar tragedy from recurring. Now Congress is about to repeal that economic stabilizer without putting any comparable safeguard in its place.''

Sen. Gramm:

'The world changes, and we have to change with it. We have a new century coming, and we have an opportunity to dominate that century the same way we dominated this century. Glass-Steagall, in the midst of the Great Depression, came at a time when the thinking was that the government was the answer. In this era of economic prosperity, we have decided that freedom is the answer.''

And then Sen. Kerrey, offering a line that should probably be etched someday on his tombstone as his most memorable quotation:

“The concerns that we will have a meltdown like 1929 are dramatically overblown.”

Note: Hubris Kills dément généralement que l'abandon du Glass Steagle Act ait eu un impact aussi mécanique qu'on le croit dans cette crise. Il est vrai que la chronologie des évènements nous pousse peut-être à en surestimer les effets. Il n'empêche: on peut au moins argumenter que cet abandon a permis l'émergence de plus d'institutions "Too big to fail" ce qui a aggravé la crise.

Ce sont les meilleurs qui s'en vont...

The Big Picture nous informe que le journaliste Dylan Ratigan quitte CNBC. Je ne le connaissais pas mais il y a également un lien qui montre qu'il semblait être du bon côté de la barrière en octobre 2008:

Il va sur ABC.

vendredi 27 mars 2009

Friday Plane Blogging

La relance et les lobbyists

Quand on connaît ses saints, on les honore. Obama a donc stipulé dans la loi sur son "stimulus plan" de $787 milliards que les lobbyists devraient garder leur distance. Il leur est par exemple interdit de parler à des membres de l'exécutif au sujet de l'utilisation des fonds du stimulus pour un projet spécifique (ils peuvent quand même leur écrire). Mais dans un mouvement qui donne une idée des rapports de force et du côté complètement décomplexé des lobbyists (même dans le contexte de la crise), ces derniers hurlent à la mort!

extraits:

“This smacks of segregation, discrimination, and I honestly feel it is unconstitutional,” Wenhold said.

Some lobbyists, such as Golin Harris’ Michael Fulton, said the new policy is not only upsetting but will also end up hurting Obama’s goal of jump-starting the economy.

“I am personally offended, and so are many of our clients,” Fulton said. “The White House and the president need to understand that the lobbying community is part of the solution, not the problem.”

Alors comme le dit kos: "Times are tough, and the last thing America wants to hear is a bunch of spoiled assholes whining about how their corrupting powers are being curtailed. They can truly go fuck themselves."

Madoff était protégé

Sinon, il est vraiment difficile d'expliquer cela:

The most relentless skeptic was Harry Markopolos, an accountant and private fraud investigator mostly unknown outside of Boston, who repeatedly sounded the alarm about Madoff to the S.E.C., starting in 2000. When the S.E.C. took no action, Markopolos began a crusade to prove his point. In 2005 he sent regulators a 19-page memo entitled “The World’s Largest Hedge Fund Is a Fraud.” He was referred to the New York branch chief, Meaghan Cheung, who, he wrote in an e-mail to one of her colleagues last year, didn’t “have the derivatives or mathematical background to understand the violations,” much less prosecute them. The S.E.C. eventually opened an investigation into Madoff but closed the matter in November 2007 without bringing any claims against him.

Cette histoire n'est pas nouvelle. J'en avais déjà parlé ici mais je trouve le paragraphe ci-dessus efficace.

Pour ceux qui s'inquiètent pour les victimes de Madoff (que Joe Nocera du NYT appelle ses "complices"), il semble qu'une décision de l'IRS rendue la semaine dernière les fasse bénéficier d'un traitement de faveur (par rapport à la victime lambda d'un ponzi scheme moins "high profile" en 2007 par exemple). En plus, vu le prix chaque jour plus dérisoire de "la dizaine de milliards de dollars" à Washington DC, je ne serais pas surpris si ce genre de "bailout soft" continuait. On pourrait par exemple lever le plafond des indemnités perçues par les investisseurs en cas de fraude ($500,000 pour chacun aujourd'hui). Je suis partagé entre l'idée d'aider des gens qui semblent pour certains avoir "tout perdu" et l'envie de "tirer l'échelle" quand on sait que ce fonds était audité par une société composée d'un unique auditeur... Pourquoi l'Etat soutiendrait-il plus une victime de Madoff qu'un pauvre bougre qui a perdu sa maison en cédant aux sirènes du Home Equity Loan*?

* Emprunt contre la valeur supposée de votre maison.

Valoriser les portefeuilles de loans subprimes

C'est l'exercice sur lequel repose le plan Geithner et il va être difficile vu le nombre de maisons inoccupées. (via Atrios)

Peter Schiff chez Morning Joe

C'était mercredi. "Morning Joe" est l'émission du matin sur MSNBC (le présentateur est un ancien sénateur ou representative républicain, la présentatrice est la fille du ponte de politique étrangère Brzezinski). Les apparitions de Peter Schiff sont très rares dans des émissions aussi mainstream. Il faut dire que son discours laisse les autres sans voix (comme Jon Meacham qui demande "Is this an Adam Smith argument?"). Je ne suis pas d'accord avec lui sur l'idée qu'il faut un "smaller government" aux Etats-Unis (cela paraît être une fixation du bord politique d'où vient Peter Schiff mais je ne vois pas le rapport de ce débat avec la crise précisément). C'est, je crois, le personnage passant à la télé qui a été le plus prescient sur la crise. On ne faisait pas les honneurs des studios de télé à Roubini à l'époque.

Notons au passage que Roubini est plutôt favorable au plan Geithner. J'ai surtout l'impression qu'il essaye de ne pas insulter l'avenir et ménager ses chances de rentrer dans l'administration Obama. Il dit en effet que le plan est un transfert de richesse des contribuables vers les banquiers et qu'il est anti-démocratique ce qui n'est pas extrêmement positif. Il donne surtout l'impression d'avoir les yeux fixés sur l'après plan, voire sur l'après échec du plan. Quand il dit ainsi que si le plan échoue, l'insolvabilité des banques deviendra l'éléphant au milieu du salon, on se demande si l'éléphant n'est pas déjà là. En gros, je trouve son soutien peu enthousiaste. Dans le débat entre recapitaliser les banques en loucedé pour préserver Wall Street (Geithner) et nationaliser les banques et en prendre le contrôle (Krugman) , Roubini est pour essayer le premier puis se résoudre au second. Il est donc toujours bien avec Obama mais il montre déjà une autre voie pour l'avenir.

jeudi 26 mars 2009

...

La cour suprême vient d'annuler des sentences rendues contre des centaines d'enfants. Les juges qui avaient rendu ces sentences avaient été corrompus (à coups de millions de dollars) pour, semble-t-il, remplir des prisons privées. Jamais entendu parler d'un truc pareil... Il est curieux que cela semble apparaître tout à coup, longtemps après que la cour suprême (de l'Etat) en ait été saisie.

C'est un peu obscur et je ne sais pas si j'ai bien compris tous les tenants et les aboutissants mais disons que ça semble plaider en faveur de prisons publiques! (vias Atrios)

Note 1: une recherche google news (qui historise pendant un mois) donne une première entrée sur cette histoire le 3 mars et l'article en question laisse penser que l'histoire venait de sortir.
Note 2: ne voyez pas dans ce post une attaque contre les USofA ou une n-ième dénonciation de leur corruption dans le Blogo. Il y a assez de choses substantielles à critiquer pour ne pas aller puiser des éléments supplémentaires dans les "faits divers". J'ai posté cela uniquement parce que je suis tombé en arrêt sur la news.

So true!

Je crois qu'on est loin d'avoir épuisé les analogies entre cette crise économique et celle de 29. Que la FED ait dans les deux cas joué un rôle similaire et destructeur est un problème majeur. Le peu de hauteur de vue du commentariat économique en général est complètement désespérant. Tant que les citoyens ne se seront pas appropriés la politique monétaire (ça peut paraître absurde de vouloir que le citoyen se rende maître d'un sujet apparemment technique mais c'est la situation allemande d'une certaine manière: tout le monde est d'accord pour simplement ne pas faire n'importe quoi - et cela leur vient de... 1929), elle sera pafois utilisée au profit d'une poignée d'initiés (comme les appelle Jacques Attali) et au détriment du plus grand nombre comme dans les dernières années. Bloomberg News interviewe George Cooper qui semble avoir écrit un livre intéressant sur la question: “The Origin of Financial Crises”.

Extrait (right on!) de l'interview:

Pressley: Bernanke’s book on the Great Depression offers a different take on asset bubbles and crashes, doesn’t it?

Cooper: The traditional analysis -- and it’s safe to say Bernanke’s -- is that the Great Depression in the U.S. was caused by the Fed running monetary policy too tight in the 1930s. I think the problem actually came with running monetary policy too loose in the ‘20s. Many of the problems we have now were baked in the cake by policy in the run-up to this crisis.

La partie surlignée est pour moi au coeur du débat. Avoir la meilleure politique possible une fois que la crise a commencé est en effet un but louable et un sujet de débat mais il est relativement secondaire. Pour comprendre la crise (et en prévenir d'autres), on peut s'arrêter en 1929. La suite est inutile. La leçon qu'on a tiré de la crise de 1929 est: "la prochaine fois, il faudra faire du déficit budgétaire et une politique monétaire ultra-laxiste et tout ira bien". On n'a pas mis l'accent sur les années folles (expression que je comprends mieux après être passé par 2000-2007).

C'est un peu comme si la leçon qu'on tirait de l'ouragan Katrina était qu'il fallait organiser les secours de manière plus efficace la prochaine fois alors que la vraie leçon est évidemment qu'il ne faut pas laisser pourrir les digues mais les entretenir.

Evidemment, quand on voit le champs de forces actuel, on comprend comment l'histoire a pu oublier d'incriminer le système bancaire et la banque centrale de l'époque. Les journaux écrivent, paraît-il, "le brouillon de l'histoire" et on voit aujourd'hui comment (à part un article dans Rolling Stone) le "brouillon" des MSM (mainstream media) est biaisé en faveur des pouvoirs établis. A noter qu'aujourd'hui il y a l'internet et des cerveaux intelligents peuvent se connecter sans passer par la médiation de censeurs. Cela va changer le "brouillon de l'histoire", l'écriture de l'histoire et peut-être même l'histoire tout court. Nous verrons.

Les chinois continuent à bousculer les américains

La Chine s'énerve. Après avoir demandé des garanties aux américains sur leur solvabilité, le gouverneur de la banque centrale chinoise en appelle à la création d'une monnaie de réserve mondiale. C'est exactement ce pour quoi milite le Blogo: le contournement des Etats-Unis et de leur dangereuse incompétence/corruption. Il est clair que beaucoup de gens sont prêts à une sérieuse discussion au G20 (que voudront éviter les américains). Il est temps pour le ROTW (rest of the world) de s'organiser.

Extrait:
China Takes Aim at Dollar
By Andrew Batson

BEIJING -- China called for the creation of a new currency to eventually replace the dollar as the world's standard, proposing a sweeping overhaul of global finance that reflects developing nations' growing unhappiness with the U.S. role in the world economy.

The unusual proposal, made by central bank governor Zhou Xiaochuan in an essay released Monday in Beijing, is part of China's increasingly assertive approach to shaping the global response to the financial crisis.

Les chinois ont-ils trop confiance dans le dollar pour le déstabiliser de la sorte? Sont-ils prêts pour le final showdown? Mieux, en est-on au final countdown pour le final showdown? ( je n'ai pas pu résister*)

* L'occasion pour moi de constater que si on tape "Europe" sur Youtube, le premier choix qui apparaît est "Europe Final Countdown". Inattendu.

Stiglitz, Atrios and the Geithner Plan

Reproduction d'un post d'Atrios sur le "Geithner Plan" (que le blogo condamne avec force btw mais j'y reviendrai):

Robbery

Stiglitz:


The U.S. government is basically using the taxpayer to guarantee against downside risk on the value of these assets, while giving the upside, or potential profits, to private investors, he said.

"Quite frankly, this amounts to robbery of the American people. I don't think it's going to work because I think there'll be a lot of anger about putting the losses so much on the shoulder of the American taxpayer."


I think he's wrong that anger will matter. The Banksters own the country now.

-Atrios 09:12

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Bernanke fait sa pub sur CBS

Je ne sais pas combien coûte une heure de pub sur CBS le dimanche soir à 20H30 mais c'est clairement ce que la FED aurait dû payer à CBS pour diffuser ça (c'était il y a dix jours). La FED n'a pas de soucis à se faire avec les MSM. Ca dure 25 minutes et ça n'est intéressant que pour constater le degré de complaisance.



Partie 2
Partie 3

mercredi 25 mars 2009

Cocaïne, Prozac et économie

Vous allez dire que je devrais penser à autre chose de temps en temps mais quand j'ai vu ce graphe, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que les 4 pays qui ont produit des emprunts subprimes étaient dans les cinq premières positions. (il y a sans doute un lien mais sûrement dans l'autre sens: l'argent très facile pour certains a favorisé cette consommation)

Aussi et j'en finis avec ce thème (je n'y reviendrais probablement pas): doit-on prendre en compte l'utilisation massive de psychotropes comme le prozac dans nos sociétés ces dernières années comme pouvant avoir des impacts politiques/sociaux/économiques? Quel impact la coke a-t-elle sur Wall Street? La City? Est-ce juste culturel comme la consommation de bière où cela peut-il avoir une influence sur les comportements (si tant est que la bière n'en est pas)?

Autant de questions auxquelles je n'ai pas de réponses mais que je trouve intéressantes.

Pubs pour The Economist sur le blogo

Je n'ai évidemment aucun contrôle sur les publicités que vous voyez sur le blogo au cas où vous vous demandiez...

Le discours impossible

Il y a dans le discours sur la crise qu'on entend outre-atlantique une croyance dans une solution "magique" à la crise. Je vise en particulier Krugman qui est une des seules voies réellement écoutées sur le plan de relance et qui réclament toujours plus de dépenses publiques (aux US et en Europe) sans jamais évoquer les risques que cela comporte. Exemple un peu daté ici. L'idée est que nos aînés en 1929 se sont comlètement trompés et que nous savons aujourd'hui de manière certaine qu'une relance massive nous permettra de retomber sur nos pieds. Cela ressemble à un Gosplan: il va y avoir un manque à gagner dans l'output du pays de tant de trillions alors l'Etat prend le relais et comble le trou. L'idée que "l'activité économique ne se décrète" pas (surtout pas dans un pays aussi corrompu que les Etats-Unis où une industrie financière hypertrophiée et des armées de lobbyists d'autres secteurs se sont faits une spécialité d'utiliser leurs appuis politiques pour faire des profits faciles - je n'ose même pas imaginer les pertes en ligne dans le cadre d'un plan de relance! - Who says "there is no free lunch on Wall Street" anymore?) n'est plus du tout à la mode. Le discours prédominant veut nous convaincre que rectifier les excès accumulés sur 15 ans ne demandera pas des efforts et du temps mais juste de l'audace bugdétaire. Et la croissance reviendra au second semestre 2009!

La vérité est qu'un discours plus austère qui mettrait en garde contre l'accumulation excessive de dettes aurait l'inconvénient de remettre en cause le modèle de croissance américain des quinze dernières années et que, understandably, nobody wants to go there. Ce modèle reposait sur un mensonge dont beaucoup savait que le monde ferait finalement les frais mais qui a entre-temps énormément profité au niveau de vie des américains. La seule possibilité pour les eux de maintenir ce niveau de vie est de trouver un moyen de faire subsister ce modèle d'une manière ou d'une autre. Alors peut-on réellement leur reprocher de vouloir prolonger ce ponzi scheme qui leur a tant réussi et dont nous avons été, comme les investisseurs de Madoff, des victimes consentantes (cf l'auditeur de Madoff*)? Selon moi, pas vraiment. On ne peut pas s'attendre à ce que les américains s'auto-condamnent aux travaux forcés pour rembourser leur dette accumulée dans la période faste. Ils ne le feront que contraints et forcés par le reste du monde qui aura arrêté de croire aux contes de fées. Aussi, ils peuvent arguer comme tous les surendettés du fait que leurs prêteurs savaient exactement ce à quoi ils s'exposaient et ils n'auront pas tout à fait tort. Ils ne s'en priveront pas le moment venu.

Ce n'est donc pas d'eux que viendra le changement nécessaire. On ne doit donc pas espérer qu'ils tiennent un discours de raison qui les desservirait mais agir pour les forcer à revoir à la baisse leurs niveaux de vie. Le monde ne peut pas continuer à leur prêter à fonds perdus sans même évaluer les alternatives.



* La firme qui auditait les $65 milliards de Madoff n'avait qu'un auditeur.

Qui va prêter?

Le postulat des américains dans la gestion de la crise (postulat un peu contraint car c'est leur seule porte de sortie) est que l'endettement des Etats ne sera limité en aucune manière. Tous les acteurs économiques doivent se serrer la ceinture car l'accès au crédit est devenu plus difficile mais les Etats échapperont à cette règle. On peut néanmoins se demander qui va continuer à prêter dans ce contexte de contraction économique. Les chinois vont-ils continuer à trouver les emprunts d'Etats américains si attractifs si une partie de leur population retombe dans la misère et que les américains, en plus, n'achètent plus leurs produits? Et les investisseurs privés? Vont-ils continuer à croire les portraits qu'ils lisent dans le triptyque (WSJ, FT et The Economist) présentant les Geithner et autre Summers comme "the best economic team ever assembled" et continuer à considérer le dollar comme une valeur refuge alors que ces pieds nickelés ne cessent se se prendre les pieds dans le tapis?

En tout cas, il semble que le Royaume-Uni commence à avoir du mal à écouler sa dette avec une "failed auction" (enchères ratées) durant laquelle toute la dette offerte n'a pas trouvé preneur. C'est la première fois depuis 1995 qu'une enchère échoue et cela se produit alors que le Royaume-Uni se lance dans le plus grand programme d'émission de dette jamais entrepris (£146 milliards cette année). Pas très rassurant. Dans le même registre, la perte de valeur de la dette d'Etat américaine a conduit la FED a acheté $300 milliards de Treasuries la semaine dernière ce qui est la toute dernière péripétie dans les tentatives américaines de "se soulever en tirant sur leurs lacets" ("pull themselves up by their own boostraps"*). Voir cet article également sur la difficulté de maintenir les taux bas en innondant simultanément le marché d'obligations.

Alors que les pays anglo-saxons se lancent dans un grand programme de blanchiment de dettes pourries (faire de la dette privée en défaut de la dette d'Etat blanche comme neige), on se demande vraiment qui va vouloir (ou même pouvoir en pensant aux vaillants petits soldats de l'empire qui se jetteraient sous un train sans hésiter pour le préserver - il y en a) s'offrir ces obligations.

Le problème est que si un mouvement général de défiance envers la dette souveraine des Etats devait finalement apparaître, il ne s'arrêterait probablement pas aux seuls pays anglo-saxons. Il risque de peser également sur les pays qui auront fait preuve de plus de retenue dans la gestion de la crise. Comment faire pour ne pas être entraîné dans la chute des Etats-Unis? On aurait pu commencer par avoir une politique monétaire qui marque plus de distance vis à vis de la FED mais ça, ça semble raté. On pourrait ensuite faire dans la mesure en ce qui concerne le déficit budgétaire et les plans de relance de tous poils mais là encore il n'y a pas de garantie de succès (à noter le poids des anglo-saxons dans ce débat alors qu'ils ne devraient plus être écoutés).

L'Europe doit se démarquer assez nettement des Etats-Unis si elle ne veut pas être entraîner dans leur chute (si tant est que cela soit évitable). Les investisseurs qui achètent des dollars quand les choses s'agravent sur les marchés ne disent pas autre chose. Si les choses s'agravent, autant faire confiance au boss même si tout est de sa faute. Pour l'heure, l'Europe est le passager effrayé d'un véhicule conduit par un brigand en cavale et tant qu'elle ne fera pas mine de vouloir reprendre le volant avec les autres passagers, tous continueront à s'en remettre au conducteur actuel.

* cette expression a un sens positif en anglais en dépit du caractère illogique de la proposition. Cela signifie "se débrouiller par soi-même pour améliorer son sort". Je l'utilise ici au premier degré pour signifier le caractère illusoire de la tentative.

mardi 24 mars 2009

Matt Taibbi dans Rolling Stone

Cet article mérite d'être lu. Il s'intéresse aux origines de la crise, puis plus spécifiquement à AIG et finalement à la gestion de la crise par le gouvernement Goldman Sachs depuis septembre. Son auteur, Matt Taibbi, est ajouté derechef à la "blogo compliant list".

Alors bien sûr, c'est "Rolling Stone" et pas le wapo ni le NYT. Evidemment, ça ne nous vient pas du triptyque (FT, WSJ et The Economist). Il est quand même important que cette analyse de la crise sorte de la blogosphère et rejoigne les MSM. Gageons que cet article va être beaucoup lu sur internet et espérons qu'il constituera un tournant dans l'approche de la crise des autres médias.

Résumé: Les banques ont acheté aux hommes politiques américains un univers dérégulé depuis 15 ans à coup de lobbying et de contributions de campagne (pour des sommes ridiculement faibles par rapport aux enjeux, sans doute moins de $10 milliards en tout). Elles ont usé et abusé du fait qu'elles contrôlaient leur environnement juridique et les régulateurs pour faire des profits sans précédents en mettant en péril la société. Après avoir planté le pays, elles sont encore aux manettes et veillent à être toujours les premières bénéficiaires de toutes les initiatives du gouvernement censées apporter des solutions à la crise. Cela se fait dans l'opacité la plus totale grâce notamment aux statuts obscurs de la FED et au fait que personne à Washington ne puisse réellement lui demander de comptes.

L'article ne tire pas la conclusion naturelle de ces évènements mais le blogo s'en charge: la crise économique est avant tout la conséquence d'une crise politique préexistante. Tant qu'on ne rendra pas aux américains leur démocratie en réformant le système politique, l'économie ne pourra revenir à un fonctionnement sain. Il faut attaquer le problème à sa racine en modifiant les lois de financement de campagnes et en neutralisant les lobbyists.

lundi 23 mars 2009

Greenwald parle de la crise

Et ça ressemble au blogo:

The financial crisis has merely unmasked the corruption and rot in our establishment institutions that are staggering in magnitude and reach. Just as the Iraq War was not the by-product of wrongdoing by a few stray bad political and media actors but instead was reflective of our broken institutions generally, the financial crisis is a fundamental indictment on the way the country functions and of its ruling class. What would be unhealthy is if there weren't substantial amounts of public rage in the face of these revelations.

* * * * *

Matt Taibbi's new Rolling Stone article perfectly summarizes what the AIG scandal reveals about our political and economic system, and should be read in full. In sum: financial elites own the Government and both political parties. Their money drowns Washington and their lobbyists control it. They used that ownership of Government to abolish decades-old legal and regulatory protections which previously constrained what they could do. In the lawless environment which they literally purchased from our political leaders, they were able to pillage and pilfer and steal without limit. And even now that everything has come crashing down, they continue to dictate what the Government's response is, to ensure that they -- the prime authors of the disaster -- are the prime beneficiaries, at the public's expense, of the "solutions," solutions which preserve their ill-gotten gains and heighten even further their power and influence.

Deriliction of duty du Blogo

Après trois jours durant lesquels je n'ai suivi que d'un oeil l'évolution de l'actualité, je viens de prendre la mesure de ce qu'il s'est passé jeudi soir à la chambre des représentants: un projet de loi a été voté avec le soutien des démocrates et de la moitié des républicains pour taxer rétroactivement à 90% tous les bonus distribués dans les sociétés bénéficiaires du bailout(j'avais cru jusque là que cela ne visait que les $165 millions d'AIG).

Je m'en veux de ne pas en avoir parlé plutôt parce que cela va à l'encontre de la notion abondamment documentée dans le blogo selon laquelle les politiques US ne sont que le faux-nez des banques dans la gestion de la crise. Or le blogo, loin de passer sous silence les nouveaux éléments qui bousculent ses idées établies, les accueillent à bras ouverts comme autant de stimulations et de raisons de continuer à s'interroger pour finalement changer d'avis s'il le faut (je n'en suis pas là en la matière).

Ce projet de loi est un assaut majeur contre Wall Street même s'il ne sera très probablement que symbolique car un projet de loi voté par la chambre des représentants peut être très largement altéré avant d'être finalement promulguée (Obama vient de se distancier de cette mesure dans "60 minutes"...). Il est aussi assez courant que dans leur première forme, les projets de loi dévient assez largement de l'orthodoxie habituelle du congrès. C'est quand même un symbole fort et la marche-arrière (puisque marche-arrière il y aura ou alors le blogo mangera son chapeau) va se faire sous le regard d'électeurs en colère. Cela marque-t-il vraiment une évolution politique du rapport entre le congrès et Wall Street ou n'est-ce que le début d'une "good cop/bad cop routine"* convenue qui ne changera rien au sort réservé au contribuable?

Update 1: Obama déclare à 60 minutes: "And one of the things that I have to do is to communicate to Wall Street that, given the current crisis that we're in, they can't expect help from taxpayers and enjoy all the benefits that they enjoyed before the crisis happened. You get a sense that, in some institutions that has not sunk in." Effectivement, ça n'a pas "sunk in" mais il faut voir l'aspect sociologique de l'histoire. Cette crise remet en cause l'aristocratie bancaire américaine qui avait connu une croissance champignonesque ces dernières années. C'est un séïsme sociologique. Il peut paraître incroyable que Wall Street ne soit pas capable de revenir à ses esprits toute seul face à l'étendue du désastre mais le degré d' "entitlement" ressenti là-bas et l'arrogance qu'ont engendrée les années d'oppulence n'enjoignent pas vraiment à la mesure et à la retenue. Faire feu de tout bois pour maximiser sa rémunération n'est pas réfléchi, cela relève du réflexe. Ainsi, faire jouer ses appuis politiques pour substituer le contribuable à sa source de revenu (déjà suspecte) n'est pas quelque chose qui crée des cas de conscience. Personne ne renonce spontanément à ses privilèges, ce sont des tiers qui les abolissent et les Robber Barrons façon 2007 ne feront pas exception. L'idée que le moindre bonus ait été distribué à Wall Street cette année est ridicule en soi**. Et pourtant, $18,4 milliards ont été distribués...

Update2: Cette mesure semble constitutionnelle au LA Times.

*le good cop serait le congrès et le bad cop Wall Street.
** Josh Marshall de TPM media note que pour des raisons fiscales, les bonus sont surpondérés dans les rémunération en finance et que la part de "récompense" est moins importante qu'il n'y paraît (une bonne part du bonus est du fixe maquillée). Cela rend le "haro sur le bonus" et leurs baisses voire leur disparition encore plus désagréable mais c'est aussi se faire prendre à son propre piège pour les robber barrons.

Recent reality

Encore un journaliste de CNBC qui se comporte en porte-parole de Wall Street en agitant l'épouvantail du "systemic risk" pour justifier les politiques pro-banques et en prenant un air de Droopy désolé face à la perspective d'une limitation des salaires dans les banques. En face, un député américain qui le remet à sa place: "For you to assume that Wall street is acting in the national interest flies in the face of recent reality". Indeed. And not so recent reality as well, I might add. 1min30.
Voici l'interview de 6 minutes en entier pour ceux qui, comme moi, ont été mis en apétit par cette introduction.

dimanche 22 mars 2009

Geithner out? Dimon in?

Une news Bloom dans la catégorie "Opinion" pose Jamie Dimon (CEO de JP Morgan) comme possible remplaçant de Geithner dont la position s'affaiblit tous les jours. Dimon n'a pas bonne presse sur le blogo parce qu'il fait mine de s'indigner des attaques dont Corporate America fait l'objet (ce qui laisse rêveur sur sa sensibilité politique en ce moment) et tente de charger le gouvernement sur la crise alors que ce dernier est dans la main des banques (sa nomination ne manquerait pas de rendre cette main-mise une n-ième fois évidente).

A noter que j'ai vu Dimon sur Charlie Rose pendant une heure en décembre et qu'il avait beaucoup plus de charisme que Geithner qui est attaqué précisément sur ce point. J'avais été plutôt séduit à l'époque mais il n'avait pas encore adopté son nouveau credo "self-serving" et outraging sur les banques "injustement montrées du doigt". Un petit message pour Jamie à qui il faut décidément tout expliquer: Tu payes des journalistes pour dire ça, Jamie. C'est parce que si tu le dis toi-même, tu as l'air ridicule. Alors laisse-les faire!

Il est toujours étonnant de voir des noms suggérés dans les médias pour occuper des fonctions dans le futur. Cela crée-t-il réellement un buzz autour d'une personne? Les buzz font-ils parfois les nominations? Les rumeurs sont-elles parfois générées par les candidats eux-mêmes? En tout cas, choisir un militant contre "l'injustice faite aux banques" comme Treasury Secretary serait encore plus spectaculaire que le choix de Geithner dans le registre de l'allégeance à l'industrie bancaire.

vendredi 20 mars 2009

Friday Plane Blogging

Pubs sur le Blogo

Le blogo teste les pubs via google. Je ferai un sondage sur les pubs... Je vais aussi essayer de rajouter des petits gizmos comme des boutons "digg" et autres trucs du genre. Ca va faire un peu arbre de Noël dans un premier temps. Vous aurez été prévenus.

Roubini toujours pas sur la "blogo compliant list"

Je commence à me dire que c'est une erreur mais je ne suis pas prêt à la corriger (je devrais peut-être bosser pour une agence de notation). Voici en tout cas un post de Roubini dont le titre ne figurera jamais en couverture du triptyque (FT, WSJ et The Economist pour ceux qui ne suivent pas). Cela montre aussi pourquoi Roubini a vu la crise venir là où tout le consensus mou de "US academia" s'autocongratulait idiotement: il est capable d'indépendance d'esprit. Ce genre de déclaration tonitruante ne le rapproche pas d'un poste dans l'administration Obama mais le rapproche de la "blogo compliant list". Dans la vie, il faut choisir.

Je vous conseille de suivre le lien vers le Q&A du FT qui est lumineux. c'est sa marque de fabrique.

Roubini: Anglo-Saxon model has failed

Nouriel Roubini | Feb 9, 2009

The Anglo-Saxon model of supervision and regulation of the financial system has failed, Nouriel Roubini, chairman of RGE Monitor and professor of economics at New York University, told the Financial Times on Monday.

Answering questions from FT.com readers, Prof Roubini, who is widely credited with having predicted the current financial crisis, said the supervisory system “relied on self-regulation that, in effect, meant no regulation; on market discipline that does not exist when there is euphoria and irrational exuberance; on internal risk management models that fail because – as a former chief executive of Citi put it – when the music is playing you gotta stand up and dance.”

Les marchés des changes ouvrent les yeux sur la FED

Chute rapide du dollar (la plus forte en 9 ans) suite aux largesses de la FED, l'euro atteint $1,37. Comme si le dernier trillion d'hier n'était pas dans la continuité de ce qui se passe depuis six mois... Evidemment, on va nous expliquer dans une semaine que le dollar remonte car c'est une valeur refuge en dépit de la détermination des autorités américaines à l'envoyer à la casse. Les américains doivent déprécier leur monnaie en faisant de l'inflation pour réduire leur endettement et ils vont y arriver. La persistance des investisseurs internationaux à tenir le dollar à bout de bras dans ce contexte est complètement stupéfiante. Au lieu de prendre les devants de la politique complètement téléphonée de la FED, les investisseurs continuent à remonter le courant. C'est étrange.

En 2006, tellement de gens répétaient depuis tellement longtemps que la bulle immobilière allait éclater qu'on finissait par se demander si elle ne pouvait pas finalement tenir le coup encore un temps. On en est à peu près au même point pour le dollar aujourd'hui: il semble toujours évident que quelque chose de grave va se passer mais c'est le cas depuis tellement longtemps qu'on n'ose plus s'avancer sur le timing.

Pourtant, le blogo (qui n'a peur de rien) s'est déjà un peu mouillé sur la question en promettant à ses lecteurs un "run" contre le risque de crédit de l'Etat américain (qu'on imagine mal sans crise monétaire) en 2009 et je suis même allé jusqu'à dire que le premier semestre semblait un meilleur candidat que le second (en janvier). Plus qu'une incursion dans le domaine réservé de Madame Soleil, cela traduisait essentiellement mon sentiment d'alors que les choses s'accéléraient et qu'on se rapprochait du dénouement. Ca n'est typiquement pas le sentiment que l'on retire de l'actualité récente mais est-ce le calme avant la tempète? Il est évident qu'on ne peut savoir aujourd'hui d'où viendra le coup de grâce (pour la bonne raison que les fragilités évidentes du système comme la relation sino-américaine par exemple sont probablement sécurisées) et qu'il arrivera de manière impromptue.

L'évolution récente du marché des obligations d'Etat américaines laisse pourtant penser qu'on se rapproche du moment de vérité. Ce marché a été qualifié de bulle spéculative jusqu'au début 2009, puis il s'est détendue jusqu'à l'annonce hier de l'achat par la FED de $300 milliards de treasuries. On peut faire une analogie entre le boom de l'origination des emprunts subprime dans les trois dernières années avant la débacle (2004-2006) à la croissance de la taille des émissions d'emprunts d'Etat américains que nous vivons actuellement. Dans les deux cas, l'innondation du marché s'est accompagnée d'un resserrement des spreads laissant penser qu'il n'y avait pas de limite à la demande. Cette croissance exubérante n'est-elle pas typique de la fin d'un phénomène de bulle?

Quel que soit le timing exact de cette crise de confiance, il s'agira du moment où les investisseurs du monde entier enverront une fois pour toute les américains en rehab de leur addiction à la dette et cesseront d'augmenter sans cesse la ligne de crédit qui leur est octroyée. Les américains ont en réalité déjà fait défaut sur leur dette et il ne reste plus qu'à en tirer les conséquences pratiques. C'est ce que le reste du monde, peu préparé intellectuellement à conceptualiser l'après-empire, se refuse à faire (pour l'instant). Au lieu de ça, nous faisons semblant de croire au coup de bonneteau des autorités américaines qui nous disent que ce que les agents économiques américains n'ont pas pu rembourser comme emprunteurs à titre privé, ils le pourront dès qu'ils mettront leurs casquettes de contribuables (l'Etat n'ayant cessé depuis le début de la crise de se porter garant d'une manière ou d'une autre de toutes les dettes privées qui faisaient défaut). C'était le sujet de ce post.